06/11/2013

Chômage : histoire de chiffres et de cas personnels… + Islamophobie

L’article est poignant. C’est sûr que si l’on prend des cas individuels, le chômage et la détresse d’une mère, c’est forcément désolant. Mais faire des généralités de cas d’espèce, c’est typiquement la tactique du MCG et j’ai du mal à comprendre qu’un journaliste professionnel tombe dans le panneau. 

Les chiffres c’est très utile, à condition de les donner en entier: 3158 chômeurs âgés de 16 à 30 ans, cela fait beaucoup, dit comme ça... Et les trois enfants d'une famille qui semblent englués dans les problèmes, ça fait encore plus. A croire que tous nos jeunes sont concernés... Sauf que comme il y a environ 100 000 personnes de cet âge dans le canton, soit un peu plus du cinquième de la population, cela ne fait jamais que 3%... Très très en dessous des chiffres de n’importe quel autre pays européen en matière de chômage des jeunes, qui montent jusqu’à 30% en Espagne ou au Portugal. Dont sont originaires certains de ces jeunes chômeurs devenus résidents… 

Cela signifie aussi que 97 000 jeunes de 16 à 30 ans du canton font des études ou ont trouvé un job… Et que d'en avoir trois dans le lot, ben c'est vraiment pas de bol. Deux en fait, car le plus âgé, lui a travaillé et n'est pas au chômage puisqu'il entreprend une formation qualifiante d'adulte. Ce qui est une chance qui lui est offerte par la société, qu'il serait vraiment de mauvaise foi de reprocher au système. A noter aussi que 3000 jeunes sont au chômage en général, et majritairement pour une durée courte. Seule une petite minorité d'entre eux, fort heureusement, va se retrouver coincé dans du chômage de longue durée, comme les deux enfants cités dans l'article de la TG électronique. Moins d'un jeune sur cent à Genève, en fait. C'est trop, c'est beaucoup trop, mais cela relève au moins autant de cas personnels que d'un problème de société. 

Il n’est pas question de jeter la pierre à une maman qui a certainement fait de son mieux, mais n’avoir aucune qualification à 27 ans, cela devient très embêtant lorsqu’un accident vous coupe l’accès des métiers manuels sans qualification… Peut-être qu’au lieu de l’amener à des cours de sport ou de musique, il aurait mieux valu amener l’enfant puis l’ado à des cours de maths ou d’allemand, voire de français, pour l’aider à remonter sa moyenne? Un enfant « pas scolaire » cela arrive, mais si les parents baissent les bras, c’est le môme qui en pâtira plus tard. A tous les coups. Rejeter la faute sur le système est parfois un peu facile quand celui-ci offre gratuitement l’instruction publique, à condition de bosser…

La sœur fleuriste aux ongles impeccables qui ne travaille plus touche, si j’ai bien compris, 2190 francs par mois en étant logée chez papa maman. C’est plus que ce que touche 20% des salariés du pays voisin, en travaillant (certes 35h seulement) et avec un loyer à payer, eux…

Alors évidemment, on ne veut pas savoir ce qui se passe autour de nous et avant c’était mieux, etc… Mais le fait est qu’on ne peut pas vivre dans un aquarium, ni dans une tour d’ivoire. Il y aura toujours un problème de vases communicants. A cette maman qui se demande pourquoi sa fille n’est pas caissière à la Coop, ou à la Migros, à la place de la caissière en place, j’ai envie de dire : pourquoi vous ne le demandez pas à votre fille ? Comment ils font, les autres ? Les 97% qui ont trouvé un job ou qui bossent dur pour poursuivre des études ? Et qui éventuellement se cassent les ongles sur la machine enregistreuse, ou tout simplement se donnent suffisamment, lorsqu'ils décrochent un stage non payé, pour donner envie au patron de trouver qu'ils ont le bon profil...

Il est faux galement de dire que nos jeunes sont en concurrence avec l'Europe entière. Pas pour des jobs sans qualification. Le recrutement pour ce genre de jobs reste localisé au Grand Genève, soit moins d'un millions de personnes, dont environ 200 000 jeunes. C'est plus que si c'était réservé aux résidents, mais ce n'est pas l'Europe entière. C'est clair que de grossir démesurément le problème n'aide pas à l'affronter, quand on manque de confiance en soi et facilite le rejet de la responsabilité sur le système...  

Ce genre de discours semble écrit pour apporter de l'eau au moulin du MCG et avec les mêmes travers. Comme si la Tribune avait décidé de lui servir la soupe. Excuses par ci, excuses par là, Stauffer a fait ceci, et aussi comme ça... Sauf qu'en même temps que l'élu MCG Menoud s'excusait dans la Tribune pour ses propos xénophobes au Conseil municipal, il en remettait une couche sur Facebook, appelant à souiller avec des carcasses de porc le terrain promis par les autorités d'Annemasse-agglo à la construction d'une mosquée. Et se proposait même pour y participer.  La lutte contre l'émergence de cette mosquée, c'est le principal cheval de bataille du Front National dans la région. Et ces méthodes sont absolument indignes. Que dirait le MCG si des Français venaient en faire autant à Genève ?
Ci-dessous la photo de la page Facebook du triste sire, interceptée par Grégoire Barbey
 menoud mosquée 2.jpg

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