18/05/2014

Quand la démocratie fait rimer avarice avec égoïsme

Un commentateur qui chercherait à comprendre les résultats genevois de ce week-end à la lumière des critères politiques habituels aurait bien du mal à s’en sortir. Les Genevois n’ont pas voté à gauche, puisqu’ils ont refusé le salaire minimum. Ni à droite, puisqu’ils ont dit non au Gripen. Régionaliste encore moins, puisqu’ils ont refusé les P+R, même si c’est de justesse. Mais ce n’est pas non plus un vote patriotique ou nationaliste, puisque le Gripen, là encore a largement mordu la poussière. Cela dépasse aussi le réflexe de peur, car sinon, le Gripen qui doit protéger notre espace aérien aurait passé la rampe.

 

Bien sûr, comme toujours, les regroupements se font sur des bases qui ne recoupent pas les délimitations partisanes, mais à vrai dire, il y a pourtant un point commun entre tous ces résultats, c’est comme souvent l’avarice et l’égoïsme : moins je paie à la communauté et plus je conserve mon argent, mieux ça vaut. C’est une tendance lourde de ces dernières années, qui n’augure rien de bon pour l’avenir, car elle sent puissamment la décadence, lorsque les citoyens n’ont guère plus que leur intérêt quasi personnel pour œillères.

Le non au salaire minimum répond à la peur que cela soit nocif  à l’économie. Par ailleurs, l’immense majorité des travailleurs à Genève sont au-dessus, voire très au-dessus de ces 4000 Francs et ne se sentent donc absolument pas concernés.

Le non au P+R, c’est le refus de payer pour le voisin, même si le voisin entame des travaux dans votre intérêt. Encore que pour mieux comprendre, il faut descendre dans l’analyse des résultats quartier par quartier. Tous les P+R à financer étaient situés en Haute-Savoie et les communes et quartiers concernés – parce que traversés par les frontaliers savoyards - ont globalement accepté la loi. D’autant que sur la Rive gauche, les P+R existants sont saturés. Par contre, sur la rive droite, où aucun P+R n’était prévu, et pour cause,  ceux existant étant loin d’être remplis, le refus a été catégorique. 
En pratique, les frontaliers gessiens travaillent majoritairement dans les Organisations internationales ou dans la Zimeysa et n’ont donc guère besoin de P+R, parce qu’ils ne traversent pas la ville, disposent souvent de parkings au travail et manquent de transports publics ad hoc. Au-delà de l’égoïsme, cela démontre clairement le risque qu’il y a à vouloir faire passer devant le peuple de tout le canton une décision en fait locale.

Le non au Gripen est la conséquence de beaucoup de choses, mais d’abord le refus d’un budget de plus de 3 milliards qui n’apparaissait pas justifié par l’intérêt personnel de tout un chacun. A eux seuls, les horaires de bureau ou la direction de campagne confiée à l’UDC n’auraient pas suffi à faire pencher la balance. Les partisans du Gripen l’ont bien compris, qui insistaient beaucoup sur le fait que ces 3 milliards resteraient de toute manière dans le budget de l’armée et ne seraient pas reversés dans le pot commun fédéral… Mais là, pour une fois, c’est l’UDC qui se retrouvait contrainte à expliquer des considérations complexes et visiblement, elle n’y parvient pas mieux que les autres.

Le oui à l'initiative de l'Avivo sur les TPG est de la même veine, lorsqu'on sait que l'Avivo est le syndicat des personnes âgées et que celles-ci, malheureusement votent bien davantage que les jeunes actifs, dont beaucoup d'ailleurs, à Genève, n'ont pas le droit de vote...  L'initiative qui vient de passer la rampe privilégie le 3ème âge au détriment des jeunes et des frontaliers là-encore, puisqu'Unireso risque d'exploser, ce qui n'aura certainement pas pour conséquence de réduire le trafic en ville...  

Le problème de fond, c’est que pour pouvoir conserver un certain train de vie il faut investir. Dans les infrastructures notamment et celles-ci sont de plus en plus à l’échelle régionale. Si les citoyens refusent de le comprendre, ils se préparent des lendemains fort difficiles. Mais à vrai dire, là encore, l'âge moyen des votants explique peut-être que le corps électoral soit davantage préoccupé par son confort matériel à court terme que par l'avenir du canton et de ses populations jeunes. Après moi le déluge, aurait pu dire Harpagon...

Commentaires

Bonjour M. Souaille. Je partage les grandes lignes de votre analyse même si, AMHA, ils serait pertinent d'y inclure la question si la démocratie directe n'est finalement pas dévalorisé en faisant voter le "peuple" (ou plutôt ceux qui ont le droit de vote et veulent bien l'exercer...) sur tout et n'importe quoi- tel qu'une dépense de 3 Mio au bénéfice d'une population qui en contribue 600 Mio par an.

A ce sujet, je me permets de faire du recyclage de mon commentaire dans un autre blog: Et pourtant Monsieur Barbey a raison. Puisque la population (toutes nationalités confondues) habitant la partie française de l'agglomération ne peut pas espérer des amélioration de son quotidien malgré les 600 Mio de CHF laissés dans les caisses de l'état de GE à causé d'un accord vieux de 40 ans (et donc suranné), tant que la démocratie directe CH continue à être facilement pris en otage par des populistes (combiné à l’abstentionnisme et l’impossibilité de voter pour 40% de la population cantonale...), je pense qu'effectivement la meilleure solution serait d'essayer de récupérer (une partie) de cet argent via une renégociation des accords de double-imposition. Même si (j'anticipe l'argument de M. Souaille...) ça veut dire qu'une partie de cette manne se "perdra" en transitant via Bercy. Je préfère encore que ce "gaspillage" se fera au profit de régions réellement défavorisées en France, plutôt que de financer le train de vie luxueux de genevois de toute façon jamais content...

Écrit par : paysdoufs | 18/05/2014

Monsieur le donneur de leçons,

Ne trouvez-vous pas paradoxal de demander aux Genevois qui investiront, in fine, environ 90% des frais de réalisation du CEVA une participation de 3,5 Millions CHF à la construction de 5 P&R sur territoire français alors qu'il y a 3 semaines à peine, RFF annonce brutalement l'interruption d'exploitation de la ligne ferroviaire Divonne-Bellegarde par manque de moyens financiers.

Dans ce contexte récurent de morosité financière hexagonale, on est en droit de se questionner sur la volonté française de moderniser le réseau ferroviaire de Haute Savoie, modernisation indispensable pour donner du sens au RER franco-valdo-genevois et faire en sorte, par exemple, de raccourcir sensiblement, pour le rendre attractif, le temps de trajet en train Annecy-Genève actuellement de plus d'une heure !

Écrit par : François Moser | 18/05/2014

M. Moser, ne dites pas n'importe quoi. La France paiera seule l'extension du RER qui complètera le CEVA sur France jusqu'à Saint-Gervais, Saint-Julien, Evian, etc. Comme la Suisse paiera seul l'extension de ce même RER en terres vaudoises.

La construction des P+R était différente, car destinée à faciliter la vie des Genevois d'abord, en réduisant bouchons et pollution et ensuite de gens dont le travail enrichit la prospérité genevoise et dont les impôts contribuent largement à cette même prospérité genevoise. C'est la Suisse qui en était bénéficiaire, bien davantage que la France.

De plus, les conséquences risquent d'être effectivement à moyen terme, une baisse conséquente des revenus pour Genève et la région française voisine. C'est plus qu'un autogoal. Peut-e^tre pas complètement un harakiri, mais ça commence à y ressembler...

Écrit par : Philippe Souaille | 18/05/2014

Monsieur,

Merci pour cette leçon peu convaincante. je ne pense pas que vous ayez compris mon précédent message. Je parlais des difficultés financières des RFF qui l'on conduit à interrompre la circulation sur une liaison ferroviaire du futur RER franco-valdo-genevois ce qui est une réalité incontestable.
Comment dès lors croire aux indispensables investissements qui devraient être consentis pour donner de la cohérence et de la crédibilité au RER sur territoire français. C'est dans ce contexte d'incertitude que les Genevoises et les Genevois se sont prononcés contre un financement de P&R en France.
Lorsque notre Grand Voisin nous aura démontré sa capacité et sa volonté d'investir dans ce projet régional, peut-être alors que nous accepterons de cofinancer dans votre pays d'autres infrastructures plus évidentes que la création de 850 places de parking en zone frontalière.

Écrit par : François Moser | 18/05/2014

J'ai très bien compris votre précédent commentaire, mais vous mélangez tout. La ligne ferroviaire Bellegarde-Divonne était une ligne franco-française qui ne fait pas partie du futur réseau RER franco-valdo-genevois.
Celui-ci au contraire consiste plutôt à recentrer les liaisons ferroviaires autour d'un centre qui est Genève, pour lesquelles existe une vraie demande bi-quotidienne, plutôt que d'entretenir à perte des liaisons transversales qui n'ont d'autre raison d'être que d'éviter de passer par la Suisse, ce qui est une logique d'un autre temps.
Sauf bien sûr si le MCG continue à jeter des bâtons de dynamite dans l'aménagement de la région.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/05/2014

C'est ce qu'on appelle se tirer une balle dans le pied. Quand ils n'ont pas compris la question, comment voulez vous qu'ils comprennent la réponse. Et en plus, ils ne savent pas de quoi ils parlent. J'ai vraiment le sentiment que certains disent n'importe quoi pour exister.Moi aussi, je ne suis pas content, je trouve que les chinois sont beaucoup trop et je tenais à vous le faire savoir.
Donner des leçons c'est utile surtout que cerains ont besoin d'en prendre, alors maintenant on fait comment pour améliorer la circulation à Genève, pour améliorer le bien être commun, la santé publique. Le peuple est souverain mais personne n'a jamais dit qu'il avait raison. Les hommes politiques qui n'ont pas de vision de l'avenir sont nuisibles.

Écrit par : Stefano Gennai | 19/05/2014

Bon, maintenant que les P+R sont définitivement enterrés, passons aux choses sérieuses qui consistent à annuler le don de 300 millions à la France voisine par Genève car nous avons d'autres chats à fouetter avec la rénovation de nos écoles, la finition du stade ou la construction de la patinoire entre autre. Afin d'avoir assez de pognon pour ces travaux il serait souhaitable Genève diminue la rétrocession d'impôts à la France voisine.

Écrit par : Gedeon Teusmany | 19/05/2014

Le don de 300 millions, comme vous dites, est la contribution genevoise à l'édification d'insfrastructures d'intérêt transfrontalier - Donc dans notre intérêt commun - dans lesquelles la France doit investir le double.
C'est dire s'il serait crétin de les abandonner.
Par ailleurs, cela faisait partie d'un deal qui scellait l'accord de toutes les entités de l'agglomération, nécessaire à l'obtention des fonds d'agglomération pensés, voulus et initiés par Berne, qui sont à l'origine du Grand Genève.
C'est un projet suisse et même fédéral, le moyen inventé pour pouvoir régler le problème de notre absence d'arrière pays, sans remettre en cause les équilibres nationaux ou se faire la guerre, ce qui était la méthode habituelle des siècles passés.
A la clef, il y a des milliards d'aide bernoise répartie sur plusieurs années qui pourrait nous passer sous le nez, pour NOS projets de développement et d'infrastructure à Genève.
Par ailleurs, les frontaliers laissent dans les 500 millions d'impôts à Genève chaque année, après déduction de la part rétrocédée à la France. C'est nettement plus que ce qu'ils coûtent au canton. Vous et vos copains du MCG êtes en train de scier l'une des branches maîtresse de la prospérité genevoise.
Il faut le dire.
Le MCG est juste en train de ruiner Genève en fait.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/05/2014

Evoquer la ligne Bellegarde/Divonne, il fallait oser le faire !
Ca fait 30 ans que cette ligne ne voit plus passer de voyageurs, 25 ans que la portion Gex/Divonne est fermée, et quelques semaines que la ligne est totallement abandonnée. Le coût estimé à sa réhabilitation est de 13M CHF... pour un tronçon très bien desservit par un axe routier. Bonjour la bonne idée !

Écrit par : antoine | 19/05/2014

Les commentaires sont fermés.