20/02/2014

Plutôt que le mensonge conservateur, accepter le progrès !

J’ai reçu des messages de personnes expliquant, sous pseudo, leurs cas personnels, qu’elles attribuent sans preuve ni indice à la libre circulation. Je ne passerai pas ces messages. Parce que je n’ai aucun contrôle sur leur véracité et parce que rien n’indique que la libre circulation soit en cause. Les cas de chômage de longue durée après 50 ans, n’ont rien de nouveau et l’on en parlait déjà quand j’avais 25 ans. Cette année je vais en avoir 60.

 

De même, attribuer l’existence de cas sociaux ou de personnes à l’AI à la Libre circulation ne tient pas debout. Par exemple, la Suisse et Genève produisent des toxicomanes depuis un demi-siècle, comme tous les pays du monde. Tous ne meurent pas. Année après année, ils ajoutent leurs dépendances aux statistiques. Idem des personnes en souffrance psychique.
Quant à l’alcool, sa consommation régulière à doses sérieuses entraîne toutes sortes de complications sociales et cela dure depuis des siècles… Sauf que la mode des botellons a largement augmenté le phénomène chez les jeunes.
De même, l’élévation de la quantité de THC dans le cannabis de production locale et la quantité de schyzophrénies que cela entraîne chez les jeunes est en augmentation constante. Tout cela, va-t-on l’imputer à la libre circulation des travailleurs ?

On peut multiplier les exemples. Le fait est que le taux de chômage en Suisse, avec ou sans Libre circulation est l’un des plus bas du monde. Vraiment nettement plus bas que presque partout ailleurs. Et comme partout ailleurs, il varie d’abord en fonction des grandes crises mondiales. Il est commode de trouver un bouc émissaire et l’Europe a bon dos. Mais on reste à côté de la plaque et surtout l’on ne solutionne rien en agissant ainsi.
Le fait que Genève ait voté contre la loi à 60% est significatif. Les premiers concernés n’ont pas cru aux histoires qu’on leur serine année après année. Comme la fable de méchants DRH français qui licencient exprès les Suisses ou les Italo-portugais…  Si ces légendes urbaines – toujours impossibles à vérifier – existent en vrai, elles ne peuvent être que des exceptions.
Cela étant, il y a bien un malaise tout de même. Celui de la peur et de la résistance au changement. Peur de la mondialisation, du cosmopolitisme, du changement des habitudes... Bref le constat vieux comme le monde que "plus rien n’est comme avant".
Peur de la perte de la qualité suisse, du « y en a point comme nous ». Peur des loyers qui montent, de la place de l’Europe dans le monde qui n’est plus ce qu’elle était, des Français, des Allemands, des musulmans. Peur.

Que cette peur soit ressentie davantage dans les couches populaires et rurales qu’en ville et dans les couches aisées, de plus en plus cosmopolites, particulièrement dans le bassin lémanique, n’a rien d’étonnant. Myret Zaki juge cette peur (et le repli sur ses valeurs qu’elle entraîne) de même nature que le repli sur les valeurs fondamentales de l’Islam que l’on constate au Sud de la Méditerranée. Elle a parfaitement raison, et d’ailleurs, les islamistes se comportent en sauveurs du peuple dans les quartiers pauvres du Caire ou de Tunis exactement comme les militants de l’UDMCG à Vernier ou Onex.

L’exigence de patriotisme qui semble s’imposer comme valeur cardinale pour rassurer le peuple est la première victoire de la droite populiste, blocherienne ou lepeniste, tapie derrière tous ces mensonges. Pour ma part, je récuse le patriotisme. Je ne me vois aucune raison d’être plus ou moins solidaire d’un être humain en fonction de sa couleur de cheveux, de celle de son passeport, ou de son lieu de domicile.

Je ne crois pas que toutes les cultures doivent se fondre dans un grand tout universel. Bien sûr que non. J’aime bien trop la diversité et la couleur locale, mais je ne crois pas qu’une culture soit supérieure à une autre. Juste différente, fruit d’une évolution et de millénaires d’adaptation à des environnements différents. C’est d’abord cela, une culture : un ensemble d’outils et de coutumes qu’un groupe humain s’est forgé et à reproduit pour survivre de la manière la plus efficace possible à son environnement.

J’ai un scoop, pour tous les conservateurs : le monde change et cela ne va pas s’arrêter. Il devient urgent d’adapter nos coutumes à cet environnement mouvant. Parce que le bunker vivant en autarcie, cela ne marche pas et ça n’a jamais marché. Les forces vives de la Suisse, depuis toujours, ont été des forces d’échanges et d’innovation. La Suisse, ce n’est pas Guillaume Tell, Schwytz et Unterwald. Pas que, en tout cas. C’est au moins autant et, à mon avis bien davantage Genève, Zurich, Bâle, Berne, Lausanne, Saint-Gall, Saint-Maurice ou Martigny. Des villes enracinées, certes, mais ouvertes sur le monde et le progrès. Sans ses villes, la Suisse n’existerait pas ou ne serait qu’une jolie réserve naturelle de montagne peuplée de villages fleuris. Tandis que les Villes pourraient sans trop de mal se passer de leur arrière-pays.

Zwingli, Calvin, Dufour, Dunant, Pestalozzi, pour ne citer qu’eux, furent des hommes de progrès et de changement, d’envergure européenne. Adélaïde, Impératrice régnante du Saint-Empire, romande de mère alémanique, fut sans doute la femme la plus progressiste du Moyen-âge. Même un Cardinal Schiner fut un grand européen, qui visait la papeauté. Sans parler de l’Anti-pape Clément VII, né Comte de Genève, qui fit octroyer à sa ville les franchises bourgeoises et plus important encore le droit de prêter à intérêt quand l’église entière l’interdisait.

 

Le progrès n’est pas le diable et n’a rien d’angoissant. C’est d’abord un moyen de répondre plus efficacement aux évolutions du monde. Alors certes, cela implique du changement, mais le changement, c’est la vie. A quoi sert d’avoir des bras noueux, si c’est pour qu’ils restent croisés ?

Commentaires

Le changement c'est la vie... sauf quand c'est le changement voulu par autres, évidement.

Écrit par : norbertmaendly | 20/02/2014

Bonjour Philippe. Je parle de patriotisme, suite à votre billet, sur mon blog. C'est ici: http://pachakmac.blog.24heures.ch/archive/2014/02/20/patriotisme-valeurs-et-autres-identites-855235.html

Très belle journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 20/02/2014

Un billetiste relégué dans la presse gratuite donne des leçons à ses confrère coupables selon lui de ne pas avoir écouté "le peuple" avant le vote et de ne pas chercher maintenant "les causes profondes".

Or à Genève et en Suisse romande, on a voté NON.

Etrange comme situation pour un journaliste romand que celle de moins bien comprendre son public de lecteurs que la Suisse centrale.

Pis, faut vraiment pas connaître les besoins en RH d'un hôpital, d'un aéroport, d'une entreprise de construction et de n'importe quelle banque pour dire ce qu'il dit.

Écrit par : derville | 20/02/2014

@derville: je suggère la création d' un comité de soutien au chroniqueur du MCGHI,le séance constitutive se déroulera sur les blocs erratiques déposés par le glacier du Rhône lors de son retrait après la dernière glaciation. Le mot Niton serait dérivé de Neptune.
Sorte de Canton du Valais tout près de chez moi , avec ses classiques de la philosophie Jean Romain .de la littérature Maurice Zermatten.
du réel en bref.

Écrit par : briand | 21/02/2014

Monsieur Souaille, à propos de "mensonge conservateur", MENSONGES PAR OMISSION: ne pas publier les commentaires qui ne vous conviennent pas, tel le mien de ce matin, n'est-ce pas?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/02/2014

Mme Belakovsky, j'essaie de faire en sorte que mon blog soit compréhensible et apporte quelque chose de constructif au lecteur. J'en suis seul juge.
Votre texte, que je n'ai effectivement pas publié (décision prise à l'instant même, car je ne visite mon blog que très épisodiquement), est incompréhensible et insultant. D'une confusion impressionnante. Je ne vois pas ce que la pédophilie de certains prêtres peut bien avoir à faire avec la construction européenne entre autres.
Mon blog n'a pas vocation à reproduire les élucubrations et les jérémiades incessantes de gens pour qui l'Europe et/ou les pouvoirs politiques en place sont causes de tous les maux, réels et imaginaires. Cela ne m'intéresse pas et j'apprécierais que vous alliez vous répandre ailleurs.
J'apprécierai de même avec délice tout boycott de mon blog par les trolls brunâtres qui pullulent en ces lieux. J'essaie de réfléchir avec des gens raisonnables et j'en ai un peu assez de cette dictature de la médiocrité populiste qui voudrait que l'on doive sans cesse passer du temps à convaincre des misanthropes aigris, des cancres à moitié analphabètes et des cas sociaux, qui de toute manière ont leur conviction faite.
Comme vous et d'autres, qui post après post m'accusent d'être un vendu et de rouler sur l'or. Si vous saviez...
Voilà, c'est dit.
D'avance merci d'aller lire et commenter ailleurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 21/02/2014

M. Souaille,

A moins que vous ne vous situiez dans le camps des conservateurs que vous dénoncez dans votre billet, il vous faut admettre qu'il est parfois ressenti comme nécessaire de maitriser ce qui passe ou ne passe pas.
Quand vous finissez un commentaire par " D'avance merci d'aller lire et commenter ailleurs.", vous devez bien admettre que vous faîtes aussi un tri, voir un repli en ce qui concerne votre blog.
Je vous rassure ce n'est pas parce que vous faîtes ce tri, qu'il faille vous considerer comme un tenant de cette peste brune qui voit en l'autre l'ennemi à effacer. Je trouve précisément que vous usez bien trop rapidement de cette couleurs dans vos propos.

Quand bien même , je ne me sens pas agressif dans mes propos, je ne m'attend pas à ce que ce billet soit publié. ça n'a pas d'importance. Je suis simplement surpris que vous ne perceviez pas à quel point vous ressemblez dans la manière de gérer votre blog, à ces petit suisses que vous dénoncez par ailleurs.

Bien à vous

Écrit par : aoki | 21/02/2014

Tout est dit dans le dernier commentaire de Philippe Souaille, raison pour laquelle j'apprécie particulièrement ce blog. On évite ainsi de lire les propos parfois insultants de certains/nes acharnés/es paranoïaques...

Écrit par : JMC | 21/02/2014

Aoki, apparemment, pour vous, mon blog est comme un pays. Quelle confusion ! Je n'ai évidemment pas cette prétention. Je ne suis qu'un immodeste blogueur solitaire...
Ceci dit, c'est mon blog, et c'est chez moi. Il ne me viendrait pas à l'idée d'obliger quiconque à accepter n'importe qui chez lui, dans son appart. Il ne me viendrait pas davantage à l'idée d''interdire la parution des blogs de la Tribune qui ne me plaisent pas !
Pourtant, certains, je les trouve abominables. Mais je n'ai aucun pouvoir sur eux, et surtout, j'apprécie la folle diversité qu'ils forment tous ensemble. La réduire serait très anti-démocratique pour le coup.
Que ces blogs soient souvent squattés par des commentateurs très très à droite à des conséquences lourdes, y compris sur mon propre blog, mais c'est ainsi et si finalement l'environnement de la Tribune me déplait trop, eh bien j'émigrerais ailleurs. Même si je suis l'un des premiers blogueurs de ce site, contacté par Mabut peu après sa création, ayant contribué à en faire un site très visité. Les choses changent, ce site est devenu une entité en soi, doté de son existence propre fait de l'évolution de la majorité de ses habitants. Comme un pays. J'y détiens juste une résidence.
Un pays de même n'appartient à aucun de ses habitants. Par contre chacun y possède son appart, ou sa maison, où il fait ce qu'il veut. Au niveau collectif, il arrive qu'on vote, à cause des râleurs du village des Trois Premiers Cantons, pour décider si on veut d'un pays fermé ou d'un pays ouvert. C'est ce qu'on a fait le 9/2 et 60% des Genevois ont décidé qu'ils voulaient que leur ville et leur canton restent ouverts.
C'est leur ville et c'est leur choix d'accueillir de nouveaux visiteurs. Cela n'aura aucune conséquence, ou si peu sur les habitants des trois premiers cantons, qui s'ils le désirent, pourront continuer à rester entre eux. Par contre, que ces derniers nous imposent leur choix, je trouve cela un peu fort de café.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/02/2014

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