15/11/2016

Chaque élection d'un(e) populiste nous rapproche davantage de la guerre !

Depuis 3 générations, la construction de l'Union européenne et la démocratie nous ont apporté la paix et des conditions de vie que le reste du monde nous envie. La paix, ce n'est pas seulement l'absence de guerre, mais le remplacement de la conscription obligatoire (18 mois de service national sous l'uniforme en France quand j'étais jeune) par une armée de métier et la baisse sensible du budget militaire. Ce qui permet à l'Etat de faire des choses plus utiles que d'acheter des armes avec nos impôts.
Mais comme nous n'avons plus guère la possibilité de comparer, nous avons pris l'habitude de critiquer les mauvais côtés du système, sans jamais voir les bons.
Même en Suisse, qui reste le pays le plus militarisé d'Europe occidentale, la durée du service n'a cessé de reculer, tandis que le nombre de réformés « médicaux » augmentait.
Quand j'étais jeune, la majorité des pays du monde étaient des dictatures. Même en Europe. Communistes ou fascistes, mais dictatoriales, avec un grand nombre de points communs en fait, à commencer par la restriction des libertés. Politiques, individuelles et aussi économiques. L'Etat y dirigeait tout et il y était interdit de se plaindre ou de critiquer le régime. Au point que l'une des caractéristiques de ces régimes était la rareté, voire l'absence des bistrots : puisqu'on ne pouvait pas s'exprimer librement dans les lieux publics où l'on courait le risque d'être espionné et jeté en prison, les gens se réunissaient chez eux. Où l'on n'était d'ailleurs jamais à l'abri d'un traître dans la famille.
Nous pouvions voyager dans ces pays. C'était un peu compliqué, il fallait faire la queue des heures aux frontières, mais c'était possible. Et la misère tant matérielle qu'intellectuelle, le sentiment oppressant de pays-prisons nous sautait aux yeux.
Les choses ont commencé à changer à la fin des années 70, avec la fin des dictatures fascistes du sud de l'Europe. Au Portugal, en Grèce, en Espagne, on avait de nouveau le droit de se retrouver dehors, et de faire la fête, que les madrilènes ont nommé « movida ». La libération des moeurs et des idées s'est accompagné d'une libéralisation de l'économie qui, avec l'entrée dans l'UE, a considérablement augmenté le niveau de vie des gens et modernisé ces pays.
Ceux de l'Est ont suivi dix ans plus tard, avec la chute du mur de Berlin. Là aussi, la liberté d'expression et le libéralisme économique ont fait des miracles. Mais ce fut plus dur, notamment en Russie, qui reçu moins d'aide que les anciens pays de l'Est et qui n'avait pas autant le sentiment d'une libération. Les anciens pays de l'Est se libéraient à la fois du communisme et de l'oppression nationale du pays colonisateur, la Russie. Tandis que la Russie se libérait du communisme en perdant son statut de pays dominant.

Il y a deux façons de faire changer un pays.

1) La voie réformiste : en gros, on garde les institutions et le système, que l'on change par petites touches, ce qui prend du temps, mais permet de faire les choses en douceur

2) La voie révolutionnaire : on fait table rase du passé, et l'on reconstruit. Ce qui cause énormément de dégâts et permet d'abattre très vite les anciens symboles, mais prend beaucoup de temps aussi à reconstruire. Parfois plus que la réforme et surtout avec beaucoup plus de violence.

Dans les anciens pays fascistes comme dans les anciens pays de l'Est, l'aide européenne et américaine a permis de changer les choses en mixant réformes et révolution, sans trop de dégats. En Russie ce fut une vraie révolution.

Aujourd'hui, ce que les populistes veulent mettre en place un peu partout, c'est de fait un retour aux régimes fascistes du XXème siècle, qu'ils soient de gauche ou de droite : un sentiment national fort, une économie nationale et dirigée, la fermeture des frontières, des armées solides... Ce que préparent ces gens, en fait c'est la guerre. Pas seulement parce que quand les marchandises cessent de passer les frontières, ce sont les armées qui les passent, mais parce qu'ils s'attaquent à l'ordre mondial qui est celui des organisations internationales et des abandons de souveraineté au profit d'institutions de médiation, les organisations internationales, qui ont vocation à résoudre les différents entre Etats.
Si l'on restaure la pleine souveraineté des Etats, on restaure la loi de la Jungle. Chacun maître chez soi et personne pour juger et trancher en cas de conflits entre Etats souverains. Qui n'ont d'autre solution, du coup, que la guerre et la loi du plus fort pour dire ce qui est juste. Ou injuste...
Un peu comme si dans une cour d'école ou une prison, on enlève toute surveillance... Actuellement, nous avons des organismes internationaux, qui essaient de dire qui a raison et qui a tort et un pays, les Etats-Unis, qui fait office de gendarme. Le fait qu'il soit là peut paraître embêtant, mais en attendant, cela permet aux pays d'Europe de ne consacrer que très peu d'argent à leur défense nationale et de se passer de la conscription.
Du coup, seuls ceux qui en ont vraiment envie vont faire l'armée et le cas échéant la guerre, limitée à des interventions de maintien de l'ordre dans des pays en difficulté, pour ce qui concerne les armées européennes.

Cette part du budget de l'Etat qui part en armement (plutôt qu'en éducation, culture, construction de routes ou de tramways) s'exprime en pourcentage du PIB. Autour de 4 aux Etats-Unis, 2 en France, 1 dans la plupart des pays d'Europe et officiellement plus de 6 en Russie. En fait probablement actuellement près de 10 car des fonds très importants y sont alloués secrètement, pour ne pas révéler la manière dont ils sont utilisés.

Le premier point d'accord de Trump et Poutine, c'est que les Etats-Unis doivent cesser d'être le gendarme du monde. Cela leur coûte cher et il se trouve que les Russes seraient ravis de prendre le relais sur le Moyen Orient d'une part, l'Europe de l'autre. Un peu le schéma de l'accord sino-américain qui avait permis de mettre fin à la guerre du Vietnam sous Nixon et Kissinger : on laisse la responsabilité de l'Asie du Sud-Est à la Chine et tant pis pour les vietnamiens ou les chinois de Hong Kong ou de Taïwan, qu'on livre implicitement à la Chine "populaire". De même qu'à terme, la Corée, les Philippines, le Japon, la Malaisie...

Cette vision du monde, c'est celle d'une poignée de grands ensembles rivaux maîtres chez eux et se réunissant au sommet pour régler leurs problèmes. Ou se tapant dessus pour les régler, en l'absence d'organisme de médiation supranational. Parce que cette vision du monde, c'est aussi, vu de Washington, considérer que la montée en puissance de la Chine est un réel danger et que tout le reste mérite d'être sacrifié à la guerre sino-américaine que Trump a lui-même annoncée. Sous forme économique plus que militaire, certes, mais on peut affirmer sans se tromper qu'en ce bas monde, tous les conflits qui n'ont pas des bases religieuses ont des bases économiques... Sur cet objectif avoué de la bagarre ultime contre la Chine les républicains de Trump rejoignent les néo-cons républicains de Bush Jr. Avec pour objectif de se rallier la Russie, ses ressources et ses bombes atomiques.

Pour l'Europe, les conséquences sont énormes. Soit l'UE se prend en mains, renforce ses structures et construit, au plus vite, une armée commune digne de ce nom, soit la première puissance économique de la planète sera découpée en tranches et livrée aux intérêts étrangers. Ce qui semble être le plan sur lequel s'accordent Poutine et Trump. Poutine travaille de longue date à saper les bases de l'unité européenne, non sans succès. Face à l'UE, il est un nain économique et même militaire, bombes atomiques mises à part. Mais face à chacun des pays d'Europe séparément, il est un géant. Le raisonnement semble le même dans l'entourage de Trump et dans les milieux nationaux populistes européens, qui réclament un nouveau Yalta. Soit un partage de l'Europe et des sphères d'influence entre la Russie et les Etats-Unis. Ce qui en clair, signifie d'abandonner l'Est à la Russie et de casser l'UE, première puissance économique mondiale, pour ne laisser que des petis pays souverains.

C'est ce qu'il faut comprendre de l'offre faite par Stephen Bannon, principal conseiller de Trump, aux héritières Le Pen et plus généralement aux extrêmes droites souverainistes européennes, de les aider à prendre le pouvoir pour mieux tuer l'Europe. Renforcer les souverainetés nationales, c'est réduire la force de l'ensemble européen, démultiplier encore les dépenses d'armements, désormais plus nationales que jamais, réintroduire à coup sûr la conscription et bien évidemment livrer des pays plus petits et moins forts individuellement à l'appétit des dominants que sont Moscou et Washington sous les couleurs républicaines.

Au final, on vend aux gens le mythe de démocraties va-t-en guerre – alors que pas un de nos jeunes aujourd'hui ne risque d'y aller s'il n'en a pas l'envie -, pour mieux leur fourguer un enchaînement inéluctable qui va les mener à la guerre, la vraie, avec mobilisation générale et destructions massives.
Avec des années de restriction des libertés et d'augmentation des budgets militaires et donc dégradation des conditions de vie civile dans l'intervalle.
Peut-être qu'au lieu de se plaindre de la « société post-apocalyptique », terme employé pour définir notre société sur des blogs de jeunes aujourd'hui en France, les-dits jeunes feraient mieux de s'interroger sur ce qui les attend pour de bon s'ils ne se réveillent pas et laissent les populistes nous ramener au XXème siècle !

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