03/02/2014

Le complot de Blocher

Après un premier billet hier (ici) sur le mensonge historique de l’UDC, certains semblent n’avoir pas compris. Mettons les points sur les i…  Mettre un robinet sur l’immigration, cela ne va pas aider à résorber le chômage. Cela va l’aggraver. Suivi d’une baisse du niveau de vie et des prestations sociales, que l’économie genevoise n’aura plus les moyens d’assumer. Parce que ce qui nous a sauvé de la crise gravissime qui a ravagé le monde occidental ces dernières années, c’est précisément notre croissance exceptionnelle, due à la vigueur de nos échanges avec l’UE.

Prétendre que l’on pourra obliger l’UE à renégocier des accords bilatéraux qui nous étaient extrêmement favorables, après lui avoir claqué la porte au nez, c’est d’une arrogance abyssale. C’est au contraire lui tendre la perche pour revenir à des conventions moins favorables pour nous. Par exemple, la situation des 25 000 suisses de France voisine deviendra très compliquée si la Suisse dénonce l’Accord sur la Libre Circulation des Personnes, ce qui serait la première conséquence obligée d’un vote favorable à l’initiative. 

Clandestins ou officiels, les Suisses de France devront obtenir un certificat de séjour renouvelable. Or non seulement ils ne rapportent pas grand-chose à la France, vu que l’essentiel de leurs impôts restent à Genève, mais ils lui coûtent bien davantage en infrastructures et poussent à la hausse de l’immobilier, ce qui nuit aux salariés en euros… Ils risquent donc d’avoir à vendre leur maison dans des conditions déplorables.

Ils y perdront au passage une partie de leur 2ème pilier, ce qui va augmenter la demande d’aide sociale au moment de la retraite et peser sur les finances cantonales. Qui devront aussi accuser le coup de leur retour en Suisse et les charges qui en découlent (école, services viabilisation des logements etc). Surtout, leur retour fera exploser les prix de l’immobilier Genevois… et pèsera sur l’ambiance politique, au détriment des étrangers résidents : 25 000 suisses d’un coup, en concurrence avec  les étrangers pour le logement, et pour l'emploi ! Car le chômage commencera à monter pour de vrai, la fin des accords avec l’UE nous posant à la fois des problèmes d’approvisionnements et de débouchés… 

D'aucuns se demandent à quel jeu joue l’UDC, qui ne manque pas d’hommes d’affaires compétents, capables d’analyser la situation économique ?  A commencer par Blocher. C’est pourtant limpide.

Vaille que vaille, l’organisation de la mondialisation progresse. Les paradis fiscaux sont mis au pas et la concurrence entre Etats souverains s’estompera toujours davantage. Or c’est elle et elle seulement qui permet aux milliardaires de se jouer des lois humaines et d'amasser des fortunes contre-productives. La coordination démocratique mondiale est en marche, aussi bien dans l’UE qu’à l’OCDE. Face à cette évolution inéluctable, quelques milliardaires d’extrême-droite adeptes de la théorie du bunker s’imaginent pouvoir échapper à l’Histoire en se calfeutrant derrière des miradors et des avions de chasse, dans des pays rebelles à leur espace environnant. Une logique d’affrontement et de haine…

Cela a été tenté en Afrique du Sud et a échoué grâce à deux visionnaires, de Klerck et Mandela. Israël d’une certaine manière, vit dans la même logique d’isolement fatal.  C’est ce concept de camp retranché sans issue que rêve d’appliquer Blocher à la Suisse.  D'ailleurs il était le principal soutien officiel du régime d'apartheid en Suisse. Mais pour avoir un minimum de crédibilité, Blocher doit pouvoir compter sur une large part de la population, qui n’aura d’autre fonction que de servir de chair à canon électorale, voire militaire si le temps se gâte. D’où l’incroyable quantité de mensonges sur la nature de l’UE ressassés en boucle depuis des années pour nourrir la xénophobie anti-européenne. Poutine et ses milliards, de Sotchi à Kiev, suit exactement la même logique. Sauf que son glacis à lui est nettement plus étendu et donc plus crédible… 

Commentaires

Le "jeu" de l'UDC est d'une clarté cristalline. Il s'agit pour eux de tout faire, vraiment tout, pour éloigner la Suisse de l'Union Européenne et de revenir sur les accords passés. L'immigration, thème d'actualité dans toute l'Europe, n'est qu'un prétexte visant à soutenir ce but.

L'UDC pratique des campagnes politiques efficaces en s'appuyant sur ce qui marche le mieux, la peur viscérale et irraisonnée de perdre prospérité et indépendance.

A partir de là, tous arguments raisonnés et construits, tels que ceux que vous présentez, sont dénigrés ou brocardés, notamment par votre meilleur ennemi, sa sainte suffisance journalistique Pascal Décaillet qui, avec une certaine adresse, oppose le coeur à la raison.

Malheureusement, si toutes les campagnes politiques se gagnaient sur la raison, cela se saurait... Il ne reste qu'à croiser les doigts en attendant dimanche soir.

Bien à vous.

Écrit par : Déblogueur | 03/02/2014

Quand je lis tous les commentaires haineux vis-à-vis des étrangers qui viennent manger le pain des Suisses, je me dis qu'il est - malheureusement - inutile d'opposer des arguments rationnels à ceux qui votent avec leurs tripes. On ne peut pas parler aux tripes, surtout quand la tête est malade...

Dire enfin comme P.Décaillet que l'initiative n'est pas xénophobe relève d'une construction intellectuelle que je n'arrive pas à décrypter. Et quand on parle de frontaliers à Genève, on n'est plus dans la xénophobie, mais dans le racisme le plus crasse.

J'en ai froid dans le dos.

Écrit par : Michel Sommer | 03/02/2014

L'UDC l'a affirmé ce week-end dans les médias alémaniques: l'un des buts de l'initiative est de pouvoir remplacer le personnel de santé européen dans nos hopitaux et nos EMS par du personnel venu d'Asie ou d'Amérique latine !

Cela ne réduira pas l'immigration, bien au contraire:

80% des immigrés extra-européens recourrent au regroupement familial, contre moins de 30% pour les européens.

Les problèmes d'intégration des immigrants et de compréhension entre soignants et soignés ne seront évidemment pas favorisés par un recrutement plus exotique.

Écrit par : Vuilly | 03/02/2014

1. Il est évident que quotas et préférence nationale ne seront pas acceptés par l'Union européenne et les Etats européens. Même nos amis autrichiens les plus favorables à la Suisse (extrême-droite mise à part, sans doute) font la grimace devant la préférence nationale.

Il est assez piquant de relever que cela est tellement grossier que Freisinger dit ne pas comprendre le texte qu'il vote, le prof. d'allemand en a perdu son allemand ! Voiblet, vice-président de l'UDC, déclare que l'on adoptera une loi contraire à la Constitution.

Pour montrer la duplicité des initiants, je rappelle que l'initiative prévoit en sont article 123a al.3 :
"eines Vorranges für Schweizerinnen und Schweizer auszurichten"
"dans le respect du principe de la préférence nationale"
"e nel rispetto del principio di preferenza agli Svizzeri"

Ceux qui ont écrit "préférence nationale" savait que jamais la moindre négociation n'aboutira.

Blocher le sait.

Ceux qui pensent qu'une négociation aboutira sont trompés par les initiants et devraient se réveiller s'il n'en veulent pas les conséquences.

Quelles en seront la conséquence : la fin de la voie bilatérale. Non pas seulement de la libre-circulation, cela serait trop beau, mais de toute la voie bilatérale, soit une entrave à nos exportations (gérable à mon avis). Et cela aura pour effet immédiat de nous couler un peu plus au G20 et à l'OCDE. Et là ce ne sera plus gérable. Nous nous exposons beaucoup trop au vu de la situation actuelle.

Mais qui est Blocher ?

Un homme qui a quitté son canton de domicile (il y loue un château), le canton de son entreprise EMS Chemie, les Grisons, pour Zürich afin d'échapper aux impôts grisons. Il a profité des grisons et n'a pas voulu rendre aux Grisons. Légalement, certes.

Un homme qui longtemps a spéculé et légalement intrigué, avec un compère à la réputation sulfureuse, sur l'Union de banque suisse, pour se faire du fric (Union des Banques suisses, aujourd'hui fusionnée avec la société des banque suisses, sous le nom d'UBS SA.)

Un homme qui est l'UDC tendance Bahnofstrasse (ou si l'on préfère tendance hyper-friquée). Pour ne pas dire qu'il est l'UDC, au point que la marionnette de Savièse est contraint de voter contre son père autrichien.

Un homme qui est suffisamment riche pour acheter ce qu'il veut.

Quel impact aura sur les marchés financiers mondiaux l'acceptation de l'initiative ? Globalement aucune. Mais spécifiquement où faut-il se positionner pour se faire du fric dès lundi matin, et si vous êtes très riches, discrètement du fric : demandez le à Blocher, il le sait car des êtres malintentionnés qui le côtoient le savent et le lui ont certainement dit. Je doute qu'ils ne passent pas outre l'interdiction de Blocher.

A qui profite l'adoption de l'initiative. A ces êtres malintentionnés.


2. Mais, MESDAMES, qui est Blocher ?

En 1984, Blocher a fait campagne contre le nouveau droit matrimonial, qui introduisait l’égalité entre les époux.

En 1997, Blocher a appuyé les valaisans qui, grâce à des affiches représentant des foetus sanguinolents, diffamaient des politiciennes PDC et PS coupables de vouloir dépénaliser l’avortement.

Écrit par : CEDH | 03/02/2014

25 000 Suisses de France voisine, le terme est inexact. En fait c'est de 25 000 familles suisses de France voisine qu'il faudrait parler, ce qui recoupe le chiffre de près de 80 000 inscrits au consulat de Lyon pour les seuls départements de l'Ain et de la Haute-Savoie, soit près de la moitié des Suisses de France pour ces seuls départements. Ou encore 10% de tous les suisses de l'étranger. Ce n'est pas rien...
Heureusement, plus de la moitié d'entre eux bénéficient également d'un passeport européen et pourront donc rester en France sans avoir à quémander un permis de séjour. Mais cela fait tout de même 10 000 familles susceptibles de rentrer précipitament, qu'il va falloir loger.
De leur côté, les Etudiants suisses pourront dire adieu au programme d'échanges Erasmus. Dommage pour leurs cursus. Quant aux milliards déversés par l'UE sur l'EPFL et les universités de Genève et Lausanne au titre de la recherche scientifique de pointe, ils n'auront probablement pas de suite en cas de victoire du oui...
Ce n'est pas une menace. Il s'agit juste de bien comprendre que l'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Nulle part, dans aucun système. Même si la volonté populaire en exprime le souhait. Parce que la démocratie, cela n'a jamais été le Père Noël...

Écrit par : Philippe Souaille | 03/02/2014

Vous pourriez ajouter qu'il a racheté EMS Chemie à une veuve éplorée qui l'avait chargé de redresser l'entreprise. Celle-ci vacillait depuis la longue maldie de son patron de mari. Mais l'entreprise continuait de péricliter. Alors au décès du malheureux mari, la veuve chargea "Christoph" de trouver un acquéreur, ce qui fut rapidement fait. Quelle ne fut pas la surprise de la vieille dame lorsqu'elle découvrit chez le notaire que le mystérieux acquéreur n'était autre que le jeune Christoph en personne !
Malgré sa colère, acculée, elle n'eut d'autre choix que de vendre l'entreprise en péril, à prix cassé. Sauf que la boîte se mit aussitôt à marcher merveilleusement bien. Pour son premier vrai job à la fin de ses études, le jeune Blocher avait vraiment fait très fort.
Il a par la suite été débarqué du conseil d'administration d'UBS car soupçonné de délits d'initiés. Son entreprise a aussi exporté des pièces détachées de matériel militaire dans des zones de conflit pour le compte du régime d'apartheid, en les étiquetant "pièces détachées" !
Bref, un grand Monsieur, qui rêve aujourd'hui de s'offrir un grand journal en Suisse Romande, comme il l'a fait en Suisse alémanique. En Suisse Romande où vivent les petis enfants de la veille dame qu'il a si aimablement délesté du poids de l'entreprise familiale...

Écrit par : "Christoph" | 03/02/2014

@ Sommer,

" Quand je lis tous les commentaires haineux vis-à-vis des étrangers qui viennent manger le pain des Suisses, je me dis qu'il est - malheureusement - inutile d'opposer des arguments rationnels à ceux qui votent avec leurs tripes. "

Une vielle rangaine qui ne date pas d'aujourd'hui. Dans les années 70 c'était les italiens qui piquaient le boulot des suisses. Evidement aujourd'hui ce sont des discours qui restent des discours sur des idées reçues. Genève par exemple avait déjà un taux de chômage supérieur à la moyenne suisse avant les bilatérales. Malgré les 80'000 étrangers venant en Suisse chaque années on constate que le nombre d'actif résident en Suisse ( y compris étrangers résident depuis longtemps ) à parallèlement augmenté.

Le marché de l'emploi en Suisse est devenue de plus en plus dynamiques ces dernières années et non l'inverse.

D.J

Écrit par : D.J | 03/02/2014

Un solde de 10'000 familles ne veut pas dire 10'000 appartements/maisons.
Avec tout ce qui c'est construit ces deux petites années, et moins d'emprise sur les logements par les étrangers et frontaliers, c'est parfaitement gérable!
Et tout ça à contrario va nous laisser des places pour nos étudiants dans nos universités (qui ont nettement plus de 50% de profs et d'étudiants étrangers) merci ainsi pour la formation de nos jeunes nationaux!
Les fameux milliards UE contre les fameux 5 milliards et plus que nous versons à fond perdu nous pourrons aussi les allouer à nos universités, pour nos étudiants et nos profs en recherche d'emplois!
N'oublions pas que si l'UE veut -casser- nous pouvons aussi le faire dès lors qu'il s'agit d'accords d'échanges et d'intérêts réciproques.
Ce n'est pas une menace c'est juste un rétablissement de contre-poids à des arguments qui frisent l'hystérie!

Écrit par : Corélande | 03/02/2014

M. Corélande ou Mme, vous affirmez que l'on pourra loger à Genève des familles grâce au départ des frontaliers... Il fallait oser.

Je me permets donc de vous rappeler que les frontaliers n'habitant pas à Genève, ils ne risquent pas d'y libérer le moindre logement !

Sinon, 10 000 familles à loger, c'est bien 10 000 appartements ou maisons à trouver. A moins d'entasser plusieurs familles par appartement. Serait-ce là le plan de l'UDC ?
10 000 logements à trouver, alors que l'on parvient à peine à en construire 2000 par année et que la vague des divorces et des entrées de jeunes suisses et résidents dans la vie active ne va pas se réduire d'un iota. Or ceux-là aussi, il faudra bien les loger...

Vous évoquez "5 milliards" que l'on offrirait à l'UE, d'où sortez vous ce chiffre mensonger ?
La contribution suisse à l'élargissement, c'est 1,257 milliard de CHF, soit un milliard d'euro.
La seule contribution de l'UE à l'EPFL dépasse ce montant, puisqu'elle est de 1,2 milliard d'euro, soit 1,5 milliard de CHF. Auxquels il faut ajouter l'aide que recevra l'université de Genève dans le cadre du programme suédois.

En faire profiter directement nos étudiants en prenant sur l'aide aux pays de l'Est européen n'aurait aucune utilité, hormis d'augmenter l'instabilité, donc l'insécurité sur l'ensemble du territoire européen. Ce qui n'est pas notre intérêt.
Il s'est en effet passé des choses, depuis 1990 et le vieux temps béni fantasmé par l'UDC. Le mur de Berlin est tombé, par exemple. Or il empêchait les habitants de ces pays de gagner l'Ouest, malgré l'envie qu'ils pouvaient en avoir. A moins de rebâtir un nouveau mur avec miradors et schupos, mais cette fois pour empêcher les gens de rentrer, la seule réponse intelligente aux vagues migratoires et de les aider à rester chez eux. En investissant dans le développement de leur pays. C'est aussi à ça que ça sert, l'Europe, entre autres. Et cela c'est aussi de notre intérêt ici, en Suisse

Écrit par : Philippe Souaille | 03/02/2014

Ce qui me sidère, c'est l'arrogance des initiants et de ceux qui les soutiennent, et pour être franc, l'arrogance d'une large partie de la population aujourd'hui qui dépasse de loin celle supposée de nos voisins.

La Suisse et l'UE ont conclu une série d'accords qui forme un tout, et qui représente les résultats de longues négociations articulant les droits et devoirs de tous. Sur le fond, la position des initiants et de leur soutien aujourd'hui est d'affirmer que la Suisse est légitimée à dénoncer les éléments qui la dérangent tout en conservant ceux qui l'arrangent, et que tout refus de la partie adverse est inadmissible.

C'est un peu comme si j'allais voir mon assureur, que je lui disais que payer des primes cela ne m'arrange pas et que je vais donc arrêter de les verser mais que je m'attends à ce je continue d'être couvert en cas de dégâts. Et quand l'assureur me dit que ceci n'est pas sérieux, je pousserais des cris d'orffraie comme quoi on remet en cause ma capacité à prendre des décisions souveraine(voir les commentaires de sa suffisance Decaillet quant Viviane Reading a fait part de ce simple message.

Écrit par : sekant | 03/02/2014

Début de déferlante sur la côte de celui qui est à l'ouest dont la météo atteste de la justesse de votre observation.
Jenni soit qui mal y pense ,détourne votre blog et incite quelques tarés à se lâcher à peu de frais dans la brume côtière de l'anonymat ,et , au fur et à mesure que la journée passe dans l'enfer de la solitude face à un écran: unique fenêtre sur un paysage de proximité qui leur évite de parler aux voisins forcément venus d'ailleurs, et avec un orthographe de plus en plus incertain , la haine suinte .
Qu'ils continuent en fin de compte , à jouir de la promenade sur la TDG , c'est tout ça de plus de sécurité pour les socio thérapeutes de Belle-Idée.
concernant Blocher , ma contribution sur le blog de P. Hollenweg.

Écrit par : briand | 04/02/2014

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