04/06/2015

Quand le patron du Club suisse de la presse dérape

Je sors de ma réserve, parce que les bras m'en tombent. Lire de pareilles inepties sous la plume du responsable du Club suisse de la Presse, hébergé par les services dédiés à la Genève internationale, c'est pour le moins problématique. je fais bien sûr allusion au papier de Guy Mettan nous vendant la superbe liberté de la presse au pays merveilleux de Poutine...

Franchement, Guy, vous rigolez en parlant de libre accès à la presse occidentale ? 

Au Donbass, les chaînes ukrainiennes sont simplement brouillées. Impossible de les capter. CNN a eu les pires ennuis et a du quitter le câble russe , pour y revenir à la seule condition d'inclure 75% de contenus russes dans ses programmes. Comme par ailleurs, les sociétés étrangères (y compris productrices de programme) et les ONG ont désormais l'obligation d'être majoritairement en mains russes, et qu'aucun russe n'ose plus s'opposer frontalement au pouvoir à moins d'être kamikaze (il y perdrait ses biens, voire son passeport - c'est dans la loi - et possiblement bien pire encore), c'est vite vu: TOUS les principaux médias russes, internet, radio, tv et presse écrite sont désormais entre les mains du pouvoir ou des proches de Poutine. TOUS. Et comme en Russie, ben les gens parlent russe et que seuls des jeunes et des intellectuels parlent une langue étrangère, c'est juste écrit "dommage" pour l'info occidentale... C'est ballot hein ? 

Certes, pour quelques temps encore, les journalistes étrangers ont le droit de se déplacer en Russie et même en Tchétchénie - où à priori, la situation est calme, rien à voir avec l'Afghanistan, tous les opposants ayant été éradiqués manu militari à la décennie précédente - mais cela n'a aucune importance puisque leurs sujets et reportages n'ont AUCUNE chance d'être vus par les masses russes. Au point qu'on peut se demander si la liberté (toute relative néanmoins) des correspondants occidentaux ne sert pas le pouvoir en accentuant encore la division entre la Russie et le monde occidental, qui est le but ultime de Poutine, dans sa stratégie pour conserver son pouvoir personnel et les milliards de dollars qu'il a volés à son propre pays. 

Poutine va très loin dans la restriction des libertés d'information: évoquer les pertes militaires en temps de paix en Russie (le fameux rapport que Nemtsov a payé de sa vie et que douze imprimeurs ont refusé de publier) est désormais un crime de haute trahison... Droit direct au bagne, ou assassiné sur un trottoir devant le Kremlin, ça calme !

Au fait combien de journalistes en activité ont-ils été tués en Europe ou aux Etats-Unis depuis quinze ans ? Parce que depuis l'arrivée de Poutine au pouvoir en 2000, on déplore le meurtre ou la disparition de plus de 200 journalistes généralement de l'opposition. Sans compter les morts par accident du fait d'un siloviki ivre qui passait là par hasard et ceux qui ont perdu leur job sans espoir d'en retrouver. Comme celui qui avait osé évoquer les amourettes illégitimes et néanmoins fécondes du bien aimé Petit Père des Peuples...

Qu'est-ce qui vous autorise, Guy, à affirmer que les journalistes dénonçant l'attitude du Kremlin sont stipendiés par des fondations conservatrices proches des lobbies militaires américains ? Vous déconnez grave, là, d'autant que les milieux américains les plus conservateurs sont désormais plutôt admirateurs de Poutine que l'inverse. Vous êtes en bonne compagnie avec les fachos, cher Guy, faut vous faire une raison. Mais ce degré de mauvaise foi, chez le responsable du Club Suisse de la Presse, c'est je dois dire décoiffant.

Perso, il m'est arrivé de travailler pour la com gouvernementale d'un pays étranger, à savoir la Colombie en lutte contre les FARC dont le centre de propagande pour l'Europe et le monde était benoitement établi à Lausanne. Mais je l'ai fait publiquement et officiellement et à aucun moment je n'ai publié d'information ou d'opinion que je n'avais pas vérifié et avec lesquelles j'aurais pu ne pas être d'accord, ou à l'évidence grossièrement mensongère. Par ailleurs, je ne représentais que moi-même et n'avait aucune fonction de direction dans des institutions quasi officielles. Mais moi, j'ai des principes et de l'honneur. 

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