25/05/2014

63% de vote pro-européen en France

Historiquement, depuis trois siècles, Genève a très souvent mais vraiment très très souvent précédé la France dans ses soubresauts politiques. Bien plus souvent que l’inverse, à vrai dire. Cette fois encore c’est clair : au soir des européennes, seule votation nationale française à la proportionnelle, on retrouve à quelques décimales près la même répartition que lors des dernières élections cantonales.

Soit 32,7% à la gauche (si l’on y inclut les 3% de Nouvelle Donne, petit parti très pro-européen qui navigue entre centre et gauche), 30,2 % au centre droit et 25,1 % à l’extrême droite, 29% en lui rajoutant le petit parti des gaullistes souverainistes.
En soi, ce résultat n’est pas un gros problème, d’autant que ce qui compte c’est la composition du Parlement européen dans son ensemble et les souverainistes y restent largement minoritaires, comme ils le sont en France d’ailleurs : plus de 63% des Français qui ont voté l’ont fait pour des partis pro-européens, ce qui  constitue une majorité très claire. D’où le caractère sans doute un peu précipité des déclarations d’Alain Juppé sur Schengen. On lui avait connu davantage de self control…

En parlant de « Victoire », on accorde au FN nettement plus d’importance qu’il n’en a. Son avancée ne doit pas pour autant être traitée à la légère. Au contraire, elle doit servir de base à un redéploiement de l’idée européenne. Pour davantage de démocratie, pour rapprocher les décisions des gens dans tous les domaines ou c’est possible et pour renforcer l’Europe au contraire dans tous les domaines où cela fait sens. En matière de politique étrangère et militaire notamment.

 

Une autre élection tout aussi importante pour l’avenir de l’Europe se déroulait d’ailleurs à l’Est, remportée au premier tour semble-t-il par un oligarque milliardaire, pro-occidental mais susceptible de s’entendre avec Putin. Dommage que ce soit un oligarque, mais au moins, en matière d’économie, il sait de quoi il parle. Les idéalistes romantiques de Maidan ont fait seulement 5%, l’extrême-droite dépasse tout juste 1%. Et les Pro-Russe sont en-dessous de 10%, mais il est vrai que le vote de l’Est a été consciencieusement saboté. Les Ukrainiens veulent la paix et le progrès économique, comme tout le monde. C’est la voix de la raison.

Sera-t-elle entendue,  c’est toute la question. On se prend à rêver de politiques enfin désireux de progrès humain, avant d’être avides de pouvoir et soucieux de leur réélection. Le pape invite les leaders palestiniens et israéliens au Vatican, pour discuter de la paix. On se prend à rêver. La guerre et la haine ne sont à l’avantage de personne et au détriment de tous. Il est malheureusement toujours des petits malins qui pensent parvenir à tirer leur épingle du jeu. Le jour où l’humanité saura les reconnaître et les tenir hors d’état de nuire, elle aura fait un  immense progrès. 

23/05/2014

L'impôt des frontaliers et les erreurs nombreuses...

On dit ou on écrit énormément de bêtises sur tout ce qui concerne les frontaliers. Dernière en date, la grosse bévue d’un journaliste de la Tribune qui affirme sans rire que les frontaliers imposés à la source dans le Canton de Genève seraient taxés forfaitairement à 3,5%. C’est évidemment faux. 3,5%, c’est la part, effectivement fixe et forfaitaire qui est rétrocédée à la France. Les frontaliers sont imposés à la source selon un barème progressif analogue à celui de tous les Genevois, quoique plutôt plus coûteux pour les frontaliers. Du coup, s’ils font une vraie déclaration avec déduction des frais comme les Genevois, ils voient leur note fiscale baissée. Ce qui avait été évalué par les services de David Hiler à plusieurs dizaines de millions de différence sur l’ensemble de la masse salariale frontalière.

 

A noter également qu’au moment de son évaluation dans les années septante, la rétrocession de 3,5% concernait essentiellement des petits salaires : ouvriers, serveurs, infirmières etc… Elle représentait une part substantielle de l’impôt frontalier. Aujourd’hui les emplois frontaliers sont beaucoup plus diversifiés : les hauts cadres et même chefs d’entreprise, y compris dans la finance  sont nombreux et la moyenne des salaires est nettement plus élevée. Le taux d’imposition moyen a donc augmenté en conséquence et la masse fiscale générée. Sauf que la proportion rétrocédée à la France  est restée la même et que donc Genève y gagne, ainsi que la Confédération.

Car si les calculs de Xavier Oberson relativisent l’intérêt pour un canton de procéder à l’imposition des frontaliers selon le mode Genevois, c’est essentiellement parce que cela augmente sa contribution à l’effort fédéral. Pour Berne donc et pour la Suisse en général, ce mode d’imposition est clairement nettement favorable.  Ce qui n’empêche pas Berne de prévoir unilatéralement, du haut vers le bas, selon une méthode souvent reprochée à Paris, une augmentation considérable de l’imposition des frontaliers mariés en inventant un revenu fictif au conjoint, sur la base de près de 6000 francs suisses de revenu mensuel. Ce qui équivaut au salaire de deux profs de lycée en France…

Du côté de Paris, on a en même temps décidé d’entériner la décision, prise de longue date, de mettre fin à la possibilité d’assurances maladies privées, solution jusqu’alors très avantageuse. Il est amusant de constater que toute l’UMP de Haute-Savoie monte au créneau pour s’en plaindre, députés en tête, en oubliant un peu vite que la décision avait été prise du temps de Sarkozy, et qu’à cette époque tous les députés concernés l’avaient accepté sans broncher. Si la démocratie, c’est de dénoncer une mesure prise par son propre parti au seul prétexte que c’est un autre parti qui est chargé de la mettre en application, on est mal.

La méconnaissance profonde des structures de fonctionnement de la France par la Suisse, de la Suisse par la France et du cas spécifique des frontaliers au milieu est abysssale. Et affligeante. Une jeune députée française se plaignait ainsi l’autre jour de l’inéquité qu’il y avait à  prévoir une cotisation d’assurance maladie sur le salaire net des frontaliers, alors qu’en France elle est essentiellement payée par la part patronale… En réalité, si les salaires suisses sont plus élevés que les français, c’est notamment parce que l’essentiel de « la part patronale » des prélèvements sont en Suisse versés directement au travailleur, à charge pour lui de payer son assurance maladie de sa poche.

De ce point de vue, le combat des frontaliers pour préserver leur privilège d’assurance privée est un combat d’arrière-garde, qui  n’a aucune justification possible en termes de solidarité ni avec le pays de résidence, ni avec le pays de travail. 

En revanche, réouvrir le droit d'option serait juste. Mais tous calculs faits, il semblerait que pour 80% des frontaliers concernés (les 20% étant les hauts salaires), la formule française de la sécurité sociale reste meilleur marché que la Lamal. 

20/05/2014

L’avenir radieux du Grand Genève

Qu’on l’appelle Grand Genève, Région franco-valdo-genevoise ou Village de pêcheurs, l’agglomération genevoise pèse 900 000 habitants. Près de la moitié résident sur France et 500 000 fois par jour, on y passe la douane pour travailler, faire ses courses, étudier, s’amuser, faire du sport, se cultiver ou arroser ses champs... 

La logique veut qu’on coordonne ces échanges ensemble, plutôt que chacun pour soi. C’est le vœu de la Confédération et c’est sous son impulsion, pour répondre à son programme de projets d’agglomération – ainsi qu'à son homologue français - que les anciennes structures transfrontalières des années septante sont devenues « le Grand-Genève ». Qui rassemble élus Savoyards, Gessiens, Vaudois et Genevois.
A la clé, des milliards de subventions sur 20 ans, payés par Paris, Berne et Lyon pour le développement coordonné de l’agglomération, notamment en matière de transports.

Las, dimanche, le vote des citoyens genevois a jeté un gros pavé dans la mare lémanique. Une courte victoire populiste qui a plusieurs causes et d’abord son caractère inattendu:

a - Les partis de gouvernement ont cru la votation gagnée avant l’heure, vu leur unanimité. Du coup, ils n’ont pas fait campagne, au contraire du MCG, dont c’était la mère de toutes les batailles. Ces derniers ont pu répandre impunément les pires mensonges jusque dans les boîtes aux lettres et sur les marchés, au moyen d’un tous-ménages ordurier, mais efficace. Sans réponse des partis sérieux.

b - Dix années de « french-bashing » ininterrompu d’une partie des forces politiques genevoises, ont creusé la haine anti-frontaliers, accusés de tous les maux.

c - de manière plus anecdotique, des générations de « savoyards gare gare », repris avec conviction par les secundos catholiques italo-ibériques formant les gros bataillons du MCG. Tant pis si en 1602, les réfugiés français protestants, protégés par la France d’Henri IV étaient les vainqueurs, contre les assaillants catholiques hispano-sardes - et les anciens genevois catholiques chassés de Genève - du Duc… Il est vrai qu’un Lusitanien qui reproche sans rire à un Toulousain de venir de trop loin n’est plus à un détail près.

Je porte ma part de responsabilité. Je fais partie de ceux qui n'imaginaient pas la victoire du MCG, sous-estimant leur capacité à convaincre par le mensonge en dehors de leur camp, si aucune vérité n’est mise en avant pour les contrer. Je me suis contenté de quelques blogs repris sur Facebook, ne touchant ainsi que les convaincus, de part et d'autre.

Il est plus que temps que les frontaliers s’organisent et montent en puissance au niveau politique et se fassent entendre des partis traditionnels. Ils sont une part importante de la richesse de ce canton, par leur travail et par le faible impact qu’ils ont sur les finances cantonales en regard de la quantité d’impôts qu’ils y laissent. Si les partis traditionnels ne les prennent pas davantage en compte et laissent le MCG les insulter sans réagir, ils devront s’organiser par eux-mêmes.
Plus de 30 000 d’entre eux sont Suisses et plus de 20 000 Suisses de France votent régulièrement à Genève. C’est peu, car en plus des frontaliers, des dizaines de milliers de Suisse résident en France voisine sans travailler à Genève. Des retraités, le plus grand nombre, mais aussi des Suisses établis en France depuis plusieurs générations et d’autres qui y mènent leur carrière, comme le nouveau bâtonnier du barreau de Thonon, Jean-Luc Favre ou des ouvriers agricoles, des commerçants, des chefs d’entreprise…

20 000 inscrits, c’est peu, mais c’est beaucoup. C’est largement la deuxième commune du canton en nombre de votants, nettement plus que Vernier et autant que Carouge et Meyrin réunies…  Mais ce n’est pas encore assez. Les Suisses de France doivent se mobiliser davantage sur le plan politique, puisque dans la démocratie que nous connaissons actuellement, c’est la nationalité qui prime, sur le lieu de résidence ou de travail et que leurs droits légitimes sont traités par le mépris.

On peut rappeler que des questions aussi fondamentales que l’adhésion à la Suisse ou l’absorption brutale des ¾ des communes du Canton, il y a deux siècles, n’ont jamais fait l’objet d’un vote populaire, dont l’issue eut été incertaine. On n’a d’ailleurs pas davantage demandé l’avis des communiers concernés, qui globalement étaient contre. Tandis que Chablais et Faucigny auraient bien aimé pouvoir demander l’adhésion à la Suisse, en 1860, sans qu’on leur en laisse le droit.  Mais si la question du Grand Genève se pose depuis plusieurs siècles, elle appelle aujourd’hui une réponse démocratique.

Aucune des grandes décisions de société prises depuis un siècle et demi que le suffrage universel existe à Genève ne s’est imposée du premier coup. Pour toutes, il a fallu plusieurs votes, avec des majorités qui peu à peu se sont inversées. L’idée de gérer notre agglomération ensemble, y compris sur le plan financier, malgré la frontière, est une grande idée. Surtout à l’époque où partout dans le monde, c’est plutôt le repli sur son pré-carré qui gagne du terrain. Mais à 48,5% de votes favorables au premier essai, sans avoir fait campagne, c'est en fait très prometteur.

 

La prospérité genevoise est intimement liée au fait frontalier et si l’on y met le temps, l’énergie et les moyens, je peine à croire que les Genevois ne le comprennent pas. Les chiffres sont clairs. La participation des autorités françaises sur ces différents projets se montent en centaines de millions : 700 mis en échange des 300 millions genevois promis sur ce seul volet, mais il y en a d'autres avec Berne et Paris. Les P+R, lorsqu’ils sont bien situés, sont pleins. Seulement lorsque le MCG montre une photo de P+R vide prise aux petites heures du matin, il ne faut pas se contenter d’affirmer que c’est faux. Il faut montrer des photos de P+R pleins et même saturés.

Faire voter le peuple en toute connaissance de cause, sur le principe de la gestion commune de notre agglomération, pour le bien de tous et l’avenir de nos enfants, c'est à mon avis un objectif à mettre en place pour l'an prochain.

18/05/2014

Quand la démocratie fait rimer avarice avec égoïsme

Un commentateur qui chercherait à comprendre les résultats genevois de ce week-end à la lumière des critères politiques habituels aurait bien du mal à s’en sortir. Les Genevois n’ont pas voté à gauche, puisqu’ils ont refusé le salaire minimum. Ni à droite, puisqu’ils ont dit non au Gripen. Régionaliste encore moins, puisqu’ils ont refusé les P+R, même si c’est de justesse. Mais ce n’est pas non plus un vote patriotique ou nationaliste, puisque le Gripen, là encore a largement mordu la poussière. Cela dépasse aussi le réflexe de peur, car sinon, le Gripen qui doit protéger notre espace aérien aurait passé la rampe.

 

Bien sûr, comme toujours, les regroupements se font sur des bases qui ne recoupent pas les délimitations partisanes, mais à vrai dire, il y a pourtant un point commun entre tous ces résultats, c’est comme souvent l’avarice et l’égoïsme : moins je paie à la communauté et plus je conserve mon argent, mieux ça vaut. C’est une tendance lourde de ces dernières années, qui n’augure rien de bon pour l’avenir, car elle sent puissamment la décadence, lorsque les citoyens n’ont guère plus que leur intérêt quasi personnel pour œillères.

Le non au salaire minimum répond à la peur que cela soit nocif  à l’économie. Par ailleurs, l’immense majorité des travailleurs à Genève sont au-dessus, voire très au-dessus de ces 4000 Francs et ne se sentent donc absolument pas concernés.

Le non au P+R, c’est le refus de payer pour le voisin, même si le voisin entame des travaux dans votre intérêt. Encore que pour mieux comprendre, il faut descendre dans l’analyse des résultats quartier par quartier. Tous les P+R à financer étaient situés en Haute-Savoie et les communes et quartiers concernés – parce que traversés par les frontaliers savoyards - ont globalement accepté la loi. D’autant que sur la Rive gauche, les P+R existants sont saturés. Par contre, sur la rive droite, où aucun P+R n’était prévu, et pour cause,  ceux existant étant loin d’être remplis, le refus a été catégorique. 
En pratique, les frontaliers gessiens travaillent majoritairement dans les Organisations internationales ou dans la Zimeysa et n’ont donc guère besoin de P+R, parce qu’ils ne traversent pas la ville, disposent souvent de parkings au travail et manquent de transports publics ad hoc. Au-delà de l’égoïsme, cela démontre clairement le risque qu’il y a à vouloir faire passer devant le peuple de tout le canton une décision en fait locale.

Le non au Gripen est la conséquence de beaucoup de choses, mais d’abord le refus d’un budget de plus de 3 milliards qui n’apparaissait pas justifié par l’intérêt personnel de tout un chacun. A eux seuls, les horaires de bureau ou la direction de campagne confiée à l’UDC n’auraient pas suffi à faire pencher la balance. Les partisans du Gripen l’ont bien compris, qui insistaient beaucoup sur le fait que ces 3 milliards resteraient de toute manière dans le budget de l’armée et ne seraient pas reversés dans le pot commun fédéral… Mais là, pour une fois, c’est l’UDC qui se retrouvait contrainte à expliquer des considérations complexes et visiblement, elle n’y parvient pas mieux que les autres.

Le oui à l'initiative de l'Avivo sur les TPG est de la même veine, lorsqu'on sait que l'Avivo est le syndicat des personnes âgées et que celles-ci, malheureusement votent bien davantage que les jeunes actifs, dont beaucoup d'ailleurs, à Genève, n'ont pas le droit de vote...  L'initiative qui vient de passer la rampe privilégie le 3ème âge au détriment des jeunes et des frontaliers là-encore, puisqu'Unireso risque d'exploser, ce qui n'aura certainement pas pour conséquence de réduire le trafic en ville...  

Le problème de fond, c’est que pour pouvoir conserver un certain train de vie il faut investir. Dans les infrastructures notamment et celles-ci sont de plus en plus à l’échelle régionale. Si les citoyens refusent de le comprendre, ils se préparent des lendemains fort difficiles. Mais à vrai dire, là encore, l'âge moyen des votants explique peut-être que le corps électoral soit davantage préoccupé par son confort matériel à court terme que par l'avenir du canton et de ses populations jeunes. Après moi le déluge, aurait pu dire Harpagon...

10/05/2014

Voulez vous d'une Genève refermée sur ses frontières ?

A une semaine des votations, la décision du peuple sur le cofinancement de P+R en France reste incertaine.
Ces deux petits films de la série "Autour du CEVA" vous aideront à vous faire une opinion: on y voit la situation des-dits parkings et leur fonctionnalité dans le premier, l'explication du projet par les responsables politiques dans le second.

Ici

et

ici 

Quelques faits sont incontestables:
- construits aux emplacements choisis, ils seront plus efficaces et moins chers que s'ils étaient construits en Suisse.
- ils rendront principalement service à la Suisse, en réduisant bouchons et pollution et ne seront utiles à la France qu'indirectement

- Les P+R bien situés sont pleins, archi pleins.
- Séparer les parties françaises et suisses de l'agglomération genevoise serait aussi impossible que de séparer Carouge de Genève. Pourtant Carouge et Genève furent longtemps séparés par une frontière.

- Dans toutes les agglomérations du monde, les centre-villes, plus riches et mieux dotés en entreprises, gros contribuables, soutiennent la construction d'infrastructures en périphérie, qui sont utiles à tous.

- Genève et la Suisse sont plus favorables aux entreprises, qui sont de gros contribuables, tandis que la France est plus accueillante aux logements, dont les habitants coûtent cher en infrastructures. Genève profite de cette situation en pouvant ainsi loger en France les arrivants que son dynamisme attire, mais aussi les Genevois qui peuvent ainsi trouver des logements abordables. Si l'on ne veut pas que la périphérie se paupérise et au contraire que ses infrastructures s'améliorent, il est clair que le centre doit aider sa périphérie.

Après, libre à chacun de décider que non et non, pas question de financer quoi que ce soit en France, à deux kilomètres de chez nous, pour des gens qui contribuent à la prospérité de l'agglomération, quand bien même par la péréquation intercantonale, nous finançons des infrastructures à Obwald ou à Glaris pour des montants trente fois supérieurs. C'est un choix. Un peu borné, comme par des bornes frontières,mais c'est un choix, celui d'une Genève refermée sur ses frontières. Un vote contre la prospérité et contre l'Esprit de Genève. Chacun son truc.

09/05/2014

OK, dédiabolisons Putin...

Deux fois déjà, Putin a accepté des propositions de désescalade aussitôt rejetées par les sécessionnistes de Donetsk. Ce qui laisse deux possibilités :

 

Putin raconte des craques. Il continue de pousser ses pions et cherche surtout à gagner du temps et à éviter les sanctions, notamment les menaces de sanctions économiques  de 3ème niveau brandies par l’UE et l’Allemagne, qui pourraient faire très mal à une économie russe déjà exsangue. En jouant officiellement les pacificateurs, tout en continuant de soutenir en sous-main les sécessionnistes, il joue sur les deux tableaux. Et permet peut-être aux Européens d'arriver à une solution permettant à chacun de sauver la face...

Putin dit la vérité et il a perdu le contrôle sur des sécessionnistes dont le profil est celui d’aventuriers et même d’escrocs, Ponzi-Madoff aux petits pieds dans le cas du maire auto-proclamé de Donetsk. Des types dont l’accession au pouvoir régional n’aurait d’autre conséquence que de perpétuer l’enrichissement personnel et la corruption qui empoisonnent la vie politique ukrainienne, cible essentielle des révolutionnaires de Maïdan.

S’il dit la vérité, Putin doit donc cesser tout soutien à des sécessionnistes qui prétendent déclarer l’indépendance de leur ville ou de leur quartier par un coup de force, l’organisation d’un référendum équitable d'ici dimanche paraissant totalement impossible. Il doit leur faire comprendre qu’il n’y aura pas de salut venant de Russie…

Comme le faisait remarquer l’écrivain Vladimir Fedorovski, la Russie continuera d’exister après Putin et personne n’a intérêt à ostraciser ce grand pays, en dehors des risques de guerre que cela fait courir à la planète et à l’Europe en particulier. Personne ne l’ostracise d’ailleurs et si Washington a sans doute fait moins qu’il aurait fallu pour son intégration, c’est tout de même clairement Moscou qui freine des quatre fers depuis quelques années, en mettant beaucoup de mauvaise volonté à adapter son arsenal juridique aux normes occidentales. Ce qui a bien failli lui coûter son accession à l’OMC, sur la question des droits d’auteurs par exemple, mais aussi sur les critères de transparence en matière bancaire et de droits des sociétés, ou encore la liberté d’expression.

Même le soi-disant encerclement par l'OTAN n'en est un que si l'on considère l'OTAN comme un ennemi, alors qu'on y dispose d'un strapontin et de représentants et que l'adhésion au Traité de l'Atlantique Nord était dans les tuyaux. D'autant qu'elle semble inéluctable à moyen terme si l'on veut régler pacifiquement les questions d'exploitation des eaux et des sous-sols polaires.

Lea nationalistes répondront que c'est le droit d'un Etat de refuser de se plier aux règles de ses voisins. Sans doute, mais il s'agit de règles du jeu communes, conçues pour permettre un jeu équitable et pacifique. Si on les refuse, on refuse du même coup de prendre sa place à table pour jouer. C'est exactement la même situation que pour la Suisse en Europe, à cette différence que le pouvoir du Kremlin reste un pouvoir d’autocrate hypercentralisé, sans véritable opposition et sans réel bipartisme.
C’est vrai politiquement et économiquement. Comme en Chine ou au Vietnam, le succès économique et même la simple possibilité de faire de bonnes affaires repose essentiellement sur l’appartenance au bon parti, sans réelle alternative possible. Toute contestation se payant au prix fort. 

Dans ces conditions, prétendre ne pas avoir la main sur des sécessionnistes disposant d’armements russes dernier cri (et dont une bonne partie des troupes viennent de Russie), c’est soit mentir, soit courir le risque de laisser s’installer l’instabilité par un doute sérieux sur l’autorité réelle du chef suprême. Putin n'y a pas intérêt, pas plus qu'il n'a intérêt à se lancer dans une vraie guerre. Après avoir fait admirer sa musculature au monde entier, peut-être serait-il temps d'enfiler le costume de négociateur ? Pour de vrai cette fois. Pour le bien de la Russie, de l'Europe et du monde.

07/05/2014

De Katyn à Khatyn, les gros mensonges de la propagande du Kremlin

Les militants pro-russes qui volent en escadrille dans les blogs occidentaux semblent être passés en phase délirante. 

Chauffés à blanc par des photos de corps carbonisés et/ou asphyxiés, ils accusent les pro-ukrainiens d'avoir torturé des femmes et des enfants dans les sous-sols de la maison des syndicats. Alors qu'au même moment, elle servait de siège et de point de ralliement aux militants pro-russes, parmi lesquels la présence d'éléments provocateurs venus de Russie est aujourd'hui avérée. 

Les vidéos tournées sur place montrent clairement les combats entre pro-ukrainiens à l'extérieur du bâtiment et pro-russes à l'intérieur, mais peu importe, quand on a la foi... Cela permet aux blogueurs de Putin de rappeler le massacre de Khatyn, village biélorusse dont les 160 habitants furent brûlés par des SS allemands aidés d'un régiment de police militaire de la Wermacht comportant de nombreux ukrainiens. Ce en représailles après l'exécution de quatre de leurs officiers par des partisans.

Au delà du drame et de la bêtise qu'il peut y avoir à identifier des gentils et des méchants dans une bagarre de rues qui a dégénéré en accident meurtrier, la référence est éclairante, parce que le massacre de Khatyn est une construction médiatique du KGB des années Brejnev. Celui-là même dans lequel Poutine était un jeune officier prometteur...

Il y eut en effet plusieurs dizaines de villages biélorusses martyrs en 43, lorsque les choses commencèrent à mal tourner à l'est pour la Wermacht, grâce notamment au soulèvement des partisans russes, mais surtout biélorusses et ukrainiens. Oui, ukrainiens, l'Ukraine étant la région d'Europe où l'Allemagne nazie fit le plus de victimes. 

Il n'y avait cependant qu'un seul village qui s'appelait Khatyn, presque homonyme d'un autre massacre, celui de Katyn, commis en Pologne en 39, par le NKVD de Beria, l'ancêtre du KGB. A l'époque où Hitler et Staline s'étaient alliés pour se partager la pauvre Pologne, plus de 25 000 officiers, étudiants et médecins polonais prisonniers de guerre furent exécutés d'une balle dans la tête et jetés dans des fosses communes. Dont certaines en Ukraine, qui avaient déjà servi lors de l'exécution de dizaines de milliers d'Ukrainiens par le NKVD de Beria. 

Dans les années 80, alors que Solidarnosc et l'animosité des Polonais à l'égard du régime soviétique montait en puissance, l'évocation de Katyn devenait carrément gênante pour le Kremlin, qui tentait de prétendre, les fosses ayant été retrouvées, que les auteurs du massacre étaient nazis. Devant les preuves accablantes du contraire, le KGB décida d'organiser un contre-feu. Ce n'est donc pas par hasard si le pauvre village de Khatyn fut choisi à ce moment là pour devenir le symbole de l'horreur nazie. 

43 ans plus tard, en 86, l'officier ukrainien de police militaire qui avait participé au massacre est jugé et condamné à mort et un monument est érigé sur les lieux. L'idée était de créer la confusion dans l'esprit des gens, qui au moins dans l'empire soviétique allait désormais confondre Katyn, massacre soviétique avec Khatyn, massacre nazi...

C'est seulement en 1990, sous Gorbachev et après la chute du Mur que le Kremlin reconnut la responsabilité soviétique dans le massacre. C'est ainsi qu'on réécrivait l'Histoire au pays de Staline. Celui-là même dont le garde du corps et le goûteur attitré était le grand-père de Putin... 

06/05/2014

Des P+R en France : OUI et il en faudrait plus !

Qui trinquerait, si les Genevois écoutaient le MCG et refusaient le crédit à la construction de parkings en France ? Nos poumons, notre niveau de stress et puis nos portemonnaies. Parce que pollution et encombrements ne seront pas réduits. Il faudra donc construire les parkings quand même, mais en Suisse, ce qui coûtera de 2 à 20 fois plus cher et consommera inutilement l’espace qui nous manque.

 

L’argument du MCG ne tient pas : les Français n’ont qu’à financer eux-mêmes leurs infrastructures, répète en boucle le parti de Stauffer. Sauf que ce ne sont pas leurs infrastructures, mais les nôtres, situées en France. Les premiers bénéficiaires en seront les Genevois, ces parkings allégeant la circulation en ville et transformant des automobilistes pendulaires en usagers des transports publics.

Certes, à Annemasse et à Saint-Julien,  les parkings situés en amont détourneront les pendulaires des centres ville, asphyxiés matin et soir par les flux frontaliers. Mais pour les autres villages français de l’agglomération, notamment Valleiry et Veigy, les parkings ne changeront rien, car ils sont prévus en aval des villages, aux terminus des transports pour Genève. Par contre, pour les villages suisses, ce sera tout bénéfice et pour la France, c’est avant tout une commodité au service de Genève et des frontaliers incités à changer de mode de transport.

Le financement des transports publics dans l’Hexagone est assuré par un prélèvement sur le salaire des travailleurs employés en France. Les frontaliers n’y cotisent évidemment pas. S’il y avait un Stauffer français, nul doute qu’il crierait au scandale : on va utiliser les cotisations des travailleurs hexagonaux pour arranger les frontaliers travaillant pour l’économie suisse ! Alors même que les « hexagonaux » souffrent déjà de la vie chère frontalière !

En vérité, dans toutes les agglomérations du monde, des pots communs financent des infrastructures communes, avec des transferts du centre vers la périphérie, car le centre monopolise les rentrées fiscales des entreprises les plus juteuses et les plus prestigieuses… Et que sans sa banlieue, le centre serait incapable d’assumer ses  prestations aux entreprises comme aux particuliers. C’est donc donnant donnant, une symbiose réussie.

831 places sont prévues qui coûteront CHF 3'129'406.- à Genève. Soit CHF 3766.- la place alors qu’elle coûte à Genève entre 5’000.- et 80’000.- selon l’emplacement et la couverture ou les étages éventuels.  C’est un investissement optimal, car non seulement ces P+R seront moins chers en France, mais ils y seront plus efficaces, pour éviter aux pendulaires les embouteillages !

Le meilleur atout du transport public, c’est son gain de temps. Si vous avez déjà perdu une demi-heure dans les bouchons, rien que pour accéder au parking, vous resterez dans votre auto jusqu’au boulot ! Tandis qu’au Carrefour des Chasseurs, au-dessus de l’aérodrome d’Annemasse, les frontaliers déboulant de l’habitat dispersé des vallées environnantes et du plateau de Saint-Cergues auront immédiatement accès à un bus performant, en attendant une halte du futur RER régional.

 

Notons que les utilisateurs de ces parkings travaillent et paient leurs impôts à Genève. Le quart en est rétrocédé à la France et donc les trois quarts restent en Suisse. Le tiers des 70 000 frontaliers concernés est par ailleurs suisse.  En choisissant d’habiter en France, ils ont libéré des logements genevois et permis bien des économies à l’Etat. Leur ristourner 0,3% des 800 millions qu’ils laissent tous les ans dans les caisses cantonales parait équitable.

En votant « oui », on consolide le Grand Genève, tentative pragmatique d’harmoniser l’urbanisation de notre agglomération de 900 000 habitants, qui compte plus de 500 000 passages de frontières chaque jour pour le travail, les études, les courses, le tourisme… Ignorer ce que fait le voisin en termes d’aménagement serait écologiquement idiot et fort coûteux. Il faut au contraire œuvrer de concert, ce qui implique des choix et des financements communs. Les parkings transfrontaliers sont une première étape vers cette coordination de notre bassin de vie. Ne ratons pas le coche et montrons que Genève a foi en l’avenir, même après le vote du 11 février.

En fait, la seule vraie question, c'est de savoir si ces P+R seront suffisants: 831 places, c'est à peine quelques pour cents du nombre de véhicules pendulaires qui entrent chaque matin dans le canton. Il en faudrait dix fois plus, sauf qu'en attendant le CEVA et espérons-le demain, des télécabines rapides, les transports publics existant ne pourraient pas tout absorber. D'ici cinq ans, il faudra en construire davantage, peut-être à étages, si les emplacements désignés tiennent les promesses attendues. 

02/05/2014

Le Grand Bond en Arrière de Moscou. Direction le XIXè. Sans passer par le XXème ?

Avec Putin, la Russie a entrepris son Grand Bond en Arrière. Vers le passé glorieux… et arriéré des Tsars. Que peut faire l’UE ?

La Russie ne va pas envahir l’Ukraine militairement. Ce n’est pas le plan qui consiste simplement à refaire le coup de la Crimée, amplement rôdé depuis la chute du mur, en Géorgie, en Transnitrie et ailleurs : un soulèvement populaire de citoyens pro-russes qui réclament l’annexion ou la protection de la Grande Russie, suivi d’un référendum truqué, sans aucun contrôle local ou international impartial et le tour est joué.
Dans ce contexte, « l’invitation » à résidence forcée des observateurs de l’OSCE (présidée par Didier Burkhalter) prend tout son sens : en tant qu’observateurs, neutres ou pas, ils sont avant tout des empêcheurs de voter en rond. Tant pour le processus de votation lui-même que pour ses préparatifs armés, mêlant quelques bonnes âmes venues d’ailleurs aux activistes locaux. En Crimée, les Observateurs avaient été empêchés de pénétrer sur le territoire, mais dans le Donbass, ils y étaient déjà. Donc on les empêche de circuler. En tabassant copieusement au passage les officiers ukrainiens qui les accompagnaient.
Le Donbass tombé dans l’escarcelle, c’est la puissance industrielle ukrainienne qui change de camp (à commencer par les avions Antonov) et les communications avec la Crimée qui peuvent se passer de la coûteuse construction d’un pont. Je serai un ukrainien pro-européen ou proMaïdan, dans l’Est de l’Ukraine aujourd’hui, je songerai sérieusement à déménager vers l’Ouest, car Putin ne lâchera pas sa proie.
Son âme damnée, son éminence grise, père spirituel de CCCP 2.0 (le mouvement ultra-nationaliste qui veut reconstruire une URSS puissante et dominatrice, mais en remplaçant le parti communiste par l’église orthodoxe) a écrit et répété à plusieurs reprises que « partout où il y a des Russes, il y a la Russie ». Ce qui fait un paquet d’endroits dans le monde, des pays baltes aux îles Sakhaline.
Putin a commencé à mettre le slogan à exécution. Cela fait des années qu'il s'y prépare, au point de considérer cette tâche comme plus importante et prioritaire que la diversification de son économie, gravement toxicodépendante aux exportations de gaz. C'est une trahison en bonne et due forme des intérêts fondamentaux du peuple russe, représentative d’un populisme primaire, mais cela lui assure à court terme une popularité inégalée.
Non seulement il est devenu le Petit Père des Peuples russes, mais aussi l’idole de toute l’extrême-droite européenne, enthousiaste à l’idée de voir son ultra-nationalisme religieux et archi-conservateur damer le pion au cosmopolitisme  euro-atlantiste.
La question est de savoir où il s’arrêtera. Comme l’Allemagne du IIIème Reich, la Russie de Putin relève d’une humiliante décomposition, au sortir d’une guerre (froide ou de tranchées, ce n’est pas la question) perdue davantage par délabrement intérieur que par une défaite militaire.

L’UE et les Etats-Unis ne semblent pas prêts à interrompre le rêve de puissance du Kremlin par la voie des armes. La voie des sanctions et d’un isolement économique a montré son efficacité aux temps de la guerre froide, mais cela implique de trouver rapidement une alternative au gaz russe et cela peut prendre des années, voire des dizaines d’années avant que les Russes ne comprennent qu’ils vivraient mieux sans Putin qu’avec. D’ici là, il peut encore faire des dégâts et se renforce du sang et des âmes de chacun des territoires qu’il conquiert par la voie des urnes pleines…

Les Ukrainiens ont compris le danger et se risquent à passer à l’étape « action militaire » pour tenter d’enrayer un processus qui les prive d’une partie essentielle de leur territoire. En espérant que l’armée russe n’intervienne pas autrement qu’au travers des irréguliers déjà présents.

 

Que faire ? Trois options s’offrent à l’UE :

-          A)           Rien. En espérant que Putin se calme et que la marche des affaires reprenne comme avant. Pour que l’on puisse continuer à acheter du gaz russe, à vendre des voitures à Moscou et des villas à Cologny.  Problème, c’est renforcer Putin et les siens dans leur vision d’une Europe prête à s’offrir au plus macho, au moins jusqu’à Munich… Polonais, Baltes, Tchèques, Bulgares et autres ne sont pas du tout d’accord et ils ont d’excellentes raisons pour cela.

 

 

-          B)           Durcir les sanctions économiques, ce qui implique des sacrifices financiers pour nos économies, l’emploi et aussi à terme se passer du gaz russe ce qui forcément entraînera un renchérissement du prix de l’énergie. Mais c’est la solution la moins coûteuse en vies humaines et la plus respectueuse des intentions de chacun. Le message à Putin étant : « OK, vous ne voulez pas jouer le jeu de l’intégration et persistez à vous concevoir comme un élément étranger aux imbrications de l’économie mondialisée, c’est votre droit. Mais cela comporte des conséquences ! »

 

 

-          C)           Participer à l’escalade militaire, par ukrainiens de l’est et de l’ouest interposés, les pro-russes paraissant cependant mieux préparés. Une intervention directe de l’OTAN ou des Russes demeure improbable. Elle présenterait l’énorme risque d’une victoire militaire rapide des forces de l’OTAN, nécessairement fort coûteuse en vies humaines, qui risquerait d’inciter un Putin aux abois à réagir par tous les moyens. Y compris atomiques.

Perso, pour une fois, c’est le plan B, qui me parait le plus judicieux, mais très probablement, il offre le Donbass et ses populations à Putin, après lui avoir offert la Crimée. D’où la nécessité de mesures de rétorsion qui lui fasse sentir douloureusement le prix à payer, quoique cela puisse nous coûter. C'est cela où lui ouvrir la route de Munich.