12/01/2016

Oui à la Traversée. Pour le péage, on verra plus tard, à condition qu'il soit très modique.

Passé inaperçu à sa sortie il y a deux mois, un rapport d’experts fait couler beaucoup d’encre depuis le dernier week end. Mêlant avis de droit et business plan, ce rapport envisage la faisabilité juridique et économique d’un partenariat public privé pour le financement de la traversée du lac.
En clair, il répond à quelques questions de fonds : un péage pourrait-il faciliter la mise en place de la traversée et si oui, à quel prix, sur quelle durée et dans quelles perspectives de rentabilité pour les investisseurs privés et de coût pour les collectivités publiques. Un article d’un journaliste de la Tribune a mis le feu aux poudres. Il a en effet isolé et monté en épingle l’une des conclusions du rapport. Soit le constat qu’un péage réduirait l’impact bénéfique de la traversée, en dissuadant certains usagers de l’utiliser et du même coup la rentabilité de l’affaire pour les investisseurs, sauf si un péage urbain était également mis en place. Ce qui repousserait vers la traversée les transits automobiles par les ponts de la ville.
Chacun connait la propension des Genevois à refuser tout ce qui pourrait leur coûter et dit comme ça, l’article est un véritable scud décoché sur le projet de traversée, à quelques mois de la votation. On aurait aimé que l’article rappelle qu’un tel péage urbain était aujourd’hui réclamé par les verts et par le MCG (qui veut évidemment mettre les postes de péage aux frontières) et que l’Etat y songe, traversée ou pas. Alors que du coup, dans l’esprit des gens, le péage sera lié à la traversée, ce qui n’est pas le cas.
Ceci étant, comme l'évoque l'auteur de l’article, le rapport dresse une analogie avec une étude d’impact zuricoise selon laquelle la non-construction de la traversée coûterait des milliards à l’économie genevoise rien qu’en temps perdu dans les embouteillages et en effet dissuasif sur l’implantation des entreprises – ou incitatif sur leur départ. Ce sans même tenir compte des énormes quantités de pollution rejetées inutilement dans les bouchons, au cœur de la cité et sur les quais, qui devraient être un joyau commun.
En introduction, l'étude parle de « dizaines de milliards », ce qui est vague. Mais si l’on part sur l’idée que cela pourrait être 3 dizaines (ce qui reste un brin de fourchette bas), on arrive à un milliard par an. Soit, les coûts de construction étant estimés entre 2,5 et 4 milliards, un ouvrage qui nous fait faire du bénéfice, parce que l’économie genevoise, quelque part, c’est nous tous, en 3 ou 4 ans déjà… Plus loin l'étude réduit son estimation des bénéfices à une dizaine de milliards sur 50 ans, ce qui reste considérable.

Dès lors la question du péage paraît mal posée. Si le privé intervient dans le financement, c’est pour gagner de l’argent. Il peut le faire de deux manières :

  1. en assumant une part de risque, à travers un péage qui devra avoir une rentabilité relativement rapide, ce qui augmente son coût (le rapport propose 8 Francs !), mais du même coup réduit sa clientèle (oui, c’est un cercle vicieux) et surtout, en réduisant la clientèle, réduit l’impact positif de la Traversée en renvoyant des véhicules vers les ponts de la ville. Ce qui n’est pas du tout le but, ni l’intérêt de l’économie genevoise.
  2. en prêtant à long terme à l’Etat et en se contentant d’un intérêt, sans prise de risque. Ce qui laisse l’Etat libre d’établir un péage à très bas prix, donc sans effet pénalisant, ou pas de péage du tout, considérant qu’il suffit de puiser dans les rentrées fiscales en cours ou, pourquoi pas, prévoyant une taxe spéciale sur les entreprises ou sur les automobiles ou les deux.

Il parait clair que la formule 2 serait hautement préférable, car elle permet d’envisager le projet qui sera vraiment le meilleur pour les Genevois et pour Genève, son agglomération et son économie, plutôt que celui qui sera le plus rentable financièrement, ce qui n’est pas forcément la même chose.

Ce qui est sûr, c’est que la votation de juin ne sera pas un choix pour ou contre un péage, mais pour ou contre une traversée. Qui pourrait éventuellement être financée par un péage. Ou pas. Ce choix-là sera fait ultérieurement, notamment après l’étude des financements attendus de Berne et de l’Union Européenne, puisqu’il s’agit d’un projet qui de fait est transfrontalier et que l’UE dispose des fonds importants pour ce genre de projets, l’autoroute passant par Genève faisant par ailleurs partie d’un réseau européen.

Pour ma part, j’accepterai un péage modique qui ne serait pas dissuasif, avec une formule qui ne devrait en tout cas pas dépasser 50 francs par mois pour les pendulaires. Mais rien de plus coûteux. L’autorité publique doit aussi être en mesure d’imposer sa loi et donc l’intérêt supérieur des Genevois à d’éventuels partenaires privés.

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