20/12/2015

Manifs et déprédations: à qui profite le crime ? A personne de sensé...

Il se dit beaucoup de bêtises sur les évènements de cette nuit. Une rapide enquête journalistique permettrait pourtant de remettre les faits et les idées à leurs places.
La Manif a été organisée par l’ultra-gauche révolutionnaire. Le site « Renversé.ch » s’en est fait l’écho, appelant à y participer (repris d’ailleurs par le député PS Roger Deneys) avant de publier ensuite un compte-rendu, qui loin de dénoncer les déprédations de la nuit, en fait l’apologie. Au contraire de Deneys bien sûr, qui visiblement, ne savait pas où il mettait le poing en relayant l’appel…
Entre les lignes et même écrit noir sur blanc, « Renversé.ch » appelle à la révolution et compte y parvenir par les moyens les plus radicaux, concluant son article ainsi : « Cette crise de la représentation politique symbolisée entre autre par la manifestation du 19 décembre est un phénomène nouveau dans nos contrées, la question est maintenant de savoir comment porter la contradiction à un point qualitativement plus élevé dans les mouvements à venir. »
Pour être clair, certains accusant l’extrême-droite, Renversé.ch semble assez clairement ancré à l’extrême-gauche. Utilisant ouvertement des clés cryptées du "darknet" pour communiquer, le site soutenant aussi bien les luttes des Kurdes, que des Queers ou même des libérateurs d’animaux… Et tout aussi clairement, certains acteurs culturels ont apparemment participé, si l’on en croit les photos d’interventions artistiques au coeur du défilé.
A gauche, certains accusent "la droite" voire implicitement les autorités d'avoir laissé faire, voire d'avoir organisé, pour trouver prétexte à la répression. On lit des choses, sous la plume d'élus d'extrême-gauche comme "cherche à qui le crime profite"... Alors justement, parlons-en: à qui ?
Les autorités n'ont absolument aucun intérêt à envenimer la situation. Il n'entre pas dans les plans du PLR ou du PDC de préparer la répression sauvage de quelques dizaines d'agitateurs culturels subventionnés du Canton… Réduire les subventions en période de crise ne serait certes pas pour déplaire, mais les jeter tous en prison ou leur intenter procès ne mènerait à rien en plus de coûter très cher… D’autant qu'ils sont généralement insolvables. Sur le fond, le centre et la droite républicaine ne sont pas les ennemis de la culture, même alternative. L'intérêt du Conseil d'Etat, dans une situation sociale tendue, c'est plutôt de calmer le jeu. Ce que confirme sa décision de mercredi dernier, qui retoquait le vote du Conseil Municipal bloquant les subventions de l'Usine.
Qu'en revanche, des excités aient souhaité en découdre, c’est manifeste. Ces dernières semaines on a pu lire des appels à prendre les armes… Pour défendre l'hypermarché cantonal de la bière et du rock alternatif cela pourrait sembler grotesque, vu d’ailleurs que de Plainpalais. Toujours est-il que l'accord qui se dessinait repoussait leurs fantasmes de Grand Soir...
On peut de même s’inquiéter de la présence dans son magasin d'un élu généralement vindicatif… C'était au mieux une idiotie: même quand on a pris la mauvaise habitude de faire justice soi-même, on ne cherche pas à s'opposer seul à plusieurs dizaines de personnes en colère. Même accompagné de trois policiers, qui eurent heureusement le bon réflexe de quitter les lieux avant que cela ne dégénère vraiment. Intervenir seul au Bataclan pour sauver des vies c’est une chose, se mettre en danger – et du coup mettre en danger autrui - pour sauver une vitrine, c’est crétin. On tend à condamner à raison les gens qui mettent en danger la vie des sauveteurs en s’exposant inutilement en haute montagne, on est là exactement dans le même cas de figure.
De même, la police n’est intervenue que très tard en fonction de règles d’intervention privilégiant la sécurité des personnes quitte à laisser se commettre des déprédations, non sans accumuler des renseignements visant à pouvoir ensuite identifier les casseurs et les traduire en justice. On peut décider que ces règles d’intervention sont obsolètes et qu’il convient d’en changer. C’est une décision politique, qui doit être débattue démocratiquement, mais il serait injuste d’en accuser ce Conseil d’Etat, ces règles étant celles qui prévalent depuis de nombreuses années en Suisse et à Genève. C’est particulièrement injuste d’entendre ces critiques venant de la gauche ou de l’extrême-gauche, pour appuyer les accusations de manif manipulée, car ces règles datent à Genève d’un conseiller d’Etat socialiste, notamment après qu’un manifestant ait été blessé au visage par un tir de paint-ball. Elles sont un élément de la démocratie, qui ont permis d’éviter qu’il y ait des morts ou des blessés tant dans les rangs de la police que des manifestants.
Plaie d'argent est certes désagréable, et les responsables doivent en être sévèrement puni, mais elle n'est pas mortelle, encore moins quand elle est assurée... En revanche, la République n’a nul besoin de blessés. Il est urgent que les personnes responsables des deux côtés se mettent autour d'une table pour entamer un dialogue apaisé. Personne n n'a intérêt au clash et au divorce, sauf les extrémistes qui rêvent d'alternances peu démocratiques, d'un côté ou de l'autre.

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