31/07/2014

Drapeau, panosse, trahison et casse-tête chinois

Généralement, de quelque pays qu’ils soient, les gens aiment leur drapeau. Peut-être parce que chacun peut y mettre ce qui lui plait. Pour les excités du PNOS, parti d’extrême-droite suisse auquel je serais volontiers tenté d’ajouter un a, le rouge du drapeau est celui du sang versé par leurs ancêtres et le blanc celui de la pureté de leurs âmes. Donc, les fachos ont une âme. C’est déjà ça. Ce que ces crétins qui se piquent d’Histoire ignorent, eux qui abhorrent pêle-mêle et très officiellement les mondialistes, les juifs et les francs-maçons, c’est que « leur » drapeau suisse a été dessiné et conçu par un franc-maçon ayant fait ses études à Paris, qui plus est capitaine de l’armée française avant de devenir général de l’armée suisse. Dufour était de plus fils d’un révolutionnaire genevois. Quant au drapeau suisse, avant d’être redessiné par Dufour, il était partagé avec… la Savoie ! Plus avant encore, c’était celui des premiers croisés et il servait de drapeau de guerre au Saint-Empire Romain Germanique… 

La guerre, c’est précisément la fonction essentielle du drapeau, symbole du clan, de la tribu ou de la patrie et point de ralliement au combat. La guerre, on en parle beaucoup ces temps. Les inénarrables crétins du P(A)NOS, la voient un peu comme un jeu vidéo. Leur grand leader charismatique pour la Suisse Romande, garde du corps dans le civil, et qui sait donc de quoi il parle, se moquait récemment de l’armée israélienne, qualifiée de ramassis de bras cassés et de slaves faux sémites encore inférieurs aux vrais sémites qui sont de bons arabes (à condition qu’ils restent chez eux, pour que les vaches soient bien gardées, si j’ai bien tout compris).   Il ajoutait que Tsahal « ne tiendrait pas trois jours face à notre armée de miliciens ».
En dehors du fait que cela montre qu’il faut éviter de s’emporter lorsque l’on débat sur Facebook ou ailleurs si l’on ne veut pas dire trop de bêtises, il me parait opportun de rappeler que les soldats israéliens sont sortis victorieux d’une douzaine de guerres en 67 ans (guerres justes ou injustes, là n’est pas la question, mais face à des adversaires déterminés et prêts à mourir en martyrs parfois), tandis que la glorieuse armée de milice suisse n’en a plus gagné une seule depuis… 499 ans. A vrai dire, à part la guerre civile du Sonderbund, fort habilement menée par Dufour pour faire le minimum de victimes, l’armée suisse n’a en réalité plus mené de guerre du tout depuis cinq siècles, sauf contre la France de Napoléon, qu’elle a évidemment perdu en quelques jours. Cinq siècles sans guerre, c’est probablement un record mondial. En plus d’avoir une âme, les fachos du P(A)NOS sont donc nuls en Histoire.

Attention, je ne suis pas en train de dire que l’homme suisse ne fait pas un bon soldat ou n’est pas courageux. L’histoire du mercenariat prouve le contraire. Mais le fait est qu’il s’agissait d’engagés au service étranger et certainement pas d’une armée de conscription nationale. Annoncer la victoire dans un match de foot lorsqu’on n’a plus joué à l’international depuis des siècles, sous prétexte que l’on s’est beaucoup entraîné, paraitrait un peu présomptueux. Sauf qu’une guerre, cela fait plus mal qu’un score de foot, si catastrophique fut-il.

La guerre, on y est presque. Mondiale pour le coup et possiblement nucléaire. La situation ressemble furieusement aux années 30, avec Poutine dans le rôle du teigneux ayant une revanche à prendre. Avec cependant une différence essentielle : l’Allemagne, l’Italie et le Japon partageaient à l’époque le même problème : une cruelle absence de ressources naturelles qui les condamnaient à une politique expansionniste. Cette fois, c’est l’inverse. Hormis les Etats-Unis et leur gaz de schiste difficilement exportable, les ressources naturelles sont principalement dans le camp du teigneux. Qui fait tout pour pousser cet avantage à fond, en s’alliant à la Sonatrach algérienne, tout en soutenant de plus en plus ouvertement les shiites en Irak, en Syrie et bien sûr en Iran, 2ème producteur mondial de gaz après la Russie.
Si guerre il devait y avoir, il faudrait donc commencer par réduire très sérieusement notre consommation énergétique. Les écolos vont bondir de joie… La suprématie de la technologie occidentale suffira-t-elle à nous épargner les pires ennuis en cas de conflit ? Pas sûr. Il est cependant impossible de prédire à l’avance les résultats d’une guerre, en dehors du fait qu’elle produira du sang, de la sueur et des larmes. Plus des radiations, des épidémies et d’autres joyeusetés.
Peut-on encore l’éviter cette guerre ? Probablement, heureusement. Cette guerre serait d’abord la victoire des forces du mal, les nationalismes qui s’acharnent à détruire la grande idée d’une planète pacifiée gérant ses problèmes par la concertation commune. Des forces du mal, il y en a partout et d’abord aux Etats-Unis, où dans l’euphorie de la victoire de 1989, certains se sont vus en maîtres du monde. Ils n’ont pas compris que le monde serait multilatéral ou ne serait pas. Ils se sont érigés en gendarmes du monde, suscitant une hostilité croissante et naturelle. Obama n’en fait pas partie, c’est d’ailleurs pourquoi il a été élu, mais il est en partie leur otage. Et si les démocrates perdent les élections de 2016, la situation sera pire encore, car les faucons républicains reviendront aux commandes. C’était d’ailleurs possiblement un choix de Poutine de pousser ses pions au maximum avant que la réaction en face ne se durcisse.

Le principal danger pour la stabilité du monde, le fou qui se balade en menaçant la planète d’une holocauste nucléaire si on ne lui accorde pas l’attention qu’il pense mériter, c’est Poutine, l’homme fort du Kremlin. Intelligent, calculateur, il ne recule devant rien. En Russie, tous ses adversaires ont mordu la poussière, ou le sont redevenus. Poussière, donc. Y compris lorsqu’ils avaient choisi la fuite à l’étranger. Trinita pardonne parfois, Poutine jamais… Veut-il pour autant la fin du monde, alors qu’il a commencé à redresser la Russie et s’est mis quelques milliards à l’abri ? Le « quelques » est assez flou, tant sa pratique des hommes de paille est habile, et varie selon les estimations entre 1 et 40. Ce qui le mettrait dans le quintette de tête des hommes les plus riches du monde. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il n’est pas un petit joueur et que contrairement à son homologue étasunien, il n’est pas réellement soumis aux échéances démocratiques.

La démocratie et les lois, en fait il s’assoit dessus, tout en affichant un formalisme juridique de pure façade. Ses espions dans le monde occidental sont plus nombreux et beaucoup plus actifs qu’aux temps de l’URSS et curieusement, en plus du renseignement militaire, sont essentiellement occupés à placer sa propagande et à abreuver les blogs des médias de commentaires favorables au Kremlin. Des milliers de vacataires sont occupés à cela, dans toutes les langues principales, depuis Moscou et Saint-Petersbourg, relayés par autant d’amis fidèles, dans chaque pays. Recrutés le plus souvent dans les rangs de l’extrême-droite, ils partagent avec les idéologues du Kremlin les valeurs conservatrices et la haine de l’islam, surtout sunnite. Paradoxe, ils traitent volontiers les partisans de l’UE et de la mondialisation de traîtres à la patrie, tandis qu’eux-mêmes oeuvrent ouvertement à la gloire d’un dirigeant politique étranger agressif…

Si l’attitude du gendarme du monde est en effet agaçante, elle demeure attaquable devant les instances internationales et devant ses propres tribunaux. Sans compter le jeu démocratique, qui permet d’espérer remettre en cause fondamentalement la politique étrangère des Etats-Unis. Dans la Russie de Poutine, on est loin de tout cela. Il n’y a aucun garde-fou aux décisions du tsar et le moins qu’on puisse écrire est qu’il interprète les règles du droit international de manière très personnelle. Ainsi en Ukraine de l’est, par exemple, la soi-disant révolte spontanée des habitants russophones (alimentée par des torrents de propagande télévisée haineuse des chaînes russes depuis des années) est dirigée par… trois citoyens russes, agents connus des services secrets russes, idéologues et militaires professionnels qui ont fait toute leur carrière dans les mauvais coups de Poutine, en Tchétchénie, en Géorgie, en Transnitrie et finalement en Crimée, avant de débarquer en Ukraine de l’Est pour y diriger le soulèvement. Comme dirigeants officiels, même pas dans l’ombre !

Sur le fond, l’Ukraine est un pays multiculturel, mais indépendant, aux frontières internationalement reconnues. Vouloir coûte que coûte  en rattacher des pans entiers à la Russie, comme cela fut fait en Tchétchénie, en Géorgie et en Moldavie (Transnitrie) et menace d’être fait dans les pays baltes, c’est comme si la France s’agitait pour s’emparer de la Romandie (dont ses anciens territoires de Versoix et du Jura) et de la Wallonie belge. Et pourquoi pas du Québec, tant qu’on y est. Voire même de l’Algérie, car après tout, la Crimée n’est pas restée russe bien plus longtemps que l’Algérie française et il s’agissait clairement, dans les deux cas, de conquête coloniale. Petit rappel historique qui vous envoie en prison pour plusieurs années aujourd’hui en Russie, au vu d’une loi condamnant spécifiquement la remise en cause du caractère intemporellement « russe » de la Crimée…

La condamnation de la Russie dans l’affaire Ioukos était attendue de longue date. En libérant Khodorovski, contre l’abandon des poursuites par ce dernier, Poutine espérait apaiser le conflit, mais cela n’a pas suffi. Or le tsar estime être maître chez lui et ne pas avoir à se plier aux décisions internationales. Surtout lorsqu’elles risquent de lui coûter 40 milliards…
Au-delà des discours, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Le débat est mondial et sur cette ligne de défense de la souveraineté nationale, Poutine trouvera des partisans dans toute l’extrême-droite européenne et même aux Etats-Unis. Qu’il soit nécessaire d’améliorer les processus mondiaux de décision est une évidence, mais le préalable est d’en reconnaître l’existence et la primauté. Ce que précisément Poutine refuse de faire en prétendant réunir le ban et l’arrière ban de la planète contre les Etats-Unis, pour en découdre physiquement et par l’occupation des territoires au lieu d’avancer ses pions démocratiquement et pacifiquement à l’ONU, à l’OCDE, à l’OMC, au G8/G20 et ailleurs. Comme l’avaient fait Chirac et Villepin en leur temps, ce qui n’avait pas empêché la Guerre du Golfe, mais qui avait largement contribué à remettre les pendules à l’heure à Washington.

 

Que faire, existe-t-il une solution ? L’idéal serait que Poutine soit remplacé à la tête de la Russie et rapidement. Dans le cas contraire, il n’est pas de bonne solution. La guerre est horrible et lorsqu’elle devient nucléaire, c’est encore pire. Même sans aller jusqu’au conflit armé, la confrontation va endommager toutes les économies, qui n’en ont pas besoin. Mais laisser se renforcer un ennemi déclaré en lui fournissant l’aide économique pour le faire ne parait pas une bonne idée. 
Dans un premier temps, Poutine va maintenir son taux de popularité record. Puis l’économie russe devrait souffrir davantage que la nôtre et peu à peu les russes devraient s’apercevoir que l’herbe est nettement plus verte en Occident. Quel rôle jouera la Chine, pour l’heure enchantée de se voir offrir du gaz russe à bon prix dans les années à venir?
Si  la Chine a besoin d’énergie, elle a davantage encore besoin de débouchés. Et les Etats-Unis comme l’UE représentent de très très loin ses premiers marchés d’exportation. Paradoxalement, c’est donc la Chine qui va se retrouver à la fois en position de force et d’arbitre dans cette histoire, ce qui n’était évidemment pas l’intention première de quiconque. 

Commentaires

"la glorieuse armée de milice suisse n’en a plus gagné une seule depuis… 499 ans."
Un Français qui se moque de l'armée suisse dans le domaine des victoires. C'est un vrai plaisir que de lire ça...
Ecrasés en 1870, en 1914-18 quoi qu'ils en veulent, en 1940, en Indochine, en Algérie, les Français ont gagné la guerre au Mali contre quelques dizaines de voyous islamistes et ils ne se sentent plus.
C'est du plus haut comique.
A part ça, Suisse vient de Schwytz, ainsi que le drapeau. Et non de la Savoie. Votre culture suisse est pour le moins flageolante...

Écrit par : Géo | 31/07/2014

Géo, vous êtes pathétique. D'aussi loin que remontent mes souvenirs, en gros vers l'âge de 6 ans, âge auquel je suis arrivé à Neuchâtel, je suis considéré comme français en Suisse et comme suisse en France. En réalité, j'ai plutôt le sentiment d'être pleinement les deux, avec le recul nécessaire pour éviter les aveuglements et emportements nationalistes.
Je ne moque pas de l'armée suisse. Pas une seconde. Seulement, la valeur d'une armée se mesure malheureusement au feu plutôt qu'en manoeuvres, même répétées et grandeur nature.
Mais merci de confirmer ici, à travers l'exemple français et avec l'aide de tout votre racisme, combien le sort des armes peut-être fluctuant. Les sept sages d'aujourd'hui comme ceux d'hier en sont heureusement pleinement conscients et manoeuvrent habilement, aujourd'hui comme hier, pour nous éviter un conflit ouvert avec plus fort que nous.

Je n'ai jamais dit que le drapeau suisse tirait ses origines du savoyard (encore qu'historiquement, celui-ci soit nettement plus ancien d'environ deux siècles) mais qu'ils ont longtemps partagé le même dessin et les mêmes proportions. Vous devriez faire un tour au château de Chillon, juste à côté de chez vous, et me dire quel est l'emblème au-dessus de la cheminée, dans la grande salle d'apparat ? Suisse ou savoyard ?
Jusqu'à ce que Dufour n'en fixe ses proportions modernes, justement pour le différencier de la Savoie ils avaient des proportions fluctuantes et semblables, le blanc courant jusqu'au bord du drapeau...
Une croix blanche centrale sur fond rouge, courant jusqu'aux bords, c'était aussi le drapeau de guerre du Saint Empire Romain Germanique (comme l'aigle des armoiries de Genève était l'emblème personnel de l'Empereur et le rappel de l'immédiateté impériale obtenue par la ville), dès l'an mil au moins. Et la Suisse fit partie du Saint-Empire durant plus de trois siècles avant de s'en extraire à l'occasion de la guerre de trente ans et du traité de Westphalie.
C'était également le drapeau des premiers croisés...
La légende selon laquelle la croix permettait aux mercenaires suisses de se reconnaître dans les batailles est donc un peu sujette à caution, car beaucoup d'autres soldats portaient la même à différentes époques, pour des questions de foi chrétienne, tout simplement. A commencer par les savoyards et... les Autrichiens.
Il est d'ailleurs assez piquant de voir l'oriflamme à croix blanche sur fond rouge dominer le camp... des ennemis des premiers suisses dans certaines anciennes représentations de bataille. Remarquez, à dire vrai, les premiers ennemis des cantons primitifs étaient plutôt argoviens, zuricois, bernois, zougois ou appenzellois qu'autrichiens... Parfois même furent-ils aidés par les Savoyards...
Quand à la petite croix des schwyzois, elle n'est apparue sur leur emblème (qui n'était à l'origine que rouge uniforme) que plus d'un siècle après la croix blanche courant jusqu'au bord du drapeau des armoiries officielles de la Confédération.
Bien loin de rappeler la fumeuse légende de la prestation de serment du Grütli et la révolte originelle, l'emblème suisse est donc un symbole d'allégeance au Saint-Empire qui dominait l'Europe et à la foi chrétienne. Une double genuflexion, dans le cas des Schwyzois, car ceux-ci sont probablement les descendants d'un groupe de familles scandinaves païennes déportées dans ces vallées par Charlemagne, à l'occasion des guerres et des massacres sans pitié qu'il déclencha en Frise et au Jutland pour convertir de force les peuples du Nord, qui pour se venger, entamèrent les raids vikings dès la mort du grand Charles.
Ce qui expliquerait pas mal de choses, au niveau linguistique, mais aussi la légende de Guillaume Tell, à l'origine scandinave.
Mais merci de m'avoir fourni l'opportunité de ces explications, que vous retrouverez en plus détaillé dans mon livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire"...
Pour ma part, il y a déjà quelques mois, j'ai mis côte à côte et alliés sur ma page Facebook les drapeaux suisses et européens. C'est ainsi qu'il devrait être ensembles, selon moi, l'un n'allant pas sans l'autre.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/08/2014

Tiens ?!

Il y a UNE évolution à votre posture; les Etats Unis auraient de la peine à admettre un monde multilatéral et certains tenants des forces du mal se voient en maître du monde.
Par contre la notion que ceux-ci seraient justifiables d'instances internationales est juste une illusion théorique, tant la finance chancelante américaine tient tout le monde par le porte monnaie , la propagande si puissante à surfer sur les faux semblants et si à l'aise dans les mensonges affirmés avec un aplomb tellement invraisemblable qu' effectivement personne ne songe à s'opposer dans les médias, devenus des outils de communications d'états.
Les leviers de pressions sont machiavéliques et partout.

Ou pour le mieux on pourrait dire que la justice internationale s'exerce une fois "la bête", maîtrisée; ce qui n'est pas pour tout de suite en l'occurrence.
On a bien le temps de se prendre l'irréparable sur la tête avant cela.
Je soupçonne même que l'abîme existant entre le discours du Caire d'Obama et ses atermoiements ambigües d'aujourd'hui expriment sa condition d'otage.

Alors Poutine en teigneux peut être, mais responsable d'un possible holocauste nucléaire définitivement non ! D'abords parce que ce n'est pas la Russie qui a amené les troubles et l'agitation. Ensuite l'Ukraine n'est pas ou n'est plus ce pays qui intègre sa multiculturalité. En tous cas depuis que sa "libération" a lâché ses chiens nazis sur l'est du pays. Maintenant c'est l'armée qui bombarde sa propre population depuis 4 mois.

Les "forces du mal" étasuniennes pour reprendre votre terme, ont tout faits pour mettre de l'huile sur le feu. Votre haine de Poutine est légitime dans le sens que c'est un avis qui vous appartient, seulement cette inclination personnelle ne devrait pas vous masquer le voeux de guerre des états unis, avec toutes les manoeuvres possibles qui vont avec. La puissance Américaine étant en péril, c'est le seul moyens pour les néocons d'éviter ou retarder la chute.

La voie de la paix est celle commencée par l'Allemagne, hors conglomérat US ou UE mais il faudrait encore que l'on les laisse faire. C'est ça la multilatéralité !

Écrit par : aoki | 01/08/2014

Il n'y a aucune évolution dans ma posture, Aoki. C'est juste que vous ne me lisez pas depuis suffisamment longtemps ou que vos oeillères vous empêchent de discerner les subtilités de ma "posture", justement.

J'ai toujours condamné l'arrogance étasunienne, bien avant que ce soit à la mode. Ou plus exactement déjà lorsque c'était très à la mode, à l'époque de la guerre du Vietnam et la 2ème guerre du Golfe, voulue et préparée par les néocons n'y a évidemment rien changé. J'ai même écrit tout un livre qui tourne autour de ça: "L'Utopie Urgente, traité de savoir-vivre sans nation".
Pour le reste, votre avis vous appartient, mais vous faites erreur et vous êtes victime de la propagande du Kremlin bien davantage que je ne le suis de celle de Washington.
Il se trouve que j'ai plusieurs contacts en Ukraine, ou voyageant régulièrement en Ukraine, depuis des années. Ainsi que dans d'autres ex-républiques soviétiques et bien sûr en Russie. La préparation de "l'anschluss" est-ukrainien date de bien des années, avec propagande acharnée des chaînes russes, entraînements de milices para-militaires nationalistes russes locales et revendications ethnolinguistiques. Il y a trois ans, le Russe n'avait aucun statut de langue nationale en Ukraine, et c'est la propagande expansionniste de Poutine qui en a fait un sujet primordial.
Alors certes, les Etats-Unis ont alimenté financièrement ceux qui luttaient en sens inverse, espérant régler les choses démocratiquement, politiquement, pour éviter justement ce qui se passe aujourd'hui, à savoir une guerre provoquée par Moscou, comme le Kremlin en avait déjà provoqué en Tchétchénie, en Moldavie (Transnitrie) en Géorgie etc. Le pedigree des trois dirigeants de la soi-disant rébélion ukrainienne est à cet égard extrêmement parlant, puisqu'ils n'ont strictement rien d'ukrainien et au contraire sont des vétérans de TOUTES ces guerres expansionnistes de la Russie.
Les USA ont certes pas mal de torts, mais depuis le Texas et la Californie, ils ont cessé de faire des guerres de conquête...
Le mouvement de protestation populaire contre le refus de signer les accords d'association avec l'UE a été un mouvement populaire et spontané, déclenché par un jeune journaliste ukrainien né de parents afghans communistes réfugiés à Kiev. Maidan a surpris tout le onde, même les espions US et fut déclenché en protestation contre l'annulation d'un point essentiel du programme qui avait valu son élection à l'ancien président. Un mouvement démocratique en réaction aux manigances de coulisses de Moscou. Il ne faudrait pas inverser la réalité des faits.
A la liste des pays partiellement annexés par la Russie par la voie des armes ces dernières années, on peut d'ailleurs ajouter la Syrie où des jeunes et des moins jeunes, épris de démocratie, pas spécialement intégristes (au contraire), sont entrés en rébellion contre un pouvoir ethnico-religieux, héréditaire et autoritaire. Pas de bol, le-dit pouvoir était le principal allié de Moscou dans la région et lui assurait sa seule base navale en Méditerranée.
Bachar a donc reçu toute l'aide dont il avait besoin pour mater la rébellion, quitte à déclencher un bain de sang, bombardant sa population, etc... Ce qui a directement ouvert la voie aux islamistes armés, les jeunes révoltés du début n'étant pas spécialement prêts à l'affrontement militaire.
A noter que si les bombardements de la population syrienne par Bachar avec des armes fournies directement par les Russes et avec leur collaboration active sont avérés, la situation en Ukraine est bien différente.
Le nombre de morts civiles semble moins élevé que celui des soldats, miliciens ou réguliers ukrainiens tués au combat. Parler de bombardements de la population civile parait donc largement abusif, de même que de présenter les révolutionnaires de Maidan comme des fascistes. Ils étaient quelques dizaines, au plus quelques centaines de Pravy Sektor & Co sur la place, où se retrouvaient régulièrement près de 500 000 personnes. Soit environ 1 pour 1000. Les élections présidentielles ont confirmé ce caractère ultra-minoritaire des fascistes ukrainiens: à peine 1% des voix.
C'est nettement moins que ce que l'on trouve en Russie, où les fascistes de CCCP 2.0 et autres fervents animateurs de la Grande Russie sont dans les premiers cercles du pouvoir... Ce qui n'a d'ailleurs pas toujours été le cas, mais il semble que Poutine se soit laissé séduire par une tendance politique extrémiste qui lui assure un vibrant soutien de l'opinion qui y voit l'occasion d'une revanche.
Un enchainement désastreux, que seul Poutine pourrait enrayer, mais probablement au prix de sa popularité à court terme. Sauf qu'en le faisant il sauverait l'économie russe et stabiliserait l'avenir de la planète. Est-il prêt à faire ce choix de la raison ?

Quant à l'alleingang de l'Allemagne contre l'UE, je n'y crois pas une seconde. Ce serait suicidaire pour l'Europe et pour l'Allemagne inclue. Les seuls que cela raviraient sont tous les fachos d'Europe et Poutine en premier lieu, qui se retrouverait ainsi le plus puissant sur le théâtre européen... Du moins à court terme, car cela entrainerait rapidement le reste de l'Europe à se replier de toute urgence sous le parapluie étasunien.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/08/2014

Bon ok !
vous êtes obnubilé par Poutine, moi je le suis par l'hégémonie US revendiquée sans honte.
A partir de là , la lecture des évènements est diamétralement opposée forcément.

Je ne partage pas du tout votre description sur la Syrie ( à ce titre j'ai aussi des relations ayant de la la famille à Damas, Alep et Lattaquié). Et la dessus je ne retrouve pas la subtilité dont vous vous réclamez, car votre lecture est uniquement conditionnée par le statut d'allié de la Russie et je ne suis pas le seul à constater que la manipulation américaine ne s'est pas arrêtée lors de la guerre d'Irak.

Suis-je plus conditionné que vous ? Moi je peux admettre que je ne connais pas absolument tout sur la Russie de Poutine, mais je constate simplement que contrairement à la posture américaine , Poutine n'a agressé personne en Ukraine, Les USA font plus que soutenir financièrement le gouvernement de Kiev, que les civils du Dombass ont bel et bien été ciblé et ceci sous la direction aux opérations du sous-secrétaire d'Etat américain à la défense Derek Chollet !

Je vais même vous confier que je ne voyais pas Poutine d'un bon oeil, mais depuis l'affaire de la Syrie, les manipulations américaines ont été si cyniquement détestables qu'en finalité je le trouve bien plus fréquentable que ces cow-boys néocons.
J'ai hiérarchisé la détestation.

Objectivement les déclarations Russes sont bien plus pacifiques et dans la retenue, que celles de Kerry.

Et je n'ai pas dit que le nouveau gouvernement Ukrainien était nazi, mais il les ont largement utilisé sans vergogne, comme ce sont des chiens fous ils se sont fait plaisir. Cela dit Svoboda a tout de même 4 ministre dans le gouvernement. Son cofondateur Andriy Parubiy nommé Secrétaire du Comité de la Sécurité Nationale et de la Défense Nationale, rien de moins, est en plus reçu dernièrement en grande pompe par le parti majoritaire européen: PPE.
Sans compter toutes ces personnalité occidentale qui se sont affichée à leurs côté, Victoria Nuland la première.

Dire que vous osez traiter les anti européens de fachos ! Anathème dont vous usez également sans subtilité à ce qui me semble.

Je trouve regrettable que vous usiez également cette espèce d'arrogance que vous partagez avec les américains en déclarant " j'ai raison, vous avez tort" argument quelque peu caricatural.

Tout ceci dit sans animosité, car je vous reconnais un engagement avec les tripes et ceci ne se commande pas. Et/ mais c'est aussi valable pour moi !

Cela dit tant que vous restez ouvert à la contradiction, je posterai volontiers sur ce blog

Écrit par : aoki | 02/08/2014

Aoki, sans doute avez vous raison sur un point: il y a un moment où la rigueur du raisonnement laisse forcément la place à la conviction. Et donc l'objectivité à la subjectivité. Le but étant que ce moment survienne le plus tard possible.
Je connais effectivement mal la Syrie, n'ayant aucun contact sur place. Seule l'Histoire m'apprend que c'était déjà une poudrière, des siècles avant l'invention de la poudre... Et le fait est que sans l'intervention décidée de Poutine, Bachar aurait probablement du faire ses valises.
Cela étant, je ne crois pas un instant que les Ukrainiens ont choisi de cibler leur population civile dans l'Est, pour un paquet de raisons.
a) Si c'était le cas, les morts civiles seraient nettement plus nombreuses et ce n'est pas le cas.
b) Les électeurs, les ouvriers, les cadres et les usines des entreprises de Porochenko, le Président élu sont principalement dans l'Est.
c) Les soldats réguliers ukrainiens paient au contraire un lourd tribut sur le terrain précisément parce qu'ils font tout pour minimiser les pertes civiles, alors même que les pro-russes (et soldats russes présents en Ukraine, c'est avéré aujourd'hui grâce à la localisation de leurs "tweets", les crétins) se servent ouvertement d'otages civils en se dissimulant dans les zones les plus densément peuplées.
d) Les récits des journalistes présents sur place à la libération des villes reprises aux pro-russes (ceux du Monde et du Nouvel Obs, par exemple, mais aussi mes contacts persos) décrivent bien d'autre choses que des bombardements civils et au contraire l'ouverture de charniers dans lesquels les morts ont été victimes de tortures et parfois exécutés d'une balle dans la nuque. Ce sont souvent des militants de Maidan dans l'est, mystérieusement disparus durant l'occupation pro-russe. Et pas des victimes de bombardements.
e) Tenter de faire passer les victimes des sévices totalitaires pour des victimes de l'ennemi est une très ancienne pratique du KGB.
Vous ne devriez précisément pas faire confiance aux déclarations de Poutine et de son entourage du Kremlin, qui sont tous, sans exception d'anciens maîtres espions rompus au double langage. Même le bedonnant patron des chemins de fer longuement interviewé par le Temps est un ancien colonel du KGB. Les Etasuniens de l'administration Obama ont une vraie opposition parlementaire à domicile et des alliés réellement autonomes et indépendants à l'extérieur. Ils sont obligés de dire plus ou moins ce qu'ils font et lorsqu'ils mentent, comme l'ont fait les Néocons de Bush à l'ONU pour la guerre en Irak, cela se sait tout de suite.
Poutine et sa garde rapprochée mentent en permanence, en se présentant comme pacifiques alors qu'ils n'ont qu'une idée en tête: reconstituer la Grande Russie dans les frontières de l'ex-URSS et au-delà, reconstruire un monde bipolaire, ou tripolaire.
Je suis à fond pour le multilatéralisme, mais pour qu'il puisse fonctionner, les nations doivent accepter de perdre une part de leur souveraineté. Y compris militaire et y compris les Etats-Unis, ce à quoi, ils ne sont pas davantage prêts que la Russie. Sauf qu'en acceptant passagèrement leur prééminence, dès à présent disputée pacifiquement et économiquement par la Chine - c'est la bonne méthode - et à plus long terme par l'UE et l'Inde (dont le nouveau pouvoir menace de faire exploser l'OMC), on réduit singulièrement les risques d'affrontement violent. Tout en préservant les chances de parvenir à des rapports plus égalitaires par une voie démocratique et pacifique.
La théorie du Kremlin, c'est tout l'inverse et c'est surtout infiniment plus dangereux: recréons des pôles antagonistes qui assureront la stabilité du monde par l'équilibre de la terreur. Comme aux temps bénis de la Guerre Froide où Moscou était l'une des deux capitales du monde.
Moi je ne veux pas de ce monde où la planète pourrait partir en fumée parce qu'un autocrate fou fait un ego-trip et appuie sur le bouton.
Après que vous postiez ou pas sur ce blog n'est pas mon problème premier. D'un côté, j'aime bien la confrontation des idées et les discussions qui s'engagent lorsqu'elles sont intelligentes. De l'autre c'est un engrenage fastidieux qui me prend un temps considérable et peut même devenir carrément casse-pieds lorsqu'il s'agit de répéter pour la énième fois les mêmes faits. Or il est fort délicat de ne laisser passer/répondre qu'à certains commentaires et pas à tous.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/08/2014

Les commentaires sont fermés.