18/11/2016

Le populisme et les conservateurs contre le peuple et la démocratie

Résumons: Hillary a engrangé un million de voix de plus que Trump. Le peuple américain n'a donc pas davantage choisi Trump que le fils Bush en 2000. C'est la perversion du système électoral qui s'en est chargé, en favorisant les régions rurales conservatrices au détriment des mégapoles modernistes. Ce que certains appellent « le pays profond » contre la mondialisation cosmopolite
La perdante, c'est la démocratie, parce que la voix d'un rat des villes vaut moins que celle d'un redneck des campagnes. Le hic, c'est que cette tendance est mondiale. Partout, la démocratie recule et les gagnants de l'heure sont les despotes, avérés ou potentiels, qui exploitent la peur des sociétés traditionnelles devant le changement accéléré de leurs habitudes.
Les dictatures ont toujours échoué à imposer la modernisation à marches forcées. L'Iran du Shah a laissé place aux mollahs, la Russie retourne à l'époque tsariste et l'héritage d'Ataturk est grignoté implacablement, d'Istanbul à Ankara.
Il y a 12 ans, une star de la télévision turque me faisait découvrir Istanbul. Comme je m'étonnais de l'aspect incroyablement moderne et européen de la ville et de ses habitant(e)s, elle éclata de rire : « Mais ça c'est Istanbul ! L'Anatolie est peuplée de femmes voilées de noir et d'hommes du XIXème siècle... ».
C'est la même chose en Inde, où le gouvernement Modi est d'abord un régime conservateur et religieux. Idem de la Pologne ou de la Hongrie.

Le problème, c'est que le progrès plus "progressif" de nos démocraties mécontente tout autant les campagnes. On sait qu'en Suisse, le fossé villes-campagnes remplace le Röstigraben. En France, également, l'éruption populiste est d'abord celle des campagnes et bourgades traditionnalistes contre les gros centres urbains progressistes. En Allemagne itou, Pegida n'est pas né à Berlin et Londres a voté contre le Brexit.
Dans ce terme de populiste, il y a peuple, et c'est inconvenant. Parce que le peuple, ce n'est pas forcément les gens des campagnes. Les citadins aussi sont le peuple. Et souvent, ils sont plus nombreux. Sur le fond, personne ne veut voir disparaître les traditions. Mais beaucoup de jeunes et aussi de moins jeunes, n'ont aucune envie de se laisser emprisonner par elles. Et surtout pas de devoir abandonner leur mode de vie et leur ouverture au monde à cause des peurs de quelques uns. Qui ne sont définitivement pas la majorité.

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