03/10/2013

Lorsque le Ni-Ni paralyse la République et aggrave les problèmes

Dans 80 heures, nous saurons si les petits derniers font risette au quorum. Si l’extrême-gauche est redevenue parlementaire. Si les Verts ont ployé sans rompre sous la tourmente... N’en déplaise à Saint-Pascal, le roi des Charles-à-Dents, le premier parti-marketing aura entamé, je l'espère, sa descente aux enfers auto-programmée: pas question qu’un maure quelconque devienne Khalife à la place du Khalife dans un parti d’extrême-droite...
Volontairement ou non, la direction de son parti lui envoie un missile éradiquant dans les gencives. Le maure passe pour un rigolo. A force de faire des procès partout, il n’a même plus le temps de lire la propagande destinée à le faire élire, qu’il qualifie de « pénalement répréhensible ».  Piogre se marre… C'est tout le parti-marketing, ça, d'essayer de jouer sur tous les tableaux à la fois: l'agressivité vulgaire des affiches et les mines de sainte-nitouche de candidats BCBG mais proche du peuple et gentils, mais tellement gentils...  La vieille histoire du méchant flic et du bon flic, pour mieux bouffer à tous les rateliers.

C'est amusant de lire Saint-Pascal clamer que dire du mal de l’adversaire serait bête et méchant. Lui et ses potes du mouvement des cancres genevois ne font que ça, à longueur d’années. Pendant ce temps, les autres bossent, gèrent le pays, assument leur bilan. Un bon bilan. Un bilan épatant même. A Piogre, on gagne plus d’argent que partout ailleurs, dans un monde en crise sévère depuis 6 ans... Que l’on travaille ou que l’on ne travaille pas, d’ailleurs, car les systèmes sociaux sont particulièrement généreux et maintenus à flot grâce à l’excellente santé de l’économie.

Le cadre de vie et les revenus attirent des gens du monde entier. Des bosseurs, des assistés et même des criminels. C’est la rançon du succès. En France éloignée, les départements où la sécurité est la meilleure sont les départements les plus pauvres. Genre le Cantal et la Lozère. Ceux où personne ne veut aller habiter. Surtout pas un chômeur genevois ayant épuisé ses droits, qui touche deux fois plus en assistance pure, sans charge, qu’un facteur ou qu’un ouvrier et même nettement plus qu’un instituteur. Pourtant, il aurait le droit d’aller y habiter notre assisté genevois. Les apparts libres lui seraient quasi offerts, la sécurité est idéale et la vie bien moins chère… Seulement, il toucherait moins. Quatre fois moins. Donc il reste. Et d’autres arrivent. 

Hélas à Piogre, les jobs de rêve où l’on peut boire un coup au bistrot matin, midi et soir en roupillant entre les pauses sont devenus rares. Normal, il y a pléthore de jeunes dynamiques venus d’ailleurs qui ne demandent qu’à bosser. Pour de vrai. Et puis les helvètes, dans leur immense majorité, sont des bosseurs consciencieux, c’est bien connu. Ce qui permet aux produits d’ici d’être d’excellent rapport qualité prix, malgré les salaires, et de se vendre partout dans ce monde en crise… Tandis que pour le bas de gamme, que n’importe quel cancre peut fabriquer en dilettante, il y a la Chine, qui produit bien moins cher…

Pour un cancre, le rythme est dur à suivre. Pour se protéger, les cancres veulent donc fermer les frontières. Les premiers de classe ont beau leur répéter que c’est idiot, que cet afflux permanent est consubstantiel à la prospérité (et qu’en plus on a signé des traités qui sous-tendent cette prospérité), les cancres n’en ont cure. Saint Pascal pourrait le comprendre, mais cela n’arrangerait pas sa boutique, sa petite entreprise qui ne connait pas la crise… Les râleurs professionnels qui assurent le spectacle sont la clé de son émission. 

Il n’y a rien de plus mortel pour l’audimat que des trains qui arrivent à l’heure. Ou des gouvernements qui font correctement leur travail. Alors on cherche à repeindre Piogre en noir et blanc. Sans nuance de gris. Gauche contre droite. Les cancres prétendent être ni l’un ni l’autre. C’est vrai. En réalité ils sont les deux à la fois. Malheureusement le pire des deux. La droite veut empêcher la gauche de voler trop d’argent aux riches pour le donner aux pauvres. Au milieu, le centre essaie de protéger les classes moyennes qui ne sont ni riches ni pauvres et paient pour les deux... 

Les cancres eux se croient malins, persuadés d’avoir inventé le fil à couper le beurre.  Dépourvus d’idéologie et nuls en économie, ils prétendent qu’on peut arrêter de voler les riches, tout en continuant de donner aux pauvres… Au Parlement, ils votent avec la droite pour défendre les riches et avec la gauche pour défendre les pauvres. Evidemment, ça rapporte en termes électoraux, mais dans les faits, n’importe quel ménage géré ainsi court à la faillite. Qui est une spécialité maison, la faillite, quand on n’a jamais su qu'il ne fallait pas dépenser sans compter. 

Pour les transports et l’aménagement, c’est l’inverse. Les cancres n’ont pas compris que pour obtenir des résultats, il fallait investir. Que l’on n’a rien sans rien. Ils ne peuvent pas le comprendre, ils vendent exactement le contraire à la population tous les jours : l’idée que tout serait possible sans effort. Qu’il suffirait juste de les mettre au pouvoir pour que les problèmes structurels d’une région grandie très vite s’effacent par miracle. Alors ils refusent de payer pour faire construire des P+R là où ils seront le plus utile, le plus économique et le plus rationnel : en France.

Ils refusent idem de payer pour construire un RER qui sera la colonne vertébrale d’un réseau performant. Pire, ils font de l’obstruction pour ralentir les travaux, ce qui renchérit considérablement la facture collective, parce qu’un de leurs kadors a ses immeubles de rapport sur le parcours et qu’il pense que leur rentabilité en sera diminuée. Ce qui est faux, de meilleurs transports en commun augmentent la valeur d’un bien, même dans des quartiers chics.  Mais si les cancres savaient compter et réfléchir, ce ne seraient plus des cancres…

Ils réclament durant des années de construire des « tours » - où ils font leurs meilleurs résultats électoraux – pour résoudre la crise du logement, puis du jour au lendemain, changent leur fusil d’épaule et se mettent à s’opposer aux déclassements en zones villas destinés à construire de l’habitat collectif. Parce qu’ils ne savent faire qu’une chose : dénigrer l’action gouvernementale. Et aussi parce qu’entre temps, ils se sont découvert un nouvel allié, bien implanté chez les propriétaires en zone villas. Pas de problème, on change de niche commerciale, on adapte le marketing… Pirouette et tour de passe passe. Combien de temps l’électeur va-t-il s’y laisser prendre ?

Le fait est qu'en rajoutant leur ni-ni au débat idéologique classique, les cancres rendent la République ingouvernable. Au lieu de faire des choix, de trancher et d'assumer, par exemple les travaux et les embarras de circulation consécutifs à la plus importante révolution urbaine qu'ait connue Genève depuis James Fazy (il y a plus de 160 ans !) ils prétendent satisfaire toutes les clientèles en même temps, sauf bien sûr celle qui n'en est pas une, parce qu'elle ne peut pas voter, les frontaliers. Qui pourtant vivent parmi nous, paient des impôts, contribuent à la richesse et au bien collectif.

Désigner un coupable, qui plus est collectif, ne résoudra rien. Ne rien résoudre aggrave les problèmes, mais lorsqu'on fait son fonds de commerce de leur existence, on ne peut que s'en réjouir...

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