21/10/2013

Assurances maladies transfrontalières: remettre l'hopital au milieu...

Le combat transfrontalier mené actuellement sur les assurances maladies me semble l’être sur de mauvaises bases.

Tout d’abord, même si je suis un fervent partisan de l’assurance privée, on ne peut pas s’offrir une assurance privée à bon marché lorsqu’on est jeune et en bonne santé pour ensuite passer sur les assurances publiques, lorsqu’on atteint l’âge de la retraite et des longues maladies. Cela n’est pas tenable pour la société.

Par ailleurs, la situation privilégiée des frontaliers, dont je suis, bénéficiant de revenus suisses et de dépenses françaises est une bénédiction pour la santé économique de la région. Cela s’applique également aux résidents genevois faisant leurs courses en France. C’est un gain de consommation et de pouvoir d’achat très conséquent, qui met de l’huile dans les rouages sociaux.  Qui suscite également des monceaux de jalousie, on le voit bien dans les blogs de la Tribune. Tant en France qu’en Suisse, les gens comprennent difficilement qu’à travail égal, on vive mieux, nettement mieux, si l’on passe la frontière. Cela heurte  à la fois les sentiments de justice et de nationalisme. Cocktail explosif. Cette jalousie, détestable comme toutes les jalousies, explique une large partie des votes MCG.

Les gens qui ont choisi l’assurance privée française connaissaient l’échéance, déjà deux fois retardée. Les assureurs auraient du les en prévenir et s’ils ne l’ont pas fait ils sont en tort, comme l’est le GTE, le syndicat des frontaliers, d’avoir pensé qu’il pourrait infléchir la position du Gouvernement. Maintenant, que faire. Maintenir l’assurance privée, il ne faut pas y compter, sauf si l’UE toute entière décide de rendre la concurrence réellement possible sur ce marché. Il faudrait alors trouver des pistes pour empêcher de changer de type d’assurance en fonction de son âge…

Reste que l’offre de soins laisse à désirer en France voisine, surtout dans le Pays de Gex et qu’il est souvent plus pratique de se faire soigner à Genève, sur son lieu de travail qu’en France. Surtout s’il faut aller à Grenoble ou Lyon. Demander à la sécu de payer des frais en Suisse en dehors des cas d’urgence, comme elle devrait le faire mais ne le fait pas, parait assez ardu : les coûts médicaux sont fréquemment 3 à 4 fois plus élevés en Suisse pour la même opération, voire parfois dix fois ! Une analyse standard sur une prise de sang par exemple… La sécu ne roulant pas sur l’or, elle va tout faire pour éviter de rembourser en Suisse, tant que le taux de change sera ce qu’il est… C'est cependant la piste ouverte par le récent rapport gouvernemental.

L’autre serait effectivement de rouvrir pour quelques temps le droit d’option, limité cette fois au seul choix : Lamal ou sécu. Pour la Suisse et les assurés suisses ce serait tout bénéfice : un arrivage de nouveaux arrivants plutôt jeunes et en bonne santé aurait une influence positive sur les tarifs et soutiendrait l’offre hospitalière genevoise. Au passage, les frontaliers déjà actuellement à la Lamal pourraient espérer voir baisser leurs primes actuellement plus chères que les primes suisses, quand bien même ces assurés se font de temps à autre soignés en France et coûtent donc objectivement moins chers…

Reste que la France n’y gagnerait rien. La sécu perdrait des assurés, les hôpitaux locaux perdraient des clients… Pire, il est probable qu’une fois la retraite arrivée et l’emploi en Suisse terminé, nombre d’assurés Lamal repasseraient sur la sécu, au moment où leurs revenus seraient moindres et leurs coûts de maladie plus élevés…  Difficile d’entamer une négociation lorsqu’on sait que la partie d’en face ne peut qu’y perdre, et Berne ne s’y est pas risqué…

A noter qu'on peut s'attendre à ce que certains frontaliers deviennent ou redeviennent résidents genevois pour quelques mois. Voire perdent leur emploi avant d'en retrouver un, juste le temps de pouvoir à nouveau opter pour la Lamal, puisque cette possibilité demeure à chaque fois qu'on change de statut. 

Un détail encore : les français devraient perdre l’habitude de considérer que « la part patronale » est payée par le patron. Stricto sensu, elle l’est, mais c’est bel et bien de l’argent pris sur la masse salariale et pour l’employé, cela revient exactement au même que si le patron lui versait ce montant, qui lui serait ensuite prélevé par les assurances sociales. De ce point de vue, le système suisse est plus transparent. Dans les faits, les salariés français paient donc une plus grosse part de leur salaire à la sécu que ne le feront les frontaliers, sur des salaires il est vrai beaucoup plus importants.

Les commentaires sont fermés.