15/02/2014

1ère victime collatérale du 9/2: la Traversée de la Rade

Je fais partie de ceux qui pensent que Genève a besoin d’une petite traversée, pour dédoubler le pont du Mont-Blanc et d’une grande autoroutière, pour contourner le centre. Sauf que dimanche dernier, Christoph Blocher et l’UDC fédérale ont tiré une balle dans le pied de leur section genevoise. Qui se bat depuis des années pour imposer l’idée d’une petite traversée. Le 8 février, elle était encore en mesure de réussir son pari pour Genève. Plus maintenant.

Un ouvrage d’art, pont ou tunnel, cela coûte beaucoup d’argent. De telles dépenses ne se justifient que si les prévisions promettent une croissance soutenue. Croissance économique pour rembourser les emprunts et croissance des déplacements, pour justifier l’investissement.

Or même si le Conseil d’Etat va faire tout son possible pour maintenir la croissance et obtenir de Berne le nombre de contingents nécessaires, ce qui domine pour l’heure, au Gouvernement comme dans les entreprises, genevoises ou multinationales, c’est une double inquiétude du lendemain.

Inquiétude quant à la possibilité de répondre efficacement et rapidement aux besoins de main d’œuvre des entreprises, publiques ou privées, y compris à ceux des multinationales et des organisations internationales.
Inquiétude quant à d’éventuelles mesures de rétorsion de l’Union Européenne qui auraient fatalement un impact sur la croissance. Tout le monde a compris que l’UE n’avait nulle envie de nous taper dessus pour le plaisir, mais qu’il y avait des limites à ne pas dépasser. Or Christoph Blocher et sa clique sont dans une toute autre logique.

Ce qu’ils prétendent obtenir par ce qu’ils appellent des négociations, c’est que l’UE accepte nos caprices sans broncher et en plus nous accorde des avantages supplémentaires, sur l’imposition des frontaliers tessinois, par exemple. Le beurre et l’argent du beurre, toujours. Sauf que dans une négociation équilibrée, toute chose a un prix et ce n’est pas parce que l’on veut quelque chose et qu’on crie le plus fort qu’on l’obtient. Bien qu’ayant reçu quelques claques retentissantes dans sa vie, il semble bien qu’à son âge, Christoph Blocher n’ait pas encore compris cela…

Les financiers chinois qui ont racheté Confédération Centre pour en faire un hôtel tablent sur un certain développement de la ville. Cela fait partie des plans de Blocher, de compenser le désamour européen par une présence chinoise accrue. Pas sûr d’ailleurs que nos compatriotes soucieux de préserver leur mode de vie en soient ravis, mais ce n’est pas ce qui compte, pour le vieux milliardaire. Sauf que pour soutenir cet accroissement de la présence chinoise, il faudra des contingents de travailleurs…

En résumé, selon les termes de la loi d’application qui sortira du parlement, le vote du 9/2 risque de briser les ailes de la croissance genevoise, ou juste de les rogner. Dans tous les cas, il parait urgent de ne pas se lancer dans de nouveaux investissements dispendieux à court terme. Et donc, la mort dans l’âme, je voterai non à la traversée de la rade. D’autant que la traversée autoroutière du lac conserve toutes ses chances à long terme. D’ici sa mise en œuvre, l’état de nos relations avec nos voisins européens devrait être éclairci. Espérons-le, pour l'avenir de ce canton.

 

 

Commentaires

Et bien, pour quelqu'un qui n'utilise plus ce vecteur nauséabond et squatté par les bruns il me semble que tu est plutôt présent ces derniers temps.

Une fois de plus tu n'es pas à une contradiction près. En te disant d'abord favorable aux deux traversées pour ensuite voter non sur celle de la rade.
En suggérant que les ennuis avec nos voisins vont s'estomper après avoir peint le diable sur la muraille.
En hypothéquant le développement de Genève qui ne verra pas de traversée autoroutière avant 2050 si tout va bien.

Bref, encore des menaces, de la grogne et surtout l'incapacité à accepter le verdict.

Je me réjouis de lire tes prochains billets où tu nous expliqueras avec la même conviction juste l'inverse de ce que tu défends avec un tel acharnement aujourd'hui.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/02/2014

Pour peu, vous pourriez évoquez la colossale dette du canton de GE, mais là pas de chance, cela fait plus de trente ans qu'elle nous sert de boulet...

La croissance va chuter à Genève dites-vous ? Mais alors en poursuivant sur votre raisonnement, il n'y aura jamais de 3ème voie sur les autoroutes ! Est-ce donc un si grand malheur pour Genève et la Suisse ? Qu'en pensent les écologistes qui soutiennent l'immigration massive et en même temps la croissance durable pour ne pas dire la décroissance.
Il faudrait leur poser la question, puisque en la circonstance, la partie officielle de ce mouvement était dans votre camp !

Maintenant sur le fond de votre papier, la grande peur de l'UE; qu'elle en vienne carrément à "frapper" la Suisse, car celle-ci aurait dépassé les bornes, comme le ferait un vilain garnement. Je ne sais pas si vous réalisez ce que vous dites-là ?
En somme, un Etat qui vote librement et démocratiquement, se verrait réprimander par un "Etat ami"en vertu du fait que le résultat du vote lui imposerait certaines contraintes ? Vous trouvez cela normal dans les relations entre pays civilisés ? Moi j'appelle cela de l'impérialisme ni plus ni moins...

Vous avez hurlé sur le fait que Blocher fasse une allusion au patriotisme moindre des Romands, mais on ne vous a pas entendu sur les propos simplement insultants et diffamatoires de Schulz, celui qui a déclaré que le vote des suisses émanait de bas instincts..Pour un allemand, qui brigue le poste du sortant Barroso, on aurait pu lui rappeler au passage, quelques faits marquants de l'histoire de son pays...
Mais, ni les médias ni vous, n'y avez songé n'est-ce pas ? Le vieil adage reste encore et toujours valable : plus c'est gros et mieux ça passe... surtout quand cela sert sa propre propagande.

Écrit par : Exprof | 15/02/2014

Désolé, Pierre Jenni, mais la contradiction, elle est chez toi et chez tes amis de l'UDMCG.
Prétendre vouloir développer Genève a grands frais et dans le même temps miner le dynanisme de son économie et donc toutes perspectives de financement, c'est juste suicidaire et totalement inadmissible de la part de formations politiques qui se prétendent responsables et qui sont juste populistes.
Quels investisseurs privés vont se mouiller sur un tel projet ? A quels taux les pouvoirs publics vont-ils pouvoir emprunter sur les marchés, alors que personne ne sait de quoi demain sera fait ???

Tu mets le doigt sur le défaut de la cuirasse de la démocratie directe, que le peuple suisse avait jusqu'à maintenant su éviter: on ne peut pas vouloir à la fois plus de vacances, plus de salaires, moins d'heures de travail et en plus empêcher les entreprises de se développer. Le peuple savait voter en fnction de l'intérêt supérieur à long terme et non en fonction de ses envies persos à court terme.

Blocher, l'homme qui a a partiellement bâti sa fortune sur les jambes explosées d'un paquet d'enfants innocents dans le monde (je te rappelle qu'on parle d'un vendeur de détonateurs de mine anti-personnel, là) a réussi à vous faire croire que si, on pouvait. La bonne blague.

Moi, je ne suis pas suicidaire. Je continue de dire que nous avons besoin des deux traversées, mais pour le moment nous n'avons plus les moyens de les payer. La petite, là tout de suite, c'est clair et net, niet.

La grande dans 15 ou 20 ans, au mieux, là on peut espérer parce que d'ici là, on aura je l'espère trouvé le moyen de résoudre nos problèmes. Probablement en rentrant dans l'UE d'ailleurs, ce qui nous aiderait grandement pour la financer, cette traversée autorutière. D'ici là, on peut bien dépenser quelques sous à poursuivre les études, ça ne mange pas de pain.

Désolé pour les bouchons que vont devoir affronter tes taxis, il fallait y penser avant.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2014

L'incapacité à accepter le verdict, mauvais perdant, etc... Vous me faites rire. Blocher passe son temps à refuser les verdicts successifs qui lui donnent tort le plus souvent et à imaginer de nouvelles manières de faire re-voter les gens pour enfin de temps en temps obtenir une victoire. Au nom de quoi serait-il le seul à avoir le droit de faire ça ? Quand c'est Blocher qui fait revoter, c'est démocratique et quand c'est pas lui, c'est une atteinte à la démocratie, une réaction de mauvais joueur ?

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2014

Exprof, ne déformez pas mes propos. Personne ne va "frapper" la Suisse, terme militaire que je n'ai jamais employé. J'ai au contraire écrit que l'UE n'avait nulle envie de nous taper dessus. Mais que si vraiment on dépasse les bornes, il y aurait des mesures de rétorsion.
Démocratique ou plébiscitaire, la Suisse de Blocher veut rester indépendante, pour pouvoir préserver croit-elle, ses intérêts de manière unilatérale, c'est son droit. Mais bien évidemment cela implique que l'UE de son côté a tous les droits de préserver ses intérêts de son côté.
L'UE n'a pas à entre en matière sur nos procédures, qu'elles soient démocratiques ou non, ce n'est pas la question. La Suisse, de fait, refuse de se mêler aux procédures démocratiques de l'UE, qui sont au demeurant bien plus démocratiques que ne le prétendent les Blocher et consorts. La Suisse est un Etat indépendant, libre de ses choix, face à une confédération d'Etats alliés, libres des leurs. Par la faut de la Suisse, qui rompt les accords et les alliances, ou du moins revient sur sa signature, cela devient une simple question de rapports de force.
L'un des principaux problèmes qui nous arrive dessus, c'est la question de la fiscalité des entreprises. Nous imposons à des taux très favorables un grand nombre de multinationales qui font la majeure partie de leur chiffre d'affaires dans l'UE. L'UE veut imposer ces sociétés sur les bénéfices réalisés dans l'UE, ce qui rendrait inutile leur présence en Suisse, qui nous rapporte passablement d'argent. Nous avons ici en effet surtout des cadres supérieurs, très bien payés, et donc très bien imposés. Par nous.
Le manque à gagner potentiel est tel que David Hiler avait prévu de réduire le taux d'imposition à 13% pour toutes nos sociétés afin de nous mettre en conformité avec le droit européen et international. Qui accepte en effet des droits d'imposition très favorables, à condition qu'ils soient les mêmes pour tous et qu'il n'y ait pas de captation indue de la richesse d'autrui.
Nous en sommes là et la négociation s'annonçait difficile. Depuis le 9, les perspectives sont justes devenues sinistres.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2014

Sinon, merci d'évoquer la question de la dette abyssale du Canton, parce que l'essentiel en fut creuse dans les années nonante, lorsque justement le refus de l'EEE mit la Suisse en mauvaise posture au milieu de la croissance européenne bootsée par l'extension à l'est de ce qui allait devenir l'UE.
Non la sitation n'allait pas si bien "avant". Notre taux de chômage était bien supérieur, l'économie atône, les restaus et les commerces étaient vides... Ce sont la conclusion des bilatérales qui ont permis à l'économie de rebondir. Merci Blocher de les mettre en péril.
Quand on est milliardaire et qu'on fait son business à l'étranger, on s'en fiche des Suisses. On peut même pousser le vice jusqu'à leur faire croire qu'on s'intéresse à leur sort en payant des journalistes pour ça.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2014

" lorsque justement le refus de l'EEE mit la Suisse en mauvaise posture au milieu de la croissance européenne bootsée par l'extension à l'est de ce qui allait devenir l'UE. "

Je suis d'accord avec vous ces derniers jour concernant la votation contre l'immigration de masse. Mais je ne suis pas d'accord avec vous en mettant la mauvaise situation économique de la suisse suite au non de l'EEE. Pendant les années 90 à ses débuts la crise économique qu'a subit la Suisse était général en Europe. La Suisse sortait d'un grand boom économique des années 80. C'était surtout le secteur secondaire qui fut particulièrement touchée par la crise.

Maintenant il est bien clair que la Suisse avec les bilatérales a été un moteur de croissance pour la Suisse. La Suisse ne pouvait pas rester en marge du grand marché commun européen. On ne peut pas comparer la situation de la Suisse d'avant 1990 avec l'époque de la guerre froide et de l'Europe et même le monde coupé en deux entre le bloc communiste et occidental avec celle d'après 1990 et la chute du bloc de l'est qui fut le début d'un renouveau économique au niveau non seulement européen mais mondial avec la mondialisation libéral du commerce.

A force de lire cette semaine les raisons de ceux qui ont accepté l'initiative UDC on remarquera les contradictions des personne concernées qui ont voté oui. Soit c'est parce que les étrangers piquent le travail des suisses ou soit c'est parce que les étrangers viennent en suisse pour ne rien faire en bénéficiant du sociale.

Encore lu aujourd'hui dans le Matin le témoignage d'une femme qui a voté oui parce qu'elle en avait marre d'avoir fait des centaines d'offres d'emplois et les postes lui ont été refusé car les employeurs préféraient engager des étrangers à sa place. Je ne sais pas depuis quand un employeur répond négativement à une offre en mentionnant bien que c'était pour engager un étranger. Et je ne vois comment elle aurait eu du temps pour enquêter elle-même sur chaque refus pour s'apercevoir que c'était pour engager un étranger. Quand on lis des imbécilités pareils il y a de qui se poser des questions

Trop de personnes ont voté oui sur des idées reçues. On sait tiré une balle dans le pied avec cette votation. Les ministres de l'UE nous ont mis au pied du mur. Ils ne veulent pas faire d'exception avec nous.

D.J

Écrit par : D.J | 15/02/2014

Bien sûr, ces infrastructures de transport coûtent un saladier. Toutefois, une approche économe permet de réaliser des miracles.

Genève, comme toutes les villes situées à l'exutoire d'un lac, comme Zurich, comme Lucerne, en Suisse, il y en a partout dans le monde, subit ce double phénomène: ceux qui veulent passer d'une rive à l'autre tendent à serrer leur trajet au plus court: aujourd'hui, le pont du Mont-Blanc. Or ce trafic n'a rien à faire à cet endroit, qui peine déjà à absorber le trafic urbain. D'autre part, contrairement aux métropoles qui ne sont pas dans cette situation géographique, il manque à Genève un tronçon du périphérique indispensable pour drainer hors du centre, autant que faire se peut, les trafics qui sans lui passent à travers le centre.

Par ailleurs, il faut s'étonner que Genève, après avoir parié sur le chemin de fer, l'ignorerait lorsqu'elle prévoit un ouvrage aussi volontaire qu'une traversée du lac en amont du pont du Mont-Blanc.

J'invite les lecteurs de ce blog à prendre connaissance de l'étude que j'ai réalisée sur ce thème. Il ne s'agit en aucun cas d'un projet figé, mais bien d'une ouverture vers des pistes que je crois encore inexplorées.

On trouvera cette étude sur le blog TdG de Domaine Public, à la date du 6 janvier 2014, ou en cliquant sur mon nom.

Écrit par : weibel | 15/02/2014

Le renvoi à mon dossier ne fonctionne semble-t-il pas bien. Voici l'adresse à laquelle le trouver:
https://sites.google.com/site/geneverailroute/etude

Écrit par : weibel | 16/02/2014

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