16/08/2014

J’ai piloté au 1er Grand Prix écolo de Suisse à Lignières ce week end

Vendredi 15 août s’est tenu à Lignières le 1er « Swiss Energy Grand Prix ». Qui pourrait être suivi de beaucoup d’autres tant la formule parait prometteuse. Certes, le bruit des moteurs à explosion manque à certains, mais le vacarme des échappements libres ayant marqué toute mon enfance, surtout les conflits de voisinage qu’il générait avec les habitants du village voisin, je ne le regretterai pas une seconde.

 

Le circuit de Lignières a en effet été créé par mon père en 1960-61, qui l’a géré jusqu’au début des années septante. Mon enfance fut rythmée par les courses de voitures, les visites de Jo Siffert ou du champion du monde de side-cars, Florian Camathias et des écuries et pilotes de toute la Suisse, dont de nombreux genevois comme Vetsch, Pouponnot ou Ramu-Caccia. Sans oublier les démêlés de mes parents avec les autorités civiles se plaignant du bruit, qui s’entendait parfois jusqu’en haut du Chasseral ou descendait jusqu’au Landeron ou à Saint-Blaise… Le pire, c’était un sport-prototype à moteur Wankel et échappement libre, pilotée par un jurassien, dont les crissements suraigus à 20 000 tours minute vous explosait les tympans.
Exit le bruit, donc avec les bolides électriques et c’est tant mieux.

Bolides électriques, oui, mais avant tout voitures de séries. Juste encore un peu expérimentales. Ce qui retourne aux sources du circuit, lorsqu’au début des années soixante, les constructeurs ne disposaient pas encore d’installations d’essais très sophistiquées. Beaucoup venaient donc peaufiner leurs essais dans les montagnes neuchâteloises : Mercédès, Simca, Abarth, Triumph et bien sûr Peugeot, qui venait en voisin. Michelin et surtout Kléber-Colombes n’étaient pas en reste, et le pneu V10GT, best-seller s’il en est, d'une technologie révolutionnaire, fut ainsi mis-au-point à Lignières.
De même, les premières caméras du monde tournant au 1/1000è de seconde, inventées par Longines, le voisin de Nods, furent développées sur le circuit pour étudier les déplacements de masse en virage et utilisées par la suite pour le chronométrage.  On les appelait les « Chronotypogines ». Un nom délicieusement suranné, qui fleure bon la SF des années 50-60, comme le nom du circuit d’alors, « l’Institut International de Psychodynamie ».
L’étude des déplacements de masse était en effet la marotte de mon père et l’optimisation de la tenue de route son idée fixe. Il la jugeait non sans raison plus importante que la puissance brute du véhicule, tant pour les performances, au travers de la consommation, que pour la sécurité. Il l’avait d’ailleurs prouvé en comparant trois véhicules étroitement dérivés l’un de l’autre : une VW coccinelle, une Porsche 911 et une Porsche 904, qui en était la variante sport-prototype. Les moteurs avaient été interchangés, sans riche modifier des freins ou des suspensions et les temps chronométrés, sur un circuit très sinueux comme Lignières, étaient extrêmement clairs : une 904 avec un moteur de coccinelle tournait plus vite qu’une coccinelle avec un moteur de 904… Les résultats auraient été probablement différents sur un anneau de vitesse, mais là…

Je songeais à cette expérience au moment de prendre le volant comme deuxième relayeur de la Smart Brabus électrique. Partis avec un handicap favorable, car doté de la moins bonne autonomie du plateau, comme deux autres Smart, nous étions en tête après 35 tours, grâce au talent de Freddy Amweg, multiple champion suisse de course de côtes. 25 tours plus tard, nous l’étions encore quand j’ai rendu le volant à Fred Yerly. Sauf que si j’avais pris le véhicule avec 50% d’énergie consommée, j’en avais à mon tour consommé 30% et que le pauvre Fred n’avait donc aucune chance de pouvoir terminer la course sans recharger. Ce qu’il fit dès le tour suivant.

Malheureusement, si un « pit stop » en F1 prend au plus quelques dizaines de secondes, là on parle de longues minutes… Dommage que le système Renault qui consiste à changer tout le rack de batteries d’un coup n’ait pas pu concourir, c’est sans doute une solution d’avenir. En attendant, nous avions conduit l’œil sur le manomètre de puissance, en prenant garde de ne pas dépasser la mise en action de 50% de l’énergie possible. Un peu frustrant, en compétition, mais qui veut voyager loin ménage sa monture…
L’un des exercices les plus amusants était de ne jamais freiner, ou en cas d’urgence, de freiner le moins possible, même pour passer l’épingle à cheveu, pour utiliser à fond le récupérateur d’énergie à la décélération, qui agit comme un frein moteur puissant. Récupérateur d’énergie dont on peut faire varier l’intensité, tout comme celle de la puissance disponible à l’accélération, par des palettes au volant. Plutôt mal placées d’ailleurs, dans un circuit aussi sinueux, si l’on veut être efficace en virage.

Or, c’est là tout le sel de l’histoire : si l’on dispose d’une petite auto dont on ne peut pas utiliser la puissance, la seule manière de faire des temps, c’est de passer le plus vite possible en virage. Ce que Freddy Amweg, l’as des courses de côte, qui a couru sa première compétition à Lignières encore adolescent fit à merveille, de même que Fred Yerly, son gendre, qui court en championnat allemand des voitures de Grand Tourisme, sur une Mercédès SLS. Pour ma part, je n’avais pas eu l’occasion de m’essayer le matin à ce pilotage si particulier, contrairement aux autres pilotes, mais en revanche je connaissais le circuit comme ma poche depuis l’âge de 7 ans, où j’y avais pris le volant seul, pour la première fois… Avec une vieille coccinelle au moteur lavé, qui plafonnait à 60 à l’heure. Tourner le plus vite possible en allant doucement, j’avais donc quelques idées sur la question.

Comparées aux autres véhicules du plateau, Renault Eon, Nissan Leaf, Mitsubishi I-miev ou Vw e-Golf, notre handicap était sans doute un peu trop favorable, puisque nous tournions au moins aussi vite qu’eux et que les trois Smart ont réussi un tir groupé dans le même tour, aux 3, 4 et 5 ème place. 4ème place en ce qui nous concerne, avec un arrêt recharge de 9 minutes… Avoir le pied plus léger aurait peut-être pu nous éviter quelques minutes de recharge et nous permettre de rester en tête… Du moins des non TESLA, car il faut bien le dire, les vraies gagnantes de la soirée, et haut la main, ce sont les deux Tesla. Les deux seules qui ont pu attaquer sur toute la durée, grâce à leur autonomie phénoménale pour une auto électrique. Sur le papier, 340 km pour le petit roadster et 400 pour la « S », grande routière sportive… Nettement moins tout de même « à fond, à fond, à fond », la roadster a fini poussée à la main, mais elles sont tout de même parvenues à grignoter leur énorme handicap, qui était de 20’ pour la « S ».

 

Ce week-end se poursuit en beauté au circuit de Lignières, aujourd’hui et demain, avec des compétitions de voitures de course historiques, dont la Griffon du Genevois Ramu-Caccia, un sport prototype construit dans les années 60 à l’école d’ingénieurs de Genève et pilotée aujourd’hui par le filleul de Ramu-Caccia, René Desbaillets, qui était l’un des étudiants constructeurs à l’époque. Il est aujourd’hui vigneron, député PLR et président de l’ACS.
On y verra encore des ventes aux enchères de véhicules d’époque, la projection en open air du film « Rush », un concours d’élégance automobile (ah non ça c’était hier) et dimanche à midi, un hommage à mon père. Que les organisateurs, le TCS, qui gère aujourd’hui le circuit et Nyou-sa, société d’événementiel biennoise en soient ici remerciés.

Commentaires

Ah, le retour aux sources et tous les souvenirs qui remontent à la surface, quelle émotion n'est-ce pas ... ;o)

L'histoire ne dit pas si Fernand Cuche s'est déplacé en voisin, en spectateur écolo si l'on peut dire, sur ce 1er Grand Prix ... qui se veut écolo lui-aussi ?

A vous lire, on apprend aussi que Ramu-Caccia ne se contentait pas de faire que du vin.

Je me souviens de ce moteur Wankel qui était censé révolutionner l'industrie automobile et dont on a subitement plus entendu parler ...

A propos Longines êtes-vous bien sûr que les caméras ont été développées à Nods et pas à Saint-Imier, sur l'autre versant de Chasseral ?

Bon week-end rétro !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 16/08/2014

Exact, Jean et merci. C'est en plus la deuxième fois que je confonds Nods et Saint-Imier. Le genre de vieux souvenir qu'on ne vérifie pas assez souvent...

Écrit par : Philippe Souaille | 16/08/2014

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