15/11/2015

Hey, toi, le nationaliste : c’est la France qu’on assassine !

Je n’accuse pas. Ce serait si monstrueux que je n’ose y croire et puis il n'y pas de preuve. Sans doute n’en aura-t-on jamais, même si mon hypothèse est la bonne. Il faudra vivre avec le soupçon, comme on vit en sachant que la CIA a financé l’essor d’Al Qaïda, sans se rendre compte de ce qu’elle faisait. Il en va ainsi de la raison d’Etat qui plane à mille lieues de nos considérations éthiques et de nos principes humanistes. Par contre, il faut y réfléchir, parce qu’il existe un lourd faisceau de présomptions suggérant un lien entre les services secrets russes et le brusque essor de Daesh. Suffisamment consistant pour ne pas se précipiter sans réfléchir dans les bras de Moscou. Ce serait une trahison. Mauvais karma, quand on se dit nationaliste…

Il est évident que les pétro-monarchies, l’ISIS pakistanais et les services occidentaux ont soutenu et armé Al Qaïda puis Al Nosra & Co. Mais Daesh est une toute autre affaire. Il y a divergence de personnes, d’idéologie et d’Histoire. C’est une véritable guerre que se livrent ces organisations et à travers elle leurs parrains. Les dirigeants militaires de Daesh, anciens baasistes, officiers des renseignements de Saddam, sont liés historiquement aux Russes. Ils détestent et ont toujours détesté les Américains et les pétromonarchies, à qui ils font la guerre. Ils la font même à la Turquie, y faisant régulièrement exploser des bombes.

A l’inverse, Daesh n’a rien fait qui nuise aux intérêts russes, jusqu'à l'explosion de l'avion, revendiquée par leur filiale du Sinaï, pas forcément bien contrôlée. C’est le danger pour un parrain de l’ombre si étranger aux motivations de la base. Sans compter qu’on ne peut exclure l’hypothèse d’une provocation sanglante, une « maskirovska », susceptible d’écarter les suspicions de plus en plus ouvertes tout en justifiant l’écrasement des « terroristes ». C'est à dire, taper encore plus fort sur Al Nosra et les démocrates… Qui condamnent expressément l’attentat !

Cherche à qui le crime profite ? C’est le seul adage qui vaille en géopolitique, pour les actions de l’ombre des services secrets.
Il se trouve qu'après ces explosions, Poutine doit voir sa position singulièrement renforcée. Pile poil à la veille de l’ouverture du sommet du G20 contre le terrorisme à Antalya. D’un côté, il peut plus que jamais rêver d’une union sacrée contre le terrorisme, ce qui lui permettrait de rentrer dans le concert des nations en faisant oublier la Crimée… De l’autre, le Front National qu’il finance (comme toute l’extrême-droite européenne) devrait se rapprocher du pouvoir. Un précieux renversement d’alliance offert sur un plateau d’argent. Un vrai paquet cadeau... Sauf si les Français, malins, refusent l’amalgame et l’islamophobie qu’attisent la plupart des amis de Moscou.

Après avoir écrasé les forces sunnites qui lui sont hostiles dans la région, principalement Al Nosra et les nébuleuses démocratiques de l’ALS, Poutine peut même rêver d’y maintenir la mainmise de ses alliés bassistes en tant qu’entité sunnite, au gré d’une paix mettant fin au terrorisme… Entourée des Chiites en Irak, des Kurdes au nord et des Alaouites convertis en masse au chiisme à l’Ouest, une telle entité ferait tampon, face aux wahabites des pétromonarchies et aux pro-occidentaux de Jordanie ou du Liban au lieu d’être inféodée à ces ennemis séculaires. C’est la volonté affichée de l’impérialisme russe, l’idée de la « 3ème Rome »: être reconnu en tant que gendarme de la région. Comme la Chine le fut pour l’Asie du Sud-Est, ce qui permit de mettre fin à la Guerre du Vietnam.

Résumons les indices d’un lien entre la tête pensante de Daesh et le SVR :

Autour du « khalife » Bagdhadi, Daesh est dirigé par d'anciens officiers des services secrets de Saddam. Des baasistes laïcs formés par le KGB à l'époque de la très prestigieuse école des langues orientales, dirigée par Evgeni Primakov. Parfait arabophone, il a dirigé la thèse de Mahmoud Abbas, avant de prendre la tête du SVR (le successeur du KGB extérieur) puis de devenir le 1er ministre d'Eltsine, nommant Poutine à la tête du FSB (le successeur du KGB intérieur). Puis en 2003, le voilà à Bagdad, dont il repart avec l’organigramme du mukhabarat, les dossiers sensibles (= ceux mouillant la Russie) et les fiches personnelles des-dits officiers, une semaine avant l'attaque américaine.

Organisation souterraine, recrutant partiellement chez Al Qaida, et s’implantant discrètement mais en profondeur dans les zones sunnites d’Irak et de Syrie, Daesh sort brutalement de terre au printemps 2014. Au moment opportun pour ramener l'attention de l'OTAN sur l'Irak, dont Obama se croyait sorti, alors qu’on se demandait s'il fallait intervenir en Ukraine. Ou pas. L'ouverture brutale d'un nouveau front en Syrie et en Irak induisait évidemment la réponse: Non ! Impossible pour l’OTAN de détourner le regard d’une entrée en scène tellement spectaculaire, à base d’esclavage, de crucifixion et de têtes coupées ! Les victimes étant les minorités religieuses, dont les chrétiens (laissés en paix par les factions démocrates syriennes), l’occident devait se manifester. Quitte à ce que l’extrême-droite attise les braises, y compris le responsable des oeuvres d’orient de l’Eglise catholique, qui se trouve être le frère de Bruno Gollnish, tête de file de la tendance dure du FN.

C'est une tradition des polices secrètes russes, depuis l’Okhrana des tsars, de perpétrer ou laisser perpétrer des attentats meurtriers contre son propre camp. Ce qui justifie ensuite les répressions les plus aveugles. En Russie on appelle ça maskirovska, ou mascarade. En Tchétchénie, elles ont permis 200 000 morts sur 1 million d'habitants, pour mater ce qui n’était au départ qu’une volonté indépendantiste d’un ancien héros de l’armée de l’air soviétique, bien moins islamiste que ne l'est Khadyrov aujourd'hui. Deux officiers du SVR, alors dirigé par Poutine, ont été inculpés dans des attentats qui avaient été attribués aux Tchétchènes… Depuis, l'assassinat de Nemtsov a été officiellement imputé à des officiers de la police tchétchène, soi-disant choqués par le soutien de Nemtsov aux blasphèmes anti-musulmans de Charlie Hebdo... Comme c'est pratique.
Rebelote en Syrie où dès 2011, face aux manifestations démocratiques, Bachar a sorti de ses prisons tous les islamistes, comme l’idéologue Abou Moussad Al Souri. Ancien étudiant en France, il est le théoricien du djihad terroriste 3.0 dont on a vu les effets à Paris. Al Souri avait été livré à Bachar par les Américains, qui le tenaient de l'ISIS pakistanais. L'idée, en libérant les fous de dieu, c'était de pouvoir ensuite accuser la révolution, purement laïque au départ, d'être devenue islamiste. 

Enfin, au rayon de l’anecdote, la drogue de Daesh, le captagon fut d'abord produite en Allemagne de l'Est et en Bulgarie. Elle était utilisée de façon notoire par le KGB jusqu’en 1990. Puis la Libye de Kadhafi était devenue le principal lieu de production. Tout le monde sait bien sûr que la CIA et le Mossad y avaient leur labos...

Bref, j'aimerais me tromper. Mais clairement, depuis quelques années, la Russie montre qu'elle tient à revenir sur le devant de la scène et l'action des services secrets en fait indéniablement partie. Or si les révélations ne cessent de se succéder sur ce que manigance la CIA et la NSA, on n'entend jamais rien sur les services russes. Alors qu'un ancien du KGB, qui fut ambassadeur au Maghreb, m'assure qu'ils ont forcément des hommes dans tous les réseaux islamistes. Pour se tenir au courant et/ou pour effectuer des opérations de manipulation...

Les commentaires sont fermés.