18/02/2014

Suisse UE : Les bananes sont jaunes et dans la vraie vie on meurt.

Nous pouvons décider que nous ne voulons plus de la libre circulation, ni de l’UE, ni des bilatérales. Ou que nous n’en voulons que ce qui nous arrange, nous sommes libres. Mais en face, ils sont libres de refuser nos demandes de privilèges et surtout, un deal est un deal. Casser un contrat a un coût. Prétendre que nous n’aurons pas à le payer, parce que nous serions plus forts et plus riches – ou que la partie d’en face traverse une mauvaise passe - n’a aucun sens. Plus les gens sont assis dans leur confort et plus ils ont à perdre en cas de conflit. Que celui-ci soit ouvert ou juste économique.

Déjà, nous sommes 8 millions, eux plus de 500.  Leur richesse cumulée équivaut à plus de 27 fois la nôtre. Nous absorbons un peu plus de 3,5% des exportations de l’UE, tandis que l’UE absorbe près de 70% de nos exportations. L’UE est 20 fois plus importante pour nous que nous ne le sommes pour elle. A ce niveau, c’est quasi de la monoculture et le fait que la balance commerciale enrichisse l’UE n’a aucune importance : dans son bilan global, c’est résiduel. Nous retourner prendrait des années et on ne nous en laissera pas le temps. Nous n’avons aucune fronde à notre disposition pour contrer Goliath. Toutes les soi-disant armes secrètes tant vantées par l’UDC ne sont que des boomerangs qui nous reviendraient en pleine figure si on les utilisait.

Le Gothard, par exemple, creusé au prix fort (20 milliards) pour les beaux yeux de l’UE nous dit l'UDC. C’est faux, le Gothard a été creusé pour tenter de capter une partie du trafic européen, ce qui depuis le XIIIème siècle est la base originelle de la prospérité suisse. Mais les européens n’en ont nul besoin. Ils ont le Brenner, le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Blanc, plus le Col de Tende et surtout les autoroutes marines, Marseille Naples etc… Par contre si l’on veut jouer à bloquer les axes de transports, nous sommes morts : tous nos approvisionnements de nourriture, d’énergie, de biens manufacturés et de matières premières empruntent des ports européens, des gazoducs européens, des autoroutes et des voies ferrées européennes et même l’espace aérien européen.

Le trésor de la BNS détient plusieurs centaines de milliards d’euros d’obligations européennes. C’est vrai, mais leur achat ne s’est pas fait pour soutenir l’euro, même si ce fut l'une des conséquences. Le but était de contrer la hausse démesurée du Franc, qui plombait notre économie. Vendre ces réserves tirerait certes l’Euro à la baisse, mais cela présente au moins autant d’avantages que d’inconvénients pour les européens. Au moment où leur économie redémarre, cela doperait leurs exportations et renchérirait leur facture de pétrole, mais aussi leurs importations, ce qui serait un ballon d’air frais pour leurs industries… Pour la Suisse, ce serait l’inverse, le Franc atteindrait des niveaux stratosphériques,  cassant nos industries d’exportations et dopant l’importation de produits divers, européens notamment, au détriment des produits suisses…

Détail d’importance, en cas de conflit avec l’UE, nous serions seuls, vraiment seuls. Même la Russie ne nous aiderait probablement pas et de toute manière serait dans l’incapacité de nous fournir du gaz. Parce que pas un pays, ni les Etats-Unis, ni la Chine ni aucun autre, ne va se fâcher avec le premier marché de consommation de la planète pour un territoire de 8 millions d’habitants.

Bref, nous sommes libres, oui, mais économiquement dépendants. Drogués à notre prospérité. Nous avons le droit de décider de nous en affranchir, de choisir la pauvreté et la difficulté. Un tel baroud d’honneur au nom de l’Indépendance nationale aurait du panache, même si je ne partage pas le moins du monde l’engouement pour le patriotisme. Les Spartiates aux Thermopyles, Winkelried à Sempach, Roland à Roncevaux, la Charge de la Brigade Légère à Sébastopol, Davy Crockett à Fort Alamo ou la résistance héroïque du sous-lieutenant Maudet à la tête de ses Légionnaires  (dont plusieurs suisses) à Camerone résonnent dans ma mémoire avec le panache du romantisme adolescent. Sauf qu’à la fin, à 8 contre 500, dans la vraie vie on meurt, il faut le savoir. Contrairement à ce que racontent Blocher et ses sbires, les Bananes ne sont pas bleues, et l’on n’est pas dans un jeu vidéo, ni dans les Trois Mousquetaires ou dans Rambo.

Il faut aussi cesser de dépeindre l’UE comme une grosse machine impérialiste, voire fasciste. Si elle était cela, il y a bien longtemps que nous nous serions fait croquer. L’UE n’a jamais conquis aucun peuple par les armes et c’est une démocratie parlementaire. L’UDC s’en souvient tout soudain, puisqu’elle compte sur une montée en puissance de l’extrême-droite aux prochaines élections européennes pour la tirer du guêpier dans lequel elle nous a fourrés.

L’UE comporte une forme d’initiative populaire au niveau européen, certes non contraignante, mais c’est un début. Surtout elle accepte les référendums et les initiatives locales et nationales contraignantes, comme en Italie ou en Espagne. L’acceptation de la plus grande majorité de nos référendums ne poserait aucun problème, si nous étions membres à part entière. La question deviendrait pointue en cas de référendum demandant la sortie de l’UE par exemple, ou sur un point impliquant la sortie de l’UE. Exactement comme maintenant en fait.
Avec exactement les mêmes conséquences : le droit de sortir, mais aussi d’assumer les conséquences désastreuses et les complications qui en découleraient. Exactement comme si Genève voulait quitter la Confédération: il y aurait des avantages et des inconvénients, mais dans tous les cas, ce serait très compliqué. A nous d’assumer.
 
 Sinon, sur le plan économique, cela ne changerait pas grand-chose d’être dans l’UE, maintenant que le secret bancaire à l’ancienne, de toute manière est mort. Des pays comme le Luxembourg ou le Liechtenstein font aussi bien nous, voire mieux en étant dans l’UE ou l’EEE. Face aux Etats-Unis, par exemple, nous serions mieux protégés. L’accès aux marchés serait facilité et les droits de douane résiduels seraient supprimés, bref, aucun vrai gros désavantage. Peut-être aurions-nous davantage de coûts de solidarité à assumer, mais en retour, nous aurions droit à toutes les aides de l’UE, pour construire une traversée du lac en tunnel, par exemple. Avec voie ferrée intégrée… Bref, que du bonheur.
Pour l'heure nous devons accepter les décisions de l'UE, sans avoir voix au chapitre. D'où sans doute cette impression de monstre froid, imperméable aux décisions populaires. De fait nous Suisses ne sommes jamais consultés. C'est peut-être cet état de fait déplorable qu'il faudrait commencer par changer. Pour cela, la solution est toute simple: rentrer dans l'UE, pour y faire entendre nos voix. Sans nul doute, nous y serions écoutés avec attention.

Commentaires

Cher Philippe,

Il va de soi que les résultats de cette votation du 9 février tombent très mal pour la cohésion de l'UE qui est à la veille d'élections importantes, mais de là à en faire, en Suisse, une arme de notre future politique est indigne et surtout peu responsable. C'est pourtant ce que l'on lit dans certains milieux du camp des vainqueurs de ce dimanche gris.

On ne construit pas une stratégie politique en anticipant sur une hypothétique victoire de l'extrême droite et des populistes lors des prochaines élections européennes, ce serait une politique extrêmement risquée, car échafaudée sur des éléments que nous ne maîtrisons pas. Par ailleurs la "Schadenfreude" n'a jamais été une politique, c'est de la perversité.

La Suisse n'est pas en guerre avec l'UE, il faut qu'on en revienne à la raison.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/02/2014

Ce que dit Jean d'Hôtaux peut se retourner comme une chaussette : ce sont les perdants qui attisent un max la guerre avec l'Europe. Punissez-nous, par pitié ! Pour que l'on montre à ces chiens que nous avions raison...

Écrit par : Géo | 18/02/2014

Cher Monsieur, "Nous pouvons décider de ce que nous voulons ou ne voulons pas... comme vous-même décidez de qui vous accueillez ou n'accueillez pas en votre présent blog... Par souci, sans doute, de "migrations" obstruantes...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/02/2014

Euh, Géo, rappelez-moi déjà, n'est-ce pas le Toni truant Président de l'UDC qui a réclamé dès le lundi 10 que l'accord de libre circulation ne soit pas étendu à la Croatie ? Alors que l'on aurait fort bien pu passer ce cap tranquillement et prendre le temps de discuter pour envisager des mesures sereines ?
Qui ne cesse de réclamer depuis des mois, voire des années, une politique ferme et agressive vis de l'UE, de l'OCDE, des Etats-Unis du G20 et du monde entier ? Qui trraite régulièrement nos diplomates de dégonflés et de serial baisseurs de frocs ? N'est-ce pas l'UDC ? Qui attise les conflits et prétends que nous sommes les plus forts, les plus malins, les plus riches et les plus costauds ?
En résumé, qui semble avoir davantage de masse musculaire dans le cerveau qu'ailleurs ?

Écrit par : Philippe Souaille | 18/02/2014

Certes Madame, mais perso, je n'ai passé aucun contrat m'astreignant à accepter tel ou untelle et surtout de les accepter ou non ne me coûte rien, ne me rapporte rien. Je suis libre et souverain dans ce monde virtuel qu'est un blog sur Internet.
Dans la vraie vie, c'est un peu différent. Si vous acceptet d'héberger des gens et qu'en échange vous obtenez un certain nombre de droits et de marchandises, en bref que vous êtes payé pour, ben vous ne pouvez pas les virer comme ça. Ou alors il ne faut pas s'attendre à continuer de toucher le loyer...

Écrit par : Philippe Souaille | 18/02/2014

@ Géo :

" ... ce sont les perdants qui attisent un max la guerre avec l'Europe."

Franchement on se demande bien en quoi ils attiseraient la guerre avec l'UE et d'ailleurs dans quel dessein le feraient-ils ?
Il ne s'agit pas ici d'avoir tort ou raison, mais d'apaiser une situation qui de surenchère en surenchère pourrait escalader.
Ce qui compte avant tout c'est la cohésion et l'avenir de la Suisse. Évitons les conflits d'intérêts et laissons maintenant le Conseil fédéral travailler à réparer les pots cassés sans lui mettre le bâton dans les roues.

En parlant d'apaisement, Madame Merkel semble en avoir donné des signes à Didier Burkhalter ce matin à Berlin. Mais ne tirons tout de même pas trop sur l'élastique ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/02/2014

« N'est-ce pas l'UDC ? Qui attise les conflits et prétends que nous sommes les plus forts, les plus malins, les plus riches et les plus costauds ?»

ça c'est le language de Corto à propos de ses amis.

Écrit par : petard | 18/02/2014

Philippe Souaille @ Vous confondez l'UDC avec l'ensemble des votants sur cette initiative. Si les gens du PLRS avaient qqch dans la tête, ils se dépêcheraient de prendre la barre et de naviguer finement entre les écueils. C'est d'ailleurs ce que fait Burkhalter qui se révèle d'ailleurs plutôt bon et fin politicien, contrairement à l'abruti qui dirige son parti et l'autre qui dirige le PS et encore celui qui dirige le PDC !

Écrit par : Géo | 18/02/2014

La mauvaise foi des opposants à l'Europe ne s'usera que s'ils ne s'en servent pas...

Écrit par : Michel Sommer | 18/02/2014

Si les accords bilatéraux tombe et que la Suisse ne peut plus accéder librement au marché européen; ce serait un peu comme si les clubs français de foot décidaient de quitter l'UEFA et qu'ils ne peuvent ainsi plus participer aux compétions officielles ni le droit de recruter des joueurs d'autres clubs européens et qu'ils ne peuvent désormais que jouer dans le championnat français et des matchs amicaux avec les autres club d'Europe et cela tout en espérant que les club français resteront toujours compétitif avec les autres grandes club et championnat de foot européen.

D

Écrit par : D.J | 18/02/2014

@ Philippe,

Je lis de la part de certains intervenants que le Lichtenstein aurait conclu un accord avec l'UE pour réguler son immigration. Pourquoi ce ne serait finalement pas possible avec la Suisse? Et que précise cette accord entre l'UE et le Lichtenstein?

Merci de me répondre

D.J

Écrit par : D.J | 18/02/2014

La victoire de l'UDC et de cette très petite majorité de votants du 9 février attise un chauvinisme de très mauvais aloi. Lorsque l'on lit les commentaires publiés ici et là, on s'aperçoit que ce vote a totalement décomplexé les frustés de l'immigration et autres droitiers populistes. Désormais, il s'agit de plastronner et d'expliquer de la manière la plus condescendante que la Suisse a raison, envers et contre tous. La photo du dinosaure de Schaffouse prétendant que les "allemands ont peur" (couverture du Spiegel) est aussi grotesque que stupide, à l'image de celui qui a proféré ces paroles.

Certes, les questions migratoires sont d'une importance capitale pour un pays tel que la Suisse, surtout s'ils sont mal maîtrisés. L'UDC, dont le but est de tout faire pour éloigner la Suisse de toutes possibilités d'entente avec l'Union Européenne a choisi l'arme redoutable de l'initiative pour faire passer son agenda.

Actuellement, donner des leçons de démocratie à l'Europe ne servira à rien. Comme le relève très justement Philippe Souaille, le poids politique, économique et stratégique de la Suisse est infime. C'est un peu comme si un moustique voulait piquer un éléphant.

Et puis, finalement, les UDC n'ont qu'à assumer leurs responsabilités. Qu'ils règlent ces problèmes puisqu'ils sont si certains de posséder toutes les solutions. Ce doit être à l'épreuve des actes que ces gens doivent être jugés aujourd'hui. Assez de paroles et de mensonges. Agissez, maintenant.

Écrit par : Déblogueur | 19/02/2014

@ DJ: le Lichtenstein a négocié avec l'UE la limitation de l'immigration sur son territoire en raison de sa petitesse, en surface comme en population. Pour preuve, il organise chaque année une loterie pour distribuer une quarantaine de permis de séjour (pas de travail, mais de séjour). Par contre, les fronatliers, en provenance de Suisse d'Allemagne et d'Autriche sont bienvenus.

Écrit par : Déblogueur | 19/02/2014

Merci Déblogueur pour ces précisions.

D.J

Écrit par : D.J | 19/02/2014

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