11/11/2013

Echec des extrêmes et victoire des orateurs

Comme le dirait un Renaud de ma connaissance, il y a plusieurs leçons à retenir des élections de ce dimanche. La première, c’est que le seuil des 50% pour être élu au 1er tour sera extrêmement difficile à atteindre. Au 2ème tour, seul Pierre Maudet (52%) le dépasse et François Longchamp (49%) le frôle. Dernier élu et seule vitrine présentable du MCG, Poggia n’atteint que 36% des voix, son Président d’honneur, Stauffer plafonnant à 28%, c’est-à-dire qu’il ne fait même pas le plein des voix cumulées de son bloc.

La 2ème leçon, plus importante politiquement, c’est l’échec des extrêmes et de la provocation érigée en système. L’électorat a voté au centre et choisi les candidats les plus  consensuels. Même Maudet dont le côté capitaine courageux séduit jusque dans les rangs de la police et de la droite dure, n’omet jamais de rappeler qu’il est pro-européen… Concrètement, le travail qu’il mène avec le Procureur Jornot, en collaboration étroite avec les forces de police française est un excellent moyen de faire baisser la criminalité, mais aussi les préjugés dans les rangs de la gendarmerie, même si ce n'est qu'un effet boomerang. 

Futur sexagénaire, je préférerais évidemment que la jeunesse laisse le pas à l’expérience et la Présidence à François Longchamp, mais l’impact psychologique est important. Il sera peut-être plus fort avec un Président fringant capitaine, pour emmener Genève à l’assaut de son futur. Si je regrette l’éjection brutale d’Isabel Rochat et l’entrée du MCG au Gouvernement, force est de constater que la configuration finale n’est pas si mauvaise. Seule manque à l’appelle l’aile libérale et c’est très regrettable, mais elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même : si l’on examine les résultats commune par commune, c’est dans les fiefs bourgeois qu’Isabel Rochat aurait pu refaire son retard et qu’elle n’y parvient pas assez, à cause du biffage. Quant aux bastions du MCG, là où on lit et regarde les médias et les journalistes populistes – Ceux-là même qui clament à longueur de journée qu’il faut une alliance à droite toute – Mme Rochat arrive bonne dernière.

Le nouveau Conseil d’Etat est en tout cas représentatif des forces électorales du canton, tout en donnant une majorité claire à quatre politiciens de grande valeur et complémentaires, les deux élus de l’Alternative n’étant pas en reste non plus en matière de qualités gouvernementales. Espérons que cela pourra être mis à profit pour susciter des réformes utiles. Pour autant que les clivages partisans du Grand Conseil n’annihilent pas tous les efforts. 

Les votes compacts se tiennent dans un mouchoir, sauf qu’ils sont inversement proportionnels au résultat final : 21 379 pour l’Entente, 21 765 pour l’Alternative et 22 756 pour le Nouveau Bloc populiste. Les voix grappillées hors du parti font les victoires… Et celles perdues au sein de son parti les défaites. L’élection de Poggia est ainsi clairement due à l’Entente, qui lui a apporté 5600 voix, la gauche lui en accordant tout de même plus de 1000… Ce mauvais signe pour le Grand Genève est largement relativisé par la claque qu’a reçue le bloc populiste dans son ensemble en regard de ses ambitions affichées. 

Espérons juste que, contrairement aux us et coutumes du MCG, les débats internes du collège ne soient pas transmis à qui de droit le Président d’honneur avec copie au porte-voix officieux de la Praille, avant même que la séance soit close. Sinon, le Gouvernement devra apprendre à travailler par fractions, synonyme de perte de temps et d’efficacité. D’un autre côté, si Poggia choisit de se montrer collégial et discret, c’est son inféodation au MCG qu’il remet en cause. Ce qui pourrait présager de lendemains houleux au sein de ce parti, la claque personnelle reçue par Eric Stauffer n’ayant aucune chance de l’inciter à se remettre en question, tant l’individu semblant imperméable à ce genre de considération.

L’échec d’Isabel Rochat n’est pas celui de sa politique. Elle n’a pas démérité et loin d’être incompétente sur le fond, elle paie très cher un léger manque d’aisance dans sa communication verbale. A l’affut de la moindre faiblesse permettant de faire briller ses poulains, Décaillet ne lui a rien laissé passer. Les bêtes politiques d’aujourd’hui doivent pouvoir s’exprimer sans note et avec aisance en toutes occasions pour aller chercher l’électeur... De s’être coltinée la police en hors d’œuvre et d’y avoir récolté la vindicte du syndicat de la grande maison n’a pas aidé : elle est clairement apparue comme le maillon faible et les populistes ont sauté sur l’occasion… A l’interne, elle a certes été biffée 7176 fois (contre 568 pour Maudet et 795 pour Longchamp), mais elle a aussi récolté trois fois moins de voix qu’eux, aussi bien à gauche (+ 4600 voix pour Longchamp, + 5600 pour Maudet) qu’auprès de la droite dure (+ 2500 pour Longchamp, + 3500 pour Maudet).

Hodgers récolte lui aussi plus de 6300 voix auprès de l’Entente, et plus de 600 chez les populistes. Contre respectivement 5000 et 700 pour Anne Emery-Torracinta.  Apothéloz n’en récolte que 3400 et 400. La gauche officielle rejette la responsabilité de son échec sur l’Entente, ce qui est un peu facile. Comme le faisait remarquer Pascal Holenweg, on peut se demander si un bulletin officiel « Ensemble à Gauche » n’aurait pas rapporté les 1300 voix qui ont manqué au 2ème socialiste.  Quant aux deux PDC, ils profitent à plein de la dynamique victorieuse de l’Entente au centre, pourtant décriée par certains députés PLR qui préféreraient s’ancrer à droite. Vieux débat, mais option suicidaire qui n’aboutirait qu’à renforcer la gauche ou au mieux, les nouveaux petits partis centristes.

Reste qu’il s’agit maintenant de laisser rapidement retomber les passions de la campagne et de se mettre au travail. Les nouveaux élus doivent se répartir les dicastères, écrire leur programme pour les cinq ans à venir et le plus important peut-être définir, leur modus vivendi autant qu’operandi. En essayant de faire en sorte que ce nouveau gouvernement ose entreprendre des réformes utiles à Genève et à sa région dans les années qui viennent d'une conjoncture qui ne va en principe pas vers le beau pour les sociétés occidentales.

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