22/02/2014

La solution au 9/2: le fédéralisme !

Le 9/2, une très courte majorité du peuple suisse a voté pour une Suisse traditionnelle. Une carte postale que nous adorons tous, faite de sentiers valaisans, de ballades en chemises à carreaux armé d’un piolet, de röstis au chalet là-haut sur la montagne, murs blancs, toit de bardeaux, de lacs noirs paisibles au silence troublé par les sonnailles et l’écho lointain d’une youtze au vent du soir. C’est Jean l’armailli qui s’éclate… Un peu couvert par Van Halen qui crache ses décibels dans un after Carlsberg au pied du tire-fesses…

 

Cette Suisse-là est une partie de la Suisse, mais n’est pas toute la Suisse. Elle a le droit d’exister et de perdurer. C’est même une nécessité absolue et je suis près à payer pour ça. Plutôt deux fois qu’une.  Mais l’autre partie de la Suisse a sa logique à elle, fait d’innovation, d’ouverture au monde et de cosmopolitisme. Elle est la Suisse aussi, et même depuis plus longtemps que l’autre. Nos villes  carrefours, centres de commerce et de cultures existaient déjà quand les vallées alpines n’étaient couvertes que de forêts.

Cette Suisse-là parle toutes les langues, se régale de toutes les nourritures, écoute toutes les musiques et rend visite à la planète entière. Elle accueille les plus beaux esprits du monde, dans ses séminaires ministériels, ses laboratoires de recherche ou ses festivals d’art numérique. Cette Suisse-là, cosmopolite et folle, je l’aime et je l’adore. C’est ma Suisse, c’est aussi LA Suisse et tout autant que l’autre, elle a le droit de vivre.

Pour cela, elle a besoin d’Europe et d’ouverture. Dans les faits, rien ne s’oppose à la coexistence pacifique des deux Suisse, hormis le sale caractère d’un Blocher qui rêve d’imposer sa volonté à tous. La coexistence pacifique, depuis la Soupe de Kappel entre catholiques et protestants, c’est une tradition helvétique, qui a su s’épargner les guerres de religions. Elle repose sur le fédéralisme et l’idée que charbonnier est maître chez lui.

Eh bien justement, à Genève, comme à Lausanne (et dans une moindre mesure à Zurich ou à Bâle) on y tient à notre Suisse cosmopolite. Rien, absolument rien n’empêche les deux Suisse de continuer à vivre pacifiquement côte à côte, chacune à leur manière. D’autant que la Suisse traditionnelle vit assez largement des subsides de la Suisse ouverte.  Il faut juste mettre au point les modalités d’application, de telle manière que chacun (et l’UE, avec qui nous avons des accords vitaux) y trouve son compte. Ce sera notre soupe de Kappel à nous et peut-être bien qu’en poussant à davantage de décentralisation, le message pourra être entendu en Europe également.

 

Une Suisse du progrès et une Suisse de la tradition, côte à côte et main dans la main.

Commentaires

"Rien, absolument rien n’empêche les deux Suisse de continuer à vivre pacifiquement côte à côte"

Ben, moi, je veux bien qu'elles cohabitent, mais précisément, qu'est-ce que cela veut dire par exemple sur le chapitre de l'établissement des étrangers (Puisque c'est de cela que tu parles en réalité) ? Que l'on applique des contingents que dans certains cantons et pas dans les autres ? Que les rapports avec l'Union européenne sont régis par des lois cantonales ? Dans ce cas, en admettant que l'UE accepte de négocier 26 traités*, il faudra complètement réécrire la constitution, et faire revenir le système fédéral à ce qu'il était avant Napoléon...

*Elle n'acceptera jamais, mais admettons un instant pour rire.

Écrit par : Plouf | 22/02/2014

Il ne faut peut-être pas surestimer le poids de ces petits cantons conservateurs.
En tant que "voix cantonale", ils pèsent certes autant qu'un canton urbain, et à ce titre ils peuvent donner une majorité, c'est vrai. En revanche en nombre de votants, un canton comme Uri par exemple ne pèse pas plus lourd que la commune de Vernier, qui a accepté l'initiative. C'est pourquoi je pense que la responsabilité de ce résultat incombe principalement aux cantons urbains, bien plus peuplés - dont Genève - même si plusieurs de ceux-ci ont globalement refusé cette initiative.

Cordialement.

Écrit par : J.-C. Heritier | 22/02/2014

La Suisse doit proposer une solution d'ensemble qui puisse être approuvée par l'UE ou plus exactement, qui n'implique pas la dénonciation de l'accord sur la libre circulation. Parce que si on le dénonce, nous n'obtiendrons jamais l'unanimité nécessaire des 28 pays membres sur nos nouvelles propositions. A commencer par un refus de la Croatie à qui nous venons de claquer la porte au nez.

La piste de contingents très élevés pour les cantons qui le demandent semble réunir l'accord de nombreux observateurs, tenants du non, comme du oui. Des contingents suffisamment élevés pour ne pas remettre en cause l'accord ALCP avec l'UE.

Il faut aussi tenir compte des cantons qui ont voté oui, qui sont des cantons ruraux, voire de montagne. Vis-à-vis de l'UE, ce qui compte c'est qu'il n'y ait pas de discrimination à l'égard de ses citoyens. Ainsi, l'UE accepte les règlements spéciaux ou la lutte contre la fraude aux assurances sociales.
Cela peut permettre d'expulser des citoyens européens qui profiteraient indûment du système social suisse. La Belgique a déjà renvoyé en France plus d'une centaine de Français pour ce fait, sans que Paris s'en offusque. De même que Paris a renvoyé des roms en Roumanie ou Bulgarie.

Si les cantons ruraux ne veulent pas être envahis (ils le sont rarement ceci dit et leur taux d'immigration est très inférieur à la moyenne fédérale) il suffit de mettre un système de limitation des nouveaux arrivants qui soit applicable à tous, y compris aux résidents et nationaux suisses.

Cela existe déjà dans une réserve naturelle par exemple, ou dans n'importe quelle zone protégée où l'on ne peut pas construire d'immeubles d'habitation comme ça... La Lex Weber en Valais, par exemple, ne pose aucun problème à Bruxelles... Il suffirait d'étendre cette notion de zone à protéger du développement à tous les cantons qui le souhaitent. A commencer par le Tessin.

Par contre, les cantons dynamiques et urbains pourraient continuer à croître et à entretenir la prospérité helvétique. Et tout le monde serait satisfait. Ou presque.

Ce n'est pas ce qu'ont voté les gens. Du moins pas tous. Parmi eux qui ont voté oui, beaucoup voulaient une limitation aussi dans les villes et même des frontaliers. Il ne s'agissait pas de limiter la croissance ou l'urbanisation, mais bien l'immigration. Limiter le nombre d'étrangers. Un peu xénophobe quand même, donc. Mais ceux-là, nous assure-t-on ne sont pas la majorité. Beaucoup de ceux qui ont voté oui assurent également qu'ils ne voulaient pas la fin de la Libre circulation. On devrait donc parvenir à s'entendre, non ?

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2014

Bonjour Philippe,

" La Suisse doit proposer une solution d'ensemble qui puisse être approuvée par l'UE ou plus exactement, qui n'implique pas la dénonciation de l'accord sur la libre circulation. Parce que si on le dénonce, nous n'obtiendrons jamais l'unanimité nécessaire des 28 pays membres sur nos nouvelles propositions. A commencer par un refus de la Croatie à qui nous venons de claquer la porte au nez. "

Tout à fait d'accord avec vous sur ce point là, toutefois l'application d'un contingentement par cantons ne me semble pas réaliste, car ce serait une source de discorde au sein de la Confédération. Comment en effet et sur la base de quels critères pourrait-on appliquer des contingents par cantons ?

Par son approbation, l'initiative de l'UDC a inoculé un virus extrêmement dangereux pour la cohésion de la Confédération, chaque canton voulant maintenant défendre ses propres intérêts en tirant la couverture à soi.
Par conséquent, c'est d'une solution fédérale et globale qu'il faut attendre le salut.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 23/02/2014

"il suffit de mettre un système de limitation des nouveaux arrivants qui soit applicable à tous, y compris aux résidents et nationaux suisses. "

Je ne suis pas sûr de comprendre. Cela signifierait-il qu'un conféré vaudois, par exemple, qui voudrait déménager et travailler à Schinznach-Dorf ou à Obermumpf devrait demander un permis au gouvernement d'Argovie, et patienter si le contingent annuel est déjà rempli ? Premièrement, ce serait la fin de la Suisse comme nation, deuxièmement, ce serait incompatible avec la libre circulation au sens usuel...

Écrit par : Plouf | 23/02/2014

Oui, Jean, cela constituerait une source de débat supplémentaire, mais les cantons en ont l'habitude, à commencer par la péréquation financière, ou la concurrence fiscale, sujets autrement plus chauds.
De toute manière, si les quotas globaux sont suffisamment élevés, les cantons n'auront pas à marchander entre eux.
Il me semble parfaitement conforme au fédéralisme et au nouvel article constitutionnel, que chaque canton décide lui-même s'il veut ou non accueillir davantage de population, selon les besoins de son économie.
Dès lors, aucun risque de bisbille, de concurrence ou de discorde. C'est d'ailleurs conforme à la lettre et à l'esprit de la loi, qui dit que les contingents doivent être conformes aux besoins de l'économie. Les cantons à l'économie ouverte fixent leurs quotas en fonction de leurs besoins d'ouverture, et les cantons dont l'économie est axée sur la conservation des sites naturels, l'agro-tourisme, l'éco-tourisme et l'agriculture de montagne fixent au contraire les quotas restrictifs dont a besoin leur économie. Non pas à l'immigration, mais à l'établissement. Ou à la construction de logements et à la création de nouvelles places de travail, qui d'ailleurs peuvent impliquer de parler couramment le dialecte uranais...
A noter que les nouveaux logements construits par des fondations communales peuvent être réservés en priorité aux résidents ou originaires de la commune. Bref laissons communes et cantons gérer la chose, et laissons de même l'évaluation du nombre de frontaliers aux bons soins de l'économie de chaque canton.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2014

Vous avez parfaitement compris, Plouf, c'est ça l'idée... Et ce serait une exception parmi d'autres à la libre circulation puisqu'il s'agirait de territoires dont le développement serait contrôlé, des réserves en quelque sorte. Essayez, même avec un passeport français d'aller vous établir dans le Mercantour ou dans les Calanques de Piana en Corse... C'est aussi interdit que cela peut l'être pour un équatorien de s'établir aux Galapagos, dans son propre pays.
L'originalité serait que cela couvrirait de vastes zones du territoire fédéral, et alors ? L'important est que ce soit les locaux qui décident s'ils veulent s'ouvrir ou se fermer... Notez ben que ces zones connaissent de toute manière une immigration assez faible, voire nulle. Globalement, les régions de montagne ont rarement un problème de surpopulation en dehors de la saison de ski.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2014

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