06/05/2014

Des P+R en France : OUI et il en faudrait plus !

Qui trinquerait, si les Genevois écoutaient le MCG et refusaient le crédit à la construction de parkings en France ? Nos poumons, notre niveau de stress et puis nos portemonnaies. Parce que pollution et encombrements ne seront pas réduits. Il faudra donc construire les parkings quand même, mais en Suisse, ce qui coûtera de 2 à 20 fois plus cher et consommera inutilement l’espace qui nous manque.

 

L’argument du MCG ne tient pas : les Français n’ont qu’à financer eux-mêmes leurs infrastructures, répète en boucle le parti de Stauffer. Sauf que ce ne sont pas leurs infrastructures, mais les nôtres, situées en France. Les premiers bénéficiaires en seront les Genevois, ces parkings allégeant la circulation en ville et transformant des automobilistes pendulaires en usagers des transports publics.

Certes, à Annemasse et à Saint-Julien,  les parkings situés en amont détourneront les pendulaires des centres ville, asphyxiés matin et soir par les flux frontaliers. Mais pour les autres villages français de l’agglomération, notamment Valleiry et Veigy, les parkings ne changeront rien, car ils sont prévus en aval des villages, aux terminus des transports pour Genève. Par contre, pour les villages suisses, ce sera tout bénéfice et pour la France, c’est avant tout une commodité au service de Genève et des frontaliers incités à changer de mode de transport.

Le financement des transports publics dans l’Hexagone est assuré par un prélèvement sur le salaire des travailleurs employés en France. Les frontaliers n’y cotisent évidemment pas. S’il y avait un Stauffer français, nul doute qu’il crierait au scandale : on va utiliser les cotisations des travailleurs hexagonaux pour arranger les frontaliers travaillant pour l’économie suisse ! Alors même que les « hexagonaux » souffrent déjà de la vie chère frontalière !

En vérité, dans toutes les agglomérations du monde, des pots communs financent des infrastructures communes, avec des transferts du centre vers la périphérie, car le centre monopolise les rentrées fiscales des entreprises les plus juteuses et les plus prestigieuses… Et que sans sa banlieue, le centre serait incapable d’assumer ses  prestations aux entreprises comme aux particuliers. C’est donc donnant donnant, une symbiose réussie.

831 places sont prévues qui coûteront CHF 3'129'406.- à Genève. Soit CHF 3766.- la place alors qu’elle coûte à Genève entre 5’000.- et 80’000.- selon l’emplacement et la couverture ou les étages éventuels.  C’est un investissement optimal, car non seulement ces P+R seront moins chers en France, mais ils y seront plus efficaces, pour éviter aux pendulaires les embouteillages !

Le meilleur atout du transport public, c’est son gain de temps. Si vous avez déjà perdu une demi-heure dans les bouchons, rien que pour accéder au parking, vous resterez dans votre auto jusqu’au boulot ! Tandis qu’au Carrefour des Chasseurs, au-dessus de l’aérodrome d’Annemasse, les frontaliers déboulant de l’habitat dispersé des vallées environnantes et du plateau de Saint-Cergues auront immédiatement accès à un bus performant, en attendant une halte du futur RER régional.

 

Notons que les utilisateurs de ces parkings travaillent et paient leurs impôts à Genève. Le quart en est rétrocédé à la France et donc les trois quarts restent en Suisse. Le tiers des 70 000 frontaliers concernés est par ailleurs suisse.  En choisissant d’habiter en France, ils ont libéré des logements genevois et permis bien des économies à l’Etat. Leur ristourner 0,3% des 800 millions qu’ils laissent tous les ans dans les caisses cantonales parait équitable.

En votant « oui », on consolide le Grand Genève, tentative pragmatique d’harmoniser l’urbanisation de notre agglomération de 900 000 habitants, qui compte plus de 500 000 passages de frontières chaque jour pour le travail, les études, les courses, le tourisme… Ignorer ce que fait le voisin en termes d’aménagement serait écologiquement idiot et fort coûteux. Il faut au contraire œuvrer de concert, ce qui implique des choix et des financements communs. Les parkings transfrontaliers sont une première étape vers cette coordination de notre bassin de vie. Ne ratons pas le coche et montrons que Genève a foi en l’avenir, même après le vote du 11 février.

En fait, la seule vraie question, c'est de savoir si ces P+R seront suffisants: 831 places, c'est à peine quelques pour cents du nombre de véhicules pendulaires qui entrent chaque matin dans le canton. Il en faudrait dix fois plus, sauf qu'en attendant le CEVA et espérons-le demain, des télécabines rapides, les transports publics existant ne pourraient pas tout absorber. D'ici cinq ans, il faudra en construire davantage, peut-être à étages, si les emplacements désignés tiennent les promesses attendues. 

Commentaires

Il faux juste interdire les routes du canton aux bagnole 74 et 01. Sa coutera moin cher et les shadocks ils seron bien obliger de payers leur parkings.

Écrit par : Marcelo Diaz | 06/05/2014

C'est un gag Marcelo ? Parce que sinon vous imaginez les bouchons à l'entrée et à la sortie de Genève ?
Et si les Français se mettaient à faire de même ? Plus moyen d'aller skier, faire ses courses à Intermarché ou de rentrer en voiture au pays, pour les vacances...
Le seul moyen de régler les problèmes de l'agglomération, c'est de s'y atteler ensemble. Pas les uns contre les autres.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/05/2014

La solution la plus efficace serait de rendre les TPG gratuits pour tout le monde. Là on verrait vraiment le nombre de voitures baisser en ville.

Écrit par : Adeline | 06/05/2014

C'est sûr que la gratuité favoriserait le "transfert modal" de la voiture au tram ou au bus, ou au CEVA... Mais le gros problème, c'est que pour assurer des prestations équivalentes, la gratuité coûterait dans les 400 millions aux finances publiques, c'est à dire aux contribuables.
Y compris aux frontaliers, d'ailleurs, qui laissent plus de 500 millions chaque année dans les caisses du Canton, après que la part des communes françaises et celle de Berne aient été prélevées.
400 millions de recette TPG qu'il faudrait combler, c'est 130 fois plus que la part genevoise aux P+R de France voisine. Qui resteraient de toute manière nécessaires, parce qu'aller chercher les gens en transport public dans les zones villas, c'est économiquement suicidaire.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/05/2014

Très bon signe, le sondage Tribune sur les P+R ! Il annonce plus d'un tiers de OUI. C'était la même chose pour le scrutin du 9 février, qui pourtant fut un refus clair de l'initiative xénophobe à Genève. Normal, quand on sait que les lecteurs et commentateurs des blogs et de la Tribune électronique (et donc les votants de ces sondages Tribune) sont très majoritairement d'extrême droite, contrairement à l'électeur genevois lambda. On peut sans grand risque avancer que le résultat devrait être inverse le 18 au soir: un Oui clair aux P+R et à la coopération au sein du Grand Genève.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/05/2014

Que la France paye ses infrastructures. Elle a des milliards pour faire la gueguerre en Afr5ique et pas un rond pour construire des P+R chez elle ! Au fait, pourquoi la France ne participa pas au budjet de la CGN qui dessert tous les ports français et transporte par mal de frontaliers ? De plus quel est la participation financière de la 2ème puissance économique de l'UE dans l'aéroport et la gare de Genève qui ont, tous deux, un secteur français ? Je me demande si la France voisine financerait des parkings P+R sur la canton de Genève !!

Écrit par : Larry Klette | 06/05/2014

Lorsque la France envoie des troupes au Mali et en paie le prix, c'est au bénéfice de toute l'Europe, Suisse comprise. Parce que personne, absolument personne n'a intérêt à laisser se développer un Etat d'extrémistes islamistes au beau milieu du Sahara, quasiment à notre porte. Les Nigérians, et surtout les jeunes nigérianes en font l'expérience ces jours.
De même, lorsque la France prend en charge avec ses chasseurs l'accompagnement d'un avion détourné sur Genève en dehors des heures de bureau...
Par ailleurs, la France abandonne de fait à Genève une part de l'impôt qui pourrait lui être du. Parce que les frontaliers du Canton sont imposés par Genève et que Paris ne touche rien sur la part de rétrocession qui va aux communes frontalières, aux départements concernés et à la région Rhône Alpes. Contrairement à ce qui se passe pour les frontaliers vaudois, ou c'est Paris qui touche et qui rétrocède une petite partie au Canton de Vaud. L'un dans l'autre, cela fait partie des échanges entre pays et tout le monde s'y retrouve, puisque Vaud ne rétrocède strictement rien à Genève pour ses frontaliers, pour qui il est pourtant construit des P+R, comme à Bellevue par exemple.
Ceci sans parler de l'évasion fiscale française qui a enrichi et entretenu une partie non négligeable de notre économie, jusqu'à aujourd'hui, puisque l'échange automatique d'informations a été officiellement accepté et que cette page de l'Histoire est donc officiellement tournée.
Pour ce qui est des frais de la partie française de l'Aéroport, c'est évidemment la France qui les assume et qui prend en charge les personnels qui y travaillent.
Il en va de même à la Gare de Genève, où la SNCF paie un loyer et entretient des personnels, y compris d'ores et déjà dans le cadre du futur CEVA, de manière on ne peut plus normale et légitime.
Tout ceci fait l'objet d'accords entre gouvernements, sociétés impliquées et collectivités locales et croyez-moi, tous ces contrats sont âprement discutés pour être équitables. D'ailleurs le Grand Conseil, quasi unanime, a approuvé l'accord après examen. Seul le MCG l'a refusé. Pas parce que c'est un mauvais accord, mais par idéologie, parce qu'ils n'aiment pas la France et les frontaliers.
C'est crétin. Ce sont nos voisins. Près de 80 000 suisses vivent dans l'Ain et la Haute Savoie et plus de 50 000 Français vivent à Genève. Nous partageons l'une des régions les plus prospères du monde, si ce n'est la plus prospère. Et au lieu de faire cela en bonne entente, à cause de politiciens déficients, littéralement limités par leurs bornes frontières mentales, il faudrait se détester et se traiter en adversaires, au lieu d'oeuvrer de concert en bonne intelligence ?
Ils semblent prêts à mettre les équilibres de la région en péril pour servir leurs seuls intérêts politiciens à court terme. Honte à eux.

Écrit par : Philippe Souaille | 06/05/2014

L'argument de la Riclette est grotesque. La France paie plus de 53% des frais de construction de ces Parkings et paiera ensuite tous les frais d'entretien et de personnel. Par ailleurs comme cous le faites très justement remarquer, ces P+R vont bénéficier bien davantage à la Suisse qu'à la France et si la France ne les fait pas, il faudra les construire chez nous, beaucoup plus cher.
Rejeter ces P+R, ce serait pire qu'un autogoal, une forme de suicide politique.

Écrit par : frontalier suisse | 06/05/2014

Bonsoir Philippe,

Je suis à priori favorable à cette subvention genevoise pour la construction de P+R en France voisine, toutefois une question me tarabuste l'esprit.

Qui dit parking dit bien immobilier au sens juridique du terme. Par conséquent, doit-on interpréter ce subventionnement comme un investissement à fonds perdu ou plutôt comme une participation financière à un projet immobilier ? En d'autres termes, en participant financièrement à la construction de ces ouvrages, l'Etat de Genève en deviendra-t-il copropriétaire au prorata de sa participation ?

Aucune provocation dans ma question, seulement un désir de clarté et de transparence, car j'ai eu beau lire et relire la brochure explicative qui nous a été distribuée par la Chancellerie d'Etat de Genève, je n'y ai trouvé aucune réponse satisfaisante à ma question. Dans cette loi, on traite de "l'amortissement" (Art. 5) et de "l'aliénation du bien" (Art. 8), en revanche rien n'est précisé quant à la définition juridique de ladite propriété.
Qui sera propriétaire de ces parkings P+R ? Probablement des sociétés, oui mais de quel type et par qui seront-elles représentées ? Y aura-t-il des représentants de l'Etat de Genève, co-bailleur de fonds, dans lesdites sociétés ?

Dans leur majorité et malgré un bon sens politique indéniable, les députés genevois auraient-ils péché par négligence ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 06/05/2014

Excellente question, Jean, et je dois dire que je me la suis posée également, ces derniers jours. Je ne l'ai pas encore posée en revanche à qui de droit et je n'en ai pour l'heure pas la réponse. Mais je vais le faire. A priori, je pense qu'il s'agit d'une forme de subvention.
D'ailleurs, Genève ne participe qu'à la construction et pas du tout aux frais d'entretien et d'exploitation ultérieurs, ce qui serait pourtant logique en cas d'association de type commercial. Il n'est à mon sens pas prévu non plus de participation aux bénéfices si l'exploitation devient rentable. Peut-elle l'être, comment fonctionne la fondation des parkings? Je me renseigne et vous revient.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/05/2014

J'ai encore une question : Est-ce que la France participerait, financièrement, à la construction de P+R à Perly, Jussy, Soral, ou toute autre commune genevoise proche de la frontière ? D'autre part, est-ce que ces 5 P+R construit en France serviront comme parking pour les gens du voyage ? Il semble que se soit déjà le cas à Ville-le-Grand sur le parking du CEVA !

Écrit par : Larry Klette | 07/05/2014

La France paie par exemple les 6/7èmes du P+R de Valleiry, en France, qui est directement destiné à réduire le flux des véhicules qui traversent les communes genevoises de Chancy et Avusy, juste de l'autre coté de la frontière.

Pourquoi la France paierait-elle des parkings en Suisse, alors que c'est plus efficace et moins cher en France ? En plus dans les communes frontalières dont vous parlez ce serait de la crétinerie aigüe ! A Soral, à part dans le jardin de Pierre Weiss, où vous devriez pouvoir garer deux voitures en serrant bien, je ne vois pas où vous pourriez mettre un P+R entre la douane et le village...

Le but étant d'éviter que les véhicules traversent le village il est évident qu'il vaut mieux mettre les P+R avant le village donc avant la frontière, donc en France... Pour la qualité de vie et la tranquillité des Résidents suisses...

Quant à votre question sur les gens du voyage, ils ont effectivement la mauvaise habitude de squatter des parkings qui ne sont pas prévus pour, et ce en France comme en Suisse. Je vois mal ce que cela vient faire dans ce débat ?

Écrit par : Philippe Souaille | 07/05/2014

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