20/05/2016

Quand Poggia pistonne... Et que ça ne marche pas, Poggia se fâche

Ainsi donc M. Poggia fait du copinage et il s’en vante. Dans la Tribune, il raconte qu’il a reçu un candidat à un emploi dans un organisme privé mais subventionné, et qu’il a lui a écrit un mot de recommandation. A quel titre  ?
Parce qu’il était italien, comme lui ? Ou Tunisien, comme son épouse ? Ou Musulman ? Ou scientologue ? Ou membre du MCG ? Ou juste parce qu’il avait envie de placer un obligé dans une fondation qui emploie 700 personnes dont un certain nombre de frontaliers ? Des questions légitimes car on peut supposer que M. Poggia n’a ni reçu personnellement, ni écrit un mot à la maîtresse pour les 13 284 chômeurs genevois recensés fin mars. Ou bien ?
Guy Olivier Segond, qui a quelques heures de vol en matière d’administration, m’a toujours dit qu’il est contre-productif pour le big boss de recommander quelqu’un à l’un de ses sous-fifres. Parce que le sous-fifre n’aime pas l’idée d’avoir l’œil du patron dans ses affaires et trouvera mille prétextes pour engager quelqu’un d’autre. Ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises dans ma vie professionnelle, en France comme en Suisse, aussi bien comme solliciteur que comme pourvoyeur de poste : le pistonné de tout en haut se retrouve assez systématiquement en bas de la pile… Mais M. Poggia n’a qu’une très mince habitude de la vie en administration ou dans des grosses entreprises…
Avec ses gros sabots, M. Poggia s'inscrit dans la droite ligne du MCG. Tout le monde sait que le réseautage aide à trouver du taf. Surtout à Genève. C’est d’ailleurs la première recommandation que reçoivent les chômeurs à l’Office de l’emploi : activez vos réseaux. Ben oui, mais si le réseau comprend un voisin frontalier, c’est mal. Et même de nature à vous faire perdre votre nouveau job du fait des pressions d’un Conseiller d’Etat susceptible…. Attention tout de même, l’utilisation du réseau de voisinage c’est permis en règles générales: le cousin que vous faites venir du village au Portugal, le fils de la voisine du dessus des Avanchets, ou le voisin du village de Brot-Dessus (NE) ou de Sembrancher (VS) à qui vous trouvez du taf, c’est bien. C’est juste si vous êtes frontalier que c’est mal. Et tant pis si vous préférez engager quelqu’un que vous connaissez, en qui vous avez confiance, qu’un parfait inconnu dont les références en pointillé et/ou le piston d’un chef de parti d'extrême-droite vous semblent suspects. Si vous êtes frontalier, c’est mal ! Répétez tous en chœur !
Du coup, on se retrouve dans la situation absurde dénoncée le mois dernier sur Facebook par quelqu'un plutôt proche du MCG qui reconnaissait qu'à son boulot, on venait de remercier un jeune intérimaire frontalier qui faisait parfaitement bien son boulot, avec conviction et ardeur, pour engager fixe une chômeuse résidente qui outre un manque d'ardeur manifeste, s'était fait mettre en arrêt maladie au bout de quinze jours... Attention, il y a pléthore de chômeurs résidents qui ne demandent qu'à bosser et de tous les âges. Mais il n'y a aucune raison légale ou économique de différencier les gens selon le côté de la frontière où ils habitent. A Genève, les frontaliers paient leurs impôts en Suisse, de même que leur AVS, leurs cotisations chômage et bien souvent leur assurance maladie. Ils sont de fait parfaitement assimilables à des travailleurs suisses. Seul l'argument écologique de la distance pourrait être retenu, mais Annemasse ou Saint Julien sont souvent plus proches du lieu de travail à Genève que Versoix ou Chancy... Sans compter Yverdon ou Nyon. Or les Vaudois et autres, qui ne paient pas leurs impôts à Genève, sont considérés comme résidents par le MCG. Où est la logique ?
De toute manière, bien qu’élu et ancien avocat, Me Poggia se fiche des lois et de la démocratie. Parce que la Libre circulation a été votée et acceptée par le peuple. En échange de pouvoir par exemple aller librement habiter en France, les Genevois ont accepté l’idée de libérer l’accès à leur marché du travail. Certes les Suisses en ont décidé autrement il y a deux ans (mais pas les Genevois), mais cela n’est pas encore entré en vigueur et c’est donc toujours l’ancienne loi qui s’applique. Selon laquelle on ne peut pas licencier quelqu’un sous prétexte qu’il n’habite pas du bon côté de la frontière. Si M. Poggia insiste et que Clair Bois obtempère, l’affaire ira jusqu’au TF et M. Poggia perdra. Ce ne sera pas la première fois.

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