17/11/2013

Hasard et synthèse au service de l'Histoire

La vie est faite de hasard et de décisions, bonnes ou mauvaises. Mon dernier livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire" existe grâce aux blogs de la Tribune. Merci Jean-François. Il y a 4 ans, à l’issue d’une projection de mon avant-dernier film, un blogueur de la Julie, que je ne connaissais que par son pseudonyme et l’habituelle pertinence de ses commentaires, est venu me dire qu’il avait un projet. Il voulait faire un film avec moi.

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Ma réponse fut préventive : vous avez l’argent ? Généralement, cela refroidit les ardeurs immatures. Là le gars me répondit : « Non, mais je sais comment le trouver ». Le bougre m’avait fait dresser l’oreille et les vérifications sur Internet (on n’est jamais trop prudent), m’avait appris qu’il avait mené à bien une opération de promotion immobilière.

En fait, au bout de quelques mois, le gars disparut sans laisser de traces. Vraiment disparu : évaporé du jour au lendemain. Entretemps, un ami français bien renseigné m’avait conseillé de me méfier de lui. Depuis, plus aucun signe de vie, mais son idée m’avait lancé sur un projet parallèle, qui n’était plus le sien mais justifiait largement un film et même deux. « Comment l’Esprit vint à Genève » et « La Ville Frontière » ont été diffusés en télévision et vendus rassemblés en un seul DVD : « Genevois Pluriels ».

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Pourtant, j’étais resté sur ma faim : condenser 2500 ans d’une Histoire que je découvrais incroyablement riche en 52’, c’était comme de faire entrer tout un banc de sardines dans une seule boîte… D’où le livre, qui sur une typo classique ferait 900 pages et que nous avons pu ramener à 650 par des artifices typographiques.

Trois ans de recherches et d’écriture, puis quelques problèmes essentiels à régler avec l’éditeur et le diffuseur : Combien d’exemplaires imprimer. par exemple ? Faire un seul pavé ou trois tomes successifs, plus légers, moins chers et dotés chacun d’un public cible assez différent ? Sans négliger le titre. Tout comme la couverture, il doit résumer le contenu et donner envie d’acheter.

Comment résumer en trois mots une fresque de 900 pages peignant l’Histoire du monde vue de Genève ? L’histoire de Genève dans son environnement, proche et lointain. Qui raconte comment la puissance des comtes de Genève et des Ducs de Savoie, tous deux antipapes et phares de la chrétienté, interagit avec la ville, dont l’opulence est à son zénith au moyen âge. Qui dit pourquoi Genève est la capitale des révolutions européennes du XIXème siècle et même du XXème. Et rappelle qu’en plus d’Henri Dunant à Solférino, Florence Nightingale en Crimée et Clara Barton à la guerre de Sécession mènent le même combat. Qui coïncide avec des découvertes sanitaires fondamentales : la vaccination de Pasteur ou le besoin d’asepsie…  Il ne suffit pas d’avoir une idée, encore faut-il l’avoir au bon moment.

Scan couv suisse.jpg Le meilleur titre m’a été proposé par notre diffuseur, Luc Feugères, lui-même historien de formation : « Cette Suisse qui a fait la France ». Nulle ville française, hormis Paris, n’a eu autant d’influence sur l’Histoire de France que Genève. C’est l’une des choses que je montre dans ce livre. L’une des… Hélas, un ami, excellent communiquant politique, sans doute le meilleur, trouvait le titre «inutilement provocateur». J’ai commis l’erreur de l’écouter. Sauf que ce qui est vrai en politique ne l’est pas forcément en marketing.

Au vu du titre, le lecteur suisse s’attend à trouver une suite de portraits fouillés, ce que n’est pas le livre. La fresque reste une vue d’ensemble, égaillée d’anecdotes et de connexions ignorées des historiens habituels. Eux creusent leur sillon, tandis que je fais de la photo aérienne, avec quelques coups de zoom, un par chapitre, qui sont autant de scoops… Il est moins question de portraits héroïques que de replacer dans leur contexte ces gens qui, parfois malgré eux, ont endossé la cape du héros. Ou de l'héroïne. 

Nous en discuterons en public avec David Hiler,

Au Vieux Grenadier, rue de Carouge, dès 20h, le 30 novembre prochain. 

Au menu: les réécritures politiques de l’Histoire.

L’Histoire suisse en regorge, comme l’Histoire de France, souvent symboliques, parfois plus insidieuses. On n’en est pas encore sorti, trop d’historiens travaillant encore en fonction de leurs à priori idéologiques. Ce qui consiste généralement à ne tenir compte que de ce qui conforte votre thèse. Or on ne peut comprendre vraiment une situation qu’en restant ouvert à toutes les informations. C’est pareil en politique : le meilleur politicien sera celui qui sait recueillir le plus d’informations diverses et le mieux les synthétiser. 

Commentaires

Dites, puisque vous êtes au mieux avec Mabut, vous ne pourriez pas lui faire remarquer que l'utilisation de la plateforme TDG par Francis Gruzelle pour régler ses comptes avec son ex-femme est particulièrement puante, avec une production de faux commentaires qui ne devraient pas échapper à un modérateur, s'il y en avait un...

Écrit par : Géo | 17/11/2013

Je crois comprendre à quoi vous faites allusion, Géo, et bien que ne visitant plus qu'épisodiquement ces blogs, je dois dire que cela me choque à chaque fois et ne devrait rien faire ici.

Écrit par : Philippe Souaille | 17/11/2013

"On n’en est pas encore sorti, trop d’historiens travaillant encore en fonction de leurs à priori idéologiques."

Comme c'est bien dit. D'ailleurs c'est probablement la seule profession qui n'a aucune surveillance ou auto surveillance et ou chacun peut dire et écrire tout et n'importe quoi, les exemples abondent. ça n'a de loin pas été toujours le cas, nous avons eu de très grands historiens exemple ici:

http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=52&t=35002

Écrit par : Christian Favre | 18/11/2013

La réécriture (ou l'écriture orientée, comme celle de Cesar...) a toujours existé, comme il a toujours existé des historiens soucieux de vérité. J'ai eu la chance de fréquenter une école dont le directeur était Jacques le Goff. Il doit s'arracher les cheveux lorsqu'il voit des historiens se trainer dans la boue aujourd'hui au sujet des conquêtes sarrazines, en passant à côté de l'essentiel... Mais même dans ces domaines très controversés, certains font un travail admirable.
Je connaissais le site que vous citez, qui fait partie de mes sources. Votre lien est aussi éclairant qu'émouvant, quand on constate que le texte a quasiment un siècle et hormis le style de rédaction, reste largement d'actualité.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/11/2013

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