24/02/2014

Pascal Lamy, futur Ministre des finances ? Ses options en images.

Lamy.jpgSelon plusieurs sites français, Pascal Lamy aurait de fortes chances d'être le prochain Ministre des Finances. Il aurait rencontrée le Président Hollande ce week end et posé ses conditions. En gros, avoir suffisament de marges de manoeuvre pour actionner de vraies réformes, en bonne intelligence avec le futur nouveau premier ministre.


Si vous souhaitez en savoir davantage sur ce qu'il pense sur les questions de souveraineté, de démocratie et de référendum, ou encore ses options en matière de gestion territoriale  (l'un des grands chantiers à prévoir serait l'accélération de la décentralisation), vous trouverez ci-dessous quelques liens sur les extraits filmés d'une discussion tenue en décembre à Paris, devant des journalistes, des élus français et des diplomates européens, à l'occasion de la sortie du livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire", dont il signe la préface.

  

Grand-Genève: relations croisées

Une expérience de démocratie directe

La décentralisation, une nécessité

Régions européennes et souveraineté

Neutralité, prise de décision et défense européenne

 

 

 

 

 

 

22/02/2014

La solution au 9/2: le fédéralisme !

Le 9/2, une très courte majorité du peuple suisse a voté pour une Suisse traditionnelle. Une carte postale que nous adorons tous, faite de sentiers valaisans, de ballades en chemises à carreaux armé d’un piolet, de röstis au chalet là-haut sur la montagne, murs blancs, toit de bardeaux, de lacs noirs paisibles au silence troublé par les sonnailles et l’écho lointain d’une youtze au vent du soir. C’est Jean l’armailli qui s’éclate… Un peu couvert par Van Halen qui crache ses décibels dans un after Carlsberg au pied du tire-fesses…

 

Cette Suisse-là est une partie de la Suisse, mais n’est pas toute la Suisse. Elle a le droit d’exister et de perdurer. C’est même une nécessité absolue et je suis près à payer pour ça. Plutôt deux fois qu’une.  Mais l’autre partie de la Suisse a sa logique à elle, fait d’innovation, d’ouverture au monde et de cosmopolitisme. Elle est la Suisse aussi, et même depuis plus longtemps que l’autre. Nos villes  carrefours, centres de commerce et de cultures existaient déjà quand les vallées alpines n’étaient couvertes que de forêts.

Cette Suisse-là parle toutes les langues, se régale de toutes les nourritures, écoute toutes les musiques et rend visite à la planète entière. Elle accueille les plus beaux esprits du monde, dans ses séminaires ministériels, ses laboratoires de recherche ou ses festivals d’art numérique. Cette Suisse-là, cosmopolite et folle, je l’aime et je l’adore. C’est ma Suisse, c’est aussi LA Suisse et tout autant que l’autre, elle a le droit de vivre.

Pour cela, elle a besoin d’Europe et d’ouverture. Dans les faits, rien ne s’oppose à la coexistence pacifique des deux Suisse, hormis le sale caractère d’un Blocher qui rêve d’imposer sa volonté à tous. La coexistence pacifique, depuis la Soupe de Kappel entre catholiques et protestants, c’est une tradition helvétique, qui a su s’épargner les guerres de religions. Elle repose sur le fédéralisme et l’idée que charbonnier est maître chez lui.

Eh bien justement, à Genève, comme à Lausanne (et dans une moindre mesure à Zurich ou à Bâle) on y tient à notre Suisse cosmopolite. Rien, absolument rien n’empêche les deux Suisse de continuer à vivre pacifiquement côte à côte, chacune à leur manière. D’autant que la Suisse traditionnelle vit assez largement des subsides de la Suisse ouverte.  Il faut juste mettre au point les modalités d’application, de telle manière que chacun (et l’UE, avec qui nous avons des accords vitaux) y trouve son compte. Ce sera notre soupe de Kappel à nous et peut-être bien qu’en poussant à davantage de décentralisation, le message pourra être entendu en Europe également.

 

Une Suisse du progrès et une Suisse de la tradition, côte à côte et main dans la main.

20/02/2014

Plutôt que le mensonge conservateur, accepter le progrès !

J’ai reçu des messages de personnes expliquant, sous pseudo, leurs cas personnels, qu’elles attribuent sans preuve ni indice à la libre circulation. Je ne passerai pas ces messages. Parce que je n’ai aucun contrôle sur leur véracité et parce que rien n’indique que la libre circulation soit en cause. Les cas de chômage de longue durée après 50 ans, n’ont rien de nouveau et l’on en parlait déjà quand j’avais 25 ans. Cette année je vais en avoir 60.

 

De même, attribuer l’existence de cas sociaux ou de personnes à l’AI à la Libre circulation ne tient pas debout. Par exemple, la Suisse et Genève produisent des toxicomanes depuis un demi-siècle, comme tous les pays du monde. Tous ne meurent pas. Année après année, ils ajoutent leurs dépendances aux statistiques. Idem des personnes en souffrance psychique.
Quant à l’alcool, sa consommation régulière à doses sérieuses entraîne toutes sortes de complications sociales et cela dure depuis des siècles… Sauf que la mode des botellons a largement augmenté le phénomène chez les jeunes.
De même, l’élévation de la quantité de THC dans le cannabis de production locale et la quantité de schyzophrénies que cela entraîne chez les jeunes est en augmentation constante. Tout cela, va-t-on l’imputer à la libre circulation des travailleurs ?

On peut multiplier les exemples. Le fait est que le taux de chômage en Suisse, avec ou sans Libre circulation est l’un des plus bas du monde. Vraiment nettement plus bas que presque partout ailleurs. Et comme partout ailleurs, il varie d’abord en fonction des grandes crises mondiales. Il est commode de trouver un bouc émissaire et l’Europe a bon dos. Mais on reste à côté de la plaque et surtout l’on ne solutionne rien en agissant ainsi.
Le fait que Genève ait voté contre la loi à 60% est significatif. Les premiers concernés n’ont pas cru aux histoires qu’on leur serine année après année. Comme la fable de méchants DRH français qui licencient exprès les Suisses ou les Italo-portugais…  Si ces légendes urbaines – toujours impossibles à vérifier – existent en vrai, elles ne peuvent être que des exceptions.
Cela étant, il y a bien un malaise tout de même. Celui de la peur et de la résistance au changement. Peur de la mondialisation, du cosmopolitisme, du changement des habitudes... Bref le constat vieux comme le monde que "plus rien n’est comme avant".
Peur de la perte de la qualité suisse, du « y en a point comme nous ». Peur des loyers qui montent, de la place de l’Europe dans le monde qui n’est plus ce qu’elle était, des Français, des Allemands, des musulmans. Peur.

Que cette peur soit ressentie davantage dans les couches populaires et rurales qu’en ville et dans les couches aisées, de plus en plus cosmopolites, particulièrement dans le bassin lémanique, n’a rien d’étonnant. Myret Zaki juge cette peur (et le repli sur ses valeurs qu’elle entraîne) de même nature que le repli sur les valeurs fondamentales de l’Islam que l’on constate au Sud de la Méditerranée. Elle a parfaitement raison, et d’ailleurs, les islamistes se comportent en sauveurs du peuple dans les quartiers pauvres du Caire ou de Tunis exactement comme les militants de l’UDMCG à Vernier ou Onex.

L’exigence de patriotisme qui semble s’imposer comme valeur cardinale pour rassurer le peuple est la première victoire de la droite populiste, blocherienne ou lepeniste, tapie derrière tous ces mensonges. Pour ma part, je récuse le patriotisme. Je ne me vois aucune raison d’être plus ou moins solidaire d’un être humain en fonction de sa couleur de cheveux, de celle de son passeport, ou de son lieu de domicile.

Je ne crois pas que toutes les cultures doivent se fondre dans un grand tout universel. Bien sûr que non. J’aime bien trop la diversité et la couleur locale, mais je ne crois pas qu’une culture soit supérieure à une autre. Juste différente, fruit d’une évolution et de millénaires d’adaptation à des environnements différents. C’est d’abord cela, une culture : un ensemble d’outils et de coutumes qu’un groupe humain s’est forgé et à reproduit pour survivre de la manière la plus efficace possible à son environnement.

J’ai un scoop, pour tous les conservateurs : le monde change et cela ne va pas s’arrêter. Il devient urgent d’adapter nos coutumes à cet environnement mouvant. Parce que le bunker vivant en autarcie, cela ne marche pas et ça n’a jamais marché. Les forces vives de la Suisse, depuis toujours, ont été des forces d’échanges et d’innovation. La Suisse, ce n’est pas Guillaume Tell, Schwytz et Unterwald. Pas que, en tout cas. C’est au moins autant et, à mon avis bien davantage Genève, Zurich, Bâle, Berne, Lausanne, Saint-Gall, Saint-Maurice ou Martigny. Des villes enracinées, certes, mais ouvertes sur le monde et le progrès. Sans ses villes, la Suisse n’existerait pas ou ne serait qu’une jolie réserve naturelle de montagne peuplée de villages fleuris. Tandis que les Villes pourraient sans trop de mal se passer de leur arrière-pays.

Zwingli, Calvin, Dufour, Dunant, Pestalozzi, pour ne citer qu’eux, furent des hommes de progrès et de changement, d’envergure européenne. Adélaïde, Impératrice régnante du Saint-Empire, romande de mère alémanique, fut sans doute la femme la plus progressiste du Moyen-âge. Même un Cardinal Schiner fut un grand européen, qui visait la papeauté. Sans parler de l’Anti-pape Clément VII, né Comte de Genève, qui fit octroyer à sa ville les franchises bourgeoises et plus important encore le droit de prêter à intérêt quand l’église entière l’interdisait.

 

Le progrès n’est pas le diable et n’a rien d’angoissant. C’est d’abord un moyen de répondre plus efficacement aux évolutions du monde. Alors certes, cela implique du changement, mais le changement, c’est la vie. A quoi sert d’avoir des bras noueux, si c’est pour qu’ils restent croisés ?

19/02/2014

Les qualités et les défauts du système suisse

Parmi les causes invoquées du vote du 9/2, il y a beaucoup de propagande. On accuse le chômage par exemple, alors même qu'il avait diminué à Genève et en Suisse depuis l'introduction de la libre circulation. L'impact sur le vote est donc essentiellement du à la mauvaise foi des vendeurs de bananes bleues. 

Il y a aussi des causes réelles, comme la pression sur le logement et les infrastructures. La plupart des pays du monde seraient enchantés d'avoir ce genre de problèmes. Ils en profiteraient pour se moderniser rapidement. Pas la Suisse. Pour trois raisons, qui paradoxalement sont aussi trois de ses principaux avantages.

1) La démocratie directe et les référendums, qui ralentissent la prise de décision, multiplient les oppositions à la construction et freinent la mise en place d'infrastructures.

2) La faible part des prélèvements publics (impots+charges sociales+tva) et le montant élevé des aides sociales en Suisse favorisent la consommation individuelle, mais laissent peu de marge aux pouvoirs publics pour le financement des investissements d'infrastructures nécessaires.

3) La décentralisation rapproche les décisions de l'individu, mais là encore ne favorise pas la prise de décisions d'envergures, même quand il y a urgence.

Ce constat n'est pas une critique, juste un constat. Il est habituel d'avoir les défauts de ses qualités. Le perfectionnisme, c'est d'y réfléchir et d'essayer de conserver les qualités, tout en gommant les défauts d'un système.

 

18/02/2014

Suisse UE : Les bananes sont jaunes et dans la vraie vie on meurt.

Nous pouvons décider que nous ne voulons plus de la libre circulation, ni de l’UE, ni des bilatérales. Ou que nous n’en voulons que ce qui nous arrange, nous sommes libres. Mais en face, ils sont libres de refuser nos demandes de privilèges et surtout, un deal est un deal. Casser un contrat a un coût. Prétendre que nous n’aurons pas à le payer, parce que nous serions plus forts et plus riches – ou que la partie d’en face traverse une mauvaise passe - n’a aucun sens. Plus les gens sont assis dans leur confort et plus ils ont à perdre en cas de conflit. Que celui-ci soit ouvert ou juste économique.

Déjà, nous sommes 8 millions, eux plus de 500.  Leur richesse cumulée équivaut à plus de 27 fois la nôtre. Nous absorbons un peu plus de 3,5% des exportations de l’UE, tandis que l’UE absorbe près de 70% de nos exportations. L’UE est 20 fois plus importante pour nous que nous ne le sommes pour elle. A ce niveau, c’est quasi de la monoculture et le fait que la balance commerciale enrichisse l’UE n’a aucune importance : dans son bilan global, c’est résiduel. Nous retourner prendrait des années et on ne nous en laissera pas le temps. Nous n’avons aucune fronde à notre disposition pour contrer Goliath. Toutes les soi-disant armes secrètes tant vantées par l’UDC ne sont que des boomerangs qui nous reviendraient en pleine figure si on les utilisait.

Le Gothard, par exemple, creusé au prix fort (20 milliards) pour les beaux yeux de l’UE nous dit l'UDC. C’est faux, le Gothard a été creusé pour tenter de capter une partie du trafic européen, ce qui depuis le XIIIème siècle est la base originelle de la prospérité suisse. Mais les européens n’en ont nul besoin. Ils ont le Brenner, le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Blanc, plus le Col de Tende et surtout les autoroutes marines, Marseille Naples etc… Par contre si l’on veut jouer à bloquer les axes de transports, nous sommes morts : tous nos approvisionnements de nourriture, d’énergie, de biens manufacturés et de matières premières empruntent des ports européens, des gazoducs européens, des autoroutes et des voies ferrées européennes et même l’espace aérien européen.

Le trésor de la BNS détient plusieurs centaines de milliards d’euros d’obligations européennes. C’est vrai, mais leur achat ne s’est pas fait pour soutenir l’euro, même si ce fut l'une des conséquences. Le but était de contrer la hausse démesurée du Franc, qui plombait notre économie. Vendre ces réserves tirerait certes l’Euro à la baisse, mais cela présente au moins autant d’avantages que d’inconvénients pour les européens. Au moment où leur économie redémarre, cela doperait leurs exportations et renchérirait leur facture de pétrole, mais aussi leurs importations, ce qui serait un ballon d’air frais pour leurs industries… Pour la Suisse, ce serait l’inverse, le Franc atteindrait des niveaux stratosphériques,  cassant nos industries d’exportations et dopant l’importation de produits divers, européens notamment, au détriment des produits suisses…

Détail d’importance, en cas de conflit avec l’UE, nous serions seuls, vraiment seuls. Même la Russie ne nous aiderait probablement pas et de toute manière serait dans l’incapacité de nous fournir du gaz. Parce que pas un pays, ni les Etats-Unis, ni la Chine ni aucun autre, ne va se fâcher avec le premier marché de consommation de la planète pour un territoire de 8 millions d’habitants.

Bref, nous sommes libres, oui, mais économiquement dépendants. Drogués à notre prospérité. Nous avons le droit de décider de nous en affranchir, de choisir la pauvreté et la difficulté. Un tel baroud d’honneur au nom de l’Indépendance nationale aurait du panache, même si je ne partage pas le moins du monde l’engouement pour le patriotisme. Les Spartiates aux Thermopyles, Winkelried à Sempach, Roland à Roncevaux, la Charge de la Brigade Légère à Sébastopol, Davy Crockett à Fort Alamo ou la résistance héroïque du sous-lieutenant Maudet à la tête de ses Légionnaires  (dont plusieurs suisses) à Camerone résonnent dans ma mémoire avec le panache du romantisme adolescent. Sauf qu’à la fin, à 8 contre 500, dans la vraie vie on meurt, il faut le savoir. Contrairement à ce que racontent Blocher et ses sbires, les Bananes ne sont pas bleues, et l’on n’est pas dans un jeu vidéo, ni dans les Trois Mousquetaires ou dans Rambo.

Il faut aussi cesser de dépeindre l’UE comme une grosse machine impérialiste, voire fasciste. Si elle était cela, il y a bien longtemps que nous nous serions fait croquer. L’UE n’a jamais conquis aucun peuple par les armes et c’est une démocratie parlementaire. L’UDC s’en souvient tout soudain, puisqu’elle compte sur une montée en puissance de l’extrême-droite aux prochaines élections européennes pour la tirer du guêpier dans lequel elle nous a fourrés.

L’UE comporte une forme d’initiative populaire au niveau européen, certes non contraignante, mais c’est un début. Surtout elle accepte les référendums et les initiatives locales et nationales contraignantes, comme en Italie ou en Espagne. L’acceptation de la plus grande majorité de nos référendums ne poserait aucun problème, si nous étions membres à part entière. La question deviendrait pointue en cas de référendum demandant la sortie de l’UE par exemple, ou sur un point impliquant la sortie de l’UE. Exactement comme maintenant en fait.
Avec exactement les mêmes conséquences : le droit de sortir, mais aussi d’assumer les conséquences désastreuses et les complications qui en découleraient. Exactement comme si Genève voulait quitter la Confédération: il y aurait des avantages et des inconvénients, mais dans tous les cas, ce serait très compliqué. A nous d’assumer.
 
 Sinon, sur le plan économique, cela ne changerait pas grand-chose d’être dans l’UE, maintenant que le secret bancaire à l’ancienne, de toute manière est mort. Des pays comme le Luxembourg ou le Liechtenstein font aussi bien nous, voire mieux en étant dans l’UE ou l’EEE. Face aux Etats-Unis, par exemple, nous serions mieux protégés. L’accès aux marchés serait facilité et les droits de douane résiduels seraient supprimés, bref, aucun vrai gros désavantage. Peut-être aurions-nous davantage de coûts de solidarité à assumer, mais en retour, nous aurions droit à toutes les aides de l’UE, pour construire une traversée du lac en tunnel, par exemple. Avec voie ferrée intégrée… Bref, que du bonheur.
Pour l'heure nous devons accepter les décisions de l'UE, sans avoir voix au chapitre. D'où sans doute cette impression de monstre froid, imperméable aux décisions populaires. De fait nous Suisses ne sommes jamais consultés. C'est peut-être cet état de fait déplorable qu'il faudrait commencer par changer. Pour cela, la solution est toute simple: rentrer dans l'UE, pour y faire entendre nos voix. Sans nul doute, nous y serions écoutés avec attention.

17/02/2014

L’Europe des Régions, vite.

L’Europe est en crise, et la Suisse y participe activement, manière comme une autre de rappeler qu’elle y est, en Europe. L’immigration cristallise une question bien plus fondamentale, celle de la souveraineté, qui n’a jamais été tranchée et qui de toute manière devrait être rediscutée à la lumière de ce qu’est le monde moderne : profondément interconnecté et interdépendant. Le contraire de la souveraineté, en fait, qu’on le veuille ou non.

 

De quelle souveraineté avons-nous besoin et quelle souveraineté voulons-nous ? Il faut en débattre.

La souveraineté, c’est rester libre de son destin et de ses choix. Tout le monde y aspire, mais chacun comprend que vivre ensemble implique des restrictions de souveraineté, pour ne pas empiéter sur celle des autres. Dans la nature comme en société, vivre implique d’accepter qu’il y ait des choses que l’on ne peut pas faire, pour toutes sortes de raisons. Je ne peux pas casser le nez de mon vis-à-vis, même si j’en ai envie et je ne peux pas non plus courir le 100 mètres en 8’’. Pas même en 10, d’ailleurs… C’est la vie, c’est ainsi. Il y a les limites physiques et naturelles et puis celles que nous nous fixons. Ou qui sont fixées par la loi des hommes.

En effet, les humains ont pris l’habitude de déléguer une partie de leur souveraineté au groupe dans lequel ils vivent : le clan, la tribu, la nation. Le groupe prend des décisions collectives ou individuelles, qui s’imposent à chacun des membres, restreignant la souveraineté individuelle. L’individu est généralement soumis au groupe dans lequel il est né, que cela lui plaise ou non. Il y a toujours moyen de changer de tribu, ou de chercher à vivre en ermite isolé, mais c’est compliqué.
Accepter cet abandon de souveraineté individuelle au profit du groupe présente un gros avantage en termes de sécurité : le groupe est plus fort que l’individu et le protège, par des pratiques de solidarité.

Le système n’est cependant pas parfait : les groupes souverains voisins entrent fréquemment en concurrence, ce qui peut engendrer des affrontements. Sauf si la souveraineté de ces groupes rivaux est à nouveau délégué à une structure supérieure, suzeraine, capable d’imposer un règlement pacifique aux conflits.  En l’absence de structure suzeraine, augmenter sa sécurité peu donc conduire en fait à la réduire de manière considérable. Car les violences de groupe peuvent être extrêmement meurtrières et entraîner contre leur gré des gens qui individuellement resteraient pacifiques ou prudents.

Dès l’époque des premiers agriculteurs, la protection s’est avérée un excellent business. Le protégé abandonnait sa souveraineté à son protecteur, qui devenait son seigneur et encaissait l’impôt. Une forme de racket, qui a motivé de nombreux mégalomanes, dans l’Histoire, à tenter d’étendre leur protection sur un maximum de protégés. L’avantage, pour les protégés d’un ensemble plus vaste, c’est que la paix et la tranquillité sont assurées loin à la ronde. Par contre, les risques d’insécurité sont considérablement accrus dans les phases d’extension de la souveraineté sur d’autres groupes, pas forcément d’accords au départ. Une phase d’expansion communément appelée : « guerre ».

Les grands ensembles s’avérant lourds à diriger et protéger, les humains ont développé des structures pyramidales, emboîtées les unes dans les autres. Du rez-de-chaussée au sommet, étage par étage, on trouve la famille, la commune, le canton, la nation et tout en haut l’ONU, pour ce qui concerne la Suisse. Chaque étage est responsable – souverain - à son niveau pour un certain nombre de décisions. Pour d’autres, en revanche, il faut passer à l’étage du dessus, ou redescendre à celui du dessous.
Evidemment, celui du dessus dirige ceux du dessous, qui lui font allégeance. Sauf l’étage du sommet, l’ONU, qui contrairement à toute logique, reste dépendants de l’avant dernier étage. Celui de « l’Etat-nation » souverain absolu en gros depuis le Traité de Westphalie, en 1648.

A l’époque, confier tous les pouvoirs à l’étage nation paraissait adapté aux problèmes de transport et d’administration, ainsi qu’au découpage géopolitique de l’Europe. Il avait d’ailleurs fallu deux guerres épouvantables, de trente et quatre-vingt ans pour en arriver là. La Suisse en profita pour s’affranchir définitivement d’un Saint-Empire moribond.

365 ans plus tard, les communications et la technologie ont passablement évolué, la géopolitique aussi et les besoins de sécurité ne sont plus les mêmes. De nouveaux étages ont donc été inventés, comme l’Etat supranational, en Europe l’Union Européenne. Le problème, c’est que les institutions et les personnels qui dépendent de l’étage nation, gouvernements et fonctionnaires, s’y attachent becs et ongles.
Les gens aussi s’y sentent attachés. Pas forcément plus qu’à leur ville ou à leur région, voire même au continent sur lequel ils sont nés, mais l’Etat délimite un ensemble de lois et de coutumes auxquelles on est habitué, ainsi qu’une langue commune. Sauf en Suisse, constituée d’une mosaïque de 26 petites entités aux particularismes nombreux, qui ont cependant accepté d’abandonner l’essentiel de leur souveraineté à l’étage « Confédération »

Dans un monde aussi interconnecté et interdépendant que le nôtre, la nécessité d’avoir des règles communes parait une évidence, même si cela ne signifie pas qu’elles doivent être les même, partout, dans tous les domaines. La région en particulier, ou l’agglomération, dans le cas des grandes villes, semble un échelon essentiel et relativement proche des gens. Idéalement, tout le monde est d’accord ou presque sur le schéma idéal : un ensemble supranational s’appuyant sur des territoires régionaux disposant d’une large autonomie et donc d’une souveraineté solide (mais pas absolue).

Entre des régions fortes et une Europe costaud, la place de l’étage nation devient congrue. Voire même incongrue. Les Européens le pressentent, mais depuis une vingtaine d’années, les milieux nationalistes sonnent la charge en toutes occasions pour défendre la prééminence de l’étage national. Un anachronisme, certes, mais les conservateurs lui sont attachés. A Bruxelles même, le lobby nationaliste est représenté par les gouvernements eux-mêmes, qui restent maîtres du jeu. Ce qui est bien dommage.

C’est ainsi que l’Ecosse, qui rêve d’Indépendance, va devoir repasser tous les examens d’entrée dans l’UE si elle l’obtient. Et que l’Espagne met les pieds au mur sur tout ce qui ressemble à l’idée de régions souveraines dans l’ensemble européen, de crainte de voir les siennes réclamer leur indépendance. Pourtant, au fil du temps, les hommes ont inventé des systèmes pour réduire l’abandon de souveraineté et conserver du pouvoir à l’individu. Cela s’appelle « la démocratie » et les résultats sont particulièrement efficaces au niveau local, ou régional.

La démocratie n’annule pas pour autant tous les conflits de souveraineté. L’intérêt d’un étage n’est pas forcément celui de l’étage du dessus, ou du dessous ou de l’appartement d’à côté. Les deux sources principales de conflit sont la répartition des ressources financières (dans quelle mesure vais-je me montrer solidaire et avec qui) et la responsabilité des décisions locales. Si par exemple je décide d’autoriser dans ma commune telle ou telle construction, suis-je le seul décideur, ou la décision appartient-elle à l’étage du canton, de la nation ou pourquoi pas, du supra-national ?

La tentation naturelle est de ramener le plus de pouvoir décisionnel possible à l’échelle locale, au plus près des gens. A condition de ne pas oublier que l’intérêt supérieur ou la notion d’intérêt général ne sont pas que des vues de l’esprit. La cause première d’une extension de souveraineté sur l’espace le plus large possible, c’est l’expansion de l’Etat de droit, de la paix et de la stabilité. Car la concurrence entre entités voisines dégénère toujours en rapports de force et en guerre, s’il n’y a pas une entité à l’étage supérieur, qui soit capable de calmer le jeu…

16/02/2014

Immigration: le Conseil Fédéral a choisi la voie dure et démocratique

Les autorités avaient deux manières possibles de réagir au vote du 9 février. La pragmatique et la démocratique, ou la douce et la dure.
La douce consistait à utiliser au maximum le flou juridique du texte pour « faire comme si » le vote n’avait pas vraiment eu lieu et changer le moins possible, le but étant de préserver la bonne marche de l’économie et des affaires. La voie privilégiée pour ceux qui sont aux commandes d’entreprise ou en relation directe avec l’étranger, histoire de faire le moins de vague possible dans le train train des affaires. J’avoue que je la trouve assez tentante, compte tenu du résultat quand même très serré du vote. Mais ce n’est pas très démocratique.

La dure est bien plus radicale et c’est celle qui semble avoir été choisie par le conseil fédéral. Simonetta Somaruga a, d’ores et déjà annoncé à la Croatie, nouveau membre de l’UE, que les conditions prévues pour son intégration à l’accord de libre circulation helvético-européen n’étaient plus réunies du point de vue de la Suisse. C’est ce que voulait l’UDC et c’est franchir l’une des bornes fixée par l’UE. Un casus belli, quasi une déclaration de guerre.

Parler de guerre est une imagem bien sûr, mais c’est l’esprit de l’initiative UDC dont le but caché (encore que Blocher ne s’en cache pas vraiment) soit de rendre impossible tout rapprochement avec l’UE. Quoi de mieux qu’un bon conflit pour ça, pour braquer les esprits ? Un jeu dangereux pour la Suisse, qui en cas de conflit ouvert,  toutes les chances de souffrir davantage.

Un jeu suicidaire alors ? Pas forcément, aux yeux des deux idéologies diamétralement opposées qui poussent à y jouer. L’UDC d’abord, persuadée que l’UE est un tigre en papier, trop englué dans la crise pour réagir vraiment. Selon ce schéma, la commission européenne irait de reculade en reculade. Pour préserver quelques bribes de croissance, Bruxelles se contenterait d’avaliser tous nos desiderata, ouvrant du même coup la porte à toutes ses forces centrifuges, à trois mois des élections européennes.
De ce point de vue le timing est parfait et ce qui est au bout, c’est la destruction de l’idée européenne (et probablement de l’Europe dans la foulée) sous les coups de l’extrême-droite. Avec la Suisse en pointe, qui redeviendrait ainsi le pivot central des luttes entre grands ensembles nationaux ouest-européens. Luttes entre nations européennes qui ne tarderaient pas à renaître...
Pour ma part, je ne crois pas une seconde que les Européens prendront le risque de se laisser enfermer dans ce jeu suicidaire pour l’Europe elle-même. Ils sont quasiment contraints de réagir s'ils ne veulent pas voir l'idée européenne se déliter à court terme.
 

 

C'est l'analyse que font les pro-européens, qui s’attendent à des mesures de rétorsion fortes de l’Europe. Ce qui, si les choses s'enveniment et que le jeu vire à l'escalade, pourrait mettre l’économie helvétique à genoux. Ce qui amènerait à constater que l’UDC nous a menti et que l’alleingang est bien la pire solution qui soit. Un vote d’adhésion à l’Union européenne pourrait alors apparaitre comme la seule solution réaliste. Sauf qu'avant d'en arriver là, la crise devrait atteindre des niveaux gravissimes, ce que personne ne souhaite.  
C’est pourquoi j’aurais préféré la solution pragmatique, celle que vont tenter de faire passer les villes et les cantons qui ont dit non… Combinée peut-être à quelques infusions de démocratie supplémentaire, qui ne feraient pas de mal à la construction européenne.
Las, les premières indications semblent laisser penser que l’on ne coupera pas à la guerre. Une guerre entre l’idée suisse et l’idée européenne, complètement absurde parce qu’à la vérité, les deux s’emboîtent exactement l’une dans l’autre, comme deux poupées russes.
Une guerre voulue par l’extrême droite nationale et souverainiste qui a entrepris méthodiquement de nous replonger dans les pires cauchemars du XXème siècle. Des cauchemars qui permettent aux milliardaires marchands d'armes de doper leur fortune... Et de la planquer dans les paradis fiscaux, au lieu des conventions internationales qui tôt ou tard, supprimeraient les refuges pour milliardaires et les ramèneraient à la situation fiscale de n'importe quel citoyen. 

15/02/2014

1ère victime collatérale du 9/2: la Traversée de la Rade

Je fais partie de ceux qui pensent que Genève a besoin d’une petite traversée, pour dédoubler le pont du Mont-Blanc et d’une grande autoroutière, pour contourner le centre. Sauf que dimanche dernier, Christoph Blocher et l’UDC fédérale ont tiré une balle dans le pied de leur section genevoise. Qui se bat depuis des années pour imposer l’idée d’une petite traversée. Le 8 février, elle était encore en mesure de réussir son pari pour Genève. Plus maintenant.

Un ouvrage d’art, pont ou tunnel, cela coûte beaucoup d’argent. De telles dépenses ne se justifient que si les prévisions promettent une croissance soutenue. Croissance économique pour rembourser les emprunts et croissance des déplacements, pour justifier l’investissement.

Or même si le Conseil d’Etat va faire tout son possible pour maintenir la croissance et obtenir de Berne le nombre de contingents nécessaires, ce qui domine pour l’heure, au Gouvernement comme dans les entreprises, genevoises ou multinationales, c’est une double inquiétude du lendemain.

Inquiétude quant à la possibilité de répondre efficacement et rapidement aux besoins de main d’œuvre des entreprises, publiques ou privées, y compris à ceux des multinationales et des organisations internationales.
Inquiétude quant à d’éventuelles mesures de rétorsion de l’Union Européenne qui auraient fatalement un impact sur la croissance. Tout le monde a compris que l’UE n’avait nulle envie de nous taper dessus pour le plaisir, mais qu’il y avait des limites à ne pas dépasser. Or Christoph Blocher et sa clique sont dans une toute autre logique.

Ce qu’ils prétendent obtenir par ce qu’ils appellent des négociations, c’est que l’UE accepte nos caprices sans broncher et en plus nous accorde des avantages supplémentaires, sur l’imposition des frontaliers tessinois, par exemple. Le beurre et l’argent du beurre, toujours. Sauf que dans une négociation équilibrée, toute chose a un prix et ce n’est pas parce que l’on veut quelque chose et qu’on crie le plus fort qu’on l’obtient. Bien qu’ayant reçu quelques claques retentissantes dans sa vie, il semble bien qu’à son âge, Christoph Blocher n’ait pas encore compris cela…

Les financiers chinois qui ont racheté Confédération Centre pour en faire un hôtel tablent sur un certain développement de la ville. Cela fait partie des plans de Blocher, de compenser le désamour européen par une présence chinoise accrue. Pas sûr d’ailleurs que nos compatriotes soucieux de préserver leur mode de vie en soient ravis, mais ce n’est pas ce qui compte, pour le vieux milliardaire. Sauf que pour soutenir cet accroissement de la présence chinoise, il faudra des contingents de travailleurs…

En résumé, selon les termes de la loi d’application qui sortira du parlement, le vote du 9/2 risque de briser les ailes de la croissance genevoise, ou juste de les rogner. Dans tous les cas, il parait urgent de ne pas se lancer dans de nouveaux investissements dispendieux à court terme. Et donc, la mort dans l’âme, je voterai non à la traversée de la rade. D’autant que la traversée autoroutière du lac conserve toutes ses chances à long terme. D’ici sa mise en œuvre, l’état de nos relations avec nos voisins européens devrait être éclairci. Espérons-le, pour l'avenir de ce canton.

 

 

14/02/2014

Revoter: un parcours obligé

Il faudra revoter et le plus tôt sera le mieux. L’imprécision du projet de loi en a fait une auberge espagnole, chacun le comprenant à sa manière. C’était le but et c’est ce qui a permis une (très faible) majorité. Sauf que cela engendre une insécurité juridique et politique majeure, véritable bombe à retardement pour l’économie. Christoph Blocher l’utilise pour déstabiliser le pays et casser nos rapports de bon voisinage avec l’Union Européenne. 

Revoter n’est pas grave, on n’arrête pas de le faire, à cause de l’UDC dont les initiatives remettent en cause les décisions du peuple. Là, sous prétexte que c’est une victoire de l’UDC qui repasserait à la moulinette, cela deviendrait anti-démocratique ? Qui va gober cela ? Seuls les chantres du « pays profond » essaient de nous le faire croire. Douce et habituelle tentative de prise de possession des esprits...

A cause de la droite dure, on vient de revoter sur l’avortement, accepté par le peuple en 2002. On va prochainement revoter, à Genève, sur une Traversée de la Rade. Après l’avoir acceptée en 88 par 68,5%... Puis avoir refusé ses crédits à 70% en 96.  Quant au vote de dimanche, il tente de remettre en cause la libre circulation, acceptée en mai 2000 par 67,2% des Suisses.  

Un exemple d’imprécision fatale ? La Croatie, vient d’intégrer l’UE et l’accord sur la Libre circulation doit lui être étendu. C’est prévu par les accords signés, mais L’UDC hurle que le vote de dimanche implique de refuser cette extension. Ce qui serait un casus belli pour l’UE.  Dans le texte de loi votée, il n’y a pas un mot sur la Croatie. Ni sur aucun pays étranger d’ailleurs et pas davantage sur l’UE… Il est juste dit que les contingents étrangers seront adaptés aux besoins globaux de l’économie. Et dans les appendices que si des accords internationaux contreviennent à la loi, ils devront être renégociés.

La question centrale, c’est donc qui évalue les besoins globaux de l’économie, selon quels critères cantonaux et/ou fédéraux ?  C’est la grande inconnue.  L’immense majorité des économistes, des patrons et des partenaires sociaux de ce pays estiment que l’économie suisse a besoin de rapports stables avec son principal client, ce qui implique l’extension de l’accord à la Croatie. Celle-ci est donc inscrite de fait dans la loi votée dimanche, même si l’UDC proclame le contraire. Il n’y a donc aucun accord à renégocier… CQFD

 

L’UDC va évidemment hurler au détournement de la volonté populaire, bien qu’il soit prévu ainsi par sa propre loi…  Tout s’explique lorsqu’on apprend qu’un conseiller d’Etat tessinois de la Lega a même déjà réclamé, pour le Tessin, un nombre de permis de travail accru, pour faire face aux besoins de l’économie de son canton…  Lorsqu’on sait que bien des firmes pratiquant le dumping salarial au Tessin sont dirigées par des léguistes alliés de l’UDC, on comprend mieux. Au final, l’initiative réduira les droits des travailleurs étrangers face à l’exploitation par des patrons véreux qui ont appuyé sa mise en place. Du grand art ! Ou comment utiliser les voix du peuple et du pays profond pour l'entourlouper.

13/02/2014

M. Blocher, cessez de raconter des histoires

Raconter des histoires, c’est sa seconde nature. Ses succès sont basés sur le travestissement de la vérité. Les djeuns ont un nom pour ça, ou plutôt deux : gros mytho !

Ainsi, les Romands auraient depuis toujours une conscience nationale amoindrie…  Sauf que sans Pictet de Rochemont, Frédéric de la Harpe et leurs précieuses relations internationales, la Suisse moderne n’aurait jamais émergé et aurait été laissée à l’Autriche au Congrès de Vienne…  D’autant que les Cantons primitifs et la campagne bernoise n’en voulaient pas de cette Suisse moderne, bataillant pour conserver leurs droits suzerains sur les cantons asservis du Tessin ou d’Argovie…

Que sans James Fazy et les Genevois, qui firent une révolution pour y parvenir, le rapport de forces de la guerre du Sonderbund aurait tourné en faveur des Cantons conservateurs (ce qui ne lui aurait pas déplu, au Christoph) et que sans Dufour, éduqué à l’X de Paris, le bilan eut été infiniment plus sanglant.

Que sans Guisan, la mob n’aurait peut-être pas connu la même issue. Tandis qu’à la première, le Général Ulrich Wille était pan-germaniste, (tout comme le grand-père de Blocher)  et qu’ils ont bien failli faire éclater la Suisse en tentant de la faire entrer en guerre aux côtés de l’Empire prussien. On pourrait multiplier les exemples.  Les grands hommes de ce pays étaient souvent Romands, c’est de l’Histoire. Tandis que le principal héros alémanique, Guillaume Tell, magnifié par Blocher, n’est qu’un mythe. Tout comme Winkelried, à ce qu'il parait. Des histoires…

Il est temps de remettre les pendules (romandes) à l’heure. De rappeler qu’une veuve éplorée des Grisons apprit chez le notaire que le jeune et fringant directeur qu’elle avait chargé de vendre son usine, en péril depuis la mort de son mari, était miraculeusement devenu l’acheteur de l’entreprise qu’il disait perdue : EMS Chemie…  Les descendants de la vieille dame vivent aujourd’hui en Romandie. 

Ce brillant nouveau jeune patron devint le président du lobby pro-apartheid en Suisse, justifiant avec aplomb la ségrégation raciale…  Ses entreprises y exportaient des détonateurs de mine anti-personnels sous le label douanier « pièces de rechange ». Aujourd’hui encore, ils sont vendus, devenus miraculeusement des déclencheurs d’airbag…  Sans oublier que l’UDC nous a sauvés de l’Europe. Sauf que le Liechstenstein est dans l’EEE, le Luxembourg est membre fondateur de l’UE et ils font mieux que nous… Ah, oui, j’oubliais, les bananes sont bleues et l’Initiative va résoudre les problèmes des gens…

12/02/2014

Réguler sans remettre en cause la libre circulation, c'est possible ?

Hormis les excès habituels des extrémistes, il semblerait que les Suisses commencent à comprendre qu’ils ont été trompés. A commencer par les habitants des campagnes à qui la propagande populiste a fait croire qu’en ville ou à la frontière, c’était devenu l’enfer. Or ils s’aperçoivent que les premiers concernés, habitants des villes et des zones frontières, à l’exception spécifique du Tessin, ont refusé l’initiative et donc approuvent la situation.

Ils réalisent aussi qu’il pourrait bien y avoir de vraies conséquences économiques et peut-être même que l’Europe pourrait avoir certains avantages, si l’on commence à écouter d’autres discours que celui du Chef Cristoph… Le Liechstenstein, par exemple qui n’est jamais qu’une sorte de canton suisse avec un Prince, avait accepté, lui l’EEE en 1992. Aujourd’hui, son niveau de vie est près du double de celui de la Suisse. Le Luxembourg, l’autre petit pays européen qui rivalise avec la Suisse sur le terrain de la finance et le devance en termes de niveau de vie, est lui carrément membre fondateur de l’UE. Tout en accueillant avec bonheur plus de 40% d’étrangers et autant de frontaliers…  

Cerise sur le gâteau, pour échapper aux sanctions de l’UE, l’UDC et ses partisans tablent sur un changement des rapports de force au parlement européen, à l’occasion des prochaines élections, où ils espèrent une forte progression de l’extrême-droite. Ils se souviennent ainsi tout soudain que le parlement européen a du pouvoir (il peut même, dans les faits renverser la commission) et qu’il est élu au suffrage universel à la proportionnelle intégrale. En plus du fait que le droit d’initiative à l’échelle européenne existe dans l’UE, à la disposition des citoyens qui voudraient l’utiliser…

L’EEE et l’UE ne sont donc pas les catastrophes économiques et les monstres dictatoriaux décrits par Blocher et sa clique.

A Bruxelles, on explique que la Suisse pourrait fort bien trouver des accommodements pour lutter contre le tourisme social, par exemple, sans remettre en cause la libre circulation. Les pratiques européennes le permettent. Au Tessin, par exemple, pour lutter contre le dumping salarial, sans même parler de salaire minimal absolu, il pourrait en être fixé, par branches, dans les secteurs les plus menacés. Comme il en existe à Genève, pour le personnel de maison, par exemple assorties de lourdes sanctions pour les contrevenants. La solution proposée par le PLR de modifier l'imposition pour la faire dépendre prioritairement de la Suisse, comme c'est le cas à Genève est également une piste intéressante. Le cumul des deux semblerait judicieux.

 Un nombre important de citoyens (nettement plus de 20 000 au total) ont également voté pour l’initiative en pensant qu’elle allait diminuer la criminalité des étrangers et les incivilités en général. Il n’en est rien. L’écrasante majorité des délinquants incarcérés à Champ-Dollon sont des illégaux, dépourvus de tout permis de séjour et non ressortissants de l’UE. Ces votants-là aussi ont été trompés, et l’initiative ne changera rien.  

Enfin les policiers, autre cas d’école, ont massivement voté pour l’initiative, semble-t-il. Or leur profession est l’une des rares qui reste intégralement réservée aux suisses, donc non concernée par l’initiative. L’un des leurs, ancien syndicaliste, expliquait leurs motivations hier,  affirmant ne pas vouloir remettre en cause la libre circulation, mais combattre le tourisme social. Ce qui peut être fait dans un cadre légal compatible avec les préceptes de l’UE.

Il parait clair que la majorité du peuple suisse, ainsi que l’UE, comme l’ont déclaré ses ministres, se satisferait d’une application de l’initiative qui ne remettrait pas en cause la libre circulation et se contenterait de mesures sans conséquences directes sur celle-ci. Quitte à faire revoter le peuple sur ces textes d’application, histoire de ne pas s’essuyer les pieds sur la démocratie comme l’on fait en pratique Blocher et son parti, en mentant effrontément au Souverain. Tout en continuant à jouer à dehors dedans, interprétant leur propre initiative à la carte, selon ce qui les arrange ou pas. Le premier test c’est demain, avec l’extension des accords de Libre Circulation à la Croatie. Il n’y aucune raison de traiter un pays membre de l’UE différemment des autres.  Ce n’est pas à la Suisse de décider cela, tant qu’elle-même n’est pas membre. Donc si nous voulons jouer réglo et pouvoir prendre des mesures pragmatiques contre les abus, il ne faut pas commencer par remettre en cause le fondamental. Acceptons l’intégration de la Croatie aux accords de libre-circulation.

11/02/2014

Enseigner l’Histoire, oui, sans aucun doute, mais laquelle ?

La Nouvelle Société Helvétique et Florence Kraft-Babel appuient la pétition d’un étudiant demandant que l’Histoire soit davantage enseignée à l’école et de manière chronologique. C’est une excellente chose.  Quand on a comme moi publié récemment le récit chronologique de nos milliers d’années d’histoire, on ne peut qu’approuver.  Une question se pose pourtant avec acuité : enseigner l’Histoire, certes, mais laquelle ?

Il y a quelques années, avec l’historien David Hiler, nous évoquions l’étonnante réécriture des Guerres de Bourgogne. Staline à la grande époque aurait adoré… David me confia alors : « L’Histoire n’est plus vraiment enseignée aux ados, parce qu’en fait, on ne sait plus laquelle leur enseigner ».

Au-delà des légendes – certes fondatrices, mais légendaires - comme Guillaume Tell que l’on s’accorde à démythifier, faut-il par exemple enseigner à Genève l’Histoire Suisse ou l’Histoire genevoise ? Parce que ce ne sont pas les mêmes. Idéalement  on peut imaginer une histoire suisse qui intègre les histoires locales, mais cela fait-il sens pour un Genevois d’entrer dans le détail de la constitution d’Argovie par exemple, en dehors des évènements d’ampleur nationale qui ont pu s’y dérouler ?

D’autant que toutes les histoires cantonales ne sont pas égales, très loin de là. Hormis quelques traits communs sur les hommes préhistoriques puis les celtes, l’Histoire de Schwytz et de bien des régions alémaniques commence véritablement au XIIIème siècle avec l’Ouverture du Gothard. Avant il se passe un truc tous les trois ou quatre siècles, et encore, dans la vie de ces vallées culs de sac. Alors que le Bassin lémanique et Genève en particulier, sont des carrefours  commerciaux et culturels depuis l’Antiquité.  Genève devenant même  la capitale de royaumes puissants, dès la chute de Rome.
Cette histoire incroyablement riche et méconnue a été occultée au XIXème puis surtout au XXème siècle, sacrifiée à l’unité nationale et aux mythes fondateurs de la Confédération. D’autant qu’à l’époque Genève s’appuyait sur un vaste arrière-pays, bien plus étendu que l’actuel Grand Genève, et largement situé sur la France actuelle. Elle était et reste durant tout le moyen âge et jusqu’à l’époque moderne, de loin la ville la plus peuplée et la plus riche du Plateau suisse. La capitale commerciale. Pas forcément la plus puissante : au Moyen Age, c’est clairement Berne qui est la plus forte militairement, bien davantage que Zürich, non par sa ville, mais par la possession de nombreux territoires vassaux, sur un mode féodal.
Il ne s’agit certainement pas de déconstruire la Suisse, mais juste d’éviter les absurdités mensongères: l’Histoire est quand même censée être une science et non un art politique. Or des générations d’élèves romands ont appris que « Les Suisses » avaient battu les « Bourguignons » à Grandson et qu’à Morat, ils en avaient massacré 10 000. Sans que personne ne leur révèle que « les Bourguignons » de l’époque étaient en fait Genevois, Vaudois, Gruyériens, Chablaisiens et plus généralement Savoyards ou  que « Les Suisses » étaient en fait la Ligue alémanique, formée de Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Bâle, Zurich et Berne sans plusieurs des cantons primitifs…

10/02/2014

Lorsque pour sauver le pays, il est question de s'asseoir sur la démocratie, avec la participation active de l'UDC

Quel paradoxe ! Alors que l’UE s’intéresse de plus en plus à la démocratie directe (voir mon entretien avec Pascal Lamy à ce sujet), la Suisse vient lui rappeler combien cette voie peut être périlleuse et contre-productive. Une décision prise pour de mauvaises raisons, sur la base de fausses informations, ne peut pas être juste. Même quand elle émane du peuple.

Mais le pire, c’est que pour s’en sortir, tout le monde, UDC compris, va essayer de s’asseoir sur ce qui a été voté, pour réduire le moins possible la prospérité helvétique. Avec la complicité de l’UE,  espérons-le, mais c’est loin d’être certain. Manuel Barroso (qui fut étudiant à Genève) et les grosses têtes de la commission nous sont plutôt favorables, parce que personne ne souhaite de crise économique supplémentaire. Surtout pas les grands pays voisins dont les économies frontalières n’ont pas intérêt à nous voir mordre la poussière.
A condition que les intérêts frontaliers soient préservés, ce qui ne sera clairement pas le cas au Tessin, par exemple. Et dépendra pour Genève des quotas qui nous seront attribués… Plus grave, les pays d’origine des migrants, derniers arrivants dans l’UE ou plus anciens, n’ont eux aucune raison de nous ménager. Et dans un processus de renégociation, ils devront donner leur accord individuel et le faire avaliser par leurs parlements respectifs. Un véritable droit de veto de chacun des membres, prévu comme tel par les traités, et dictés donc par les opinions publiques. Pas forcément bien disposées à l’égard du « paradis des riches »…

S’asseoir sur ce qui a été voté, en particulier l’UDC, ça a déjà commencé. En fait, cela avait commencé avant même la votation, en tablant sur le fait que les gens voteraient oui ou non sans lire le texte de l’initiative. Et c’est ce qui s’est passé. Elle introduit explicitement une loi de « préférence nationale ». Il ne s’agit de préserver l’emploi des résidents à la mode MCG, mais bel et bien des seuls Suisses d’abord… Combien de ceux qui ont voté oui et se défendent d’avoir agi par xénophobie l’ont compris ? Si la crise éclate et dure, même les permis C pourraient être visés.

De même l’initiative ne revient pas à la situation d’avant les bilatérales, elle va plus loin que ce qui n’avait jamais existé, en incluant les frontaliers (et les demandeurs d’asile) dans les quotas fédéraux, ce qui n’était pas le cas auparavant. Un frontalier qui voulait travailler à Genève passait devant une commission cantonale tripartite, mais n’impactait pas les quotas fédéraux, dont Genève était en manque chronique.  Ce qui va devenir extrêmement problématique pour la Genève internationale et toutes nos entreprises de pointe, sans parler de l’hôpital etc. A moins que les quotas soient très élevés, ce qui revient très précisément à s’asseoir sur le vote (très légèrement) majoritaire.

Faire dépendre le droit d’asile d’un contingentement économique est par ailleurs une forfaiture en termes de solidarité humaine, mais glissons. C’est un peu la même logique que celle consistant à voir tout l’avenir d’un pays hypothéqué par 0,24% de ses habitants. A pile ou face…

Respecter la démocratie, ce serait dénoncer au plus vite l’accord sur la libre circulation des personnes, puisque les Suisses ont voulu : « redevenir maître de leurs décisions en matière d’immigration ». Ce qui aurait pour conséquence fatale et contractuelle de faire tomber tous les autres accords sur Schengen et les bilatérales.
La crise économique qui en découlerait serait considérable, avec pour commencer une forte aggravation du chômage. Par contre, il y aurait de la place dans les trains et le prix des logements s’effondrerait, sauf qu’il n’y aurait plus grand monde pour les acheter. Les loyers baisseraient. Perte sèche en tous cas pour tous les propriétaires et ceux qui auraient encore de grosses hypothèques (l’énorme majorité en Suisse) se verraient contraint de vendre en dessous du prix de l’hypothèque restante… Au point que même les banques pourraient en être affectées.

 

Face à cela, la proposition de nommer Blocher responsable des négociations sonne comme un mauvais gag. Certes ce serait le mettre devant ses responsabilités. Il serait bien vite contraint de reconnaître que contrairement à ce qui a été rabâché tous les jours depuis trois ans, nos négociateurs ne sont pas si mauvais et ne cèdent pas à tous les caprices de l’Europe. C’est juste que nous n’avons pas vraiment de cartes en main ou plus exactement que lorsque l’UDC prétend que nous possédons des atouts, il ne s’agit en fait que de six ou de sept sans valeur.

C’est une proposition habile, de la part de la direction du PLR, puisqu’elle expose l’UDC. Mais à mon humble avis, elle fait courir un trop grand risque au pays. Blocher n’a eu de cesse depuis vingt ans de pourrir nos relations avec l’UE, pour des motifs qui lui appartiennent. Il n’y a aucune raison pour que ça change.

A noter, demain soir mardi 11, au ciinéma de Douvaine, à 20h une projection de mon film "Comment l'Esprit vint à Genève" suivi d'un débat qui devait porter sur l'Histoire de la région. Il est plus que probable qu'il déborde largement sur les préoccupations de tous les habitants du Grand-Genève, Français et Suisses, des suites à prévoir de ce vote historique...

05/02/2014

La démocratie helvétique est elle soluble dans l'UE ou vice versa ? L'avis d'un grand européen: Pascal Lamy

Avant d'être Directeur Général de l'OMC, Pascal Lamy fut longtemps chef de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles, puis Commissaire Européen. Aujourd'hui, il est entre autres Président d'Honneur de la Fondation Notre Europe.

Lamy.jpgEn Préface de mon dernier livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire", il s'exprime sur les joies et les devoirs de la démocratie directe et du référendum.

Propos qu'il a développé en décembre dernier, lors d'une conférence donnée à l'Ambassade suisse à Paris, devant un parterre de diplomates, de journalistes et de politiciens français et européens. En voici ici un extrait significatif. D'autres suivront.

Bien loin de "l'euro-fascisme" décrit par l'extrême-droite et l'extrême-gauche souverainiste, Pascal Lamy explique combien la démocratie et la gestion décentralisée sont des préoccupations essentielles de la construction européenne. 

 

 

 

 

 

 

03/02/2014

Le complot de Blocher

Après un premier billet hier (ici) sur le mensonge historique de l’UDC, certains semblent n’avoir pas compris. Mettons les points sur les i…  Mettre un robinet sur l’immigration, cela ne va pas aider à résorber le chômage. Cela va l’aggraver. Suivi d’une baisse du niveau de vie et des prestations sociales, que l’économie genevoise n’aura plus les moyens d’assumer. Parce que ce qui nous a sauvé de la crise gravissime qui a ravagé le monde occidental ces dernières années, c’est précisément notre croissance exceptionnelle, due à la vigueur de nos échanges avec l’UE.

Prétendre que l’on pourra obliger l’UE à renégocier des accords bilatéraux qui nous étaient extrêmement favorables, après lui avoir claqué la porte au nez, c’est d’une arrogance abyssale. C’est au contraire lui tendre la perche pour revenir à des conventions moins favorables pour nous. Par exemple, la situation des 25 000 suisses de France voisine deviendra très compliquée si la Suisse dénonce l’Accord sur la Libre Circulation des Personnes, ce qui serait la première conséquence obligée d’un vote favorable à l’initiative. 

Clandestins ou officiels, les Suisses de France devront obtenir un certificat de séjour renouvelable. Or non seulement ils ne rapportent pas grand-chose à la France, vu que l’essentiel de leurs impôts restent à Genève, mais ils lui coûtent bien davantage en infrastructures et poussent à la hausse de l’immobilier, ce qui nuit aux salariés en euros… Ils risquent donc d’avoir à vendre leur maison dans des conditions déplorables.

Ils y perdront au passage une partie de leur 2ème pilier, ce qui va augmenter la demande d’aide sociale au moment de la retraite et peser sur les finances cantonales. Qui devront aussi accuser le coup de leur retour en Suisse et les charges qui en découlent (école, services viabilisation des logements etc). Surtout, leur retour fera exploser les prix de l’immobilier Genevois… et pèsera sur l’ambiance politique, au détriment des étrangers résidents : 25 000 suisses d’un coup, en concurrence avec  les étrangers pour le logement, et pour l'emploi ! Car le chômage commencera à monter pour de vrai, la fin des accords avec l’UE nous posant à la fois des problèmes d’approvisionnements et de débouchés… 

D'aucuns se demandent à quel jeu joue l’UDC, qui ne manque pas d’hommes d’affaires compétents, capables d’analyser la situation économique ?  A commencer par Blocher. C’est pourtant limpide.

Vaille que vaille, l’organisation de la mondialisation progresse. Les paradis fiscaux sont mis au pas et la concurrence entre Etats souverains s’estompera toujours davantage. Or c’est elle et elle seulement qui permet aux milliardaires de se jouer des lois humaines et d'amasser des fortunes contre-productives. La coordination démocratique mondiale est en marche, aussi bien dans l’UE qu’à l’OCDE. Face à cette évolution inéluctable, quelques milliardaires d’extrême-droite adeptes de la théorie du bunker s’imaginent pouvoir échapper à l’Histoire en se calfeutrant derrière des miradors et des avions de chasse, dans des pays rebelles à leur espace environnant. Une logique d’affrontement et de haine…

Cela a été tenté en Afrique du Sud et a échoué grâce à deux visionnaires, de Klerck et Mandela. Israël d’une certaine manière, vit dans la même logique d’isolement fatal.  C’est ce concept de camp retranché sans issue que rêve d’appliquer Blocher à la Suisse.  D'ailleurs il était le principal soutien officiel du régime d'apartheid en Suisse. Mais pour avoir un minimum de crédibilité, Blocher doit pouvoir compter sur une large part de la population, qui n’aura d’autre fonction que de servir de chair à canon électorale, voire militaire si le temps se gâte. D’où l’incroyable quantité de mensonges sur la nature de l’UE ressassés en boucle depuis des années pour nourrir la xénophobie anti-européenne. Poutine et ses milliards, de Sotchi à Kiev, suit exactement la même logique. Sauf que son glacis à lui est nettement plus étendu et donc plus crédible… 

02/02/2014

Croissance et immigration : l’UDC vous ment. Depuis longtemps.

Depuis le Moyen âge, des Suisses ont  émigré. Comme mercenaires, en Europe et dans les guerres coloniales. Ou comme simples ouvriers agricoles, dans des conditions proches de l’esclavage en Amérique latine. La Suisse qu’ils quittaient n’était pas le paradis démocratique vanté par l’UDC, mais une terre pauvre et inégalitaire, dernier pays d’Europe de l’Ouest à abolir le servage, grâce à Napoléon…

Personne ne voulait venir habiter en Suisse, hormis les réfugiés politiques ou religieux, qui risquaient leur vie chez eux.  Quitter la Suisse, c’était souvent le début de la réussite…  Ce qui explique pourquoi  tant de Suisses ont acquis leur célébrité à l’étranger… Et pourquoi tant de « suisses » célèbres sont des étrangers : les natifs les plus ambitieux s’en allaient chercher fortune ailleurs…

Partant de Genève, bastion de la liberté de pensée protestante, aiguillonnées par la misère ambiante, les vagues révolutionnaires ont gagné toute l’Europe entre 1782 et 1933… Trois des quatre premières réunions mondiales de l’Internationale ouvrière (marxiste) se sont tenues entre Genève et Bâle et la première réunion mondiale anarchiste à Saint-Imier. La ligue pour la Paix et la Liberté fut fondée à Genève, par Bakounine, Garibaldi et Elysée Reclus.  Tous les révolutionnaires européens étaient réfugiés ici, ou s’y réunissaient régulièrement.

Ils y côtoyaient les aristocrates de la planète entière, familiers de nos lacs et montagnes où fleurissaient les palaces. La main d’œuvre y était abondante et bon marché. Comme au Maroc ou en Thaïlande aujourd’hui. La Suisse était le tiers-monde de l’époque…

La seconde guerre mondiale a inversé le phénomène. Les infrastructures et les usines suisses sortaient de la guerre intactes et tournaient à plein régime, profitant du boom économique du plan Marshall et participant à la reconstruction de l’Europe. Profitant de sa lancée et de ses avantages législatifs et financiers, la Suisse a su garder le tempo jusqu’au début des années nonante. Sauf que là, patatras !

En 92, le refus de l’EEE nous isole de nos principaux partenaires européens au moment où ils profitent du coup de fouet de l’élargissement européen.  La Suisse stagne, voire régresse et son taux de croissance devient lanterne rouge du continent, pour plusieurs années. Les Villes et les cantons s’endettent, notamment à Genève, pour assurer le financement d’un système social particulièrement généreux. La modernisation des infrastructures prend du retard…

Heureusement, les diplomates helvétiques parviennent à négocier les bilatérales, ce qui revient à faire comme si l’on était dans l’Europe, mais sans y être. Les frontières s’ouvrent pour les biens et les personnes, mais nous n’avons qu’une maigre voix consultative dans les décisions communautaires. Même pas un strapontin. Cela suffit pourtant à l’économie et la croissance repart, atteignant à Genève des taux de pays émergent, véritable miracle dans le camp occidental.

Revendre cher ce que l’on a achète bon marché, après l’avoir transformé un peu, beaucoup, ou passionnément, cela s’appelle « mettre de la valeur ajoutée ».  La Suisse est championne du monde en cet art difficile, clé de sa prospérité.  Sa première source d’approvisionnement, c’est l’UE, où elle achète énormément, pour revendre dans le monde entier.  De la valeur ajoutée, c’est aussi bien le logo swiss made, le design et le sertissage de métaux précieux d’une montre de luxe que des services financiers ou de l’expertise pour les organisations internationales.

Le génie suisse s’adapte et nous nous sommes spécialisés dans la très haute valeur ajoutée, grosse consommatrice de diplômes. Notre train de vie attire des cerveaux du monde entier. Ce qui nous permet de caracoler en tête des nations, alors que l’industrie lourde ou les transformations basiques sont désormais à la portée de n’importe quel pays dans le monde. Y compris ceux où la main d’œuvre est payée cinquante fois moins qu’en Suisse, qu’il serait idiot de chercher à concurrencer. Tous les autres pays d’Europe occidentale s’y cassent les dents.

Conséquence, le chômage est réel, parmi les personnes peu formées ou plus assez concurrentielles pour nos entreprises de pointe, mais il reste le plus faible du monde. Considéré ailleurs comme du plein emploi. Ce que l’on oublie trop souvent. Le second mensonge de l’UDC et du MCG c’est de prétendre que nous pourrions résorber ce chômage en fermant les frontières, ou en y plaçant un robinet pour ne laisser rentrer que ce qui nous intéresse. Ce n’est pas ainsi que ça marche.

L’Union Européenne construit depuis un demi-siècle un grand marché unique qui soit de taille à se mesurer aux géants d’Amérique et d’Asie et demain d’Afrique. Il n’est pas question de s’y servir à la carte. Ce n’est pas dans la logique de la chose. On est membre du club ou stagiaire associé, on peut négocier des privilèges ou des passe-droits avec nos partenaires et nous avons obtenu le maximum,  mais on ne peut pas décider tous seuls et les mettre devant le fait accompli sans les consulter.

Croire que nous pourrions, nous seule petite Suisse, imposer notre volonté et nos desiderata à 450 millions d’Européens et même aux 8 milliards de terriens, c’est absurde. Les lois de l’économie, de la concurrence et de la physique ne nous appartiennent pas. Pas davantage que celles de l’écologie. La planète Terre a des dimensions et des ressources limitées ! Nous en avons atteint les limites et devons en partager les richesses.  Ce qui implique malheureusement que ceux qui avaient beaucoup devront avoir un peu moins pour que ceux qui n’avaient rien reçoivent davantage.

La régulation de ce partage, par les organisations internationales et la gouvernance mondiale ou ce qui en tient lieu, c’est le principal enjeu de ce siècle. Maintenir la paix ou partir en quenouille et fatalement en guerre mondiale c’est le choix que nous avons. En Suisse et à Genève en particulier, nous avons encore la chance incroyable d’être l’endroit où ça se passe, ce qui devrait nous assurer quelques points de prospérité non négligeables. Par contre, seule dans ce maelström, la Suisse n’est qu’un fétu. Alors qu’à la pointe de l’Europe et protégée en son coeur, elle a toutes ses chances.

L’unique solution pour prendre en charge les laissés pour compte de cette croissance hautement concurrentielle, c’est de concevoir des programmes d’occupation adaptés à leurs cas. Mais en attendant, la dernière chose à faire serait de nous fâcher avec notre plus gros fournisseur et notre plus gros client, qui détient en plus les clés de notre enclavement…  Je le rappelle parce que les défenseurs de l’initiative UDC n’hésitent pas à menacer de bloquer le transit alpin… Comme si l’UE ne pouvait pas passer par l’Autriche, la France et l’Italie. Tandis que nous n’avons aucune alternative à l’utilisation de l’espace terrestre ou aérien européen pour TOUTES nos importations et exportations. Ce qui est tout à fait représentatif du rapport de forces dans tous les domaines… Et de la crétinerie des rodomontades de l’argumentaire UDC.

Les choses sont extrêmement simples : lorsque l’on n’est pas idiot et que l’on est ami avec un géant pacifique qui accepte de partager sa table, dont nous tirons le meilleur parti et les fruits les plus succulents, on ne renverse pas les plats, on ne lui tire pas les oreilles ni la langue, on ne change pas unilatéralement des règles longuement négociées.