29/11/2016

Après Alep, Poutine veut reprendre l'Ukraine

L'islamisme est un projet politique fort dangereux, mais il n'a pas le rapport de forces nécessaire à sa réalisation dans nos pays et ne l'aura jamais. Le robinet du pétrole sera tari bien avant qu'il n'en ait les moyens militaires, donc matériels. Idem des moyens humains: si le nombre de musulmans d'origine et convertis atteint les 10% en France, il est plus de cinq fois inférieur en moyenne européenne ou américaine, ce qui laisse une grosse marge...
Même avec la démographie nettement plus forte des milieux islamistes, il faudrait plusieurs générations pour inverser la tendance, or l'islamisme est aussi un phénomène générationnel de mode et à ce titre n'est pas appelé à durer ad vitam eternam. D'autant moins qu'on note un fort mouvement de jeunes musulmans vers l'agnosticisme et l'athéisme, sur le modèle de nos sociétés, mouvement épris de liberté qui s'accélère et qui donc devrait bientôt dépasser l'islamisation des consciences. C'est tendanciel, tant dans nos pays (en fait, en Suisse, il l'a déjà dépassé: le nombre d'athées y augmente plus vite que le nombre de musulmans) que dans les pays d'Islam.
Ce ne sont pas les attentats tragiques, qui font autant de morts qu'un week end d'accidents de la route qui détruiront nos sociétés. Sinon les accidents de la route l'auraient déjà fait. Cela fait plus d'un siècle que le terrorisme est utilisé par des mouvements politiques extrémistes en Europe, en Russie, au Maghreb ou au Moyen Orient et même en Amérique, dans le but d'arriver au pouvoir. Mais aucun n'y est jamais parvenu, malgré les morts accumulés.
Par contre, le terrorisme a très souvent été manipulé par des services secrets de puissances étrangères pour désorganiser un pays ennemi (et parfois officiellement "ami") ou tout simplement lui faire mener la politique qui arrange le pays manipulateur. Nous n'en ferons pas la liste ici, c'est le sujet d'un film en cours ...
Le projet politique qui nous menace aujourd'hui, beaucoup plus dangereux, vous le savez si vous me lisez de temps à autre, c'est celui de l'amicale des despotes milliardaires, dirigée par Vladimir Poutine.
Comme l'islamisme, le projet de Poutine est une théocratie conservatrice, dans laquelle la religion est sciemment utilisée comme opium d'un peuple abandonné au bon vouloir des puissants. Avec ni plus ni moins de mépris pour le petit peuple et ses croyances que n'en montrent les souverains wahabites lorsqu'ils se vautrent dans l'alcool et la fornication, loin de Ryadh.
Il est plus dangereux ce projet, parce que Poutine possède l'arme absolue, le nucléaire capable de tout détruire et lui avec. Il le sait. Donc il préfère utiliser l'arme de la guerre secrète: la propagande et la manipulation. Ce qui inclut le terrorisme, en instrumentalisant évidemment celui qui est présenté comme l'ennemi commun: l'islamisme.
C'est très efficace et pernicieux, car masqué. L'outil islamique de l'amicale des despotes milliardaires, c'est Daesh. Qui n'est que l'avatar moderne d'une vieille idéologie panarabe, nationale et socialiste, le baasisme. Créée par des déçus du marxisme, anciens compagnons de route du parti communiste, dans les années 30, MIchel Aflak et Saladin Bittar. Alliés aux nazis durant la seconde guerre mondiale contre l'impérialisme franco-britannique, ils furent récupérés par les soviétiques après la création de l'Etat d'Israël. Leurs descendants spirituels, Hafez el Assad et Saddam Hussein, tous deux très proches du KGB, prirent leurs pouvoirs dans leurs pays respectifs, devenant le fer de lance de l'action de Moscou au Proche Orient.
Sauf qu'ils se mirent aussi à se détester cordialement. Mais à la chute de Saddam, en 2003, les baasistes syriens de Bachar, le fils de Hafez, offrirent l'asile à leurs ex-condisciples irakiens. L'asile et quelques facilités, comme des camps d'entraînement au Djihad, dans l'est désertique syrien. Ce fut la matrice de Daesh, et les baasistes restent liés entre eux par une opposition indéfectible aux pétromonarchies traditionnelles, alliées de l'occident, qui financent l'autre versant du terrorisme, ainsi que les rebelles démocrates de l'Armée syrienne libre, qui furent les premières victimes de Daesh.
Le problème avec Poutine, c'est qu'il est dans une logique de guerre de conquête et que ce genre de délire ne s'arrête que par la défaite cuisante et définitive du conquérant. Ceux qui espèrent qu'il s'arrêtera pour digérer, une fois repu, se trompent lourdement. Son ambassadeur à l'ONU vient de reconnaître officiellement l'intervention des troupes russes en Ukraine, mais "à la demande du Président Ianoukovich". Ce que Ianoukovich, ressorti du formol à Moscou, s'est empressé de confirmer.
Or l'argument massue de Poutine en Syrie, c'est que c'est le gouvernement légitime qui lui a demandé d'intervenir, ce que la communauté internationale avale. Avec des hauts le coeur, mais elle avale. Un Trump et un Fillon ne légitimeront jamais une révolution, c'est le contraire absolu de leurs valeurs: même si leurs Républiques sont issues de Révolutions, eux sont issus de Restaurations. Comme Poutine lui-même. Et c'est toute la stratégie et l'argumentaire de Poutine de rendre inacceptables le renversement de gouvernements en place. Quel que soit le niveau de leurs exactions et l'exaspération de leurs peuples.
Du coup, tout ce qui s'est passé après le départ de Ianoukovich en Ukraine devient illégitime et il importe de remettre ce dernier au pouvoir, lui ou son héritier spirituel, à la solde de Moscou. Je le vois venir gros comme une maison. Puisque l'abandon des sanctions est déjà dans le gazoduc, cela devient l'objectif suivant...
Et à chaque fois que Poutine marquera un point, il n'aura de cesse de passer au suivant. C'est ça ou l'effondrement.
La seule bonne nouvelle pourrait être, paradoxalement, la nomination par Trump de Petraeus au Département d'Etat, si elle se confirme. L'ancien patron de la CIA semble être parfaitement lucide à l'égard du Kremlin et avoir très bien compris que la main de fer dans un gant de velours était la seule attitude possible en face d'un comportement immature. Sauf que si c'est dans une logique de confrontation nationale, plutôt que de perspective de coordination globale, on va dans le mur...

Les commentaires sont fermés.