01/04/2014

Valls doit gagner, les nationalistes ont tort et Poutine ne peut que perdre

Pour la gauche de la gauche, le basculement de la France à droite découle d’un manque de gauche. Une logique tortueuse... Et parfaitement odieuse. Car elle part du principe que les gens seraient des crétins, incapables de comprendre le fonctionnement du monde. Comme s’il suffisait de leur promettre monts et merveilles, pouvoir d’achat et 35 heures, pour résoudre tous les problèmes… Pour distribuer de la richesse, il faut commencer par la créer, or la France est en crise, l’occident se meurt, le Japon déflate depuis un quart de siècle et le monde est en profonde mutation. Augmenter les impôts et la redistribution sociale, méthode de gauche pour y faire face, ça ne suffit pas. La preuve est faite, si elle restait à faire.

Favoriser l’entreprise et la création d’emplois par le libre marché, réduire le mille-feuilles administratif, méthodes de la droite libérale et républicaine, pourrait (devrait ?) marcher un peu mieux. Pourquoi ne pas l’essayer ?  Coup de bol pour Hollande, le PS a aussi ce qu’il faut en magasin,  avec Manuel Valls et quelques économistes de talent. Des gens qui regardent aussi du côté de la décentralisation confédérale et de la subsidiarité helvétique, d’ailleurs… Des gens qui s’ils parviennent à enrôler la gauche dans leur campagne pourraient réussir leur pari de réformer la France, qui en a le plus urgent besoin.

En face curieusement, les médias s’échinent à parler de victoire du Front National. Pourtant, en dépit de ses efforts, Marine reste en deça des résultats du parti de son père il y a 19 ans ! En plus, les rares mairies acquises au 2ème tour (13 sur 36 000…) l’ont été grâce à la bêtise des forces républicaines, comme à Villers Cotteret, où quatre listes divers droites s’affrontaient au second tour, quand ce n’était pas deux concurrentes socialistes qui restaient en lice…

Il n’y a donc pas eu de vague bleu marine, en dépit d’une UMP vue à l’agonie et d’un PS aux soins intensifs.  Le discours nationaliste est resté minoritaire et confiné. Tant mieux, parce qu’il sent mauvais. En plus de reposer sur une méthode, le repli sur la nation, plus fausse et dangereuse que tous les discours de droite et de gauche réunis.
 L’économie et l’Histoire le révèlent : qu'elles que soient les civilisations, les périodes d’ouverture sont prospères. Tandis que celles de fermeture sont calamiteuses. Il n’est pas toujours aisé de déceler ce qui est la cause ou la conséquence, mais la corrélation est quasi parfaite.

Ce qui est vrai depuis l’Antiquité l’est plus encore aujourd’hui. La plupart des objets de notre quotidien contiennent des composants provenant d’une dizaine de pays. Nous ne pourrions plus faire autrement, à moins de régresser technologiquement. C’est la base de notre confort quotidien. Pourtant cette interdépendance est mal vécue par beaucoup, qui ont le sentiment de perdre du pouvoir sur leur vie, au contact du grand monde.
La Russie et la Suisse sont les pays les plus interconnectés d’Europe,  et bien que l’une soit pauvre et l’autre riche, toutes deux en tirent l’essentiel de leur sève économique. La Russie vend son gaz et son pétrole, et importe ce qu’elle ne produit pas, soit presque tout. La Suisse vend du luxe et du savoir- faire, transformant intensivement ce qu’elle reçoit de partout pour le revendre nettement plus cher…  Mais dans les deux cas, le volume d’import-export slalome entre 2/3 et ¾ de la richesse nationale, très au-dessus de la moyenne européenne ou mondiale. Pourtant, ces deux pays tentent d’échapper à la mondialisation qui les fait vivre…

Ces tentatives sont vouées à l’échec. On a vu ce que la simple fermeture d’Erasmus aux quelques centaines d’étudiants suisses qui en profitaient a occasionné de traumatisme dans l’opinion publique. Avant même de subir la moindre restriction économique! Du coup, le Conseil Fédéral a logiquement reçu mission de tout faire pour préserver la bonne santé des échanges et l’interopérabilité.  Economique, institutionnelle et légale.
Avec la Russie, les choses ont été nettement plus loin, déplacements de troupes à la clef. Poutine a récupéré la Crimée, rendant du coup les Russophones clairement minoritaires dans le jeu démocratique ukrainien. Mais il a commencé à retirer ses troupes massées à la frontière et dans les faits, recule. Même si jamais il ne le reconnaîtra devant son opinion. Parce que la dépendance de son pays aux exportations de gaz autant qu’aux importations de toutes sortes est juste vitale. Avec la facture de Sotchi en prime, le Kremlin ne peut se permettre de se brouiller avec le monde.

Le constat de l’impossibilité de sortir du jeu de l’économie mondiale est implacable. A tel point que pour punir un pays ou un régime, on l’isole, le transformant en ermite coincé dans sa grotte. Nous n’avons plus vraiment le choix de l’autarcie. Pour autant, cela ne signifie pas que l’économie ait forcément le dernier mot. La politique peut encore être davantage qu’un paravent.

Il faut commencer par adapter les structures politiques mondiales à la donne économique. Celle-ci est mondiale, la couche supérieure des juridictions politiques doit donc l’être aussi. Puisque nous faisons partie du même monde d’échanges, nous devons tous faire partie de la même entité politique au sein de laquelle la possibilité d’envoyer des bombes atomiques sur son voisin doit être éradiquée. Pour autant, l’autonomie locale doit être préservée et encouragée, pour la plus grande part des décisions concernant le quotidien des gens.

 En clair, la Suisse et la Russie doivent intégrer cette structure évolutive, qui serait un mixte d’OTAN et d’UE, étendu aux dimensions de l’ONU. Ce qui signifie que la Chine, l’Inde et le reste du monde devront être de la partie, sur un terrain où les groupes qui s’affrontent sont franco-russo-japonais, franco-chinois, sino-américains, indo-britanniques… Par contre les particularismes doivent être encouragés et soutenus. A l’échelle des gens, qui est locale ou régionale. Y compris les particularismes russophones de l’Est ukrainien, qui ont le droit le plus absolu d’exister, dans un cadre global et pacifié.

Commentaires

"Des gens qui regardent aussi du côté de la décentralisation confédérale et de la subsidiarité helvétique, d’ailleurs…"
Pourront-ils faire évoluer les structures de l'UE pour autant? Et avant cela, le goût de la France pour les régimes monarchiques?

Écrit par : Mère-Grand | 01/04/2014

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