18/06/2015

L’AIMANT du CEVA: Des motrices frontalières

C’est bien davantage le symbole de l’absurdité des frontières, qu’un véritable échec. Car le Réseau Express Régional va fonctionner. D’un côté comme de l’autre, on accepte de dépenser des centaines de millions pour sortir chaque jour des milliers de voitures des embouteillages. C’est ça  l’important, plus que de savoir si les trains seront fabriqués en Thurgovie ou à Belfort. Dans l’Est, de toute façon…

 

Il était parfaitement prévisible que la Région Rhône Alpes choisisse un fabricant de trains français (enfin étasunien, mais fabricant en France) après que les CFF aient choisi un fabricant suisse de manière unilatérale, plusieurs mois à l’avance, en coupant court aux concertations en cours. Non par mesure de rétorsion, mais parce que financièrement, le brutal renchérissement du Franc de cet hiver rendait le choix suisse irréaliste.

Bien sûr, ça va compliquer un peu l'exploitation, les rames n'étant pas interchangeables. Et puis en matière de formation, d'entretien, on s’attend en Suisse à un  surcoût de l'ordre de 5% à 10%. Certainement moins, affirme Jean-Jack Queyranne, le patron socialiste de la région Rhône-Alpes, qui note que l’entretien des rames françaises pourra se faire à Annemasse, au tarif horaire français. Par ailleurs, les rôles ne sont pas distribués de la même manière. En Suisse, les CFF achètent le matériel et l'exploitent, tandis qu'en France, la Région achète le matériel puis le confie  à la SNCF, qui l'exploite. Les intérêts ne sont pas les mêmes.

Vu de Lyon, le choix unilatéral des CFF pouvait avoir l’air d’une tentative de passer en force, d’autant que Peter Spuhler, le patron de StadlerRail, Conseiller National UDC, jouit d’un poids politique évident. Mais l’on a bien voulu n’y voir qu’une simple volonté de rationalisation: les CFF avaient besoin de rames rapidement, pour moderniser la ligne de Bellegarde, qui est déjà en service. Or chacun sait qu'en achetant groupé, on obtient de meilleurs prix et la perspective de n’avoir qu’un seule type de trains RER pouvait paraitre alléchante aux CFF.
La Région Rhone-Alpes a d’ailleurs mis ces préceptes en pratique en se greffant sur l'appel d'offres des régions françaises, qui acquièrent d'un coup 1000 rames de transport régional. Un marché considérable, qui tire sérieusement les prix vers le bas, dont les CFF avaient d'ailleurs un temps envisagé de profiter, en le rejoignant, avant de se retirer pour se fixer sur Stadler.

Le deuxième couac, imparable, fut l'abandon du taux plancher par la BNS, qui fit grimper brutalement l'addition de près de 20% pour la région Rhône-Alpes, les rames Stadler étant évidemment vendues en Francs suisses. Rhône-Alpes a alors demandé une garantie sur le taux de change, mais le fabricant suisse a répondu de manière très évasive. Et pour cause, Stadler est déjà très mal pris par une énorme commande en Russie, annulée alors que certaines rames étaient déjà fabriquées, suite à l'effet conjugué de la hausse du Franc et de la chute du Rouble. Ce qui au passage démontre très clairement les inconvénients du Franc fort pour l'industrie helvétique, n’en déplaise à... l’UDC.

Annemasse y gagne, au passage, un centre d'entretien flambant neuf qui assurera la maintenance des rames Alstom, sur le site de sa gare de triage, en plein coeur du dispositif, comme l’est déjà le centre des CFF de Cornavin. Pour acquérir ces rames, qui vont rouler jusqu’à Thonon, Annecy, Bellegarde et Saint-Gervais, Rhône Alpes met plus de 220 millions d'euros sur la table, ce qui représente 10% de son budget annuel. C'est considérable et c'est le signe que veulent retenir les élus français.

Alors certes on a raté le coche, comme on aurait pu choisir un nom plus amusant. Je pense à L’AIMANT…  qui rapproche les habitants du bassin lémanique de part et d’autre de la frontière : L’Axe International de Mobilité Améliorée par Navettes Transfrontalières… J

 

  

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