05/09/2007

Auto-goal de l'ATE

Dans une dépêche de l'ats de ce jour, l'ate (le tcs des écolos) se plaint de ce que les consommateurs suisses soient les plus mauvais élèves de la classe européenne en matière de choix écologique de leurs véhicules, qui produisent en moyenne 187g de Co2 par km contre 160 en moyenne européenne.

Et l'ATE de se plaindre que : "C'est moins une question de poids des véhicules, qu'à cause du manque de signaux politiques en suisse à l'égard des grosses bagnoles..."

En fait, c'est d'abord une question de niveau de vie et de signes extérieurs de richesse, mais au-delà de cela, l'ate a perdu là une superbe occasion de se taire, car ce piètre résultat est précisément du... aux signaux politiques de l'ate qui, depuis ving ans au moins, se bat contre le diesel et fait que la Suisse est le seul pays d'Europe où il est plus cher que l'essence.

Or une auto diesel consomme un tiers en moins qu'un véhicule à essence de puissance équivalente, et en plus diffuse moins de CO2 par litre... Avec un filtre à particule moderne, la question des particules est également résolue. Peugeot, leader historique du diesel en Europe se félicite d'ailleurs aujourd'hui dans la presse française d'être le champion du monde de l'écologie puique sur l'ensemble de ses ventes il est le constructeur dont les véhicules produisent le moins de CO2 (140 g/km), suivi de près par Renault (144g/km). Toyota, également bien placé grâce à ses véhicules hybrides est desservi par ses gros 4x4, tandis que BMW ferme la marche avec 179 g/km. Ces chiffres sont tous inférieurs à la moyenne suisse parce qu'ils incluent des véhicules lègers, très peu équipés et faiblement motorisés qui ne sont même pas ou très peu vendus en Suisse.

Parenthèse qui n'a rien à voir, on peut admirer dans ce journal une superbe bourde dans une pub Toyota qui vante les mérites d'une Lexus "à transmission hybride", ce qui ne veut strictement rien dire! Avis au traducteur (et au publictaire alémanique qui a avalisé la traduction) : c'est le moteur qui est hybride, la transmission elle est autormatique ou manuelle ou par extension - mais c'est à mon avis encore une erreur de traduction - intégrale, à traction avant ou à propulsion.  

Ce qui me fait penser aux remarques énamourées des nombreux fans du milliardaire dont on ne doit pas prononcer le nom, hier soir sur Infrarouge, s'ébaubissant de ce que leur champion parle si bien le français pour un politicien alémanique. A vrai dire de tous ceux que j'ai côtoyés ou entendus depuis 43 ans que je traîne mes guêtres en Suisse, c'est assurément l'un de ceux qui le parle le plus mal. Mais à ce qu'il parait, il affecte, en public, d'être aussi très moyen en hochdeutsch, en dépit de ses origines allemandes, pour faire plus peuple. Chacun son truc. Apparemment le sien marche très fort.

Nul ne sait ce qui sortira de l'affaire qui l'éclabousse aujourd'hui. Pour des suspicions nettement moins graves en tout cas, Mme Kopp en son temps fut conduite à la démission. Ce qui ne posa aucun problème particulier ni à son parti (radical), ni à la démocratie, ni à la Suisse. Apparemment, pour celui dont on ne doit pas prononcer le nom, cela ne pourrait pas se passer aussi simplement. Il est irremplaçable dans son parti donc en Suisse... Voilà qui est franchement nouveau dans le paysage politique helvétique et contraire à tout ce qui fonde ce pays: Depuis quand élit-on des lider maximo irremplaçables au pays de Guillaume Tell?

Et puis, comme je n'ai pas trouvé comment répondre aux commentaires à la suite desdits, (modérateur, svp) j'y réponds ici:

Mme Esel, je ne vous suivrai pas dans votre condamnation sans nuance des écologistes. Jusqu'à ce jour, le fascisme vert est resté virtuel et s'ils abusent souvent, s'ils sont souvent (pas toujours) d'une ignorance crasse en matière de technologie, ils posent en revanche de bonnes questions. Exactement comme l'UDC, ils prennent à bras le corps des problèmes bien réels qu'il serait plus confortable, à court terme, de continuer à masquer. Mais comme l'UDC ils le font de mauvaise manière, en privilégiant l'image coup de poing, en opposant les consciences, en créant des méchants en utilisant les peurs de sgens comme marchepied politique au lieu de chercher à parler à leur intelligence.

M. Géo, j'ai mêlé effectivement ici plusieurs thèmes. Voilà bien un crime de lèse-majesté à l'heure de la civilisation Power Point. Il se trouve que je suis plutôt impressioniste. Je pense que tout se tient et que notre société souffre gravement des spécialisations exacerbées. Et puis un blog, c'est un point de vue sur le monde. Le mien est effectivement multiple, comme l'actualité. Confus ? Je ne crois pas. Accessoirement ces blogs sont ainsi conçus que lorsqu'on en crée un nouveau, on relègue les anciens aux oubliettes.  Quand au fond, votre apparente attitude fait partie du problème. Si l'on ne peut plus dire ce que l'on pense de certains hommes politiques dans ce pays parce qu'ils ont plus d'argent, donc de plus gros avocats que les autres, nous avons un problème.  Si l'on ne veut pas s'exposer aux critiques et aux coups de Jarnac de tous ordres, il existe un moyen très simple, ne pas devenir un homme public et éviter la politique.

Trop fort ce Pierre Weiss

 Il est parvenu à faire entendre sa voix au milieu du brouhaha qui tourne en boucle autour du sempiternel dilemme : faut-il ou non parler du milliardaire qui, lorsqu’il ne peint pas le noir sur les murailles, claque des millions pour clamer par avance son innocence, avant même d’avoir été accusé… Comme lorsqu’un malappris se laisse aller dans un ascenseur bondé, avant de se pincer le nez en premier, ostensiblement…

Donc Pierre, tu veux fusionner radicaux, libéraux et démo-chrétiens. Excellente idée, que j’approuve à 100%, même si je suis le premier conscient que ce ne sera pas facile. Tiens, rien que dans le nom que tu proposes pour le nouveau parti : parti libéral démocrate. C’est vrai que nous sommes tous libéraux et démocrates, quoiqu’à des degrés divers, mais que devient la tradition radicale dans l’histoire ? Non, soit il faut trouver un nom qui évoque les 3 entités, soit il faut un nom complètement nouveau, comme le Mo-Dem, en France, nom surgi de la base qui s’est imposé tout naturellement pour recouvrir les différentes tendances de ce mouvement fusionnel.

Bon ta référence à toi se situe plutôt du côté de l’UMP, mais c’est davantage un problème de choix du leader et de forme que de fond. Sur le fond, c’est vrai nos différences sont souvent infinitésimales ou en tout cas peuvent parfaitement s’inscrire au sein de tendances comme on en trouve dans les grands partis voisins. Vous autres libéraux genevois feraient d’excellents radicaux zuricois, tandis que nombre de PDC alémaniques paraissent franchement réacs aux yeux d’un radical genevois de base. Cependant, à l’intérieur même du parti radical genevois, j’en connais qui sont plus à droite que certains libéraux et le côté, disons « changeant » de certains de nos amis orange et néanmoins communs les rend parfois difficile à suivre.

Tu as parfaitement raison quand tu expliques que la plupart de nos clivages tiennent à des rivalités de personnes ou à des traditions locales ou sociologiques qu’il s’agit de dépasser si nous voulons continuer à bâtir le futur de ce pays. On ne dira jamais assez le poids des vieilles rancoeurs bigotes ou anti-cléricales valaisannes par exemple, qui se répercutent jusqu’à Genève dans les tensions entre Radicaux et PDC, alors qu’elles ne recouvrent franchement plus aucune réalité concrète. Ou vos liens avec la finance alors que nous sommes plus proches des PME, tandis que d’autres préfèrent se vendre à des mécènes qui s’offrent une carrière politique en guise de danseuse. Ce n’est évidemment pas sans conséquences sur la vie du parti et ses options, et cela durera tant que nous n’aurons pas en Suisse un financement clair, net et démocratique des partis. Ce sur quoi ton futur ex-Président Ruey, sauf erreur, n’est pas d’accord…

Par ailleurs cette fusion n’a de sens que si elle débouche ou coïncide avec un renouvellement des forces. Nous devons, nous pouvons mordre à droite, car il est vrai qu’on peut discuter de l’idée d’expulser des délinquants étrangers, mais calmement, en pesant le pour et le contre et certainement pas de la manière provocante et raciste, au moins dans l’imagerie, dont le font les employés et les bénévoles du milliardaire. Certainement pas non plus sans proposer des solutions sérieuses à l’extrême pauvreté et à l’injustice qui font que des universitaires préfèrent être femmes de ménage ou hommes à tout faire chez nous, plutôt que d’occuper chez eux les fonctions auxquelles ils auraient droit.

On peut, on doit aussi mordre au centre gauche et chez les écologistes, là encore l’exemple français le démontre, initié par le Mo-Dem et récupéré, pour l’heure, par Sarkozy. Dans ma génération de quinquagénaires aujourd’hui aux affaires, qui sont ceux qui votent le plus, les sondages le prouvent, la tendance générale est au ras-le-bol des idéologies qui à force de pureté, finissent franchement par… sentir mauvais. Les solutions, à l’évidence, sont dans la concorde et la réflexion sans tabou, à condition d’y adjoindre l’action. Une action radicale en faveur du développement durable, un libéralisme avec des règles équitables, un socialisme qui tienne compte des lois du marché et de la nature humaine etc…   

En résumé, cher Pierre, nous avons du pain sur la planche, mais je te soutiendrai fermement dans ce combat pour la réforme, l’unification et la dynamisation du centre droit. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on attend pour commencer par Genève ?

30/08/2007

Mouton noir et démocrate

Monsieur Pardo, 

 Vous n’avez rien contre les noirs lorsqu’ils jouent au football et c’est tant mieux. Le problème c’est que sur l’affiche de votre parti, trois petits moutons blancs flanquent à la porte, de manière assez brutale, un petit mouton noir. Parmi ceux qui restent dans le pays, il n’y a aucun mouton noir. Et hormis le fait qu’il est noir, rien ne distingue l’exclu des autres. Donc pour tout le monde, au premier degré, votre affiche veut dire « flanquons les noirs hors du pays » et forcément, il y a un moment où vous mentez. Quand vous parlez de foot ou quand vous comptez les moutons. L’un ou l’autre, il faut choisir et ne pas prendre l’électeur pour un abruti qu’on manipule ou qu'on endort.

Je vous l’accorde, une affiche doit être simple, voire simpliste et un mouton noir, tout le monde sait ce que cela veut dire. Ou plus exactement tout le monde sait que le terme est ambigu : dans une famille ou un groupe, c’est celui qui dérange, qui est différent... Mais qui est membre du groupe. Le symbole de la minorité visible, ou encore celui que tout désigne comme bouc émissaire…

 

Croyez vous franchement, Monsieur, que pour tous les enfants noirs ou métis de ce pays, qui seront demain des footballeurs, mais aussi des médecins, des financiers ou des ingénieurs respectés, il soit très intelligent de leur coller un complexe supplémentaire sur le dos ? Pensez-vous qu’en étalant de telles images sur nos murs, vous contribuez à faire d’eux des citoyens responsables ou bien est-ce que vous les acculez dans une situation de rejet – y compris vis-à-vis de leurs petits camarades blancs - qui a toutes les chances de faire d’eux des rebelles, ou pire, des dealers ? Pourquoi donc en rajouter, comme s’ils n’avaient pas suffisamment d’obstacles à vaincre dans ce pays, avec les Bignasca et consorts ?

 

Vous nous menacez, Monsieur, de l’apocalypse référendaire si nous ne nous engageons pas à reconduire votre champion au Conseil Fédéral. Plus même, vous menacez de faire élire la gauche à la place des candidats de centre droit si nous ne nous alignons pas sur vos positions. C’est déjà ce qui nous vaut votre candidature, si j’en crois les gazettes. C’est un langage de racketteur et de maître chanteur, pas de politicien, avec lequel, pourtant, en tant que radical, je pensais partager certaines valeurs, en matière de libéralisme économique notamment. La lecture du dernier numéro de Bilan m'apprend qu'il n'en est rien, que même sur le terrain économique, votre libéralisme n'est que de façade. Sur la plupart des autres terrains, je savais déjà nos valeurs fort différentes, voire carrément opposées.

 

Seuls, nous autres radicaux ne sommes pas majoritaires, M. Pardo, mais vous non plus et vous ne le serez jamais. Il y trop de haines et de conservatisme étroit dans votre démarche. Quand on pense que votre lider maximo, non seulement n’utilise pas internet, laissant cela à ses serviteurs, mais qu’en plus il néglige les questions de sécurité liées au réseau, préférant se consacrer à la chasse au mouton noir qu’à celle du terroriste international ou du maffieux, j’ai le plus grand mal à vous suivre.

 

L’Entente ne doit vous signer ni chèque en blanc ni reconnaissance de dette. On ne cède pas au chantage. Nous pouvons nous retrouver d'accord sur quelques thèmes, tandis que sur d’autres, les écologistes sont nos alliés naturels ou même les socialistes. Cela s’appelle la concordance et c’est à géométrie variable. Les radicaux sont peut-être un petit parti, mais on les retrouve dans quasiment toutes les majorités de circonstance qui depuis plus d’un siècle et demi font avancer ce pays et l’ont fait ce qu’il est. Sauf que par certaines de vos attitudes, vous semblez faire exprès de devenir infréquentables. Serait-ce un calcul politique typiquement blocherien : Moi et rien que moi, ou sinon le chaos ?

 

En vérité, ce pays, vous n'avez aucune envie de le faire avancer. Vous rêvez juste de figer la Suisse dans un environnement disparu, mélange d’après guerre et de 1291. Réveillez-vous M. Pardo, le temps passé ne reviendra pas, pire même, le temps perdu ne se rattrapera plus. Il faut s’adapter et vite car l’heure est plus grave qu’il n’y paraît et la situation internationale passablement tendue. Croire que la neutralité affichée peut nous préserver de tous ces dangers n’est qu’une illusion coupable. Laisser la gauche, elle-même apparentée à l’extrême-gauche, prendre la main, pour quelques années cruciales, sur des questions aussi essentielles que l’économie ou les finances publiques alors qu’il y a urgence, c’est un crime contre la Suisse et les Suisses que vous prétendez défendre. Vous faites passer votre parti – ou plutôt une tendance de votre parti, car personne n'a rien à reprocher à M. Schmidt - avant vos semblables, c’est votre droit. Mais ce n’est pas une attitude responsable et je doute que cela soit celle de la majorité de vos électeurs, qui ne vous appartiennent pas.

 

Vous qui prônez tant la souveraineté du peuple, apprenez donc à tenir compte de cette réalité incontournable: la majorité, en Suisse, se recompose au gré des thèmes à traiter. C'est ainsi et vous n'y pouvez rien, mais vous ne pouvez pas l'admettre. La concertation n'est franchement pas votre truc. Vous rêvez de faire passer en bloc tout votre programme. Alors vous tentez un putsch démocratique en essayant de nous contraindre à nous aligner sur vos positions qui sont certes fortement représentées dans le pays mais clairement minoritaires, car ce sont des positions bornées et essentiellement réactionnaires, alors que le pays n'est pas stupide. Respectez le jeu de la démocratie M. Pardo et laissez les majorités s'exprimer comme elles l'entendent.

 

Encore un mot, à Monsieur Bertinat cette fois,

Naturalisé d'assez fraîche date, mais parlant le français au moins aussi bien que vous, permettez-moi de vous signaler que votre petite histoire ne tient pas debout. Pour être naturalisé, même en ville de Genève, il faut remplir des papiers, un dossier assez complet, donc savoir lire et écrire en français, ou alors se faire aider d'un avocat, ce qui se paie assez cher.

Croyez-vous vraiment que quelqu'un qui fait la démarche de la naturalisation puisse être assez ignorant pour penser qu'une lettre l'informant de son parcours puisse lui annoncer son expulsion ? Ou que quelqu'un qui, ne comprenant pas le français, a les moyens de recourir à un avocat, se précipite dans la rue pour demander de l'aide à un quidam lambda sur un tel sujet ?  De plus je serai curieux de savoir de quelle lettre il s'agit, parce qu'à la fin de la procédure, on en reçoit plusieurs, de services différents, annonçant le résultat positif successif des différentes phases : confédération, canton, commune, prestation de serment, carte d'identitié, assurances sociales etc...

Des witz sur les étrangers, il s'en raconte dans tous les pays. En général, ça détend l'athomosphère, et mes copainrs blacks m'ont raconté les meilleurs sur les noirs (rassurez-vous, ils en ont aussi quelques unes d'assez salées sur les blancs), tout comme les meilleurs histoires juives sont racontées par des juifs.

Il y a cependant bien longtemps qu'un politicien n'avait pas tenté de faire passer un witz pour une histoire vraie. En fait ça remonte à l'époque où des gens au pouvoir ont, entre autres saloperies commencé à enlever leur nationalité à des naturalisés qu'ils ne trouvaient pas assez ceci ou pas assez cela. Dans mon pays d'origine, la France, c'était en 1940-41...

 

24/08/2007

La vitesse peut-elle être verte ?

Ce matin sur la première, Simon Matthey-Doret posait une excellente question: la vitesse est-elle une addiction? Lui-même est un fou de vitesse, mais sur deux planches : il fut souvent le meilleur représentant suisse au championnat du monde de ski des journalistes, battu seulement par des champions tout juste retraités du cadre A croate, qui étrennaient des cartes de presse toutes neuves. En plus il fait la même chose en ski de fond. Respect donc.
Pour une fois j'étais d'accord avec un psychologue sur la question. Celui qu'il interrogeait: expliquait que nous sommes programmés pour exprimer une certaine dose d'agressivité et la vitesse est l'un des moyens d'exprimer celle-ci et d'en ressentir les flux hormonaux bienfaisants qui en découlent.
Problème, la vitesse est dangereuse, particulièrement sur route ouverte. La dangerosité de celle-ci dépend évidemment de tas de facteurs fort divers, de l'état des pneus et de la chaussée à la densité du trafic, mais la loi n'entre pas dans ces subtilités et se montre même de plus en plus stricte au fur et à mesure que la densité générale du trafic justement s'accroît. Ce qui me vaut présentement de circuler à vélo et en tram pour quelques trop longues semaines. C'est toujours mieux que ce boss d'une grosse société genevoise qui doit payer 33 000 Francs d'amende pour avoir voulu attraper un feu vert qui ne lui était pas destiné. Dans les deux cas, il n'y avait ni alcool, ni accident et des routes dégagées, mais c'est la loi.
Dont acte. Cela m'a permis de découvrir qu'il n'était pas facile de trouver des sacoches (pour ramener les commissions), que du coup celles-ci valaient très cher, mais qu'elles ne pouvaient pas se fixer définitivement sur le vélo. Donc à emporter à chaque fois. Pas très pratique. Pas plus que d'arriver transpirant à un rendez-vous. Par contre, je peux mettre mon vélo dans le train régional (j'habite à 6 km du centre) et ça c'est très bien. Merci Unireso. De toute manière, pour fixer des sacoches, il faut un porte-bagages, et les VTT n'en ont pas. Pas plus que de garde-boue et d'éclairage… Et ça c'est nettement plus grave. Ce qui me ramène au goût de la vitesse et du risque, voire de la transgression, caractéristique des jeunes mâles, quelle que soit leur origine ou leur niveau de culture.
Ne diffèrent que les moyens utilisés pour les canaliser. Chez les écolos, ce ne peut pas être la bagnole, alors c'est le vélo. Le nombre d'excentricités fondamentalement dangereuses – et généralement illégales mais peu réprimées - que commettent quantité de jeunes machos cyclistes et vert foncé est proprement hallucinant. C'est moins dangereux au guidon d'un vélo qu'à celui d'une moto ou derrière un volant, mais c'est la même logique. J'ai un copain piéton (et cycliste militant à ses heures) qui a été envoyé dans les pommes, sur un trottoir, par un de ces cinglés. Certes, si cela avait été un motard, il serait mort, mais les motos fréquentent rarement les trottoirs…

Le psychologue de la radio, donc, disait que si la vitesse motorisée n'était plus là pour servir d'exutoire, les jeunes hommes en trouveraient d'autres, pas forcément moins dangereux pour eux… ni pour la société. La création d'un circuit fermé comme il en existe ailleurs lui paraissait une excellente idée, mais la pression écologique risquait fort de l'empêcher. Ce qui me fait penser au dossier de l'Hebdo cette semaine sur les politiciens écologistes de droite en Suisse. Dossier à charge qui confond le symbole et le fond. L'image et le contenu réel. Les verts sont en effet passés maîtres dans l'art d'utiliser les images médiatiques et les peurs populaires. Tout comme l'UDC, mais évidemment pas dans le même sens. En termes politiques, ça paie cash. Or répétons-le une fois encore, la principale cause du réchauffement climatique d'origine humaine (car il y en a d'autres sur lesquelles nous n'avons aucune prise, comme les variations orbitales de la Terre autour du soleil), ce n'est pas le nucléaire, qui n'y est pour rien, ni les transports (20% seulement) mais bien le chauffage et la production thermique d'électricité. Or là-contre, les verts font beaucoup moins que les radicaux, genevois en particulier. Quand aux socialistes, dixit Leuenberger, ils veulent une centrale à gaz ! Par ailleurs, parmi les radicaux tous ne sont pas opposés à l'idée d'une taxe sur les carburants. A titre personnel, je trouve même l'idée excellente, à condition que le produit de la taxe ne soit pas redistribué à la population, comme dans le projet démagogique rose-vert, mais consacré intégralement à la recherche et au développement d'énergies propres ici et au nettoyage des schémas de production dans les pays pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe de la dépollution, car c'est bien d'un luxe qu'il s'agit.

Quand au circuit, quelques excités qui tournent en rond à fonds les manettes, ça pollue, mais de manière infinitésimale comparée aux déplacements de masse pendulaires. Sauf que justement, c'est une question de symbole. Alors d'accord, imaginons de petits bolides électriques, chargés même à l'énergie solaire. Sur un circuit fermé le manque d'autonomie n'est pas un problème, le silence n'embêterait pas les voisins et les accélérations de l'électricité peuvent rendre la chose tout à fait amusante sur un parcours bien sinueux. Chiche, on crée une coupe de suisse en voiture électrique ?

21/08/2007

Otages: une mode sale

J’ai vu récemment sur TPS un film d’enlèvement, un de plus. Excellent au demeurant, avec Robert Redford, Helen Mirren et Willem Dafoe. On y voit fort bien le dilemme de l’autorité publique, coincée par la nécessité de préserver la sécurité de tous ses citoyens, donc d’abord de la majorité d’entre eux, ce qui implique pour elle de tout mettre en place pour que le crime ne paie pas. L’arrestation des méchants est forcément prioritaire, car cela demeure le meilleur moyen d’empêcher que le crime ne se reproduise à l’infini. Pour la famille et les proches évidemment, l’objectif est différent : ils sont prêts à payer très cher pour ramener le kidnappé.

C dans l’air, excellente émission d’Yves Calvi et Jérôme Bellay sur France 5, passe ces jours ci « Colombie, le pays aux 30 000 otages ».  Un reportage très complet montrant que la logique est exactement la même pour les enlèvements à caractère politique ou parapolitique : quelles que soient leur motivation profonde ou la justesse de la cause qu’ils prétendent défendre, ils demeurent une activité purement criminelle. De Colombie en Afghanistan, en passant par la Lybie, le rapt et la rançon sont devenus une mode qui ne peut que se développer toujours davantage, tant que notre civilisation du confort et de la facilité n’aura pas compris qu’il lui faut mettre des barrières claires.

Pour le coup, il s’agit bien d’une guerre, contre la barbarie et comme dans toute guerre, il y a forcément des pertes. Les personnes enlevées sont comme des soldats en mission et il faut faire tout notre possible pour les tirer de là, mais pas n’importe quoi. Notamment, il ne faut certainement pas céder aux demandes des ravisseurs lorsque celles-ci sont de nature à les renforcer. A chaque fois que nous cédons de manière inconsidérée, nous multiplions les risques de nouvelles prises d’otage. C’est d’une froideur mathématique.

Bien sûr, les personnes enlevées ne sont pas vraiment des soldats, encore que certains cas soient à la limite de l’inconscience ou de la provocation. Entre des infirmières bulgares parties travailler dans des hôpitaux et une Ingrid Betancourt traversant sciemment (et dûment prévenue) une zone à haut risque, ou des évangélistes sud-coréennes s’aventurant sans protection dans les zones tribales du talibanistan, il y a de grosses différences. Comme entre un soldat d’élite, aimant se porter volontaire pour les missions dangereuses et de simples conscrits, envoyés au casse pipe sans leur demander leur avis. N’empêche que dans tous les cas, l’autorité ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur sa mission principale. Si elle ne fait pas son possible pour empêcher la reproduction du crime, celui-ci aura toutes les chances de se reproduire, dans un parfait cercle vicieux.

C’est cela qu’il faut rompre. Quitte à honorer et dédommager les familles des victimes que l’intransigeance nécessaire n’aura pas permis de sauver, même si cela, malheureusement ne leur rendra pas leurs proches.

Chavez aujourd'hui, bête de scène aussi redoutable que Sarkozy (et jusqu'à preuve du contraire, aussi peu compétent en gestion concrête) se mêle à son tour de sauver les otages. Tant mieux s'il parvient à quelque chose, en proposant par exemple d'héberger les FARC dans des camps de vacances au Venezuela. Cela fait un moment qu'il rêve de réussir ce coup là et les colombiens sont tout disposés à lui laisser cette gloire s'il parvient à leur tirer cette très grosse épine du pied. Le problème, c'est que cela ne peut pas être au prix de concessions suicidaires pour l'Etat et les collectivités colombiennes.

L'acceptation par le président Uribe d'une mission de bons offices auprès des FARC de la principale députée de gauche colombienne paraît nettement plus porteuse d'espoirs. Parce qu'elle repose sur des solutions internes et qu'elle porte en elle la caution de toute la classe politique colombienne, aujourd'hui massivement légaliste. Les FARC sauront elles saisir cette chance de rentrer dans la légalité et dans le combat politique pacifique ?  Une chose est sûre, ce n'est pas à elles, qui ont mené des activités criminelles à plus d'un titre, de poser leurs conditions, même si la "realpolitik" implique de les considérer avec mansuétude, pour obtenir la fin des hostilités, comme ce fut le cas avec les paramilitaires d'extrême droite. 

20/08/2007

Fiscalité: réhabiliter le politique

Une fois encore, le PS tire à boulets rouges sur les propositions radicales de réforme fiscale. Pourtant le système en vigueur est inadapté au contexte de la société contemporaine, voire carrément catastrophique. En vertu de quel tabou faudrait-il s’abstenir d’y toucher ? Le fait que plusieurs de ses défauts d’aujourd’hui incombent aux radicaux d’hier n’est certes pas un argument recevable. D’abord errare humanum est, perseverare diabolicum… Vouloir remédier à des erreurs passées n’est certainement pas un défaut. Ensuite la plupart de ces mesures aujourd’hui contre-productives ou inadaptées pouvaient être hier efficaces et bienvenues. Le monde bouge, la société évolue. Les problèmes d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier et nous devons nous adapter profondément, rapidement et sans crainte aux réalités de l’heure.

Cela, les radicaux, parti d’entrepreneurs et d’indépendants savent faire. C’est leur pain quotidien, leur seul moyen de survie. Le PS, parti de fonctionnaires et d’employés salariés y est moins disposé. Tendanciellement son instinct le pousse au maintien du statu quo. Même si la maison brûle ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Qui aurait pu prévoir hier que nos biens de consommation seraient massivement fabriqués en Chine ou qu’un jeune gars doué en finances, tout seul avec son ordinateur et sans laisser de traces comptables, pourrait gagner 3 ou 4 fois plus qu’un professeur d’université ou qu’un ingénieur expérimenté ?

La fiscalité actuelle est néfaste parce que :

-              Elle est prélevée essentiellement sur le travail des gens d’ici, alors que nous consommons de plus en plus le fruit du travail des gens d’ailleurs. Ce qui renchérit tout ce qui est fabriqué ici.

-              Elle favorise l’automation et la robotisation (ce qui est très bien), qui seront cependant demain la principale concurrence au travail de nos enfants. Il faut financer l’Etat et les retraites autrement, et le plus tôt sera le mieux.

-              Nous sommes devenus une société de consommation. C’est sur la consommation que l’impôt doit désormais porter, ce qui permet aussi de lutter contre la pollution et les délocalisations, tout en respectant le libre échange.  

-              Il est relativement aisé d’échapper au fisc légalement (2600 fiduciaires y travaillent officiellement en Suisse) ou illégalement, particulièrement pour certaines activités. C’est d’ailleurs parfois une question de vie ou de mort professionnelle pour beaucoup d’indépendants, ou de détenteurs de revenus aléatoires (artistes, inventeurs, sportifs, créateurs d’entreprise etc…) qui peuvent gagner énormément une année et rien ou presque les années suivantes ou précédentes. Ce qui est totalement contradictoire avec l’imposition annuelle.

-              La chasse à la dissimulation fiscale mobilise des hordes de fonctionnaires et rend aussi désagréable que compliqué pour chacun le pensum annuel de la déclaration.

-              On ne chasse ainsi que les gagne-petit, car la concurrence fiscale internationale fait que les plus grosses fortunes, celles qui n’ont clairement plus rien à voir avec la classe moyenne, n’ont aucune difficulté à aller là où elles seront le moins imposées.

-              La société moderne, dans un monde archi-concurrentiel, a besoin d’être davantage réactive et souple. Elle doit donc favoriser l’indépendance et les petites structures. Evidemment, c’est contradictoire avec les intérêts du PS, qui vit de sa clientèle de fonctionnaires et d’employés.

-              Pour une entreprise, il devient plus rentable et plus facile, à partir d’un certain seuil, d’élaborer des stratégies d’évitement de l’impôt que d’accroître son chiffre d’affaires ou son bénéfice.

Bref, il faut réformer la fiscalité, c’est une évidence et la gauche se tire un auto goal en réclamant des hausses d’impôt : tout nouvel impôt basé sur des revenus officiels s’avère contreproductif. D’un autre côté, la fiscalité d’un Etat, c’est pire qu’un transatlantique à manœuvrer : force d’inertie et lenteur de réaction atteignent des sommets. Les nouveaux entrants dans l’Europe ont réussi leur réforme fiscale à la faveur de la révolution qu’a représentée la fin du communisme.

Tout remettre à plat pour repartir de zéro, en élaborant une fiscalité adaptée à la période, cela paraît une tâche immensément difficile. Les radicaux, fidèles à leur tradition  d’innovation sociale et politique, ont pourtant osé s’y lancer. Cela peut paraître suicidaire, tant le risque d’incompréhension est élevé, sans compter la facilité des adversaires a user d’arguments populistes et mensongers : en réalité, il y a longtemps que l’impôt ne fait plus tant payer les riches que les classes moyennes. Mais l’enjeu, c’est tout simplement l’avenir de notre société, sa capacité à évoluer dans un contexte changeant, globalisé, pollué, automatisé et externalisé, où les structures lourdes et peu réactives seront condamnées.

Il faut du courage pour oser se lancer dans un tel challenge et surtout pas d’idées toutes faites. Les radicaux ne s’avancent pas avec des remèdes clefs en main, loin de là. Ils proposent de discuter sans tabou d’une refonte globale qui s’étendra sur plusieurs années et qui d’ailleurs devra s’inscrire dans un contexte européen et mondial lui-même en constant bouleversement. C’est le rôle du politique que d’oser proposer de vraies réformes. Le monde change et la politique doit changer avec, sous peine de laisser penser qu’elle ne sert à rien. Il lui faut se réapproprier les moyens d’agir sur l’environnement au sens le plus large du terme : la nature, la société, l’économie... La fiscalité est le premier outil de la puissance publique. A elle de faire en sorte qu’il soit le mieux adapté et le plus efficace possible. Aujourd’hui, on en est loin.

07/08/2007

Le Faux vrai parler de l'UDC

Dans tout discours, il y a du clairement exprimé et du suggéré, comme dans la loi, il y a le texte et l’esprit. J'entends dire que l'UDC a au moins pour elle de parler ouvertement des problèmes. Ce n'est pas vraiment vrai… L'UDC adore suggérer, travailler sur le sous-entendu et le fantasme bien davantage que sur le concret, capitaliser sur le non-dit plutôt que d'exprimer clairement ses choix. C'est qu'il faut ratisser large pour espérer un jour être élu. Ainsi l'UDC s'en prend-elle volontiers aux « puissances extérieures » et aux "lois supranationales", sans les nommer précisément. Au point que j'ai moi-même compris "UE" là où Pierre Ruetschi, dans ces pages, lisait ONU…

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En fait, c'est à ces deux ennemis virtuels à la fois que s'en prend l’UDC, sachant qu'ils ne répondront pas. A fortiori s'ils ne sont pas cités nommément. Du coup, on désigne une entité encore plus immatérielle : l'autre, l'étranger, le différent. De tout temps, l'ennemi extérieur a toujours été le premier recours de toutes les dictatures, de gauche et de droite et le moyen le plus commode d'escamoter les vrais problèmes, ceux dont la solution peut dépendre pour de bon des citoyens de l'intérieur.

Dans le cas de la Suisse, monter en exergue, comme le fait l'UDC, le comportement du pays durant la seconde guerre mondiale, pour y voir le symbole de l'indépendance contre la pression extérieure est particulièrement malvenu. Les autorités helvétiques de cette époque ont avant tout pactisé, collaboré, accepté les concessions les plus variées et somme toute la loi du plus fort. Non par esprit de résistance, mais de pragmatisme. L'alternative patriote et héroïque, façon Guillaume Tell aurait été de refuser ces pressions… avec les conséquences que l'on imagine : l'honneur sauf et le drapeau nazi sur le Palais fédéral.

C'est tout le contraire des rodomontades actuelles des ténors de l’UDC à l’encontre des puissances extérieures et des lois supranationales. Qui au demeurant n'ont rien à voir avec les méthodes de l’Axe à l’époque et professent même des idéaux opposés. Maintenant, peut-on penser que le discours UDC vise d'autres entités extérieures ? Non bien sûr. Nul n'imagine qu’il vise par exemple les Etats-Unis, qui sont pourtant aujourd’hui la seule vraie puissance mondiale exerçant partout sur la planète des pressions véritablement agressives, sur ses partenaires comme sur ses ennemis. La seule à avoir par exemple obtenu, sans que l’UDC s’en émeuve, des concessions significatives des banques suisses en matière de secret bancaire.

Face à cette puissance là, pourtant véritablement hégémonique et impérialiste à tous les sens du terme, l’UDC ne dit rien. Tout au contraire, son leader charismatique approuve, applaudit et visite à la moindre occasion.

Du point de vue d’un gardien des traditions d’autonomie et de souveraineté locale du peuple suisses, ne serait-il pas plus logique d’intégrer l’UE et de s'investir davantage dans l’ONU, qui fonctionnent sur le mode de la coopération, pour tenter d’y faire entendre plus fortement la voix de la décentralisation, du droit d’initiative, de tout ce qui fait la spécificité helvétique, tout en collaborant à l’élaboration collective des solutions aux grands problèmes mondiaux.

Des problèmes cruciaux, vitaux, même pour nous, qui ne se règleront certainement pas en restant isolé chacun à l'intérieur de ses frontières… Mais qui, très certainement, se résoudront mieux avec davantage de démocratie participative et locale. C'est faire entendre ce message, de l'intérieur, qui devrait être l'ambition de la Suisse, de tous les démocrates et du centre.  

 

 

04/08/2007

Vous avez dit Développement durable ?

Toute activité humaine, dès lors qu'elle sort d'un cadre strictement animal, ou plus exactement dès qu'elle dépasse le stade de la cueillette et de la chasse avec des moyens rudimentaires est en contradiction avec l'écologie. C'est ainsi et l'on n'y peut rien : l'agriculture, dès son invention,  modifie profondément les cycles écologiques des lieux où elle s'exerce, par son emprise au sol, sa sélection des espèces, sa production de déchets etc… L'industrie, l'urbanisation, la production d'énergie où les transports n'ont fait qu'accentuer le phénomène.
En réalité, toute espèce animale ou végétale tend naturellement à occuper le maximum d'espace et de temps, au détriment des autres et modifie ainsi son environnement. C'est vrai d'une termitière comme d'un troupeau de bisons. La force de la nature est de généralement parvenir à contrer ses efforts par une profusion de facteurs divers, parmi lesquels le développement de prédateurs et la raréfaction inverse des proies tiennent les places essentielles.
L'être humain précisément a su dépasser ce stade en s'affranchissant des prédateurs et en devenant omnivore et même davantage. Il a appris à s'adapter mieux et surtout plus rapidement que son environnement. L'intelligence a triomphé du hasard et de la nécessité. Mais la nature n'a pas dit son dernier mot et nous risquons en permanence de nous heurter aux limites générées par notre propre expansion.
D'où l'invention du concept de développement durable qui consiste essentiellement à déterminer en permanence jusqu'où l'on peut aller sans épuiser la ressource et comment faire pour en développer de nouvelles sans déclencher de catastrophes. Dans ce contexte, l'écologie peut recouvrir deux attitudes, radicalement opposées.
La logique de la première, dite fondamentale, prétend contenir l'être humain dans ses limites strictement animales, pour l'empêcher de nuire à son environnement comme il le fait depuis la nuit des temps.  Cela entraîne le refus du progrès et de la technologie, de la croissance démographique et in fine, de tout ce qui fait l'humanité.
La seconde, plus pragmatique, conçoit l'écologie comme une technologie chargée de déterminer comment exploiter au mieux la nature et l'environnement sans déclencher de cataclysme, ou le cas échéant, comment contenir les conséquences des cataclysmes déjà déclenchés.

Dans la première acception, l'être humain est clairement l'ennemi, dans la deuxième, il est le but. Les fondamentalistes sont évidemment nombreux dans les partis écologiques, certains n'ayant même pas compris les tenants et les aboutissants de leur logique. Le radicalisme au contraire, traditionnellement défiant des idéologies, prône une écologie pragmatique, pour la mettre en pratique tous les jours. Chacun agira en effet plus utilement dans sa sphère d'influence en ciblant des réalisations concrètes qu'en poursuivant des objectifs idéologiques.

 La voiture par exemple est un fantastique outil de liberté individuelle et familiale, qui malheureusement pollue. Il faut d'urgence mettre au point des technologies nouvelles, pour la motoriser sans pollution. Il s'agit d'un effort industriel, mondial. Localement, tout ce que l'on peut faire, c'est y inciter par des lois et des réglementations fiscales ou en soutenant de jeunes chercheurs.

Malgré cela, les écologistes du premier type s'escriment en permanence contre la voiture en tant que concept. Savoir comment elle est motorisée ne les intéresse guère, c'est l'objet même qu'ils veulent voire disparaître, car c'est l'une des bases de notre civilisation. Ils en parlent bien davantage que des progrès à faire dans le bâtiment. Or dans nos contrées, 50% de l'effet de serre d'origine humaine est du au bâti (et aux habitations en premier lieu) tandis que les transports n'en sont responsables que pour 20% seulement, dont 2% pour le transport aérien. 

 Pourtant, en matière de bâtiment, des technologies hyper performantes sont déjà disponibles et leur mise en œuvre dépend uniquement d'efforts locaux. Le nouveau président du parti radical genevois, Hughes Hiltpold est un jeune architecte très versé dans ces technologies. Il a notamment dirigé la construction du bâtiment de l'OMM qui se trouve être l'immeuble de bureau le plus progressiste à Genève en la matière. Quand à Thomas Buchi, candidat au National, ancien Président du groupe radical au Grand Conseil, c'est un spécialiste réputé de ces questions. En tant que patron d'une entreprise internationale de charpenterie à la pointe de la technologie, il construit des immeubles d'habitation qui ne nécessitent aucun apport d'énergie extérieure.
Cherchez l'erreur. De quel côté se trouve l'efficacité ?

02/08/2007

Comment l'UDC réécrit l'histoire

Amusant, le petit texte cité par M. Bertinat dans son blog du premier août. Le député UDC y voit l'occasion de déplorer qu'en 41, les autorités fédérales étaient unies, contrairement à aujourd'hui... La faute à qui ? Rappelons qu'au Grütli, il y avait Mme Calmy Rey, socialiste mais aussi Mme Egerszegi, radicale... Seules les femmes de l'UDC n'ont pas voulu y aller.

Ceci dit, la réalité n'est pas celle que dépeint, ou plutôt intérprète M.Bertinat. Le bon curé qu'il cite l'écrit lui-même: la discorde semblait avoir disparu... Semblait et semblait seulement, car en réalité, les tensions n'étaient qu'étouffées, entre partisans et adversaires d'une attitude plus ou moins conciliante à l'égard de l'Axe, tandis que les communistes se réveillaient à peine du pacte Molotov Ribbentrop.

L'UDC d'alors dirigeait déjà l'intérieur et les affaires militaires et jouait clairement (avec le radical vaudois Pilet-Golaz, reconnaissons-le) le jeu d'un rapprochement avec l'Allemagne nazie, au nom du réalisme pragmatique face à la pression extérieure. Une pression nazie, qui rappelons-le une fois de plus, n'avait strictement rien à voir dans son esprit et sa forme avec l'Union europèenne que nous connaissons. C'est d'ailleurs le faible niveau actuel de cette pression qui permet la discordance des voix. Si la menace était rèelle, nul doute que le pays ferait taire ses divisions. Pour se défendre ou comme en 41, pour accepter les conditions inéluctables du plus fort. La tentative d'amalgame tentée par l'UDC en la matière s'avère donc particulièrement ignomineuse

 

01/08/2007

Surfer au Grütli

Je viens de passer mes vacances dans une maison bleue... blottie au pied de la dune, sur la côte basco-landaise, au bout de la plage et des rouleaux à surf. Les gens qui vivent là n'ont pas d'internet et pour utiliser son natel, il faut sortir de la maison, courir vers le portail...

D'habitude, même au fin fond de la jungle équatorienne, je me débrouille pour trouver un cybercafé au moins une fois par semaine, mais là j'ai tenu 16 jours… Au retour, ma boîte de courriels était tellement pleine qu'elle avait rendu l'âme: j'avais perdu cinq jours de messages. Me voilà passible d'une condamnation pour crime de lèse modernité. Mais cela fait tellement de bien.
Retour à Genève et à la réalité pour le premier août, où l'on ne parle que des violences de l'extrême gauche lors de la manif des squatters et de celles que n'a pas pu commettre l'extrême droite au Grütli pour empêcher notre Présidente de s'y exprimer…
Preuve s'il en fallait de l'utilité des forces de police pour protéger la démocratie. Tolérance, liberté d'expression et haine de la violence ne doivent pas conduire à laisser commettre des actes dépassant nettement le seuil de la soupape admissible. Certes, il faut bien que jeunesse se passe, mais pas à n'importe quel prix. Je me souviens de l'état de choc d'une amie, clairement de gauche, qui avait assisté, de l'intérieur du bâtiment, aux bris de vitre subies par l'OMM durant le G8. Elle était ébahie par le stoïcisme et le sang froid des policiers qui recevaient sans broncher, attendant les ordres,  toutes sortes de projectiles émanant des excités des blacks blocks, y compris des sacs d'excréments.
Si l'on ne veut pas que resurgissent les vieux démons de la violence aveugle et meurtrière, il faut d'urgence rappeler les règles du jeu : qui contrevient à la loi de manière violente s'expose à une réponse immédiate et appropriée. Et la loi ce sont les instances élues qui l'écrivent, la disent et l'appliquent. Si l'on n'est pas content, on peut tenter d'en changer, aux prochaines élections.
Cela implique bien sûr de donner à la police les moyens de son action. On n'interpelle pas aisément une cinquantaine d'excités décidés à en découdre, mais c'est possible. Une ville comme Genève doit pouvoir se le permettre. Il a fallu que des mécènes privés se mêlent de financer la sécurité de la prairie du Grütli pour que Mme Calmy-Rey puisse s'y exprimer. Devra-t-on à Genève confier la sécurité de nos rues à des agences de sécurité les jours de manif ? Cela ne serait certainement pas une avancée de la démocratie. Quand à perpétuer la gabegie qui a trop longtemps dominé, ce serait le plus sûr moyen de mener au gouvernement des mouvements populistes qui n'ont rien à y faire.

07/07/2007

Ou s'arrête la solidarité à gauche ?

Qu’est-ce qui vit du trafic de drogue (300 millions de dollars de revenus annuels d’après Wikipedia), du racket des populations paysannes, pauvres ou riches et pratique le rapt à grande échelle ? La maffia ? Perdu, ce sont les FARC, qu’un certain nombre de médias suisses, comme l’ats, s’obstinent à définir comme marxistes. Accessoirement cette guérilla ne respecte pas non plus les conventions de Genève, puisqu’en plus des enlèvements et du chantage, elle utilise des armes « sales » susceptibles d’occasionner les pires dommages aux populations civiles qu’elle pressure par ailleurs. J’ai pu m’en assurer en réunissant les témoignages des rares survivants du massacre de 119 femmes et enfants réfugiés dans leur église de Bellavista, dans un film diffusé par la TSR.

ORGANISATION TERRORISTE

L’Union Européenne qualifie cette organisation de terroriste, mais pas la Suisse qui, en la personne de sa Ministre des Affaires Etrangères, l’a toujours refusé. Pourtant, il s’agit bien d’une organisation criminelle qui terrorise les gens. La présence en Suisse de plusieurs personnes se réclamant (ouvertement ou non) des FARC – qui rappelons le, vivent du trafic de drogue – pourrait même finir par nuire au prestige de la place financière, qui fait énormément d’efforts et dépense beaucoup d’argent pour extirper tous les soupçons de blanchiment ayant longtemps entaché nos banques. Ces personnes sont en effet actives, organisent des meetings et des manifestations – notamment le 20 juillet prochain à Berne - disposent, racontent-elles de faux passeports et gèrent depuis notre pays leur communication extérieure et leur site internet. Avec quel argent ?

LE PRIX DU KILOG DE COCAINE 

Lors d’un récent meeting à Genève, soutenu par l’organisation d’extrême gauche Solidarités, on a pu ainsi entendre une véritable apologie des FARC, dans la bouche d’un journaliste français spécialiste de Castro, qui expliquait notamment que les FARC n’étaient pas des trafiquants de drogue, puisqu’elles se contentaient de prélever un « impôt révolutionnaire » sur le trafic. D’ailleurs, racontait-il : « Les FARC se contentent de vendre 15 000 dollars le kilog de cocaïne à Bogota, alors qu’il coûte 45 000 à Miami. Elles feraient donc de piètres trafiquants ! » Qu’un journaliste ne sache pas que c’est précisément au passage des frontières que se fait la culbute financière en matière de trafic de drogue me laisse fort songeur sur la pertinence de ses analyses. En plus, son grand copain de la Havane a semble-t-il un avis radicalement différent sur la question, puisqu’il y a quelques années, il fit condamner à mort et exécuter son meilleur général, héros de la lutte contre les alliés de l’apartheid en Angola,  coupable précisément d’avoir facilité le transit de la cocaïne colombienne (des FARC ?) à destination de Miami. Comme dans la mafia, il y a des parrains qui en croquent, et d’autres qui refusent d’y toucher…

DES COUSINS PARTOUT 

A ce même meeting, on a pu entendre la fille de Rodrigo Granda, récemment libérée par les FARC, raconter comment les FARC avaient été prévenues de l’arrestation de son père par des complicités au parquet du procureur. Cela signifie-t-il que la Justice colombienne est aux mains des FARC ? Non bien sûr. C’est pourtant le genre d’amalgames sur lequel s’appuie l’extrême gauche en Suisse pour impliquer l’Etat colombien dans les horreurs paramilitaires, comme le fait le jeune Benito Perez, journaliste du Courrier, dans un article récent. Perez qui n’était autre que le modérateur de ce fameux meeting. Alors c’est vrai que 20 élus (sur 265 députés et sénateurs), trop proches des paramilitaires, sont en prison et que la ministre des Affaires étrangères a du démissionner parce que deux de ces élus étaient son frère et son cousin. Le gouvernement colombien entend faire le ménage et c’est tant mieux. Mais Perez « oublie » qu’un autre cousin de la ministre, actuellement en prison à Miami (pour trafic de drogue) est… le Ministre des Affaires étrangères des FARC, plus connu sous le nom de Simon Trinidad, arrêté en Equateur où il menait les négociations avec la France et la famille Betancourt. On ne choisit pas sa famille et l’on n’en est pas responsable, qu’elle soit d’extrême droite… ou d’extrême gauche.

Lors de ce meeting, le conseiller national Pierre Vaneck, de Solidarités, a lu des extraits d’une lettre ouverte qu’il avait adressé à Micheline Calmy-Rey, dans laquelle il estimait (je cite de mémoire) que la nature de l’Etat colombien faisait courir les plus graves dangers au vaillant combattant de la liberté Rodrigo Granda (NR : le porte parole des trafiquants de drogue et des ravisseurs, que le méchant gouvernement colombien venait de libérer unilatéralement et qui se trouvait en sécurité dans un monastère catholique de Bogotà ). Il incombait donc au gouvernement suisse, d’après Vanek, de faire pression sur le gouvernement colombien pour assurer la survie du-dit.

Cette lettre paranoïaque, Vanek est parvenue à la faire parapher non seulement de ses copains d’extrême gauche, mais aussi de Ueli Leuenberger et surtout de Liliane Maury-Pasquier, qui, j’ose le croire, avait signé davantage pour être gentille qu’à l’issue d’une analyse poussée de la situation. A laquelle elle aurait néanmoins du procéder car lorsqu’elle signe une lettre à Calmy-Rey, elle influence probablement l’attitude de cette dernière – en tout cas c’est le but - dans une affaire impliquant plusieurs gouvernements et la vie ou la mort de plusieurs centaines de personnes. Sans compter les conséquences sur les flux mondiaux du trafic de cocaïne.

Vanek, ce soir-là, ne faisait pas trop le fier en lisant sa lettre, car il savait déjà qu’elle était nulle et non avenue, puisque le temps qu’il la fasse signer, Granda avait été mis dans un avion en partance pour La Havane. Ce dans l’unique but de faciliter la libération des otages, avec la vie desquels les FARC se livrent à un odieux chantage. Le gouvernement colombien rappelait ainsi qu’il est prêt à des concessions, mais pas à n’importe lesquelles. Notamment, il ne transigera pas sur la question des territoires démilitarisés, qui ferait courir au pays les plus graves dangers. L’immense majorité des colombiens, même de gauche, le suit dans cette démarche, la seule à même d’assurer la sécurité sur le long terme. Une petite minorité, essentiellement des familles d’otages (et l’on peut comprendre l’angoisse qui est la leur), est d’un avis différent. Ils réclament la vie sauve des leurs, à n’importe quel prix. Mais le gouvernement est lui responsable de la sécurité et de la vie de l’ensemble de ses citoyens, et accorder un territoire aux FARC serait une énorme absurdité stratégique. Lorsque les services de Mme Calmy Rey auront compris cela, ils auront fait un gros progrès dans la voie de la paix. 

A cet égard l’article d’aujourd’hui dans la Tribune dépeint assez bien la réalité si l’on sait lire entre les lignes : des centaines de milliers de manifestants approuvant le gouvernement (des millions selon les organisateurs, en tout cas de loin les plus grosses manifestations que la Colombie ait jamais connues) et quelques grandes banderoles pour rappeler la position des familles d’otages. Le besoin d’accord humanitaire est évident, mais pas s’il donne aux FARC les moyens de recommencer demain leurs exactions criminelles.

Un détail encore, en guise de conclusion : en refusant de pactiser avec la droite extrême, l’Entente s’évite le genre de déconvenue qui pend au nez de la gauche genevoise, lorsqu’elle ne sait plus tracer la limite avec son propre extrême : doit-elle soutenir l’extrême gauche démocratique, l’extrême gauche révolutionnaire, l’extrême gauche totalitaire ou même, pourquoi pas les organisations purement criminelles dès lors qu’elles se prétendent marxistes ?

05/07/2007

Merci John Dupraz

En renonçant à la course aux Etats pour ne pas déstabiliser l’Entente, John Dupraz a prouvé la grande qualité de son engagement politique. Contrairement à certains politiciens, il place l’intérêt général au dessus des ambitions personnelles, pourtant légitimes et très certainement fondées dans cette affaire. En tant que radical de fraîche date, je suis particulièrement heureux que ce genre d’hommes se retrouvent dans la formation politique que j’ai choisie. Après 30 ans de carrière consacrée à creuser le sillon de l’objectivité, de la connaissance des hommes et des mécanismes sociaux, mon entrée en politique ne pouvait se faire sous le signe de l’affairisme et de la connivence politicienne.

J’ai des principes donc et je ne suis de loin pas le seul au parti radical, c’est une excellente nouvelle. En l’occurrence, nous partions avec un sérieux handicap dans ce combat, le PDC genevois étant parvenu à répandre dans l’opinion publique l’idée que nous leur avions promis ce siège il y a 4 ans. Ce qui est faux, mais il est toujours très délicat de « retourner » une opinion publique. C’est compliqué, ça prend du temps, c’est tout un art. Je n’étais pas membre du parti radical à cette époque, mais ce que m’ont dit ceux qui étaient les acteurs d’alors (et je n’ai aucune raison d’en douter), c’est qu’ils avaient admis de bonne grâce qu’il était logique qu’un siège de Conseiller aux Etats revienne à Jean-Philippe Maître. A lui, en tant qu’homme d’Etat de grande qualité et d’immense expérience, pas au PDC dans l’absolu.

La vie et la mort en ont décidé autrement et c’est grand dommage.

L’histoire de Jean-Philippe Maître nous rappelle que tous les politiciens et politiciennes de ce canton dotés d'une stature d’hommes d’Etat ne sont pas forcément au parti radical et c’est tant mieux. Nous en possédons cependant un certain nombre, c’est même une vraie tradition chez nous et j’en suis fier. Reste qu’après ces péripéties, il nous faut prouver que l’Entente, bien que n’étant pas partie à point, saura faire mentir la fable et terminer devant la tortue rose-verte. On l’oublie parfois, la politique est d’abord une compétition entre politiciens, et pas toujours entre politiciens de bords opposés. Certains de nos partenaires auraient dit-on préféré le ticket chic qui se présente finalement à quelqu'autre qui eût été plus choc… Mais qui aurait pu faire de l’ombre à sa moitié féminine. Puisqu’on parle de cuisine électorale, entrons dans le détail: John Dupraz est la matérialisation d’une réalité genevoise méconnue : la force très réelle de l’électorat paysan qui vote groupé. En son absence, celui-ci va vraisemblablement se reporter sur le seul des candidats détenteur d’une légitimité à ses yeux, Robert Cramer.

L’écologiste est clairement l’homme fort de son ticket, même en l’absence de toute considération anatomique. Il va récupérer des voix de tous bords, contrairement à Liliane Maury-Pasquier dont les choix sont parfois ambigus et la signature galvaudée. J’y reviendrai dans une prochaine chronique. On peut également penser qu'une fois de plus, c'est sur le ticket de l’Entente que l’homme fort est une femme...

Ce qui pourrait bien offrir, au final, au libéral Renaud Gautier, le « dream-ticket » dont il rêvait à voix haute en ouverture de campagne : Martine Brunschwig-Graf et Robert Cramer, une paire issue de la sagesse des électeurs?  Ce serait la preuve qu'au-delà des partis et du rôle fondamental qu'ils ont à jouer, notamment lors des votations, les électeurs choisissent des hommes et des femmes pour la valeur et les compétences qu'ils leur reconnaissent, voire pour la sympathie qu'ils inspirent, davantage qu'en vertu de telle ou telle appartenance partisane. Une réalité que les états-majors, comme les militants, devraient garder en permanence à l'esprit lors de la composition de telles listes.  Tout comme ils devraient avoir à l'esprit qu'au dessus de l'intérêt, certes réel du parti, il y a l'intérêt de l'Entente (pour le centre et la droite gouvernementale), et surtout, au dessus. l'intérêt de Genève et des Genevois. Il me semble et John Dupraz nous le rappelle, que cette conscience là, on la retrouvee chez les radicaux plus souvent qu'ailleurs. 

07/06/2007

Genève, son jet d'eau et ses soviets

Vive la RSSG (République socialiste des soviets genevois) !
Cela s'est déroulé sans que l'on s'en rende compte. Les soviets ont pris le pouvoir en Ville de Genève et désormais, c'est leur dictature qui fait la loi. Ceci n'est pas une mauvaise plaisanterie, ni une nouvelle de science-fiction. La preuve en est une récente décision de la majorité de gauche au Conseil Municipal, qui a décidé de classer sans suite la pétition signée par 850 habitants de Saint-Jean qui s'opposaient au réaménagement de la rue du Beulet, supprimant nombre de places de parking, au motif que "la dite pétition court-circuite le travail et l'approbation du Forum Saint-Jean Charmilles, structure de démocratie participative à disposition des habitants du quartier".
Pour bien comprendre l'ampleur du scandale, il faut savoir que :

 

1)      le Forum Saint-Jean Charmilles est financé par la ville, plus précisément par une subvention du département des affaires culturelles (quel rapport ?)  de Patrice Mugny et que ses animateurs, professionnels, sont très clairement marqués à gauche, voire à l'extrême gauche.
2)      Il s'y organise des débats, à la Maison de quartier, auxquels les habitants peuvent assister... Mais à des heures où bien des honnêtes travailleurs et travailleuses préfèrent se reposer en famille, dîner ou aller se coucher, plutôt que de participer à des discussions souvent intéressantes, parfois oiseuses, mais dont jamais il n'a été dit qu'il s'y prendrait des décisions concernant l'avenir du quartier. Tout au contraire, lors d'un débat public  où je me retrouvais seul représentant de la droite et du centre face à M. Mugny et Mmes Kunzler et Salerno, les animateurs ont clairement affirmé qu'il ne s'y était jamais voté de décision officielle et que ce n'était pas le but. 
3)      Pas de décision officielle donc, mais une réunion parmi beaucoup d'autres  au cours de laquelle la douzaine de personnes présentes ce soir là (sur plusieurs centaines d'habitants) ont voté à 7 contre 5 le soutien aux mesures d'aménagement du quartier destinées à restreindre le trafic automobile et les places de parking.  Ce qui dans le PV de séance est décrit comme "une large majorité" (mais sans les chiffres) et repris ensuite dans la propagande officielle de la ville à l'époque de M. Ferrazzino, comme "décidée à une large majorité des habitants". Ou comment on réécrit l'histoire, dans la République Socialiste des Soviets Genevois.

 

Alors bien sûr, on peut être d'accord ou pas sur le fond avec la pétition, signée tout de même par 850 personnes, car le moins que l'on puisse dire est que l'automobile est sur la sellette. Elle pollue et il faut trouver rapidement d'autres moyens de la motoriser, mais elle est aussi un fantastique outil de liberté et même M. Pagani reconnait qu'il faut trouver des solutions au parking des habitants, solutions pas du tout évoquées dans le cas du Beulet. De plus, quand bien même il s'agirait d'interdire la bagnole pour des raisons écologiques ou autres, la moindre des choses serait de le faire de manière démocratique, en respectant des règles convenues à l'avance. Pas au travers de tests aléatoires dépourvus de base légale et de droit de recours, selon des procédures floues et plus qu'aisément manipulables. Même les soviets de 1917 avaient davantage de légitimité que ces avatars fantaisistes mis en place par l'ancien Conseil administratif avec le soutien de l'ancien Conseil Municipal. Il est fort dommage que le nouveau conseil municipal choisisse de les confirmer…

02/06/2007

La Bipolarisation est dépassée

En Suisse, comme en France et ailleurs, la bipolarisation est sur le devant de la scène, qu'on la réclame ou qu'on souhaite s'en débarrasser. Elle présente en effet avantages et inconvénients, mais au-delà, elle pourrait bien surtout s'avérer simplement dépassée.

La bipolarisation clarifie certes le jeu démocratique, mais l'éventail gauche droite utilisé depuis la révolution française a pris un sérieux coup de vieux avec la chute du mur de Berlin et l'irruption brutale de nouveaux problèmes devenus rapidement aussi cruciaux que les questions économiques, pour l'avenir de nos sociétés : l'environnement, l'énergie, les migrations, les nationalismes, les tensions religieuses, l'éducation et la morale publique... entre autres

Pour toutes ces questions fondamentales, les clivages découpent les opinions publiques indépendamment de la traditionnelle fracture droite gauche. Les géographies ainsi superposées sont parfois très proches et parfois fort divergentes. Or, la démocratie a besoin de pouvoir disposer de majorités claires sur chacun de ces sujets pour fonctionner harmonieusement. Vouloir les atteindre à travers le jeu des partis traditionnellement soumis au référencement gauche droite suscite rancoeurs et arrangements à la petite semaine, fort préjudiciables à l'image générale de la politique. Mieux vaudrait oser travailler clairement à la composition de majorités spécifiques et diverses sur chacune de ces questions.

On peut objecter que les lignes de clivage parfaitement indépendantes de la répartition économique ont toujours existé. C'est vrai, mais pas aussi nombreuses et surtout pas porteuses de tension aussi fortes, aussi vitales qu'aujourd'hui. Car enfin, à quoi sert de répartir plus harmonieusement nos richesses nationales (dont le mode de répartition est l'unique enjeu réel du dilemme droite gauche) si le climat devient invivable, si les guerres de religion ressurgissent, si nous tombons en panne d'énergie ou si des hordes de gueux affamés meurent en masse à nos frontières. Nous ne vivons pas sur une île et toutes ces catastrophes auront des répercussions immédiates sur nos modes de vie. La politique étant l'art de gérer les affaires de la cité, c'est à gérer cela qu'il faut nous préparer, en adaptant au besoin nos structures de fonctionnement démocratique.

Nous avons de grandes chances en Suisse : la démocratie directe et la représentation proportionnelle facilitent la constitution de majorités de circonstances. Au lieu de s'arc-bouter sur des pôles d'opposition droite-gauche, mieux vaut travailler sur les regroupements transversaux. Ils représentent l'avenir, comme il revient au peuple de trancher, après des débats nourris, des grandes orientations qu'il entend voire suivre sur ces différents thèmes. C'est la position qu'a défendue récemment Fulvio Pelli, en proposant des convergences au coup par coup aux divers partis de gouvernement et cela n'a rien d'une posture électoraliste. C'est une proposition de fonds, visant à moderniser notre jeu politique commun. Il n'est d'ailleurs pas indifférent qu'Antonio Hodgers, sur le blog Monélection.ch de la radioromande, propose des sous-apparentements entre les Verts et le mouvement Ecologie Libérale, qui soit dit en passant, sur Genève, semble en parfaite osmose avec le parti radical.

L'environnement n'est toutefois pas la seule matière ouvrant lieu à ces recompositions de circonstance. Si l'alliance à droite sur l'économie a tout son sens, les clivages en matière internationale et d'ouverture au monde sont notoirement différents. Il en va de même des politiques d'intégration... Osons débattre de manière ouverte, dégager clairement convergences et divergences, et nous pourrons avancer beaucop plus vite dans la recherche des solutions, de manière aussi beaucoup plus claire pour les électeurs qui tôt ou tard devront trancher.

30/05/2007

Du Grütli à Ravensbrück

Germaine Tillion, ma professeur de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes fête aujourd'hui ses 100 ans. Ce week-end sera joué au Châtelet, à Paris, pour la première fois depuis 63 ans, la pièce qu'elle écrivit à Ravensbrück pour ses co-détenues "Le Verfügbar en enfer".
L'enfer, c'est bien de cela qu'il s'agissait dans les camps "Nacht und Nebel", que mon père avait également connu, au Struthof. C'est pourquoi je me permettrais de rappeler ici quelques vérités premières. Les jeunes néo-nazis qui jouent les fier-à-bras sur la Prairie du Grütli ne savent pas de quoi ils parlent et méritent avant tout quelques solides coups de pieds aux fesses. En bon père de famille, je me ferai un devoir (et même un plaisir, soyons réaliste) de participer a cette activité de salubrité publique avec ceux, nombreux, qui semblent du même avis que moi.
Ces jeunes néo-nazis qui semblent avoir l'Europe en horreur et se réclament de Hitler en prétendant défendre les droits populaires helvétiques n'ont décidément rien compris. L'UE se construit pacifiquement par l'agrégation d'Etats souverains qui l'ont décidé librement. Si Hitler avait décidé d'annexer la Suisse, il n'aurait demandé l'avis à personne et surtout pas aux Helvètes par référendum. L'affaire aurait été rapidement règlée. Sauf à considérer que nos vaillants mobilisés seraient restés calfeutrès dans leur réduit alpin pendant que les SS envoyaient en camp toutes les femmes, les enfants et les vieillards restant sur le plateau.  Ils l'auraient pu, ils l'ont fait ailleurs.
Je trouve admirable l'attitude de Micheline Calmy-Rey et j'estime lamentable le petit jeu de petits joueurs auquel se livre le Conseil Fédéral et les cantons de Suisse centrale dans cette affaire depuis plusieurs années. On peut sécuriser Davos, pourquoi ne peut-on pas sécuriser le Grütli ? Et pourquoi ne peut-on pas faire en sorte qu'ils n'aient plus envie de revenir ? Je n'ose pas croire que nos autorités enn charge des tâches policières se sentiraient trop proches de ces sensibilités pour y mettre bon ordre ?  

Je trouve en revanche tout à fait limite la tentative de récupération organisée du PS sur cette affaire. J'estime par exemple que la gestion des finances genevoises par Mme Calmy-Rey fut catasrophique et je désapprouve l'étatisme socialiste, mais je crois que nous devons nous rejoindre, en tant que démocrates, sur les grandes causes qui le méritent. Seulement, pour cela, il ne faut pas privilégier le coup médiatique. Il faut faire passer la grande cause avant l'intérêt partisan. La Prairie du Grütli doit rester l'affaire de tous les démocrates et pas uniquement d'un seul parti. A cet égard, le Grand Conseil genevois (à majorité de centre droit rappelons-le), a montré l'exemple en votant une subvention aux frais de sécurité éventuels que pourraient susciter la venue de la Présidente de la Confédération sur la Prairie. Voilà qui me rend fier d'être Genevois. 

20/05/2007

Et au milieu coule une rivière

Un futur candidat radical genevois au Conseil National et un candidat frontalier aux législatives françaises sous l'étiquette MODEM ont élaboré ensemble un texte fondateur sur les problèmes frontaliers. Il reprend notamment l'idée radicale d'une assemblée transfrontalière dotée de financements autonomes et lance quelques idées forces sur le logment à Genève ou les Transports en France voisine.

Une initiative plus que bienvenue qui pourrait permettre d'accélérer les choses et d'avancer concrêtement dans la prise en charge commune des questions d'aménagement régional. La Tribune de samedi en a parlé en citant quelques extraits, mais sans dévoiler l'intégralité du texte. Le voici donc:

 " Une région, un lac, des montagnes et au milieu passe une frontière. Cela fait des générations que l'on s'en accommode, voire même que nous en tirons parti. Si le Genevois franco-suisse bat tous les records de prospérité, les problèmes créés atteignent aujourd'hui des niveaux alarmants. Ils diffèrent certes de part et d'autre, mais ne trouveront de solution que dans une prise en compte commune.

Le Genevois français bénéficie du taux de chômage le plus faible de l'Hexagone, du pouvoir d'achat élevé du franc, des infrastructures internationales de Genève et des fonds frontaliers qui financent ses communes. Le Genevois suisse bénéficie de ressources humaines dynamiques sans en payer la formation, de réserves d'espace pour loger et scolariser ses nouveaux arrivants… et de la manne fiscale laissée par les frontaliers après déduction des fonds frontaliers, alors que les pendulaires vaudois rapatrient tous leurs impôts sur leur canton.

La frontière disparaît peu à peu de nos vies quotidiennes, mais pas de nos structures institutionnelles. Du coup, elle entrave tous les jours l'aménagement concerté du territoire, indispensable à l'amélioration de notre mieux être ensemble et de notre qualité de vie à chacun.

Côté suisse, le retard accumulé dans la construction de logements exporte en France une urbanisation incontrôlée qui menace les espaces naturels. Côté français, la pauvreté des transports en commun génère d'inextricables problèmes de circulation et de pollution dans la cité genevoise. Récupérés par les extrémistes de tous poils, les antagonismes qui se creusent ainsi peuvent réduire à néant des décennies de prospérité.

De part et d'autre, l'augmentation du coût du logement relègue les jeunes et les plus fragiles. En France, les offres d'emplois peu qualifiés restent sans réponse, faute de logements adaptés aux salaires proposés... et parce que le différentiel de salaire avec la Suisse est particulièrement marqué pour ces emplois là. A l'inverse, si Genève continue de créer des emplois très qualifiés, étendant son bassin de recrutement loin au-delà des limites régionales, les jeunes peu qualifiés et les plus de 45 ans restent trop souvent sur le carreau.

On voit encore à Genève des offres d'emploi réservées aux Suisses ou Permis C, contraires aux accords bilatéraux. Elles aggravent les problèmes de logement et de transport en attirant des Suisses venus d'autres cantons. Or, si l'on ne peut nier une pression frontalière à la baisse sur les salaires suisses, que dire de la pression suisse, à la hausse, sur l'immobilier en France? On n'a pas encore vu de réactions françaises à l'irruption massive des Suisses sur le marché de l'immobilier frontalier mais elles ne feraient qu'aggraver la crise du logement à Genève. 

A cause des fonds frontaliers (et de négociations catastrophiques antérieures dans le dossier de la péréquation financière), Genève cède à Berne une part croissante de ses rentrées fiscales. Elle remplit ainsi une tâche importante de solidarité à l'égard des régions suisses déshéritées. Cependant, l'intérêt de Genève réside aussi dans la solution des problèmes écologiques, sociaux, et sécuritaires de son environnement proche et dans l'amélioration de ses liaisons avec son arrière-pays. Ces questions appellent des réponses courageuses et novatrices.

L'éloignement des zones d'habitation et des centres d'activité, comme l'accroissement exponentiel des écarts de revenu sont deux bombes à retardement. Pour permettre un développement humain harmonieux et préserver durablement l'environnement, il faut maîtriser la croissance et coordonner nos actions publiques.

Des pistes existent. Il faut :

- Réaffecter sur de vrais projets d'infrastructures les fonds frontaliers qui servent trop souvent à des dépenses de superstructures (de jolis lampadaires sur la place du village) et au subventionnement par saupoudrage.

- Créer une vraie politique de l'emploi dans le Genevois français, en cessant de s'en remettre à Genève, pour développer des emplois de proximité dans les zones d'habitation. 

- Aider les communes suisses à construire massivement des logements à côté des zones d'emploi par des mesures d'incitation/pénalités financières.

- Développer le quadrillage du territoire français par les transports publics pour drainer les pendulaires vers le CEVA.

- Asseoir la légitimité populaire du projet d'agglomération par une assemblée transfrontalière élue, dotée de ressources autonomes, comme l'a proposé le Parti Radical Genevois. La France voisine perçoit 104 millions de fonds frontaliers et Genève 236, dont la moitié est ponctionnée par Berne. La moitié de la part française et une somme équivalente côté suisse pourraient financer le fonds d'infrastructure de "l'Assemblée du Genevois". "

Antoine Vielliard,                                             Thomas Büchi

Saint-Julien en Genevois                                   Chancy

Vice-Pdt national Jeunes UDF                          ex-Pdt groupe radical Gd Conseil

Candidat du MoDem                                        Candidat Radical Genevois

aux législatives pour Annemase, St-Julien           au Conseil National 2007

Resp. Marketing chez Procter & Gamble          Pdt Charpentes-Concept  CH/F   www.portevoix.fr                                              www.thomasbuchi.ch

 

 

 

 

18/05/2007

L'Esprit de Genève et le marketing

L'Esprit de Genève et le Marketing
Contrairement à ce que certains semblent croire jusque dans ces pages, l'Esprit de Genève n'est pas un produit que l'on peut vendre comme une savonnette.  C'est une idée, une manière d'être et d'oser, une attitude consistant à faire face aux souffrances du monde en proposant des remèdes originaux. Des solutions nouvelles, souvent transactionnelles, qui peuvent à l'occasion s'opposer à la logique des puissants et pas seulement se positionner habilement dans le lit du vent.
L'histoire est faite d'échecs, de demi-réussites et de progrès considérables ayant entraîné de prodigieux désagréments. Il en va ainsi de la marche du monde et Genève n'échappe pas miraculeusement à la règle. Les philosophes et Necker ont anticipé la Révolution Française, Dunand a inventé la Croix-Rouge, la Société des Nations s'est enracinée ici, les accords de Genève (et ceux d'Evian) ont mis fin aux guerres coloniales françaises… Mais 89 a engendré la terreur, Dunand est mort dans la misère, la SDN s'est brisée sur le conflit sino-japonais, les Etasuniens ont été s'empêtrer au Vietnam et Al Qaïda est en Algérie… N'empêche que bien évidemment, il fallait faire ce qui a été fait et le déroulement des affaires du monde, sans cela, aurait pu être bien pis.

Aujourd'hui on invoque l'Esprit de Genève à tort et à travers. Les gauchistes pour se donner de l'importance en se mêlant de toutes les affaires du monde, les affairistes pour s'enrichir avec ses misères, la Fondation pour Genève en vue d'assurer le train de vie de la région… Mais tout le monde le fait à courte vue. Où sont les visions, les idées des grands penseurs qui depuis ce bout du lac ont ensemencé le monde, en commençant généralement par l'Hexagone?

"Le Monde est un immense tas de merde, disait le beatnick Allen Guinsberg, et pour le changer, il faut la prendre à pleines mains". Las, la vision étriquée dominante aujourd'hui consiste à faire de Genève une capitale des droits de l'homme et des ONG et rien que de ça, accordant l'exclusivité de la vraie politique à New York. C'est là un singulier abandon de nos responsabilités. Les affaires du  Monde ont un urgent besoin de démocratie, et les ONG ne sont pas démocratiques. Elles représentent au mieux des lobbys, au pire elles-mêmes. Il est très bien qu'elles existent et aiguillonnent le pouvoir politique mais qui paie commande. Or, quand de riches fondations de droit privé en viennent à décider quel programme de santé il faut soutenir et que parallèlement, les programmes de santé publique sont réduits pour cause de restriction de budgets, nous avons, le monde a, un énorme problème.

La charité des riches dames patronnesses, c'était très bien au XIXème siècle, mais depuis on a inventé des formes de solidarité beaucoup plus performantes et efficaces socialement. Au lieu de chercher à retourner à l'époque de Zola et de Germinal, tentons d'appliquer au monde les recettes qui ont généré la cohésion sociale de nos sociétés occidentales.

Pour cela, il faut plus de gouvernance mondiale. Elle ne se construira pas toute seule. Elle prendra des formes originales qui restent à inventer, mais ce n'est certainement pas en partant du principe que l'ONU est irréformable que l'on y arrivera.
Genève a son mot à dire, car elle constitue un fabuleux laboratoire d'idées. Des dizaines de milliers de hauts fonctionnaires de tous les pays s'y réunissent, s'y côtoient tous les jours et forment, bien davantage qu'à New York, l'embryon d'un gouvernement du monde, dont les Organisations spécialisées, qui ont leur siège ici, sont les ministères. C'est en osant promouvoir des idées fortes et réellement démocratiques que Genève justifiera l'honneur insigne (et fortement rémunérateur) qui lui est fait. Des principes démocratiques, c'est-à-dire ancrés dans le suffrage populaire, contrairement aux arrangements d'officines ou aux manipulations d'opinion publique que représentent au mieux les ONG.
Certes les droits de l'être humain sont fondamentaux, mais le premier de tous c'est de pouvoir gagner de quoi vivre et de quoi faire vivre décemment sa famille, dans un environnement en paix. Ce qui est juste impossible pour plus de la moitié des êtres humains.  De cela, le monde et toutes les ONG ne se préoccupent pas assez. Parce que le fait divers tragique est plus spectaculaire que le dénuement quotidien et parce que changer le monde, c'est trop difficile et c'est utopique.
Or c'est précisément cela, l'Esprit de Genève : faire en sorte que l'utopie d'aujourd'hui devienne la réalité de demain. En combattant contre les moulins s'il le faut, parce qu'il en restera des traces, pour les générations suivantes. Alors de grâce, Messieurs les retraités illustres et leurs amis aux ressources considérables, ne jouez pas petits bras, osez rejoindre la volonté populaire. Un sondage international le montre : les gens veulent d'avantage de gouvernance mondiale et de concordance internationale. C'est cela qu'il faut viser à mettre en place, pas une ONG de plus.

14/05/2007

Une villa contre une dette

A quelques jours d'intervalle, nous avons appris que le Canton allait devoir verser quelque 40 millions de plus que prévu à Berne sur ce qu'il a engrangé grâce aux fonds frontaliers... et que le Canton envisageait de vendre une villa magnifiquement située au bord du lac, juste avant le Vengeron, actuellement louée à la Confédération, plus particulièrement aux Affaires Etrangères, pour la modique somme de 200 000 Francs par an, soit un peu plus de 16 000 francs par mois.

Un tel loyer ne vous semble en rien modique et à moi non plus d'ailleurs, mais croyez-moi, pour cette surface, ce charme et surtout cet emplacement avec plage et débarcadère privé, c'est donné. D'ailleurs la villa est mise en vente à 40 millions, ce qui fait un loyer annuel, de 0,5 %, dix fois inférieur à ce qui se pratique habituellement en matière immobilière.

Les affaires étrangères sont très tristes de cette mise en vente, car la villa leur est très utile pour organiser à Genève des rencontres politiques impromptues de haut niveau, ou des raoûts ma foi fort sympathiques pour les internationaux. Des petites fêtes bien plus utiles qu'elles n'y paraissent car elles permettent aux différents acteurs de la Genève internationale de se rencontrer de manière transversale et décontractée, ce qui favorise à la fois la solution des problèmes et l'émergence d'un sentiment aujourd'hui majoritaire dans le monde (dixit le sondage mondial publié lundi par la TdG) à savoir que nous avons un urgent besoin de renforcer la gouvernance mondiale.

Pour en revenir à nos moutons, il n'a sans doute pas échappé à notre grand argentier que la valeur de la villa correspondait à peu près au solde réclamé par Berne, mais non prévu au départ... Donc en principe pas forcément nécessaire au budget fédéral... Pourquoi donc ne pas échanger purement et simplement la villa contre cette nouvelle dette ? Je sais bien que les comptes des administrations publiques ne fonctionnent pas comme cela, mais les compensations comptables, ça doit pouvoir exister. Tout le monde serait content: Genève ne subventionnerait plus indirectement des activités relevant de la Confédération et Berne, ou plutôt la Mission susise auprès des organisations internationales, conserverait l'une de ses armes secrètes...     

07/05/2007

De tout et de rien

C'est fait, les Français ont signé, c'est pour... pour quoi au fait ? Seul l'avenir le dira. Quelques remarques en vrac. Etonnant d'entendre le jeune facteur Besancenot clamer, au soir du 2ème tour que le résultat des urnes est trompeur et qu'il n'y a a pas 53 % de Français qui prônent le libéralisme. Non effectivement, il y en a plus que ça, à commencer par bon nombre de centristes clairement libéraux sur le plan économique, qui ont néanmoins voté contre Sarko, parce que sur d'autres points, le personnage leur déplaisait.

Son premier acte a d'ailleurs été hautement symbolique: laisser poireauter ses humbles sujets sur la place de la Concorde tandis que lui-même se gobergeait au Fouquet's avec ses potes people. Même si c'était pour faire durer le suspens et rallonger la soirée jusqu'à point d'heure, le geste est un peu trop monarchique à mon goût. Il va lui falloir maintenant mener ses réformes à bien et l'on va vite voir si le fabuleux talent dont il a fait montre dans sa course au pouvoir, en matière de communication politique, se traduira par autant de compétences dans la gestion des affaires. Parce que ce n'est pas vraiment le même métier...

Lui, ou son entourage, ont parfaitement lu Gramsci mais aussi K. Dick et compris qu'il fallait d'abord prendre le pouvoir sur l'opinion, et qu'en ce domaine, la vérité, quelque part, comptait moins que la manière. Qu'il pouvait suffire, lorsque c'était habilement mené, de répéter inlassablement les mêmes clichés pour les imposer à l'imaginaire collectif. C'est d'ailleurs une théorie des néo-conservateurs étasuniens que de prétendre que la vérité, c'est moins ce que dit la science ou le savoir théorique que le consensus sur lequel une population peut se retrouver.

La victoire de Sarkozy l'illusionniste, c'est d'abord la victoire de la société du spectacle. En ce sens, elle est bien fille de Mai 68, ne lui en déplaise... Non pas du mouvement de la rue, mais bien du mouvement des idées qui ont faconné la fin du XXème siècle.

Comme j'ai foi en la démocratie, je pense que ce n'est pas si grave et que comme tout mouvement de balancier, il suscitera son mouvement contraire. Le parler vrai va reprendre du poil de la bête, non pas dans la forme, car sur ce point, Sarkozy semble imbattable, mais sur le fond. Lors des législatives, déjà, où le nouveau Mouvement démocrate bayrouiste va devoir prouver sa légitimité et sa force, et à plus long terme, dans cinq ans, lorsqu'il faudra bien pour une fois, dresser un vrai bilan. En souhaitant, que rien d'ici là, aucune crispation irrationnelle, d'un côté ou de l'autre, ne vienne entraver le cours normal de la démocratie.

Sur un tout autre sujet (encore que), une petite remarque à l'intention de M. Bertinat. Moi non plus, je ne connais pas de néo-cons onusiens, ce qui serait assez antinomique. Il devrait me relire. Je parlais de néo-cons étasuniens. Le terme, accepté par tous les dictionnaires modernes, désigne les ressortissants des Etats-Unis, le qualificatif d'américains étant à double sens. La confusion est très mal vécue et parfois même ressentie comme insultante par les américains qui n'ont rien d'étasunien, au Canada comme dans toute l'Amérique latine...  Au delà du politiquement correct, il s'agit de mettre fin à une confusion linguistique qui n'existe pas dans d'autres langues, en espagnol notamment. 

 

19/04/2007

Une Mosquée, des armes et l'UDC

La relation de cause à effets décrite par M.Bertinat au sujet de l'aide aux irakiens est, une fois n'est pas coutume, parfaitement vraie. Il faut dire que l'idée n'est pas très compliquée: les vendeurs d'armes étasuniens poussent à la guerre, qui tue des gens et détruit un pays tandis que les survivants s'enfuient et quémandent de l'aide aux pays européens, dont la Suisse. Et tant que les vendeurs d'armes étasuniens n'arrêteront pas la guerre, le flux des réfugiés ne risque pas de se tarir. Et nous de payer. C'est assez simpliste et pas vraiment un scoop, mais bien vu.

Le hic, ce que M. Bertinat oublie de dire, c'est que les gens qui sont à l'origine de ce cycle infernal sont de sa famille politique. Au niveau de la pensée, entre l'UDC et les néo-conservateurs étasuniens on ne glisserait pas un papier à cigarette (Pour emballer quoi, on se demande ?)

Sur les questions du proche-orient, ils ont les mêmes références idéologiques, comme Orianna Fallaci que M. Bertinat cite abondamment dans un autre texte, mais aussi les mêmes lacunes en matière de connaissances de l'autre, de la culture islamique en particulier. Méconnaitre son ennemi constitue pourtant une grossière erreur, mais ils ne sont plus à ça près. 

Entre deux citations de Fallaci, Bertinat oppose ainsi sunnites et wahhabites. Ouaouh ! Quelle science. Sauf que si tous les sunnites ne sont pas wahhabites, tous les wahhabites sont sunnites. C'est un peu comme si l'on opposait Benoît XVI et les gens d'Econe d'un côté, aux catholiques de l'autre... M. Bertinat est cependant en bonne compagnie, puisque M. Sarkozy, pourtant ministre des cultes en France, ne sait pas la différence entre un shiite et un sunnite... Ni pourquoi certains peuvent être membres d'Al Qaïda et pas d'autres, ce qui pour un ministre de l'intérieur chargé de la lutte anti-terroriste n'est tout de même pas une preuve de compétence....

 http://www.dailymotion.com/related/2752454/video/x1mwy3_sarkozy-piege-par-bfm-tv-rmc-sarko/1

En matière de religion on retrouve encore les mêmes tics chez les néo-conservateurs étasuniens que chez les UDC. A savoir un goût prononcé pour les mouvements chrétiens fondamentalistes, qu'ils soient d'origine coréenne, comme les moonistes, protestants étasuniens ou même catholiques intégristes. Les blogs des jeunes UDC valaisans sont d'ailleurs édifiants.

Que l'UDC et les néo-cons pensent pareil, après tout, ce ne serait que leur problème, si l'argument de M. Bertinat ne visait pas à contrecarrer expressément le seul remède possible aux conflits socio-religieux de la planète, à savoir l'aide au développement. La guerre en Irak a effectivement coûté déjà plusieurs centaines de milliards, plusieurs fois l'équivalent de toute l'aide mondiale au développement. Avec à peine 2 ou 3% du montant dépensé, Washington aurait pu obtenir le départ pacifique de Saddam et la reprise du développement d'un pays qui était la réussite la plus spectaculaire de tout le monde arabe en matière de technologie, d'universités, d'égalité des droits de la femme, d'indépendance vis à vis de la religion, etc... Ah oui, mais justement la laïcité, ça ne leur plaisait pas tellement aux néo-cons, c'est un truc de communistes ça... Comme en Afghanistan où nos alliés wahhabites leur avaient mis la pâtée aux Soviets...