13/11/2013

L’Entente, stratégie gagnante

Dimanche, l’Entente a conservé ses quatre sièges au Gouvernement et ses quatre candidats terminent en tête, alors qu’elle ne représentait il y a un mois que 35% du corps électoral.

La gauche a perdu un siège.

L’extrême-droite en a gagné un, mais de justesse et grâce à un candidat qualifié d’anguille multicartes. Loin du facho caractéristique, il est le premier converti musulman à entrer dans le saint des saints d’un Gouvernement cantonal en Suisse.  Et le premier candidat aussi à avoir jugé bon, pour être élu, de s’excuser de ce qu’affiche son parti. Ce qui a fonctionné et démontre, au moins, un sens politique certain.

L’extrême droite, en vrai, elle plafonne. L’examen fin des résultats révèle même que là où elle a tâté de l’exécutif, elle recule, comme à Vernier ou Onex. Parce que boire des coups entre potes n’est pas la manière la plus efficace de gérer un exécutif, qu’il n’y a pas de solution miracle aux problèmes graves et que l’intérêt personnel, le copinage et l’esprit de clan, lorsqu’on vend l’image du chevalier propre, ça la fout mal...

Le MCG n’a pas encore fini de remporter des victoires, ici ou là, mais il semble être dans la situation de la Wermacht en février 43 : le tournant de la guerre. Le cuisant score personnel de Stauffer est son Stalingrad, même si lui aussi va mettre du temps à l’admettre. Probable même qu’il ait à déjouer quelques putschs internes visant à préparer un avenir orienté sur la collaboration plutôt que sur l’affrontement.  

Davantage qu’un parti de fachos, même s’il en compte quelques durs, le MCG est un parti d’opportunistes. De gens qui n’ayant pas percé ailleurs, ont sauté dans un express auquel ils ont accroché leur wagon personnel. Ce côté attrape tout, c’est leur force et leur limite, mais c’est surtout une excellente nouvelle pour Genève. Parce qu’avant d’être des idéologues, contrairement à un Blocher, qui avait déjà sa réussite derrière lui avant de se lancer en politique, ils ont surtout soif des ors et des signes extérieurs du pouvoir, peut-être même plus que du pouvoir lui-même.
Show off bling bling c’est un prénom commun au MCG. En espagnol péruvien, on dit « huachafo ». Cumulé avec un goût certain pour les soirées arrosées et même les journées, pour certains. Sauf évidemment pour Mauro Poggia, qui a décidément tout du mouton noir au sein des partis qui l’ont présenté…

Du coup, le fait d’avoir un des leurs ou supposé tel au Gouvernement compte davantage à leurs yeux que ce qu’il y fait ou n’y fait pas.  Ce qui laisse une marge de manoeuvre assez grande au Conseil d’Etat et à Poggia pour construire des majorités sur des projets qui en valent la peine. Ce que le Nouvel élu expliquait à sa manière en affirmant qu’il saurait faire admettre les choses à ses partisans. C’est ce qu’on lui souhaite, pour le bien de Genève, car évidemment, il est préférable que le gouvernement et le parlement avancent et prennent des mesures utiles, plutôt que de passer cinq ans à se chamailler en affrontements stériles.

La configuration n’est donc pas si mauvaise, pourtant, depuis dimanche soir, une campagne lancée par Pascal Décaillet agite le landernau politique, reprise et amplifiée par Cyril Aellen et Thomas Barth. Ils parlent de défaite du PLR, qui n’a plus que deux sièges au lieu de trois. Défaite surtout de son aile droitière – plus que libérale - qui n’en a plus aucun. A ce stade, il est bon de rappeler le rôle éminent joué par Thomas Barth dans l’éjection de Mark Muller, le premier des sièges libéraux envolés. Tandis que l’examen fin des résultats de dimanche montre que la majeure partie des biffages d’Isabel Rochat vient des fiefs de cette même aile droitière, qui a fait élire Poggia en le rajoutant massivement.

Pourquoi s’en prendre ainsi aux cousins PDC ou à l’aile centriste – plus que radicale, car anciens radicaux et anciens libéraux sont répartis dans les deux ailes – qui ont su présenter les meilleurs candidats, ceux susceptibles de se faire élire ?
 Le but de Décaillet, c’est d’obtenir un rassemblement élargi à l’UDC, sur le modèle de ce qui s’est fait à Fribourg, puisque contrairement au Valais et à Neuchâtel, les leaders locaux de l’UDC ne sont pas en mesure de l’emporter seuls à Genève. Un rassemblement qui aurait fait élire Amaudruz plutôt que Poggia. Pas sûr du tout que Genève y gagne, au niveau des compétences respectives et de la lucidité politique... Derrière Décaillet plane l’ombre de la pieuvre médiatique Blocher… Sans doute Aellen et Barth espèrent-ils tirer leur épingle du jeu, peut-être même sont-ils sincèrement convaincu d’œuvrer pour le bien du libéralisme, mais il se trompent. 

Quelles seraient les chances d’une telle alliance à Genève ? A chaque fois qu’elle a été tentée ici,  elle a échoué. Amputée du MCG, l’UDC n’est pas une force politique très importante. Pas plus importante que le PDC en tout cas et surtout beaucoup plus risquée en termes électoraux, car signer avec l’UDC, c’est perdre un paquet de voix au centre et au centre gauche. Des voix qui ont élu brillamment dimanche les quatre de l’Entente…

Au-delà de la qualité des candidats qu’elle présente puis flingue elle-même, l’aile droitière devrait aussi se préoccuper de la perte d’image des milieux financiers qu’elle représente. Comme ailleurs dans le monde et même dans les rangs de la bourgeoisie, la majorité des gens n’en peut plus des superprofits d’une infime minorité qui parvient à éviter l’impôt, en en laissant retomber tout le poids sur les classes moyennes. Il faut parfois céder du terrain pour mieux rebondir, ou simplement ne pas tout perdre et clairement à mon avis, le dogme libéral est à revoir en période de crise, pour ce qui concerne l’imposition des plus riches. Ne serait-ce qu’au niveau symbolique, pour ne pas laisser se développer l’idée que la société est injuste, trop injuste.
 Comment, pour ne pas les faire fuir, c’est une question à laquelle il faut réfléchir soigneusement, mais une taxe sur les propriétés de grand luxe, par exemple, pourrait être une piste. Il suffirait de réussir à la « vendre » comme un signe extérieur de prestige. Et convaincre Berne au passage.  

Pour le reste, la majorité du Conseil d’Etat devra apprendre à travailler avec la gauche pour lutter contre le dumping salarial. Et puis aussi faire du lobbying auprès de la BNS pour faire baisser encore la valeur du Franc fort. Le meilleur moyen de maintenir ou d’améliorer nos atouts tout en réduisant les effets indésirables de notre attractivité, c’est de revenir à des taux de change plus favorables à l’Euro. Enfin se tenir prêts à expliquer aux Genevois que la réalité des crises mondiales et européennes n'est pas incontournable et forcément nous impacte et nous impactera davantage encore dans les années qui viennent. Dans ce contexte, il est sain qu'un Conseil d'Etat rassemblé puisse expliquer les choses telles qu'elles sont aux différents partis du Parlement et à la population.

Commentaires

The Artist : Rappaz cinéaste - acteur muet au Grand Conseil et pourtant brillamment réélu, soutient" Minute" célèbre revue d'anthropologie dans sa polémique avec une ministre de la Justice dont la revue considère qu'à l'instar Cécile Kyenge ministre italienne de l'intégration, sa vrai place se trouve quelque part sur une autre branche d'une quelconque république bananière.
Pour y voir plus clair , pourquoi ne pas interroger une autre députée alliée de Rappaz ,Madame Meissner UDC biologiste qui a suivi les cours de Langaney?
En attendant je confirmerai que Rappaz cinéaste raté devrait rapidement être nommé au conseil d'administration du Muséum d'Histoire Naturelle.
post scriptum Golay va demander des explications " sur la vie des bêtes."?

Écrit par : briand | 13/11/2013

Puis-je ajouter que Pascal D. est l'instrument médiatique d'une recomposition politique conservatrice Suisso-Suisse, dont le point d'ancrage se situe dans un paysage sublimé à caractère champêtre, qui tente à s'enraciner dans des banlieues improbables habitées par une nouvelle caste d'armaillis de la deuxième génération en mal d'identité donc vulnérables.

Écrit par : briand | 13/11/2013

Le PLR ne fait partie ni de mes employeurs, à vrai dire je n'en ai pas, ni de mes donneurs d'ordre. Je n'en suis même plus vraiment membre. En revanche, je reste un militant de l'Entente, indéniablement, du moins tant qu'elle reste sous sa forme actuelle, que je souhaite voire étendre aux petits partis, Vets lib et PBD. En revanche, si elle s'acoquinait avec l'UDC, je ne sais pas ce que je ferais...

Écrit par : philippe souaille | 13/11/2013

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