16/08/2014

J’ai piloté au 1er Grand Prix écolo de Suisse à Lignières ce week end

Vendredi 15 août s’est tenu à Lignières le 1er « Swiss Energy Grand Prix ». Qui pourrait être suivi de beaucoup d’autres tant la formule parait prometteuse. Certes, le bruit des moteurs à explosion manque à certains, mais le vacarme des échappements libres ayant marqué toute mon enfance, surtout les conflits de voisinage qu’il générait avec les habitants du village voisin, je ne le regretterai pas une seconde.

 

Le circuit de Lignières a en effet été créé par mon père en 1960-61, qui l’a géré jusqu’au début des années septante. Mon enfance fut rythmée par les courses de voitures, les visites de Jo Siffert ou du champion du monde de side-cars, Florian Camathias et des écuries et pilotes de toute la Suisse, dont de nombreux genevois comme Vetsch, Pouponnot ou Ramu-Caccia. Sans oublier les démêlés de mes parents avec les autorités civiles se plaignant du bruit, qui s’entendait parfois jusqu’en haut du Chasseral ou descendait jusqu’au Landeron ou à Saint-Blaise… Le pire, c’était un sport-prototype à moteur Wankel et échappement libre, pilotée par un jurassien, dont les crissements suraigus à 20 000 tours minute vous explosait les tympans.
Exit le bruit, donc avec les bolides électriques et c’est tant mieux.

Bolides électriques, oui, mais avant tout voitures de séries. Juste encore un peu expérimentales. Ce qui retourne aux sources du circuit, lorsqu’au début des années soixante, les constructeurs ne disposaient pas encore d’installations d’essais très sophistiquées. Beaucoup venaient donc peaufiner leurs essais dans les montagnes neuchâteloises : Mercédès, Simca, Abarth, Triumph et bien sûr Peugeot, qui venait en voisin. Michelin et surtout Kléber-Colombes n’étaient pas en reste, et le pneu V10GT, best-seller s’il en est, d'une technologie révolutionnaire, fut ainsi mis-au-point à Lignières.
De même, les premières caméras du monde tournant au 1/1000è de seconde, inventées par Longines, le voisin de Nods, furent développées sur le circuit pour étudier les déplacements de masse en virage et utilisées par la suite pour le chronométrage.  On les appelait les « Chronotypogines ». Un nom délicieusement suranné, qui fleure bon la SF des années 50-60, comme le nom du circuit d’alors, « l’Institut International de Psychodynamie ».
L’étude des déplacements de masse était en effet la marotte de mon père et l’optimisation de la tenue de route son idée fixe. Il la jugeait non sans raison plus importante que la puissance brute du véhicule, tant pour les performances, au travers de la consommation, que pour la sécurité. Il l’avait d’ailleurs prouvé en comparant trois véhicules étroitement dérivés l’un de l’autre : une VW coccinelle, une Porsche 911 et une Porsche 904, qui en était la variante sport-prototype. Les moteurs avaient été interchangés, sans riche modifier des freins ou des suspensions et les temps chronométrés, sur un circuit très sinueux comme Lignières, étaient extrêmement clairs : une 904 avec un moteur de coccinelle tournait plus vite qu’une coccinelle avec un moteur de 904… Les résultats auraient été probablement différents sur un anneau de vitesse, mais là…

Je songeais à cette expérience au moment de prendre le volant comme deuxième relayeur de la Smart Brabus électrique. Partis avec un handicap favorable, car doté de la moins bonne autonomie du plateau, comme deux autres Smart, nous étions en tête après 35 tours, grâce au talent de Freddy Amweg, multiple champion suisse de course de côtes. 25 tours plus tard, nous l’étions encore quand j’ai rendu le volant à Fred Yerly. Sauf que si j’avais pris le véhicule avec 50% d’énergie consommée, j’en avais à mon tour consommé 30% et que le pauvre Fred n’avait donc aucune chance de pouvoir terminer la course sans recharger. Ce qu’il fit dès le tour suivant.

Malheureusement, si un « pit stop » en F1 prend au plus quelques dizaines de secondes, là on parle de longues minutes… Dommage que le système Renault qui consiste à changer tout le rack de batteries d’un coup n’ait pas pu concourir, c’est sans doute une solution d’avenir. En attendant, nous avions conduit l’œil sur le manomètre de puissance, en prenant garde de ne pas dépasser la mise en action de 50% de l’énergie possible. Un peu frustrant, en compétition, mais qui veut voyager loin ménage sa monture…
L’un des exercices les plus amusants était de ne jamais freiner, ou en cas d’urgence, de freiner le moins possible, même pour passer l’épingle à cheveu, pour utiliser à fond le récupérateur d’énergie à la décélération, qui agit comme un frein moteur puissant. Récupérateur d’énergie dont on peut faire varier l’intensité, tout comme celle de la puissance disponible à l’accélération, par des palettes au volant. Plutôt mal placées d’ailleurs, dans un circuit aussi sinueux, si l’on veut être efficace en virage.

Or, c’est là tout le sel de l’histoire : si l’on dispose d’une petite auto dont on ne peut pas utiliser la puissance, la seule manière de faire des temps, c’est de passer le plus vite possible en virage. Ce que Freddy Amweg, l’as des courses de côte, qui a couru sa première compétition à Lignières encore adolescent fit à merveille, de même que Fred Yerly, son gendre, qui court en championnat allemand des voitures de Grand Tourisme, sur une Mercédès SLS. Pour ma part, je n’avais pas eu l’occasion de m’essayer le matin à ce pilotage si particulier, contrairement aux autres pilotes, mais en revanche je connaissais le circuit comme ma poche depuis l’âge de 7 ans, où j’y avais pris le volant seul, pour la première fois… Avec une vieille coccinelle au moteur lavé, qui plafonnait à 60 à l’heure. Tourner le plus vite possible en allant doucement, j’avais donc quelques idées sur la question.

Comparées aux autres véhicules du plateau, Renault Eon, Nissan Leaf, Mitsubishi I-miev ou Vw e-Golf, notre handicap était sans doute un peu trop favorable, puisque nous tournions au moins aussi vite qu’eux et que les trois Smart ont réussi un tir groupé dans le même tour, aux 3, 4 et 5 ème place. 4ème place en ce qui nous concerne, avec un arrêt recharge de 9 minutes… Avoir le pied plus léger aurait peut-être pu nous éviter quelques minutes de recharge et nous permettre de rester en tête… Du moins des non TESLA, car il faut bien le dire, les vraies gagnantes de la soirée, et haut la main, ce sont les deux Tesla. Les deux seules qui ont pu attaquer sur toute la durée, grâce à leur autonomie phénoménale pour une auto électrique. Sur le papier, 340 km pour le petit roadster et 400 pour la « S », grande routière sportive… Nettement moins tout de même « à fond, à fond, à fond », la roadster a fini poussée à la main, mais elles sont tout de même parvenues à grignoter leur énorme handicap, qui était de 20’ pour la « S ».

 

Ce week-end se poursuit en beauté au circuit de Lignières, aujourd’hui et demain, avec des compétitions de voitures de course historiques, dont la Griffon du Genevois Ramu-Caccia, un sport prototype construit dans les années 60 à l’école d’ingénieurs de Genève et pilotée aujourd’hui par le filleul de Ramu-Caccia, René Desbaillets, qui était l’un des étudiants constructeurs à l’époque. Il est aujourd’hui vigneron, député PLR et président de l’ACS.
On y verra encore des ventes aux enchères de véhicules d’époque, la projection en open air du film « Rush », un concours d’élégance automobile (ah non ça c’était hier) et dimanche à midi, un hommage à mon père. Que les organisateurs, le TCS, qui gère aujourd’hui le circuit et Nyou-sa, société d’événementiel biennoise en soient ici remerciés.

25/10/2012

Les TPG moins importants que le foot ou le hockey ?

Si Bertarelli avait du se contenter du savoir-faire lémanique, jamais la Nautique n'aurait remporté la Coupe de l'America. Non pas que nous n'avons pas de bons marins, nous en avons d'excellents. Mais pas suffisamment et pas suffisamment pointus dans le domaine concerné. Organiser un réseau de transports publics à l'échelle régionale c'est un job tout aussi spécifique et qui en tout cas concerne au premier chef la vie quotidienne de centaines de milliers de Genevois. Ce n'est pas juste une planque pour échapper au chômage. Lire comme je l'ai lu dans les commentaires des blogs entre une invitation à fusiller Mme Kunzler et une insulte envers "les Frouzes" qu'il suffisait de former un Genevois, est d'une débilité fondamentale. Qui l'aurait formé ? En combien de temps ? Le candidat sélectionné a l'expérience d'un tel job, et elle est unique. Par ailleurs, pour couper court à la rumeur insistante selon laquelle la France n'engage pas de Suisses, j'aimerais rappeler qu'au milieu des années 2000, le responsable genevois de la mobilité, suisse formé à l'EPFL sauf erreur, a été engagé pour s'occuper de l'implantation du tram dans  des grandes villes françaises. C'est comme au foot, il y a un marché des compétences, et ça tourne. Il y a quelque chose de schyzophrénique et de masochiste à accepter de prendre "le meilleur" pour courir après un ballon ou un puck, mais pas pour organiser nos transports au mieux !

26/03/2008

Banquise et glaçons

 

Loin de moi l'idée de remettre en cause le réchauffement climatique. Même si la tempête de neige que j'ai affrontée en redescendant de Zermatt était assez inhabituelle pour un vendredi saint. Il paraît évident que d'importants bouleversements climatiques sont à l'oeuvre. Tellement importants qu'ils dépassent peut-être le pouvoir de nuisance de l'influence humaine, mais cela ne signifie certainement pas que nous devons nous abstenir d'essayer d'agir, bien au contraire.

Non, mon propos est simplement de souligner une fois de plus combien certains journalistes, politiquement corrects, se croient autorisés à écrire n'importe quoi, dès lors que c'est dans le sens du vent. Et combien ils sont peu surveillés par leur hiérarchie, les compétences scientifiques et la qualité de réflexion logique étant choses assez mal répandues dans les rédactions.

Une fois encore, c'est l'ats qui est en cause. Il faut dire que la bible de la presse helvétique les accumule dans un certain nombre de domaines bien précis que sont au moins l'automobile, le réchauffement climatique et la Colombie.

Exemple reproduisant la fin d'une dépêche de ce matin :

« La fonte accélérée des glaces de l'Antarctique - plus de 13.000 km2 de banquise ont disparu en cinquante ans - pourrait contribuer de façon importante à la montée du niveau des océans. Selon certaines projections au rythme actuel (3 mm par an de 1996 à 2006), les océans pourraient avoir gagné 1,40 mètre d'ici la fin du siècle ».

D'abord, c'est du niveau de physique d'un gamin de 12 ans, un glaçon qui fond ne fait pas monter le niveau de l'eau dans un verre. Parce qu'une partie du glaçon flottait déjà sous l'eau et que le reste est une question de densité. Archimède l'avait déjà compris.

Les 3 mm d'élévation annuelle du niveau des Océans sont dus à la glace qui fond sur le continent Antarctique ou sur le Groenland et c'est un problème. Un gros. Mais la banquise n'y est pour rien. Quand au rédacteur de l'ats, il n'est pas seulement nul en physique, mais aussi en arithmétique. Ou en français, c'est selon. Parce qu'en bon français, 3 mm d'élévation par année, projetée sur un siècle, ça fait 300 millimètres, soit 30 centimètres. Pour que cela fasse 1,40 mètres, il faudrait attendre 466 ans et quelques mois... A moins bien sûr de changer de rythme...

C'est précisément ce qui pourrait bien être en train de se produire.

18/03/2008

La presse ne doit pas commander à la justice

Etonnant Paychère, lors du débat sur Léman Bleu lundi soir. Oser reconnaître qu'en matière de justice. Il tire ses informations et ses arguments d'articles de presse, il fallait le faire. Surtout lorsqu'il utilise des sources aussi peu fiables pour mettre en cause l'intégrité du Procureur Général en exercice.

Il est de notoriété publique à Genève que les deux chroniqueuses judiciaires des quotidiens de la place, détestent Daniel Zappelli, pour des raisons qui leur sont personelles. L'une en particulier, celle du Temps en l'occurrence, a entraîné l'autre dans son étrange combat, sous l'oeil médusé et amusé de leurs collègues. Elles flinguent donc le PG à longueur d'articles, tant et tant que c'en est devenu comique et que chaque année, la revue de l'ordre des avocats en fait ses choux gras.

Tant qu'on reste entre saltimbanques, l'affaire est amusante, mais que le prétendant à la fonction reprenne à son compte leurs délires paranoïaques dépasse l'entendement.

Ce n'est pas au 4ème pouvoir, la presse, de dicter sa ligne de conduite au 3ème, la justice. En saine démocratie, chacun doit rester dans son rôle et n'en point sortir. Cette déplorable habitude, pour la justice de travailler sous les flashes de la presse est née sous le Procureur Bertossa, qui adorait cette reconnaissance publique honorant sa très haute valeur...

Le prix de tout ceci fut un certain nombre de procès bâclés, enclenchés sans biscuits, c'est à dire sans preuve suffisante pour l'accusation, juste pour faire plaisir aux médias et donner l'illusion au bon peuple que l'on s'attaquait aux méchants riches. Sauf qu'en réalité, l'affaire était tellement mal menée que c'est le pauvre contribuable qui finissait par verser de l'argent, de grosses sommes d'argent, au riche accusé sans preuve...

La presse n'a pas à imposer son rythme effréné ou ses intérêts scandaleux à la justice, qui a besoin de sérénité et de discrétion pour faire son travail.

Un exemple des accusations grotesques portées par Paychere: le PG aurait absout un candidat du MCG par choix politique. Mais depuis quand les radicaux soutiennent-ils le MCG ? Dans ce dossier Cerrutti, pour le nommer, il n'y a a rien. Ou plutôt, il y a la preuve que des gens ont voté à la place d'autres, comme cela se produit assez régulièrement, dans nombre de petites communes, ou par correspondance, mais rien qui prouve que c'était en faveur du MCG en particulier.

J'ai personnellement, en tant que radical et en tant qu'ex-frontalier, une antipathie fort prononcée à l'égard du MCG, mais le respect de la justice commandait le classement de l'affaire.

17/03/2008

Paychère censure et la presse lynche

Dans son blog ici même, entre une recette de cuisine et des propositions sur le rôle des concierges d'immeubles en matière de maintien de l'ordre, façon noyautage du peuple, le candidat Paychère explique sa ligne de conduite en matière de censure. Qu'il s'empresse de contredire immédiatement. Je cite :

 

"je me réserve la faculté de publier les messages que je choisis. Je ne diffuserai donc pas ceux que je considère comme offensants pour mon adversaire… J’ai de la peine à comprendre l’intérêt des commentaires chargés d’invectives, prononcées en général sous le couvert – courageux (!) – de l’anonymat. Je ne suis pas non plus enclin à publier de tels textes, qui n’apportent rien au débat démocratique ".

Or juste en dessous, le candidat publie le pamphlet suivant, d'un citoyen courageux mais néanmoins anonyme :

"Dans le dossier de la BCGE, qui a coûté 3 milliards aux contribuables et qui s'éternise, la responsabilité de M. Zappelli me semble engagée. Qui sont les avocats des prévenus? ces avocats ont-ils la capacité d'influencer le procureur Zappelli pour que ce dossier patine ?"

Alors certes le ton est poli, mais l'accusation implicite est gravissime : il s'agit là de collusion, on laisse entendre que l'accusation est de mèche avec la défense. Si de telles assertions étaient prouvées, c'est en prison qu'il faudrait envoyer le PG… dans sa réponse, Paychère commente sans démentir.   

Un autre internaute, qui signe Stéphane Palois, m'a transmis cette intervention également très polie, qui prend la défense de l'attitude courageuse et posée de M. Zappelli, dans l'affaire de la BCGE. Il a transmis son petit texte à M. Paychère sur son blog… et celui-ci s'est empressé de l'effacer, sans le publier… Décidemment, avec une certaine gauche, la tentation de la censure n'est jamais bien loin. C'est son droit, sur son blog. Mais au moins, qu'il n'ait pas l'outrecuidance de se présenter en chevalier vertueux.

 

"La précipitation, en matière judiciaire, est mauvaise conseillère. La débâcle de l'accusation, au procès Swissair comme à celui de la BCV, vient encore le prouver.

M. Zappelli a fait en sorte que cela n'arrive pas dans l'affaire de la BCGE, en sollicitant une expertise comptable détaillée, qui fut certes longue mais qui aboutit à établir clairement les responsabilités. Maintenant le procès peut avancer.

Cette formule me parait bien plus professionnelle, sauf à vouloir transformer les procès de ce genre en simple catharsis, en happenings sans espoir de condamnation, comme cela fut fait par le passé. La justice est-elle destinée simplement à permettre un grand déballage à donner en pâture aux médias et au bon peuple?

Du grain à moudre pour les médias, plutôt que des faits établis justifiant des condamnations, n'était-ce pas là le grand talent de votre illustre mentor ?"

 

J'ajouterai personnellement que les quotidiens genevois sont en train d'essayer de faire payer à Daniel Zappelli son manque de disponibilité à l'égard des médias. On assiste à un véritable lynchage médiatique, aussi peu objectif que mensonger. Mais la justice n'a aucunement à être aux ordres des médias. La presse a besoin de coups d'éclats, là où l'exercice serein de la justice requiert le calme et la tranquillité.

Mo-Dem : pari raté, pari réussi

1621 voix pour Antoine Vielliard, contre 1670 pour son concurrent socialiste pour lequel le candidat UMP avait fait la dernière semaine une campagne discrète, mais apparemment efficace, puisque 300 de ses voix du 1er tour se sont reportées sur le candidat de gauche. A noter que le fils du candidat UMP mauvais joueur est le suppléant de Bernard Accoyer, patron annécien des députés UMP, qui s'est juré d'extirper le Mo-Dem de Haute-Savoie.

Comme à Pau où le candidat UMP, sorti 3ème, s'est maintenu, comme à Ferney-Voltaire où là aussi le candidat UMP arrivé 3ème s'est maintenu, faisant échouer Fabienne Faure sur le fil, l'UMP a préferé faire élire un candidat du PS plutôt qu'un MoDem qui refuse de s'aligner. Le PS, pense t'on dans les hautes sphères sarkoziennes, n'est pas un réel danger sur le plan national. Localement, il fait mal, très mal même, mais dans l'état actuel des choses, l'ennemi à abattre pour préparer les présidentielles de 2012, c'est Bayrou et son Mo-Dem. Ce qui prouve qu'on ne raisonne pas en termes politiques, chez Sarkozy, mais uniquement en termes de pouvoir personnel

La mauvaise nouvelle, c'est que Sarkozy a presque réussi son pari. La bonne, c'est qu'il a échoué. De peu, mais échoué tout de même. Car partout en France dans de petites villes comme St-Ju ou Ferney, mais moins exposées médiatiquement, une poignée de Mo-Dem sont parvenus à passer entre les gouttes du rouleau-compresseur UMP et sont devenus maires. Ils seront le fer de lance de la reconquête. Plus sûrement, l'attitude sarkozienne nous convainc de la justesse de notre démarche. Il doit être possible d'exister politiquement dans ce pays, sans prêter allégeance à l'omniprésident bling bling ou à un parti socialiste préhistorique. Sinon l'Hexagone est vraiment très mal parti.

Dans l'immédiat, il faut soutenir nos candidats, qui se sont battus avec dynamisme et ténacité frôlant le but de si près... L'heure est difficile, pour eux particulièrement. Courage donc. Et rendez-vous aux prochaines échéances.

12/03/2008

Le Mo-Dem très bien placé en France Voisine

Le Mouvement Démocrate de François Bayrou fait très fort en France voisine, où il a toutes les chances d'emporter les mairies de Ferney-Voltaire et Saint Julien en Genevois.

Déjà, au niveau national, il serait utile de rectifier certains chiffres. 3,5% c'est la moyenne de voix recueillies par le Mo-Dem sur tout le territoire national, sauf que le nouveau parti ne se présentait pas partout, loin de là. Parti urbai, pour l'instant, il privilégiait les villes moyennes et grandes. Il était ainsi présent dans quasiment toutes les villes de plus de 10 000 habitants et là le taux moyen est de 15,9 %, beaucoup plus proche de son réel impact national et du score de François Bayrou aux présidentielles.

C'est ainsi qu'au premier tour en France voisine, les deux ex-candidats Mo-Dem aux législatives qui se présentaient chacun dans leurs communes sont sortis deuxième avec respectivement 29,7 % (et 13 voix de retard sur le 1er, un vert qui avait lui-même sollicité, sans l'obtenir l'investiture Mo-Dem) pour Fabienne Faure à Ferney et 32,4% pour Antoine Vielliard à St-Ju.

Pour dimanche, Antoine Vielliard est le mieux placé, face à un maire socialiste sortant qui a fait exploser la dette de la commune en dépit de l'arrivée des ressources des taxes sur le casino. La liste UMP s'est en effet finalement retirée sans contrepartie après quelques vaines manœuvres d'intimidation et le candidat centriste devrait rattraper sans trop de mal ses 300 voix de retard, d'autant qu'il fait très fort dans les quartiers populaires. Ses soutiens genevois sont clairement radicaux et PDC, tandis sa liste regroupe des notables locaux de l'UMP et des sympathisants du PS, lassés de part et d'autres des errements de leurs leaders respectifs.

A Ferney, bien que l'écart soit moindre, la partie sera plus délicate pour Fabienne Faure, mais elle conserve toutes ses chances. Le Maire sortant, UMP, a raté sa sortie et plafonne à 25%, mais se maintient malgré tout, de même qu'une petite liste que l'on dit très conservatrice. Le vert sorti en tête ayant froissé passablement de susceptibilités, par sa brusquerie lors de passages précédents aux affaires, le vote utile devrait se reporter sur Fabienne Faure, qui apparaît comme "la" candidate responsable dans toute cette affaire, soutenue qu'elle est par une large palette allant, notamment pour ses soutiens genevois, des radicaux aux socialistes !

Alors ces rassemblements larges peuvent surprendre, en France, ceux qui n'ont pas l'habitude des majorités de gouvernement consensuelles à l'helvétique. Lorsqu'il existe un fort projet commun, rien n'empêche des personnalités de qualité de travailler ensemble, même avec des oppositions de fond sur tel ou tel principe.

Certains reprochent au Mo-Dem de ne pas avoir de davantage de programme que de ligne. Je répondrai exactement l'inverse: nous avons un programme, précis clair et patiemment élaboré, en concertation avec les citoyens largement consultés. C'est d'ailleurs sur leurs programmes, proches de gens et pertinents, que Fabienne et Antoine ont réussi leurs scores canons. Nous avons aussi une ligne: atteindre nos objectifs.

Ce dont nous manquons en revanche, c'est d'oeillères nous empêchant de prendre les bonnes décisions à cause d'à priori idéologiques trop marqués.

 

08/03/2008

Poignée de mains

La paix est revenue dans la région andine et c'est une excellente nouvelle. On s'interroge sur les raisons de ce brusque revirement des Présidents Equatoriens et Vénézueliens, mais la lecture des gazettes locales ne donne guère d'indications. Voici donc quelques informations.

Les trois points essentiels sont que le Président Uribe a reconnu qu'il n'aurait pas du franchir la frontière de l'Equateur sans autorisation, que le Vénézuela et l'Equateur se sont engagés à coopérer dans la lutte contre les groupes illégaux et que la Colombie a renoncé à poursuivre le Président Chavez devant le Tribunal Pénal International pour complicité de crimes terroristes. Nul doute que le doctorat de Harvard en résolution de conflit du Président colombien Uribe a du lui être d'un grand secours en ces circonstances tendues.

A part cela, on aurait souhaité lire un peu plus souvent, dans la presse francophone, les informations qui dérangent les soutiens des FARC que sont devenus les comités Betancourt. Par exemple que Nicolas Sarkozy avait démenti formellement avoir été en contact avec Raul Reyes en vue de la libération d'Ingrid… Les documents trouvés dans le campement de ce dernier prouvent d'ailleurs qu'ils n'avaient aucune intention de la libérer.

Ou lire comme, cela a été annoncé sur France Info, qu'Ivan Rios, l'autre chef des FARC mort cette semaine n'avait pas été tué par l'armée, mais par son propre chef de la sécurité. Les deux hommes étaient en fuite, avec leurs compagnes respectives (car les chefs des FARC ont droit au repos du guerrier, contrairement aux troupes de base) poursuivis dans la jungle par les commandos de la police colombienne. Le quatuor n'avait plus de munitions ni de nourriture, mais Ivan Rios leur interdisait de se rendre. C'est alors donc que son chef de la sécurité l'a assassiné, puis a découpé sa main afin de pouvoir amener ses empreintes digitales aux policiers et réclamer la rançon promise pour sa capture... Chez les FARC, on est entre gens de bonne compagnie.

Accessoirement, s'il peut paraître utile à la transparence de mentionner les liens de sujétion financière qui peuvent unir un communiquant avec certaines parties aux sujets qu'il traite (dans mon cas, un mandat avec l'ambassade de Colombie à Berne) , ne serait-ce pas utile de faire de même pour les chercheurs scientifiques et autres experts professionnels ? Surtout en sciences humaines.

Quand, au micro de France Info par exemple, une professeur à l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique Latine s'exprime sur les FARC ou le Gouvernement Uribe, en tant qu'experte théoriquement neutre, sans préciser qu'elle est une théoricienne de la LCR (les trostkystes dont la branche en Suisse ont un temps hébergé le site des FARC), n'est-ce pas tromper le spectateur ? Même l'excellent Bernard Guetta, dans le Temps, habituellement mieux inspiré, s'y laisse prendre.

Il pense que le Gouvernement Uribe craint d'avoir à négocier avec un adversaire, les FARC qui serait devenu politiquement présentable. Le problème n'est pas là. Les FARC pratiquent la lutte armée, le terrorisme, le racket, l'extorsion, et le trafic de stupéfiants. Or la Colombie est un état de droit, doté d'un régime démocratique, d'une opposition de gauche légaliste, tout à fait de gauche, qui fait un vrai travail d'opposition.

LA DISPARITION DES DINOSAURES 

ON N'EST PLUS DEPUIS LONGTEMPS DANS LA LOGIQUE D'UN AFFRONTEMENT CLASSE CONTRE CLASSE. Au contraire, les paysans pauvres, les indiens et les noirs du Choco sont même les principales victimes du conflit, déplacés, harcelés, sautant sur des mines, bombardés dans leurs églises... Il n'y a plus de place pour la lutte armée en Colombie, encore moins lorsqu'elle est menée par des gangsters. Le programme Justice et Paix est à la disposition des FARC s'ils veulent se rendre et plusieurs milliers en ont déjà profité. Seuls les chefs sont condamnables à des peines de prison légère (8 ans maximum)  et personne ne les empêche de se mêler aux partis existants ou d'en fonder de nouveaux.

Les massacres de l'UP, c'était il y plus de 20 ans et ce ne sont plus les mêmes qui sont aux commandes... Sauf dans le jungle, chez les FARC... et chez la poignée de militants latino-américains réfugiés en Europe dans les années 70 et 80, qui alimentent encore la sensibilité de nombre de nos chercheurs, de nos journalistes et des comités Betancourt. Réveillez-vous tout le monde: la Colombie a changé, comme le reste de l'Amérique latine.

Il existe désormais une vraie classe moyenne colombienne dont le poids politique et économique ne cesse de croître. Ce sont eux qui mènent la guerre contre les FARC, simplement parce qu'ils veulent vivre dans un pays normal. Et les classes populaires leur emboîtent le pas.

01/03/2008

Reyes est mort... Une chance pour la Colombie

Je ne me réjouis pas de la mort d'un homme. Mais avec la disparition de Raul Reyes, la Colombie peut se réjouir de voir disparaître un obstacle à la paix. Peut-être même le principal obstacle à la paix, l'état de santé réel de "Tirofijo" Marulanda, le leader historique des FARC restant entouré de grands mystères.

C'est à Singapour, en route pour la Nouvelle Calédonie, avec une poignée de journalistes français (Daniel Schneiderman, Arlette Chabot, Hervé Chabalier et Mark Kravitz entre autres) que nous avons appris la mort  d'Eloi Machoro, proprement assassiné par le GIGN du socialiste Mitterrand. Le leader du FLNKS n'avait pas commis le tiers du quart du dixième de ce que Reyes avait sur la conscience. Je trouvais son exécution proprement scandaleuse. N'empêche qu'en tuant dans l'œuf la révolte violente qui menaçait, elle a sans doute permis d'éviter bien davantage de morts.

 

Je voudrais citer ici un extrait d'une interview de Raul Reyes donné voici 4 ans à l'agence Ann Col, agence officielle des FARC basée en Suède.

 

-          RAUL REYES: "Ingrid, voyez-vous, on l'a retenue car elle était candidate présidentielle dans le système de gouvernement colombien… comme Uribe Velez [ndlr.: l'actuel président colombien], Horacio Serpa [candidat du Parti libéral] ou Lucho Garzon [candidat de la gauche démocratique, aujourd'hui maire de Bogota, 8 millions d'habitants].

"Ingrid n'était nullement candidate de la gauche, ni une candidate luttant pour une Colombie distincte de celle d'aujourd'hui… elle n'était ni la candidate du peuple ni la candidate de la majorité, ni la candidate opposée au modèle libéral ni la candidate de la paix. Il y a des gens qui pensent qu'elle était la candidate de la paix, ce n'est pas vrai.

"Mais il se fait qu'après sa capture, des mobilisations importantes ont surgi pour sensibiliser le gouvernement à l'obtention d'un accord et ces mobilisations pour obtenir l'échange humanitaire sont salutaires, elles nous semblent très bonnes, car cela peut contribuer à un accord qui permette la libération de toutes les personnes échangeables et la libération de tous les guérilleros et guérilleras qui sont dans les prisons colombiennes contre leur volonté."

 

Suite à cette interview, partout où des militants ou sympathisants des FARC vivaient en exil, et notamment en France, Belgique et Scandinavie, ils sont entrés en contact avec les comités Betancourt pour y faire comme on dit "de l'entrisme". Ils cherchent à manipuler les membres honnêtes, qui sont encore les plus nombreux, par un discours uniformément centré sur l'opposition à Uribe. Espérons que ceux-ci finiront par se réveiller.

28/02/2008

Conseil administratif: de bourde en bourde

On croyait avoir tout vu avec l'ancien conseil administratif, mais apparemment celui-ci est encore plus amusant.

Déjà se faire élire pour toucher 250 000 Francs et faire aussitôt ce qu'il faut pour profiter de 5 mois de congé, il fallait oser… Cela n'a rien à voir avec le féminisme. Lorsqu'on prend une responsabilité, on l'assume. Et l'on ne prétend pas, après coup, avoir prévenu les électeurs.

A ce qu'il parait d'ailleurs, sa camarade de parti, qui visait le poste et s'était effacée lors des primaires internes, serait passée du rose au vert en apprenant la nouvelle.

Au-delà du coup porté à la crédibilité de la fonction (puisqu'on peut s'en éloigner apparemment sans conséquence), on se demande comment vont être traités les nombreux votes qui ponctuent en principe la vie d'un tel conseil. Est-ce que Manuel Tornare, son frétillant collègue de parti, votera deux fois ? Ou est-ce que ce sera son remplaçant, désigné d'office en début de cession qui aura cet honneur ?

Logiquement cela devrait lui revenir, puisqu'il va devoir se coltiner tout le boulot… et les responsabilités qui vont avec. Deux fois plus de boulot, on peut s'attendre à des problèmes, quelles que soient les très grandes qualités de Pierre Maudet par ailleurs. Le fait qu'il soit le seul représentant de l'opposition dans ce conseil et que ce soit sur lui que ça tombe est assez troublant.

Tout de même oser dire que l'électeur n'a pas été pris en traître, cela ressemble fortement au style d'un certain Sarkozy, qui durant toute sa campagne électorale a fait croire qu'il était toujours marié… alors que dans les faits, Cecilia continuait d'être amoureuse d'Attias… Comment pouvait-il prétendre l'ignorer? Les électeurs ne sont pas dupes de ce genre de montage et les sondages le prouvent. La Roche Tarpéienne de Sandrine Salerno n'est sans doute plus très loin.

D'autant que ce conseil les accumule. Comme cette idée de péage pour dissuader les voitures de passer par le Centre Ville… Une idée de gauche, qui ennuie les pauvres et qui surtout est le meilleur argument possible pour la construction rapide d'une Traversée du Lac… Comment justifier autrement que l'on forcerait les habitants de Vésenaz à s'acquitter d'un péage pour se rendre à Chambésy ou à Lausanne ? Ou alors de faire un détours de 40km par l'autoroute de contournement en encombrant les petites routes de la Rive Gauche, histoire de polluer un bon coup !

Donc merci Mugny et compagnie de nous préparer un joli pont-tunnel à la hauteur du Vengeron, pas pour 2050, mais pour tout de suite. Après, vous pourrez faire votre péage.

20 nouveaux otages des FARC

L'excellente nouvelle, c'est que depuis le début de l'année, les FARC ont libéré six otages. La nettement moins bonne, c'est qu'ils en ont capturé vingt autres. Certes moins connus, du tout venant destiné à la libération contre rançon, mais vrais otages malgré tout, qui vont souffrir tout autant. Le mensonge et la poudre aux yeux continuent de régner en maître dans toute cette affaire, même si bien sûr les otages libérés et leurs familles sont enfin heureux. Cela fait six ans qu'ils attendaient, dans les conditions que l'on sait, dans la jungle insalubre. Le 4ème otage, joint in extremis au trio, doit une fière chandelle à Ingrid. Il était semble-t-il au plus mal, et c'est pourquoi les FARC, officiellement, l'ont ajouté au dernier moment. Mais en réalité, il est l'un des rares à avoir vu Ingrid récemment et il est porteur d'un message: elle ne va pas bien du tout. Ce que tout le monde avait déjà compris. Mais répété dans la bouche d'un otage à peine libéré, cela prend évidemment bien davantage de poids. Le but est clair: faire pression sur Uribe pour qu'il accepte les conditions des FARC. C'est à dire de leur offrir un morceau du pays clés en main, avec ses habitants. Ce qui en ferait quasiment une enclave dédiée à la dévotion du Venezuela chaviste. Que le parachutiste de Caracas participe à cet odieux chantage, mieux, qu'il l'organise, au vu et au su de la communauté internationale et sous l'oeil des caméras du monde entier est proprement scandaleux. Mais c'est assez caractéristique de leurs pratiques. J'ai rencontré mercredi Loly Bolay, la Présidente socialiste du Grand Conseil. Très remontée contre certains colombiens proches des FARC. L'un d'entre eux l'avait accusée, après une simple conversation de couloir, d'avoir tenu des propos enflammés à l'encontre du Président Colombien Uribe, lors de la soirée citoyenne qui s'est déroulée à Genève. C'était faux bien sûr: "En tant que parlementaire j'ai le plus grand respect pour un chef d'Etat démocratiquement élu, avait-elle précisé. Las, la chose était publiée sur un site internet qui sert de relais aux informations estampillées de la guérilla. Elle a démenti et porté plainte et le gars, qui a le statut de réfugié politique en Suisse, s'est rétracté. Reste que Loly voulait également prendre sur elle une partie de la responsabilité des propos tenus par Manuel Tornare en cette occasion. Celui-ci avait présenté une résolution émanant de milieux du Grand Conseil comme signée à l'unanimité, ce qui n'était pas le cas. "C'est un peu de ma faute, dit-elle, il m'a demandé si c'était unanime et dans le brouhaha ambiant, il n'a pas bien entendu ma réponse". Donc il ne l'aurait pas fait exprès. Tant mieux. Faute avouée est à moitié pardonnée. Ceci dit, il y aurait bien un moyen de nous prouver, à nous tous les sceptiques du monde entier et en particulier aux colombiens, que tout ceci n'est pas qu'un odieux chantage. Ce serait de libérer Ingrid. Tout de suite. Seulement s'ils le font, et à fortiori s'ils libèrent tous les autres otages qu'ils utilisent comme autant de boucliers humains, contre toutes les lois de la guerre qu'ils prétendent mener, ils risquent fort de voir la police colombienne fondre sur eux dans les jours qui suivent. Donc mieux vaudrait qu'ils se rendent carrément... Les peines de leurs chefs seront légères, à l'image de ce qui a été fait pour les paramilitaires, et les simples combattants bénéficieront de programmes de réinsertion performants. Ils peuvent aussi, les chefs, éviter la prison en s'exilant au Venezuela ou ailleurs. Le Gouvernement colombien a clairement affirmé que toute solution débouchant sur la fin des combats et des activités criminelles serait bonne à prendre.

24/02/2008

Le lièvre et la tortue

Pas évident d’être en campagne électorale lorsqu’on porte toute la machine judiciaire sur le dos. Tous les élus qui se représentent connaissent ce problème. Mais s’il est d’usage en politique de marquer une pause dans la gestion ou de se mettre en pilotage automatique, le temps d’en découdre avec les élections, le Palais de Justice, lui n’attend pas. Il y a des affaires en cours, importantes et il faut bien les traiter.

C’est d’ailleurs la raison du gentlemen’s agreement qui voulait qu’à Genève on ne se présente pas contre un Procureur Général en fonction. Pour cela et aussi parce que celui qui est aux manettes est beaucoup plus exposé, ayant à endosser tous les aléas de la justice. Untel est fâché parce que sa plainte a été classée, celui-ci parce qu’il a été condamné, cette autre parce que son idole a été déboulonnée… La justice est tissée de décisions multiples qui ne sont jamais sans conséquences et la plus grande impartialité n’est pas toujours une protection contre le ressenti.

Ce gentlemen’s agreement logique et justifié a donc été rompu par le candidat de gauche, qui n’a écouté… que son ambition et sa soif dévorante de pouvoir, qui l’a fait partir, tel le lièvre, un peu trop tôt. Il va lui falloir tenir jusqu’aux jours du vote, en ayant épuisé un à un tous ses arguments… et ses alliés, sacrifiés trop en amont dans la bataille. La stratégie électorale est aussi une question d’intelligence et fort heureusement, Daniel Zappelli n’en manque pas.

Il possède aussi une solide carapace, à l’image de son animal fétiche dans cette histoire, ce qui lui a permis d’encaisser sans broncher les attaques répétées et continuelles d’une certaine presse – cela me fait bizarre de devoir employer ces termes pour désigner un quotidien prestigieux dont je respecte habituellement les analyses. Je ne parle pas ici de la Tribune, qui passe régulièrement sous silence les affaires financières, bien qu’elles constituent l’essentiel à Genève. On a le droit de préférer les chiens écrasés.

C’est juste dommage que le grand public ne puisse pas avoir connaissance des efforts considérables déployés par sa justice pour assainir la place financière et en faire respecter les usages. Efforts qui, contrairement aux moulinets donquichottesques de son prédécesseur, se concluent sous Zappelli, plutôt par des condamnations que par des dédommagements aux prévenus…

Daniel Zappelli, donc se bat tous les jours contre le crime, les malfrats en col blanc comme les pickpockets ou les conjoints violents. Ce qui lui laisse peu de temps pour faire campagne. Du coup, des sites de soutien apparaissent qui ne sont pas officiels et qui ne représentent pas forcément le détail de sa pensée profonde. Mais qu’importe chacun est libre de projeter l’image du Procureur Général qu’il souhaiterait avoir…

Si vous souhaitez néanmoins connaître le vrai bilan et le programme que souhaite mettre en œuvre le PG en exercice lors de la prochaine législature, rendez-vous sur son blog, le seul vrai, www.danielzappelli.ch . Vous y trouverez ces renseignements, plus d’autres, le site devant s’enrichir au fil des semaines, jusqu’à l’élection. Chi va piano va sano… Lentement, mais sûrement, c’est aussi le rythme d’une justice sereine… et c’est en tout cas le seul possible lorsque l’on porte sur son dos tout le 3ème pouvoir, la justice des Genevois.

Une justice qui va devoir affronter dans deux ans sa plus grande réforme depuis plus d'un siècle. Cela aussi se prépare, et le PG y travaille, en actes et non pas en paroles...

23/02/2008

République bananière

Après avoir approuvé la nomination de son épouse à la direction de l'audiovisuel extérieur français, le plus bushien des socialistes français est parti en Amérique Latine, faire la leçon aux gouvernements de là-bas. Sauf que cette fois, l'image de République bananière a sérieusement changé de camp.

Soyons clairs. Christine Ockrent possède les qualités et l'expérience requise pour le poste. Comme pas mal d'autres personnes, qui ne sont pas l'épouse du patron... Dans la plupart des démocraties, comme à l'ONU pour laquelle a travaillé Kouchner, ce genre d'indécence est formellement interdit. Mais pas dans la France sarkozyenne…

Pour regrouper son audiovisuel extérieur, la même France sarkozyenne traite avec un mépris hautain ses partenaires de la francophonie. La France a un chef, un vrai, et se veut leader plutôt que partenaire. Il parait que la Carla, ça la rend toute chose d'avoir un chef, un vrai, dans son couple… Enfin dans l'Express, elle appelait ça "l'homme le plus protecteur qu'elle ait jamais rencontré…" Il se trouve que les pays souverains n'ont pas forcément envie d'être "protégés". La Suisse a donc réagit poliment, mais fermement.

La Colombie a été un peu plus sèche. Il est vrai qu'à Bogota, on ne parlait plus de télévision, mais de la vraie vie et de la mort. Accepter les conditions des FARC revient à laisser massacrer ou séquestrer quelques milliers de Colombiens de plus. La libération (hypothétique) d'Ingrid ne vaut pas cela. En quoi est-ce que la vie d'une bourgeoise trop sûre d'elle, au demeurant fort sympathique, vaut davantage que celle des centaines de paysans anonymes qui tombent chaque année victimes des FARC ? Des mères enceintes qui sautent sur des mines ou qui reçoivent par la poste les yeux de leur enfant accusé d'avoir mouchardé ?

C'est exactement en ces termes que le dilemme se pose, ce que les médias français et Romands refusent dans l'ensemble de reconnaître. Contre l'avis même de leurs lecteurs si l'on en croit les réactions des différents sites. Ainsi, Kouchner voulait forcer le Président colombien a accepter la médiation de Chavez. Uribe lui a répondu de se mêler de ce qui le regardait. Mais seuls les médias colombiens ont relayé l'info.

Les français préfèrent évoquer le remplacement – refusé par Bogota - de l'Espagne, dont les FARC ne veulent plus, par le Brésil de Lula dans la triplette des facilitateurs. Pourquoi remplacer un socialiste espagnol par un populiste brésilien ? Parce que l'Espagnol ne veut pas entendre parler d'une reconnaissance des FARC, qui créerait un précédent avec la ETA. Cette dernière étant, dans les faits, nettement moins meurtrière et criminelle que ne le sont les FARC.

19/02/2008

Marsupilami ou savonnette ?

Tandis qu'à Genève, Manuel Tornare inaugure des carrés confessionnels et qu'à Latran, Nicolas Sarkozy se répand en propos patelins sur le rôle comparé des curés et des instituteurs, François Bayrou monte au créneau pour défendre la laïcité. A savourer jusqu'à la fin, ça vaut le détours... où comment peut-on oser mentir effrontément devant une caméra quand on est homme politique français.

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http://www.betapolitique.fr/Enorme-Bayrou-mouche-Bertrand...

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Ma maman de 87 ans, qui est à la fois catholique pratiquante, hospitalière de Lourdes et instit laicarde en retraite, Peppone et Don Camillo à elle toute seule,  se répand partout dans sa campagne. Sa théorie: les gens qui ne boivent jamais d'alcool parce qu'ils sont en permanence sous tranquilisants ne supportent pas le moindre quart de verre de vodka. Et là, c'est vraiment la France profonde qui parle

Le grand problème de l'omniprésident c'est qu'à force de vouloir être partout, il est devenu insaisissable. Pire qu'une savonnette, un véritable Marsupilami. Capable de dire chaque chose et son contraire, d'avancer quinze idées farfelues par jour, en public, et de les démentir ou faire démentir le lendemain. S'il ne s'agissait pas de l'avenir d'un pays qui nous entoure, ce serait aussi drôle que le guignol ou le muppet show...

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Comme apparemment, il n'a que des concepts marketing, mais aucune idée de fond, il avance et puis recule, lance des objets vivants dans la fourmilière, comme un sale gosse, pour voir... Le problème, c'est que chaque épisode, avec la cohorte de commentaires acerbes qu'il déclenche, semble le rapprocher un peu plus du moment où il va exploser en vol. Pour de bon. Cela ne doit pas être facile tous les jours, d'être courtisan dans ce demi monde là.

C'est pourquoi d'ailleurs je soutiens les deux listes d'ouverture pilotées par d'éminents représentants du Mouvement Démocrate en France Voisine, Fabienne Faure à Ferney-Voltaire et Antoine Vielliard à Saint-Julien en Genevois. Deux futurs maires on ne peut plus présentables, ayant tous deux des responsabilités nationales en France et bien intégrés dans leurs villes respectives, qui sont deux poles clefs de la région transfrontalière genevoise.


15/02/2008

Quelle neutralité en 2008 ?

Voilà donc Chavez, lider maximo du Venezuela, en guerre ouverte avec Exon, pétrolière étasunienne qui vient de crever le plafond du plus gros bénéfice jamais réalisé par une entreprise privée. Par une entreprise publique aussi, d’ailleurs…

Comme tous les Colombiens, ce que je suis de cœur, je suis déchiré par cette nouvelle. Voilà qui à l’évidence va poser des problèmes au parachutiste de Caracas et va le forcer à lever le pied dans ses visées expansionnistes sur la Colombie, par FARC de moins en moins interposées. D’un autre coté, comme tous les Colombiens, je suis révolté par le pillage du continent par les multinationales anglo-saxonnes.

D’où croyez vous qu’ils tirent leurs bénéfices, les Exxon et consorts ? Dans le cas présent, ils expliquent carrément dans leur plainte que leurs 750 millions de dollars d’investissements en Colombie (calculés par eux) allaient leur rapporter 25 milliards au cours des années à venir. Sacrée culbute ! Ils réclament la moitié de cette dernière somme à Caracas pour prix de leurs installations sur place. Les Français, les Brésiliens et les Canadiens ont accepté de céder les leurs pour des montants correspondant aux investissements, soit plusieurs centaines de millions chacun. Et de continuer à travailler au Venezuela.

C’est à cause de cette disparité fondamentale entre les fortunes immenses que gagnent les multinationales occidentales dans les pays du sud et les reliefs, que perçoivent ou parviennent à détourner les gouvernants desdits pays, que je désapprouve le discours occidental dominant. Les ONG de gauche, comme Washington, incriminent la corruption et les comptes en Suisse des dirigeants en tant que cause première du mal développement. Ils ne sont pourtant qu’une conséquence inéluctable des énormes déséquilibres existants. Je pense à l’Angola, par exemple.

Je ne vois pas au nom de quel principe (racial ?), seuls les occidentaux auraient le droit de s’enrichir dans ces pays. Les Africains ont aussi le droit de constituer des fortunes et des empires sur le dos de leurs compatriotes. Comme tout le monde. Par les moyens qui sont à leur portée, les seuls qu’on leur laisse.

Ce combat là, Chavez est un des rares à le mener. Mais il s’y prend mal. Parce qu’il agit lui-même dans une optique nationaliste expansionniste, centrée autour de son pouvoir personnel. Par ailleurs, si le capitalisme est responsable des énormes disparités de cette planète, il demeure aussi la meilleure réponse aux problèmes qu’il pose, à tous nos problèmes en fait. Ce que Chavez n’a que partiellement compris.

Il faut juste parfaire les règles, leur permettre d’empêcher certains abus, introduire de l’équité dans le processus. On en revient à la nécessité d’accords mondiaux, de coordination mondiale, de gouvernement mondial, bref au thème de mon bouquin L’Utopie Urgente (éd. Slatkine – j’espère qu’il est toujours en librairie, si les 5000 lecteurs mensuels de ce blog – en augmentation constante – l’achetaient tous, cela ferait sacrément avancer le schmilblick…)

L’autre aspect amusant de l’histoire, c’est que pour échapper aux saisies de la justice britannique, Chavez vient de planquer tous ses comptes en Suisse, à l’UBS. Ce qui tombe doublement bien, puisque Genève est devenue la capitale mondiale du négoce pétrolier. Et puis la promiscuité entre le chavisme et certains amis de notre conseillère fédérale chargée du département des Affaires Etrangères n’aura échappé à personne. Mais dans l’affaire, l’UBS est mal prise.

Ce n’est pas la première fois que les banques suisses abriteront des comptes liés à des activités révolutionnaires ou franchement à gauche. Toutes les valises du FLN, de la décolonisation et des mouvements indépendantistes du monde entier passaient par Genève dans les années soixante. Le Kremlin de l’URSS et même la RDA avaient leurs comptes à Zurich. En plus, tous les meilleurs films de l’époque du Mc carthysme ont été produits grâce au relais des banques genevoises.

Cela fait dix ans que je cherche à financer un documentaire sur la question, en vain ! Pourtant, de 55 à 62, tous les plus grands succès internationaux, une vingtaine de classiques immémoriaux ont été tournés en Europe, avec des scénaristes interdits, des réalisateurs sous prête-nom et des stars sympathisantes de gauche. Le tout financé par de l’argent venu directement de Hollywood. Pour brouiller les pistes, le nerf de la guerre transitait par nos coffres. Mais cela n’intéresse personne ! Dommage, dans peu d’années, les derniers témoins seront morts !

Aujourd’hui, cela serait impossible ou en tout cas plus difficile. Les échanges électroniques d’argent virtuel laissent paradoxalement davantage de traces que les bonnes vieilles valises de billets. Les grandes oreilles d’Echelon, qui espionnent le monde pour Washington, sont à l’affût. Et le 11 septembre a permis aux Etats-Unis de coincer un pied dans la porte blindée de nos banques, bien plus sûrement que l’Union Européenne.

Ils en avaient déjà un de toute façon, Washington ayant menacé de retirer toute possibilité d’intervention aux USA aux banques qui ne coopéreraient pas en matière fiscale. Plus d’ouverture de succursales, mais surtout plus d’accès aux marchés de Wall Street et de Chicago. Les banques avaient cédé et cela fait plusieurs années que tous les citoyens étasuniens détenant des comptes en Suisse doivent en fournir le détail et sont imposés. Même ceux qui ne résident pas aux Etats-Unis.

L’UBS, donc est mal prise, parce que derrière Exxon, il y a Washington, et que Washington a les clefs du coffre. Elle ne peut pas se permettre de lui claquer la porte au nez. Mais en théorie, d’après la loi helvétique sur le secret bancaire, elle devrait.

Sauf à ce qu’un groupe de vénézueliens fatigués de leur lider maximo viennent porter plainte contre lui pour détournement de fonds auprès de nos instances judiciaires. On sait que les rues de Caracas sont souvent pleines de ces gens qui défilent en manifs ou se font tirer comme des lapins à l’université. Cela ne devrait pas être trop difficile d’en trouver. Du coup, tout l’argent de Chavez – et du Venezuela - serait bloqué.

Exxon reviendrait en force à Caracas, dommage pour la révolution bolivarienne et les FARC, privées de base arrière, seraient contraintes de rendre les armes, tant mieux pour la paix. Il y aurait donc du bon et du moins bon. Tout dépend de quel coté on se place.

Ce qui pose aussi sérieusement la question de la neutralité de la Suisse ? A-t-elle encore un sens dans ces batailles du XXIème siècle qui pour l’essentiel sont économiques et non plus territoriales ? Comment peut-on oser penser préserver une neutralité économique à la Suisse, alors qu’elle est dans ce domaine un belligérant de taille mondiale, le 21ème très exactement ? Et sur le podium si l’on compte par habitant !

D’aucuns trouveront le scénario impossible. Pas forcément. En tout cas, il prouve qu’en matière judiciaire, dans les affaires aux retombées internationales, il est de plus en plus délicat, pour la justice genevoise, de savoir où elle met les pieds sans se faire instrumentaliser. Parce que les gentils d’un coté, les méchants de l’autre, ce ne sont que des balivernes pour enfants. Qu'on se le dise, au moment de choisir entre un pragmatique et un avatar de Don Quichotte.

14/02/2008

Magouille à l'angolaise

Trois ONG de gauche s'en prennent au Procureur Général à six semaines des élections. L'une au moins, l'Action Place Financière AFP, joue sur les mots pour se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Elles accusent en gros le PG de laxisme, voire pire, pour avoir classé une affaire de transferts de fonds entre l'Angola et la Russie, transitant par l'UBS à Genève.

La plus grosse partie de ces fonds, on parle de centaines de millions de dollars, n'est pas arrivée en Russie, mais s'est évaporée sur les comptes d'intermédiaires dont l'un au moins, si l'on en croit le Canard Enchaîné et la justice française, est pour le moins véreux.

Voilà qui sent la magouille.

C'est donc en toute logique que le PG d'alors, M. Bertossa, ouvre le dossier en 2000 et fait mener l'enquête. Deux ans durant en vain, puis deux années de plus sous la houlette de M. Zappelli qui reprend le dossier avant de le clore en 2004, faute de preuve, confirmant comme il se doit la décision prise par la chambre d'accusation. Car en bonne justice, il ne suffit pas d'avoir des soupçons pour condamner.

Surtout lorsque les principaux intéressés, les Etats angolais et russe, ne portent pas plainte et ne s'estiment pas lésés. Il y a peut-être eu des opérations camouflées dans cette affaire, mais si les pays concernés n'ont rien à y redire, le rôle de la Justice genevoise n'est certainement pas d'aller refaire la comptabilité d'Etats souverains. Le droit d'ingérence et la morgue occidentale de certaines ONG a des limites.

Des citoyens angolais veulent faire rouvrir ce dossier. A Genève, parce que leur avocat genevois affirme qu'ils courent un risque dans leur pays, dont le gouvernement serait impliqué. Mais des élections, apparemment démocratiques y sont prévues pour bientôt. L'occasion de changer le cours des choses, s'il y a matière, ce qui reste à prouver. D'ici là, le droit international est ainsi fait que les pays sont souverains. Dans la majorité des cas, cela protège les gens et les indépendances.

Accessoirement ces citoyens angolais souhaitent la chute du Gouvernement actuel. C'est leur droit, mais le rôle de la justice genevoise est-il de se laisser instrumentaliser?  Doit-on s'immiscer dans les affaires politiques intérieures des pays pauvres sans trop bien savoir où l'on met les pieds? Sous quel prétexte ? Parce qu'ils sont pauvres ? En partant du principe que ceux qui sont au pouvoir sont les méchants tandis que ceux qui veulent y arriver seraient les gentils ? N'avons nous pas suffisamment d'affaires à traiter ici ? Et si c'est une question  d'aide au développement, pourquoi ne pas leur confier directement l'équivalent des frais d'un tel procès ?

Faute de preuve tangible et de faits délictueux établis, le Procureur court le risque de se faire retoquer au procès, ce qui, comme ce fut le cas sous Bertossa, finit par coûter très cher au citoyen contribuable. La présomption d'innocence vaut pour tout le monde, petits et gros délinquants. Le côté assez désagréable de la délation publique et de l'accusation sans véritable preuve aussi, surtout lorsqu'il se mêle d'intentions politiques.

C'est précisément le rôle du PG de déterminer s'il a suffisamment de "biscuits" pour poursuivre ou non. C'est le cœur de sa fonction, laissons-lui cette responsabilité. Sauf si l'on pense bien sûr qu'il prend ses décisions en fonction de critères autres ou d'intérêts personnels. Mais alors il faut le prouver. Ce sera dur. Encore une fois, rappelons que Daniel Zappelli a obtenu deux fois plus de condamnations dans des affaires financières que son prédécesseur, en deux fois moins de temps.

13/02/2008

Salves d'Or est mort, vive le roi Henry

Le petit indien des Caraïbes est parti… Son grand rire d'Afrique aussi. Reste à la place un tas de vieux disques sur lesquels se précipitent les radios. Voilà qui va faire un paquet de droits pour ses héritiers… Etonnant comme la mort des grands rapporte à leurs survivants. Ses disques, n'aurait-on pas mieux fait de les écouter avant ?
C'est la même chose pour les morts anonymes. Les proches et les lointains se pressent aux enterrements. Une pelletée de terre et hop, une grande bouffe, l'occasion de retrouvailles trop rares pour les familles dispersées. Mais pourquoi donc ne les organise-t-on pas avant ? Du vivant du défunt, pour qu'il puisse encore en profiter tant qu'il est encore temps.
Reste que du quatuor de compères qui importèrent le rock en France, Boris Vian, Sacha Distel et Henry Salvador, nourris à la sève de Ray Ventura, il ne reste que le 4ème mousquetaire… un certain Quincy Jones !

10/02/2008

Pour un référendum sur les FARC

Les choses bougent en Colombie, Piedad Cordoba la sénatrice d'extrême gauche qui fut jadis enlevée - et relâchée - par les paramilitaires prévoit pour bientôt la libération d'Ingrid, qui devrait suivre celle, annoncée mais toujours attendue de trois parlementaires.
C'est le meilleur blog en français sur le Colombie qui l'annonce : http://jacquesthomet.unblog.fr/ .
Jacques Thomet fut correspondant de l'AFP plusieurs années à Bogota et Caracas, avant d'écrire un livre sur les relations tumultueuses de la France avec la Colombie.
Il révèle aussi que le 21 janvier, le Secrétariat Général des FARC a déclaré, pensant à la marche mondiale du 4 février :
« Quand toute la Nation unie (entreprises, médias et population), ou au moins 50% des Colombiens (22 des 44 millions d’habitants) nous diront d’une seule voix qu’ils ne sont pas d’accord avec notre lutte, alors ce jour-là nous considérerons comme perdue notre lutte armée ». 
Une manif rassemblant la moitié de la population d'un pays semblant illusoire, l'idée de Jacques Thomet est de prendre les FARC au mot en organisant un référendum.
Ce pourrait être une porte de sortie honorable pour les FARC, un moyen de ne pas perdre la face et même de se refaire une virginité, puisqu'ils se plieraient à une décision populaire.
Le médiateur helvétique, qui court en vain après des accords de paix, aurait tout à gagner à explorer la voie du référendum comme outil de résolution de conflit. Des experts internationaux pourraient surveiller le vote, puis la démobilisation-réintégration des combattants sans règlement de comptes.
Le problème, c'est que la formulation du communiqué des FARC est vicieuse. On peut attendre une écrasante majorité réclamant la démilitarisation des FARC (3% seulement les soutiennent selon les sondages), mais pourtant, 22 millions de suffrages, c'est mission impossible. Et les FARC n'en ignorent rien.
Près de 19 millions de Colombiens ont moins de 18 ans et n'ont pas le droit de vote. La moitié des 26,5 millions qui l'ont ne votent jamais. Alors même que la participation est obligatoire aux élections locales ou nationales, elle plafonne à 50%.
Lors du premier référendum de l'histoire colombienne, organisé par Uribe en 2003, ce fut pire: la participation n'était pas obligatoire et aucune des quinze questions posées (très démocratiques et trop techniques) n'atteignit le quorum, fixé à 25%. Quand bien même toutes reçurent des réponses majoritairement positives.
Beaucoup de Colombiens sont isolés dans la jungle et les montagnes, ou se désintéressent de la politique. Des décennies de bipartisme bidon et de corruption ont causé beaucoup de tort à l'image des politiciens dans le pays. Conservateurs et libéraux, deux partis bourgeois, se partageaient le pouvoir avec sans doute encore moins de différences qu'entre Républicains et Démocrates aux Etats-Unis. Lorsque quelqu'un s'écartait du moule, comme Gaétan, il était rapidement assassiné.
Tout ceci est une époque révolue. Uribe a quitté le parti libéral avant sa première élection, et se positionne clairement à droite, tandis qu'en face a émergé une conscience de gauche forte et structurée, rejetant l'option armée, à l'image des autres pays d'Amérique latine. De part et d'autre, les objectifs sont clairs et les lignes de fracture les mêmes que dans toutes les démocraties occidentales : plus ou moins de libéralisme ou d'étatisme dans l'économie et el social.
La politique de fermeté d'Uribe à l'égard des FARC reçoit le soutien de 81% de la population d'après les sondages, ce qui lui assure la Présidence.  La gauche dirige les principales villes du pays mais reste divisée sur les FARC. Une partie soutient Uribe dans ce combat en dépit de gros désaccords par ailleurs. Le reste, sans approuver les FARC, continue de croire en une solution négociée.
Le référendum aurait le mérite de rassembler tout le monde et de réconcilier les Colombiens avec la politique moderne, démocratique et pacifique. Car l'enjeu serait limpide, la paix ou la guerre :
" Souhaitez-vous que les FARC abandonnent immédiatement la lutte armée avec toutes les méthodes violentes qui en découlent et libèrent tous leurs prisonniers ? "
Même si une telle question ne parvenait pas à atteindre 22 millions de oui, la très écrasante majorité probable serait un signal fort.
Il ne faudrait surtout pas remplacer "FARC" par "guérillas" ou par "bandes armées illégales", parce qu'alors, il leur serait toujours possible de se retrancher derrière un "j'attends que l'autre commence". Le résidu de l'ELN et les lambeaux de bandes paramilitaires n'auraient de toute manière aucune viabilité militaire après la reddition des FARC. Donc plus d'autre solution que de cesser le combat.
Si les FARC ont la moitié de la bonne foi et de la conscience politique que leur prêtent leurs admirateurs européens, elles devraient accepter de ne pas tenir compte des moins de 18 ans… Et là, tout est possible !

06/02/2008

Quand le candidat Paychère déblogue

Comme l'explique le joyeux publiciste Brunier, le candidat Paychère a commis un site internet. Curieux de tout, je suis allé y jeter un oeil. Le programmes du candidat en particulier, m'a particulièrement intéressé.

On y découvre par exemple que pour remédier à la délinquance, il faut remettre des concierges dans les immeubles, des parents à la sortie des vestiaires, des voisins là où il risque d'y avoir des bagarres... bref tout un tas de voeux pieux fort sympathiques, mais qui n'ont strictement rien à voir avec le rôle d'un Procureur Général. A moins que celui-ci n'ait l'intention de se transformer en grand inquisiteur de nos modes de vie...


On y trouve aussi de petites perles comme cette conviction naïve: "Un quartier habité et vivable repousse les trafiquants". J'ai un ami, jeune cadre habitant les Eaux-Vives en face du jet d'eau, quartier à la densité élevée et au cadre de vie très prisé, qui me dit que s'il n'était lui-même d'origine maghrébine, il deviendrait sérieusement raciste à constater les violences régulières des trafiquants en bas de chez lui. Et que s'il n'était pas champion de karaté, il aurait déjà déménagé.

Le candidat Paychère, préfère préciser pour sa part qu'il faut avoir le courage de dire aux gens quand les limites de la répression sont atteintes...

Son site met en avant ses qualités humaines et son intégrité. Pourtant la première chose que l'on découvre dans son programme, c'est l'étalage de sa mauvaise foi. Il commence par expliquer que 52% des personnes ayant consulté un centre d'aide aux victimes ont été victimes d'agressions dans leur cecle de famille. Ce qui prouve, d'après lui, qu'il est faux de penser que l'on courre davantage de risques dans la rue que chez soi...

Si cela n'est pas du mensonge pur et simple, ça y ressemble. Les personnes qui consultent les centres d'aide aux victimes ne sont évidemment pas toutes les victimes. Elles ont au contraire un profil psychologique bien particulier. Entre autres parce qu'il est certainement plus compliqué et plus éprouvant psychologiquement de se faire agresser par son conjoint ou l'un de ses parents que par un inconnu que l'on ne reverra plus...

Comme M. Paychère a l'amabilité de mettre la référence de la statistique qu'il cite, on y est allé voir. On y apprend qu'un tiers de ces consultants ont été victimes de crimes sexuels, dont une moité d'enfants, 40% de violences physiques, 3,% de tentatives d'homicides... Et 7% seulement d'accidents de la circulation routière, dont M. Paychère fait pourtant grand cas. On court donc apparemment 4 fois plus de risques de se faire violer, ou 7 fois plus de se faire massacrer par une brute que d'avoir un accident de la route !

Soyons sérieux, ces proportions n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans les dépôts de plainte et les rapports de police concernant la délinquance de rue, ni même avec les affaires traitées par les tribunaux. Donc, soit M. Paychère est particulièrement mal renseigné sur la nature de la tâche qu'il aurait à accomplir s'il était élu (mais il est vrai que le Tribunal administratif n'y prépare pas forcément !), soit il cherche à berner le citoyen électeur. Dans tous les cas, il semble fort mal adapté à la fonction visée.

 

05/02/2008

Le laxisme et la sécurité

Ainsi donc la sécurité à Genève ne va pas bien. Ce doit être vrai, c’est un juge socialiste qui le dit. Ce qui est curieux, c’est qu’il en fait retomber la faute sur le Procureur Général. Celui-ci est-il donc le chef de la police ou le Conseiller d’Etat responsable? Il n’a pas non plus prise sur les éléments extérieurs du paysage, les tensions économiques, la montée des intégrismes, les mouvements de population et le relâchement des mœurs qui caractérisent notre époque.

En fait la vraie question est : "Où en serions nous, dans ce contexte, si l'on avait un champion du laxisme en guise de PG ?"

Il est un autre élément sur lequel le PG n’a guère de prise, c’est la remise en liberté des délinquants et des criminels, que M. Paychère a défendu à plusieurs reprises, avant apparemment de se rétracter dans la Tribune de Genève, campagne électorale oblige : tout d’un coup, le voilà défenseur de la propriété contre les squatters et opposant à M.Moutinot.

Et girouette aussi peut-être ?

Les Genevois ne seront pas dupes. Ils savent que le tribunal administratif où siégeait le candidat Paychère a retoqué des mesures de licenciement pour des questions de formalisme juridique. Pas seulement dans l’affaire Ramadan, comme le révèle le journal du Parti radical genevois. Un médecin des HUG, coupable d’attouchements sexuels sur ses patientes a du également être réintégré, sans que les responsables ne sachent qu’en faire pour éviter qu’il ne récidive.

Prétendre que toute autre décision qu’un licenciement eut été acceptable, c’est affirmer que l’autorité qui a engagé quelqu’un doit continuer à le payer, quelle que soit la gravité de sa faute. C'est dangereux pour l'égalité devant l'emploi parce que cela incite à prendre des précautions non désirables à priori, et c’est surtout pousser le formalisme nettement trop loin.

D'éminents juristes étaient du même avis, puisque je me suis laissé dire qu'un ancien Procureur Général socialiste avait émis l'avis de droit sur lequel s'était basé le Conseil d'Etat pour prendre sa décision dans l'affaire Ramadan.

 

ps: sur un tout autre sujet, si vous voulez avoir des nouvelles des trois manifs pour la Colombie en Suisse, voyez mon texte et mes commentaires précédents, puisque la presse romande n'en parle pas ! Pour apprendre que Clara Rojas était dans la manifestation, il faut lire Le Monde. Mais peut-être l'assistante personnelle d'Ingrid n'est-elle pas assez représentative des otages pour nos journalistes romands qui présentent la chose comme une excursion fasciste... Si ce n'est pas de la désinformation, ça y ressemble !