30/09/2015

Prendre le Chemin de Damas ou affronter la menace nucléaire

La dernière nouvelle, qui parait sortir tout droit des officines du Kremlin, met en scène un journaliste allemand, qui revient, à ce qu'il prétend, sain et sauf, de chez Daesh. Selon lui, repris par quelques grands médias et les habituels sites propagandistes d'extrême-droite, les islamistes fous se prépareraient à nous atomiser. Ils prévoient, dit-il, de réduire l'occident en cendres radioactives avec 500 millions de victimes à la clé. Où ? Comment ? Avec quelles bombes et quelles quantités d'uranium ? Transportées comment ?
Autant de questions qui resteront sans réponse, car jusqu'à preuve du contraire, le seul être au monde qui dispose de tels moyens de destruction massive et soit en mesure de nous les envoyer sur le coin de la figure réside au Kremlin...
En fait après avoir roulé des mécaniques et fait prendre l'air à ces lance-missiles nucléaires un peu partout sur ses frontières de l'Ouest et sur la côte pacifique, Poutine semble vouloir se faire plus discret. On ne peut pas quémander une alliance en menaçant d'atomiser ses partenaires... Et de fait, certains observateurs - dont moi - rappellent volontiers que le risque nucléaire est autrement plus dangereux que les 50 000 tarés de Daesh...
Bingo, c'est là que surgit pile à propos cet allemand qui prétend que Daees est tout d'un coup devenue puissance nucléaire de premier plan... Ce qui évidemment justifierait toutes les actions conjointes internationales. Les gars de Daesh, qui sont donc les derniers des crétins, auraient ainsi dévoilé leurs plans les plus secrets et fondamentaux (on parle de la conquête du monde par l'Islam le plus rigoriste) au premier journaliste occidental venu les interviewer... Le moyen le plus sûr de se retrouver avec le monde entier sur le dos, avant même d'avoir pu apprendre comment envoyer le moindre missile...
En matière de propagande, Poutine est prêt à tout, on le sait. Il a aujourd'hui un besoin vital de se trouver des alliés dans son opération syrienne. Pour se repositionner dans le concert des nations, mais aussi parce que s'il y va seul avec le Hezbollah et les Alaouites déjà à bout de souffle (les Iraniens étant passablement occupés en Irak), il a toute les chances de se retrouver avec un nouvel Afghanistan sur les bras...
Eradiquer Daesh serait une excellente idée. Mais pas avec l'Armée Russe, qui va commencer par raser toutes les villes du soi-disant état islamique, sans le moindre égard pour les populations civiles. C'est la seule méthode qu'elle connaisse, largement utilisée en Tchétchenie. Depuis Staline, l'Armée Rouge l'appliquait même à sa propre population en cas de besoin. Ce n'est certainement pas ce qui va tarir le flot de réfugiés, bien au contraire, ni réduire le nombre des victimes innocentes.
Par contre on pourrait s'attendre, si les occidentaux ne mordent pas à l'hameçon de la coalition voulue par le Kremlin, à ce que des agents provocateurs manipulés depuis une ancienne république socialiste soviétique, par exemple, fournissent à Daesh une petite tête nucléaire à faire exploser quelque part en Europe. Histoire d'enfoncer le clou et d'amener l'Occident à prendre son Chemin de Damas, là où Poutine veut qu'il aille... Le seul rempart contre ce genre d'action clandestine, c'est la rigueur des contrôles de l'AIEA, l'Agence Internationale de l'Energie atomique. Souhaitons qu'ils soient vraiment efficaces.

28/09/2015

Le Triomphe de Poutine

 

Dans le match qui l’oppose à l’Occident, Poutine mène aux points. Le despotisme appuyé sur l’opium du peuple écrase le progrès et la démocratie. Une défaite occidentale accélérée par notre crainte atomique de l’affrontement, nos scrupules juridiques, le sensationnalisme mercantil de nos médias et la déresponsabilisation consumériste de nos populations. Un monde dans lequel deux mille ados genevoises se battent pour toucher l’idole qui leur parle maquillage et futilités mérite-t-il qu'on le défende ? En champion de judo, le joueur d'échecs sait retourner contre nous le moindre de nos mouvements...

 

Routinier, il utilise toujours les mêmes vieilles tactiques russes de la maskirowka (faire semblant de s’enfuir, pour encercler l’ennemi qui vous poursuit en désordre) et de la provocation (attribuer à l’ennemi des atrocités qui justifieront la riposte implacable). Pour que ça marche, il suffit de maîtriser les rouages de la propagande, domaine dans lequel le Kremlin excelle…
Pour pouvoir écraser les Tchéchènes – en se positionnant ensuite en sauveur de la patrie, du monde et de l’Univers - le FSB de Poutine a suscité des attentats sanglants, imputés aux tchétchènes... Pour lesquels des officiers du FSB ont finalement été arrêtés… Idem en Abkhazie et en Ossétie du Sud, soustraites à la Géorgie. Heidi Tagliavini, la représentante suisse de l’UE et de l’OCDE, n’y a vu que du feu. C’est Poutine lui-même qui s’est vanté ultérieurement d’avoir berné les occidentaux, en amenant la Géorgie là où il voulait qu’elle aille…

Rebelote en Crimée et au Donbass, grâce aux provocations menées par des agents russo-ukrainiens qui avaient déjà servis en Tchétchénie, comme Igor Strelkov ou « Satchko Bily » le co-fondateur de Pravy Sektor, réputé « mort en s’enfuyant » en mars 2014… Avec les mains menottées et deux traces de balles de face dans la poitrine...
On sait à qui ont profité les crimes de Maïdan et la fuite surprise en Russie de l’ex-Président Ianoukovich, alors qu’un accord de sortie de crise venait d’être signé sous l’égide de l'UE: Moscou s’est emparé de la Crimée et le Donbass en flammes plonge la tête de l’Ukraine  sous l’eau pour longtemps. En plein dans le mille, le but étant que la démocratisation/occidentalisation ne puisse en aucun cas faire envie aux populations russes. Le Tsar veut conserver son pouvoir et ses milliards, d'autant qu'il n'est pas censé avoir fait fortune, ce qui posera forcément problème, le jour où il abandonnera le pouvoir.

 

Problème, si les arguments du Kremlin sur l’Ukraine ont largement conquis l’opinion russe, les occidentaux n’ont pas mordu à l’hameçon et leurs sanctions font très mal à l’économie russe. Par ailleurs Moscou n'a pas encore achevé son réarmement. Les plans russes prédisent bien une guerre mondiale – possiblement nucléaire - pour le contrôle des ressources pétrolières, mais pas avant 2025 ou 2030, car pour l’instant, la Russie n’est pas prête. Et ce n'est pas la baisse du pétrole qui va payer la facture...
C’est alors qu’entre en scène l’Etat Islamique. En janvier 2014, peu après l’attentat de Charlie Hebdo et la grande manif qui a suivi, dont Moscou a été tenue à l'écart, Daesh explose au grand jour en entamant une campagne d’exécutions spectaculaires, qui fait soudain passer Al Qaïda pour des enfants de chœur. En Syrie déjà, peu après le déclenchement de la révolution, Bachar a libéré les islamistes qu’il détenait, pour discréditer le jasmin démocratique. C’est sur ce terreau  que d’anciens officiers des services secrets de Saddam Hussein ont prospéré et formé Daesh avec Bagdadi. Au printemps 2014, ils s’emparent de l’Irak sunnite, en multipliant les actes de cruauté à l’égard des chiites, des chrétiens, des kurdes et des yézidi.
S’ils voulaient attirer stupidement l’attention du monde entier, au lieu de prospérer tranquillement sur les territoires qu’ils viennent de récupérer et dont ils sont originaires, ils ne s’y prendraient pas autrement.
C’est là où l’intervention du Président Iranien à la Tribune de l’ONU est intéressante, lorsqu’il déplore les interventions des services secrets « de différents pays ». Pour le grand public, il vise les occidentaux, le Pakistan et les wahabites, que l’on sait avoir été derrière la création d’Al Qaïda, à l’époque pour lutter contre l’URSS en Afghanistan. Mais peut-être pas uniquement. Les chiites ont beaucoup souffert de l’hystérie de Daesh et les Iraniens, chiites, savent pertinemment qu’en 2003, un commando « ZAslon » du SVR, le renseignement extérieur russe a accompagné Evgeni Primalov à Bagdad, juste avant l’attaque US. Ils en sont repartis avec tous les fichiers personnels des officiers de renseignement de Saddam, formés en Russie, qui ont été mis à l’abri à Moscou. Or ce sont ces mêmes officiers qui assument la direction militaire de Daesh...

 

Aujourd’hui, Poutine a réussi son coup. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 90% des victimes civiles en Syrie sont imputables  aux bombardements répétés de Bachar sur son propre peuple et 10% seulement à Daesh. Les réfugiés fuient moins Daesh que la répression impitoyable et aveugle de l'armée syrienne officielle, qui s’abat sur villes et villages réfractaires au pouvoir de Bachar, à l’aide d’armes russes.
Sauf que pour l’opinion publique occidentale, Poutine est le héros qui va remettre de l’ordre dans un petchi qu’il a largement contribué à créer, en tout cas à amplifier.  Avec Daech, il fait d’une seule pierre une remarquable succession de ricochets :  

 

il a détourné le regard occidental et européen de l’Ukraine,

 

Un monstre est né que le monde entier veut combattre avec lui, comme les Alliés combattant Hitler avec Staline… prémices d’un Yalta bis russifiant de vastes et nouveaux territoires ;

 

7 à 8000 islamistes/indépendantistes russes caucasiens ont été attirés dans une nasse dont Moscou va pouvoir serrer les nœuds coulants, repoussant de plusieurs années la décolonisation du Caucase...

L'armée russe va combattre aux côtés des occidentaux ce qui va lui permettre d’acquérir de précieuses connaissances sur leurs procédures les plus secrètes – et réciproquement, ceci dit…

 

Poutine s’est forgé une image de sauveur du monde chrétien... Tout en inaugurant l’extension d’une magnifique mosquée à Moscou… Un double jeu mal perçu des Russes qui comprennent mal son discours d’islamophobe protecteur des « bons musulmans… ».

Mais pour l’instant en tout cas, l'Occident est proche du KO technique et c'est Vladimir qui gagne...

PS: Merci à mes fidèles lecteurs, qui ont rectifié mon lapsus calami et qui m'ont permis de le corriger.
Il s'agit bien de Heidi Tagliavini (et non de Nelly, prénom d'un personnage qui lui ressemble beaucoup, dans un roman à paraître prochainement) et plus important de l'Abkhazie, prise comme l'Ossétie du Sud à la Géorgie. Enfin, stricto sensu, déclaré indépendante, mais de fait tombée dans l'escarcelle russe et non reconnue internationalement. Tout comme le Haut Karabagh, donc, par Arménie interposée. Et puis aussi la Transnitrie, prise à la Moldavie...
Il est toujours amusant de rappeler, à ce sujet, que le premier "président" d'une des Républiques sécessionistes du Donbass était le fils du premier Vice-président de la République sécessionniste de Transnitrie. Tous deux de passeport russe, évidemment, tout comme le Colonel du FSB Igor Strelkov, premier chef militaire du Donbass sécessioniste et chef des Petits Hommes Verts ayant organisé le "scrutin" de Crimée, qui avait ses premières armes dans la sécurité de la sécession de Transnitrie. Bref une histoire de famille et de veux potes.    

14/09/2015

Donetsk Lataquieh, les itinéraires du Kremlin

Comme pas mal de gens, je m’interrogeais sur la soudaine accalmie survenue sur le front du Donbass. Certes, le parlement ukrainien avait accepté la fédéralisation demandée par Moscou, mais l’arrêt soudain des incessantes provocations des rebelles pro-russes était spectaculaire, même s’il s’expliquait par un sérieux remaniement à la tête des « républiques » de Donetsk et Lougansk, où les « négociateurs » ont remplacés les « militaires », apparemment sur ordre du Kremlin.

Cela prouve bien que la source du mal et des affrontements résidait à l’Est, et pas à Kiev, puisqu’il a suffi d’un souffle du Kremlin pour tout calmer. Mais pourquoi maintenant ? Parce que la Russie s’enfonce dans la crise ? Indirectement, oui. En fait, la Russie n’a pas (encore ?) les moyens militaires de mener deux campagnes en même temps. Or la présence de son armée était urgemment requise en Syrie. Espérons juste que les ukrainiens, de l’Est comme de l’Ouest, en profitent pour stabiliser suffisamment la situation pour écarter durablement le retour des horreurs de la guerre, quand la crise syrienne sera terminée.

Moscou s’y emploie, avec une solution qui pourrait être originale… Bachar est au plus mal, on le sait. Avec le concours de troupes d’élites iraniennes, plus d’un millier d’hommes des commandos marines des Pasdaran, les troufions de l’armée russe ont commencé à fortifier la côte, de Lataquieh à Tartous (où elle possède une base navale), jusqu’à la frontière du Liban. Un gros morceau de l’ancienne Phénicie, puis du Royaume Franc des croisés. Surnommée « la Côte d’Azur syrienne » du temps du mandat français, c’est le fief ancestral des alaouites. Là, Bachar pourra résister, si l’atmosphère devient trop irrespirable à Damas, ce qui semble devoir être bientôt le cas.

Un nouveau petit royaume, sous la protection des gens du coin, des voisins du Hezbollah libanais, des Pasdaran chiites et de l’armée rouge. Pardon, de l’armée russe. Et aussi de nombreux Missiles sol-air de dernière génération et de quelques Mig, pour parer à toute velléité occidentale de finir le travail. Cela pourrait être effectivement une solution. A la post-yougoslave : une mosaïque de petits états : alaouite, kurde, chrétien, yézidi, druze et bien sûr sunnite. Sans oublier Israël sur le flanc sud.

 

Une solution qui permettrait de ramener le calme et la paix dans la région, même si elle sonne désagréablement à nos oreilles cosmopolites et fières de l’être… Après tout, aujourd’hui l’ex-yougoslavie justement, semble revenir peu à peu à la normale et tôt ou tard, toutes ces populations seront rassemblées dans l’UE, avec chacune leur autonomie. C’est en tout cas une voie qui mérite d’être explorée.

Le seul bémol, c’est l’attitude de Moscou sur le long terme. On a compris que Poutine avait décidé que la Russie ne reculerait plus. Et même qu’elle avait recommencé à avancer. Pour reconquérir des territoires perdus en 1990... 
Lesquels et jusque où ? C’est toute la question. Parce que la plupart de ces territoires ont été conquis à l'époque de l'expansion coloniale ou à l'occasion de la seconde guerre mondiale et ne sont pas plus russes que l'Algérie est française...
Dans l'immédiat, tout ce qu'on sait, c'est qu'on a voté ce dimanche en Russie et que Pamas, le parti d'opposition rassemblant les partisans de Navalny et du défunt Nemtsov n'a tout simplement pas eu le droit de se présenter. Seuls deux de ses candidats dans une seule circonscription ont obtenu ce droit, contre des milliers de candidats présentés par Russie Unie (Poutine), Labloko (libéraux kremlin-compatibles) ou les communistes, dans les dizaines de circonscriptions de ces élections régionales.

 http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/13/la-...

07/09/2015

Région et sondage bidon

"Je MCG"... Tellement révélateur, le lapsus calami d'Eric Stauffer dans sa réponse au blog de JF-Mabut : "En conclusion sachez que je MCG est contre l'Europe de Bruxelles" . La gus se prend pour Louis XIV ou pour un Empereur Romain. Peut-être les deux à la fois et son parti, c'est lui. Betty Bossi doit se retourner dans sa tombe. De rire...
Quant à la Julie et ses sondages bidons, Jean-François Mabut devrait savoir que si un militant MCG retourne voter 230 fois avec la même adresse IP, c'est juste un crétin, ce qui n'est pas toujours un pléonasme. Parce que pour changer d'adresse IP, il suffit d'éteindre et de rallumer son routeur et qu'il existe même des logiciels qui brouillent vos traces. Pas mal de gens savent pratiquer ce genre de choses dans les rangs de l'extrême droite. J'aurais personnellement davantage confiance dans la volée de bois vert reçue par l'annonce de l'initiative idiote du Mouvement Contre Genève. 
De toute manière, là où le bât blesse, dans les sondages de la TDG, c'est moins que n'importe qui puisse voter autant de fois qu'il le désire, que la non-représentativité de l'échantillon. Les blogs et les commentaires de la Tribune électronique étant squattés à demeure par tout ce que la région peut compter de fachos aigris et de vieilles réacs désoeuvrées, il y a belle lurette que celle-ci n'est plus commentée que par une portion de la population qui n'est absolument pas représentative de l'ensemble des travailleurs votants de ce canton. On l'a vu à plusieurs reprises lors de votations ou d'élections. Et heureusement.
Reste que la votation sur les parkings a effectivement vu la victoire, courte mais réelle, des ennemis de la région et de la prospérité de Genève. Le danger est donc bien réel d'une victoire du Mouvement Contre Genève, qui mettrait cette fois l'économie de la ville et du canton à genoux, après avoir causé une crise diplomatique majeure. 
Exemple de l'absurdité de la démarche du MCG: le coût d'un élève au collège est d'environ 20 000 Francs par an, un peu moins à l'Ecole primaire, mais toujours bien au-dessus de ce que paie comme impôts annuels la grande majorité des gens. Soit dans les 200 000 Francs pour une scolarité, sans compter l'Uni. Un peu moins pour Eric Stauffer et ses sbires qui n'ont généralement pas suivi l'école très longtemps... Pour la société, c'est un investissement, car la plupart des collégiens, écoliers et apprentis vont ensuite travailler et contribuer à la prospérité collective.
Le travail n'est pas une récompense qu'on donne à quelqu'un, c'est de la richesse produite par le travailleur, qui profite au travailleur, bien sûr, mais aussi à son patron et à la collectivité par le biais de l'impôt direct et indirect.
Or pour près de 100 000 travailleurs résident en France qui contribuent à la richesse de Genève et y paient leurs impôts, c'est généralement la France qui a payé leurs scolarité. Un rapide calcul à la louche permet d'articuler un chiffre de 1'ordre de 15 milliards... L'équivalent de l'ensemble du déficit genevois. Et ce sans parler des routes, de la sécurité, de la santé, bref de tout ce qui incombe à l'Etat et aux collectivités locales. Par analogie, rappelons le cas des Internationaux, qui ne paient pas d'impôt à Genève (mais qui en paient, prélevé à la source par leur organisation, dans le pays qui les rétribue).  L'immense majorité d'entre eux place ses enfants dans des écoles et collèges privés (l'employeur payant les 3/4 des frais) , qui au lieu de coûter à l'Etat de Genève, lui rapporte...
On voit bien là qu'une suppression de la rétrocession serait parfaitement inéquitable et matériellement impraticable. Une bombe dans les relations régionales, que Stauffer, ce tartuffe égocentrique, prétend aimer et vouloir soutenir.
Quant à son argument sur les complications administratives françaises, il oublie juste deux choses, probablement volontairement:
1) les entreprises françaises les subissent au quotidien de la même manière, et sont bien obligées de faire avec, cela fait partie de l'ADN hexagonal, et c'est effectivement un problème majeur pour la France. Mais ce n'est en rien dirigé contre la Suisse.
2) les entreprises françaises, pour venir travailler en Suisse, sont confrontées à un problème tout aussi insurmontable, à savoir le montant des salaires suisses, qu'elles doivent respecter. Ce qui, compte tenu des charges sociales françaises, proportionnelles aux dits salaires, les font grimper à des hauteurs stratosphériques. Les entreprises suisses doivent aussi faire avec le coût de la main d'œuvre et ce n'est pas dirigé contre la France.
Tout cela fait partie des problèmes nés de la frontière, qu'il faut impérativement parvenir à régler peu à peu, par le dialogue et les aménagements. Mais certainement pas en jetant une bombe sous la table...

Dernière chose encore, Stauffer demande à ce que Genève reste leader de la région. Mais personne ne le conteste. Les élus français ne cessent de répéter que c'est à la Ville centre que revient le leadership. Sauf qu'être leader, ce n'est pas prendre les décisions tout seul et les imposer sans concertation. Sauf bien sûr dans un parti d'extrême droite où le Duce peut s'exprimer en disant "Je MCG"...   

04/09/2015

Un tissu d'âneries

 

Un tissu d'âneries. Comment qualifier autrement le denier communiqué du MCG ?
La plus spectaculaire, c’est sans doute que, selon le MCG, la France voisine n’a pas besoin de rétrocession fiscale pour payer ses routes, ses fonctionnaires et ses écoles, puisque les frontaliers y dépensent leurs revenus ! Selon ce principe, on peut donc supprimer les impôts un peu partout dans le monde, et à Genève en particulier. Les revenus des travailleurs dépensés dans l’économie genevoise devraient suffire à payer les salaires des flics et fonctionnaires du MCG par l’opération du Saint-Esprit. Précisons que dans bien des communes voisines, les frontaliers sont majoritaires et très souvent suisses...  

 

Mais au rayon des âneries, ça pousse fort derrière, pour une place sur le podium…
Ainsi, sous prétexte qu’un avocat conseil du MCG (Patrick Dimier si l’on en croit les déclarations du Président Golay lui-même) dit un truc, cela devrait être vrai ? Il n’arrive jamais aux avocats de se planter et de perdre un procès ? Aux conseils du MCG notamment ?

 

Se planter par exemple en prétendant que la Confédération n’est en rien concernée alors que c’est sa signature qui figure au pied du document et que c’est elle seule qui a compétence, par délégation de Genève depuis 1815, pour toutes les affaires internationales ? Sans compter que, comme nous le verrons, la Confédération risquerait d’y perdre directement plusieurs centaines de millions par an de rentrées fiscales en provenance de Genève, sans préjuger des retombées économiques et diplomatiques catastrophiques à prévoir…

 

Ou en prétendant qu’en dénonçant la convention de 1973, c’est la convention de 1966 qui s’applique automatiquement. Plutôt que celles de 1910, de 1935 ou de 1983 ??? Alors même que la convention de 1966 ne figure même pas dans la liste officielle des traités internationaux et accords transfrontaliers du Canton de Genève ?

 

Ou en supposant que si la Suisse dénonçait la convention en vigueur, la France ne serait pas en mesure de faire de même en dénonçant les conventions antérieures ou postérieures ?

 

Si d’aventure Genève dénonçait la convention de 1973, elle devrait évidemment tenir compte des conventions internationales qui reconnaissent qu’un travailleur coûte sur son lieu de travail comme sur son lieu de résidence. Conventions qui prônent le partage des coûts, en conseillant aux Etats de s’arranger entre eux. Le Luxembourg, cité en exemple par le MCG est avec Genève l’exception qui confirme la règle appliquée habituellement par la France, à savoir l’imposition au lieu de domicile. La prospérité de Genève comme du Luxembourg n’étant pas faite pour convaincre Paris de changer d’avis, car alors, ce serait tout son système de prélèvements sociaux qui serait à revoir. 

 

Qu’on le veuille ou non, c’est une partie à trois et même à quatre,  entre Genève, Paris, Berne et les départements et communes voisines. L’étude récemment rendue par Xavier Auberson et l’Uni de Genève aux cantons de Neuchâtel et du Jura recommande d’ailleurs aux-dits cantons de ne pas chercher à changer leur système actuel, car ils y perdraient, tandis que la Confédération serait gagnante. Pour autant que la France accepte d’en discuter, ce qui est loin d’être évident… En effet, dans le système en vigueur pour les cantons de VD, JU et NE, c’est la France qui encaisse, administre et reverse 4,5 % de la masse salariale aux cantons et communes concernées, sans passer par Berne, qui ne touche rien. Tandis que si les Cantons prélevaient, sur le mode Genevois, ça coûterait en frais administratifs et il faudrait rétrocéder à Berne. Dans le cas de Genève, c’est ainsi bien plus de 100 millions par année d’impôt « frontalier » qui partent à Berne au titre de l’IFD, en plus du surcoût induit sur la péréquation intercantonale par la présence des frontaliers, bien plus de 100 millions là-encore.

 

Genève actuellement encaisse environ 800 millions d’impôts frontaliers et en reverse en gros un quart à Berne (IFD + surcoût de péréquation intercantonale) et un quart aux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, ce dernier quart représentant 3,5% de la masse salariale frontalière. Le canton en garde en gros la moitié, soit environ 7% de la masse salariale brute. Si le canton adoptait le système des autres cantons romands, il n’en percevrait plus que 4,5%. Même sans avoir à gérer les coûts administratifs de la perception et du contrôle, ce serait une perte sèche.  Pire encore pour Berne... Et pour les communes frontalières, car Paris n’augmenterait pas leurs dotations et verserait la mane dans son budget global.
Il n’est pas dans l’intérêt de Genève d’avoir des communes pauvres à ses portes, ni d’y voir s’y développer un sentiment anti-suisse, qui pousseraient les Suisses à rentrer – y perdant bonne part de leurs investissements immobiliers au passage – et augmentant considérablement la pression sur les loyers genevois. A long terme, c’est un magnifique autogoal pour tout le monde, sauf pour Paris. De vrais champions du monde au MCG !

 

 A noter que les fonctionnaires suisses de nationalité suisse, mais résidents en France, un flic genevois membre du MCG et résidant à Saint-Julien par exemple, resteraient imposés en Suisse, en vertu d’accords internationaux, même si les employés du privé passaient eux sous le régime français… Ainsi donc, ils seraient à l’abri de tout changement. Une inégalité de traitement que s’est bien gardé de mettre en exergue le MCG…

02/09/2015

Impôt frontalier: il y en a qui osent tout, c'est à ça qu'on les reconnait...

Supprimer la rétrocession fiscale à la France, voilà la dernière lubie d'un MCG en perte de vitesse, qui du coup explose toutes les limites du grotesque ! Robert Ducret, au secours ! L'accord conclu avec vos homologues français est depuis bientôt 40 ans l'une des clefs de la prospérité genevoise ! Le remettre en cause serait le plus mauvais tour qu'on pourrait jouer à Genève et aux Genevois !
Les ténors du MCG et leurs piteux avocats n'ont pas compris que la convention qu'ils se proposent de dénoncer est un accord entre deux Etats. Que le cas Genevois y fait figure d'exception, au net profit de Genève et que Paris adorerait remanier le tout !
Cela entrainerait des complications et des surcoûts pour les 200 000 Suisse résidents officiellement en France (sans parler des 30 000 qui n'y sont officiellement qu'en résidence secondaire). Ce serait aussi la chasse ouverte aux riches Français en Suisse, dont la présence fait plutôt du bien à notre économie. Mais pour les frontaliers, comme pour Genève, ce serait une catastrophe absolue.
Si Berne acceptait de dénoncer les conventions fiscales qui nous lient à Paris, Paris sauterait sur l'occasion et
imposerait les frontaliers plein pot sur son sol, comme elle en aurait dès lors le droit. Parce qu'en l'absence de "convention de non double imposition", chacun fait ce qu'il lui plait, ce qui amène précisément à la double imposition: vous payez l'impôt complet des deux côtés.
Il n'existe absolument aucune règle internationale contraignante en la matière, mais seulement des recommandations de l'OCDE qui n'ont aucune valeur légale, contrairement à ce que prétend le fan N°1 de Betty Bossy... De plus, en Suisse et à Genève en particulier, l'habitus est plutôt d'imposer au lieu de domicile, comme le veut la tradition dans la majeure partie du monde...
Dès lors, soit : 
Cas N°1) Genève maintient son imposition unilatérale et la France fait de même... On peut alors s'attendre à ce que des dizaines de milliers d'emplois se retrouvent vacants dans le Canton (pendant que la demande en logement exploserait tous les records) et ce sont évidemment les plus mobiles, les plus demandés qui partiraient les premiers, entraînant à tout coup la délocalisation d'entreprises nombreuses qui sont ici parce que les conditions cadres sont attrayantes. Si elles deviennent exécrables, les entrepreneurs s'en iront et les emplois avec. Il ne restera aux fans de Betty Bossy que leurs yeux pour pleurer, eux qui prétendent oeuvrer pour lutter contre le Franc fort ! En écrasant la mouche avec deux tonnes de granit...
Cas N°2) Pour ne pas empirer les choses (et les relations avec nos voisins), Genève renonce à imposer de son côté et se contente d'une rétrocession, comme c'est le cas des autres cantons employant des frontaliers, comme Vaud et le Tessin. On aura perdu au bas mot 500 millions par an...

Sans oublier que le but d'un système démocratique est d'abord d'assurer la stabilité. Là le MCG s'amuse à créer de l'instabilité. Rappelons que sur les 200 000 suisses dûment enregistrés en France, plus de 80 000 résident tout à fait officiellement dans l'Ain et la Haute-Savoie. La plupart propriétaires de leur logement, dont la valeur pourrait être divisée par 2 ou 3 si le MCG réussissait son coup. Envisager de ruiner quelques dizaines de milliers de Suisse et toute l'économie du canton pour faire un coup politique il fallait oser ! Le MCG l'a fait !!!
J'ai peine à croire qu'il puisse exister des dirigeants politiques aussi crétins. Je crois qu'en réalité, ils prient tous les matins pour que leur initiative n'aboutisse pas, ou mieux soit refusée par Berne, ce qui leur permettrait de crier au déni de démocratie. Ces gens sont des dangers publics.
En fait, pour que la démocratie fonctionne réellement, on devrait pouvoir faire un procès à la bêtise humaine...