16/02/2014

Immigration: le Conseil Fédéral a choisi la voie dure et démocratique

Les autorités avaient deux manières possibles de réagir au vote du 9 février. La pragmatique et la démocratique, ou la douce et la dure.
La douce consistait à utiliser au maximum le flou juridique du texte pour « faire comme si » le vote n’avait pas vraiment eu lieu et changer le moins possible, le but étant de préserver la bonne marche de l’économie et des affaires. La voie privilégiée pour ceux qui sont aux commandes d’entreprise ou en relation directe avec l’étranger, histoire de faire le moins de vague possible dans le train train des affaires. J’avoue que je la trouve assez tentante, compte tenu du résultat quand même très serré du vote. Mais ce n’est pas très démocratique.

La dure est bien plus radicale et c’est celle qui semble avoir été choisie par le conseil fédéral. Simonetta Somaruga a, d’ores et déjà annoncé à la Croatie, nouveau membre de l’UE, que les conditions prévues pour son intégration à l’accord de libre circulation helvético-européen n’étaient plus réunies du point de vue de la Suisse. C’est ce que voulait l’UDC et c’est franchir l’une des bornes fixée par l’UE. Un casus belli, quasi une déclaration de guerre.

Parler de guerre est une imagem bien sûr, mais c’est l’esprit de l’initiative UDC dont le but caché (encore que Blocher ne s’en cache pas vraiment) soit de rendre impossible tout rapprochement avec l’UE. Quoi de mieux qu’un bon conflit pour ça, pour braquer les esprits ? Un jeu dangereux pour la Suisse, qui en cas de conflit ouvert,  toutes les chances de souffrir davantage.

Un jeu suicidaire alors ? Pas forcément, aux yeux des deux idéologies diamétralement opposées qui poussent à y jouer. L’UDC d’abord, persuadée que l’UE est un tigre en papier, trop englué dans la crise pour réagir vraiment. Selon ce schéma, la commission européenne irait de reculade en reculade. Pour préserver quelques bribes de croissance, Bruxelles se contenterait d’avaliser tous nos desiderata, ouvrant du même coup la porte à toutes ses forces centrifuges, à trois mois des élections européennes.
De ce point de vue le timing est parfait et ce qui est au bout, c’est la destruction de l’idée européenne (et probablement de l’Europe dans la foulée) sous les coups de l’extrême-droite. Avec la Suisse en pointe, qui redeviendrait ainsi le pivot central des luttes entre grands ensembles nationaux ouest-européens. Luttes entre nations européennes qui ne tarderaient pas à renaître...
Pour ma part, je ne crois pas une seconde que les Européens prendront le risque de se laisser enfermer dans ce jeu suicidaire pour l’Europe elle-même. Ils sont quasiment contraints de réagir s'ils ne veulent pas voir l'idée européenne se déliter à court terme.
 

 

C'est l'analyse que font les pro-européens, qui s’attendent à des mesures de rétorsion fortes de l’Europe. Ce qui, si les choses s'enveniment et que le jeu vire à l'escalade, pourrait mettre l’économie helvétique à genoux. Ce qui amènerait à constater que l’UDC nous a menti et que l’alleingang est bien la pire solution qui soit. Un vote d’adhésion à l’Union européenne pourrait alors apparaitre comme la seule solution réaliste. Sauf qu'avant d'en arriver là, la crise devrait atteindre des niveaux gravissimes, ce que personne ne souhaite.  
C’est pourquoi j’aurais préféré la solution pragmatique, celle que vont tenter de faire passer les villes et les cantons qui ont dit non… Combinée peut-être à quelques infusions de démocratie supplémentaire, qui ne feraient pas de mal à la construction européenne.
Las, les premières indications semblent laisser penser que l’on ne coupera pas à la guerre. Une guerre entre l’idée suisse et l’idée européenne, complètement absurde parce qu’à la vérité, les deux s’emboîtent exactement l’une dans l’autre, comme deux poupées russes.
Une guerre voulue par l’extrême droite nationale et souverainiste qui a entrepris méthodiquement de nous replonger dans les pires cauchemars du XXème siècle. Des cauchemars qui permettent aux milliardaires marchands d'armes de doper leur fortune... Et de la planquer dans les paradis fiscaux, au lieu des conventions internationales qui tôt ou tard, supprimeraient les refuges pour milliardaires et les ramèneraient à la situation fiscale de n'importe quel citoyen. 

Commentaires

Que ferait-on sans le conditionnel. Même les Suisses Allemands qui ne déclinent pas leurs verbes au participe passé et au futur l'ont gardé.
C'est dire s'il est utile !

Écrit par : Pierre Jenni | 16/02/2014

Amusant

Écrit par : D.A. | 16/02/2014

Il va de soi - mais cela va mieux en le disant - que quand je parle de guerre, je parle de guerre économique et diplomatique. Un conflit où l'on se balance des mesures de rétorsion à la figure, en cherchant à faire mal à l'adversaire, plutôt qu'une négociation amicale où l'on cherche à ménager les intérêts de chacun.
Les chars ne sont pas encore à la frontière, mais depuis le début Blocher cherche à faire du mal à l'Union Européenne qu'il considère comme un danger pour "sa" Suisse.

Écrit par : Philippe Souaille | 17/02/2014

Pour ceux qui en doutaient, les premières mesures de rétorsion sont tombées.
Gèle des négociations sur la recherche et du programme Erasmus.
C'était évident, tant elles sont faciles à mettre en oeuvre...
Mais biensûr, YAKA se débrouiller et FOKON discute avec l'UE...
Heureusement que la suisse est bourrée de matières premières et de richesses naturelles, cela va nous permettre sans peine de mettre la recherche entre parenthèse.
Mais YAKA et FOKON auront certainement une bonne solution. Après tout, les étudiants, ce sont que des fainéants, YZONKA aller travailler...
Merci qui?

Écrit par : Lefredo | 17/02/2014

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