07/12/2017

No Billag : Une attaque frontale contre la démocratie

La démocratie ce n'est pas simplement « le peuple qui dit oui ou non ». Les questions sociales ou économiques sont souvent aussi complexes que la théorie d'Einstein et ne peuvent se résumer en « Oui » ou « Non ». Du coup les gens se décident moins sur le fond que sur leur ressenti. Ou plus exactement sur ce que la propagande leur fait ressentir.
C'est à ça que servent les campagnes électorales : à influencer l'opinion des gens en présentant des arguments. Vrais ou faux. Ou bien souvent vrais et faux. Parce que « c'est compliqué ». Du coup, la démocratie c'est aussi un ensemble de choses subtiles inventées au fil du temps pour que le peuple, ou ses représentants, puissent se décider à peu près en connaissance de cause. Et pas qu'à la fin, ce soit toujours celui qui ait fait la campagne la plus chère qui gagne...
C'est pour ça qu'il y a des lois sur le financement des partis politiques. Tout le monde connaît le pouvoir de l'argent, sait qu'il peut corrompre des responsables, ou payer d'incroyables quantités d'affiches ou de trolls envahissant les réseaux sociaux. La plupart des pays ont donc introduit des lois qui limitent ce que les très riches peuvent investir en politique. Et aussi des lois qui permettent le financement public des partis politiques. Pour qu'un parti qui défend les intérêts des pauvres ne soit pas systématiquement écrasé par le déluge publicitaire que peuvent se permettre les plus riches, les caisses maladies, ou les grosses entreprises multinationales... Pour éviter que certains gagnent toujours plus d'argent en vendant des pesticides, des armes ou des cigarettes.
On se souvient qu'un milliardaire, ancien conseiller fédéral, a les moyens, à lui seul, d'influer sur les choix politiques des gens par d'énormes campagnes d'affichage... Depuis il a constitué le plus gros groupe de presse indépendant du pays, totalisant plus d'un million de lecteurs réguliers. Soit en gros un tiers de l'électorat. C'est à lui d'abord que NoBillag offrirait télés et radios du pays, leurs concessions étant vendues aux enchères.
La Suisse est le pays qui vote le plus, mais ses mesures de protection contre la prime aux plus riches sont parmi les plus faibles du monde durant la phase de « préparation » de l'opinion. Or No Billag va les réduire encore ! Les lois sur le financement des partis politiques sont rudimentaires et le financement des partis par l'argent public est quasi inexistant. Les parlementaires peuvent seulement reverser tout ou partie de leurs jetons de présence à leur parti.
La concession radio-tv contrebalançait ce déficit, en ouvrant la parole à tout le monde sur les ondes de la SSR. Ce dont elle s'acquittait tant bien que mal, laissant des mécontents à droite et à gauche – ce qui est plutôt bon signe – mais certainement mieux que ne le fera jamais une « TeleBlocher » ayant acheté sa concession au prix fort et donc ayant le droit d'organiser les débats politiques à sa convenance.
Je ne suis pas de gauche. Mais je ne veux pas d'un pays où l'opinion publique serait laissée entre les mains d'un milliardaire d'extrême droite. Ce n'est pas une vue de l'esprit. Partout dans le monde occidental, les démocraties sont attaquées par des gens qui disposent d'énormément d'argent et qui cherchent à saper les bases mêmes de la démocratie. Cela prend des formes diverses, de Trump au Brexit en passant par la Hongrie ou même la guerre en Syrie contre ceux qui voulaient instaurer la démocratie, mais toujours, cela passe par le contrôle et la manipulation de l'opinion. Parce que s'emparer du pouvoir, ou même le conserver, quand les gens sont contre, cela peut être extrêmement coûteux et violent – Comme on l'a vu en Syrie, justement. Il est beaucoup plus simple de prendre la démocratie à son propre jeu et de convaincre les gens d'élire un leader charismatique promettant monts et merveilles... et bien décidé à ne lâcher le pouvoir sous aucun prétexte une fois qu'il y sera. Ou prêt à tout casser pour déconstruire tout ce qui pouvait favoriser le fonctionnement réel de la démocratie. Au service des gens.
L'immense majorité de ceux qui ont élu Trump ou voté pour le Brexit l'ont fait de bonne foi. Ils ont été abusés, manipulés par une toute petite poignée de menteurs habiles qui leur ont fait miroiter des économies ou un mieux être, alors qu'en réalité, leur situation va empirer. Comme on commence à le voir avec le Brexit, comme avec Trump. Parce quand les milliardaires prennent le pouvoir, c'est toujours dans leur intérêt personnel d'abord et qu'ils trouveront toujours des gens, parfois brillants, prêts à se mettre à leur service pour avoir accès aux miettes du festin...