08/02/2016

Combien de gens savent exactement ce qu'ils votent et pourquoi ?

Dans quinze jours, on vote. Enfin, nous avons tous déjà reçu nos bulletins. Et ça fait peur. Parce qu’on va décider de choses graves. Qui pourraient mettre à mal encore davantage l’économie suisse et rejeter le pays au ban des nations européennes.
Pourtant, la seule chose qui semble préoccuper les gens, c’est de savoir si l’on va pouvoir transformer le vieux musée et sa cour intérieure. On n’entend parler que de ça, les gens ne se déchirent que sur ce sujet-là, qui oppose une moitié de la droite à l’autre moitié de la droite et une moitié de la gauche à l’autre moitié de la gauche…  En plus il n’y a que la ville qui vote, ce qui parait curieux puisque le projet concerne toute l’agglomération. Sauf que c’est la ville qui paie la moitié de la facture, l’autre moitié provenant de fonds privés. Qui, à voire le binz déclenché, ne sont pas près de revenir payer pour un projet d’intérêt public genevois, qu’il soit culturel ou autre. 
C'est une fois de plus l'immobilisme et le conservatisme le plus tatasse qui risquent d'emporter le morceau. Nul doute que s'il avait fallu voter, Genève n'aurait jamais eu de fortifications, de cathédrale, de boulevards fazystes, de Pont du Mt-Blanc et j'en passe...

On peut comprendre le désintérêt populaire pour les votations, quand on voit le libellé et les explications des autres sujets. Le truc sur les loyers par exemple. Un ami banquier au cœur sensible, diplômé de sciences po, me disait hier avoir voté non, parce qu’il trouvait qu’augmenter le loyer des pauvres gens de l’équivalent de 1% de leur revenu, c’était quand même vachement violent… Comme ça m’étonnait, nous avons vérifié. En fait c’est une augmentation de 1% de ce qu’il payait auparavant. Soit, 3, 4 u 5 fois moins. Mais c’est libellé de telle façon que ça prête à confusion. La preuve, un universitaire financier s’est fait avoir. Alors je n’ose penser aux 95% de la population qui n’ont pas ses compétences…

L’histoire de la caserne vaut son pesant de grenades. On demande aux gens s’ils sont d’accord de payer pour la construction d’une nouvelle caserne. Vu l’utilité discutable de l’armée depuis 70 ans  (cela pourrait changer assez rapidement, ceci dit) bien des gens seront tentés de répondre non. Alors qu’en fait il s’agit de déménager la caserne pour pouvoir loger près de 5000 personnes à la place, dont de nombreux étudiants… Bien sûr, si on lits la brochure, on le comprend, mais combien lisent les brochures ? Les initiants savaient très bien ce qu’ils faisaient en rédigeant leur intitulé. De même, en 2015, sur un autre sujet, un jeune qui venait de passer sa matu avait compris l’inverse de ce qu’il fallait comprendre. Et donc a voté contrairement à ses convictions. Quand il l’a compris, il avait le sentiment de s’être fait avoir et voulait renoncer désormais à voter. Là, encore quid de ceux qui n’ont même pas la compréhension habituelle de textes pas si simples…

On atteint le summum quand ce sont les initiants qui rendent un travail bâclé, comme c’est le cas de l’initiative de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers. Elle systématise les peines automatiques, sans examen des conditions spécifiques du délit ou crime, ce qui est contraire au droit international et aux jurisprudences européennes. Même de son propre point de vue, elle est très mal foutue, puisqu’elle oblige au renvoi d’une sexagénaire rentière qui ferait des ménages au noir un jour par semaine, mais ne prévoit rien pour un terroriste arrêté alors qu’il préparait un attentat. Elle contraint au renvoi d’un jeune né ici pour un premier larcin un soir de beuverie (son copain suisse s’en tirant avec une simple amende), mais ne prévoit rien pour un incendiaire qui met la vie des gens en danger. Bref c’est un brûlot politique, destiné à faire mousser l’UDC et saliver l’extrême-droite, mais en aucun cas une loi pensée et conçue pour être efficace, juste et performante, comme l’est celle sortie des travaux du parlement.   
 

La démocratie directe est un outil fantastique, mais parfois j’ai l’impression qu’à force d’en abuser, les factions populistes des deux extrêmes de l’échiquier politique lui font courir de gros risques.

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