22/10/2015

Grâce à Poutine, dans un an, un vrai Etat islamique en paix avec ses voisins chiites syriens et irakiens ?

Une fois n'est pas coutume, je laisse la place à un confrère, présent sur place en Syrie, qui décrit mieux que je ne pourrais le faire la situation. A savoir que Poutine et Daech semblent en accord parfait pour se débarrasser de l'opposition démocratique pro-occidentale (nos alliés naturels) et des islamistes modérés (soutenus par les pays du Golfe et la Turquie), qu'ils ont pris en tenaille. Ils ont commencé à serrer et sauf soutien armé occidental consistant peu probable, les rebelles  seront passés par pertes et profits dans les semaines qui viennent. 

Par bien des côtés, néo-stalinisme inclus, cela ressemble à la manière dont les démocraties occidentales ont laissé mourir la République Espagnole... Avant de devoir se coltiner le nazisme peu après...

http://www.liberation.fr/planete/2015/10/21/l-armee-syrienne-libre-prise-en-tenaille-entre-poutine-et-l-etat-islamique_1407916

Au delà du fait que Daech est dirigé militairement par d'anciens officiers de renseignements de Saddam Hussein  formés par le KGB - et dont le SVR russe détient les fiches personnelles depuis 2003 - et que Daech apparait depuis le début comme l'agent provocateur au service de Moscou, quelles conclusions en tirer ?

Après l'écrasement des rebelles, soit Poutine décide de continuer et de se heurter à Daech, soit il s'arrête là. 

Les deux options présentent des intérêts.
Dans le premier cas, il renforce son image d'anti-terroriste et peut espérer massacrer au passage les 3000 extrémistes sunnites russes enrôlés dans Daech. Mais le problème de la cohabitation sunnite chiite dans la région reste entier, à moins d'éradiquer ou à peu près la présence sunnite sous un tapis de bombes, qui seraient  justifiées par la guerre à Daech. Une Tchétchénie bis. Staline a fait pire, mais ça représente quand même 2 ou 3 millions de morts et ça reste lourd à porter et à justifier. Même pour Poutine. Surtout vis à vis de ses 15% de population sunnite en Russie et des monarchies sunnites du Golfe, qui vont l'avoir plus que mauvaise...

Dans le deuxième cas, il conclut une paix honorable, ce qui plait toujours, après avoir éradiqué le principal ennemi du régime et potentiellement de la présence russe en Syrie et au Moyen orient, à savoir les Rebelles.  Si l'on admet que les sunnites ne vont pas disparaître du paysage, ni en Syrie, ni en Irak, la perspective d'un Etat islamique sunnite à cheval sur les frontières et encadrés par deux entités chiites solides, la syrie alaouite d'une part, l'Irak chiite pro-iranien de l'autre, c'est jouable. Le fait que les dirigeants de Daesh soient d'ancien copains des services secrets et qu'ils détestent Washington ne peut qu'aider. Accessoirement, depuis Saddam, ils ont toujours été les ennemis des monarchies du Golfe. Donc l'établissement d'un Etat islamique aux dimensions raisonnables, pro-russe dans les faits, serait une excellente chose.

Un peu dur à faire passer dans l'opinion publique, mais rien d'insurmontable, au prix d'un changement de têtes à la direction officielle de Daesh, le cas échéant. Un accord de paix fait tellement plaisir à tout le monde...

On en reparle dans un an ou deux. Quand aux identitaires européens qui voient en leur idole le sauveur du monde chrétien, ils seront les dindons de la farce. Mais Poutine trouvera bien une façon de leur présenter le suppositoire.

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