09/11/2016

9/11 La Revanche : le jour où le Kremlin a conquis la Maison Blanche

Ce 9 novembre 2016 restera dans l'Histoire comme celui où le Kremlin a conquis la Maison Blanche, 26 ans jours pour jour après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989.
Les petits malins qui pensaient qu'Hillary Clinton préparait la guerre vont comprendre ce que c'est que d'avoir au pouvoir le meilleur copain des pires dictateurs de la planète, à qui il va laisser les clés de l'armoire à munitions pendant quatre ans.
On touche là les limites de la démocratie et du libéralisme, face à des dirigeants multimilliardaires qui font de la politique avant tout pour acquérir et préserver leurs privilèges. Parce que le point commun entre Trump, Poutine, Blocher, Le Pen, Berlusconi, Kadhafi, Xi Jiping, Bachar el Assad, Obiang Nguema et quelques autres, c'est d'abord d'être très riches et très menteurs.
Il faut quand même être assez stupide, quand on est très pauvre pour les élire en croyant qu'ils vont améliorer votre sort... 

Bien des commentateurs mettent ça sur le dos de la paupérisation de la classe moyenne et de la finance mondiale... Sauf que personne ne veut tuer la classe moyenne, qui est le moteur même de la consommation...  Par contre le niveau de vie relatif des classes moyennes occidentales baisse pendant que celui des pays émergents augmente et c'est un rééquilibrage naturel (les économistes de jadis parleraient de la main invisible), parce que les limites écologiques de la planète ne permettraient pas 8 milliards d'individus consommant comme des européens moyens. 
Il n'y a pas de remède à ça, et en tout cas pas en élisant des milliardaires.
Je lis ce matin des partisans de Trump, au sein de la droite populiste européenne, qui se félicitent de leur victoire... Ils espérent la fin de la mondialisation, le retour des frontières et avec elles de la prospérité perdue des classes moyennes occcidentales. C'est une arnaque monstrueuse !
Parce que la prospérité occidentale d'avant la mondialisation était basée sur la colonisation, et la colonisation sur la conquête militaire.
En plus de l'aspect profondément injuste et immoral du truc, qui peut prétendre aujourd'hui vouloir recoloniser l'Afrique et l'Asie ou l'Amérique latine et en avoir les moyens militaires ?

08/11/2016

Quand l'extrême-droite change de stratégie

Mais quelle mouche a donc piqué le porte-voix de l’extrême-droite genevoise ? Pendant des années,  il nous a rebattu les oreilles avec la théorie du « front contre front », droite contre gauche, vouant aux gémonies le consensus helvétique qui avait fait le succès de ce pays. « A mort le centre », semblait son credo. Et puis soudain, il nous sort le vieux truc des corporations. En gros, suppression des syndicats, remplacés par des organismes regroupant patrons et ouvriers dans la même structure, par branches et même par entreprises.
Comme on lui fait remarquer que c’est un vieux truc, mais un vieux truc fasciste, il corrige le tir, et invoque les années trente, la paix sociale et le hérisson fédéral recroquevillé sur lui-même, pendant qu’au dehors, les grands d’Europe ferraillaient. Bla, bla, bla…
La situation d’aujourd’hui ressemble effectivement fâcheusement aux années trente, mais comporte des différences notables. Aucun de nos voisins d’Europe ne se fait la guerre. L’UE est constituée et même en cas de Brexit, le Royaume désuni restera dans l’OTAN. Si risque de guerre il y a, c’est bien plus à l’est. Le rôle du vindicatif qui veut étendre son lebensraum à minima sur toutes les zones où des gens parlent sa langue (ou pratiquent sa religion), et probablement au-delà, ce n’est plus l’Allemagne, mais la Russie. Dont un certain nombre de Romands se font les complices objectifs, comme dans les années trente, quelques Romands travaillaient ouvertement pour l’Allemagne nazie. Et quelques autres pour l’URSS stalinienne.
L’autre point commun avec les années trente, c’est évidemment la nature despotique, populiste et structurée autour d’un pouvoir personnel des régimes qui nous menacent, nous, les démocraties. NOUS, LES DEMOCRATIES… C’est bien pourquoi, comme pendant la seconde guerre mondiale, en cas de conflit, la neutralité ne saurait être que de principe et soutenir en fait discrètement, en quelques actions décisives, la lutte des démocraties pour le progrès humain.

Le porte-voix de l’extrême-droite genevoise ne se place pas ouvertement dans cette logique de confrontation internationale. Seule l’intéresse vraiment la politique suisse et dans ce contexte, ce qu’il vise, c’est la conquête du pouvoir par les forces qu’il accompagne et promeut depuis plus de vingt ans. Au plan genevois, il en est même le démiurge. Qui dit prise de pouvoir, dans nos pays démocratiques, dit rapport de forces. D’où la longue campagne visant à radicaliser les fronts, pour tenter de mettre en place une alliance des droites qui serait évidemment dominée par la droite dure, sur le cadavre du centre.  Sauf que ça ne marche pas. Parce que sur la mère des batailles, l’ouverture des frontières, les libéraux, les centristes et les entrepreneurs font finalement cause commune et que la gauche de gouvernement, syndicaliste, partage leur vision : la fermeture des frontières, c’est la mort de l’économie. Donc de l’emploi.
Cette alliance de fait de la droite libérale et de la gauche syndicale, sur les principes démocratiques du système, représente la substantifique moelle du consensus helvétique et cela n’a rien à voir avec le corporatisme fasciste que l’on prône chez les populistes. L’alliance repose sur le constat qu’une économie forte et prospère est l’alpha et l’omega de toute répartition. Après, sur les clés de répartition, la lutte continue et se déroule sur la base de revendications syndicales et de rapports de force. Là où le corporatisme met l’ouvrier à disposition du patron. Avec de grandes claques paternalistes dans le dos.

Du genre de l’appel de notre porte-parole à constater que les mesures d’accompagnement et de protection de l’emploi restent minimales et peu efficaces face  la concurrence. En oubliant de dire que ce sont précisément les forces de la droite la plus dure, nationale et anti-européenne qui s’y opposent farouchement et en retardent la mise en place, au Tessin comme ailleurs.  

Les causes du spectaculaire retournement de stratégie de l’extrême-droite sont claires : puisque le centre, la droite libérale et les entrepreneurs ne veulent pas rentrer dans son jeu, elle s'en va faire son marché à gauche. Où toute une partie souverainiste des classes travailleuses ne voit le problème que par le petit-bout de la lorgnette : l’ouverture des frontières augmente notablement la concurrence sur le marché de l’emploi. Sans voir l’autre côté des choses : elle l’augmente, oui, mais sur un marché de l’emploi en expansion. Si on referme les frontières, la concurrence sur le marché de l’emploi sera réduite, mais sur un marché en contraction. Voire en très forte contraction. Ce qui non seulement réduira les rentrées fiscales et donc les aides sociales et la qualité de vie globale, mais aussi réduira drastiquement le nombre d’annonces et de postes vacants…
Cette incompréhension des mécanismes de l'économie et de la démocratie ouvre un terrain propice aux populistes et autres complotistes qui s'y engouffrent et recrutent en nombre.
Au final, tout le monde y perd. Parce que le pays, en se refermant, périclite. Et que l'on ne vienne pas nous raconter qu'on va se refermer en restant ouverts. Les miracles ça n'existe pas et encore moins dans un monde concurrentiel où tout le monde est prêt à saisir la moindre défaillance du voisin.
La tradition ouvrière, en Suisse comme ailleurs, est d’unir les travailleurs de tous les pays. Pas de les opposer les uns aux autres, ce qui porte un nom : le nationalisme et la guerre. Ce nationalisme qui va de pair avec le populisme, la haine de l’étranger et le despotisme du pouvoir personnel de leaders charismatiques incompétents.

06/11/2016

C'est à ça qu'on les reconnait

Des corporations verticales plutôt que des syndicats, ça porte un nom: le fascisme.
C'en est même l'une des caractéristiques principales. 
Cela fait un moment qu'on s'en doutait, mais merci d'avoir craché le morceau. 

03/11/2016

Gouverner par référendum ? La bonne blague !

J'adore la mauvaise foi des Brexiters. Car enfin de quoi parle-t-on, à Londres ? De la nécessité de passer par le Parlement pour traiter d'une des questions les plus importantes qui puisse être pour le pays. Ce que l'on appelle usuellement la démocratie. Depuis plus de 2000 ans qu'elle existe, ce n'est clairement pas la première fois que des tribuns en appellent au peuple pour gouverner en son nom, en passant par dessus les parlements constitués, qui sont le meilleur rempart qu'on ait trouvé contre la dictature et le pouvoir personnel. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit quand d'aucuns nous parlent de brandir le référendum à tort et à travers comme mode de gouvernement.
Les 3/4 des gens ne comprennent déjà qu'à peine les questions qu'on leur pose en Suisse et arrivent aujourd'hui à saturation en termes de nombres de votes par année. Sans compter que résoudre toutes les questions à un Oui-Non tient de plus en plus souvent de l'équlibrisme sans filet...
Il n'est pas anodin qu'à Londres, ce soit le pouvoir judiciaire qui le dise et qui rappelle au passage que l'instance suprême du Royaume Uni n'est ni la royauté, ni "le peuple", encore moins le Premier Ministre, mais bel et bien le parlement. D'ailleurs, rien dans la constitution britannique ne prévoit ni ne décrit le rôle exécutif ou législatif qu'aurait un référendum, organisé à bien plaire par l'ancien Premier Ministre et qui de ce fait n'a malheureusement aucune valeur légale. Dès lors, s'en servir pour passer par dessus l'instance suprême du pays a quelque chose du Coup d'Etat. On peut discuter de changer les règles du jeu, et de modifier les usages de la démocratie, mais pas au milieu de la partie. 
Accessoirement, plusieurs ténors de l'UKIP et des comités pour le Brexit avaient annoncé que si le Non au Brexit faisait moins de 52%, ils feraient tout pour que le pays revote une deuxième fois... Or le Oui n'a fait que 51,9 % et de nombreux votants disaient avoir changé d'avis le lendemain...
Enfin, si l'on fait des référendums pour sortir de l'UE, il faut aussi en faire pour laisser la possibilité aux Ecossais et aux Irlandais du Nord de sortir du Royaume désuni. Et pourquoi pas aux Londoniens, tant qu'on y est ? Tant qu'à faire de mettre en avant la démocratie locale, autant y aller carrément.
La démocratie parlementaire, on sait comment ça marche, en Europe, depuis en gros un siècle et demi. La gouvernance par référendum, en revanche, tant vantée par le populisme et les extrêmes, on n'a aucun recul dessus. Même en Suisse, où le système reste à dominante parlementaire, dans les faits. On constate en revanche que les référendums sont de plus en plus souvent l'arme des partis extrémistes, ceux qui pensent arriver au pouvoir en déstabilisant la société. C'est excellent qu'il y ait des contrepouvoirs dans le système, mais leur accorder trop d'importance est forcément périlleux.
Dans les 50 premières années, jusqu'au début du XXème siècle, on n'a qu'un référendum par an, en moyenne. Inutile de rappeler que même à l'époque, c'est nettement insuffisant pour prendre l'incroyable quantité de décisions que requiert la gestion d'un pays. On monte ensuite en puissance progressivement pour arriver à une dizaine par ans actuellement. Ce qui pose un gros problème, déjà, dans un monde où tout va plus vite et s'accélère, c'est que cela ralentit considérablement la prise de décision.
Une dizaine de décisions par an sont donc tranchées par le peuple, qui certes a toujours raison, mais peut se tromper. C'est peu, c'est très peu, en regard des dizaines de décision prises CHAQUE JOUR, par n'importe quel membre d'un exécutif d'un pays occidental. Et des dizaines de décisions qui passent devant un parlement chaque mois.  
Réduire le rôle du parlement, c'est tout simplement renforcer les exécutifs. Le XXème siècle a fait quelques tentatives dans ce sens, du côté du stalinisme et du fascisme. Il n'y a aucun indice, aucun fait, qui permettrait de penser qu'il n'en irait pas de même aujourd'hui, que les dérives populistes ne se termineraient pas en aventurismes personnels douteux et autoritaires. Au nom du peuple et de la Nation. Ou du Prolétariat.

01/11/2016

Faire un procès à l'Etat, c'est normal et c'est la base de la démocratie

Je suis consterné par l'inculture et donc l'incompétence de nos classes politiques et médiatiques. En Suisse et dans les pays qui nous entourent, proches ou lointains. Axpo, la société (suisse) exploitant nos centrales annonce réclamer 4 milliards en cas de sortie du nucléaire et tout le monde monte au créneau, parlant d'attentat contre la démocratie ou de complot capitaliste inadmissible. Hors tout ceci est parfaitement normal et c'est l'essence même de la démocratie.
J'ai lu aussi un politique, de droite, qui s'indignait de ce qu'une grosse firme puisse faire ce que tout un chacun n'avait pas le droit de faire, à savoir attaquer l'Etat en justice. Comment peut-on écrire une bêtise pareille et comment le journaliste qui la rapporte peut-il ne pas la relever ? Comment ? Tout simplement parce que depuis des années, les propagandes verte et altermondialiste nous ont tellement bassiné les oreilles avec un mensonge qu'il est devenu vérité pour la plupart des gens, même ceux qui ont fait de la politique une occupation principale. Ce qui est d'ailleurs la définition même de la propagande : répéter un mensonge jusqu'à ce qu'il devienne vrai aux yeux des gens...
Le premier mensonge ici est que M Toulemonde n'aurait pas le droit d'attaquer l'Etat s'il s'estime lésé. Bien sûr que si. C'est la base de l'Etat de droit et de la démocratie. J'ai même fait un film sur un programme d'assistance au Vietnam, payé par les coopérations suisse et suédoise, qui mettait en place cet outil indispensable à la démocratie dans ce pays communiste : pouvoir contester une décision de l'autorité devant les tribunaux.
On peut contester une amende, le montant de ses impôts, de son expropriation ou même par exemple faire un procès à l'Etat qui pose des gendarmes couchés partout, ce qui nuit aux suspensions de votre véhicule et vous démolit le dos si vous avez une hernie discale. Cela c'est vu, et un tel procès avait été gagné à Genève il y a quelques années par un particulier. C'est normal et légitime et on avait pendant quelques temps cessé d'installer des gendarmes couchés. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'on ait recommencé à en remettre, mais passons...
Dans le cas d'Axpo, l'entrepreneur à qui l'on ferme un établissement avant que celui-ci soit amorti, par décision démocratique ou non, est évidemment en droit d'exiger un dédommagement. De même que l'autorité publique est fondé à le refuser s'il estime que les conditions d'un dédommagement ne sont pas réunies, ou en tout cas pas du montant demandé. Par exemple parce que l'exploitation est déficitaire. Ou parce qu'il n'est pas d'accord sur le mode de calcul des coûts du démantèlement. Ou pour toutes sortes de raison. L'affaire va donc aller devant les tribunaux, qui trancheront. C'est à ça qu'ils servent.
Ils feront une enquête, entendront des experts, les arguments de chacun, et hop, tel Salomon, couperont la poire en deux. Parts égales. Ou pas... C'est une procédure coutumière, la seule chose qui ne l'est pas ici sont les montants colossaux en jeu.
Une entreprise, comme un particulier, sont parfaitement fondés à réclamer des indemnités à l'Etat. C'est vrai dans un cadre national, comme dans un cadre international. Si un étranger se fait maltraiter pour X raison en Suisse, il peut faire un procès à l'Etat suisse en Suisse. Mais s'il pense que la Suisse n'est pas un Etat de droit et qu'il n'y sera pas traité équitablement, parce qu'étranger ou résidant de l'autre côté de la frontière... Ou parce que l'affaire qui l'oppose à la Suisse est à cheval sur plusieurs législations, il peut aussi faire un procès à la Suisse ailleurs.
C'est très exactement pourquoi dans la plupart des contrats, on précise le for juridique. Le lieu où devra se traiter l'affaire en cas de litige. C'est pourquoi aussi on prévoit des tribunaux ad hoc dans les traités de commerce internationaux, qui auront par définition à traiter de problèmes à cheval sur deux ou plusieurs législations nationales.
Mais de grâce, que vous soyez politiciens ou journalistes, si vous pouviez réfléchir deux secondes avant de reprendre les clichés des propagandes en vogue, le monde irait quand même un peu moins de guingois.

29/10/2016

Paix, démocratie et commerce

Pour beaucoup aujourd'hui, notre société est un échec. Le capitalisme est à bout de souffle... Mais les modèles alternatifs passent au capitalisme les uns après les autres. L'occident et la Maison Blanche sont l'incarnation du mal... mais des millions de gens sont prêts à mourir pour s'y réfugier. L'argent corrompt tout... Mais quand on le supprime, plus rien ne marche. Le chômage augmente, mais ce sont les jobs les moins intéressants qui disparaissent en premier. Nous travaillons trop intensément... Mais c'est l'ambition personnelle qui mène au burn out. L'Europe n'est pas assez démocratique, mais 0,6% de la population peut bloquer l'UE. La démocratie bat de l'aile et pour la corriger, il faudrait prendre exemple sur un pays mené à la baguette par son chef à torse nu...

Bref, avant de jeter le bébé avec l'eau du bain, il serait peut être temps de faire le bilan de nos réussites et de nos avantages, au lieu de ressasser sans fin nos échecs et nos insatisfactions. Parce que ce ne sont pas seulement les médias pour qui un train qui arrive à l'heure n'est pas une info. C'est la société toute entière qui s'intéresse infiniment plus à ce qui va mal qu'à ce qui marche bien.

En résumé et en vrac, nous avons un taux d'espérance de vie trois fois supérieur à celui de nos ancêtres. Nos concitoyens de plus de 70 ans n'ont jamais connu la guerre en Europe, à l'exception de l'ex-Yougoslavie et aujourd'hui, de l'Ukraine (dans lesquels, les deux fois, la main de Moscou fut fort pesante, y compris sous forme de soldats russes au sol).
Notre niveau de vie est inégalé dans l'histoire et les plus pauvres d'entre nous, hormis peut être une poignée de SDF, vivent mieux que des châtelains du moyen âge.
Personne ne nous oblige à croire à qui que ce soit, ni à obéir à quiconque, à partir à la guerre, ou même à travailler. Nous pouvons coucher avec qui nous voulons ou presque,du moment que c'est réciproque, nous habiller comme nous le souhaitons, écouter de la musique, voire des films, aller au concert...
Nous avons le droit de nous exprimer, de dire et écrire à peu près tout ce que l'on veut, même parfois (souvent) les pires âneries. Nous pouvons partir en vacances, mettre nos enfants à l'école et à l'université si ils bossent assez bien, manger à notre faim, nous réchauffer l'hiver, téléphoner quasi à l'oeil, nous connecter au monde entier pour presque rien...

Toutes ces choses nous semblent habituelles, mais aucune d'entre elles n'allait de soi, il y a seulement un siècle. De plus, nous ne sommes plus les seuls dont le sort s'améliore. En 25 ans, le taux d'extrême pauvreté est passé de près de 40% des habitants de cette planète à moins de 10%.
Cela, mine de rien, c'est le système qui l'a rendu possible. Un mélange subtil et dialectique d'économie de marché et de revendications syndicales, de démocratie et de mondialisation, d'organisations internationales et de rééquilibrage des richesses. Mais bien sûr c'est comme le climat : ce n'est pas parce qu'il fait un froid de canard un matin qu'on ne va pas vers l'été ou le réchauffement... Ou vice versa.
Dans l'ensemble, la situation de l'humanité s'améliore à grande vitesse. Ce qui ne signifie pas que tout danger soit écarté. Des forces réactionnaires tentent de nous ramener en arrière, à l'époque des pays aux frontières fermées, du coup contraints d'envahir leurs voisins proches ou lointains pour s'emparer de ses ressources. Il est temps de leur faire comprendre que le passé est passé et que l'ère nouvelle passe par la paix, la démocratie et le commerce.

24/10/2016

CETA-TAFTA les mensonges de la propagande

Depuis des années, on nous répète en boucle de gros mensonges sur ces questions, qui ont fini par devenir la vérité aux yeux des gens. C’est le principe même de la propagande, mais qu’en est-il en réalité.

L’idée d’un tel accord, c’est, comme pour la liberté de circulation des personnes, que toute entreprise d’un des pays membres puisse travailler dans un autre pays membre de l’accord avec la garantie d’être traitée équitablement, comme le serait les entreprises nationales du-dit pays.

D’où les articles définissant les possibilités de recours juridique en cas de changement de réglementation. Des dispositions qui existent actuellement à l’interne dans n’importe quel état de droit. Chacun doit se conformer à la loi et à ses changements, mais quand la loi change, cela peut créer de graves disfonctionnements pour les particuliers ou les entreprises qui entraînent des dédomagements.  Par exemple, si l’Etat décide de construire une autoroute à la place de votre maison ou de faire des travaux qui pendant deux ans vont empêcher l’accès à votre magasin, vous allez recevoir des dédomagements. Vous allez réclamer le plus possible et obtenir généralement moins, et si vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous propose l’Etat, vous pouvez lui faire un procès.

C’est exactement la même chose quand une firme décide, à la demande de l’Etat, de construire une centrale nucléaire qui lui coûte des milliards et qui ne sera rentabilisée qu’au bout de cinquante ans. Si l’Etat change d’avis et ferme la centrale au bout de cinq ans seulement, la perte sèche est considérable. Il va donc y avoir des négociations sur le montant de la compensation. La solution revendiquée par l’extrême-gauche qu’on pourrait appeler « tant pis pour ses salauds de capitalistes ayant construit la centrale » n’est pas acceptable, quelle que soit la nationalité de l’entreprise. Et ce d’autant moins que quand on parle de ces très grosses entreprises, elles nous appartiennent toutes un peu, par le biais des actions si on en a, ou par celui des fonds de pension. La plupart des caisses de retraite ont des fonds de participation très diversifiés…

Idem quand une entreprise décroche, sur la base d’un appel d’offres, le contrat de nettoyage et de recyclage des déchets d’une grande ville, ce qui implique le recours à de nombreux travailleurs peu qualifiés, payés au smic local. C’est une part importante de ses coûts. Si le smic est augmenté de 80% du jour au lendemain, ce qui s’est produit en Egypte lors des évènements de la Place Tahrir, c’est une part importante des coûts qui explose, sans que l’entreprise ne puisse augmenter ses tarifs, puisqu’ils ont été fixés lors de l’appel d’offres. D’une manière ou d’une autre, il faudra renégocier.

Lorsque les négociations aboutissent à des échecs, on passe à la phase judiciaire, qui est généralement fort longue, coûteuse pour tout le monde et aléatoire. D’où e recours, de plus en plus fréquent, à des structures de médiation transactionnelle, dont les « juges » seront choisis parmi des experts des problèmes soulevés et devront être admis par les deux parties. Ce qui est généralement plus rapide, plus efficace et moins coûteux que les procédures judiciaires classiques.

Concrètement, ces dernières années, le montant des amendes infligées par l’Etat aux entreprises aux Etats-Unis a été 20 fois supérieur aux pénalités réclamées par les entreprises à l’Etat dans ce genre d’affaires. Réclamées, mais non pas obtenues ! C’est donc du pur fantasme de penser que cela peut empêcher une loi d’exister. Par ailleurs, ces transactions ne peuvent évidemment dédommager que des investissements préalables à un changement de loi, mais rien de ce qui aurait pu être fait après la promulgation ou même la mise en débat parlementaire d’une telle loi.   Les lois européennes existantes sur les OGM ou la viande aux hormones, par exemple, resteraient en vigueur et ne pourraient être changées, dans un sens ou dans l’autre qu’en cas d’avancée scientifique majeure, dans un sens ou dans l’autre.

Prévoir la protection du citoyen et de l’entreprise contre les éventuels abus de l’Etat, comme le font ces accords internationaux, c’est l’une des bases de la démocratie, résumée dans le principe de la Séparation des Pouvoirs. Derrière les campagnes menées depuis des années contre ce type d’accord par les milieux gauchistes et nationalistes se profilent en fait des pratiques totalitaires, qui sous prétexte de populisme ou de volonté populaire n’ont d’autre but que de faire régner sans partage des idéologies douteuses et exclusives. Il est temps de se réveiller, là.

On peut se demander d’ailleurs pourquoi personne ne se lève pour défendre ce type d’accords. C’est malheureusement la conséquence du déficit non pas de démocratie, mais de vie politique européenne. Ce qui est d’ailleurs l’une des conséquences du refus français de la constitution européenne, qui aurait fourni les bases de la construction politique européenne. Au lieu de ça, on a une commission dont les membres sont des experts nommés par les gouvernements, et personne n’est vraiment là pour expliquer aux gens ce qui se passe en leur nom. C’est regrettable et même, on le voit aujourd’hui, c’est suicidaire.

22/10/2016

De l'impressionnisme en géopolitique ............................... pour mettre l'ONU au service de l'humanité

 Toutes les visions du monde sont fausses, parce qu'elles sont toutes en partie vraies. Marxisme, libéralisme, christianisme, bouddhisme, islamisme, nationalisme, altermondialisme, sionisme, complotisme, structuralisme, déconstructivisme et j'en oublie des dizaines ont tous en commun d'avoir une vision centrée sur un aspect des choses, alors que la réalité géopolitique est infiniment plus complexe et composée de myriades d'éléments. Pour ne même pas parler de la réalité tout court.
Je suis frappé en ce moment par tous les savants et autres docteurs de la Foi qui prétendent connaître « LA » cause des événements du moyen orient. Il se tient même des congrès et des séminaires (j'ai assisté récemment à l'un d'eux à Paris) dans lequel de doctes universitaires viennent vous expliquer que la cause de tout est économique. Ou pire, que ce n'est qu'une question de gazoducs. D'autres qui disent exactement le contraire, qu'il s'agit d'affrontements purement religieux. Pendant que certains y voient le machiavélisme d'Israël, manipulant Français et Américains. Ce qui suscite le rire de ceux – dont je suis - pour qui c'est principalement la main de Poutine qui remonte le ressort de la marionnette Bachar. Bref...

La vérité, c'est évidemment que toutes ces causes s'emmêlent et qu'il s'en rajoute encore d'autres, ce qui rend la situation ingérable. Pourtant, il faut bien la gérer. Le sort de millions de gens en dépend. Ce à quoi s'attachent les « fonctionnaires » de l'ONU, par exemple. D'autant moins « fonctionnaires », sur ce coup qu'ils font un job d'autant plus compliqué que leurs patrons – selon la chaîne de commandement - sont les membres du Conseil de Sécurité. Qui sont clairement des belligérants dans le conflit et bien sûr dans des camps opposés.
Sauf que quand ils entrent en fonction, les fonctionnaires de l'ONU prêtent serment de ne plus servir leur gouvernement national, mais bien l'institution internationale. C'est à cela qu'ils doivent s'attacher, et j'espère que leur nouveau patron, Antònio Gutteres, saura le leur rappeler et surtout les protéger. En fait, ce n'est pas à l'institution qu'ils devraient prêter serment, mais à l'humanité. Et il devrait être prévu des sanctions pour celui ou celle qui travaillerait en réalité pour les intérêts de tel ou tel Etat. Le sien ou un autre.
Utopique ? Sans doute, mais c'est à ce genre de prix que l'on pourra avancer dans la paix mondiale.

 

20/10/2016

Les trolls du Kremlin confondent trailer et telenovela

C'est quand même amusant, ce tropisme de l'extrême-droite européenne pour le maître du Kremlin... Qui base lui-même sa propagande interne sur la lutte contre le fascisme supposé des Ukrainiens. Dernier en date à entonner son ode à la gloire des velléités guerrières de la Grande Russie selon lui injustement attaquée, Pascal Décaillet. Qui reprend sous sa plume tout l'argumentaire de son copain Despot, propagandiste en chef de Freysinger.
Pour ces ennemis déclarés de l'Union Européenne et de l'Alliance Atlantique, le mal est américain. Forcément. Obama est donc coupable d'installer des missiles d'interception en Pologne. Bon l'OTAN dit d'interception, les Russes disent d'attaque, le missile nouveau pouvant prétendent-ils faire les deux, et être chargé d'une tête nucléaire au besoin. Perso, je n'en sais rien, mais admettons.
Là où Décaillet sombre dans la propagande pure et simple, c'est qu'il ne présente qu'un court extrait d'un épisode d'une histoire qui est en fait une telenovela interminable. En tout cas, on l'espère sans fin, ou avec une fin heureuse, genre Poutine démissionne, le Kremlin arrête de se monter le chou, entre en guerre contre la corruption interne et rentre dans l'OTAN. Oui je sais, on parle de fiction, là.
Dans la réalité, donc, en 1990, après la chute du Mur, le programme d'interception américain, la fameuse Guerre des Etoiles, est arrêté. Puis en 1999, il est réanimé. Parce que Primakov et la Russie montrent les dents en soutien des Serbes, orthodoxes, qui mettent le boxon en ex-Yougoslavie. Bien sûr, je résume, mais au Kossovo, comme auparavant en Slovénie ou dans leurs rapports à la Croatie, les Serbes de Milosevic ont montré dès le départ une volonté impérialiste de transformer l'Etat fédéral yougoslave en Etat national à dominante serbe, ce qui a abouti à la partition de la Yougoslavie.
Il se trouve que c'est la politique prônée par Primakov, d'abord patron du SVR (le nouvel équivalent russe de la CIA) dès 1991, puis ministre des affaires étrangères de 96 à 98, puis premier ministre durant les évènements de Serbie. Arabophone, Primakov est l'ancien boss surdoué du KGB dans les pays arabes. Pendant la guerre froide, il est parvenu à faire passer dans le camp pro-soviétique le Yémen du Sud (Aden), l'Egypte, l'Algérie, la Libye, l'Irak et la Syrie. Un paquet d'anciennes monarchies et de colonies françaises ou britanniques tombées dans l'escarcelle...  
A son arrivée au pouvoir, il a deux axes : se redéployer en direction des mers chaudes et des pays arabes et reprendre la main sur les ex-colonies soviétiques du Caucase et d'Europe de l'Est. En particulier sur ce qu'on appelle à Moscou "le monde russe". Un peu comme à Berlin, on parlait de "lebensraum". Ce qui inclut la Grande Serbie, slavophone et surtout orthodoxe. Sauf que sans les croates catholiques, les bosniaques musulmans, les Macédoniens et les autres, la Serbie est en réalité toute petite. Qu'à cela ne tienne, on va faire de toute la Yougoslavie un pays à dominante serbe et pro-russe...
Evidemment, "les autres" ne sont pas d'accord. Qu'importe... La tradition russe, en matière de management des populations, se résume depuis Staline à massacrer d'abord, pour causer ensuite avec les rares survivants. On peut rappeler Budapest en 56, Prague en 68, dont le printemps fut écrasé par 6300 chars... S'ensuit un enchaînement de massacres, de déplacements de populations (encore une grande tradition soviétique) et de vengeances et contre-vengeances diverses auxquelles participent activement, "au sol", des "volontaires" russes, mêlés aux forces serbes. Ainsi à Srebrenica, où 8000 musulmans sont exécutés, il y a un bataillon de volontaires russes dans lequel a servi un officier prometteur, futur "héros" des massacres de tchétchènes, colonel du KGB, artisan de la prise de la Crimée et ministre de la guerre au Donbass, Igor Guirkine dit Strelkov. Sans parler des livraisons d'armes russes...
Les parties adverses, croates, kossovares ou bosniaques ne sont pas en reste en termes de cruauté et de vengeance, mais à moindre échelle. Primakov se frotte les mains: alors que l'Europe se construit et se renforce des anciens pays du pacte de Varsovie, elle se montre incapable de ramener la paix en son sein. De guerre lasse, au bout de 8 ans de conflits ininterrompus en ex-Yougoslavie du fait de l'impérialisme serbe, l'OTAN décide de bombarder Belgrade, qui de fait opprime les autres nationalités désireuses d'indépendance.
L'expansionnisme russe se poursuit les années suivantes par le massacre des Tchétchènes, puis par la guerre faite à la Géorgie pour lui arracher des lambeaux de territoire. Les derniers épisodes étant l'Ukraine, dont Moscou refuse le rapprochement avec l'Union européenne. L'affaire de Géorgie décide l'administration américaine à monter d'un cran dans la réactivation de son programme anti-missiles. D'autant qu'au terme d'un deal avec Poutine, Primakov a été nommé ministre du redressement industriel en 2001. En clair, il est chargé de reconstituer le complexe militaro-industriel et nucléaire russe. Il a carte blanche et chèque en blanc, la majeure partie de ses financements restant occultes, et Primakov est très compétent. Aujourd'hui, la Russie est passée devant les USA en termes de puissance de feu nucléaire. Et elle développe des armes ultra-modernes.

En fait, la Russie retombe dans les travers de l'URSS, mettant toutes ses forces dans le militaire et le nucléaire, qui sont les seules choses qui marchent vraiment, au détriment du reste de l'économie, ruinant petit à petit le pays malgré la manne pétrolière. Au final il ne peut y avoir que deux issues à une telle attitude. L'écroulement de l'intérieur, comme ce fut le cas de l'URSS, mais ce peut être long, ou la guerre dont l'issue risquerait fort d'être fatale pour tous. La 3ème option, l'expansion continue de l'Empire se nourrissant de ses conquêtes sur un occident faible et apeuré étant évidemment le pari du Kremlin. Celle que défendent, consciemment ou pas, les trolls qui le soutiennent. Sauf que Hollande, Merkel, May, les Polonais et quelques autres, le pacifiste Obama inclus, ne sont pas prêts à se laisser faire.

Alors des missiles américains en Pologne ? Oui, mais parce que Poutine a placé ses missiles nucléaires Iskander dans l'enclave de Kalinine. Ils menacent directement Varsovie, les Etats Baltes et les capitales scandinaves, voire Berlin. Plus des bombardiers stratégiques (= potentiellement nucléaires) au Venezuela et des batteries de missiles nucléaires à longue portée dernière génération en Sibérie, braqués  sur Seattle et San Francisco...  Un truc très russe, ça, quasiment médiéval que ces enclaves russes au beau milieu de l'Union Européenne. Si celle de Kalinine est officielle, résidu de la seconde guerre mondiale, celle de Transnitrie est "off", mais bardée de soldats russes tout de même. D'où les bases anti-missiles de l'OTAN juste en face en Roumanie, etc. 
Bref, on est bel et bien en présence d'une escalade. Clinton-Bush-Obama face à Poutine-Medvedev-Poutine nous rejouent le film des accords de Genève Reagan-Gorbachev, mais à l'envers. Savoir qui a commencé ne signifie plus grand chose, à ce stade, l'important étant de savoir comment ça va finir. Mais tout de même, la responsabilité du Kremlin parait écrasante dans la mesure où l'impérialisme américain, fondamentalement, est économique. Même si Washington possède l'armée la plus puissante du monde, son pouvoir et sa suprématie dont d'abord ceux du business. Là où précisément, la Russie ne parvient pas à régater, empêtrée qu'elle est dans la corruption et le dirigisme économique à contresens de l'oligarchie politique.
Malheureusement, les gens au pouvoir à Moscou sont des revanchards qui ne parviennent pas à prendre acte de la fin de l'Empire soviétique. Etre juste la puissance secondaire qu'ils sont de fait économiquement ne les satisfait pas. 
J'étais contre la guerre de Bush en Irak. Je le suis toujours. Mais l'opposition à l'attitude agressive des Etats-Unis doit rester démocratique et pacifique. Sur ce terrain, nous pouvons changer les choses. Obama le pacifiste a été élu pour remplacer Bush et séduire le reste du monde. Il n'y a que partiellement réussi, mais sa politique est incontestablement différente de celle de son prédécesseur.
Si on se place d'emblée sur le terrain de la confrontation nucléaire comme le fait Poutine, challengeant toutes les actions occidentales à grands coups de propagande et de déstabilisation souterraine (l'ancien colonel du KGB a très richement doté tous ses services secrets), on court à la catastrophe. Prétendre que c'est l'Occident qui fait monter les enchères n'est qu'un gros mensonge. Pour une raison très simple: sur le terrain de la confrontation civile, économique, l'Occident est sûr de gagner. Tandis que le terrain militaire est le seul où la Russie de Poutine pourrait nous donner du fil à retordre, voire  pire: engendrer des risques mortels pour la planète entière. Pourquoi y aller, à moins d'être contraint et forcé ?

28/09/2016

Julie : Eric m'a tuer...

Pendant que Tamedia, maison zuricoise, licencie dans la presse romande, les CFF se préparent à licencier 1400 personnes en Suisse... Tout en en engageant 200 dans la région lémanique, pour faire face à l'expansion du Lémanexpress en France voisine. CQFD : le Grand Genève crée de l'emploi et s'il échoue, l'épisode suivant sera « Chérie, j'ai rétréci Genève »

Le journaux du monde entier font des économies d'échelle pour survivre à l'assaut d'internet et Tamedia n'étrangle pas la Julie pour le fun. D'abord, il faut payer les augmentations de salaire du big boss et ensuite satisfaire les actionnaires. Contrairement à la SSR, pas moyen d'utiliser le lard accumulé sur le gros marché alémanique pour effacer les pertes du trop petit marché romand. Ou pire tessinois, dans le cas de la SSR, qui même elle, finalement, rend les plaques et dégraisse massivement à Lugano. Car les perspectives d'expansion y tendent vers zéro : le centre naturel du Tessin, c'est Milan.
En Romandie, c'est l'inverse. Genève est le centre d'une agglomération lémanique qui frise les deux millions d'habitants et fait concurrence à Zurich. L'alliance Julie-24H devrait en être le média écrit naturel, mais elle bute sur la frontière. La Julie a essayé, mais à chaque fois qu'une nouvelle de France Voisine apparaît dans ses pages ou sur son site, les fans du MCG se déchaînent : « On n'est plus chez nous ! Rien à foutre de la France voisine ! Dehors les Frouzes »
Forcément, ça plombe l'ambiance et une douzaine d'années de haine entretenue n'ont fait que creuser le fossé. Les journalistes de la Julie ont presque tous intégré le fait qu'ils écrivent pour les Genevois « résidents » et pas pour les frontaliers aussi. Les tensions sans cesse attisées sur le plan politique jusqu'aux problèmes de parking ou de passages de douane ont achevé de renforcer la frontière et les sentiments de rejets de l'autre. Forcément des deux côtés.
Au final, Genève reste trop petite pour jouer dans la cour des grands. Pire, elle se prive de son arrière-pays naturel, qui serait pourtant l'atout clé lui permettant de rivaliser avec Zurich. Elle finira par en payer le prix. En multipliant les obstacles à l'encontre des frontaliers, on réduit l'attractivité économique de toute la région, au détriment de tous. Y compris des chômeurs résidents, car si Genève entre en récession, je ne donne pas cher de leur sort.
Français et Suisses, Savoyards et Genevois, Gessiens et Vaudois, et plus généralement Romands, nous réussirons ensemble, où nous échouerons, chacun de notre côté.

 

 

30/08/2016

Quand le Président du Club suisse de la presse désinforme

Surprenant de voire à quel point le blog du président du Club suisse de la Presse semble inféodé au Kremlin. Au point d'en reproduire les pires mensonges.
Ainsi donc, Maïdan aurait été la chose des ukrainophones de l'Ouest ? Ah oui ? J'ai suivi pas à pas le montage du film de Babylon XIII (présenté au FIFDH 2015) tourné dès le premier jour des évènements. Des dizaines et des dizaines d'heures de rushes. Les jeunes activistes culturels qui étaient le fer de lance du mouvement sur la place dès son origine étaient majoritairement russophones et originaires du Donbass et de Crimée. Plusieurs d'entre eux y ont d'ailleurs longuement été emprisonnés quand ils ont voulu rentrer chez eux retrouver leurs parents après l'occupation militaire de leur pays par l'armée rouge. Pardon, l'armée russe des petits hommes verts... Certains sont d'ailleurs toujours en prison, parfois même en Russie.
Les gens de l'Ouest sont venus dans un deuxième temps, armés et bien décidés à ne pas se laisser faire, quand les berkouts du régime ont commencé à tirer sur les manifestants pacifiques du début.
D'ailleurs, il y a un moyen très simple de savoir qui a commencé avec la violence et les actions militaires: qui est à l'offensive depuis le début, qui s'est préparé, qui a massé ses troupes, et qui reste sur la défensive, sans véritable préparation ni plan d'attaque, se contentant jusqu'à présent de sauver les meubles ? 
De même, prétendre que les Ukrainiens réfugiés aux Etats-Unis après la guerre sont tous d'horribles nazis est encore un mensonge éhonté. La plupart des nazis ont été récupérés et utilisés par les services soviéltiques à toutes sortes de tâches plus ou moins avouables.  Les Ukrainiens qui sont partis sont la plupart du temps des gens qui ont fui l'oppression soviétique et on les comprend. 
Quant à prétendre que les fachos et les pro-nazis sont du côté des ukrainiens, c'est là encore une fable immonde. Oui, il y a des nationalistes parmi les combattants ukrainiens, mais tous les résistants à l'oppression soviétique n'étaient pas nazis, très loin de là. Et Aujourd'hui, en tout cas, parmi les français qui combattent aux côtés des Russes au Donbass, il n'y a que de nazillons de la pire extrême-droite qui soit:
 http://www.streetpress.com/sujet/1472465929-donetsk...

17/08/2016

A poil ou en burkini ?

Un demi-million de français sont adeptes du naturisme et donc candidats à la baignade à poil sur les plages publiques. Pour eux, c'est quasi une religion. En tout cas une philosophie et un art de vivre. N'empêche que c'est interdit et qu'ils sont parqués dans des endroits réservés, pour la propriété ou la location et l'entretien desquels ils paient des cotisations.
Pour ma part, je suis frappé par les arguments déplacés des défenseurs du burkini. De deux choses l'une: soit les baigneuses en burkini y sont contraintes par leurs proches et alors c'est une oppression de la femme, innaceptable en soi. Soit c'est par conviction personnelle. Mais alors, soyons honnêtes, c'est beaucoup moins une question de religion que d'idéologie. Ces femmes ou jeunes filles se baignaient en bikini ou en maillots une pièce jusqu'à ces dernières années.
Ce n'est rien de plus ou rien de moins que l'affirmation d'une revendication, d'un droit à la différence, d'une volonté d'influencer la société. Il y a un peu plus de 40 ans, nous trouvions très cool de nous baigner en jeans de tailles variables et troués ça et là... Du temps de Calvin, comme de la Contre-Réforme, le noir était de rigueur et l'on fermait les bains publics à tour de bras. Des Pouilles à l'Andalousie en passant par la Corse et la Catalogne, dans les années cinquante, les femmes vêtues jusqu'au cou ne se trempaient que les mollets...
Comme d'habitude, les affaires de mode sont aussi le résultat de conflits de génération. On oublie un peu vite que le tiers des djihadistes européens (et des porteuses de burkini) ne sont pas nés musulmans. Après les hippies chevelus et défoncés, qui partaient à Kathmandu ou au Larzac élever des chèvres, on a eu les punks à crête qui se plantaient des épingles à nourrice un peu partout. Cela devient de plus en plus compliqué à chaque génération, de trouver de quoi choquer le simple pékin qui en a vu d'autres... Le djihad, ou moins extrême, le burkini, sont exemplaires dans leur radicalité.

Reste que ce constat ne dit pas tout. Le problème est que personne n'a jamais réellement craint que les baba-cools ou les punks prennent le pouvoir. Ou plus exactement, ils l'ont pris, mais comme chaque génération finit par arriver à le prendre, naturellement, en mettant de l'eau dans son vin. Avec l'Islam, c'est différent. Parce que c'est exogène, que le côté terroriste de ses éléments les plus extrémistes est tout de même extrêmement flippant, et parce qu'une immense majorité d'occidentaux n'a aucune envie de se retrouver demain ou après demain contraint à faire la prière 5 fois par jour.
Du coup, qu'on le veuille ou non, si l'on ne parvient pas à des réglementations claires et respectueuses des principes républicains, on rejette vers les partis extrémistes de droite des pans entiers de la population et au final, ceux qui paieront les pots cassés seront les musulmans eux-mêmes. Qui n'ont absolument pas intérêt à se singulariser. Nous sommes dans une période délicate. A chacun de bonne volonté de mettre du sien en évitant les provocations.
les milieux musulmans prennent souvent exemple de la fierté avec laquelle les communautés juives défendent leurs intérêts. Certes. Mais jamais avec ostentation, ni provocation. Etre minoritaire dans un pays et y vivre en paix implique de savoir faire respecter ses droits à l'égalité et à se fondre dans la masse. Pas à s'affirmer sans cesse davantage, de manière visible et provocante. Les juifs s'indignent à raison quand on désigne l'un d'eux comme juif, sous prétexte de son nom ou autre, car cela fut longtemps l'outil de la discrimination. Des musulmans au contraire, du moins leurs associations communautaires et revendicatives, s'évertuent à se montrer toujours plus visibles et à se singulariser par ce qu'il faut bien appeler des provocations. C'est une mauvaise approche, porteuse de haine et de dissensions.
Une jeune fille en burkini ou en burkha peut foutre en l'air en quelques instants des années d'efforts d'intégration de sa maman qui a offert avec succès des gâteaux au miel à tout l'immeuble à chaque rupture de jeûne.
Alors oui, l'intégration n'est pas chose facile, et des tas de jeunes restent sur le carreau. Victimes de leurs noms et des préjugés qui demeurent ou parfois de leurs propres carences scolaires. Mais il y en a tout autant qui réussissent et se fondent dans la masse, en gardant pour eux leurs convictions religieuses. C'est ça, une république laïque.

ps: que l'on ne vienne pas me dire que c'est différent, que la vue d'un corps nu est choquante alors que celle d'un corps en abaya ne l'est pas. Parce que c'est faux. Ou du moins, c'est purement culturel. Durant des millénaires, nos ancêtres se sont baladés à poil, ou plus exactement dans la tenue que mère nature - ou dieu pour les croyants - avait jugé utile de leur donner.  La vision d'un corps nu n'est choquante que si l'on a l'esprit déformé par des interdits religieux ou par des ukases consuméristes... C'est une construction culturelle.
A l'inverse, dans l'esprit de beaucoup de gens, abaya ou burka, ou burkini, signifie intégrisme islamique et par les temps qui courent cela peut être très choquant. C'est tout autant une construction culturelle, parce que si toutes les djihadistes portent la burqa, toutes les filles en burka, ou en burkini, ne sont pas des djihadistes en puissance. Mais toutes sont des militantes d'une interprétation rigoriste de l'Islam.  
Il me semble qu'il est sain en tout cas, d'avoir un débat démocratique sur les limites à poser ou pas. Car ne soyons pas naïfs. Derrière tout ça, il y a un projet politique visant à occuper le terrain et à lutter contre une intégration des musulmans de France qui pourrait se faire en s'éloignant des critères de l'Islam le plus traditionnel. De même qu'en face, il y a un projet de l'extrême-droite de raidir la société française (et les sociétés européennes) sur des positions le plus traditionaliste possible. Je ne crois pas qu'on s'en sorte en se contentant de compter les points en regardant les balles voler. 

 
 

09/06/2016

Mauro Poggia n'est pas raciste. Ni xénophobe. Sauf à l'égard des Français

Pas raciste pour deux sous Mauro Poggia. Ni xénophobe. Sauf à l’égard des Français. Lorsqu’à la télévision, il énumère « les différentes vagues d’émigration qui ont su parfaitement s’intégrer en Suisse », il oublie les Français… Qui ont pourtant toujours été au moins aussi nombreux que les Italiens, les Portugais ou les Kossovars. Un simple oubli ? Que nenni, parce qu’il se demande, quelques minutes plus tard : « pourquoi est-ce que les Français n’ont pas su s’intégrer ? Est-ce qu’il n’y a pas une spécificité ? »  Sauf que les Français parfaitement intégrés en Suisse sont plus de 150 000 et qu’on estime le nombre de doubles nationaux a plus de 100 000. Dont à Genève, un très grand nombre de conseillers administratifs et conseillers d’Etat présents et passés.
Le problème n’est donc clairement pas dans la nationalité d’origine. Elle n’est pas non plus dans l’éloignement du lieu d’origine comme il tente de le faire croire en dénonçant les « euro-frontaliers ». Parce que les Italiens comme lui, les Espagnols, les Portugais, les Tunisiens ou les Yougoslaves des vagues précédentes, dont il loue les capacités d’intégration, venaient d’au moins aussi loin. Ils acceptaient de travailler pour moins cher que les Suisses d’alors pour faire les sales boulots et c’est pour ça qu’ils étaient engagés.
Ces immigrés européens ou extra-européens habitaient dans des baraquements ou s’entassaient dans des immeubles vite construits dont les loyers étaient 3 à 4 fois moins chers au m2 qu’à la Vieille Ville. C'est moins vrai aujourd'hui pour les baraquements, heureusement, mais ça l'est toujours pour les loyers.
La seule différence, c’est que ces vagues d’immigration d’hier et d'aujourd'hui concernent des emplois sans qualification d'ouvriers agricoles, d’usine ou du bâtiment. Alors que pour les frontaliers, on parle de jobs de cadres ou de techniciens spécialisés. En plus, avec leurs revenus suisses, les frontaliers peuvent acquérir des maisons – ce que souligne Mauro Poggia – alors qu’à salaire égal, à l’intérieur du canton, on obtient au mieux de louer un appart pas trop grand… En fait, tout cela n’est qu’une affaire de jalousie mal placée.
Jalousie mal placée, parce que personne n’empêche aucun résident d’aller vivre de l’autre côté pour devenir propriétaire si ça lui chante. Hormis les préjugés. A Paris, si vous préférez un appart plus petit à l’intérieur du périf qu’un appart deux fois plus grand ou même une maison à l’extérieur, pour le même prix, c’est votre choix. Il ne vous viendrait pas à l’idée ensuite de vouloir mettre une barrière à l’accès des banlieusards au marché du travail.
STATISTIQUES MANIPULEES
D'un autre côté, Garçon, Infrarouge et leurs statistiques sont bien gentils, mais montrer que le nombre de frontaliers a quasi doublé en dix ans, sans dire que le nombre de places de travail a augmenté en parallèle et que le nombre de chômeurs, lui, a sérieusement baissé (de 23 000 à 18 000...), c’est se foutre du monde et jeter de l’huile sur le feu. Les frontaliers sont venus occuper des places de travail vacantes et ce flux a permis à l’économie de la Suisse romande d’enregistrer des taux de croissance inégalés au cœur d’une Europe en crise. On peut vouloir arrêter ce flux. fermer les vannes et couper Genève de son agglomération. Mais il faut savoir que le corollaire serait inévitablement une perte de la compétitivité helvétique, et in fine une réduction drastique du niveau de vie, avec des risques de chômage accrus. Bien plus importants qu’en laissant jouer la concurrence.

20/05/2016

Quand Poggia pistonne... Et que ça ne marche pas, Poggia se fâche

Ainsi donc M. Poggia fait du copinage et il s’en vante. Dans la Tribune, il raconte qu’il a reçu un candidat à un emploi dans un organisme privé mais subventionné, et qu’il a lui a écrit un mot de recommandation. A quel titre  ?
Parce qu’il était italien, comme lui ? Ou Tunisien, comme son épouse ? Ou Musulman ? Ou scientologue ? Ou membre du MCG ? Ou juste parce qu’il avait envie de placer un obligé dans une fondation qui emploie 700 personnes dont un certain nombre de frontaliers ? Des questions légitimes car on peut supposer que M. Poggia n’a ni reçu personnellement, ni écrit un mot à la maîtresse pour les 13 284 chômeurs genevois recensés fin mars. Ou bien ?
Guy Olivier Segond, qui a quelques heures de vol en matière d’administration, m’a toujours dit qu’il est contre-productif pour le big boss de recommander quelqu’un à l’un de ses sous-fifres. Parce que le sous-fifre n’aime pas l’idée d’avoir l’œil du patron dans ses affaires et trouvera mille prétextes pour engager quelqu’un d’autre. Ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises dans ma vie professionnelle, en France comme en Suisse, aussi bien comme solliciteur que comme pourvoyeur de poste : le pistonné de tout en haut se retrouve assez systématiquement en bas de la pile… Mais M. Poggia n’a qu’une très mince habitude de la vie en administration ou dans des grosses entreprises…
Avec ses gros sabots, M. Poggia s'inscrit dans la droite ligne du MCG. Tout le monde sait que le réseautage aide à trouver du taf. Surtout à Genève. C’est d’ailleurs la première recommandation que reçoivent les chômeurs à l’Office de l’emploi : activez vos réseaux. Ben oui, mais si le réseau comprend un voisin frontalier, c’est mal. Et même de nature à vous faire perdre votre nouveau job du fait des pressions d’un Conseiller d’Etat susceptible…. Attention tout de même, l’utilisation du réseau de voisinage c’est permis en règles générales: le cousin que vous faites venir du village au Portugal, le fils de la voisine du dessus des Avanchets, ou le voisin du village de Brot-Dessus (NE) ou de Sembrancher (VS) à qui vous trouvez du taf, c’est bien. C’est juste si vous êtes frontalier que c’est mal. Et tant pis si vous préférez engager quelqu’un que vous connaissez, en qui vous avez confiance, qu’un parfait inconnu dont les références en pointillé et/ou le piston d’un chef de parti d'extrême-droite vous semblent suspects. Si vous êtes frontalier, c’est mal ! Répétez tous en chœur !
Du coup, on se retrouve dans la situation absurde dénoncée le mois dernier sur Facebook par quelqu'un plutôt proche du MCG qui reconnaissait qu'à son boulot, on venait de remercier un jeune intérimaire frontalier qui faisait parfaitement bien son boulot, avec conviction et ardeur, pour engager fixe une chômeuse résidente qui outre un manque d'ardeur manifeste, s'était fait mettre en arrêt maladie au bout de quinze jours... Attention, il y a pléthore de chômeurs résidents qui ne demandent qu'à bosser et de tous les âges. Mais il n'y a aucune raison légale ou économique de différencier les gens selon le côté de la frontière où ils habitent. A Genève, les frontaliers paient leurs impôts en Suisse, de même que leur AVS, leurs cotisations chômage et bien souvent leur assurance maladie. Ils sont de fait parfaitement assimilables à des travailleurs suisses. Seul l'argument écologique de la distance pourrait être retenu, mais Annemasse ou Saint Julien sont souvent plus proches du lieu de travail à Genève que Versoix ou Chancy... Sans compter Yverdon ou Nyon. Or les Vaudois et autres, qui ne paient pas leurs impôts à Genève, sont considérés comme résidents par le MCG. Où est la logique ?
De toute manière, bien qu’élu et ancien avocat, Me Poggia se fiche des lois et de la démocratie. Parce que la Libre circulation a été votée et acceptée par le peuple. En échange de pouvoir par exemple aller librement habiter en France, les Genevois ont accepté l’idée de libérer l’accès à leur marché du travail. Certes les Suisses en ont décidé autrement il y a deux ans (mais pas les Genevois), mais cela n’est pas encore entré en vigueur et c’est donc toujours l’ancienne loi qui s’applique. Selon laquelle on ne peut pas licencier quelqu’un sous prétexte qu’il n’habite pas du bon côté de la frontière. Si M. Poggia insiste et que Clair Bois obtempère, l’affaire ira jusqu’au TF et M. Poggia perdra. Ce ne sera pas la première fois.

17/05/2016

Pétain et les défauts du bouclier

J’ai regardé lundi soir sur France 3, un film sur la mémoire de la collaboration et l’après Pétain. Qui présentait à mon avis la grave lacune de confondre le travail des historiens avec la réalité. Non pas que le travail des historiens soit forcément faux ou biaisé, mais il est des circonstances où le travail sur les sources écrites est insuffisant à rétablir la vérité.
Je pense en particulier aux activités de l’ombre et des services secrets qui ne sont pas forcément documentées. En temps normal, elles le sont bien sûr. Les services secrets demeurent des administrations publiques et en dehors de quelques actions spéciales inavouables (du genre : « Je ne vous ai pas donné cet ordre et en cas de pépin, on ne vous connait pas ») leur travail quotidien est dûment archivé, même s’il est classifié « secret défense » ou autre. Il peut donc être déclassifié en temps utiles pour les besoins de la recherche historique. Ou à l’occasion d’un changement de régime, comme ce fut le cas des archives du KGB, qui purent être consultées in extenso par quelques spécialistes comme Vladimir Fedorovski après le coup d’Etat manqué contre Eltsine.
Il est cependant des cas où la discrétion et le secret le plus absolu deviennent une question de vie ou de mort, pour les agents et de réussite ou d'échec pour le but poursuivi. C’était le cas dans la France occupée de la seconde guerre mondiale pour un certain nombre d'officiels, dépendant de l’Etat français mais bien décidés à préparer « la revanche ». De cela, l’historien étasunien Robert Paxton ne parle pas puisque dit-il « il n’en a trouvé nulle trace officielle » dans les archives de l’Etat français. Et pour cause, puisque les partisans de ce que l’on pourrait appeler un complot faisaient tout leur possible pour effacer leurs traces...
Le hiatus vient d’abord du fait que ce n’était pas l’Etat français (le nom officiel de l’administration pétainiste) dans son ensemble qui travaillait dans cette optique de revanche. Bien au contraire de larges pans de l’administration collaboraient allègrement et avec conviction, de Laval à la Milice. Pour ce qui est de Pétain lui-même, la question reste entière, les deux parties s’étant réclamées de son image tutélaire.
Mon père qui fut l’un des jeunes agents recrutés discrètement et très officieusement (à lire en juin, le prochain numéro de la revue "Passé Simple" sur ce sujet) pour travailler en Allemagne pour le 2ème bureau de l’air français sous couvert des commissions d’armistice me disait qu’il y avait de parfaites crapules. Il citait par exemple Jean-Marie Balestre et un magnat de la presse qu’il avait connu à l’époque et revu après-guerre dans les milieux du journalisme automobile. Les « résistants légalistes », symbolisés par le Général Giraud, à l’évasion duquel mon père a participé, préparaient la revanche de l’intérieur. Ils étaient de milieux et d’opinions diverses, avec une forte prédominance militaire et la présence de nombreux francs-maçons. Leur optique n’était pas la lutte armée sous l’occupation, qu’ils pensaient suicidaire et ils considéraient volontiers les gaullistes (dès le 18 juin 40) et les communistes (dès le 22 juin 41) comme des voyous, jusqu’à l’unification des divers mouvements de résistance, fin 43, et la « réconciliation » de Giraud et De Gaulle au profit exclusif de ce dernier.
Le voile jeté sur cette période servait aussi les intérêts de De Gaulle, lui permettant d’apparaître comme le seul leader de la Résistance, notamment militaire, ce qu’il n’était clairement pas au départ. Par ailleurs, parmi ces résistants de l’intérieur certains ont occupé de très hautes fonctions, jouant un double jeu dangereux, pour leur vie d’abord, pour leur réputation ensuite, car si les renseignements qu’ils pouvaient fournir étaient fort utiles à la résistance, leurs actions officielles les mettaient souvent au service de l’occupant. Ce qui pouvait aller jusqu’à la plus froide cruauté, lorsqu’il s’agissait de négocier les limites du pouvoir de la police française en échangeant la déportation des juifs étrangers contre le maintien de la souveraineté française sur les français n’ayant pas attaqué physiquement l’occupant… Qui permettait d’extirper des griffes allemandes les résistants d’opinion ou de renseignement. Un double jeu aux résonnances antisémites et xénophobes qui explique certaines amnisties de personnalités demeurées incomprises aujourd’hui encore, dans l’entourage de Mitterrand notamment. Comme René Bousquet qui poussa le double jeu horriblement loin en organisant la funeste rafle du Vel d’Hiv, mais qui aux dires mêmes de Mitterrand en privé, rapporté par ses proches, sauva des griffes nazies beaucoup de gens, utiles à la Résistance… Peut-être pas 13 000 quand même, qui est le nombre de juifs déportés au Vel d’Hiv !

En même temps, quand on sait que les Anglais n’ont pas hésité à sacrifier les centaines de membres de leurs réseaux du Pas de Calais et de Belgique, ainsi que leurs agents britanniques sur place en les livrant aux allemands pour leur faire croire à un débarquement dans cette région, on se dit que la guerre est décidément bien plus sale que jolie.

 

23/04/2016

Racisme anti-frouze ou animosité stupidement entretenue ?

Dans un livre récent, la correspondante du Monde en Suisse se penche sur le racisme "anti-frouze" qu'elle ressent en Suisse romande. Le terme de racisme me parait largement usurpé. Par contre, il y a une vraie animosité, qui a toujours existé quoiqu'elle en dise, sur laquelle l'UDC et le MCG n'ont fait que surfer. Mais cette animosité concerne n'importe quel voisin. Y compris les Suisses en France...
Enfant à Neuchâtel, dans les années 60, j'étais traité de "francillon qui cause en raffinant", ce qui était tout de même mieux que le "sale tchink" qui qualifiait les enfants d'italiens. D'ailleurs dans les bagarres rangées de cours d'école primaire, qui opposaient neuchâtelois "de souche" et les "tchinks" donc, particulièrement nombreux, l'unique "staubirn" et moi avions le droit de rester neutres...
Par la suite, quand je me suis retrouvé interne au lycée de Pontarlier, j'étais devenu ""Le p'tit suisse" et l'on moquait mon accent neuchâtelois, avec un solide accent du haut-Doubs. C'est à ce moment, je crois que je suis devenu internationaliste. Pour la vie.
A noter qu'aujourd'hui, les plus virulents à l'égard des français en Suisse sont très souvent des "secundos", nés de parents étrangers, plus facilement affligés d'un complexe d'infériorité/supériorité à l'égard des fils du Grand Voisin que les autochtones de longue date, qui savent mieux tout ce qu'il peut y avoir de commun et d'indélébile dans les relations séculaires.
Dernière chose: j'ai écrit un bouquin "ces Ces Romand-es qui ont fait l'Histoire, vendu en France sous le titre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire de France". parce que nos deux histoires s'entremêlent plus qu'étroitement et que si les Belges sont souvent identifiés en tant que tels à Paris, les Suisses y sont souvent pris pour des Français. Peut-être parce que précisément, ils peuvent s'y fondre comme des poissons dans l'eau. 
Lors de la présentation du livre à Paris, les émissaires d'une députée représentant les Français de Suisse m'ont proposé un soutien financier conséquent pour écrire "les Français de l'Histoire suisse". Proposition que j'ai déclinée après réflexion. Parce que je ne voulais pas me lier politiquement à la dame en question, sarkozyste, et parce que j'ai le sentiment qu'autant l'action des Romands en France et dans le monde est largement méconnue en France, notamment des intellectuels - et méritait donc un éclairage - autant l'action des Français en Suisse me parait une évidence que les Suisses éduqués connaissent parfaitement. Les autres ne risquant de toute manière pas d'être éduqués par un livre qu'ils n'auraient jamais lu.

26/03/2016

La République et la Charia

Un prédicateur islamiste, du genre piétiste, fait le buzz sur Internet avec une vidéo dans laquelle il rappelle que les sociétés dans lesquelles nous vivons dispensent passablement de bienfaits, y compris le droit de prier dans des lieux de culte appropriés, et qu’il n’est pas juste de n’en retenir que les côtés imparfaits. Que le recours à la violence est donc une abomination diabolique. D’ailleurs, comme il le fait très justement remarquer, à quoi aboutissent les illuminés qui partent construire un monde meilleur en Syrie ou en Libye ? A faire fuir les habitants légitimes de ces pays qui n’ont plus qu’un désir, venir dans les pays d’Europe profiter des bienfaits que nos civilisations procurent.

Jusque là, il a tout juste. Sauf que le gars prêche aussi par ailleurs que la musique est l’œuvre de Shaïtan (le nom arabe de Satan) et que si des femmes non voilées se font violer, c’est un peu de leur faute, puisqu’elles n’étaient pas voilées… Un vrai islamiste donc, qui attribue les bienfaits de nos sociétés (européennes ou maghrébines) à l’œuvre d’Allah. Pour lui, c’est à dieu que nous devons ce qui existe dans nos sociétés et il faut lui rendre grâce. C’est là que le bât blesse et le fait qu’il ne différencie pas les sociétés maghrébines, quel que soit leur régime politique, de nos sociétés européennes est tout à fait significatif.

Pour lui, dieu est à l’origine de toutes choses et donc l’homme ou la femme doivent se soumettre à sa gloire, accepter leur condition et suivre à la lettre les préceptes de la religion dans sa vie quotidienne, pour espérer mieux. Ici bas ou plus probablement après la mort, au paradis, puisque nous serions ici dans un monde d’épreuve. C’est l’opium du peuple dénoncé par Marx dans sa plus parfaite acceptation, qui fait le bonheur des dirigeants politiques, quels qu’ils soient. En bref, ne vous occupez pas de politique, la solution est au paradis.

Ce n’est qu’une des visions de l’islam rigoriste, car on trouve aussi son exact contraire, professé par les fans de l’Etat Islamique (ou des Frères Musulmans, ou des mollahs iraniens) : la démocratie est l’œuvre de Shaïtan, comme toute forme de gouvernement qui n’obéirait pas en tous points à la loi de dieu (la charia) qui seule doit déterminer les actes des dirigeants. Le peuple doit alors se révolter contre les dirigeants qui ne respectent pas la charia.

Le GROS problème, c’est que bienfaits ou mauvais faits, les éléments qui déterminent notre existence sur terre et les aléas de nos sociétés ne sont pas l’œuvre de dieu, qui existe ou n’existe pas, mais à l’évidence n’agit guère sur notre quotidien. Ils sont le fruit des œuvres des êtres humains, bonne sou mauvaises, corrigés ici ou là par les forces de la nature. Et ça change tout. Parce que c’est bien l’économie, la politique, les pulsions humaines qui modèlent nos sociétés et qu’il faut s’y impliquer si l’on veut améliorer les choses, même si la perfection n’existe pas.

La République est ce que l’on en fait et sera ce que l’on en fera. Nous autres, tous ensembles.

Après chacun est libre de croire ou de ne pas croire et si les musulmans, comme tous croyants, souhaitent suivre les préceptes de leur religion, libre à eux. Il est d’ailleurs probable que cela soit plutôt bénéfique à la société dans son ensemble, comme j’ai pu le constater par exemple en Bulgarie, où les communautés villageoises d’origine turque sont réputées pour leur amour du travail bien fait.

Mener son djihad personnel en tant qu’amélioration de soi-même est certainement un bel objectif. Mais cela ne doit pas dépasser la sphère privée et ne pas empiéter sur la règle commune : en République, c’est la loi républicaine qui s’applique, qui doit être la même pour tous et ce sont les lois de la République qui nous procurent leurs bienfaits, ou leurs méfaits. S’il y a un problème, on peut le changer, en changeant telle ou telle loi. Pacifiquement. Cela s’appelle la démocratie et cela n’a rien à voir avec l’au-delà.

03/03/2016

Quand Daech et des (très) proches de Poutine et Bachar travaillent ensemble à l'exploitation du gaz syrien

L'enquête a été longue, minutieuse et compliquée, portant sur des faits qui se sont déroulés en grande partie sur les territoires conquis par Daech il y a deux ans...
Elle implique au moins un résident genevois, au travers de ses sociétés d'exploitation pétrolières et gazières. Quelqu'un qu'on dit extrêmement proche de Poutine, visé par le premier cercle des sanctions internationales après l'annexion de la Crimée. Ainsi qu'un homme d'affaires syrien, tout aussi proche de... Bachar el Assad, ce qui ne l'empêche pas d'être aussi sur les listes de sanction US, mais lui pour trafic avec Daech!
Ce qui n'empêche pas de nombreux médias de reproduire abondamment les infos en provenance de Moscou accusant les Turcs de financer Daech, confondant là comme ailleurs, c'est à dire sous leurs bombes, Daech et les rebelles démocrates ou islamistes...
Mais le mieux est de lire l'article et de vous faire votre opinion:Ici


A noter que deux journalistes syriens issus des zones rebelles seront en Suisse romande du 21 au 23 mars. L'un d'eux a été successivement prisonnier des geôles de Bachar, puis de celles de Daech. Ils pourront sans doute nous en dire plus sur le quotidien dans les zones de combat, mais aussi sur les dessous cachés de ce qui reste une guerre de l'ombre.

08/02/2016

Combien de gens savent exactement ce qu'ils votent et pourquoi ?

Dans quinze jours, on vote. Enfin, nous avons tous déjà reçu nos bulletins. Et ça fait peur. Parce qu’on va décider de choses graves. Qui pourraient mettre à mal encore davantage l’économie suisse et rejeter le pays au ban des nations européennes.
Pourtant, la seule chose qui semble préoccuper les gens, c’est de savoir si l’on va pouvoir transformer le vieux musée et sa cour intérieure. On n’entend parler que de ça, les gens ne se déchirent que sur ce sujet-là, qui oppose une moitié de la droite à l’autre moitié de la droite et une moitié de la gauche à l’autre moitié de la gauche…  En plus il n’y a que la ville qui vote, ce qui parait curieux puisque le projet concerne toute l’agglomération. Sauf que c’est la ville qui paie la moitié de la facture, l’autre moitié provenant de fonds privés. Qui, à voire le binz déclenché, ne sont pas près de revenir payer pour un projet d’intérêt public genevois, qu’il soit culturel ou autre. 
C'est une fois de plus l'immobilisme et le conservatisme le plus tatasse qui risquent d'emporter le morceau. Nul doute que s'il avait fallu voter, Genève n'aurait jamais eu de fortifications, de cathédrale, de boulevards fazystes, de Pont du Mt-Blanc et j'en passe...

On peut comprendre le désintérêt populaire pour les votations, quand on voit le libellé et les explications des autres sujets. Le truc sur les loyers par exemple. Un ami banquier au cœur sensible, diplômé de sciences po, me disait hier avoir voté non, parce qu’il trouvait qu’augmenter le loyer des pauvres gens de l’équivalent de 1% de leur revenu, c’était quand même vachement violent… Comme ça m’étonnait, nous avons vérifié. En fait c’est une augmentation de 1% de ce qu’il payait auparavant. Soit, 3, 4 u 5 fois moins. Mais c’est libellé de telle façon que ça prête à confusion. La preuve, un universitaire financier s’est fait avoir. Alors je n’ose penser aux 95% de la population qui n’ont pas ses compétences…

L’histoire de la caserne vaut son pesant de grenades. On demande aux gens s’ils sont d’accord de payer pour la construction d’une nouvelle caserne. Vu l’utilité discutable de l’armée depuis 70 ans  (cela pourrait changer assez rapidement, ceci dit) bien des gens seront tentés de répondre non. Alors qu’en fait il s’agit de déménager la caserne pour pouvoir loger près de 5000 personnes à la place, dont de nombreux étudiants… Bien sûr, si on lits la brochure, on le comprend, mais combien lisent les brochures ? Les initiants savaient très bien ce qu’ils faisaient en rédigeant leur intitulé. De même, en 2015, sur un autre sujet, un jeune qui venait de passer sa matu avait compris l’inverse de ce qu’il fallait comprendre. Et donc a voté contrairement à ses convictions. Quand il l’a compris, il avait le sentiment de s’être fait avoir et voulait renoncer désormais à voter. Là, encore quid de ceux qui n’ont même pas la compréhension habituelle de textes pas si simples…

On atteint le summum quand ce sont les initiants qui rendent un travail bâclé, comme c’est le cas de l’initiative de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers. Elle systématise les peines automatiques, sans examen des conditions spécifiques du délit ou crime, ce qui est contraire au droit international et aux jurisprudences européennes. Même de son propre point de vue, elle est très mal foutue, puisqu’elle oblige au renvoi d’une sexagénaire rentière qui ferait des ménages au noir un jour par semaine, mais ne prévoit rien pour un terroriste arrêté alors qu’il préparait un attentat. Elle contraint au renvoi d’un jeune né ici pour un premier larcin un soir de beuverie (son copain suisse s’en tirant avec une simple amende), mais ne prévoit rien pour un incendiaire qui met la vie des gens en danger. Bref c’est un brûlot politique, destiné à faire mousser l’UDC et saliver l’extrême-droite, mais en aucun cas une loi pensée et conçue pour être efficace, juste et performante, comme l’est celle sortie des travaux du parlement.   
 

La démocratie directe est un outil fantastique, mais parfois j’ai l’impression qu’à force d’en abuser, les factions populistes des deux extrêmes de l’échiquier politique lui font courir de gros risques.

13/01/2016

L'insondable (et dramatique) bêtise du MCG

Un dirigeant historique de l’UDC genevoise m’a dit un jour, parlant d’Eric Stauffer : « Son problème c’est qu’il n’a pas la petite lumière qu’on a tous et qui clignote pour nous dire quand on dépasse les limites. Du coup, il se croit invincible ».
On pourrait penser que son porte-serviettes, le « bon flic » Roger Golay, aurait un peu plus de plomb dans la tête. Sa récente interview au sujet des fonds frontaliers, dans la Tribune de Genève, laisse au contraire penser que son mentor a su lui insuffler un peu trop de stupide suffisance. Ainsi explique-t-il que son parti attaque la France et les frontaliers français, qui laissent à Genève l’essentiel de leurs impôts, plutôt que les pendulaires vaudois qui n’y laissent pas un centime, "parce que Calmy-Rey a essayé avec les Vaudois et s’y est cassé les dents".
En clair « on a essayé avec un nain à notre taille, on s‘est pris une claque, alors on essaie avec un géant, cent fois plus gros que nous… »
L’insondable bêtise de la démarche laisse pantois à première vue. A y regarder de plus près, c’est encore pire. Le problème, avec certains déficients, c’est qu’ils se croient malins et échafaudent sans cesse toutes sortes de plans pour arnaquer les gens. Ici, le Conseil d’Etat est le premier visé : l’initiative MCG ne propose rien de concret, hormis de dénoncer un accord existant, fonctionnant à la satisfaction des parties, qui est l’un des facteurs clés de la prospérité genevoise depuis 40 ans. Quid de ce qui se passerait après la dénonciation de l’accord ? Le MCG n’en a pas la moindre idée. Mais quel que soit le résultat, à coup sûr catastrophique, il pourra en rejeter la faute sur les autorités, qui auront mal négocié… On tire une rafale dans les pieds des Genevois, et ce sera la faute des autres, qui n’auront pas su protéger les citoyens de l’ogre français.
Rappelons que si Genève dénonce la clause d’exception qui la concerne dans la convention fiscale franco-suisse,  il y a toutes les chances que ce soit le sort général des autres cantons qui lui soit dès lors infligé. La France impose et reverse, quand elle le veut bien, une somme nettement inférieure à ce que Genève (et Berne, grâce à la péréquation) conservent aujourd’hui. Difficile d’imaginer plus spectaculaire autogoal.
Quant à la très stupide hypothèse belliqueuse de certains avocats genevois, son application ferait immédiatement exploser toute l’économie genevoise et régionale avec. L’idée serait de continuer d’imposer comme avant, à la source, en se moquant de la convention globale franco-suisse et en gardant tout l’argent. Quitte à laisser les frontaliers subir une double imposition, imposés plein pot en France et à Genève. Une telle réduction de la masse salariale injectée dans l’économie locale aboutirait à des fermetures de commerce, des faillites en cascade, des drames humains soldés par des ventes de biens immobiliers en masse qui feraient chuter les prix, sans compter le départ vers d’autres cieux de travailleurs et d’entreprises peu soucieux de vivre dans ce far west législatif. Et comme on sait, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers.
Rappelons qu'au plan juridique, contrairement à ce qu'avance le MCG, l'OCDE n'a aucune religion à l'égard de l'imposition transfrontalière et ne fait que recommander l'imposition au lieu de domicile en prévoyant toutes sortes d'exceptions. Possibilité abondamment exploitée par tous les pays de l'UE, qui montrent une énorme créativité à cet égard. De fait, chacun fait comme il veut, du moment qu'on évite la double imposition, et donc qu'on répartit les fruits de l'impôt équitablement. Dans ce contexte, penser que la répartition qui résulterait d'un négociation pourrait être plus profitable à Genève qu'aujourd'hui, alors qu'elle est actuellement la plus profitable à Genève de tout ce qui existe en la matière entre la Suisse et ses voisins ou en Europe, c'est une imbécilité pure et simple.
En plus, si on veut instaurer un rapport de forces, il faut commencer par l'étudier. Genève fournit du travail à 0,02% des travailleurs français, dont un certain nombre de suisses et d'étrangers. Le tout représente 25% des travailleurs Genevois. La France abrite par ailleurs 10% de la population genevoise. Oui, parce qu'on parle de 20 000 frontaliers suisses, mais c'est sans compter les non-déclarés et surtout, il s'agit de 20 000 familles... 

Le seul gagnant serait Paris, qui empocherait désormais l’essentiel de l’impôt. Les perdants seraient Genève et les Genevois, la région frontalière exsangue et Berne qui ne perdrait « que » 100 millions par an, à activité économique constante et sans doute beaucoup plus puisque l’activité économique chuterait.
Sauf que voilà, la votation sur les parkings l’a démontré, il traîne à Genève suffisamment de haine et de jalousies anti-frontalière pour qu’une telle initiative ait ses chances, bien qu’elle soit probablement la plus stupide jamais lancée en Suisse, tous cantons confondus… C’est là-dessus que compte le MCG. L’intérêt général et celui des Genevois, il s’assoit dessus, tout ce qu’il voit, c’est la possibilité de se faire mousser et après moi le déluge…