03/11/2016

Gouverner par référendum ? La bonne blague !

J'adore la mauvaise foi des Brexiters. Car enfin de quoi parle-t-on, à Londres ? De la nécessité de passer par le Parlement pour traiter d'une des questions les plus importantes qui puisse être pour le pays. Ce que l'on appelle usuellement la démocratie. Depuis plus de 2000 ans qu'elle existe, ce n'est clairement pas la première fois que des tribuns en appellent au peuple pour gouverner en son nom, en passant par dessus les parlements constitués, qui sont le meilleur rempart qu'on ait trouvé contre la dictature et le pouvoir personnel. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit quand d'aucuns nous parlent de brandir le référendum à tort et à travers comme mode de gouvernement.
Les 3/4 des gens ne comprennent déjà qu'à peine les questions qu'on leur pose en Suisse et arrivent aujourd'hui à saturation en termes de nombres de votes par année. Sans compter que résoudre toutes les questions à un Oui-Non tient de plus en plus souvent de l'équlibrisme sans filet...
Il n'est pas anodin qu'à Londres, ce soit le pouvoir judiciaire qui le dise et qui rappelle au passage que l'instance suprême du Royaume Uni n'est ni la royauté, ni "le peuple", encore moins le Premier Ministre, mais bel et bien le parlement. D'ailleurs, rien dans la constitution britannique ne prévoit ni ne décrit le rôle exécutif ou législatif qu'aurait un référendum, organisé à bien plaire par l'ancien Premier Ministre et qui de ce fait n'a malheureusement aucune valeur légale. Dès lors, s'en servir pour passer par dessus l'instance suprême du pays a quelque chose du Coup d'Etat. On peut discuter de changer les règles du jeu, et de modifier les usages de la démocratie, mais pas au milieu de la partie. 
Accessoirement, plusieurs ténors de l'UKIP et des comités pour le Brexit avaient annoncé que si le Non au Brexit faisait moins de 52%, ils feraient tout pour que le pays revote une deuxième fois... Or le Oui n'a fait que 51,9 % et de nombreux votants disaient avoir changé d'avis le lendemain...
Enfin, si l'on fait des référendums pour sortir de l'UE, il faut aussi en faire pour laisser la possibilité aux Ecossais et aux Irlandais du Nord de sortir du Royaume désuni. Et pourquoi pas aux Londoniens, tant qu'on y est ? Tant qu'à faire de mettre en avant la démocratie locale, autant y aller carrément.
La démocratie parlementaire, on sait comment ça marche, en Europe, depuis en gros un siècle et demi. La gouvernance par référendum, en revanche, tant vantée par le populisme et les extrêmes, on n'a aucun recul dessus. Même en Suisse, où le système reste à dominante parlementaire, dans les faits. On constate en revanche que les référendums sont de plus en plus souvent l'arme des partis extrémistes, ceux qui pensent arriver au pouvoir en déstabilisant la société. C'est excellent qu'il y ait des contrepouvoirs dans le système, mais leur accorder trop d'importance est forcément périlleux.
Dans les 50 premières années, jusqu'au début du XXème siècle, on n'a qu'un référendum par an, en moyenne. Inutile de rappeler que même à l'époque, c'est nettement insuffisant pour prendre l'incroyable quantité de décisions que requiert la gestion d'un pays. On monte ensuite en puissance progressivement pour arriver à une dizaine par ans actuellement. Ce qui pose un gros problème, déjà, dans un monde où tout va plus vite et s'accélère, c'est que cela ralentit considérablement la prise de décision.
Une dizaine de décisions par an sont donc tranchées par le peuple, qui certes a toujours raison, mais peut se tromper. C'est peu, c'est très peu, en regard des dizaines de décision prises CHAQUE JOUR, par n'importe quel membre d'un exécutif d'un pays occidental. Et des dizaines de décisions qui passent devant un parlement chaque mois.  
Réduire le rôle du parlement, c'est tout simplement renforcer les exécutifs. Le XXème siècle a fait quelques tentatives dans ce sens, du côté du stalinisme et du fascisme. Il n'y a aucun indice, aucun fait, qui permettrait de penser qu'il n'en irait pas de même aujourd'hui, que les dérives populistes ne se termineraient pas en aventurismes personnels douteux et autoritaires. Au nom du peuple et de la Nation. Ou du Prolétariat.

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