26/03/2016

La République et la Charia

Un prédicateur islamiste, du genre piétiste, fait le buzz sur Internet avec une vidéo dans laquelle il rappelle que les sociétés dans lesquelles nous vivons dispensent passablement de bienfaits, y compris le droit de prier dans des lieux de culte appropriés, et qu’il n’est pas juste de n’en retenir que les côtés imparfaits. Que le recours à la violence est donc une abomination diabolique. D’ailleurs, comme il le fait très justement remarquer, à quoi aboutissent les illuminés qui partent construire un monde meilleur en Syrie ou en Libye ? A faire fuir les habitants légitimes de ces pays qui n’ont plus qu’un désir, venir dans les pays d’Europe profiter des bienfaits que nos civilisations procurent.

Jusque là, il a tout juste. Sauf que le gars prêche aussi par ailleurs que la musique est l’œuvre de Shaïtan (le nom arabe de Satan) et que si des femmes non voilées se font violer, c’est un peu de leur faute, puisqu’elles n’étaient pas voilées… Un vrai islamiste donc, qui attribue les bienfaits de nos sociétés (européennes ou maghrébines) à l’œuvre d’Allah. Pour lui, c’est à dieu que nous devons ce qui existe dans nos sociétés et il faut lui rendre grâce. C’est là que le bât blesse et le fait qu’il ne différencie pas les sociétés maghrébines, quel que soit leur régime politique, de nos sociétés européennes est tout à fait significatif.

Pour lui, dieu est à l’origine de toutes choses et donc l’homme ou la femme doivent se soumettre à sa gloire, accepter leur condition et suivre à la lettre les préceptes de la religion dans sa vie quotidienne, pour espérer mieux. Ici bas ou plus probablement après la mort, au paradis, puisque nous serions ici dans un monde d’épreuve. C’est l’opium du peuple dénoncé par Marx dans sa plus parfaite acceptation, qui fait le bonheur des dirigeants politiques, quels qu’ils soient. En bref, ne vous occupez pas de politique, la solution est au paradis.

Ce n’est qu’une des visions de l’islam rigoriste, car on trouve aussi son exact contraire, professé par les fans de l’Etat Islamique (ou des Frères Musulmans, ou des mollahs iraniens) : la démocratie est l’œuvre de Shaïtan, comme toute forme de gouvernement qui n’obéirait pas en tous points à la loi de dieu (la charia) qui seule doit déterminer les actes des dirigeants. Le peuple doit alors se révolter contre les dirigeants qui ne respectent pas la charia.

Le GROS problème, c’est que bienfaits ou mauvais faits, les éléments qui déterminent notre existence sur terre et les aléas de nos sociétés ne sont pas l’œuvre de dieu, qui existe ou n’existe pas, mais à l’évidence n’agit guère sur notre quotidien. Ils sont le fruit des œuvres des êtres humains, bonne sou mauvaises, corrigés ici ou là par les forces de la nature. Et ça change tout. Parce que c’est bien l’économie, la politique, les pulsions humaines qui modèlent nos sociétés et qu’il faut s’y impliquer si l’on veut améliorer les choses, même si la perfection n’existe pas.

La République est ce que l’on en fait et sera ce que l’on en fera. Nous autres, tous ensembles.

Après chacun est libre de croire ou de ne pas croire et si les musulmans, comme tous croyants, souhaitent suivre les préceptes de leur religion, libre à eux. Il est d’ailleurs probable que cela soit plutôt bénéfique à la société dans son ensemble, comme j’ai pu le constater par exemple en Bulgarie, où les communautés villageoises d’origine turque sont réputées pour leur amour du travail bien fait.

Mener son djihad personnel en tant qu’amélioration de soi-même est certainement un bel objectif. Mais cela ne doit pas dépasser la sphère privée et ne pas empiéter sur la règle commune : en République, c’est la loi républicaine qui s’applique, qui doit être la même pour tous et ce sont les lois de la République qui nous procurent leurs bienfaits, ou leurs méfaits. S’il y a un problème, on peut le changer, en changeant telle ou telle loi. Pacifiquement. Cela s’appelle la démocratie et cela n’a rien à voir avec l’au-delà.

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