14/09/2015

Donetsk Lataquieh, les itinéraires du Kremlin

Comme pas mal de gens, je m’interrogeais sur la soudaine accalmie survenue sur le front du Donbass. Certes, le parlement ukrainien avait accepté la fédéralisation demandée par Moscou, mais l’arrêt soudain des incessantes provocations des rebelles pro-russes était spectaculaire, même s’il s’expliquait par un sérieux remaniement à la tête des « républiques » de Donetsk et Lougansk, où les « négociateurs » ont remplacés les « militaires », apparemment sur ordre du Kremlin.

Cela prouve bien que la source du mal et des affrontements résidait à l’Est, et pas à Kiev, puisqu’il a suffi d’un souffle du Kremlin pour tout calmer. Mais pourquoi maintenant ? Parce que la Russie s’enfonce dans la crise ? Indirectement, oui. En fait, la Russie n’a pas (encore ?) les moyens militaires de mener deux campagnes en même temps. Or la présence de son armée était urgemment requise en Syrie. Espérons juste que les ukrainiens, de l’Est comme de l’Ouest, en profitent pour stabiliser suffisamment la situation pour écarter durablement le retour des horreurs de la guerre, quand la crise syrienne sera terminée.

Moscou s’y emploie, avec une solution qui pourrait être originale… Bachar est au plus mal, on le sait. Avec le concours de troupes d’élites iraniennes, plus d’un millier d’hommes des commandos marines des Pasdaran, les troufions de l’armée russe ont commencé à fortifier la côte, de Lataquieh à Tartous (où elle possède une base navale), jusqu’à la frontière du Liban. Un gros morceau de l’ancienne Phénicie, puis du Royaume Franc des croisés. Surnommée « la Côte d’Azur syrienne » du temps du mandat français, c’est le fief ancestral des alaouites. Là, Bachar pourra résister, si l’atmosphère devient trop irrespirable à Damas, ce qui semble devoir être bientôt le cas.

Un nouveau petit royaume, sous la protection des gens du coin, des voisins du Hezbollah libanais, des Pasdaran chiites et de l’armée rouge. Pardon, de l’armée russe. Et aussi de nombreux Missiles sol-air de dernière génération et de quelques Mig, pour parer à toute velléité occidentale de finir le travail. Cela pourrait être effectivement une solution. A la post-yougoslave : une mosaïque de petits états : alaouite, kurde, chrétien, yézidi, druze et bien sûr sunnite. Sans oublier Israël sur le flanc sud.

 

Une solution qui permettrait de ramener le calme et la paix dans la région, même si elle sonne désagréablement à nos oreilles cosmopolites et fières de l’être… Après tout, aujourd’hui l’ex-yougoslavie justement, semble revenir peu à peu à la normale et tôt ou tard, toutes ces populations seront rassemblées dans l’UE, avec chacune leur autonomie. C’est en tout cas une voie qui mérite d’être explorée.

Le seul bémol, c’est l’attitude de Moscou sur le long terme. On a compris que Poutine avait décidé que la Russie ne reculerait plus. Et même qu’elle avait recommencé à avancer. Pour reconquérir des territoires perdus en 1990... 
Lesquels et jusque où ? C’est toute la question. Parce que la plupart de ces territoires ont été conquis à l'époque de l'expansion coloniale ou à l'occasion de la seconde guerre mondiale et ne sont pas plus russes que l'Algérie est française...
Dans l'immédiat, tout ce qu'on sait, c'est qu'on a voté ce dimanche en Russie et que Pamas, le parti d'opposition rassemblant les partisans de Navalny et du défunt Nemtsov n'a tout simplement pas eu le droit de se présenter. Seuls deux de ses candidats dans une seule circonscription ont obtenu ce droit, contre des milliers de candidats présentés par Russie Unie (Poutine), Labloko (libéraux kremlin-compatibles) ou les communistes, dans les dizaines de circonscriptions de ces élections régionales.

 http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/13/la-...

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