30/12/2013

Le ski, la F1, la taille du marché, l'eau minérale et la grenade dégoupillée

Il y a trois semaines, un pilote automobile est décédé, dans un accident de ski en Savoie. Philippe Favre était Genevois et avait 52 ans. Il avait couru au Mans, à plusieurs reprises, remporté un paquet de courses en Formule Ford et en Formule 3, au point d’être repéré en Formule 3000 par les écuries de F1. Problème, il manquait de sponsors. Car les places sont chères en F1. Au propre et au figuré.
De talent, il n’en manquait pas et en Formule 3000, il avait battu à la régulière tous les ténors de sa génération, comme Jean Alesi, Damon Hill ou Mark Blundell.  Manque de bol, l’écurie qui le recrute en F1 fait faillite dans l’année. Et lorsqu’on vient d’un tout petit marché  comme la Suisse romande, il est extrêmement difficile de motiver des sponsors de poids, partenaires indispensables de la F1.
 Même avec le soutien indéfectible d’un boulanger dont le slogan « Chez Pouly tout est cuit » est connu de tous les Genevois, mais malheureusement pas au-delà.

Grâce à un autre Genevois, Claude Sage, à qui l’on doit la Honda S2000, il est repéré par la marque japonaise, qui va lui confier des Honda NSX d’usine en endurance pendant plusieurs années, sur tous les continents. Le petit mécano de Sézegnin au coup de volant de champion a ainsi mené une belle carrière de pilote professionnel. Qu’un coup de pouce du destin aurait pu propulser dans la cour des superstars planétaires… Un pouce verni du genre de ceux qui font qu’un jeune allemand prometteur se retrouve poulain officiel de Mercédès, qui lui ouvre grand les portes de la F1 puis de Ferrari… 

C’est la vie, avec ses hauts, ses bas, ses coups de bol et ses accidents du destin.  Je lis ici ou là quelques commentaires s’indignant qu’une star fortunée soit mieux et plus rapidement traitée que d’autres, lorsqu’il s’agit de lui sauver la vie. C’est vrai, ce n’est pas très juste. Mais j’entends assez peu ces mêmes commentaires revanchards petits-bourgeois occidentaux s’indigner  de ce que des dizaines de milliers d’enfants meurent chaque année juste parce qu’ils n'ont ni eau courante, ni accès aux soins. Alors que pour simplement installer l’eau courante dans tous les villages du monde entier, il en coûterait l’équivalent de deux années de consommation mondiale d’eau minérale… 

Imaginons : on double le prix de toutes les bouteilles d’eau minérale vendues dans le monde et en deux ans, on sauve des dizaines de milliers d’enfants chaque année… Qu’est-ce que cela a à voir avec le décès d’un pilote automobile skieur ? Rien si ce n’est que les deux leaders du marché mondial de l’eau minérale ont leur siège sur les bords du Léman, l’un à Evian, l’autre à Vevey. Que ce genre de choses, nous serions à même de le décider, ici à Genève, au cœur des organisations internationales, si nous le voulions vraiment.

Accessoirement, si l’on n’agit pas davantage dans ce sens-là, et vite, le vieux monde va nous péter à la figure dans les années qui viennent.  Il semble bien que la goupille ait été enlevée. par exemple en Centrafrique, où soldats de la force d'interposition se sont tirés dessus parmi, chrétiens contre musulmans... Ce n'est pas la religion qui est fautive, au départ, c'est la misère. Et on ne va pas pouvoir continuer à se repasser la grenade d’une main à l’autre bien longtemps. A l’échelle de la planète, c’est une question d’années, tout au plus.

23/12/2013

Oui à la démocratie directe, à la liberté d'expression et d'information. Non à la Dictature du Peuple

Je croyais mon ami Stéphane Valente rangé des voitures et de la politique. Il n'en est rien visiblement puisqu'en vaillant soldat de l'UDC, il s'en prend vertement à l'Ambassadeur suisse auprès de l'Union européenne, Roberto Balzaretti. Celui-ci a répondu à la NZZ am Sontag, qui l'interrogeait sur les conséquences prévisibles d'une acceptation par le peuple de l'initiative UDC contre l'immigration. 

La traduction française de l'interview sur le site de Bluewin est ici 


Pour ma part, en tant que citoyen suisse, tout autant que mon ami Valente, qui vend par ailleurs d'excellents vins, je trouve au contraire tout à fait fondé - et même nécessaire - que l'une des personnes les plus au courant de toutes les subtilités du dossier puisse s'exprimer et nous informer de ses conclusions. 
Après il n'oblige ni ne contraint personne. C'est juste une information supplémentaire, son opinion d'expert sur les conséquences prévisibles de tel ou tel vote.
Mais chacun reste libre de voter en son âme et conscience.
Par contre, lui interdire de s'exprimer, alors qu'il est l'un des meilleurs connaisseurs du dossier, de nous informer sur les conséquences envisageables, nous demander donc de voter à l'aveugle, comme si la Suisse était une île détachée du monde et de ses contingences, nous priver de ces informations, ce serait rien moins qu'une atteinte dictatoriale à la liberté d'expression, doublée d'un détournement/captation du vote populaire.
Le peuple souverain ne doit pas devenir une dictature, fût-elle de l'UDC. Le populisme consistant à rejeter en bloc les opinions des experts, ça va un moment. Certes, ils ne sont pas infaillibles et peuvent se tromper. Mais si depuis la nuit des temps, nous n'avions fait qu'écouter la voix de nos tripes au lieu de celle de notre cerveau, nous serions encore dans des grottes.  La Suisse en particulier, qui sans ressources naturelles se doit d'être plus intelligente que les autres.
La démocratie directe est l'une des recettes de nos succès. L'une des. De loin pas la seule. L'intelligence et la qualité de l'information en sont des autres. Vouloir privilégier l'une et l'une seulement au détriment des autres serait une stupidité majeure.

12/12/2013

Désaccord fiscal: j'espère me tromper

Le Conseil National a repoussé la nouvelle convention fiscale franco-suisse sur les héritages. Je le déplore. Je reste persuadé que Mme Widmer-Schlumpf n'avait pas si mal négocié que cela et je pense que le Conseil National s'est mis un splendide auto-goal. Ayant le sentiment de prêcher dans le désert, j'ai fini par me taire, mais nous verrons ce que l'avenir nous réserve et j'espère sincèrement me tromper. 
Les médias - y compris la Tribune de Genève - et la propagande des milieux hostiles à l'accord ont systèmatiquement grossi le trait dans des proportions indécentes, pour protéger justement ces quelques grosses fortunes françaises qui les font vivre, ici. 
Compte tenu de la loi française en la matière, de sa progressivité, des franchises et des dégrèvements qu'elle prévoit, le nombre de Suisses réellement concernés est sans doute inféreur à 10% des Suisses résidant en France. Rappelons qu'en utilisant toutes les ficelles de la loi, il faut un héritage de plus de 350 000 Francs suisses par héritier et par défunt pour commencer à payer des droits de succession. Soit 1,4 million pour deux parents ayant deux enfants, transmissibles sans impôt...
 
Par ailleurs, il n'est pas du tout absurde que des gens soient traités différemment selon leur lieu de résidence. C'est même le cas dans presque toutes les autres formes de fiscalité, directes et indirectes. Alors pourquoi pas sur l'héritage? 

Personne n'est obligé d'aller résider en France, mais si c'est le choix qu'on fait, il me semble normal et basique de respecter les lois et les coutumes de votre pays d'accueil. On peut difficilement justifier des passes-droits devant le fisc sous prétexte qu'on possède sa fortune à l'étranger...

Il est piquant de constater que certains "fiscalistes" s'offusquent de voir fiscaliser en France un bien situé en Suisse, par un Suisse ayant travaillé en Suisse toute sa vie pour l'acquérir... Alors même qu'ils trouvent parfaitement normal de fiscaliser, en Suisse, les biens de Français ayant travaillé en France tout leur vie pour les acquérir...

Le plus embêtant avec ce vote du Conseil National, c'est qu'il existe un vrai risque que les Suisses domiciliés en France perdent le bénéfice des exemptions fiscales auxquelles ils ont droit avec la convention. Le surcoût pourrait se chiffrer en dizaines de milliers de Francs par tête. La loi qui le permettrait existe, il manque juste la volonté politique de l'appliquer. Tout cela pour maintenir un business d'optimisation fiscale en Suisse de quelques riches Français, qui est de toute manière condamné à court ou moyen terme.