23/04/2014

Tout ce sang sur les mains de Poutine...

Ils finiront bien par ouvrir les yeux. 

On a beau être remonté contre la mondialisation ou Washington, cela n'excuse en rien de tomber en pâmoison devant l'un des apprentis dictateurs les plus sanglants de ce début de XXIème siècle.
Putin a du sang sur les mains, beaucoup. De la Tchétchénie à la Géorgie en passant par la Syrie, il est directement responsable d'une demi-douzaine de guerres - dont certaines particulièrement sanglantes et sales - depuis 15 ans qu'il dirige la Russie d'une poigne de fer. 

La poigne d'un ancien agent du KGB chargé dans un premier temps de surveiller secrètement les opposants politiques, puis envoyé en RDA où il assistera désemparé à la chute du Mur de Berlin, dont il fait son grand drame personnel... Le fer d'un comploteur qui n'hésite apparemment pas, alors chef du FSB (le successeur du KGB) à susciter des attentats meurtriers en Russie même pour justifier la répression sanglante en Tchétchenie. Une accusation jamais prouvée, sauf que les deux seuls auteurs présumés de ces attentats jamais arrêtés - par la police locale - étaient... deux agents du FSB.

Provocation encore ? Le chef charismatique de Secteur Droit, groupuscule nazi ayant participé à Maidan était suspecté par les jeunes manifestants d'être un provocateur à la solde du pouvoir de Ianoukovich. Donc de Putin. Des accusations qu'il traîne depuis la Tchétchénie où il fut décoré par les islamistes tchétchènes et accusé d'avoir torturé à mort 15 soldats russes des troupes régulières... Mais aussi accusé, déjà à l'époque d'être un agent de Putin infiltré dans la rébellion. Toujours est-il qu'il ne parlera plus, ayant été abattu lors de son arrestation par le nouveau pouvoir ukrainien.

Putin s'est saisi de l'équivalent russe de Facebook, après en avoir fait virer le fondateur. Il mène une guerre des mots incandescente depuis le début de la révolte de Maiden au travers des médias russes, télévision en tête, dont les dirigeants sont tous à sa botte, qui diffusent sans discontinuer sur l'est de l'Ukraine des informations mensongères et des appels à la révolte contre le nouveau pouvoir, accusé d'être un ramassis de nazis assoiffés de sang russe. 

Glissons sur les montages grossiers, style carte de visite pro-nazie comme seule preuve de l'implication de l'actuelle gouvernement dans une fusillade nocturne à l'est, pour en venir aux choses sérieuses:

-  Deux hommes ont été torturés sauvagement et retrouvés morts dans l'est. L'un d'eux est le leader local d'un parti de la nouvelle coalition gouvernementale.

-  Le leader des tatars de Crimée a été mis dans un avion pour Kiev et interdit de séjour pour 5 ans en Russie, donc chez lui en Crimée...

-   Un journaliste étasunien d'origine russe, a été arrêté dans l'est avec d'autres journalistes. Les autres ont été relachés, lui a été retenu et l'on est sans nouvelle de lui depuis plus de 24h.

Le fait de parler russe lui avait permis de confondre des soldats russes, des professionnels des forces spéciales sans aucun insigne et portant des uniformes disparates sur leurs maillots de corps rayés bleu, typiques de l'armée Rouge... et des forces russes comme des forces ukrainiennes actuelles. Sauf que les maillots des soldats ukrainiens sont élimés et blanchis, tandis que ceux des forces spéciales russes sont flambants neufs. Qu'ils portent avec un grand professionalisme des armes (russes) de pointe et qu'ils désarment les jeunes troufions ukrainiens (ceci dit bien courageux et stoïques de se laisser désarmer en présence d'une foule pas si loin du lynchage) avec un sang froid et une expertise qui n'est à l'évidence pas celle de miliciens locaux hâtivement réunis.

En conséquence, les choses sont claires: contrairement à tous les mensonges contraires de Putin, l'armée russe a d'ores et déjà envahi l'est de l'Ukraine et manoeuvre pour pouvoir rattacher directement la Crimée à la Russie, par la terre ferme. Comme c'est probablement contre la volonté d'une courte majorité des populations locales, qui selon tous les sondages veut rester ukrainienne, Putin fera tout pour empêcher que l'élection du 25 mai puisse se tenir dans l'Est. 
A noter que Putin avait aussi promis solennellement l'immunité à Eltsine et sa famille pour que ce dernier lui cède le pouvoir. Ce qui ne les a pas empêchés de se retrouver rapidement en prison... 

Ici, le dernier dernier reportage du journaliste étasunien, juste avant son arrestation:
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/23/un-journa...

Commentaires

A noter que notre Président et chef du DFAE, Didier Burkhalter fait un travail remarquable et difficile à la tête de l'OSCE pour tenter de préserver le dialogue, alors même que les parties semblent se montrer toujours davantage enclines à l'escalade, désormais forcément meurtrière.

Il sera récompensé pour cela en septembre à Genève, où il recevra le prix annuel de la Fondation pour Genève, présidée par Ivan Pictet.

Pour autant, notre chef du DFAE, qui doit poursuivre ses efforts coûte que coûte, a-t-il une chance de réussir?
Ou plus exactement, les questions sont:

Le monde peut-il tolérer un apprenti conquérant à la tête d'une puissance nucléaire ?

A partir de quel moment faut-il ou faudra-t-il l'arrêter ?

Existe-t-il un moyen d'y parvenir en limitant les pertes humaines?

Si l'est de l'Ukraine lui est sacrifié, après la Crimée, la Géorgie et la Syrie, entre autres, où et quand s'arrêtera-t-il, sachant qu'il se renforce à chacune de ses victoires ?

Écrit par : Philippe Souaille | 23/04/2014

La solidarité entre les peuples existe-t-elle? A-t-elle existé un jour? Si oui, c'est le moment d'agir... Un billet pour se traiter en êtres humains solidaires et non en barbares inamicaux. Ce n'est qu'un article mais c'est comme cela que les femmes et les hommes donnent le fond de leur conscience aux autres êtres humains doués de sagesse et d'amour...

C'est ici: http://pachakmac.blog.24heures.ch/archive/2014/04/23/mourir-pour-un-drapeau-mourir-quand-meme-855800.htm

Écrit par : pachakmac | 23/04/2014

"A partir de quel moment faut-il ou faudra-t-il l'arrêter ?

Existe-t-il un moyen d'y parvenir en limitant les pertes humaines?

Si l'est de l'Ukraine lui est sacrifié, après la Crimée, la Géorgie et la Syrie, entre autres, où et quand s'arrêtera-t-il, sachant qu'il se renforce à chacune de ses victoires ?"


Ainsi à vos yeux Poutine nourrissait le plan de récupérer la Crimée et d'envahir l'est de l'Ukraine de longue date dans un plan expansionniste.
En ce qui me concerne je vois surtout le fait qu'une révolution téléguidée ou pas, mettait en péril les installation militaires russes, ainsi que l'accès à la Méditerranée.
A cela il faut rajouter l'Otan qui prévoyait d'installer ses missiles quasi à sa frontière. Ne serait-ce pas la première agression ? Pour le moins une énorme provocation ?
Je ne vois pas non plus une volonté expansionniste de la Russie en Syrie et je comprend mal que vous la citiez dans votre descriptif. Si même le fait d'honorer ses alliances de plusieurs décennies, revient à jouer l'apprenti conquérant, alors plus grand monde ne devrait trouver grâce à vos yeux.

Certes Poutine est un ancien du KGB, mais il faudrait aussi se souvenir que les USA torturent aussi, commentent des attentats sous fausses bannières, disposent de lois d'exception qui permettent d'enfermer n'importe qui en déclarant qu'il est terroriste avec tout ce que cela comprend d'arbitraire, tue des témoins gênants avec une parfaite opacité etc...

Il me semble que vous faîtes du manichéisme à sens unique.

Écrit par : aoki | 24/04/2014

Le manichéisme est forcément à sens unique, Aoki, mais j'ai largement dénoncé en sont temps les abus en tous genres de Bush le va-t-en-guerre. Obama est nettement plus subtil et essaie au contraire de limiter la casse, ce dont d'ailleurs profite Putin.
Le problème de Putin c'est d'une part son nationalisme et le fait qu'il estime avoir une revanche à prendre sur l'occident et d'autre part son sens de la démocratie des plus relatifs. C'est lié à son parcours personnel d'agent de la police secrète mais aussi à la nature même de la Russie qui de fait n'a AUCUNE expérience pratique de la démocratie étant passée directement de la dictature des Tsars à celle du "prolétariat" (ou plus exactement de ses dirigeants auto-proclamés) et de là au système Putin, habile synthèse des deux dictatures précédentes.
La Russie actuelle n'est clairement pas une république démocratique au moins bi-partite mais bien la chasse gardée d'une aristocratie de l'argent et de la violence armée. Rappelons-nous d'où viennent tous les oligarques qui font de la Russie moderne l'Etat le plus inégalitaire du monde. L'Eurasie existe de fait et tout accord avec la Russie est le bienvenu, mais avec cette Russie là, ça pose de gros, d'énormes problèmes.
A choisir entre Washington avec toutes ses imperfections et le Moscou de Putin, je préfère sans hésiter Washington, parce qu'au moins nous pouvons nous exprimer librement sans risquer de finir en tôle tant que nous n'appelons pas à détruire les tours du WTC... Contrairement à ce qui se passe en Russie où les dissidents politiques risquent leur peau et où le simple citoyen n'ose plus exprimer ouvertement son sentiment s'il n'est pas dans le sens du vent.

En géopolitique, les alliances séculaires ne veulent rien dire. On soutient ou non un régime scélérat qui gaze et bombarde ses citoyens, dictature d'une minorité alaouite sur une majorité sunnite... Il est vrai que Staline, dont le grand-père de Putin était le garde du corps et le goûteur attitré, s'est bien allié à Hitler, au début... Putin a en Syrie sa plus grosse base navale en Méditerranée et veut la garder. Il pense que si le régime change, il risque de la perdre, car il continue bêtement de considérer que le monde occidental est son ennemi. C'est crétin.
Personne ne veut de mal à une Russie libre et démocratique. Les pays occidentaux ont même longtemps soutenu Putin a ses débuts, qui semblait un gage de stabilité et d'ordre dans un pays en décomposition. L'économie occidentale n'a aucun intérêt à une guerre majeure avec un acteur nucléaire.
Le monde est multipolaire et le restera. La question est de savoir si cette multipolarité sera intégrée, chacun travaillant de concert et pacifiquement dans un ensemble commun défini par les institutions internationales paritaires tout en gardant ses spécifités, ou si on en revient au vieux concept meurtrier des nations opposées.
Je vous accorde que les Etats-Unis ont tendance à considérer que le monde leur appartient. Mais ils se trompent et si l'on reste dans le système, nous avons les moyens de le leur faire savoir pacifiquement, notamment au travers de l'UE et des institutions internationales. Tandis que si l'on paralyse le système international ou qu'on le fait exploser, et c'est le risque que fait courir Putin à la planète entière, personne n'est plus maître de rien.
C'est pourquoi d'ailleurs Putin est le chouchou des pires fachos de la planète, en plus de son côté très conservateur en matière de moeurs. Il est "le" rempart nationaliste à la mondialisation dans laquelle chaque région du monde pourrait commercer et échanger librement dans le cadre d'un ensemble de règles définies de concert.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

La guerre en Géorgie était le fait de l'aventurisme du fantasque Saakachvili, quand à celle de Syrie, c'est un soulèvement populaire qui a dégénéré en guerre civile. Imputer cela au seul Poutine, c'est tout de même un peu fort de café.

Sinon, le commentaire d'aoki est tout à fait sensé, n'oublions pas qu'au préalable la Russie a dû subir l'évacuation humiliante de ses bases militaires en Géorgie, puis abandonner la station radar de Gabala en Azerbaïdjan. Poutine pouvait difficilement accepter une menace pareille sur Sebastopol.

Puisqu'on parle de Gabala, d'ailleurs, on peut également se rappeler que Poutine avait proposé que cette station radar, qui couvrait tout le Moyen-Orient et était capable de détecter n'importe quel départ de missile depuis l'Iran notamment, soit intégrée dans le système anti-missile que les USA comptaient développer. Le refus de Washington l'aura convaincu que le discours qui prétendait que ce système n'était pas dirigé contre Moscou n'était que du vent...

Écrit par : Mikhail Ivanovic | 24/04/2014

Il faut être deux pour faire la guerre, M. Ivanovich, et le "fantasque" Saakachvili avait essentiellement pour objectif de faire entrer son pays dans l'UE et dans l'OTAN. Est-ce un crime pour un pays indépendant que de décider de ses alliances ? C'est ce que semble penser Putin...
Quant à la Syrie, la guerre civile menée par un régime tyrannique contre son peuple s'est poursuivie et développée parce que le tyran en question a reçu l'appui clair et déterminé de Putin. Qui semble avoir une affection particulière pour les tyrans et despotes qui s'enrichissent au détriment de leurs peuples, de Milosevic à Kadhafi en passant par Iakounovich et Assad.
Pour cette affaire de Gabala, dont j'ignore tout, on pourrait retourner le raisonnement, à savoir que Putin prouve aujourd'hui qu'on a eu bien raison de se méfier de lui... Mais je vous ferai une réponse différente : les Etats-Unis sont très probablement un peu paranos et ont commis vis à vis de la Russie de 1989, la même erreur que la France et l'Angleterre vis à vis de l'Allemagne de 1918: écraser le vaincu à terre au lieu de lui tendre vraiment la main. Espérons juste que nous n'aurons pas besoin d'une guerre mondiale pour revenir tous à la raison.
Le problème, c'est Putin qui a bien davantage de pouvoir et surtout de pouvoir de nuisance en Russie et dans le monde que n'en a un Président des Etats-Unis aux Etats-Unis et dans le monde. Parce qu'il n'est contenu par aucun contrepouvoir démocratique ou judiciaire digne de ce nom et qu'il fait ce qu'il veut.
Putin serait-il prêt à démocratiser vraiment et à abandonner le pouvoir pour le bien de la Russie et du monde ? Je ne le pense pas, parce qu'il se croit investi d'une mission sacrée au service de son pays et qu'une bonne partie des Russes le croient aussi. En plus du fait qu'il a très très probablement accumulé quelques menus bien personnels (on parle en milliards, via des hommes de paille connus) et qu'il n'a aucune envie d'être poursuivi pour ça.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

Euh... la guerre en Géorgie a bien commencé quand Saakachivili a décidé de récupérer par la force deux républiques autoproclamées, une action qui n'avait rien à voir avec ses ambitions européennes et atlantistes, vous semblez l'oublier un peu vite... Aussi longtemps que Saakachvili na pas décidé de bombarder ses opposants, Poutine le laissait bien faire ce qu'il voulait, il n'avait d'ailleurs pas le choix. Mais victime de son caractère capricieux et imprévisible, Saakachvili a tenté le coup de poker de trop, comptant sans doute sur Washington pour le protéger...

https://www.youtube.com/watch?v=uyNocJFUloA

Pour l'absence de démocratie et l'autoritarisme de Poutine, je vous rejoins malheureusement et je ne suis pas persuadé qu'à terme, il soit un bonne chose pour la Russie. Mais force est de constater que chaque fois que la Russie a eu quelqu'un d'humain à sa tête (et Eltsine était certainement quelqu'un de très bien au départ), cela s'est finalement mal terminé...

Écrit par : Mikhail Ivanovic | 24/04/2014

Intéressante, votre vision des choses, M. Ivanovich, parce que l'historique de ce qui s'est passé en Abkhazie et surtout en Ossétie du Sud ressemble de très très près à ce qui s'est passé en Crimée et plus encore à ce qui pourrait se passer dans l'Est de l'Ukraine. Sans oublier ce petit morceau oublié de Roumanie où Putin entretient des troupes bien loin de ses frontières...

Dès son indépendance, la Géorgie se rapproche de l'Ouest plus que ce que ne le souhaiterait Moscou. Rappelons que Staline était Géorgien, tout comme le dernier ministre des affaires étrangères de l'URSS et deuxième Président de la Géorgie, Edouard Chevardnadze.
Deux de ses provinces (trois en fait) font alors sécession sur des bases ethno-linguistiques, l'Abkhazie qui vit du tourisme balnéaire russe et l'Ossétie du Sud, l'Ossétie du Nord étant restée russe. Le Gouvernement géorgien refuse cette amputation. Premières tensions en 92 en Ossétie du Sud, calmées par un accord prévoyant le déploiement de troupes géorgiennes, ossètes et russes en Ossétie du Sud.
Une fois les troupes russes installées sur place, l'Ossétie du Sud déclare formellement son indépendance avec organisation d'un référendum maison, qui n'est pas reconnu par la communauté internationale. Et la Russie de Poutine se met à distribuer des passeports russes à tous les citoyens sud-ossètes qui le demandent... Un lent travail de sape.
Si bien que lorsque la Géorgie attaque en 2008, c'est elle qui commence la guerre, mais en pratique, cela fait des années que les troupes russes occupent "pacifiquement" le territoire. Qui dans le fond, fait la guerre à l'autre ?
C'est exactement ce qu'avait prévu Putin avec l'accord de Genève: imposer ses troupes en Ukraine de l'Est, sous prétexte de ramener la paix, distribuer des passeports russes et organiser un référendum à sa manière et surtout ne pas laisser se tenir les élections prévues le mois prochain, qui confirmeraient la légalité du processus démocratique entamé à Kiev après la révolution de Maidan.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

"En géopolitique, les alliances séculaires ne veulent rien dire. On soutient ou non un régime scélérat qui gaze et bombarde ses citoyens, dictature d'une minorité alaouite sur une majorité sunnite... "

Hormis le fait que la révolution "pacifique" commencée en Syrie ressemble pour beaucoup au processus de la place Maïdan, et que l'on ne peut plus aujourd'hui nier les zones troubles dans chaque affaires, on pourrait rétorquer que "on soutient ou non " des factions qui égorgent des enfants, mettent des innocents à griller dans des fours à pain et qui sont tout à fait capable de gazer des otages pour en jeter en pâture aux caméras du monde entier, les cadavres pour preuves des méfaits de Bachar.

On ne peut plus se contenter aujourd'hui d'analyser sur la base d'éléments de la soupe servie par les médias qui intoxiquent volontairement ou non les pensées. Il faut avec les moyens du bord creuser encore et encore chaque information mainstream, remplacer par ses propres heures de sommeil, la démission des journalistes d'enquête et l'alignement systématique des médias pour qui, ils travaillent.

Il y a heureusement quelques exceptions:

http://www.dailymotion.com/video/x1qnu74_ard-qui-est-responsable-du-carnage-de-maidan-11-04-2014_webcam?start=3

Que Poutine soit un dirigeant à l'ancienne, c'est une évidence, mais d'affirmer que c'est un va-t-en guerre conquérant, il semblerait que c'est le rôle que l'on veut lui faire jouer. Si l'on on scrute vraiment on se rend compte qu'il ne fait que réagir et qu'il n'est pas l'acteur d'un expansionnisme tel que fût l'URSS.

L'oligarchie américaine vaut bien celle de Russie. Elle est seulement plus subtile et mieux enracinée.
Elle sait donner l'illusion de la démocratie, en injectant des informations construites de toutes pièces avec une maîtrise consommée de la communication d'aujourd'hui.

Écrit par : aoki | 24/04/2014

Aoki, vous vous contredisez. La vidéo dont vous mettez le lien provient d'ARD, la plus grande chaîne de télé allemande. Elle questionne gravement le nouveau pouvoir de Kiev, en particulier certains de ses éléments, comme le procureur général, du parti Svoboda, allié avec le Front National de Marine Le Pen. de même, vous vous exprimez librement sur un blog de la Tribune de Genève, plus important quotidien d'une des villes les plus importantes de cet occident capitaliste que certains vouent aux gémonies.
C'est bien la preuve de la liberté et de la qualité d'enquête des médias occidentaux, qui sont fort divers et n'appartiennent pas tous au clan du pouvoir comme c'est le cas en Russie.
Il est clair que le nouveau gouvernement ukrainien comporte des éléments d'extrême-droite dans son sein et d'autres qui ont trempé jusqu'au cou dans l'affairisme des précédents gouvernements. Mais c'est un gouvernement de transition et d'union nationale, avec un ennemi puissant aux frontières qui envoie ses forces spéciales à l'intérieur du pays. Sans compter les agents russes qui étaient également bien présents à Maidan et les provocateurs de tous poils.
Qui est ce mystérieux enquêteur montré dans le reportage, qui est le parmilitaire qui témoigne de Maidan, il faut croire le journaliste allemand sur parole. C'est peut-être vrai tout cela, peut-être pas. Ce n'est certainement pas la première fois que les médias seraient manipulés par des services, russes, étasuniens, français, britanniques ou suisses...
Qui a fait ceci, qui a fait cela, les enquêtes de demain l'établiront. Dans un régime démocratique occidental, doté de nombreux contre-pouvoirs, comme tentent de l'instaurer les rebelles de Maïdan, elles auront bien plus de chances d'êtres impartiales et ouvertes que sous le joug de Putin.
Tout le fond de l'histoire est là. Les jeunes qui se rebellent en Syrie, en Tunisie, en Libye, en Egypte, en Ukraine, à Hanoï et ailleurs veulent tous la même chose: des gouvernements démocratiques et ouverts. Très exactement ce dont les homologues de Poutine et consorts ne veulent à aucun prix. Il est là, le hiatus. Entre un espoir de démocratie et les tenants d'un ordre moral rigide utilisé par des cliques dictatoriales pour se maintenir au pouvoir.
Et merci de ne pas comparer les oligarchies russes et occidentales. La richesse des plus riches s'accroit partout, mais elles s'est accrue des milliers de fois plus vite en Russie qu'aux Etats Unis ou en Europe ces vingt dernières années. Partis de rien, par la violence et la corruption (et par la grâce de Putin), les milliardaires russes sont aujourd'hui aussi nombreux que les milliardaires français ou allemands, à nombre d'habitants égaux. Sauf que le revenu moyen de ces pays est trois fois plus élevé en France ou en Allemagne.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

Bonjour Philippe,

Comment allez-vous ? Ca fait un moment qu'on n'a plus parlé.

Sur ce sujet, une fois n'est pas coutume, nous sommes très peu en accord. Certes je ne chérie absolument pas le président russe, je préfère d'ailleurs Medvedev que je trouve plus classe et plus modéré, mais je refuse de donner toute la responsabilité de cette affaire au seul côté russe.

Toute cette histoire n'est pour moi qu'une grosse affaire de géostratégie. Deux puissances s'opposent, l'une pour récupérer un territoire, l'autre pour ne pas le perdre. En voulant poser le pied en Ukraine, les Occidentaux ont marché sur le pied des Russes. Ils le payent désormais.

Une chose est importante à comprendre dans cette affaire: l'Ukraine, et la région de Kiev en tête, c'est le berceau de tous les peuples slaves. En effet, alors que l'Occident se remettait doucement de la chute de l'Empire Romain d'Occident, à Kiev naissait une civilisation qui a ensuite conquis les territoires plus à l'Est devenus depuis la Russie. En voulant priver les Russes de cette zone d'influence, les Occidentaux touchent donc à leur berceau. Moi ça ne m'étonne pas qu'ils ne se laissent pas faire.

Ensuite, pendant la domination de l'Union Soviétique, les relativement riches régions de l'Est de l'Ukraine ont accueilli de nombreux russes. A l'époque cela n'avait pas d'importance de savoir si ces régions étaient russes ou ukrainiennes. C'était un seul et même pays. Après la chute de l'URSS par contre, ils sont devenus ukrainien. Mais dans leur cœur, ils restent russes. Ce genre de situations, ou un peuple est partagé entre deux identités communautaires, mène forcément un jour ou l'autre à l'affrontement. C'est malheureux mais prévisible.

Bref il ne suffit pas de dire qu'il y a un méchant et un gentil. (au passage, Obama n'est pas un gentil, il est à la solde des mêmes groupes de pression que Bush et, malgré son risible prix Nobel de la paix, il agit de la même façon) Il faut aller au delà de la diabolisation actuelle et comprendre que la guerre civile actuelle n'est rien d'autre qu'un bras de fer entre 2 blocs qui cherchent à gagner du terrain et de l'influence. Comme ils le font depuis 60 ans d'ailleurs.

Au passage vous accusez les Russes d'être impérialistes, mais c'est oublier que l'armée russe n'est pas (ou plus) comme l'armée américaine. Cette dernière dispose de toutes les capacités pour se projeter rapidement n'importe où sur le globe. Porte-avions, avions à long rayon d'action, etc... C'est clairement l'armée d'un état impérialiste. A côté de ça, l'armée russe a une nette tendance à la défensive. La preuve: elle ne dispose pratiquement d'aucun moyen de projection à longue distance. En revanche elle possède des armes telles que missiles anti-missiles (paraît-il largement copiés sur les missiles américains) et bien sûr un gigantesque arsenal nucléaire. Ces dernières armes sont bien sûr offensives, mais elles ont un but de dissuasion, ce qui est plutôt une stratégie défensive. D'ailleurs il serait stupide d'utiliser des armes nucléaires dans un but d'invasion, les terres envahies étant contaminées pour longtemps !

En parlant des armes anti-missiles justement, je pense que les Russes ont raison de considérer les missiles que les Américains souhaitent déployer en Europe de l'Est comme une menace. Ça peut paraître paradoxal, mais ça l'est moins si on comprend que leur but est d'anéantir la capacité de dissuasion nucléaire russe et donc de rendre plus vraisemblable une attaque conventionnelle sur la Russie. Sans dissuasion nucléaire, la Russie est passablement démunie. Elle le sait et fait tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas perdre ses capacités dans ce domaine.

A bientôt. Pascal Carlier

Écrit par : Kad | 24/04/2014

Point de vue intéressant, Kad, mais il se trouve que comme je l'ai annoncé dans un précédent blog j'aide à adapter en français un film réalisé par un collectif de cinéastes ukrainiens sur Maidan sur toute la durée des évènements. Un collectif d'artistes existant depuis plusieurs années dont plusieurs membres sont originaires de l'Est, tout comme plusieurs des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes qui ont manifesté à Maiden. Jusqu'à 800 000 personnes pour réagir aux premières violences de l'ancien régime.
Pour mes amis là-bas, c'est une vraie révolution, pour la démocratie et contre la corruption, et pour l'Europe contre le système des oligarques à la russe. Pour le changement aussi tout simplement. Ils n'hésitent pas à parler de conflit de génération. La plupart des meneurs et des manifestants ont trente ans ou moins et n'on pas vraiment connu l'ancienne URSS, au contraire de leurs parents qui en gardent une certaine nostalgie.
La naissance du mouvement a été parfaitement spontanée, le type qui a lancé l'idée de manifester à Maïdan est un jeune journaliste de Kiev, fils d'immigrés afghans. Une manif qui a suscité très vite l'intérêt des européens - parce que les manifestants réclamaient un rapprochement avec l'UE - et à l'évidence un soutien des Etats-Unis. On se souvient du "fuck the UE" de Nuland, qui poussait à l'intransigeance. Mais ce n'est pas une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain et sacrifier les jeunes ukrainiens à notre trouille de l'ours Putin.
C'est une amie russe qui me disait combien les similitudes avec les années 30 la troublaient et lui faisaient peur. Les militaires allemands aussi avaient le sentiment d'avoir été vaincus par l'arrière, mais pas sur le terrain, tout comme les gars du KGB après 1989. De plus dans les deux cas, le vainqueur n'a pas su tendre la main comme il l'aurait du, au lieu d'humilier le vaincu. Mais ce qui est fait est fait et s'il doit y avoir un affrontement, je préfère que cela soit maintenant que dans quelques années, après que la Russie ait peu à peu reconquis quelques unes de ces anciennes possessions et ait achevé son réarmement... Vous pouvez me balancer un point Godwin, j'assume :-)

Evidemment, je préfererais rester copain avec les Russes et une union de l'UE et de la Russie me ferait très plaisir. Mais pour cela, il faut que les Russes acceptent de n'être qu'un pays parmi d'autres, comme l'ont accepté les Français, les Britanniques ou les Allemands. Ce qui demeure apparemment impossible avec Putin à leur tête.

Pourtant dans les faits, la Russie est un pays comme les autres, très vaste et doté de très riches ressources naturelles, mais moyennement peuplé, vieillissant et économiquement sous-développé. Juste doté d'un énorme arsenal nucléaire. Ce qui ne devrait plus être un argument conséquent au XXIème siècle, si l'on veut éviter les catastrophes. Rien que pour avoir remis cela au goût du jour, Putin devrait être renvoyé dans ses foyers.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

Merci de m'avoir répondu monsieur Souaille,
vous soulignez ma contradiction qui n'en n'est pas vraiment puisque j'avais accompagné mon lien du terme "exception".
He oui je suis capable de souligner la liberté de ton chez ARD. Même si l'enquête peut prêter le flanc à des critiques, au moins enquête il y a eu.

Je n'ai certainement pas la même mémoire traumatique que vous vis à vis de l'est, même si j'ai grandi avec les nutriments psychologiques de la guerre froide, je n'ai pas vu en direct les chars soviétiques à Budapest et j'étais un peu jeune pour bien capter la normalisation à Prague quelque années plus tard. C'était l'été, une trêve obligée vis à vis des histoires d'adultes.
Je gage que cela change les perceptions.

Pour en revenir à Poutine ... En succédant à Eltsine, il trouve une Russie devenue une zone de non droit suite aux démantèlements des structures soviétiques. La mafia et une oligarchie de néo industriels et financiers ruinait la population. Son action autoritaire aura quand même servit à redresser le pays en 10 ans.

"Comparé à la situation de l’an 2000, les progrès réalisés par la Russie jusqu’en 2010 sont remarquables : le produit social a doublé, le commerce extérieur a quadruplé, les dettes envers l’étranger sont réduites à un sixième de leur valeur initiale, les salaires ont augmenté de 2,5 fois en décomptant l’inflation, les rentes ont augmenté de 3 fois, le taux de pauvreté a diminué de plus de moitié, le chômage est passé de 10% à 7%, le nombre de naissances a augmenté de 40%, les décès ont diminué de 10%, les décès de nourrissons ont baissé de 30%, la durée de vie a augmenté de 5 ans, les actes criminels ont diminué de 10%, les assassinats ont baissé de 50% et les suicides de 40%, les intoxications alcooliques ont chuté de plus de 60%. "

On peut lui reprocher bien des choses, mais il assume de manière claire ses positions et rien ne démontre qu'il agisse autrement, ce qui le rend finalement moins inquiétant que les intrigants de l'ouest (suivez mon regard)

Écrit par : aoki | 24/04/2014

@ Kad

"un bras de fer entre 2 blocs qui cherchent à gagner du terrain et de l'influence. Comme ils le font depuis 60 ans d'ailleurs"

On pourrait presque dire un concours de quéqettes,mais là il y en à un qui s'est un peu trop rapproché de l'autre. Ce serait risible si cela n'engageait pas rien de moins que la paix dans le monde.

Écrit par : aoki | 24/04/2014

Déjà en 2008, et en réponse à vos assertions sur la Géorgie. Eric Hoesli est un des meilleurs et des plus grands connaisseurs de la région, et il est très honnête...
http://www.nashagazeta.ch/node/9534

Écrit par : Géo | 24/04/2014

Et encore une lecture indispensable. Noter la date de parution...
http://uranopole.over-blog.com/article-21975234.html

Écrit par : Géo | 24/04/2014

Je ne suis pas si vieux, Aoki, javais 2 ans à l'époque de Budapest. Par contre pour Prague je m'en souviens parfaitement. Mais surtout, j'ai voyagé en Pologne avant Solidarnosc et ensuite en Bulgarie. Et j'ai des amis russes et ukrainiens qui sont très opposés à Putin.
Les statistiques que vous mentionnez sont confuses. Qu'est-ce que le produit social, par exemple ? Mais pour faire court, si Putin a viré quelques oligarques, c'est uniquement ceux qui ne voulaient pas lui manger dans la main. Les autres, aussi crapuleuse que puisse être l'origine de leur fortune, il les a laissés en place. Tout en puisant largement dans la caisse lui-même, de sa villa d'Antibes à ses parts sous prête-nom dans les sociétés pétrolières genevoises en passant par le salaire de sa maîtresse et mère de ses deux enfants, de 300 000 euros, comme simple député de la Douma, ce qui en Russie est exorbitant.
C'est vrai qu'il a mis de l'ordre en Russie et organisé les ventes de gaz et de pétrole, ce qui n'était pas franchement difficile. En revanche, il n'a pas fait grand chose d'autre. Dans les villes de l'Ouest, la situation s'est améliorée, mais dans les campagnes et à l'est, rien n'a changé depuis la chute du mur. Et surtout le restant de l'économie est inexistant. Tout à fait comme le Venezuela qui est en train de mourir de sa rente pétrolière et de l'interventionnisme forcené de l'Etat.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

Ahah, Géo, les vieux stals sont de retour ? Comme Hoesli, d'ailleurs. Cela ne m'étonne pas que vous le citiez, car il est effectivement fin connaisseur de la région et amoureux de toujours des autorités russes, jadis soviétiques.
Vous noterez qu'il ne dit rien de contradictoire avec ce que je résume, sauf qu'il commence lui en 2008, en glissant comme chat sur braise sur les évènements qui ont précédé, à savoir l'occupation de fait de l'Ossétie du Sud pendant quinze ans par les forces armées russes, sous prétexte d'une mission d'interposition.
Exactement comme ce qu'ils tentent de faire en Ukraine.
Un peu gonflé tout de même de se présenter comme une force de paix quant on est l'un des principaux concernés, voire l'artisan du conflit...
Sinon, je ne passe pas votre autre post, qui n'apprend rien de nouveau et ne fait que résumer les poncifs de la propagande pro-putin.
Vous avez le droit d'aller vous répandre sur mon compte dans tous les blogs d'extrême-droite de la stratosphère si ça vous chante.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

Et puisqu'on est dans les citations, ce point de vue d'Alexandre Melnik, professeur de géo-politique, franco-russe et ancien porte parole de l'Ambassade de Russie à Paris:
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/04/24/31002-20140424ARTFIG00368-poutine-est-il-devenu-un-danger-pour-la-paix-dans-le-monde.php

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2014

@Aoki: malheureusement il faut bien reconnaître que Souaille a raison sur l'état de l'économie russe, c'est une croissance et une balance commerciale en trompe l'oeil qui reposent essentiellement sur les matières premières, notamment les hydrocarbures, on sait trop bien les effets dévastateurs de ce genre de pratique sur l'économie réelle, c'est un cas typique de "Dutch disease". Et Poutine est trop dépendant de cette rente pour mener sa politique, il ne peut pas la remettre en question. L'industrie et la sciences ex-soviétiques ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes, il n'y a guère que l'armement qui marche encore plus ou moins.

Un exemple, le Sukhoi Superjet 100, lancé à grand bruit comme le premier avion civil post-soviétique, à grand coup d'interventionnisme étatique: il a pratiquement échoué à être vendu à l'étranger, même les Arméniens, qui en avaient acheté un des premiers exemplaires (clientélisme oblige) ont fini par le rendre tellement il était mauvais, et ont renoncé au second qu'ils avaient commandé...

Écrit par : Mikhaïl Ivanovic | 24/04/2014

@ Kad,

" C'est clairement l'armée d'un état impérialiste. "

A la seule différence est que pour l'instant les impérialistes ce sont bien les russes et non les américains qui revendiquent des territoires extérieurs pour les annexer à la Russie par la force si il le faut. ça fait plus d'un siècle que les frontières du territoire des Etats-Unis sont restés pareils. Ce qui n'est vraiment pas le cas de la Russie.

D.J

Écrit par : D.J | 24/04/2014

Géo, finalement après relecture, j'ai décidé de publier votre deuxième lien qui apporte un élément nouveau que je n'avais pas vu tout de suite: une critique économique nationaliste de gauche conservatrice du processus en cours façon Montebourg ou Mélenchon.
Soyons clair: la-dite analyse est fausse et de mauvaise foi. Ce qu'elle dénonce porte un nom: modernisation par l'investissement de capitaux étrangers. Occidentaux ou Russes d'ailleurs, puisque d'un côté comme de l'autre, c'est par l'acquisition de moyens de production en Ukraine par des firmes russes, étasuniennes ou européennes que la modernisation des infrastructures de production opère.
Les Ukrainiens ont eu 25 ans pour moderniser leur pays, mais la corruption et la confiscation oligarchique du PNB étaient telles (sur le modèle russe beaucoup plus qu'occidental), qu'ils ont échoué. A noter que la Russie n'a pas fait mieux mais a bénéficié de sa rente gazière, qui la sauve.
Cette modernisation et cet afflux de capitaux, c'est ce que réclament les jeunes révolutionnaires de Kiev, en plus de la liberté d'expression et de la fin de la corruption.
Ils ont une vue très précise du piège dans lequel s'enferment leurs parents à l'est, qui produisent pour la Russie de Putin et uniquement pour elle: il n'est jamais sain de pratiquer la monoculture et de n'avoir qu'un seul client, en plus du fait que c'est se refermer en vase clos, au lieu de s'ouvrir au monde.
Alors bien sûr, il y aura des fermetures de sites et du chômage, mais la modernisation des infrastructures à un coût et l'Ukraine - même de l'Est - ne peut se développer avec des usines datant essentiellement de l'ex-URSS.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

D.J. : Les Russes ne revendiquent pas, au moins officiellement, de territoires. La Crimée a demandé son rattachement à la Russie. Les Russes n'ont fait qu'accepter. Si on faisait le même genre de référendum dans les territoires de l'Est de l'Ukraine, je pense que le résultat serait moins cinglant, mais que le résultat serait aussi en faveur d'un rattachement à la Russie. J'espère que ce référendum ne se fera pas et que ces territoires resteront à l'Ukraine, car c'est le seul moyen pour que la situation se détende. Mais pour l'instant, c'est difficile de savoir ce qui va se passer.

Concernant les USA, la différence c'est que l'impérialisme américain n'a pas besoin d'annexion. Les américains ne s'intéressent qu'à l'économie. Ils ne cherchent donc qu'à récupérer un maximum d'états dans leur sphère économique. L'UE étant le bras économique et politique de la sphère américaine en Europe (l'OTAN en étant le bras militaire) c'est vers l'UE que les USA poussent l'Ukraine.

Je précise que je ne dis pas que c'est bien ou mal. Je ne dis pas non plus que c'est mieux ou moins bien que ce que fait la Russie. Je dis juste qu'on assiste au combat de deux géants pour un pays. Et qu'on fait bien peu de cas de la population.

Philippe: Et moi j'ai passé pas mal de temps dans une Russie communiste. Et j'ai appris à aimer ce pays et sa culture. ("appris" parce que ça demandait à l'époque un effort énorme de compréhension pour aimer ce pays !) Je ne souhaite pas me retrouver aujourd'hui en guerre contre lui. Je considère que j'y ai des amis, même si je ne leur ai plus parlé depuis longtemps, et je ne souhaite pas me retrouver dans un camp adverse, juste parce que les grands de ce monde ont décidé de se fâcher à propos d'un pays avec lequel je ne ressens que très peu de liens, pas plus qu'avec la Russie en tout cas.

Écrit par : Kad | 25/04/2014

Sur le manque d'appétence pour la guerre, Kad, je vous rejoins, mais il est des cas où tant qu'à devoir la faire, mieux vaut s'y coller avant qu'après et comme je l'ai déjà écrit, les similitudes avec les années 30 sont vraiment déplaisantes, y compris dans le caractère national, socialisant et militariste du régime Putin. D'aucuns pensent d'ailleurs qu'à travers lui et le KGB c'est bien le lobby militaro-industriel russe directement issu de l'URSS qui dirige la Russie.
Ce qui n'est pas mieux que le lobby miliatro-industriel US...
L'UE bras économique des Etats-Unis, c'est un peu court comme analyse et je puis vous assurer qu'à l'OMC et ailleurs, ce n'est pas toujours la perception qu'en ont les diplomates étasuniens. Nous partageons avec les Etats-Unis une même conception de la démocratie et des libertés, notamment économiques encore qu'avec de sensibles variantes d'un pays à l'autre. C'est tout et c'est beaucoup.
Les accords TAFTA, d'ailleurs illustrent cela très bien. Loin des mandats initiaux de négociation qui ont fuité ça et là dans la presse et des desiderata des industriels, on s'achemine semble-t-il vers une harmonisation qui sera aussi par le haut, à savoir le respect de part et d'autres des critères écologiques les plus exigeants, par exemple, plutôt que leur suppression pure et simple comme le craignait à raison les milieux d'extrême gauche.
On n'est pas encore rendu, mais ce monde avance et progresse vers davantage d'harmonisation, alors qu'un Putin et ses alliés d'extrême-droite souhaiteraient le tirer en arrière. Par exemple en organisant des référendums largement bidons comme celui de Crimée, dans lequel même le taux de participation est honteusement truqué et sans la moindre observation internationale impartiale possible.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

Philippe, je pense que l'accord transatlantique en cours de négociation est la dernière étape de l'annexion économique de l'Europe par les USA. Si pour l'instant l'Europe garde une certaine autonomie, ça ne sera plus le cas dans le futur.

Concernant le référendum en Crimée, c'est vrai qu'il paraît truqué au vu des résultats, mais il ne faut pas oublier de dire que les Tatars de Crimée ont décidé de boycotter le scrutin ! S'ils avaient voté, on aurait eu sans doute un résultat autour de 70-75% ce qui dans une démocratie est déjà considéré comme un raz-de-marrée. Cela montre en tout cas que la population russophone de la péninsule n'avait aucune envie de vivre dans une Ukraine sous domination de l'UE et de l'OTAN.

Et concernant l'observation internationale, vous dites qu'elle n'était pas possible, mais de toute façon personne ne reconnaissait le scrutin, si ce n'est la Russie dont l'observation n'aurait de toute manière rien changé à l'avis général. A priori, personne n'ayant accusé les autorités de Crimée de la moindre irrégularité dans ce scrutin, je le considère donc comme probablement correct.

Écrit par : Kad | 25/04/2014

Oui, enfin l'agence TASS en personne a quand même commencé par annoncer un nombre de votants qui donnait 123% de taux participation pour la ville de Simféropol avant de rectifier...
C'est comme la télé nationale algérienne qui donne, pour la dernière élection de Bouteflika, des pourcentages qui additionnés dépassent 100%...
Cela prête à rire :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

Et au fait, on parle beaucoup de la première guerre mondiale ces temps. Et je me suis aperçu que le monde actuel ressemble beaucoup plus à celui qui prévalait avant la première guerre mondiale qu'à celui des années 30. L'insouciance des années folles, durant lesquels personne n'imaginait ce qui s'apprêtait à arriver, les grandes nations engluées dans des alliances qui peuvent transformer la moindre étincelle en conflit mondial, par effet de domino. La domination des impérialistes. (au nombre de deux ou trois alors qu'ils étaient plus nombreux à l'époque) J'espère me tromper, mais je pense que tout ça n'annonce rien de bon.

Écrit par : Kad | 25/04/2014

Si jamais, Kad, les années folles, c'était en 1920. APRES la 1ère guerre mondiale. Et avant la seconde...
Ce qui est vrai en revanche, c'est que la guerre de 14, comme celle de 39, est largement la conséquence de l'implosion des structures libre-échangistes et de gouvernance mondiale qui avaient été mises en place au préalable et qui n'ont pas résisté aux égoïsmes nationaux.
Pourvu que l'Histoire ne se répète pas trois fois...

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

Oui désolé à propos des années folles. Par contre ça n'enlève rien à cette insouciance qui régnait à l'époque.

Écrit par : Kad | 25/04/2014

Vous dites que les accords TAFTA sont sans danger, mais tant qu'on n'a rien vu d'officiel, je continue à penser que ces accords reviennent à faire entrer le loup dans la bergerie. J'ai retrouvé cet article du monde diplomatique qui a certes plusieurs mois. Vous déciderez si vous souhaitez publier le lien.

http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803

L'Occident économiquement unifié qu'on nous prépare me fait personnellement très peur. Je me demande même si aller vivre en Russie n'est pas préférable ! ;)

Écrit par : Kad | 25/04/2014

Je n'ai pas dit qu'ils étaient sans danger, mais plutôt qu'ils seront ce que nous en ferons. Ils devront de toute manière être acceptés par les gouvernements et les parlements des 28 et dans certains pays par le peuple en prime.
A priori, ce sont juste des règles du jeu communes, mais elles sont loin d'être encore définies, même si les premiers concernés, les industriels, ont participé à la réflexion. Au final, c'est quand même la démocratie qui décide et dans l'intervalle, les diplomates et les politiques, qui ne sont pas idiots et savent bien qu'ils doivent faire attention à l'opinion publique, en plus de leurs convictions personnelles.
C'est précisément ce qui différencie notre système occidental, bardé de contre-pouvoirs, de celui de la Russie de Putin.
Ci-joint une analyse de fonds du Monde (le vrai, pas le diplo, qui est au journalisme ce que le petit livre rouge est à la littérature...), qui traite en détail des cinq menaces principales.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/04/15/le-traite-tafta-va-t-il-nous-faire-manger-des-ogm-et-du-poulet-au-chlore_4400695_4355770.html

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

@ Kad,

" Philippe, je pense que l'accord transatlantique en cours de négociation est la dernière étape de l'annexion économique de l'Europe par les USA. Si pour l'instant l'Europe garde une certaine autonomie, ça ne sera plus le cas dans le futur. "

Je ne vois pas ce que vient faire le terme d'annexion dans un accord de libre échange. L'Europe est déjà depuis longtemps le principale client économique des américains et c'est probablement pareil dans l'autre sens. Si l'Amérique n'est pas son principal client c'est parmi les deux ou trois premier. L'accord transatlantique ne fera que d'élargir sur ce qui se fait déjà depuis longtemps entre les deux continents. Enfin bref un temps dans les années 80 ce fut les Japonais la menace qu'on disait qu'ils allaient nous bouffer vint ensuite les Chinois et maintenant voila l'Amérique. Demain se sera probablement l'Afrique émergeante que l'on va craindre de se faire bouffer par eux.

@ Philippe,

" Ci-joint une analyse de fonds du Monde (le vrai, pas le diplo, qui est au journalisme ce que le petit livre rouge est à la littérature...), qui traite en détail des cinq menaces principales. "

Mouais on se demande des fois qui est vraiment le plus menacé par cette accord concernant les denrées alimentaires. On oublie un peu vite que les principaux scandales alimentaires de ces 15 ou 20 dernière années ont eu lieu surtout en Europe. Epizotie, vache folle, bactéries E.Coli, scandale des lasagnes trafiquées. Bref sans parler de ceux qui craignent de bouffer du poulet au chlore et des OGM mais qui continuent de fumer 1 à 2 paquets de clopes par jour. J'en connais personnellement des fumeurs et qui sont paranos sur la nourriture pour tout et n'importe quoi.

D.J

Écrit par : D.J | 25/04/2014

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