28/12/2007

Justicia y Paz

Excellente nouvelle, Laurence Mazure, correspondante de la Tribune de Genève à Bogota, se décide à faire des papiers rendant compte de la complexité de la situation colombienne. Elle conserve sa sensibilité personnelle, ce qui est la moindre des choses, mais au moins essaie-t-elle de rester objective, ce qui rend son papier beaucoup plus intéressant.
Du coup, elle pose les vraies questions. La profonde cassure entre d'une part, la très grosse majorité des Colombiens, plus ceux qui connaissent la Colombie de l'intérieur et d'autre part, l'opinion publique internationale, notamment francophone, agitée par le romantisme robin-des-bois dont on su s'affubler les FARC, abondamment relayé par la famille française d'Ingrid Betancourt, obsédée, c'est normal, par sa libération.
Ce qui amène des situations ubuesques, comme celle que vit le pays en ce moment. Un fonctionnaire international en poste à Bogota confiait en privé hier soir : "On mobilise de part et d'autre des milliers de personnes, des escadrilles entières, tous les gouvernements de gauche du continent et ça coûte un pognon fou, pour libérer 2 personnes et demie, alors que 3000 autres demeurent séquestrées. Et cela juste pour une opération médiatique à la gloire de Chavez et Sarkozy".
C'est vrai que cela n'a pas de sens. Sauf si derrière tout ça, il y  a un espoir de vraies négociations, de réelle sortie de crise. Le bruit court (toujours selon mon fonctionnaire international et non pas le Gouvernement colombien, je tiens à le préciser) que l'opération pourrait permettre, directement ou indirectement, de faire sortir du pays 250 responsables des FARC, qui une fois à l'abri au Venezuela, pourraient négocier sérieusement la fin des hostilités, la libération de tous les séquestrés et la reddition des troupes, le Gouvernement colombien ayant mis en place de son côté un fonds de plusieurs dizaines de millions de dollars pour s'occuper de la réintégration des hommes et femmes de troupe. Lire à ce sujet l'interview publiée par Infosud : http://www.infosud.org/spip/spip.php?article1172
L'histoire n'est peut-être qu'un conte de Noël, mais elle est jolie. L'exil est certes une punition bien légère pour certains des crimes commis, mais si c'est le prix à payer pour la paix ! Certains chefs de milices para-militaires l'auront peut-être mauvaise… Eux sont passés en procès, de par la volonté du gouvernement Uribe qui, il faut le rappeler, a tenu à faire le ménage en son propre sein. C'est Uribe qui, en vrai démocrate, persuadé des bienfaits de l'état de droit, laisse la Fiscalia (l'équivalent de notre Procureur Général) investiguer et condamner jusqu'au cœur du pouvoir.
L'athmosphère n'a plus rien à voir avec celle des années 80, de l'Union patriotique et de la guerre froide. La géopolitique mondiale et latino-américaine a profondément changé, et ce sont les fils et les filles qui sont aux commandes. Sauf chez les FARC. Le credo des nouvelles générations, c'est l'instauration d'un Etat démocratique et pacifique qui protège tous ses citoyens.

L'extrême gauche romande s'inquiéte régulièrement du nombre de syndicalistes assassinés en Colombie. Seulement, le chiffre avancé est six fois supérieur à la réalité (en soi inadmissible) et ignore superbement le résultat des enquêtes menées par la fiscalia, qui jouit d'une heureuse réputation d'incorruptible: dans plus de la moitié des cas, il s'agit de règlements de compte entre sympathisants de groupes rivaux ou de l'élimination de "déserteurs". Les FARC éliminent en effet les membres de l'ELN depuis que celle-ci a entamé des négociations de paix et les proches des FARC qui s'éloignent de l'organisation sont systématiquement assassinés. Mais dans la propagande en Europe, cela devient des exactions de para-militaires, qui ont pourtant déjà largement assez de meurtres en tous genres sur la conscience.

24/12/2007

Vous avez aimé 2007? 2008 sera pire

Ce n'est pas toujours facile d'etre un riche banquier.

Zut, pour une raison que j'ignore, je n'ai plus de circonflexe. Meme sous Word.

Pas facile donc de courber l'échine sous les insultes, quand on pèse plus d'un milliard de Francs, mais que la personne qui vous couvre d'injures est le monarque d'un grand royaume de la Péninsule arabique. La scène remonte à quelques années, dans un grand hotel d'une capitale européenne. Elle me fut rapportée par un chauffeur de limousine observateur. On ne se méfie jamais assez du petit personnel... L'insulté, banquier privé réputé, se tenait coi, blemissant, mais coi. Moi, j'aurais envoyé le roi se faire couronner ailleurs et j'aurais ainsi perdu de quoi faire vivre quelques dizaines de mes employés grassement payés.

J'y repensais en songeant à M. Ospel mangeant son chapeau pour aller négocier avec Ryad et Singapour leur entrée massive au capital d'UBS. Singapour, qui comme tous les observateurs de l'Asie le savent est dirigée par les Chinois. Donc peu ou prou par la Chine. Symboliquement, pour la grandeur de la petite Suisse, le coup porté est au moins aussi violent que le grounding de Swissair. Dans lequel, déjà, M. Ospel jouait l'un des tous premiers roles. Pas mal pour un type qui gagne 800 fois plus qu'une caissière à la Migros.

C'est là ou (bon, voilà que les graves non plus ne marchent plus. ce doit etre un virus...) l'écart vertigineux des salaires trouve sa justification. Ospel a effectivement au moins 800 fois plus de pouvoir (de nuisance ?) qu'une simple caissière...

En 2008, je ne crois pas que l'on aura un Conseil fédéral élu par le peuple. L'UDC, dont le leader a de gros défauts mais n'est pas stupide, y perdrait trop. De meme qu'elle a déjà mis passablement d'eau consensuelle dans son vin d'opposition. Se démarquer trop ouvertement de ses conseillers fédéraux serait risquer de perdre leurs sièges au CF et tout le pouvoir qui va avec. Pour ses militants carriéristes, un parti sans débouchés administratifs ou politiques de valeur est une coquille vide.

Et un parti sans militants carriéristes, généralement lucides et plutot malins, c'est un ramassis d'extrémistes sans avenir politique.  L'ambition, le réalisme et une certaine souplesse de l'échine sont nécessaires à l'activité humaine. Personnellement, par exemple,  je sais que je ne manque ni d'ambition ni de réalisme, mais que j'ai certainement l'échine trop rigide pour me couler dans la plupart des moules usuels.

Ce qui fait que je dis ce que je pense et que je fais un subordonné incontrolable, mais aussi sans doute un mauvais administrateur. Trop impulsif, pas assez souple, pas assez commerçant. Le seul job qui m'irait, c'est dictateur, mais comme je suis profondément égalitaire et démocrate, je serais mon premier ennemi. 

C'est pourquoi j'aime de plus en plus le système démocratique helvétique. Tant mieux s'il favorise les alliances momentanées et les regroupements parfois contre nature. L'essentiel est d'etre d'accord sur les détails pratiques, au plus près de la vérité quotidienne, pas sur une idéologie forcément partiale et finalement totalitaire. 

Cela implique justement d'etre attentif à ce qu'on vote et j'estime tout a fait regrettable que l'entente ait suivi l'UDC dans sa volonté de couper les vivres à l'organisme chargé de controler les sectes. Que l'UDC le désire, cela tombe sous le sens. Surveiller les sectes, cela peut vouloir dire surveiller Moon et Econe, des croyances religieuses qui fleurent bon l'intégrisme chrétien, cher à certains pontes de l'UDC genevoise.

23/12/2007

Trêve de Noël ?

Mélanie Delloye, la fille d’Ingrid Betancourt l’affirme : « Le jour où les 3 otages seront libérés, le monde ne pourra nier, que les Farc auront fait un geste de bonne volonté, un geste unilatéral".

Non Mélanie, désolé, le geste ne sera pas unilatéral. Ni même de bonne volonté. Il sera un tout petit début de réponse à la libération de plus d’une centaine de guérilleros des FARC par le Gouvernement, incluant l’un de leurs chef, Rodrigo Granda. Une libération (intervenue ce printemps à la demande de Nicolas Sarkozy et restée effectivement unilatérale jusqu’à présent) du quart des effectifs emprisonnés, tandis que les FARC, en réponse, n’envisagent de libérer que 3 de leurs otages sur 3000…

Pourquoi ne pas avoir libérée Ingrid, qui ne va pas bien du tout, en gage de bonne volonté ? Si elle n’avait pas pris une telle valeur médiatique, peut-être aurait-elle pu faire partie du voyage...

Pour autant que voyage il y ait et que les 3 soient effectivement libérés. De plus en plus habiles, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie ont en effet trouvé l’excuse pour ne pas le faire : « Si les trois otages ne sont pas libérés rapidement, c’est la faute du gouvernement colombien, qui poursuit ses manœuvres militaires et pilonne les zones FARC» estime la sénatrice chaviste colombienne Piedad Cordoba.

D’ici à ce qu’ils les livrent morts, victimes soit disant d’un bombardement, il n’y a pas loin. C’est déjà ce qu’ont essayé de prétendre les FARC au-sujet des 15 sénateurs assassinés ce printemps, en réponse justement à la libération des guérilleros. Chacun d’en eux est mort d’une balle dans la nuque comme l’ont finalement montré les autopsies pratiquées sous le contrôle de légistes internationaux. Les FARC, repris par la presse internationale qui n’a pas démenti depuis, accusaient les balles perdues d’une intervention militaire gouvernementale, alors qu’ils les ont tout bonnement exécutés !

Si les FARC avaient vraiment l’intention de libérer les otages, il y aurait une solution simple : accepter la zone de négociation proposée par l’église et garantie par la communauté internationale. Ou même simplement déterminer un périmètre d’échange dans une zone précise qui pourrait être elle aussi garantie par les observateurs internationaux.  Mais cela les FARC le refusent, et ce que demande implicitement la sénatrice amie de Chavez, c’est un cessez-le-feu général, entretenant le flou le plus artistique sur le lieu où seront livrés les otages.

Cela peut-être au Brésil, en Equateur ou à la frontière du Venezuela… Mais pas au Venezuela, bien sûr, parce que cela confirmerait ce qu’affirmait le quotidien madrilène El Pais en début de semaine, à savoir que les FARC ont mis leurs camps d’entraînement à l’abri sous l’ombrelle de Caracas et très vraisemblablement leurs camps de prisonniers aussi. Ce que Chavez ne saurait admettre publiquement, ni même sous l’œil des satellites et des moyens électroniques de surveillance… Parce que ce serait reconnaître ses visées expansionnistes : la Colombie est le seul pays de l’ancienne république bolivarienne qui échappe encore à son emprise, qui plus est avec les meilleurs résultats économiques de la zone.

C’est un fait : il est devenu très difficile de véhiculer les otages en Colombie même, car les zones de non-droit dans lesquelles évoluaient les FARC ont été singulièrement réduites. Formellement, même, il n’y en a plus. Il y 6 ans, 400 municipios, sur les 1093 que comptent le pays étaient dépourvus de présence policière. Aujourd’hui, il y a au moins un poste de police dans chacun d’entre eux. Et si les attaques de ces postes ont été fréquentes et meurtrières au début, elles le sont de moins en moins.

Par ailleurs, les enlèvements sont aussi un business, aidant les FARC à payer les soldes des gamins qu’ils enrôlent. Pas facile de faire admettre à la base de les lâcher pour rien, alors que le Gouvernement a créé un fonds de 100 millions de dollars pour récompenser les guérilleros qui rendent leurs otages. « On n’achète pas les révolutionnaires », rétorquent leurs partisans, régulièrement démentis par les déserteurs mais aussi par le journal de bord de cette jeune hollandaise enrôlée dans les FARC, qui décrit une organisation gangrenée par une forte inégalité entre « les chefs qui ont tout et la base qui n’a rien. »   

Les FARC sont prises à la gorge, elles ont besoin d’air, n’ayant quasiment plus de territoire à elles. Ce qui ne les empêche pas encore de nuire. Comme la maffia en Sicile, ou plutôt la N’dranghetta en Calabre, à qui elles livrent la cocaïne et de qui elles ont appris les techniques d’enlèvement, elles survivent dans la clandestinité, notamment en « protégeant » toute la production de cocaïne et d’héroïne du pays. Entre le pétrole, les enlèvements et la drogue, les sources de revenus de cette révolution là ne sentent décidément pas très bon. Et puisque l’on parle de revenus, j’aimerai mettre les points sur les i. L’Ambassade de Colombie à Berne est l’un des clients de l’agence de communication que je dirige, ce qui représente environ 1% de notre chiffre d’affaires de ces 10 dernières années !

Je ne suis certainement pas le porte-parole du Gouvernement colombien, ni de son ambassade. Je ne partage absolument pas les convictions de M. Uribe sur un certain nombre de points. Je suis même opposé frontalement à son amitié avec MM Bush et Sarkozy. N’empêche que comme l’immense majorité des Colombiens, ce que je suis par mariage, j’approuve entièrement la politique de sécurité démocratique. Le Président colombien a explicitement été réélu pour la mener à son terme et le plus tôt sera le mieux.

Parce que les Colombiens en ont marre de la violence, de risquer l’enlèvement et le racket ou que leur passeport agisse comme un aimant auprès de tous les douaniers du monde. Les FARC en sont la cause, même s’il y a eu jadis des causes sociales et des responsabilités politiques expliquant leur création. Les FARC doivent admettre que dans un Etat de droit, ce qu’est aujourd’hui la Colombie, il n’y pas d’avenir pour l’opposition armée.

D’ici là, si elles souhaitent un cessez-le feu dans une zone précise et limitée pour procéder à l’échange, elles n’ont qu’à le demander. Si c’est raisonnable, elles devraient l’obtenir. Mais suspendre les opérations sur tout le territoire, faut pas rêver… A moins que, pour la trêve de Noël, et juste 24 heures ?

21/12/2007

Zoé au Darfour

Le procès a commencé à N'Djamena.

Les avocats espèrent une condamnation rapide, suivie d'une décision politique humanitaire tout aussi rapide. Espérons-le, ces gens ne méritent pas de mourir condamnés aux travaux forcés sous le soleil tchadien.

Quelque chose d'intéressant est déjà sorti du procès. Le témoignage d'un intermédiaire soudanais, chargé de livrer les enfants, inculpé lui-aussi et qui, le pauvre, semble n'avoir aucune chance de s'en sortir...

Cela m'étonnerait que Sarko le mette aussi dans son joli avion. Le type a expliqué pourquoi il avait livré des enfants tchadiens plutôt que soudanais. Tout simplement parce que les parents des enfants le soudoyaient pour ce faire. Ce que les parents aujourd'hui nient, bien évidement. Mettez vous à leur place: tout le Tchad, y compris l'impitoyable garde présidentielle a les yeux rivés sur eux.

C'est ce que je dis depuis le début. Quitter cette brousse inhospitalière et si dure à vivre, c'est le rêve de l'immense majorité des parents et des enfants là-bas...  Le reste n'est que tapage médiatique et écran de fumée. 

20/12/2007

Le sens des mots

On s’en doutait, cette fois les choses sont claires. La correspondante de la Tribune de Genève en Colombie soutient un mouvement de maîtres-chanteurs mafieux, terroristes, criminels et trafiquants de drogue contre un gouvernement légal démocratiquement élu et réélu avec 62% des voix. C’est son droit. Mais faire passer pour les gentils de l'histoire les ravisseurs de deux femmes qu’ils séquestrent depuis 6 ans dans des conditions atroces, il fallait oser.
On annonce donc leur libération prochaine, avec l’enfant de l’une d’elles née en captivité. Prochaine mais pas effective, car comme par hasard, les FARC posent des conditions compliquées à résoudre. Au jeu du poker menteur, ce sont des as, et la société du spectacle francophone se laisse arnaquer avec délices.  François Fillon vient même de décréter « problème mondial » la libération d’Ingrid, rien ne devant être plus important pour le Président colombien.
Même pas la vie de 170 000 de ses compatriotes ? Car les FARC refusent la zone d’échanges proposée par Uribe et l'église catholique et continuent de revendiquer un territoire démilitarisé de 780km2 (près de 3 cantons de Genève) avec ses infrastructures policières et militaires et surtout ses 170 000 habitants.
« Démilitarisé », dans les conditions exigées par les FARC, cela signifie que l’armée, la police, la loi et l’ordre doivent s’en retirer, mais que les bataillons des FARC, en revanche y seront armés. 
Peut-on vraiment mettre dans la balance la vie d’une seule otage (au demeurant la seule à s’être jetée sciemment dans la gueule du loup pour donner du pep à sa campagne présidentielle) et la vie de 170 000 autres qui n’ont rien demandé ? Tout cela parce qu’elle a un passeport français et que Sarkozy Président met un point d’honneur à réussir là où Villepin a lamentablement échoué, Sarkozy ministre lui ayant comme d'habitude savonné la planche au passage ?
Villepin avait envoyé des barbouzes français dans la jungle brésilienne pour tenter de récupérer Ingrid à la frontière et Sarkozy ministre s’était élevé contre ces mauvaises manières. Mais le porte-parole de Sarkozy Président révèle que des agents français négocient directement dans la jungle avec les FARC, tandis que le grand ami Bush est prié à genoux de faire pression sur Uribe…

La Colombie est un pays souverain qui a droit au respect. Un pays émergeant qui n'entend pas être traité comme un paillasson, lui et ses citoyens, pour des raisons de politique intérieure française. 

Que diraient les Français ou les Suisses, si l’on envisageait d’offrir les villes de Carpentras ou de Lausanne, avec leurs environs et tous leurs habitants, à un groupe de 10 000 maffieux armés, professant une idéologie extrémiste et violemment autoritaire ?
On parle ici de livrer 170 000 personnes d’un coup aux goulags de la jungle pour éviter la mort d’une seule ! Et pas seulement pour 45 jours, durant lesquels, tous les meurtres et les exactions les plus diverses sont possibles, mais à priori pour beaucoup plus longtemps. Parce que le deal n’est pas « vous nous prêtez le territoire pour 45 jours et on vous rend les otages », mais « vous nous laissez le territoire et on accepte de commencer à négocier ».

Du moins on dit qu’on accepte. Parce que la dernière fois que la situation s’est présentée... Le président précédent avait accepté d’accorder aux FARC un territoire encore plus vaste, qui s’était rapidement mué en royaume du crime. Mais le jour de la signature des accords, devant des dizaines de caméras de télévision, Marulanda, le chef historique des FARC ne s’est même pas présenté et a laissé le Président Pastrana poireauter devant une chaise vide durant plusieurs heures…  

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Des champions de la com. 
Comme par hasard, l’annonce hypermédiatisée des FARC est survenue la veille d’une journée « spéciale Ingrid » de la presse française (et de TV5 !) et juste après la publication d’une grande enquête d'El Pais, extrêmement dommageable pour les FARC et Chavez. Le prestigieux quotidien espagnol, proche des socialistes, révélait que Chavez abrite au Venezuela des camps d’entraînement armés des FARC et peut-être même des séquestrés, dont des femmes.
Entre nous, s’il s’agissait des deux libérées potentielles, cela expliquerait qu’il soit compliqué de les libérer en Colombie… Ce qui est certain, c’est que les connivences du régime chaviste avec les FARC ne sont pas vraiment un scoop, puisque Rodrigo Granda orchestrait jadis ouvertement les relations publiques des FARC depuis Caracas.

Cette fois, cependant l’accusation est grave et étayée. Le papier d’El Pais confirme d’ailleurs au passage que certains hauts fonctionnaires et des politiques du parti au pouvoir trempent allègrement dans le trafic de drogue, dont rappelons-le, les FARC sont la source, puisqu’elles contrôlent l’essentiel de la production.

La grande majorité des Colombiens en a plus qu’assez de cette alliance maffieuse et le pouvoir politique fait d’immenses efforts pour éliminer radicalement toutes les branches gangrenées, mafieux et extrémistes de droite et de gauche mêlés, y compris en son sein.
De leur côté les Espagnols, socialistes compris, sont très remontés contre Chavez, mais aussi contre les FARC car ils voient tous les jours avec la ETA les conséquences de la violence aveugle des groupes terroristes. Ils savent aussi que les FARC bloquent l’élection d’un gouvernement de gauche en Colombie, car les Colombiens veulent d’abord en finir avec l’insécurité.

Porte d’entrée naturelle des trafiquants colombiens vers l’Europe, Madrid suit la situation de très près. Du coup, les FARC snobent les espagnols et ne les citent même plus dans leurs communiqués où ils portent aux nues les négociateurs suisses et français. Tant que la communauté internationale unie n'aura pas adopté le ton de fermeté qui convient avec des bandits et des maîtres-chanteurs, les FARC continueront de la mener en bateau.

La pauvre Ingrid en fera les frais, car les FARC n'ont absolument aucun intérêt à libérer la seule people mondiale séquestrée... Depuis la libération de Nelson Mandela.    

16/12/2007

Que des bonnes nouvelles

Les chômeurs genevois auront leur loi, qui aidera les travailleurs à retrouver plus rapidement de vrais emplois, et permettra de s'occuper des cas sociaux avec les moyens qui conviennent.
Les finances du canton ne seront pas mises à mal par des prélèvements inconsidérés, susceptibles de frapper injustement le haut de la classe moyenne et de faire fuir les vraiment très riches sans possibilité de les retenir.
La logique centriste, consensuelle et pragmatique mais surtout intelligente du Conseil d'Etat a rencontré un large soutien et c'est tant mieux. Les radicaux genevois sont la cheville ouvrière de ces résultats et la population a suivi leurs mots d'ordre. Merci à eux. Au-delà de la bonne gestion à court ou à moyen terme, il faut cependant réfléchir en même temps aux meilleures manières d'organiser l'avenir. De préserver ce qui peut l'être dans un monde en mouvement et de modifier le reste.  
Chaque société, chaque culture à sa logique propre sur l'art et la manière d'imposer le contribuable, mais aussi de dépenser l'argent récolté. En gros, on peut considérer que plus une société compte de filets de protection, plus elle relativise la nécessité de la réussite ou tout au moins de la prise en charge individuelle. L'inverse étant également vrai. L'URSS est morte de ce constat et l'économie étasunienne est plus performante que la notre, parce que les gens sont obligés de se remuer. C'est marche ou crève. Plus performante, mais pas forcément plus heureuse.
Ce type de société n'est pas seulement plus rude et moins compassionnelle, elle doit aussi dépenser beaucoup plus pour sa protection. Les Etats-Unis,  fort avares en dépenses sociales, claquent un argent fou en dépenses militaires… et en infrastructures carcérales, car même si les prisons étasuniennes sont de plus souvent privatisées, le système judiciaire coûte fort cher. En absence de filet social, la délinquance atteint des taux plusieurs fois supérieurs aux nôtres, ce qui n'est agréable pour personne.
C'est le même phénomène en Colombie, où historiquement, le pouvoir économique était concentré entre les mains de quelques dizaines de familles. Ce qui a donné des affrontements sociaux très durs, au milieu du XXème siècle. Ils ont débouché sur les guérillas que l'on connaît, stimulées par la possibilité locale de se financer sur le trafic de drogue. Pour se défendre, de riches propriétaires ont alors eu recours à des milices privées, souvent très cruelles… qui leur coûtait au moins aussi cher qu'un impôt de solidarité, sans pour autant rétablir leur qualité de vie…
Aujourd'hui la classe moyenne colombienne est arrivée au pouvoir et a entrepris de casser les reins des guérillas et des milices de contre-guérillas, mais aussi de mieux répartir les richesses, afin de supprimer leur raison d'être. C'est la condition sine qua non pour parvenir à la paix. A l'heure où la paupérisation revient en Europe, tandis que les pauvres hères du monde entier campent aux portes de la prospérité, il faut inventer de nouvelles formes de partage et de solidarité, qui puissent préserver l'initiative individuelle sans exacerber la violence sociale.
J'en explore quelques pistes dans l'Utopie Urgente, parue chez Slatkine.

13/12/2007

Ainsi périssent les ennemis de la République

Il y aura désormais au moins un zürichois qui se souviendra que le 12 décembre, périssent les ennemis de la République…
Elle n'est pas de moi, mais je la trouve excellente. Surtout devant une marmite!
J'ai aussi entendu des amis rappeler que Blocher avait eu le mérite de briser des tabous, de dire enfin des choses que le politiquement correct préférait taire.
C'est faux
Cette fable est le fruit d'une personnalisation excessive et de l'excellence d'un service de communication pléthorique, relayé trop souvent par d'éminents confrères. Qui devraient parfois rouvrir un dictionnaire. Un plébiscite, c'est une majorité écrasante. Pas 29% des voix.
Blocher n'a brisé aucun tabou, parce que le mouvement sur lequel il s'est greffé constituait une vague de fonds à l'échelle européenne, voire mondiale.
Je ne parle même pas du nationalisme, qui n'est pas ce à quoi faisaient allusion mes amis et qui ressurgit partout, même à gauche. Je pense à la remise en cause des excès de ce que l'on appelle Mai 68 : laxisme éducatif, permissivité des moeurs, démission de l'autorité, mépris des valeurs culturelles traditionnelles.
Depuis 40 ans, nous sommes certainement allés trop loin dans le laisser faire. Mais l'Histoire est pleine de ces mouvements de balancier, et celui qui se produit en ce moment dépasse largement la petite personne de M. Blocher. Les premiers à l'initier furent d'ailleurs les nouveaux philosophes français, peut-être parce qu'ils venaient précisément de ce qu'il y avait de plus extrême et dogmatique dans Mai 68, le maoïsme.
Remarquez aux Etats-Unis, le même mouvement s'est produit, mais les "libertarians" venaient plutôt du trotskysme…
Cette remise en cause était nécessaire, pour rééquilibrer la balance, mais il est tout à fait contreproductif de pousser le balancier à fond dans l'autre sens, en oubliant le pourquoi de la révolte contre un carcan bien trop étroit. Or l'excès, c'est précisément le pain quotidien de M. Blocher.
Dans son discours, il y a des éléments pertinents et ceux-là, non seulement il ne les a ni inventés, ni révélés, mais ils trouvent naturellement place dans notre discours politique. Dans presque tous les discours politiques contemporains d'ailleurs et son seul génie est d'être parvenu à les incarner en Suisse.
Le tribun zürichois n'a en aucun cas initié un courant de pensée international, qui le dépasse. Il est en revanche parvenu à le chevaucher, pour sa seule gloire personnelle, avec tous les dangers que cela peut représenter en termes d'appétits de pouvoir personnel. D'autant que dans le discours de ce que l'on appelle l'UDC zürichoise, il y a tout de même quelques éléments grossièrement provocateurs, inutiles et nuisibles, qui rendent infréquentable cette partie de l'UDC. 
Grâce aux soubresauts de la démocratie helvétique, le cavalier trop cavalier est tombé hier de sa monture.  

12/12/2007

Le blog le plus lu

Les quotidiennes s'étonnent de ce que les bikinis de miss France fassent exploser les compteurs webométriques. C'est le mot que je viens d'inventer à la place de webalizer, et ça sert à savoir ce qui est le plus lu (enfin si on peut appeler ça lire) dans la jungle des blogs de la Tribune.
Comme tout le monde, ça m'intéresse, sans que j'en fasse une fixette. Je n'ai d'ailleurs pas très bien saisi la différence entre hits, files, pages et je ne sais plus trop quel anglicisme. Si Monseigneur Mabut, grand maître des blogs veut bien éclairer ma lanterne à l'occasion ? En tout cas, je me suis assez vite aperçu d'un truc assez simple pour faire grimper les parallélipipèdes de toutes les couleurs qu'il y a sur mon compteur webométrique. Parce que je suppose assez naïvement que plus ça monte, plus c'est bon.  
Parler de l'UDC, ou mieux encore du MCG, cela suscite des réactions en retours violentes et déclenche sans coup férir une avalanche de contre-réactions. Qui malheureusement tournent assez généralement en rond. Il suffit de jeter un œil sur le site du sieur Stauffer pour voir à quoi je fais allusion,
C'est exactement comme de parler de sexe ou de petites culottes. Cela m'intéresse moyennement, tout au moins en public, mais, n'est-ce pas, je me dois à mes fans…
Alors devinette: quelle est la couleur politique de ceux qui cherchent à casser la paix sociale en attaquant les conventions collectives dans le bâtiment ? Qui ouvre ainsi sciemment la voie au dumping salarial qu'ils font mine de dénoncer en refusant l'Union Européenne ? La réponse tient en trois lettres.
Qui sont les pompiers qui ont calmé l'incendie évitant la grève à Genève ? Les radicaux François Longchamp et Gabriel Barillier, respectivement Conseiller d'Etat et chef de groupe au Grand Conseil. Leur accord est montré en exemple au niveau national.
Dans le cadre du budget cantonal 2008, quelle logique y a-t-il à soutenir des dépenses supplémentaires initiées par les socialistes tout en réclamant en même temps la réduction des prélèvements ? Aucune bien sûr, si ce n'est de provoquer sciemment une gabegie ingérable et c'est apparemment ce que cherche l'UDC.
Le but est bien sûr de casser la cohabitation centriste au Conseil d'Etat. Un outil politique permettant au Canton de renouer avec les chiffres noirs sans déclencher de mouvement social ingérable. Cet équilibre ne fait les affaires ni de l'UDC, ni de la gauche rouge foncée. Leur intérêt est d'accentuer les clivages. Comme tous les partis extrémistes, ils comptent sur la tempête pour engranger des voix. On l'a bien vu au Conseil Municipal de la Ville.
Qui va payer les pots cassés si l'on déterre la hache de guerre idéologique ? Le peuple suisse bien sûr. Etonnant tout de même que ceux qui attaquent  aujourd'hui la concorde ayant fait le succès de ce pays, osent le faire au nom du patriotisme ou du prolétariat !

10/12/2007

16/9: recadrer la TSR

Après avoir adopté la diffusion numérique, ce qui cause un certain nombre de problèmes, la TSR est également passée au format 16/9 ème, aussi appelé panoramique.

C'est plus joli, plus prestigieux, plus moderne. Seul problème, la grosse majorité des téléviseurs sont encore en 4/3, l'ancien format. Donc une partie des cadrages, en gros tout ce qui est très à gauche ou très à droite, disparaît de l'écran.
Ce n'est pas forcément très grave. On peut se passer des bords de l'image, à la condition expresse qu'ils ne contiennent rien d'essentiel à la compréhension. Ce qui implique deux choses:
-  les sous-titres et autres identités de personnes interviewées doivent être recentrés pour ne pas devenir partiellement invisibles. C'est peut-être moins joli en 16/9è, mais c'est vital en 4/3.
-  les cadreurs de la télé doivent avoir les deux cadres sur leurs viseurs, pour éviter de laisser des éléments essentiels dans la partie potentiellement hors champ. Cela se pratique en cinéma, précisément par respect pour les téléspectateurs. Et lorsque les cadreurs se plantent en direct, le régisseur se doit de montrer que les caméras bien cadrées. 

Malheureusement, la TSR ne fait ni l'un ni l'autre et nous abreuve de sous-titres illisibles et de profils guillotinés de Muriel Siki dont juste le nez dépasse…

Comme je n'ose penser que la TSR le fait exprès pour nous forcer à acquérir des écrans 16/9è et que je ne mets pas en doute la compétence professionnelle des personnels de la Tour, j'en conclus que c'est juste une regrettable absence de directives.

D'autant plus regrettable que la concession ne stipule nul part que seuls les Suisses numérisés et panoramiquisés peuvent bénéficier des bienfaits de la TSR...

09/12/2007

L'intégrité, valeur personnelle

A la remise du prix Jean Dumur, Pascal Couchepin s’est exprimé devant tout ce que la Suisse romande compte de rédacteurs en chefs, d’éditorialistes réputés, de simples scribouillards et d’apprentis journalistes. Son exposé chaleureusement applaudi traitait de l’intégrité en politique et dans les médias. C’est une valeur qui se forge à l’intérieur de soi-même, disait-il en substance. Qui n’est pas forcément comprise par l’électeur ou les lecteurs, sauf peut-être sur le long terme, voire dans les bilans post-mortem.

L’intégrité, quoi qu’il en coûte, ne marche pas toujours dans le sens du vent. Elle peut conduire à l’échec plutôt qu’à renoncer à ses valeurs intimes. Elle peut aussi pousser, si l’on est intègre sans être naïf, à mener une politique contraire à ses promesses électorales. Car on est rarement élu en disant la vérité et l’important reste de mener la meilleure politique possible pour le bien public…

Reste que l’intégrité n’est pas une valeur médiatique et moins encore une valeur politique. Elle n’a rien à voir avec la fidélité envers une chapelle de pensée, ou envers la main qui nourrit. Elle doit dénoncer ce qu’elle croit injuste ou incorrect, au risque de se faire mal voir. Elle réconforte l’âme, mais n’assure que rarement le confort matériel.

En ce qui me concerne, j’ai toujours été libre et j’y tiens énormément. Je dis ou j’écris ce que je pense, ce qui m’a valu quelques déboires, plus en télévision qu’en presse écrite d’ailleurs. J’ai chèrement payé mon indépendance, et mon intégrité personnelle, dans mon costume de conseil en communication, consiste à ne défendre que des causes dans lesquelles je crois.

Sur la Colombie, par exemple, j’approuve la politique de fermeté du Président Colombien Uribe, parce que dans les circonstances présentes, que je connais bien, elle m’apparaît comme le seul moyen de mettre fin à un demi-siècle de violence, dans un pays que j’aime. Mais en d’autres circonstances, Uribe serait sans doute trop à droite, rigide et traditionaliste à mon goût.

Notons tout de même que son côté catholique conservateur l’a conduit, au moins autant que les pressions franco-étasuniennes, à accepter l’idée d’une zone neutre. Il a été sensible au message d’outre-tombe d’Ingrid, qui révélait une foi intime et assez inattendue de la part de l’écologiste francophile. Je ne suis pas croyant, mais lorsque la foi peut aider à résoudre les conflits, j’approuve. C’est aussi cela l’intégrité.

L’intégrité commande également d’être lucide et donc parfois cynique. Les chances de voir libérée Ingrid Betancourt avant Noël me paraissent très faibles et cela me désole, car j’ai adoré son livre et je respecte la femme politique, capable de jouer sa liberté sur un coup de tête. A l’époque, les sondages la cantonnaient dans des pourcentages inférieurs à la marge d’erreur… Elle croyait en son étoile et n’a jamais imaginé se faire piéger pour six ans.

Le problème, c’est que les FARC n’ont rien à gagner d’un échange humanitaire. C’est pour cela que les otages n’ont toujours pas été libérés et ne sont pas près de l’être, à moins d’une négociation qui aboutisse sur l’essentiel : le sort des chefs des FARC après leur reddition. Celui des simples combattants est réglé depuis longtemps par la loi Justice et paix : ils seront libres et réinsérés. C’est pourquoi nombre d’entre eux désertent, tandis que ceux qui restent sont devenus eux aussi, quasiment des otages de leurs chefs.

C'est pourquoi aussi j'affirme que c'est une erreur grossière que d'assimiler les FARC à un quelconque romantisme révolutionnaire latino-bolivarien… Marulanda n'est pas Allende, ni même le Che. Même si celui-ci a collectionné les cadavres à La Havane, lorsqu'il était dans la jungle bolivienne, il quémandait sa nourriture et celle de ses hommes aux paysans. Il ne les rackettait pas, sous la menace de leurs armes, comme le font les FARC. A côté de Marulanda, Mladic est un enfant de choeur.

Uribe, lui, n'est ni Pinochet, ni un colonel argentin, ni le Général Alcazar. C'est un démocrate élu, contraint à mener une politique de fermeté face à des gangsters, parce qu'en 50 ans, toutes les autres politiques ont échoué.

07/12/2007

Uribe accepte une zone démilitarisée

Coup de théâtre.

Le président colombien Uribe vient d'accepter le principe d'une zone démilitarisée de 150 km2, soit à peu près le canton de Genève, en précisant qu'elle doit se situer dans une zone peu peuplée, sous le contrôle de l'église catholique et d'observateurs internationaux qui devront pouvoir y circuler.

Il fait ainsi un pas fondamental en direction des FARC. Un pas qui remet en cause toute une partie de sa stratégie, et dont les modalités ont été semble-t-il négociées, au moins partiellement, par des agents de ses services français. C'est du moins ce que laisse entendre Paris.

Reste à savoir si les FARC vont se saisir effectivement de cette opportunité et libérer 45 otages, ou trouver d'autres prétextes pour ne pas le faire. Espérons surtout qu'une solution soit trouvée pour les plus de mille otages encore retenus dans la jungle. Et pour que les combats cessent, une fois pour toutes. La balle est dans le camp des FARC.  

Les FARC ont perdu la guerre économique

Je m'en étais pris, hier à un article de Gustavo Kuhn, qui a depuis rectifié le tir et nous offre ce vendredi un papier avec lequel on peut-être d'accord ou pas, mais qui est tout de même mieux balancé et moins unilatéral. Il n'y a jamais eu de Général Alcazar, de Pinochet ou de colonels argentins en Colombie et tous les gouvernements latino-américains ne sont pas forcément dictatoriaux.
Ceci étant, j'aimerais préciser ma pensée.
Les FARC ont publié hier un communiqué demandant à Sarkozy, en tant que médiateur international, de respecter l'égalité de traitement entre les parties. C'est grosso modo l'attitude de la Suisse dans cette négociation et c'est à mon avis une erreur.

Je tiens à préciser que j'exprime ici mon avis personnel, construit sur mon vécu de la société colombienne dans son ensemble, y compris des Betancourt, en dehors du cercle étroit de famille d'Ingrid, qui rappelons-le est certainement la seule otage à s'être jetée volontairement dans la gueule du lion.

C'est très cher payé, pour une bévue, une bravade, mais on ne peut pas sacrifier l'avenir d'un pays pour cela.
Il ne peut s'agir en Colombie d'une médiation entre deux parties en conflit plus ou moins équivalentes, car elles ne le sont pas. C'est une négociation, comme il s'en déroule entre forces de l'ordre et délinquants ou psychopathes, dans les cas de prises d'otages.
L'intérêt évident du pays, de toutes ses couches sociales et de tous ses partis politiques légaux (j'aimerais rappeler qu'il existe un parti communiste et que la gauche est au pouvoir dans des grandes villes comme Bogota) c'est la fin pure et simple de la guérilla et de la lutte armée, la disparition des FARC, qui ne sont qu'une verrue de violence inutile dans la vie quotidienne des colombiens.
Si la guérilla n'existait pas, la Colombie pourrait choisir aujourd'hui un gouvernement d'alternance sociale-démocrate et en tout cas, les paramilitaires n'auraient pas existé. Les problèmes de narco-traffic et la violence qu'ils entraînent n'auraient pas disparu comme par enchantement, mais au moins seraient-ils cantonnés à ce qu'ils sont: un problème de délinquance individuelle et de crime organisé et rien d'autre.

Il est faux de dire que le Gouvernement colombien ne veut pas négocier.

Ramener la paix et la libération des otages est évidemment son souci Numéro 1. A équivalence avec l'augmentation, en très bonne voie, des capacités économiques du pays (7,8% de taux de croissance annuel) et l'amélioration de la répartition des richesses qu'elle autorise.
Mais ce qu'Uribe peut offrir aux FARC est très précisément délimité: une reddition honorable, dans le cadre d'un programme de réinsertion efficace pour les guérilleros et un jugement clément : 8 ans maximum pour les principaux chefs ayant du sang sur les mains. Comme pour les paramilitaires. Eventuellement  l'exil, pour ceux qui préfèrent cette solution. C'est d'ailleurs la principale arme d'une médiation internationale.

Il est hors de question de leur accorder un statut particulier en tant que FARC, territorial ou politique.

Contrairement à ce qu'annonce régulièrement à l'AFP "une source diplomatique européenne" dont on peut supposer qu'il s'agit de l'ambassadeur de France à Bogota, époux de la sœur d'Ingrid et à ce titre ennemi politique du Président Colombien, les FARC perdent du terrain tous les jours. La victoire militaire n'est pas pour demain, la jungle est immense, mais les capacités de nuisance de la guérilla se réduisent chaque jour un peu plus.

Le Gouvernement le sait et les chefs des FARC le savent.
Les conditions de vie dans la jungle sont de plus en plus dures et les désertions se multiplient. Jadis un combattant des FARC touchait, grâce à la cocaïne, une solde 4 à 5 fois supérieure à ce que gagnait son frère petit paysan. C'est de moins en moins vrai, car la pauvreté recule fortement en Colombie tandis que les ressources des FARC diminuent. Le Gouvernement est en train de gagner la guerre économique, plus sûrement encore que la guerre territoriale.
Dans l'un de mes films, des collégiens du Choco, région particulièrement pauvre, me racontaient, il y a 3 ans, que leurs copains cancres partis dans la guérilla ou chez les FARC auraient bien voulu rentrer pour participer aux programmes d'apprentissage du gouvernement, qui débouchent effectivement sur des emplois rémunérateurs, mais qu'ils avaient peur des représailles. Les paramilitaires ont depuis rendu les armes et accepté massivement les programmes de réinsertion, même si quelques indécrottables ont sombré dans la criminalité.
Les FARC ont commencé à le faire à leur tour, mais à titre individuel et au péril de leur vie.
La communauté internationale doit accompagner ce mouvement et non pas l'enrayer en donnant de faux espoirs aux dirigeants des FARC qui ne font que rallonger la fin – et la libération des otages -, en causant davantage de morts et de désolation.
Leur offrir une porte de sortie et une nouvelle vie ailleurs, mais certainement pas la moindre opportunité de continuer leur combat inutile et sanglant.

06/12/2007

La tribune des FARC

Gustavo Kuhn, dans la Tribune et dans 24heures, s'en est pris violemment jeudi au président colombien Uribe, qu'il accuse de vouloir instrumentaliser Sarkozy, et surtout de refuser de négocier et donc d'être responsable du calvaire des otages. La thèse est bien connue : c'est celle des FARC.
Il est assez dommage que de grands quotidiens romands la fasse leur sans distance ni appréciation de la situation réelle. La liberté journalistique a tout de même quelques limites, la première étant de ne pas raconter n'importe quoi.
Rappelons donc quelques faits: les FARC accumulent crimes, racket, massacres de populations civiles (de paysans pauvres, faut-il le préciser), exactions diverses et trafic de drogue depuis une quarantaine d'années. Uribe n'est élu que depuis 6 ans et Ingrid Betancourt a été enlevée avant qu'il ne soit élu la première fois.
Les FARC ont usé, en vain, toutes sortes de négociateurs avant l'élection de Uribe, y compris le Vatican, l'ONU et le Président précédent, allant même jusqu'à enlever le négociateur d'alors, Araujo, parvenu à s'évader après six ans de captivité, à la faveur d'une attaque de son campement. Il est aujourd'hui le Ministre des affaires étrangères de Uribe.
Uribe n'a jamais refusé de négocier. Il refuse de démilitariser pour cela une zone du territoire national, chose que son prédécesseur avait accepté. Les FARC ont alors transformé là-dite zone en repère du crime organisé, avec prisons pour les otages, caches d'armes et laboratoire de transformation de la cocaïne.
Les FARC sont aujourd'hui aux abois. 2700 de leurs guérilleros, 20% des effectifs ont déserté depuis le début de l'année pour rejoindre les programmes de réinsertion du gouvernement. Ce au péril de leur vie s'ils se font prendre et de celles de leurs proches. Heureusement, la guérilla perd désormais suffisamment de ses capacités de nuisance pour les enhardir à déserter, le Gouvernement étant aujourd'hui en mesure de protéger leurs proches.
Les FARC sont encore cependant loin d'êtres inopérantes. Elles continuent d'enlever des gens, dès qu'elles en ont l'occasion. C'est là où blesse le bât des négociations. Les otages sont la seule vraie arme des FARC. Si elles s'en séparent, elles perdent tout impact sur la scène internationale et toute monnaie d'échange. Elles n'ont donc aucun véritable intérêt à les lâcher, sauf à obtenir quelque chose que le gouvernement ne peut pas leur donner : un statut d'autonomie et un territoire. Aucun gouvernement n'accède jamais aux désirs de brigands preneurs d'otages. Nulle part. Ce serait comme d'offrir un hélicoptère et l'impunité à des pilleurs de banque assassins.
La libération des 45 otages célèbres, tout autant que du millier d'anonymes encore aux mains des FARC est certes un objectif du gouvernement (quel fantastique coup électoral ce serait !) mais il ne veut pas avoir à recommencer le même cirque dès le lendemain matin, avec de nouveaux séquestrés. Uribe veut négocier, mais pour obtenir la reddition et la dissolution des FARC, le retour définitif de leurs troupes à la vie civile.

C'est ce que veut également l'immense majorité des Colombiens, de gauche comme de droite.

Les positions sont très difficilement conciliables. C'est pourquoi, en chat échaudé, Sarkozy se contente aujourd'hui d'un appel. Mais d'un côté, il y a un Président élu démocratiquement, soucieux de tout son peuple de par sa fonction et de l'autre, un groupe de criminels endurcis. Il est regrettable que de de grands médias donnent l'impression de l'oublier, par l'attitude inconsidérée d'un collaborateur..

05/12/2007

Chômage : scoop et mauvaise foi

Si la loi sur le traitement du chômage est rejetée, il n'y aura ni plan B, ni solution de rechange et encore moins de maintien du statu quo actuel, puisque que la Confédération ne prendra plus en compte les emplois temporaires dans le calcul des périodes d'indemnisation du chômage.
Le Conseiller d'Etat François Longchamp l'a rappelé mardi soir, devant un parterre de chômeurs, de syndicalistes et de fonctionnaires concernés par ces mesures. Il s'est également élevé, au passage, contre la mauvaise foi des opposants, qui mettent en avant le taux de réinsertion de 30% à l'issue des emplois temporaires... alors que le taux de réinsertion est supérieur chez les chômeurs de même durée qui ne recourent pas à ces emplois !
Mauvaise foi crasse encore de la part de certains syndicalistes qui reprochent à la loi son imprécision sur les salaires envisageables avec certains systèmes d'aide, alors que ce sont précisément les mêmes qui ont refusé d'aborder la question lors des consultations paritaires de préparation de la loi.
Comment comprendre que Genève est à la fois le Canton suisse qui crée le plus d'emplois tout en ayant le plus fort taux de chômage, alors que c'est le seul à disposer de mesures cantonales spécifiques? Tous les autres s'en passent et se contentent des mesures fédérales. Or ils sont plus efficaces dans la lutte contre le chômage en dépit de potentialités économiques moindres. Les différences culturelles ou la région frontalière n'expliquent pas tout. D'autres cantons frontières, comme Bâle, font beaucoup mieux. Il y a forcément quelque chose que nous faisons faux.
C'est sur la base de ce constat que les professionnels mandatés par François Longchamp ont entamé un tour de Suisse qui leur a livré quelques enseignements et de nombreuses pistes d'amélioration. L'une d'elle était l'accélération des procédures d'inscription et c'est chose faite. Ce qui a d'ailleurs valu un pic d'inscriptions nouvelles en septembre, dans un trend globalement dégressif depuis plusieurs mois, sous la poussée des nouvelles mesures de réorganisation qui avaient déjà pu être mises en par le Conseiller d'Etat.
L'office de l'Emploi a du en effet concentrer en 3 semaines l'équivalent de ce qu'il absorbait d'habitude en six. Aujourd'hui la cadence a pris son nouveau rythme de croisière et l'on a vu, pour le dernier mois et pour la première fois, c'est un scoop, le chiffre du chômage baisser à Genève… alors qu'il augmentait en moyenne suisse!
Voilà le signe indubitable que l'on est sur la bonne voie, que Genève n'a pas forcément vocation à être le cancre de la classe helvétique. Alors ne gâchons pas cette entame prometteuse et votons oui à la loi sur le chômage, le 16 décembre.  

04/12/2007

Leur soleil, nos technologies

L'enseignante britannique injustement accusée au Soudan a été libérée. Tariq Ramadan a pris position de manière très ferme et assez inhabituelle contre les errements d'un certain Islam. Tout est bien qui finit bien, donc ? Pas vraiment.

Les enseignants et personnes de bonne volonté y regarderont désormais à deux fois avant de se porter volontaire pour le Soudan. Déjà qu'ils n'étaient pas légion à envisager d'y aller.
Comme au Tchad voisin, avec l'affaire de l'Arche de Zoé, l'hystérie collective marque des points et parvient chaque jour un peu plus à creuser le fossé entre le Nord et le Sud, le monde islamique et l'Occident, l'Afrique et l'Europe.
Un nombre croissant d'intellectuels africains veut couper les ponts, pour que l'Afrique, livrée à elle-même soit forcée de se régénérer. Ils saluent l'intervention des chinois, qui se contentent de payer cash leurs approvisionnements en matière première, sans considération d'aucune sorte sur les droits de l'homme ou le développement.
Dans le même temps, l'islamisation rampante se poursuit, vécue comme une alternative aux fausses promesses occidentales, et chose plus surprenante, comme un outil au service de la fierté de l'homme noir. Comme si l'esclavage, là aussi n'avait pas été au rendez-vous, plus longtemps qu'en Occident.

Le fait que l'Afrique s'affranchisse de sa dépendance exclusive à l'Occident et parvienne à faire jouer la concurrence est forcément une excellente chose. Mais l'arrachage brutal de tous les liens affectifs est certainement une absurdité. Nous sommes liés l'un à l'autre par l'histoire et la géographie.

Il faut simplement tout faire pour que nos disparités deviennent une source d'échanges équitables, et que les bouleversements écologiques qui s'annoncent soient l'amorce d'un vrai rééquilibrage économique. Nos technologies, avec leur soleil, peuvent accomplir des miracles.
Dans un tout autre domaine, la presse française glose sur la proposition d'entre deux tours révélée dans son livre par Ségolène Royal, qui a demandé à Bayrou d'être son premier ministre, ce que celui-ci a dédaigné. Comme il avait refusé l'alliance que Sarkozy lui avait proposée pour abattre Chirac.
On est ici dans le cas de figure inverse de l'UDC en Suisse, mais la logique est la même. La politique la plus efficace possible est celle du centre, qui parvient à faire évoluer la société sans susciter d'affrontements destructeurs. Couper la société en deux se traduit immanquablement par des grosses pertes de temps et d'énergie. Mais pour que ça marche, mieux vaut que ce soit le centre qui mène la barque.
Là-dessus se greffent les ambitions personnelles de chacun. Là, on rentre dans l'alchimie, malheureusement nécessaire, car l'ambition et le charisme d'un(e) élu(e) sont la pierre philosophale permettant de transmuter les bonnes idées en succès électoral et donc en réformes réussies.

03/12/2007

Démocratie& automates

Bon week-end ou non pour la démocratie ?

 

Excellentes nouvelles
Chavez a perdu et en plus, il accepte sa défaite, au moins dans un premier temps. Merci à lui et pourvu que ça dure.
Le Mouvement démocrate a été officiellement constitué à Villepinte en banlieue parisienne. Moins de 10% des amendements aux statuts ont été acceptés, mais la Fédération Suisse est parvenue à y faire passer par acclamations, avec l'assentiment de François Bayrou, une recommandation visant à étudier scientifiquement les processus de votes à plusieurs entrées et la consultation des adhérents par internet.

 

Très mauvaises nouvelles
Poutine a gagné. Le plus grave, c'est moins les entorses à la démocratie en soi que le fait qu'il base son pouvoir sur un nationalisme revanchard et qu'il dispose des revenus du pétrole et du gaz. Un mélange vraiment explosif, engendré ou en tout cas attisé par la conduite des Etats-Unis sous la houlette de Bush et Condee.
A Paris, Gare du Nord, pour prendre le RER en direction de Roissy, il faut acheter un ticket à l'un des quinze distributeurs automatiques. 14 sont en panne. Ce dimanche 18h, les guichets "humains" sont apparemment tous fermés. La queue est interminable devant le 15ème appareil et, comme nous, les gens qui ont un avion à prendre s'impatientent. L'automate rend l'âme devant la personne qui nous précède. Course échevelée vers les taxis. Heureusement, l'autoroute est dégagée, nous aurons notre avion.
Est-ce que ce serait trop demander à M. le Président Sarkozy, de temps à autre, de bien vouloir passer à proximité de tous les distributeurs automatiques de France pour que ceux-ci, par miracle, se remettent à fonctionner et à distribuer leurs tickets comme des petits pains ?

29/11/2007

TV5 en danger

Le rapport que vient de rendre Georges Marc Benhamou à Nicolas Sarkozy préconise le regroupement de France 24, CFi et TV5 en une seule entité.

Il peut sembler y avoir une logique, mais cest une fois encore le triomphe du copinage, de la poudre aux yeux et du nationalisme. En plus, cette fusion, qui réduirait forcément l'importance des pays francophones dans la nouvelle entité, est défendue par certains comme une volonté de mieux défendre la langue française. Drôle d'idée que de la défendre en s'aliénant ceux qui la parlent !

La France toute seule, c'est moins d'un pour cent de la population du globe. Autant dire rien. Avec la Suisse, le Canada, la Belgique et les pays d'Afrique francophone, l'entité devient un peu plus présentable. Démolir cela est une énorme stupidité. D'autant qu'en plus, les vraies raisons sont ailleurs.

Il s'agit d'abord de déconstruire ce qu'avait réalisé Jacques Chirac, à savoir une chaîne d'info mondiale indépendante, 24 heures sur 24. Ensuite, de réduire le poids de l'audiovisuel public dans le système francophone, pour offrir aux patrons privés, copains de Sarkozy faut-il le rappeler, un réseau mondial en ordre de marche pour une bouchée de pain...    

Car la pub, (mondiale donc) va monter en puissance sur la TV5 nouvelle. Pourquoi pas, mais à condition que ceux qui vont récolter la mise en paient le prix. Or les chiffres qui circulent à Paris sont édifiants. TF1 aurait mis 18 000 euros en matériel dans France 24 et sa participation serait aujourd'hui valorisée à 12 millions...

Connaissant la facilité avec laquelle ont peut faire jongler les chiffres dans l'audiovisuel, je suggère aux partenaires non français de tv5 de refaire soigneusement les calculs amenant à prouver qu'ils ne financeraient que 16% du budget total de la chaîne. Et à ne pas hésiter, comme le font les français, à valoriser au prix fort leurs contributions en nature, émissions et autres.  

 

Gratuits: lire ou ne pas lire ?

Intéressante la décision de la Ville de Sion de réduire le nombre de cassettes à journaux gratuits. Il n'y en aura plus qu'autour de la gare, et les privés qui voudraient en abriter sur leurs terrains devront payer une taxe.

L'idée c'est que les gratuits sont jetés partout et que ça pollue. Ce qui est vrai. Accessoirement, ils concurrencent dangereusement les journaux payants et leur style est davantage racoleur qu'intello.
Sauf que d'un autre côté, ils amènent à la lecture nombre d'ados qui sinon se contenteraient de leurs (trop) nombreux petits écrans… Même s'il faut parfois bien chercher, entre deux ébats de Britney Spears, ils peuvent y trouver de vraies infos, écrites avec de vraies lettres et de vrais mots et oh miracle, ils les lisent !

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Les gratuits font donc œuvre également de salubrité publique et s'il n'étaient pas gratuits, les jeunes ne les liraient pas. La solution viendra peut-être de ces nouveaux futurs écrans hyper plats, conçus pour être aussi agréable à lire qu'une page de bouquin. Mais il faudra gérer la question des droits, qui pour l'heure reste ouverte, qu'il s'agisse de musique, de films ou de livres.

Actuellement, c'est la pub qui paie les gratuits. On pourrait imaginer la mise à disposition gratuite, assumée par la collectivité, d'une info minimale. Pour en savoir plus, ou pour avoir de l'info spectacle, il faudrait payer…

28/11/2007

Démocrates en mouvement

Depuis que je suis Président de la Fédération suisse du Mouvement Démocrate de François Bayrou, journalistes et démocrates-chrétiens me posent tous la même question. A fortiori les journalistes démo-chrétiens : Le fait qu'un radical prenne la tête d'un mouvement démocrate chrétien est-il une tentative d'OPA ?
Evidemment, non, d'autant que l'UDF n'était pas uniquement démocrate chrétien, mais le fruit d'un mariage mené par Bayrou entre démocrates chrétiens et radicaux. De surcroît, le Mo-Dem est l'UDF en expansion. Brutale : de 6 à 19% et pour ce qui concerne les militants actifs en Suisse, de 15 à 160 ! Sans compter les sympathisants, puisque Bayrou fit 24% en Suisse aux présidentielles. Une expansion dont, leur question le prouve, ils n'ont pas bien compris la nature.
Il serait faux de penser que c'est juste de la politique franco-française avec ces excès, sans application possible en Suisse. L'excellent Robert Ducret déclarait hier encore sur Léman Bleu que d'additionner le PRD et le PDC donnerait moins que la somme des deux. Dont acte, mais il ne s'agit pas que de les additionner.
La politique est étranglée par un carcan étriqué, coincée dans des moules du XIXème siècle. La plupart des militants la vivent dans une logique de clans. En Suisse, l'affiliation est même souvent héréditaire. Mais la masse des citoyens ne s'y retrouve plus. Beaucoup votent à contrecoeur et la majorité ne vote pas.
La grande force de Bayrou et du Mouvement Démocrate est d'avoir ramené à la politique des gens qui ne votaient plus, en leur offrant l'espoir d'autre chose. Un peu comme les éruptions populistes, sauf qu'il s'agit de propositions intelligentes, articulées, documentées et réalistes où l'étranger n'est jamais l'ennemi. Si elles réhabilitent le rêve, c'est qu'elles sont dictées par le pragmatisme et le désir de bien faire plutôt que par l'idéologie.

La Fédération suisse va ainsi faire une proposition, au Congrès fondateur de Villepinte, émanant d'un de nos membres italiens, car nous sommes aussi un parti européen et nous en sommes fiers. Il s'agit de légitimer des expériences de vote ordinal, qui permettent aux électeurs d'exprimer non plus un simple choix binaire, mais un classement de plusieurs valeurs. Charge ensuite aux logiciels de dépouillement d'en tirer la substantifique moelle. Il y a bien du travail, pour éviter les biais et les magouilles mais on arriverait ainsi à des prises de décisions tenant mieux compte des appréciations de chacun.

Cette prise de température ralentit le processus décisionnel, mais l'adhésion que suscite la décision prise ainsi évite tant de conflits et de frustrations que cela en vaut la peine.

Alors quoi, OPA du PRD, ou non ? Il y a, parmi les  membres du Mouvement Démocrate en Suisse, des pragmatiques venus du rose au bleu soutenu, radicaux et libéraux, en passant par le vert et l'orange. Ce qui ressemble très exactement à l'actuel gouvernement du Canton de Genève. Leurs seuls points communs sont leurs goûts pour la réflexion et les valeurs humanistes. Cela me semble amplement suffisant pour faire de la politique et j'entend bien tout faire pour maintenir unie cette hétérogénéité salvatrice.

27/11/2007

L'OEIL DE MOSCOU

Le patron de la droite extrême genevoise m'attaque à nouveau en choisissant le terrain de l'insulte et du slogan plutôt que celui de l'analyse politique. Question de compétences, sans doute. Je ne l'y suivrai pas plus que dans ses menaces obsessionnelles de poursuites judiciaires.
Tout lecteur normalement constitué l'aura compris : j'ai écrit que la vie humaine ne valait rien ou presque en Afrique pour le déplorer. C'est un constat, dont l'Occident est le principal responsable, en pillant les richesses de ce continent sans lui accorder les moyens de son développement.
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Il ne sert à rien de se pâmer sur les sensualités de Senghor, si c'est pour amputer de moitié l'aide cantonale au développement comme l'a exigé (et obtenu au terme d'un chantage odieux), la droite extrême à Genève. Ce jour là, j'ai envoyé l'équivalent de deux jours de salaire à Genève Tiers Monde.
A noter que le protectionnisme agricole, dont l'UDC reste aujourd'hui le dernier défenseur constitue l'autre grand moyen d'enrayer le développement de l'Afrique. Quand aux enfants de l'Arche de Zoé, j'ai suffisamment œuvré pour l'Afrique et les Africains pour me permettre de m'exprimer librement, comme en toutes circonstances  :
-          C'est une forme de racisme parmi certains représentants français qui a conduit à ce cafouillage grotesque.
-          C'est la misère des conditions de vie locale, même en l'absence de guerre, qui conduit les parents à se séparer de leur progéniture. 
-          Les zozos qui se sont enfermés tous seuls dans ce piège sont sans doute des branquignols, mais  certainement ni des trafiquants d'organe, ni des pédophiles.
-          Sarkozy a mis ses gros sabots dans le plat, mais Deby est un criminel avéré, qui parfois assassine les gens avec la complicité de sa justice et parfois préfère le faire de nuit, mitraillette à la main, avec les hommes de sa garde. Le Secrétaire Général de son parti unique (à l'époque) me l'a confirmé.

-          Depuis 17 ans, les hommes de Déby se livrent à un génocide discret au sud du Tchad, pour s'emparer des régions pétrolières aux dépens des ethnies autochtones. Cette région de savane peu peuplée compte pour une bonne partie des 25 000 assassinats imputés à Déby. J'ai découvert en 96 ce qui restait de villages dont hommes, femmes, enfants et vieillards avaient été massacrés dans l'indifférence générale.

Des enfants non pas envoyés dans des familles en Europe, mais égorgés devant leur mère violée. Et le monde s'en fout. Parce que la vie en Afrique a bien moins de prix que quelques gallons de pétrole. Du pétrole que les Français avaient repris aux Etasuniens grâce à Déby et qu'il vient de revendre aux Chinois. Ce qui explique énormément de choses. 
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UNITE MOSCOVITE
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A part ça, je ne suis pas le porte-parole du parti radical genevois, qui cela étant est allié à l'Entente et non à l'UDC. Je suis le rédacteur en chef du Genevois.
Heureusement pour M. Leyvrat au Grand Conseil, les radicaux n'affichent  pas toujours la même unité moscovite que certains. Unité à géométrie variable, même à l'UDC, si l'on en croit la réélection probable de M. Schmidt.
J'ai souligné une évidence, à savoir que les électeurs n'appartiennent à aucun parti et que la droite extrême est un excellent allié si l'on désire perdre dans les élections majoritaires... Sauf si elle ne fait qu'appuyer les candidats du centre. Ce que l'on pourrait appeler le programme Sarkozy.
Pour conserver ses deux sièges au Conseil Fédéral, l'UDC ne doit-elle pas recourir à un candidat tellement présentable qu'il est en désaccord profond avec la ligne officielle de son parti ?
J'ajouterai que je ne crois pas qu'il appartienne au Président d'un autre parti de préjuger de ce que sera l'avis démocratique – donc discuté - des radicaux après leur prochaine assemblée des délégués, en matière d'alliances ou de quoi que ce soit d'autre.