06/09/2013

Aux temps où la NSA suisse écoutait les Algériens pour renseigner les Français, et où l'on retrouvait pendu un Procureur de la Confédération...

Le récent ramdam occasionné par les affaires wikileaks et Snowden a quelque chose de surréaliste. De tous temps, tous les pouvoirs ont toujours cherché à savoir ce qui se tramait dans leur dos ou chez leurs voisins. Y compris les pouvoirs démocratiques. La différence - essentielle – d’avec les dictatures porte surtout sur l’usage qu’ils en font. D’ailleurs, je mettrais ma main à couper que les gouvernements qui s’offusquent aujourd’hui ne sont pas en reste. Pour ma part, cela ne me chagrine pas plus que ça et j’ose même dire que cela me convient. Je préfère un peu d’espionnite que de voir notre société se retrouver pris au dépourvu au premier évènement fâcheux venu. En revanche il est clair que l’action des services secrets doit rester secrète et donc dans des limites qui ne risquent pas de la faire remarquer.  

Dans les années 50, ces limites ont été allègrement franchies par la France en guerre contre le désir d’indépendance algérienne. Non seulement la cause française n’était pas juste, mais elle fut servie de fort méchante manière comme le raconte « La Main Rouge » dessinée par Mako, scénarisée par Didier Daenincks et éditée par Ad Libris, petite maison de Thonon qui fait des étincelles. Les mêmes avaient déjà sorti, dans la même collection il y a deux ans, « Octobre Noir », sur le massacre des Algériens de Paris en 1961. Douze mille exemplaires vendus, ce n’est pas rien, souhaitons-leur de rééditer l’exploit.

main rouge.jpg

 

La Main Rouge était une prétendue organisation secrète qui en réalité se résumait au service action du renseignement français, le fameux 11ème choc du Colonel Aussaresses (un as de la torture récemment décédé) additionné de quelques truands notoires. Elle agissait un peu partout dans le monde sur la base de renseignements dont une bonne partie venait… de Suisse. Et plus particulièrement du Procureur de la Confédération, René Dubois. Car Berne écoutait les échanges de l’Ambassade d’Egypte avec son ministère de tutelle, au Caire, principal soutien du FLN. Echanges d’autant plus importants et nourris que c’est par ce biais « diplomatique » que transitaient le plus sûrement les communications entre la direction du FLN en Afrique du Nord et sa direction en France, d’une grande importance, par le nombre de travailleurs algériens immigrés, principale ressource financière du mouvement. C’est d’ailleurs évidemment par la Suisse que transitaient les fameuses « valises » bourrées de billets portées souvent par de jeunes étudiant(e)s français. Le parti socialiste était alors aux affaires et les ordres donnés à la Main Rouge venaient du vieux Guy Mollet et du jeune Mitterrand, les victimes étant parfois de jeunes français(es) communistes…

Quant aux infos transmises, elles ont permis de faire sauter des cargos d’armes, d’arrêter les principaux dirigeants du FLN en France, d’intercepter l’avion de Ben Bella en parallèle à l’intervention fiasco franco-britannique du Canal de Suez.

Pour Charles-Henry Favrod, qui en parle très bien dans un ancien article du Temps,

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6b636e12-ac0c-11dd-bf59-a...

René Dubois avait été séduit par les arguments de Guy Mollet en personne, qui voyait en Nasser le nouvel Hitler… Qu’aurait-il dit des Frères Musulmans d’aujourd’hui ? Toujours est-il que la révélation de son rôle, par la Tribune de Genève, fruit d’une incroyable succession d’indiscrétions née à l’Ambassade de France même, fit un tel scandale et suscita une telle colère du Conseiller fédéral Max Petitpierre, qu’il prit le parti de se pendre. A moins qu’on l’ait pris pour lui. Jusqu’à quel point avait-il agit seul, où était-il en osmose avec d’autres dans les services de sécurité fédéraux, il a en tout cas emporté son secret dans la tombe.

Commentaires

Philippe,

Je suis tout ému de découvrir à nouveau l'opportunité de laisser des commentaires aux articles de votre blog.

Bien à vous,

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 07/09/2013

C'est une erreur Victor. Ou plus exactement un oubli. Mais ce qui est fait étant fait. Faisons un test. Dès que cela dégénère à nouveau, je bloque.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/09/2013

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