25/04/2014

Putin, Le Pen, Blocher, même combat

Ils ont pour points communs d’être très riches, politiciens, viscéralement nationalistes et moralement très conservateurs. La différence, c’est que l’un est au pouvoir, mais fondamentalement, ils partagent la même vision passéiste du monde et de la nation.


Ce que résume parfaitement cette répartie offusquée de Le Pen face à des étudiants pro-européens qui lui faisaient remarquer que la France était un petit pays : « Oh, la 5ème puissance mondiale tout de même ! ». Oui, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, mais pour combien de temps encore ?
Demain, le Brésil, l’Inde, la Russie et le Canada ont vocation à la dépasser. Et après-demain elle se retrouvera à batailler pour la 9ème place non plus seulement avec la Grande-Bretagne et l’Italie, mais aussi la Colombie, l’Afrique du Sud, le Canada, le Mexique, l’Argentine, le Chili, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, le Pakistan. Voire l’Ukraine. Et bien avant la fin du siècle, l’Egypte, le Nigeria, le Bengla Desh auront rejoint le club des puissances mondiales.
La Russie elle-même ne sera plus jamais ce pôle alternatif d’un monde bipolaire ou triphasé dont rêve Poutine. Avec 145 millions d’habitants, elle est une puissance importante, certes, comme le Japon et contrairement à lui riche de matières premières (comme le Congo) mais rien à voir avec la Chine, l’Inde, les Etats-Unis ou le Brésil… D’autant que son immensité est son talon d’Achille. Le jour où la Sibérie se peuple, ce que le réchauffement climatique pourrait faciliter, les pulsions centrifuges se développeront en parallèle, vu les distances à parcourir.
Les regroupements régionaux vont accentuer et pallier ce phénomène. Comme l’UE qui, contrairement à ce que prédisent les Cassandre, ne peut que se renforcer si ses peuples veulent continuer de peser d’un poids conséquent sur l’avenir de la planète. Or il est nécessaire que cela soit le cas, ne serait-ce que pour l’écologie et la survie de la planète comme de l’humanité.
Il est un moment où le nationalisme et le sentiment d’être différent des autres doit s’effacer derrière  un double constat : les Etats et les populations ont des dimensions et qu’on le veuille ou non, nous ne sommes tous que des êtres humains, fondamentalement égaux.
Bien sûr, la Suisse montre que l’on peut être petit et tirer son épingle du jeu. C’est tout le bien que je souhaite à l’Europe en général. Mais pour y parvenir, il faut être ouvert au monde comme l’est notre pays, probablement le plus ouvert au monde et aux échanges de la planète, ce qui lui permet, sans ressources naturelles, de caracoler en tête de nombreux classements. Tout le contraire de ce que prône Blocher, bien qu’au niveau de ses affaires, il développe une vision parfaitement mondialiste…

Ce n'est pas un drame d'être la 10ème ou 12ème puissance mondiale plutôt que la 3ème ou la 25è... L'essentiel c'est de participer. En clair, de faire en sorte que sa population se sente bien dans sa peau, que les échanges avec les voisins proches ou lointains se développent harmonieusement, que l'on vive en paix et de manière prospère et toute cette sorte de choses. Avoir la belle vie ne se mesure pas en termes de puissance militaire et de loin pas non plus uniquement en termes de PNB. De PNB par habitant, à la rigueur, ce qui est bien différent, et implique précisément de se préoccuper de ses habitants, avant de s'enticher de la grandeur du pays...

Commentaires

Notre pays a beaucoup de qualités qu'il met en valeurs parce qu’il n'est pas inféodé à l'Europe et ça le reste du monde le sait bien. Il est indépendant grâce aussi a Mr Blocher que vous détester.

Écrit par : norbertmaendly | 25/04/2014

Je sais que mon commentaire ne passera pas mais je m'en fou. Je connais votre ouverture d'esprit.

Écrit par : norbertmaendly | 25/04/2014

M. Maendly, notre pays se porte bien parce que de tous les pays européens, y compris membres de l'UE, il est celui dont l'économie est la plus imbriquée avec celle de ses voisins et de l'UE en général. Cela ce sont les chiffres qui le disent.
Pour y parvenir, nous avons intégré tout le corpus normatif européen sans avoir eu droit à participer à son élaboration autrement qu'avec voix consultative (oui Bruxelles nous écoute mine de rien, ce ne sont pas des sauvages). Alors sans hésiter et contre le vent dominant, je ne vous répondrai qu'une chose: la Suisse se porterait encore mieux si nous étions membres de l'UE et cela nous aurait donné plus de force et d'impact dans les négociations tant avec nos partenaires européens qu'avec les Etats-Unis. Notamment dans les négociations bancaires.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

Quelle est la différence et pourquoi existe t'elle,entre le Taj Mahal et la cathédrale Saint Sauveur entre Tchékof et Balzac ....................?
L'identité culturelle peut-être ?

Écrit par : Nicolas Moser | 25/04/2014

Oui, et alors ? En quoi est-ce que des identités culturelles différentes devraient empêcher de faire des affaires ensemble ou d'échanger entre humains du XXIème siècle, y compris au plan culturel d'ailleurs ? Ou de se mettre d'accord sur des normes ou des actions communes dans un certain nombre de domaines ?
J'imagine que vous appréciez le Taj Mahal et Tchekov, ou bien ? Et que cela enrichit votre patrimoine culturel personnel...

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

Nicolas Moser exprime bien l'affligeante consternation d'une éducation exclusivement consacrée à la culture nationale, prenons l'exemple à l'éducation religieuse pour être encore plus incisif, genre je suis musulman donc j'appartiens à l'islam à l'exclusion de toutes les autres religions ou spiritualités de la Terre... On ferme le livre, on détient la vérité, tous les autres sont dans le faux et je défends ma croyance, ma culture, mon pays, ma nation... Mais non, la culture ce n'est pas seulement d'être d'un seul pays, d'une seule couleur, d'un seul drapeau national. Je suis Suisse, j'aimerais être Européen, j'aimerais encore plus le passeport mondial...qui existe mais qui n'a qu'une valeur sentimentale actuellement.

C'est bien sur la confusion de l'identité que les nationaliste jouent leur carte à fond. Pour acquérir une identité, il faut se construire, s'instruire, et voyager en vrai et/ou par les supports culturels, cinéma, théâtre, musique, écriture, tous les arts en général, et pas bouffer que des jeux vidéos sur l'écran tactile à longueur de temps libre comme j'en connais certains...

Je suis Suisse à 100% mais ma suissitude me porte à l'altitude et à la découverte des autres. Et je deviens à 1000 pour mille un citoyen responsable et solidaire de la planète Terre, de son humanité, de sa nature exceptionnelle unique et exclusive dans cet Univers froid et sidéral... La première terre habitable pourrait éventuellement se situer à mille année lumière, peut-être... Alors ne voyons-nous donc pas ce trésor fabuleux qui nous habite et nous donne la vie sans nous faire payer quoi que ce soit en retour pour avoir cette chance unique de pouvoir faire quelque chose de bien de notre existence?...

Bonne journée, Philippe. Merci de vos interventions.

Écrit par : pachakmac | 25/04/2014

"la Colombie, l’Afrique du Sud, le Canada, le Mexique, l’Argentine, le Chili, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, le Pakistan. Voire l’Ukraine. Et bien avant la fin du siècle, l’Egypte, le Nigeria, le Bengla Desh auront rejoint le club des puissances mondiales."
C'est vraiment là où le bât blesse : cet optimisme béat. Très franchement, cette liste ne peut faire que ricaner. Et pourtant, vous avez beaucoup voyagé, vous savez ce que signifie "développement économique durable" et donc chez vous aussi il y a une petite voix qui vous indique qu'il y a quelque chose qui cloche dans cette liste de pays aux pieds d'argile...
La Colombie va mieux, mais reste divisée entre pay

Écrit par : Géo | 25/04/2014

Géo, l'expérience indéniable que vous avez du développement, notamment en Afrique, date si j'ai bien compris d'une époque bien précise:
le néo-colonialisme. Soit le gros dernier tiers du XXème siècle.
Mais depuis votre retraite, le monde a continué d'évoluer. Les pays deviennent plus indépendants, de nouvelles générations se forment, hautement qualifiées, Internet répand la connaissance et les échanges, les accords de l'OMC sont entrés en fonction et ce que les Etats-Unis imaginaient comme une autoroute pour leurs produits se révèle sillonée par les productions du monde entier.
Les potentats aussi disparaissent les uns après les autres, n'en déplaise à Putin et laissent place à des régimes plus démocratiques et plus autonomes et efficaces politiquement, même si c'est encore très compliqué.
Bref, il y aura encore toutes sortes de soubressauts, mais le monde va dans la bonne direction, malgré tous les vieux grincheux de votre espèce.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

D'abord merci pour avoir passé mon commentaire Monsieur Souaille. Je pense que notre pays n'a pas besoin de se porter mieux, il se porte déjà bien mais de moins en moins bien pour plein de raisons qui ont fait que le peuple a voté OUI le 9 février. Notre commerce avec l’Europe ne date pas d'hier par contre la libre circulation a provoqué des problèmes insolubles. Quand au secret bancaire dire qu'on s'en serait mieux sorti sorti en étant dans l'Europe c'est comme dire à une femme violée par son voisin qu'elle s'en serait mieux tiré si elle avait été violée par quelqu’un de sa propre famille.

Écrit par : norbertmaendly | 25/04/2014

La libre circulation a engendré des problèmes d'augmentation rapide de la population, parfaitement solubles. Nos ancêtres ont fait bien davantage à certaines époques comme lorsque la population de Genève a triplé en quelques années... Ils ont fait face avec des moyens et des technologies bien inférieures aux nôtres et cela fut le départ de notre prospérité actuelle.
Et pour ce qui est du secret bancaire, de une le Luxembourg et le Liechtenstein, bien que membres de l'UE se portent au moins aussi bien que nous, de deux, les européens n'ont fait que suivre la brèche taillée par les étasuniens. Qui n'auraient pas oser attaquer aussi violemment si nous avions pas été aussi isolés et au contraire membre de l'UE.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2014

" Géo, l'expérience indéniable que vous avez du développement, notamment en Afrique, date si j'ai bien compris d'une époque bien précise:
le néo-colonialisme. Soit le gros dernier tiers du XXème siècle."

Moi je lui avait répondu sur un de mes billets concernant le décollage économique africain qu'il en était resté à l'époque de Tintin au Congo. Des pays sont passés du stade de la famine ou pays en guerre civile au statut de pays économiquement émergents. C'est un peu simpliste que de croire que tout les problèmes qu'on connu les pays du tiers monde devraient se régler en 10 ou 15 ans de forte croissance économique. Mais le fait est que les chiffres sont là et ne se démentent pas. L'Afrique n'est plus cette Afrique des années 60 et 70 de famine et de guerres civiles même si certain pays en sont encore là.



" la Suisse se porterait encore mieux si nous étions membres de l'UE et cela nous aurait donné plus de force et d'impact dans les négociations tant avec nos partenaires européens qu'avec les Etats-Unis. Notamment dans les négociations bancaires. "

Se porterait mieux ça peu se discuter. C'est pas tant être membre de l'UE qui est déterminant pour l'économie mais les politiques nationales des états. Mais faire partie du grand marché européens est un atout important pour la croissance. Membre ou pas membre de l'UE. Maintenant je trouvais que les bilatérales étaient un bon compromis pour tout le monde en Suisse. La Suisse en bénéficie largement en étant intégrée au grand marché économique. La votation du 9 février ne pas la meilleurs chose que la Suisse peut avoir.

D.J

Écrit par : D.J | 25/04/2014

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