09/06/2016

Mauro Poggia n'est pas raciste. Ni xénophobe. Sauf à l'égard des Français

Pas raciste pour deux sous Mauro Poggia. Ni xénophobe. Sauf à l’égard des Français. Lorsqu’à la télévision, il énumère « les différentes vagues d’émigration qui ont su parfaitement s’intégrer en Suisse », il oublie les Français… Qui ont pourtant toujours été au moins aussi nombreux que les Italiens, les Portugais ou les Kossovars. Un simple oubli ? Que nenni, parce qu’il se demande, quelques minutes plus tard : « pourquoi est-ce que les Français n’ont pas su s’intégrer ? Est-ce qu’il n’y a pas une spécificité ? »  Sauf que les Français parfaitement intégrés en Suisse sont plus de 150 000 et qu’on estime le nombre de doubles nationaux a plus de 100 000. Dont à Genève, un très grand nombre de conseillers administratifs et conseillers d’Etat présents et passés.
Le problème n’est donc clairement pas dans la nationalité d’origine. Elle n’est pas non plus dans l’éloignement du lieu d’origine comme il tente de le faire croire en dénonçant les « euro-frontaliers ». Parce que les Italiens comme lui, les Espagnols, les Portugais, les Tunisiens ou les Yougoslaves des vagues précédentes, dont il loue les capacités d’intégration, venaient d’au moins aussi loin. Ils acceptaient de travailler pour moins cher que les Suisses d’alors pour faire les sales boulots et c’est pour ça qu’ils étaient engagés.
Ces immigrés européens ou extra-européens habitaient dans des baraquements ou s’entassaient dans des immeubles vite construits dont les loyers étaient 3 à 4 fois moins chers au m2 qu’à la Vieille Ville. C'est moins vrai aujourd'hui pour les baraquements, heureusement, mais ça l'est toujours pour les loyers.
La seule différence, c’est que ces vagues d’immigration d’hier et d'aujourd'hui concernent des emplois sans qualification d'ouvriers agricoles, d’usine ou du bâtiment. Alors que pour les frontaliers, on parle de jobs de cadres ou de techniciens spécialisés. En plus, avec leurs revenus suisses, les frontaliers peuvent acquérir des maisons – ce que souligne Mauro Poggia – alors qu’à salaire égal, à l’intérieur du canton, on obtient au mieux de louer un appart pas trop grand… En fait, tout cela n’est qu’une affaire de jalousie mal placée.
Jalousie mal placée, parce que personne n’empêche aucun résident d’aller vivre de l’autre côté pour devenir propriétaire si ça lui chante. Hormis les préjugés. A Paris, si vous préférez un appart plus petit à l’intérieur du périf qu’un appart deux fois plus grand ou même une maison à l’extérieur, pour le même prix, c’est votre choix. Il ne vous viendrait pas à l’idée ensuite de vouloir mettre une barrière à l’accès des banlieusards au marché du travail.
STATISTIQUES MANIPULEES
D'un autre côté, Garçon, Infrarouge et leurs statistiques sont bien gentils, mais montrer que le nombre de frontaliers a quasi doublé en dix ans, sans dire que le nombre de places de travail a augmenté en parallèle et que le nombre de chômeurs, lui, a sérieusement baissé (de 23 000 à 18 000...), c’est se foutre du monde et jeter de l’huile sur le feu. Les frontaliers sont venus occuper des places de travail vacantes et ce flux a permis à l’économie de la Suisse romande d’enregistrer des taux de croissance inégalés au cœur d’une Europe en crise. On peut vouloir arrêter ce flux. fermer les vannes et couper Genève de son agglomération. Mais il faut savoir que le corollaire serait inévitablement une perte de la compétitivité helvétique, et in fine une réduction drastique du niveau de vie, avec des risques de chômage accrus. Bien plus importants qu’en laissant jouer la concurrence.

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