28/09/2016

Julie : Eric m'a tuer...

Pendant que Tamedia, maison zuricoise, licencie dans la presse romande, les CFF se préparent à licencier 1400 personnes en Suisse... Tout en en engageant 200 dans la région lémanique, pour faire face à l'expansion du Lémanexpress en France voisine. CQFD : le Grand Genève crée de l'emploi et s'il échoue, l'épisode suivant sera « Chérie, j'ai rétréci Genève »

Le journaux du monde entier font des économies d'échelle pour survivre à l'assaut d'internet et Tamedia n'étrangle pas la Julie pour le fun. D'abord, il faut payer les augmentations de salaire du big boss et ensuite satisfaire les actionnaires. Contrairement à la SSR, pas moyen d'utiliser le lard accumulé sur le gros marché alémanique pour effacer les pertes du trop petit marché romand. Ou pire tessinois, dans le cas de la SSR, qui même elle, finalement, rend les plaques et dégraisse massivement à Lugano. Car les perspectives d'expansion y tendent vers zéro : le centre naturel du Tessin, c'est Milan.
En Romandie, c'est l'inverse. Genève est le centre d'une agglomération lémanique qui frise les deux millions d'habitants et fait concurrence à Zurich. L'alliance Julie-24H devrait en être le média écrit naturel, mais elle bute sur la frontière. La Julie a essayé, mais à chaque fois qu'une nouvelle de France Voisine apparaît dans ses pages ou sur son site, les fans du MCG se déchaînent : « On n'est plus chez nous ! Rien à foutre de la France voisine ! Dehors les Frouzes »
Forcément, ça plombe l'ambiance et une douzaine d'années de haine entretenue n'ont fait que creuser le fossé. Les journalistes de la Julie ont presque tous intégré le fait qu'ils écrivent pour les Genevois « résidents » et pas pour les frontaliers aussi. Les tensions sans cesse attisées sur le plan politique jusqu'aux problèmes de parking ou de passages de douane ont achevé de renforcer la frontière et les sentiments de rejets de l'autre. Forcément des deux côtés.
Au final, Genève reste trop petite pour jouer dans la cour des grands. Pire, elle se prive de son arrière-pays naturel, qui serait pourtant l'atout clé lui permettant de rivaliser avec Zurich. Elle finira par en payer le prix. En multipliant les obstacles à l'encontre des frontaliers, on réduit l'attractivité économique de toute la région, au détriment de tous. Y compris des chômeurs résidents, car si Genève entre en récession, je ne donne pas cher de leur sort.
Français et Suisses, Savoyards et Genevois, Gessiens et Vaudois, et plus généralement Romands, nous réussirons ensemble, où nous échouerons, chacun de notre côté.