16/08/2014

J’ai piloté au 1er Grand Prix écolo de Suisse à Lignières ce week end

Vendredi 15 août s’est tenu à Lignières le 1er « Swiss Energy Grand Prix ». Qui pourrait être suivi de beaucoup d’autres tant la formule parait prometteuse. Certes, le bruit des moteurs à explosion manque à certains, mais le vacarme des échappements libres ayant marqué toute mon enfance, surtout les conflits de voisinage qu’il générait avec les habitants du village voisin, je ne le regretterai pas une seconde.

 

Le circuit de Lignières a en effet été créé par mon père en 1960-61, qui l’a géré jusqu’au début des années septante. Mon enfance fut rythmée par les courses de voitures, les visites de Jo Siffert ou du champion du monde de side-cars, Florian Camathias et des écuries et pilotes de toute la Suisse, dont de nombreux genevois comme Vetsch, Pouponnot ou Ramu-Caccia. Sans oublier les démêlés de mes parents avec les autorités civiles se plaignant du bruit, qui s’entendait parfois jusqu’en haut du Chasseral ou descendait jusqu’au Landeron ou à Saint-Blaise… Le pire, c’était un sport-prototype à moteur Wankel et échappement libre, pilotée par un jurassien, dont les crissements suraigus à 20 000 tours minute vous explosait les tympans.
Exit le bruit, donc avec les bolides électriques et c’est tant mieux.

Bolides électriques, oui, mais avant tout voitures de séries. Juste encore un peu expérimentales. Ce qui retourne aux sources du circuit, lorsqu’au début des années soixante, les constructeurs ne disposaient pas encore d’installations d’essais très sophistiquées. Beaucoup venaient donc peaufiner leurs essais dans les montagnes neuchâteloises : Mercédès, Simca, Abarth, Triumph et bien sûr Peugeot, qui venait en voisin. Michelin et surtout Kléber-Colombes n’étaient pas en reste, et le pneu V10GT, best-seller s’il en est, d'une technologie révolutionnaire, fut ainsi mis-au-point à Lignières.
De même, les premières caméras du monde tournant au 1/1000è de seconde, inventées par Longines, le voisin de Nods, furent développées sur le circuit pour étudier les déplacements de masse en virage et utilisées par la suite pour le chronométrage.  On les appelait les « Chronotypogines ». Un nom délicieusement suranné, qui fleure bon la SF des années 50-60, comme le nom du circuit d’alors, « l’Institut International de Psychodynamie ».
L’étude des déplacements de masse était en effet la marotte de mon père et l’optimisation de la tenue de route son idée fixe. Il la jugeait non sans raison plus importante que la puissance brute du véhicule, tant pour les performances, au travers de la consommation, que pour la sécurité. Il l’avait d’ailleurs prouvé en comparant trois véhicules étroitement dérivés l’un de l’autre : une VW coccinelle, une Porsche 911 et une Porsche 904, qui en était la variante sport-prototype. Les moteurs avaient été interchangés, sans riche modifier des freins ou des suspensions et les temps chronométrés, sur un circuit très sinueux comme Lignières, étaient extrêmement clairs : une 904 avec un moteur de coccinelle tournait plus vite qu’une coccinelle avec un moteur de 904… Les résultats auraient été probablement différents sur un anneau de vitesse, mais là…

Je songeais à cette expérience au moment de prendre le volant comme deuxième relayeur de la Smart Brabus électrique. Partis avec un handicap favorable, car doté de la moins bonne autonomie du plateau, comme deux autres Smart, nous étions en tête après 35 tours, grâce au talent de Freddy Amweg, multiple champion suisse de course de côtes. 25 tours plus tard, nous l’étions encore quand j’ai rendu le volant à Fred Yerly. Sauf que si j’avais pris le véhicule avec 50% d’énergie consommée, j’en avais à mon tour consommé 30% et que le pauvre Fred n’avait donc aucune chance de pouvoir terminer la course sans recharger. Ce qu’il fit dès le tour suivant.

Malheureusement, si un « pit stop » en F1 prend au plus quelques dizaines de secondes, là on parle de longues minutes… Dommage que le système Renault qui consiste à changer tout le rack de batteries d’un coup n’ait pas pu concourir, c’est sans doute une solution d’avenir. En attendant, nous avions conduit l’œil sur le manomètre de puissance, en prenant garde de ne pas dépasser la mise en action de 50% de l’énergie possible. Un peu frustrant, en compétition, mais qui veut voyager loin ménage sa monture…
L’un des exercices les plus amusants était de ne jamais freiner, ou en cas d’urgence, de freiner le moins possible, même pour passer l’épingle à cheveu, pour utiliser à fond le récupérateur d’énergie à la décélération, qui agit comme un frein moteur puissant. Récupérateur d’énergie dont on peut faire varier l’intensité, tout comme celle de la puissance disponible à l’accélération, par des palettes au volant. Plutôt mal placées d’ailleurs, dans un circuit aussi sinueux, si l’on veut être efficace en virage.

Or, c’est là tout le sel de l’histoire : si l’on dispose d’une petite auto dont on ne peut pas utiliser la puissance, la seule manière de faire des temps, c’est de passer le plus vite possible en virage. Ce que Freddy Amweg, l’as des courses de côte, qui a couru sa première compétition à Lignières encore adolescent fit à merveille, de même que Fred Yerly, son gendre, qui court en championnat allemand des voitures de Grand Tourisme, sur une Mercédès SLS. Pour ma part, je n’avais pas eu l’occasion de m’essayer le matin à ce pilotage si particulier, contrairement aux autres pilotes, mais en revanche je connaissais le circuit comme ma poche depuis l’âge de 7 ans, où j’y avais pris le volant seul, pour la première fois… Avec une vieille coccinelle au moteur lavé, qui plafonnait à 60 à l’heure. Tourner le plus vite possible en allant doucement, j’avais donc quelques idées sur la question.

Comparées aux autres véhicules du plateau, Renault Eon, Nissan Leaf, Mitsubishi I-miev ou Vw e-Golf, notre handicap était sans doute un peu trop favorable, puisque nous tournions au moins aussi vite qu’eux et que les trois Smart ont réussi un tir groupé dans le même tour, aux 3, 4 et 5 ème place. 4ème place en ce qui nous concerne, avec un arrêt recharge de 9 minutes… Avoir le pied plus léger aurait peut-être pu nous éviter quelques minutes de recharge et nous permettre de rester en tête… Du moins des non TESLA, car il faut bien le dire, les vraies gagnantes de la soirée, et haut la main, ce sont les deux Tesla. Les deux seules qui ont pu attaquer sur toute la durée, grâce à leur autonomie phénoménale pour une auto électrique. Sur le papier, 340 km pour le petit roadster et 400 pour la « S », grande routière sportive… Nettement moins tout de même « à fond, à fond, à fond », la roadster a fini poussée à la main, mais elles sont tout de même parvenues à grignoter leur énorme handicap, qui était de 20’ pour la « S ».

 

Ce week-end se poursuit en beauté au circuit de Lignières, aujourd’hui et demain, avec des compétitions de voitures de course historiques, dont la Griffon du Genevois Ramu-Caccia, un sport prototype construit dans les années 60 à l’école d’ingénieurs de Genève et pilotée aujourd’hui par le filleul de Ramu-Caccia, René Desbaillets, qui était l’un des étudiants constructeurs à l’époque. Il est aujourd’hui vigneron, député PLR et président de l’ACS.
On y verra encore des ventes aux enchères de véhicules d’époque, la projection en open air du film « Rush », un concours d’élégance automobile (ah non ça c’était hier) et dimanche à midi, un hommage à mon père. Que les organisateurs, le TCS, qui gère aujourd’hui le circuit et Nyou-sa, société d’événementiel biennoise en soient ici remerciés.

05/08/2014

Rester neutre, ce n’est pas permettre au Kremlin de contourner l’embargo

La neutralité helvétique n’a jamais été un long fleuve tranquille.  On en lira plus loin le résumé historique, riche d’évènements qui ont pu changer le sort des armes et parfois la face du monde. Dans le conflit économique qui s’installe entre l’occident et la Russie, le rôle de la Suisse pourrait être essentiel. En matière de bons offices, ce qui serait apprécié par tout le monde, mais aussi en transformant l’offensive occidentale en coup d’épée dans l’eau, ce qui le serait beaucoup moins.


Pour l’heure, hormis sur les confins ukrainiens et en Syrie, le conflit reste circonscrit à l’économie, ce qui fait tout de même moins de morts et reste plus aisément réparable qu’une vraie guerre. Dans ce domaine, la Suisse est en première ligne, en tant que place financière internationale. Genève en particulier, qui abrite une communauté russe de plus de 5000 personnes, fruit d’une longue tradition d’échanges remontant à Pierre le Grand, en passant par Lénine et Capo d’Istria.

L’offensive occidentale consiste à priver les banques russes de financement, particulièrement celles qui dépendent directement du Kremlin. Pour l’heure, derrière un discours revendicatif visant à remplacer le dollar par une monnaie issue des BRICS – Pourrait-elle être autre chose que le Reminbi ? – le développement de la Russie est largement financé par l’Occident. Ce que Vladimir Poutine tend un peu trop à oublier, plus enclin à décrypter les hiéroglyphes de la géopolitique que les rouages de l’économie. Le but de l’opération est de faire comprendre au peuple russe que la politique d’isolement agressif de ses dirigeants mène le pays à la régression économique et pourrait bien ramener la Russie 25 ans en arrière, aux temps des queues et des pénuries.

Dans cette guerre économique, remplacer les investissements euro-étasuniens par des investissements suisses, ou permettre aux premiers de passer discrètement par Genève ou Zürich ne serait pas rester neutre, mais au contraire prendre une part active au conflit. Un peu comme si, dans une vraie guerre, on envoyait des troupes fraîches à la citadelle encerclée Cela pourrait avoir des conséquences imprévisibles, allant de la prolongation de la guerre à la fermeture des marchés européens aux industries financières suisses.

L’exécutif dispose d’informations privilégiées nécessairement plus fiables que celles qui abreuvent l’opinion publique, surtout lorsque celle-ci est grossièrement influencée par une puissance étrangère, ici russe, qui dépense des sommes considérables pour sa propagande, sur internet et ailleurs. La dernière attaque à gros sabots explique la destruction du Boeing malaisien par une rafale de mitrailleuse d’un chasseur ukrainien sur le cockpit, qui aurait tué les pilotes. « On » aurait trouvé des traces de balles sur le cockpit.
Sauf que, si ces traces existent, il est plus facile de tirer une rafale sur les éléments de cockpit retrouvés au sol qu’en plein vol... Depuis quelques décennies, les combats aériens ne se déroulent plus vraiment à la mitrailleuse et surtout, des balles dans le cockpit ne font pas exploser un avion en vol. Or c’est ce qui est arrivé au Boeing, contrairement à l’appareil affrété par Air Algérie, qui lui s’est écrasé entier au sol…
L’hypothèse du missile pro-russe fourni par Moscou reste donc de loin la plus probable, mais cette regrettable affaire n’est pas en soi un casus belli. Plutôt une (énorme) bévue, du genre de celles que toutes les armées du monde peuvent commettre par inadvertance. Par contre, tenter de noyer le poisson en rejetant la faute sur l’adversaire est des plus incorrects. Comme de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays pour s’y tailler des dominions. Or c'est que fait Moscou en Crimée et en Ukraine de l'Est, après l'avoir fait en Géorgie, en Tchetchénie, en Moldavie...
La démocratie la plus aboutie du monde peut-elle couvrir le travail de sape d’autocrates qui réduisent à petit feu tous les concepts démocratiques ?

En résumé, rester neutre serait au plus maintenir un flux d’échanges financiers avec le Kremlin mais sans l’augmenter. Investir en Russie reste d’ailleurs un pari audacieux, à l’heure où les capitaux russes et étrangers fuient le pays. Au grand dam de Vladimir Poutine, qui a pris des mesures drastiques pour enrayer l’exfiltration de la richesse accumulée en Russie. Si les Etats-Unis ont pesé très lourd, avec leurs gros sabots, sur la Suisse et le reste du monde pour éradiquer l’évasion fiscale, ils n’ont jamais interdit l’exportation de capitaux, du moment qu’ils sont déclarés.

Le Kremlin, lui, va beaucoup plus loin, car dans l’entourage de Poutine, on considère l’étranger comme l’ennemi à abattre et l’on voit ressurgir les envolées sur le cosmopolitisme financier que l’on croyait disparues avec la guerre froide. S’ils veulent conserver leur citoyenneté russe et le droit de faire des affaires en Russie en tant que citoyen russe, les businessmen (ou women) de la Grande Russie doivent redomicilier leurs avoirs en Russie. C’est l’une des causes de la réduction drastique du volume d’échanges avec la Russie ces dernières semaines.

En tant que dépositaire des conventions de Genève, la Suisse n’est pas non plus censée rester muette lorsque des forces armées régulières ou irrégulières, ou supposées irrégulières, mais en fait régulières, torturent et exécutent leurs prisonniers. Ou prennent des civils en otage en se cachant derrière eux…
La Suisse doit-elle rester muette lorsqu’on craint la dissolution des accords de Genève, Reagan-Gorbachev qui mirent fin à la guerre froide et à « l’équilibre de la terreur » ? Que ces accords aient été vécus comme une tragédie personnelle par Vladimir Poutine ne devrait pas nous faire oublier que le sort de la planète en dépend.

 

L’histoire mouvementée de la neutralité

La neutralité suisse a été reconnue officiellement au Congrès de Vienne en 1815, à l’initiative du Genevois Pictet de Rochemont, avec l’appui du Tsar et de son maître espion Capo d’Istria. Elle n’a cependant jamais été absolue. En 1815 déjà, elle s’exerçait au détriment de la France des Cent Jours et de son alliée la Savoie, dont le peuple s’étaient rallié au petit caporal. Drôle de neutralité qui arrachait à la France et à la Savoie plus de 30 communes composant aujourd’hui la plus grande partie du territoire genevois.
La Suisse ne fut guère plus neutre, en nouant des liens privilégiés avec le dernier Empereur des Français, qui se trouvait posséder un passeport suisse et avoir été Capitaine d’artillerie des Régiments Bernois.  La Suisse fournit l’encadrement et l’essentiel des troupes de la Légion étrangère, fer de lance de la conquête coloniale française. L’annexion de la Savoie par la France reçoit même la bénédiction de Berne, en dépit des 15 000 pétitionnaires du Chablais, du Faucigny et du Genevois qui réclamaient le rattachement à la Suisse. Lors de la guerre de 1870, la Suisse offre à l’armée française de Bourbaki un abri sûr, permettant à 100 000 soldats en armes de rompre l’encerclement des troupes prussiennes pour éviter de finir prisonniers de guerre.
En 14-18, la neutralité est mise à mal par le Général Wille, chef des armées de la Confédération et familier du Kaiser, qui oeuvre ouvertement pour l’Allemagne, pendant que des dizaines de milliers de Romands meurent pour la France sous l’uniforme de la Légion, faisant de l’un de ses régiments le plus décoré de toute l’histoire de l’armée française. La Russie fait les frais des agissements de Wille à deux  reprises : lorsque deux officiers de son état-major fournissent aux services allemands les codes secrets de l’armée russe (écopant pour cela de quinze jours d’arrêts de rigueur seulement) et lorsque les services suisses facilitent le départ de Lénine et d’une vingtaine de révolutionnaires russes dans un wagon plombé traversant l’Allemagne. Ces révolutionnaires avaient promis de négocier une paix séparée qui devait permettre au Kaiser de gagner la guerre…     

En 1939, les accords militaires franco-suisses prévoyaient une défense commune en cas d’attaque du territoire helvétique. Ils furent découverts par la Wermacht à Lyon durant la débâcle. Berne offrit alors des gages substantiels aux nazis, tout en travaillant en sous-main, très efficacement, à la victoire des Alliés. Si la bataille de Stalingrad fut le tournant de la guerre et la défaite cinglante que l’on sait pour la Wermacht, qui y laissa un million d’hommes, c’est aussi parce que les services suisses ont transmis aux soviétiques, par l’intermédiaire du réseau Rado à Genève, les plans de la contre-attaque allemande, qui fut du coup brisée dans l’œuf…

Pendant la guerre froide, la neutralité n’empêchait nullement l’armée suisse d’avoir clairement identifié son ennemi comme venant de l’Est, ce qui était largement pris en compte par les plans de l’Otan. Ce qui n’empêchait pas davantage certaines banques de couvrir les montages financiers des mouvements de libération nationale ou même ceux des services secrets soviétiques ou est-allemands. Pendant que les services suisses – et parfois les organes de justice et police - travaillaient en étroite collaboration avec les services occidentaux, notamment français.
De même, dans la guerre contre le terrorisme et contre le narcotrafic, qui passent largement par des escarmouches financières, la Suisse a su offrir toute la coopération nécessaire aux fins d’identifier les flux des réseaux maffieux. La Suisse fait partie du monde occidental, elle en est même l’un des fleurons. Elle en partage toutes les valeurs, en matière d’équité et de démocratie, qu’elle porte particulièrement haut. Dès lors, elle ne peut rester sans réagir lorsque ces valeurs sont foulées aux pieds.
Bien sûr, il faut agir avec tact, pour préserver les possibilités de dialogue et de bons offices, mais lorsque quelqu’un détonne, dans le concert des nations, la Suisse neutre a le droit d’en penser ce qu’elle en pense et de l’exprimer. Cela fait partie de son rôle international. N’en déplaise aux partisans locaux du despote du Kremlin.

 

Pour mieux comprendre l’enjeu de ce qui se joue à Moscou et dans l’est de l’Ukraine, rien de tel que de se renseigner sur l’état d’esprit qui règne dans l’entourage de Poutine :

http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/01/f...

31/07/2014

Drapeau, panosse, trahison et casse-tête chinois

Généralement, de quelque pays qu’ils soient, les gens aiment leur drapeau. Peut-être parce que chacun peut y mettre ce qui lui plait. Pour les excités du PNOS, parti d’extrême-droite suisse auquel je serais volontiers tenté d’ajouter un a, le rouge du drapeau est celui du sang versé par leurs ancêtres et le blanc celui de la pureté de leurs âmes. Donc, les fachos ont une âme. C’est déjà ça. Ce que ces crétins qui se piquent d’Histoire ignorent, eux qui abhorrent pêle-mêle et très officiellement les mondialistes, les juifs et les francs-maçons, c’est que « leur » drapeau suisse a été dessiné et conçu par un franc-maçon ayant fait ses études à Paris, qui plus est capitaine de l’armée française avant de devenir général de l’armée suisse. Dufour était de plus fils d’un révolutionnaire genevois. Quant au drapeau suisse, avant d’être redessiné par Dufour, il était partagé avec… la Savoie ! Plus avant encore, c’était celui des premiers croisés et il servait de drapeau de guerre au Saint-Empire Romain Germanique… 

La guerre, c’est précisément la fonction essentielle du drapeau, symbole du clan, de la tribu ou de la patrie et point de ralliement au combat. La guerre, on en parle beaucoup ces temps. Les inénarrables crétins du P(A)NOS, la voient un peu comme un jeu vidéo. Leur grand leader charismatique pour la Suisse Romande, garde du corps dans le civil, et qui sait donc de quoi il parle, se moquait récemment de l’armée israélienne, qualifiée de ramassis de bras cassés et de slaves faux sémites encore inférieurs aux vrais sémites qui sont de bons arabes (à condition qu’ils restent chez eux, pour que les vaches soient bien gardées, si j’ai bien tout compris).   Il ajoutait que Tsahal « ne tiendrait pas trois jours face à notre armée de miliciens ».
En dehors du fait que cela montre qu’il faut éviter de s’emporter lorsque l’on débat sur Facebook ou ailleurs si l’on ne veut pas dire trop de bêtises, il me parait opportun de rappeler que les soldats israéliens sont sortis victorieux d’une douzaine de guerres en 67 ans (guerres justes ou injustes, là n’est pas la question, mais face à des adversaires déterminés et prêts à mourir en martyrs parfois), tandis que la glorieuse armée de milice suisse n’en a plus gagné une seule depuis… 499 ans. A vrai dire, à part la guerre civile du Sonderbund, fort habilement menée par Dufour pour faire le minimum de victimes, l’armée suisse n’a en réalité plus mené de guerre du tout depuis cinq siècles, sauf contre la France de Napoléon, qu’elle a évidemment perdu en quelques jours. Cinq siècles sans guerre, c’est probablement un record mondial. En plus d’avoir une âme, les fachos du P(A)NOS sont donc nuls en Histoire.

Attention, je ne suis pas en train de dire que l’homme suisse ne fait pas un bon soldat ou n’est pas courageux. L’histoire du mercenariat prouve le contraire. Mais le fait est qu’il s’agissait d’engagés au service étranger et certainement pas d’une armée de conscription nationale. Annoncer la victoire dans un match de foot lorsqu’on n’a plus joué à l’international depuis des siècles, sous prétexte que l’on s’est beaucoup entraîné, paraitrait un peu présomptueux. Sauf qu’une guerre, cela fait plus mal qu’un score de foot, si catastrophique fut-il.

La guerre, on y est presque. Mondiale pour le coup et possiblement nucléaire. La situation ressemble furieusement aux années 30, avec Poutine dans le rôle du teigneux ayant une revanche à prendre. Avec cependant une différence essentielle : l’Allemagne, l’Italie et le Japon partageaient à l’époque le même problème : une cruelle absence de ressources naturelles qui les condamnaient à une politique expansionniste. Cette fois, c’est l’inverse. Hormis les Etats-Unis et leur gaz de schiste difficilement exportable, les ressources naturelles sont principalement dans le camp du teigneux. Qui fait tout pour pousser cet avantage à fond, en s’alliant à la Sonatrach algérienne, tout en soutenant de plus en plus ouvertement les shiites en Irak, en Syrie et bien sûr en Iran, 2ème producteur mondial de gaz après la Russie.
Si guerre il devait y avoir, il faudrait donc commencer par réduire très sérieusement notre consommation énergétique. Les écolos vont bondir de joie… La suprématie de la technologie occidentale suffira-t-elle à nous épargner les pires ennuis en cas de conflit ? Pas sûr. Il est cependant impossible de prédire à l’avance les résultats d’une guerre, en dehors du fait qu’elle produira du sang, de la sueur et des larmes. Plus des radiations, des épidémies et d’autres joyeusetés.
Peut-on encore l’éviter cette guerre ? Probablement, heureusement. Cette guerre serait d’abord la victoire des forces du mal, les nationalismes qui s’acharnent à détruire la grande idée d’une planète pacifiée gérant ses problèmes par la concertation commune. Des forces du mal, il y en a partout et d’abord aux Etats-Unis, où dans l’euphorie de la victoire de 1989, certains se sont vus en maîtres du monde. Ils n’ont pas compris que le monde serait multilatéral ou ne serait pas. Ils se sont érigés en gendarmes du monde, suscitant une hostilité croissante et naturelle. Obama n’en fait pas partie, c’est d’ailleurs pourquoi il a été élu, mais il est en partie leur otage. Et si les démocrates perdent les élections de 2016, la situation sera pire encore, car les faucons républicains reviendront aux commandes. C’était d’ailleurs possiblement un choix de Poutine de pousser ses pions au maximum avant que la réaction en face ne se durcisse.

Le principal danger pour la stabilité du monde, le fou qui se balade en menaçant la planète d’une holocauste nucléaire si on ne lui accorde pas l’attention qu’il pense mériter, c’est Poutine, l’homme fort du Kremlin. Intelligent, calculateur, il ne recule devant rien. En Russie, tous ses adversaires ont mordu la poussière, ou le sont redevenus. Poussière, donc. Y compris lorsqu’ils avaient choisi la fuite à l’étranger. Trinita pardonne parfois, Poutine jamais… Veut-il pour autant la fin du monde, alors qu’il a commencé à redresser la Russie et s’est mis quelques milliards à l’abri ? Le « quelques » est assez flou, tant sa pratique des hommes de paille est habile, et varie selon les estimations entre 1 et 40. Ce qui le mettrait dans le quintette de tête des hommes les plus riches du monde. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il n’est pas un petit joueur et que contrairement à son homologue étasunien, il n’est pas réellement soumis aux échéances démocratiques.

La démocratie et les lois, en fait il s’assoit dessus, tout en affichant un formalisme juridique de pure façade. Ses espions dans le monde occidental sont plus nombreux et beaucoup plus actifs qu’aux temps de l’URSS et curieusement, en plus du renseignement militaire, sont essentiellement occupés à placer sa propagande et à abreuver les blogs des médias de commentaires favorables au Kremlin. Des milliers de vacataires sont occupés à cela, dans toutes les langues principales, depuis Moscou et Saint-Petersbourg, relayés par autant d’amis fidèles, dans chaque pays. Recrutés le plus souvent dans les rangs de l’extrême-droite, ils partagent avec les idéologues du Kremlin les valeurs conservatrices et la haine de l’islam, surtout sunnite. Paradoxe, ils traitent volontiers les partisans de l’UE et de la mondialisation de traîtres à la patrie, tandis qu’eux-mêmes oeuvrent ouvertement à la gloire d’un dirigeant politique étranger agressif…

Si l’attitude du gendarme du monde est en effet agaçante, elle demeure attaquable devant les instances internationales et devant ses propres tribunaux. Sans compter le jeu démocratique, qui permet d’espérer remettre en cause fondamentalement la politique étrangère des Etats-Unis. Dans la Russie de Poutine, on est loin de tout cela. Il n’y a aucun garde-fou aux décisions du tsar et le moins qu’on puisse écrire est qu’il interprète les règles du droit international de manière très personnelle. Ainsi en Ukraine de l’est, par exemple, la soi-disant révolte spontanée des habitants russophones (alimentée par des torrents de propagande télévisée haineuse des chaînes russes depuis des années) est dirigée par… trois citoyens russes, agents connus des services secrets russes, idéologues et militaires professionnels qui ont fait toute leur carrière dans les mauvais coups de Poutine, en Tchétchénie, en Géorgie, en Transnitrie et finalement en Crimée, avant de débarquer en Ukraine de l’Est pour y diriger le soulèvement. Comme dirigeants officiels, même pas dans l’ombre !

Sur le fond, l’Ukraine est un pays multiculturel, mais indépendant, aux frontières internationalement reconnues. Vouloir coûte que coûte  en rattacher des pans entiers à la Russie, comme cela fut fait en Tchétchénie, en Géorgie et en Moldavie (Transnitrie) et menace d’être fait dans les pays baltes, c’est comme si la France s’agitait pour s’emparer de la Romandie (dont ses anciens territoires de Versoix et du Jura) et de la Wallonie belge. Et pourquoi pas du Québec, tant qu’on y est. Voire même de l’Algérie, car après tout, la Crimée n’est pas restée russe bien plus longtemps que l’Algérie française et il s’agissait clairement, dans les deux cas, de conquête coloniale. Petit rappel historique qui vous envoie en prison pour plusieurs années aujourd’hui en Russie, au vu d’une loi condamnant spécifiquement la remise en cause du caractère intemporellement « russe » de la Crimée…

La condamnation de la Russie dans l’affaire Ioukos était attendue de longue date. En libérant Khodorovski, contre l’abandon des poursuites par ce dernier, Poutine espérait apaiser le conflit, mais cela n’a pas suffi. Or le tsar estime être maître chez lui et ne pas avoir à se plier aux décisions internationales. Surtout lorsqu’elles risquent de lui coûter 40 milliards…
Au-delà des discours, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Le débat est mondial et sur cette ligne de défense de la souveraineté nationale, Poutine trouvera des partisans dans toute l’extrême-droite européenne et même aux Etats-Unis. Qu’il soit nécessaire d’améliorer les processus mondiaux de décision est une évidence, mais le préalable est d’en reconnaître l’existence et la primauté. Ce que précisément Poutine refuse de faire en prétendant réunir le ban et l’arrière ban de la planète contre les Etats-Unis, pour en découdre physiquement et par l’occupation des territoires au lieu d’avancer ses pions démocratiquement et pacifiquement à l’ONU, à l’OCDE, à l’OMC, au G8/G20 et ailleurs. Comme l’avaient fait Chirac et Villepin en leur temps, ce qui n’avait pas empêché la Guerre du Golfe, mais qui avait largement contribué à remettre les pendules à l’heure à Washington.

 

Que faire, existe-t-il une solution ? L’idéal serait que Poutine soit remplacé à la tête de la Russie et rapidement. Dans le cas contraire, il n’est pas de bonne solution. La guerre est horrible et lorsqu’elle devient nucléaire, c’est encore pire. Même sans aller jusqu’au conflit armé, la confrontation va endommager toutes les économies, qui n’en ont pas besoin. Mais laisser se renforcer un ennemi déclaré en lui fournissant l’aide économique pour le faire ne parait pas une bonne idée. 
Dans un premier temps, Poutine va maintenir son taux de popularité record. Puis l’économie russe devrait souffrir davantage que la nôtre et peu à peu les russes devraient s’apercevoir que l’herbe est nettement plus verte en Occident. Quel rôle jouera la Chine, pour l’heure enchantée de se voir offrir du gaz russe à bon prix dans les années à venir?
Si  la Chine a besoin d’énergie, elle a davantage encore besoin de débouchés. Et les Etats-Unis comme l’UE représentent de très très loin ses premiers marchés d’exportation. Paradoxalement, c’est donc la Chine qui va se retrouver à la fois en position de force et d’arbitre dans cette histoire, ce qui n’était évidemment pas l’intention première de quiconque. 

08/07/2014

La révolte des Gens d'armes

Les mercenaires ou gens d’armes exigeant leur solde, c’est une histoire aussi vieille que la civilisation. Pour l’avoir réclamée de manière un peu trop véhémente, les allobroges, numides et baléares de Carthage furent massacrés par Hamilcar et les almogarves catalans exterminés par Constantinople. Sauf que Carthage, comme Constantinople, furent ensuite prises et détruites par leurs ennemis au cours du siècle suivant.

Si Genève n’a jamais massacré ses défenseurs au lieu de les rétribuer, son Histoire regorge de différents financiers avec ses hommes d’armes venus d’ailleurs. L’apparente destinée d’une cité riche, mais trop petite pour se défendre seule contre ses puissants voisins. Ce sont d’ailleurs ceux-ci, suisses ou français, qui fournissaient les troupes, contre le souverain savoyard. Mais dès que l’ennemi déclaré reculait, la bourgeoise genevoise se mettait à ratiociner, à ergoter… A sa décharge, le tarif exigé pour prix de la liberté et de la sécurité pouvait souvent paraitre excessif, voire franchement exorbitant.

Les relations avec la Suisse, dès le XVème siècle, sont une longue suite de négociations financières dans lesquelles Berne, la première, fait payer au prix fort la « protection » de ses troupes, qui frise parfois le racket. Entre 1589 et 1602, ce sont les protestants français venus défendre Genève qui sont jugés trop gourmands. Ils quittent la ville et le Duc de Savoie s’en rapproche aussitôt. On les rappelle en promettant cette fois de les payer ce qu’ils demandent…

A plusieurs reprises, les troupes alémaniques ou fribourgeoises accourues soutenir Genève s’y jugent mal reçues. En 1814, ce sont les régiments autrichiens de Bubna – levés en Ukraine occidentale – qui sont conspués, sitôt passée l’allégresse de la libération. Comme on n’est pas très sûr alors d’avoir obtenu le retour de l’Indépendance, leur présence dérange. Logés et nourris chez l’habitant, on les accuse d’avoir un appétit d’ogre. On en vient aux mains. Il y a même des morts, du côté de Genthod.

Aujourd’hui, ce sont les gendarmes, souvent nés en terre fribourgeoise ou valaisanne qui craignent la mise en cause de leurs avantages acquis. Leurs horaires sont rudes, mais ni plus ni moins que ceux d’autres professions devant être assurées 24h sur 24. Des infirmières, par exemple, nettement moins payées pour un niveau d’étude supérieur et tout autant de responsabilités humaines. En fait les revenus des gendarmes sont probablement supérieurs à ceux de n’importe quel autre job à formation équivalente.
Par contre, les infirmières risquent nettement moins de se faire tirer dessus. Idem de la plupart des jobs. De même, peu de métiers sont aussi décriés dans certaines couches de la population que « flics ». Jusqu’au jour où l’on a besoin d’eux. Tout cela a un prix, qui se doit d’être équitable. Car la définition d’éboueur social lue ici ou là me semble leur convenir assez bien. Or des éboueurs sociaux, on en a vraiment besoin.
Il semble qu’au fil du temps, beaucoup ait été fait. En cas de blessure ou pire, dans l’exercice de leurs fonctions, grâce à une loi de 1982, les gendarmes – ou leur famille - ont ainsi droit à des indemnités spéciales, ce qui parait on ne peut plus légitime.  Reste que statistiquement, et c’est heureux, les risques physiques encourus par les gendarmes restent mesurables et même mesurés.  De mémoire de journaliste, depuis 37 ans à Genève, je crois que les décès se comptent sur les doigts d’une main. Les blessures, coups de couteau ou autre, justifiant un article, doivent être de l’ordre d’un cas ou deux par année et encore pas tous les ans. 
C’est trop, les coupables doivent être sérieusement condamnés et les gendarmes doivent recevoir la meilleure formation et la meilleure protection pour y faire face efficacement. Mais à une époque où la République toute entière semble appelée à se serrer la ceinture, où la sécurité d’emploi devient une denrée rare, il ne semble pas que le risque soit tel qu’il appelle un traitement tellement particulier. NI ne justifie la rébellion des forces en uniforme.
Une amélioration substantielle des indemnités en cas de pépin serait d'ailleurs de ce point de vue bien plus économique pour le contribuable et plus efficace pour secourir le policier blessé dans l'exercice de ses fonctions.

15/06/2014

Pour consolider son pouvoir, Poutine prépare l'isolement de la Russie

Poutine est en train de mettre la Russie en ordre de marche. Pour une guerre, chaude ou froide, qui va faire de gros dégâts, en Russie comme en Occident. Il le sait, mais c’est le seul moyen pour lui de conserver le pouvoir et mener à bien son projet politique, celui qui lui promet d’être réélu et d’ancrer sa place dans l’Histoire : assurer le retour de Moscou au rang de grande puissance.

Si l’on continuait de jouer selon les règles du jeu économique et diplomatique imposées par l’occident, la Russie serait condamnée à l’échec. Les capitaux fuient le pays et les élites aussi : on émigre bien davantage de Russie que l’on cherche à s’y établir. Or l’immigration est la marque de toutes les civilisations gagnantes. Et la Russie reste une catastrophe économique, heureusement ou malheureusement assise sur un oreiller de paresse gonflé de gaz et de pétrole. Comme le Venezuela de Chavez ou l’Espagne de Philippe II, Moscou doit tout importer. Non seulement ses rames de trains de banlieue (suisses), mais aussi sa nourriture, alors que s’il y a bien quelque chose qui abonde en Russie, c’est l’espace vital et les terres agricoles…

On ne construit pas l’économie d’un pays en en laissant les clés à une poignée d’oligarques à la seule condition qu’ils vous jurent obéissance.  Poutine l’a compris. Comme il ne peut pas se permettre de perdre, sa seule chance est sur le terrain militaire. Sur le papier, ses forces sont là aussi inférieures, mais il est persuadé d’avoir la supériorité psychologique sur les Européens pacifistes, qui n’ont nulle envie de mourir pour Donietsk. Quant aux Etats-Unis, ils sont surrocupés et les services de Moscou veillent discrètement à ce qu’ils le restent,  en Irak notamment. Les Russes au contraire sont galvanisés chauds bouillants à l’idée de prendre leur revanche sur l’ouest…

Poutine multiplie les mesures visant à isoler son pays, à la manière de la guerre froide, pour le rendre moins dépendant de ses échanges avec l’occident, afin de réduire l’impact des mesures de rétorsions occidentales, présentes ou à venir. Car Poutine n’a nulle intention de laisser l’Ukraine en paix, tant qu’elle n’aura pas clairement rejoint le camp russe. C’est ce qu’il a promis, il ne peut pas se permettre de renoncer. En plus militairement, il gagne ainsi du temps, pour libérer comme promis le contingent qui termine cet été (qui feront d’excellents réservistes en cas de besoin) tout en formant le nouveau qui arrive dans les casernes.

Parmi les mesures déposées en rafale à la douma, on relève l’obligation de déclarer son 2ème passeport et la peine de prison prévue en cas d’oubli. Ceci concerne évidemment les Criméens qui sont ainsi clairement invités à abandonner leur passeport ukrainien mais aussi les millions d’expatriés russes (5000 rien qu’à Genève) qui bien souvent ont acquis une nouvelle nationalité à l’étranger et sont perçus par Moscou comme une 5ème colonne potentielle. Aussi bien pour transmettre des informations sur la Russie à l’extérieur que pour transmettre en Russie des informations venues d’ailleurs, qui taclent la propagande du Kremlin.

Dans la même veine, les fonctionnaires de la police et de l’armée se voient retirer leurs passeports et privés du droit de voyager à l’étranger. Le GRU et le FSB reprennent la main sur la population russe, comme au bon vieux temps. Ce qui suscite évidemment une certaine grogne, mais avec 80% d’opinion favorable au patriotisme grand russe, Poutine pense sans doute qu’il a de la marge…

Pour mettre au pas l’économie, Poutine prépare l'interdiction de toute forme de possession de comptes ou de placements à l’étranger pour les résidents russes. Cette mesure des plus radicales contre l’évasion fiscale s'appliquera-t-elle aux riches étrangers résidents en Russie ? Voire Depardieu tomber de Charybde en Scylla serait assez piquant… Le projet de loi russe va très loin et créée pour la première fois, sur le modèle suisse, la notion de bénéficiaire économique final, pour identifier les ayants-droits même au-travers de structures juridiques opaques. Sous peine de prison.

A noter qu’il y a 8 à 9 fois plus de prisonniers pour 1000 habitants en Russie qu’en France, et qu’un nombre significatif de détenu(e)s sont des prisonniers ou prisonnières politiques.  Même les oligarques ont le petit doigt sur la couture du pantalon et chacun sait que dire non au Kremlin équivaut à prendre un billet de transsibérien pour les camps de travail les plus isolés…

Du coup, la vague de départs officiels est sans précédent. Beaucoup de Russes résidents de fait à l’étranger restaient encore officiellement domiciliés en Russie, où ils conservent leurs affaires et leurs entreprises. Presque tous sont désormais en train de s’expatrier pour de bon. Ils ne rentreront plus en Russie que quelques jours par an, le strict nécessaire pour continuer à mener leur business. Tant qu’ils en conserveront le droit…
Seuls quelques-uns parmi les plus riches choisissent la Suisse, où le forfait fiscal est extrêmement coûteux et les conditions d’immigration sévères. Genève est de plus jugée nettement moins sexy que la toujours swinging London, grande bénéficiaire de cet afflux massif d’immigrants fortunés.

 

A terme, en dépit des considérations amicales à l’égard de la Suisse, c’est bien un rapatriement des valeurs russes en Russie que vise Poutine. Les résidents russes à l’étranger peuvent s’attendre à subir diverses formes de  chantage sur leurs biens en Russie, voire des contraintes par corps lorsqu’ils se rendront en Russie, même avec un passeport étranger. Il y aurait déjà eu quelques cas et c'est en tout cas le stade suivant logique, après la mise en place actuelle de l’arsenal juridique prévu pour 2015. Les contrevenants devenant de plus de mauvais patriotes voire carrément des traîtres à la patrie.

Pour combattre l’évasion fiscale, il y a deux solutions :

Parvenir à un accord fiscal mondial pour établir - de manière policée plutôt que policière - un filet universel aux mailles assez serrées pour contraindre tout un chacun à respecter les lois définies communément…

... Ou tenter la reprise en mains nationale, par un contrôle forcément plus brutal, voire même très brutal lorsqu’il oblige à exclure du champ national toute personne cherchant à contourner les règles. La deuxième méthode a de plus des retombées catastrophiques sur l’économie, puisqu’elle réduit les flux de capitaux transnationaux et les investissements. C’est là méthode choisie par Poutine, qui s’il est un grand joueur d’échecs, semble assez nul en économie.

C’est surtout la méthode antédiluvienne résultant d’un choix de repli sur les valeurs nationales au lieu d’oser la mondialisation et le multilatéralisme qui sont déjà de fait, les règles du jeu de l’économie mondiale. En allant contre le cours des choses, Poutine peut faire figure de héros pour toute l’extrême droite européenne et une partie de sa population. N’empêche que la stratégie de l’isolement national n’a jamais eu de succès en période de paix…

25/05/2014

63% de vote pro-européen en France

Historiquement, depuis trois siècles, Genève a très souvent mais vraiment très très souvent précédé la France dans ses soubresauts politiques. Bien plus souvent que l’inverse, à vrai dire. Cette fois encore c’est clair : au soir des européennes, seule votation nationale française à la proportionnelle, on retrouve à quelques décimales près la même répartition que lors des dernières élections cantonales.

Soit 32,7% à la gauche (si l’on y inclut les 3% de Nouvelle Donne, petit parti très pro-européen qui navigue entre centre et gauche), 30,2 % au centre droit et 25,1 % à l’extrême droite, 29% en lui rajoutant le petit parti des gaullistes souverainistes.
En soi, ce résultat n’est pas un gros problème, d’autant que ce qui compte c’est la composition du Parlement européen dans son ensemble et les souverainistes y restent largement minoritaires, comme ils le sont en France d’ailleurs : plus de 63% des Français qui ont voté l’ont fait pour des partis pro-européens, ce qui  constitue une majorité très claire. D’où le caractère sans doute un peu précipité des déclarations d’Alain Juppé sur Schengen. On lui avait connu davantage de self control…

En parlant de « Victoire », on accorde au FN nettement plus d’importance qu’il n’en a. Son avancée ne doit pas pour autant être traitée à la légère. Au contraire, elle doit servir de base à un redéploiement de l’idée européenne. Pour davantage de démocratie, pour rapprocher les décisions des gens dans tous les domaines ou c’est possible et pour renforcer l’Europe au contraire dans tous les domaines où cela fait sens. En matière de politique étrangère et militaire notamment.

 

Une autre élection tout aussi importante pour l’avenir de l’Europe se déroulait d’ailleurs à l’Est, remportée au premier tour semble-t-il par un oligarque milliardaire, pro-occidental mais susceptible de s’entendre avec Putin. Dommage que ce soit un oligarque, mais au moins, en matière d’économie, il sait de quoi il parle. Les idéalistes romantiques de Maidan ont fait seulement 5%, l’extrême-droite dépasse tout juste 1%. Et les Pro-Russe sont en-dessous de 10%, mais il est vrai que le vote de l’Est a été consciencieusement saboté. Les Ukrainiens veulent la paix et le progrès économique, comme tout le monde. C’est la voix de la raison.

Sera-t-elle entendue,  c’est toute la question. On se prend à rêver de politiques enfin désireux de progrès humain, avant d’être avides de pouvoir et soucieux de leur réélection. Le pape invite les leaders palestiniens et israéliens au Vatican, pour discuter de la paix. On se prend à rêver. La guerre et la haine ne sont à l’avantage de personne et au détriment de tous. Il est malheureusement toujours des petits malins qui pensent parvenir à tirer leur épingle du jeu. Le jour où l’humanité saura les reconnaître et les tenir hors d’état de nuire, elle aura fait un  immense progrès. 

23/05/2014

L'impôt des frontaliers et les erreurs nombreuses...

On dit ou on écrit énormément de bêtises sur tout ce qui concerne les frontaliers. Dernière en date, la grosse bévue d’un journaliste de la Tribune qui affirme sans rire que les frontaliers imposés à la source dans le Canton de Genève seraient taxés forfaitairement à 3,5%. C’est évidemment faux. 3,5%, c’est la part, effectivement fixe et forfaitaire qui est rétrocédée à la France. Les frontaliers sont imposés à la source selon un barème progressif analogue à celui de tous les Genevois, quoique plutôt plus coûteux pour les frontaliers. Du coup, s’ils font une vraie déclaration avec déduction des frais comme les Genevois, ils voient leur note fiscale baissée. Ce qui avait été évalué par les services de David Hiler à plusieurs dizaines de millions de différence sur l’ensemble de la masse salariale frontalière.

 

A noter également qu’au moment de son évaluation dans les années septante, la rétrocession de 3,5% concernait essentiellement des petits salaires : ouvriers, serveurs, infirmières etc… Elle représentait une part substantielle de l’impôt frontalier. Aujourd’hui les emplois frontaliers sont beaucoup plus diversifiés : les hauts cadres et même chefs d’entreprise, y compris dans la finance  sont nombreux et la moyenne des salaires est nettement plus élevée. Le taux d’imposition moyen a donc augmenté en conséquence et la masse fiscale générée. Sauf que la proportion rétrocédée à la France  est restée la même et que donc Genève y gagne, ainsi que la Confédération.

Car si les calculs de Xavier Oberson relativisent l’intérêt pour un canton de procéder à l’imposition des frontaliers selon le mode Genevois, c’est essentiellement parce que cela augmente sa contribution à l’effort fédéral. Pour Berne donc et pour la Suisse en général, ce mode d’imposition est clairement nettement favorable.  Ce qui n’empêche pas Berne de prévoir unilatéralement, du haut vers le bas, selon une méthode souvent reprochée à Paris, une augmentation considérable de l’imposition des frontaliers mariés en inventant un revenu fictif au conjoint, sur la base de près de 6000 francs suisses de revenu mensuel. Ce qui équivaut au salaire de deux profs de lycée en France…

Du côté de Paris, on a en même temps décidé d’entériner la décision, prise de longue date, de mettre fin à la possibilité d’assurances maladies privées, solution jusqu’alors très avantageuse. Il est amusant de constater que toute l’UMP de Haute-Savoie monte au créneau pour s’en plaindre, députés en tête, en oubliant un peu vite que la décision avait été prise du temps de Sarkozy, et qu’à cette époque tous les députés concernés l’avaient accepté sans broncher. Si la démocratie, c’est de dénoncer une mesure prise par son propre parti au seul prétexte que c’est un autre parti qui est chargé de la mettre en application, on est mal.

La méconnaissance profonde des structures de fonctionnement de la France par la Suisse, de la Suisse par la France et du cas spécifique des frontaliers au milieu est abysssale. Et affligeante. Une jeune députée française se plaignait ainsi l’autre jour de l’inéquité qu’il y avait à  prévoir une cotisation d’assurance maladie sur le salaire net des frontaliers, alors qu’en France elle est essentiellement payée par la part patronale… En réalité, si les salaires suisses sont plus élevés que les français, c’est notamment parce que l’essentiel de « la part patronale » des prélèvements sont en Suisse versés directement au travailleur, à charge pour lui de payer son assurance maladie de sa poche.

De ce point de vue, le combat des frontaliers pour préserver leur privilège d’assurance privée est un combat d’arrière-garde, qui  n’a aucune justification possible en termes de solidarité ni avec le pays de résidence, ni avec le pays de travail. 

En revanche, réouvrir le droit d'option serait juste. Mais tous calculs faits, il semblerait que pour 80% des frontaliers concernés (les 20% étant les hauts salaires), la formule française de la sécurité sociale reste meilleur marché que la Lamal. 

20/05/2014

L’avenir radieux du Grand Genève

Qu’on l’appelle Grand Genève, Région franco-valdo-genevoise ou Village de pêcheurs, l’agglomération genevoise pèse 900 000 habitants. Près de la moitié résident sur France et 500 000 fois par jour, on y passe la douane pour travailler, faire ses courses, étudier, s’amuser, faire du sport, se cultiver ou arroser ses champs... 

La logique veut qu’on coordonne ces échanges ensemble, plutôt que chacun pour soi. C’est le vœu de la Confédération et c’est sous son impulsion, pour répondre à son programme de projets d’agglomération – ainsi qu'à son homologue français - que les anciennes structures transfrontalières des années septante sont devenues « le Grand-Genève ». Qui rassemble élus Savoyards, Gessiens, Vaudois et Genevois.
A la clé, des milliards de subventions sur 20 ans, payés par Paris, Berne et Lyon pour le développement coordonné de l’agglomération, notamment en matière de transports.

Las, dimanche, le vote des citoyens genevois a jeté un gros pavé dans la mare lémanique. Une courte victoire populiste qui a plusieurs causes et d’abord son caractère inattendu:

a - Les partis de gouvernement ont cru la votation gagnée avant l’heure, vu leur unanimité. Du coup, ils n’ont pas fait campagne, au contraire du MCG, dont c’était la mère de toutes les batailles. Ces derniers ont pu répandre impunément les pires mensonges jusque dans les boîtes aux lettres et sur les marchés, au moyen d’un tous-ménages ordurier, mais efficace. Sans réponse des partis sérieux.

b - Dix années de « french-bashing » ininterrompu d’une partie des forces politiques genevoises, ont creusé la haine anti-frontaliers, accusés de tous les maux.

c - de manière plus anecdotique, des générations de « savoyards gare gare », repris avec conviction par les secundos catholiques italo-ibériques formant les gros bataillons du MCG. Tant pis si en 1602, les réfugiés français protestants, protégés par la France d’Henri IV étaient les vainqueurs, contre les assaillants catholiques hispano-sardes - et les anciens genevois catholiques chassés de Genève - du Duc… Il est vrai qu’un Lusitanien qui reproche sans rire à un Toulousain de venir de trop loin n’est plus à un détail près.

Je porte ma part de responsabilité. Je fais partie de ceux qui n'imaginaient pas la victoire du MCG, sous-estimant leur capacité à convaincre par le mensonge en dehors de leur camp, si aucune vérité n’est mise en avant pour les contrer. Je me suis contenté de quelques blogs repris sur Facebook, ne touchant ainsi que les convaincus, de part et d'autre.

Il est plus que temps que les frontaliers s’organisent et montent en puissance au niveau politique et se fassent entendre des partis traditionnels. Ils sont une part importante de la richesse de ce canton, par leur travail et par le faible impact qu’ils ont sur les finances cantonales en regard de la quantité d’impôts qu’ils y laissent. Si les partis traditionnels ne les prennent pas davantage en compte et laissent le MCG les insulter sans réagir, ils devront s’organiser par eux-mêmes.
Plus de 30 000 d’entre eux sont Suisses et plus de 20 000 Suisses de France votent régulièrement à Genève. C’est peu, car en plus des frontaliers, des dizaines de milliers de Suisse résident en France voisine sans travailler à Genève. Des retraités, le plus grand nombre, mais aussi des Suisses établis en France depuis plusieurs générations et d’autres qui y mènent leur carrière, comme le nouveau bâtonnier du barreau de Thonon, Jean-Luc Favre ou des ouvriers agricoles, des commerçants, des chefs d’entreprise…

20 000 inscrits, c’est peu, mais c’est beaucoup. C’est largement la deuxième commune du canton en nombre de votants, nettement plus que Vernier et autant que Carouge et Meyrin réunies…  Mais ce n’est pas encore assez. Les Suisses de France doivent se mobiliser davantage sur le plan politique, puisque dans la démocratie que nous connaissons actuellement, c’est la nationalité qui prime, sur le lieu de résidence ou de travail et que leurs droits légitimes sont traités par le mépris.

On peut rappeler que des questions aussi fondamentales que l’adhésion à la Suisse ou l’absorption brutale des ¾ des communes du Canton, il y a deux siècles, n’ont jamais fait l’objet d’un vote populaire, dont l’issue eut été incertaine. On n’a d’ailleurs pas davantage demandé l’avis des communiers concernés, qui globalement étaient contre. Tandis que Chablais et Faucigny auraient bien aimé pouvoir demander l’adhésion à la Suisse, en 1860, sans qu’on leur en laisse le droit.  Mais si la question du Grand Genève se pose depuis plusieurs siècles, elle appelle aujourd’hui une réponse démocratique.

Aucune des grandes décisions de société prises depuis un siècle et demi que le suffrage universel existe à Genève ne s’est imposée du premier coup. Pour toutes, il a fallu plusieurs votes, avec des majorités qui peu à peu se sont inversées. L’idée de gérer notre agglomération ensemble, y compris sur le plan financier, malgré la frontière, est une grande idée. Surtout à l’époque où partout dans le monde, c’est plutôt le repli sur son pré-carré qui gagne du terrain. Mais à 48,5% de votes favorables au premier essai, sans avoir fait campagne, c'est en fait très prometteur.

 

La prospérité genevoise est intimement liée au fait frontalier et si l’on y met le temps, l’énergie et les moyens, je peine à croire que les Genevois ne le comprennent pas. Les chiffres sont clairs. La participation des autorités françaises sur ces différents projets se montent en centaines de millions : 700 mis en échange des 300 millions genevois promis sur ce seul volet, mais il y en a d'autres avec Berne et Paris. Les P+R, lorsqu’ils sont bien situés, sont pleins. Seulement lorsque le MCG montre une photo de P+R vide prise aux petites heures du matin, il ne faut pas se contenter d’affirmer que c’est faux. Il faut montrer des photos de P+R pleins et même saturés.

Faire voter le peuple en toute connaissance de cause, sur le principe de la gestion commune de notre agglomération, pour le bien de tous et l’avenir de nos enfants, c'est à mon avis un objectif à mettre en place pour l'an prochain.

18/05/2014

Quand la démocratie fait rimer avarice avec égoïsme

Un commentateur qui chercherait à comprendre les résultats genevois de ce week-end à la lumière des critères politiques habituels aurait bien du mal à s’en sortir. Les Genevois n’ont pas voté à gauche, puisqu’ils ont refusé le salaire minimum. Ni à droite, puisqu’ils ont dit non au Gripen. Régionaliste encore moins, puisqu’ils ont refusé les P+R, même si c’est de justesse. Mais ce n’est pas non plus un vote patriotique ou nationaliste, puisque le Gripen, là encore a largement mordu la poussière. Cela dépasse aussi le réflexe de peur, car sinon, le Gripen qui doit protéger notre espace aérien aurait passé la rampe.

 

Bien sûr, comme toujours, les regroupements se font sur des bases qui ne recoupent pas les délimitations partisanes, mais à vrai dire, il y a pourtant un point commun entre tous ces résultats, c’est comme souvent l’avarice et l’égoïsme : moins je paie à la communauté et plus je conserve mon argent, mieux ça vaut. C’est une tendance lourde de ces dernières années, qui n’augure rien de bon pour l’avenir, car elle sent puissamment la décadence, lorsque les citoyens n’ont guère plus que leur intérêt quasi personnel pour œillères.

Le non au salaire minimum répond à la peur que cela soit nocif  à l’économie. Par ailleurs, l’immense majorité des travailleurs à Genève sont au-dessus, voire très au-dessus de ces 4000 Francs et ne se sentent donc absolument pas concernés.

Le non au P+R, c’est le refus de payer pour le voisin, même si le voisin entame des travaux dans votre intérêt. Encore que pour mieux comprendre, il faut descendre dans l’analyse des résultats quartier par quartier. Tous les P+R à financer étaient situés en Haute-Savoie et les communes et quartiers concernés – parce que traversés par les frontaliers savoyards - ont globalement accepté la loi. D’autant que sur la Rive gauche, les P+R existants sont saturés. Par contre, sur la rive droite, où aucun P+R n’était prévu, et pour cause,  ceux existant étant loin d’être remplis, le refus a été catégorique. 
En pratique, les frontaliers gessiens travaillent majoritairement dans les Organisations internationales ou dans la Zimeysa et n’ont donc guère besoin de P+R, parce qu’ils ne traversent pas la ville, disposent souvent de parkings au travail et manquent de transports publics ad hoc. Au-delà de l’égoïsme, cela démontre clairement le risque qu’il y a à vouloir faire passer devant le peuple de tout le canton une décision en fait locale.

Le non au Gripen est la conséquence de beaucoup de choses, mais d’abord le refus d’un budget de plus de 3 milliards qui n’apparaissait pas justifié par l’intérêt personnel de tout un chacun. A eux seuls, les horaires de bureau ou la direction de campagne confiée à l’UDC n’auraient pas suffi à faire pencher la balance. Les partisans du Gripen l’ont bien compris, qui insistaient beaucoup sur le fait que ces 3 milliards resteraient de toute manière dans le budget de l’armée et ne seraient pas reversés dans le pot commun fédéral… Mais là, pour une fois, c’est l’UDC qui se retrouvait contrainte à expliquer des considérations complexes et visiblement, elle n’y parvient pas mieux que les autres.

Le oui à l'initiative de l'Avivo sur les TPG est de la même veine, lorsqu'on sait que l'Avivo est le syndicat des personnes âgées et que celles-ci, malheureusement votent bien davantage que les jeunes actifs, dont beaucoup d'ailleurs, à Genève, n'ont pas le droit de vote...  L'initiative qui vient de passer la rampe privilégie le 3ème âge au détriment des jeunes et des frontaliers là-encore, puisqu'Unireso risque d'exploser, ce qui n'aura certainement pas pour conséquence de réduire le trafic en ville...  

Le problème de fond, c’est que pour pouvoir conserver un certain train de vie il faut investir. Dans les infrastructures notamment et celles-ci sont de plus en plus à l’échelle régionale. Si les citoyens refusent de le comprendre, ils se préparent des lendemains fort difficiles. Mais à vrai dire, là encore, l'âge moyen des votants explique peut-être que le corps électoral soit davantage préoccupé par son confort matériel à court terme que par l'avenir du canton et de ses populations jeunes. Après moi le déluge, aurait pu dire Harpagon...

10/05/2014

Voulez vous d'une Genève refermée sur ses frontières ?

A une semaine des votations, la décision du peuple sur le cofinancement de P+R en France reste incertaine.
Ces deux petits films de la série "Autour du CEVA" vous aideront à vous faire une opinion: on y voit la situation des-dits parkings et leur fonctionnalité dans le premier, l'explication du projet par les responsables politiques dans le second.

Ici

et

ici 

Quelques faits sont incontestables:
- construits aux emplacements choisis, ils seront plus efficaces et moins chers que s'ils étaient construits en Suisse.
- ils rendront principalement service à la Suisse, en réduisant bouchons et pollution et ne seront utiles à la France qu'indirectement

- Les P+R bien situés sont pleins, archi pleins.
- Séparer les parties françaises et suisses de l'agglomération genevoise serait aussi impossible que de séparer Carouge de Genève. Pourtant Carouge et Genève furent longtemps séparés par une frontière.

- Dans toutes les agglomérations du monde, les centre-villes, plus riches et mieux dotés en entreprises, gros contribuables, soutiennent la construction d'infrastructures en périphérie, qui sont utiles à tous.

- Genève et la Suisse sont plus favorables aux entreprises, qui sont de gros contribuables, tandis que la France est plus accueillante aux logements, dont les habitants coûtent cher en infrastructures. Genève profite de cette situation en pouvant ainsi loger en France les arrivants que son dynamisme attire, mais aussi les Genevois qui peuvent ainsi trouver des logements abordables. Si l'on ne veut pas que la périphérie se paupérise et au contraire que ses infrastructures s'améliorent, il est clair que le centre doit aider sa périphérie.

Après, libre à chacun de décider que non et non, pas question de financer quoi que ce soit en France, à deux kilomètres de chez nous, pour des gens qui contribuent à la prospérité de l'agglomération, quand bien même par la péréquation intercantonale, nous finançons des infrastructures à Obwald ou à Glaris pour des montants trente fois supérieurs. C'est un choix. Un peu borné, comme par des bornes frontières,mais c'est un choix, celui d'une Genève refermée sur ses frontières. Un vote contre la prospérité et contre l'Esprit de Genève. Chacun son truc.

09/05/2014

OK, dédiabolisons Putin...

Deux fois déjà, Putin a accepté des propositions de désescalade aussitôt rejetées par les sécessionnistes de Donetsk. Ce qui laisse deux possibilités :

 

Putin raconte des craques. Il continue de pousser ses pions et cherche surtout à gagner du temps et à éviter les sanctions, notamment les menaces de sanctions économiques  de 3ème niveau brandies par l’UE et l’Allemagne, qui pourraient faire très mal à une économie russe déjà exsangue. En jouant officiellement les pacificateurs, tout en continuant de soutenir en sous-main les sécessionnistes, il joue sur les deux tableaux. Et permet peut-être aux Européens d'arriver à une solution permettant à chacun de sauver la face...

Putin dit la vérité et il a perdu le contrôle sur des sécessionnistes dont le profil est celui d’aventuriers et même d’escrocs, Ponzi-Madoff aux petits pieds dans le cas du maire auto-proclamé de Donetsk. Des types dont l’accession au pouvoir régional n’aurait d’autre conséquence que de perpétuer l’enrichissement personnel et la corruption qui empoisonnent la vie politique ukrainienne, cible essentielle des révolutionnaires de Maïdan.

S’il dit la vérité, Putin doit donc cesser tout soutien à des sécessionnistes qui prétendent déclarer l’indépendance de leur ville ou de leur quartier par un coup de force, l’organisation d’un référendum équitable d'ici dimanche paraissant totalement impossible. Il doit leur faire comprendre qu’il n’y aura pas de salut venant de Russie…

Comme le faisait remarquer l’écrivain Vladimir Fedorovski, la Russie continuera d’exister après Putin et personne n’a intérêt à ostraciser ce grand pays, en dehors des risques de guerre que cela fait courir à la planète et à l’Europe en particulier. Personne ne l’ostracise d’ailleurs et si Washington a sans doute fait moins qu’il aurait fallu pour son intégration, c’est tout de même clairement Moscou qui freine des quatre fers depuis quelques années, en mettant beaucoup de mauvaise volonté à adapter son arsenal juridique aux normes occidentales. Ce qui a bien failli lui coûter son accession à l’OMC, sur la question des droits d’auteurs par exemple, mais aussi sur les critères de transparence en matière bancaire et de droits des sociétés, ou encore la liberté d’expression.

Même le soi-disant encerclement par l'OTAN n'en est un que si l'on considère l'OTAN comme un ennemi, alors qu'on y dispose d'un strapontin et de représentants et que l'adhésion au Traité de l'Atlantique Nord était dans les tuyaux. D'autant qu'elle semble inéluctable à moyen terme si l'on veut régler pacifiquement les questions d'exploitation des eaux et des sous-sols polaires.

Lea nationalistes répondront que c'est le droit d'un Etat de refuser de se plier aux règles de ses voisins. Sans doute, mais il s'agit de règles du jeu communes, conçues pour permettre un jeu équitable et pacifique. Si on les refuse, on refuse du même coup de prendre sa place à table pour jouer. C'est exactement la même situation que pour la Suisse en Europe, à cette différence que le pouvoir du Kremlin reste un pouvoir d’autocrate hypercentralisé, sans véritable opposition et sans réel bipartisme.
C’est vrai politiquement et économiquement. Comme en Chine ou au Vietnam, le succès économique et même la simple possibilité de faire de bonnes affaires repose essentiellement sur l’appartenance au bon parti, sans réelle alternative possible. Toute contestation se payant au prix fort. 

Dans ces conditions, prétendre ne pas avoir la main sur des sécessionnistes disposant d’armements russes dernier cri (et dont une bonne partie des troupes viennent de Russie), c’est soit mentir, soit courir le risque de laisser s’installer l’instabilité par un doute sérieux sur l’autorité réelle du chef suprême. Putin n'y a pas intérêt, pas plus qu'il n'a intérêt à se lancer dans une vraie guerre. Après avoir fait admirer sa musculature au monde entier, peut-être serait-il temps d'enfiler le costume de négociateur ? Pour de vrai cette fois. Pour le bien de la Russie, de l'Europe et du monde.

07/05/2014

De Katyn à Khatyn, les gros mensonges de la propagande du Kremlin

Les militants pro-russes qui volent en escadrille dans les blogs occidentaux semblent être passés en phase délirante. 

Chauffés à blanc par des photos de corps carbonisés et/ou asphyxiés, ils accusent les pro-ukrainiens d'avoir torturé des femmes et des enfants dans les sous-sols de la maison des syndicats. Alors qu'au même moment, elle servait de siège et de point de ralliement aux militants pro-russes, parmi lesquels la présence d'éléments provocateurs venus de Russie est aujourd'hui avérée. 

Les vidéos tournées sur place montrent clairement les combats entre pro-ukrainiens à l'extérieur du bâtiment et pro-russes à l'intérieur, mais peu importe, quand on a la foi... Cela permet aux blogueurs de Putin de rappeler le massacre de Khatyn, village biélorusse dont les 160 habitants furent brûlés par des SS allemands aidés d'un régiment de police militaire de la Wermacht comportant de nombreux ukrainiens. Ce en représailles après l'exécution de quatre de leurs officiers par des partisans.

Au delà du drame et de la bêtise qu'il peut y avoir à identifier des gentils et des méchants dans une bagarre de rues qui a dégénéré en accident meurtrier, la référence est éclairante, parce que le massacre de Khatyn est une construction médiatique du KGB des années Brejnev. Celui-là même dans lequel Poutine était un jeune officier prometteur...

Il y eut en effet plusieurs dizaines de villages biélorusses martyrs en 43, lorsque les choses commencèrent à mal tourner à l'est pour la Wermacht, grâce notamment au soulèvement des partisans russes, mais surtout biélorusses et ukrainiens. Oui, ukrainiens, l'Ukraine étant la région d'Europe où l'Allemagne nazie fit le plus de victimes. 

Il n'y avait cependant qu'un seul village qui s'appelait Khatyn, presque homonyme d'un autre massacre, celui de Katyn, commis en Pologne en 39, par le NKVD de Beria, l'ancêtre du KGB. A l'époque où Hitler et Staline s'étaient alliés pour se partager la pauvre Pologne, plus de 25 000 officiers, étudiants et médecins polonais prisonniers de guerre furent exécutés d'une balle dans la tête et jetés dans des fosses communes. Dont certaines en Ukraine, qui avaient déjà servi lors de l'exécution de dizaines de milliers d'Ukrainiens par le NKVD de Beria. 

Dans les années 80, alors que Solidarnosc et l'animosité des Polonais à l'égard du régime soviétique montait en puissance, l'évocation de Katyn devenait carrément gênante pour le Kremlin, qui tentait de prétendre, les fosses ayant été retrouvées, que les auteurs du massacre étaient nazis. Devant les preuves accablantes du contraire, le KGB décida d'organiser un contre-feu. Ce n'est donc pas par hasard si le pauvre village de Khatyn fut choisi à ce moment là pour devenir le symbole de l'horreur nazie. 

43 ans plus tard, en 86, l'officier ukrainien de police militaire qui avait participé au massacre est jugé et condamné à mort et un monument est érigé sur les lieux. L'idée était de créer la confusion dans l'esprit des gens, qui au moins dans l'empire soviétique allait désormais confondre Katyn, massacre soviétique avec Khatyn, massacre nazi...

C'est seulement en 1990, sous Gorbachev et après la chute du Mur que le Kremlin reconnut la responsabilité soviétique dans le massacre. C'est ainsi qu'on réécrivait l'Histoire au pays de Staline. Celui-là même dont le garde du corps et le goûteur attitré était le grand-père de Putin... 

06/05/2014

Des P+R en France : OUI et il en faudrait plus !

Qui trinquerait, si les Genevois écoutaient le MCG et refusaient le crédit à la construction de parkings en France ? Nos poumons, notre niveau de stress et puis nos portemonnaies. Parce que pollution et encombrements ne seront pas réduits. Il faudra donc construire les parkings quand même, mais en Suisse, ce qui coûtera de 2 à 20 fois plus cher et consommera inutilement l’espace qui nous manque.

 

L’argument du MCG ne tient pas : les Français n’ont qu’à financer eux-mêmes leurs infrastructures, répète en boucle le parti de Stauffer. Sauf que ce ne sont pas leurs infrastructures, mais les nôtres, situées en France. Les premiers bénéficiaires en seront les Genevois, ces parkings allégeant la circulation en ville et transformant des automobilistes pendulaires en usagers des transports publics.

Certes, à Annemasse et à Saint-Julien,  les parkings situés en amont détourneront les pendulaires des centres ville, asphyxiés matin et soir par les flux frontaliers. Mais pour les autres villages français de l’agglomération, notamment Valleiry et Veigy, les parkings ne changeront rien, car ils sont prévus en aval des villages, aux terminus des transports pour Genève. Par contre, pour les villages suisses, ce sera tout bénéfice et pour la France, c’est avant tout une commodité au service de Genève et des frontaliers incités à changer de mode de transport.

Le financement des transports publics dans l’Hexagone est assuré par un prélèvement sur le salaire des travailleurs employés en France. Les frontaliers n’y cotisent évidemment pas. S’il y avait un Stauffer français, nul doute qu’il crierait au scandale : on va utiliser les cotisations des travailleurs hexagonaux pour arranger les frontaliers travaillant pour l’économie suisse ! Alors même que les « hexagonaux » souffrent déjà de la vie chère frontalière !

En vérité, dans toutes les agglomérations du monde, des pots communs financent des infrastructures communes, avec des transferts du centre vers la périphérie, car le centre monopolise les rentrées fiscales des entreprises les plus juteuses et les plus prestigieuses… Et que sans sa banlieue, le centre serait incapable d’assumer ses  prestations aux entreprises comme aux particuliers. C’est donc donnant donnant, une symbiose réussie.

831 places sont prévues qui coûteront CHF 3'129'406.- à Genève. Soit CHF 3766.- la place alors qu’elle coûte à Genève entre 5’000.- et 80’000.- selon l’emplacement et la couverture ou les étages éventuels.  C’est un investissement optimal, car non seulement ces P+R seront moins chers en France, mais ils y seront plus efficaces, pour éviter aux pendulaires les embouteillages !

Le meilleur atout du transport public, c’est son gain de temps. Si vous avez déjà perdu une demi-heure dans les bouchons, rien que pour accéder au parking, vous resterez dans votre auto jusqu’au boulot ! Tandis qu’au Carrefour des Chasseurs, au-dessus de l’aérodrome d’Annemasse, les frontaliers déboulant de l’habitat dispersé des vallées environnantes et du plateau de Saint-Cergues auront immédiatement accès à un bus performant, en attendant une halte du futur RER régional.

 

Notons que les utilisateurs de ces parkings travaillent et paient leurs impôts à Genève. Le quart en est rétrocédé à la France et donc les trois quarts restent en Suisse. Le tiers des 70 000 frontaliers concernés est par ailleurs suisse.  En choisissant d’habiter en France, ils ont libéré des logements genevois et permis bien des économies à l’Etat. Leur ristourner 0,3% des 800 millions qu’ils laissent tous les ans dans les caisses cantonales parait équitable.

En votant « oui », on consolide le Grand Genève, tentative pragmatique d’harmoniser l’urbanisation de notre agglomération de 900 000 habitants, qui compte plus de 500 000 passages de frontières chaque jour pour le travail, les études, les courses, le tourisme… Ignorer ce que fait le voisin en termes d’aménagement serait écologiquement idiot et fort coûteux. Il faut au contraire œuvrer de concert, ce qui implique des choix et des financements communs. Les parkings transfrontaliers sont une première étape vers cette coordination de notre bassin de vie. Ne ratons pas le coche et montrons que Genève a foi en l’avenir, même après le vote du 11 février.

En fait, la seule vraie question, c'est de savoir si ces P+R seront suffisants: 831 places, c'est à peine quelques pour cents du nombre de véhicules pendulaires qui entrent chaque matin dans le canton. Il en faudrait dix fois plus, sauf qu'en attendant le CEVA et espérons-le demain, des télécabines rapides, les transports publics existant ne pourraient pas tout absorber. D'ici cinq ans, il faudra en construire davantage, peut-être à étages, si les emplacements désignés tiennent les promesses attendues. 

02/05/2014

Le Grand Bond en Arrière de Moscou. Direction le XIXè. Sans passer par le XXème ?

Avec Putin, la Russie a entrepris son Grand Bond en Arrière. Vers le passé glorieux… et arriéré des Tsars. Que peut faire l’UE ?

La Russie ne va pas envahir l’Ukraine militairement. Ce n’est pas le plan qui consiste simplement à refaire le coup de la Crimée, amplement rôdé depuis la chute du mur, en Géorgie, en Transnitrie et ailleurs : un soulèvement populaire de citoyens pro-russes qui réclament l’annexion ou la protection de la Grande Russie, suivi d’un référendum truqué, sans aucun contrôle local ou international impartial et le tour est joué.
Dans ce contexte, « l’invitation » à résidence forcée des observateurs de l’OSCE (présidée par Didier Burkhalter) prend tout son sens : en tant qu’observateurs, neutres ou pas, ils sont avant tout des empêcheurs de voter en rond. Tant pour le processus de votation lui-même que pour ses préparatifs armés, mêlant quelques bonnes âmes venues d’ailleurs aux activistes locaux. En Crimée, les Observateurs avaient été empêchés de pénétrer sur le territoire, mais dans le Donbass, ils y étaient déjà. Donc on les empêche de circuler. En tabassant copieusement au passage les officiers ukrainiens qui les accompagnaient.
Le Donbass tombé dans l’escarcelle, c’est la puissance industrielle ukrainienne qui change de camp (à commencer par les avions Antonov) et les communications avec la Crimée qui peuvent se passer de la coûteuse construction d’un pont. Je serai un ukrainien pro-européen ou proMaïdan, dans l’Est de l’Ukraine aujourd’hui, je songerai sérieusement à déménager vers l’Ouest, car Putin ne lâchera pas sa proie.
Son âme damnée, son éminence grise, père spirituel de CCCP 2.0 (le mouvement ultra-nationaliste qui veut reconstruire une URSS puissante et dominatrice, mais en remplaçant le parti communiste par l’église orthodoxe) a écrit et répété à plusieurs reprises que « partout où il y a des Russes, il y a la Russie ». Ce qui fait un paquet d’endroits dans le monde, des pays baltes aux îles Sakhaline.
Putin a commencé à mettre le slogan à exécution. Cela fait des années qu'il s'y prépare, au point de considérer cette tâche comme plus importante et prioritaire que la diversification de son économie, gravement toxicodépendante aux exportations de gaz. C'est une trahison en bonne et due forme des intérêts fondamentaux du peuple russe, représentative d’un populisme primaire, mais cela lui assure à court terme une popularité inégalée.
Non seulement il est devenu le Petit Père des Peuples russes, mais aussi l’idole de toute l’extrême-droite européenne, enthousiaste à l’idée de voir son ultra-nationalisme religieux et archi-conservateur damer le pion au cosmopolitisme  euro-atlantiste.
La question est de savoir où il s’arrêtera. Comme l’Allemagne du IIIème Reich, la Russie de Putin relève d’une humiliante décomposition, au sortir d’une guerre (froide ou de tranchées, ce n’est pas la question) perdue davantage par délabrement intérieur que par une défaite militaire.

L’UE et les Etats-Unis ne semblent pas prêts à interrompre le rêve de puissance du Kremlin par la voie des armes. La voie des sanctions et d’un isolement économique a montré son efficacité aux temps de la guerre froide, mais cela implique de trouver rapidement une alternative au gaz russe et cela peut prendre des années, voire des dizaines d’années avant que les Russes ne comprennent qu’ils vivraient mieux sans Putin qu’avec. D’ici là, il peut encore faire des dégâts et se renforce du sang et des âmes de chacun des territoires qu’il conquiert par la voie des urnes pleines…

Les Ukrainiens ont compris le danger et se risquent à passer à l’étape « action militaire » pour tenter d’enrayer un processus qui les prive d’une partie essentielle de leur territoire. En espérant que l’armée russe n’intervienne pas autrement qu’au travers des irréguliers déjà présents.

 

Que faire ? Trois options s’offrent à l’UE :

-          A)           Rien. En espérant que Putin se calme et que la marche des affaires reprenne comme avant. Pour que l’on puisse continuer à acheter du gaz russe, à vendre des voitures à Moscou et des villas à Cologny.  Problème, c’est renforcer Putin et les siens dans leur vision d’une Europe prête à s’offrir au plus macho, au moins jusqu’à Munich… Polonais, Baltes, Tchèques, Bulgares et autres ne sont pas du tout d’accord et ils ont d’excellentes raisons pour cela.

 

 

-          B)           Durcir les sanctions économiques, ce qui implique des sacrifices financiers pour nos économies, l’emploi et aussi à terme se passer du gaz russe ce qui forcément entraînera un renchérissement du prix de l’énergie. Mais c’est la solution la moins coûteuse en vies humaines et la plus respectueuse des intentions de chacun. Le message à Putin étant : « OK, vous ne voulez pas jouer le jeu de l’intégration et persistez à vous concevoir comme un élément étranger aux imbrications de l’économie mondialisée, c’est votre droit. Mais cela comporte des conséquences ! »

 

 

-          C)           Participer à l’escalade militaire, par ukrainiens de l’est et de l’ouest interposés, les pro-russes paraissant cependant mieux préparés. Une intervention directe de l’OTAN ou des Russes demeure improbable. Elle présenterait l’énorme risque d’une victoire militaire rapide des forces de l’OTAN, nécessairement fort coûteuse en vies humaines, qui risquerait d’inciter un Putin aux abois à réagir par tous les moyens. Y compris atomiques.

Perso, pour une fois, c’est le plan B, qui me parait le plus judicieux, mais très probablement, il offre le Donbass et ses populations à Putin, après lui avoir offert la Crimée. D’où la nécessité de mesures de rétorsion qui lui fasse sentir douloureusement le prix à payer, quoique cela puisse nous coûter. C'est cela où lui ouvrir la route de Munich.

25/04/2014

Un barbu, faux barbouze (?) mais vrai combattant russe...

J’ai bien ri à la lecture du texte de la Tribune, reprenant des articles anglo-saxons au sujet du barbu d’Ukraine…
D’abord, ce n’est pas parce qu’ils ont menti à l’époque des armes chimiques irakiennes que les étasuniens mentent à chaque fois. Et puis si l’une des missions des services secrets est d’essayer de nous faire avaler des couleuvres, c’est au moins aussi vrai pour les russes que pour les yankees.
Enfin, ces photos ont été ramenées par des observateurs de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui est censée être neutre et dont notre Didier Burkhalter est le Président en exercice.
Ce qui est drôle, c’est la naïveté du journaliste britannique repris tel quel par celle de la Tribune. Le barbu reconnait être un combattant russe, mais nie avoir été en Géorgie ou être membre des forces spéciales qui dépendent du FSB.
Depuis quand un membre des Forces spéciales, qu’il soit russe, français ou papou avoue comme ça, en opération qu’il est un agent ? Même sous la torture, ils sont entraînés pour ne pas le dire, alors à un simple journaliste… S’ils sont la plupart du temps cagoulés, ce n’est pas pour des prunes.

Par ailleurs, d’où sort-il ? Comment les journalistes ont-ils mis la main dessus ? Qui le leur a amené, parce que pour avoir été plus d’une fois sur le terrain avec mes confrères, je sais combien la soif du scoop mondial les rend manipulables. Quelle assurance ont-ils que ce type ne leur a pas été tout simplement envoyé dans les pattes par le FSB ?
Enfin, le plus cocasse, c’est que le gars crache quand même le morceau. Il est donc bien russe, de Russie, et ses potes avec lui : une bande de cosaques qui passent leur temps à guerroyer depuis la nuit des temps. Des supplétifs et des irréguliers, en temps normal, mais aussi des bêtes de guerre redoutées de tous et un vrai vivier de recrutement pour les bataillons d’élite de l’armée russe. Il est venu en Crimée à la demande de l’Etat. Tiens donc, quel Etat ? Sans doute pas l’Etat ukrainien en tout cas.  Et de là, ses potes et lui, avec tout leur arsenal militaire, ils ont décidé d’aller continuer leur petite guerre dans l’est de l’Ukraine. En rangs serrés, avec leurs munitions de guerre, donc…
Etonnant comme les bagarreurs russes peuvent franchir aisément des frontières que l’on imagine intensément gardées…
Ah oui et il est recherché en Russie, pour des faits de violence. L’engagement des bagarreurs condamnables dans des troupes de choc ou des actions commandos, c’est un grand classique des troupes d’assauts, là encore. Les étasuniens en ont fait des dizaines de films et en France, on appelle ça la Légion Etrangère. Cela existe au moins depuis les croisades en fait, puisque une bonne partie des chevaliers croisés partait en échange de la promesse d’absolution de leurs pêchés…
Reste que troupes de choc ou pas, la réalité est bien là : des russes avec un passé militaire chargé sont à la manœuvre sur le sol même de l’Ukraine et apparemment en service commandé. CQFD.
Dès lors le titre du papier de la Tribune me semble assez mal choisi…

Putin, Le Pen, Blocher, même combat

Ils ont pour points communs d’être très riches, politiciens, viscéralement nationalistes et moralement très conservateurs. La différence, c’est que l’un est au pouvoir, mais fondamentalement, ils partagent la même vision passéiste du monde et de la nation.


Ce que résume parfaitement cette répartie offusquée de Le Pen face à des étudiants pro-européens qui lui faisaient remarquer que la France était un petit pays : « Oh, la 5ème puissance mondiale tout de même ! ». Oui, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, mais pour combien de temps encore ?
Demain, le Brésil, l’Inde, la Russie et le Canada ont vocation à la dépasser. Et après-demain elle se retrouvera à batailler pour la 9ème place non plus seulement avec la Grande-Bretagne et l’Italie, mais aussi la Colombie, l’Afrique du Sud, le Canada, le Mexique, l’Argentine, le Chili, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, le Pakistan. Voire l’Ukraine. Et bien avant la fin du siècle, l’Egypte, le Nigeria, le Bengla Desh auront rejoint le club des puissances mondiales.
La Russie elle-même ne sera plus jamais ce pôle alternatif d’un monde bipolaire ou triphasé dont rêve Poutine. Avec 145 millions d’habitants, elle est une puissance importante, certes, comme le Japon et contrairement à lui riche de matières premières (comme le Congo) mais rien à voir avec la Chine, l’Inde, les Etats-Unis ou le Brésil… D’autant que son immensité est son talon d’Achille. Le jour où la Sibérie se peuple, ce que le réchauffement climatique pourrait faciliter, les pulsions centrifuges se développeront en parallèle, vu les distances à parcourir.
Les regroupements régionaux vont accentuer et pallier ce phénomène. Comme l’UE qui, contrairement à ce que prédisent les Cassandre, ne peut que se renforcer si ses peuples veulent continuer de peser d’un poids conséquent sur l’avenir de la planète. Or il est nécessaire que cela soit le cas, ne serait-ce que pour l’écologie et la survie de la planète comme de l’humanité.
Il est un moment où le nationalisme et le sentiment d’être différent des autres doit s’effacer derrière  un double constat : les Etats et les populations ont des dimensions et qu’on le veuille ou non, nous ne sommes tous que des êtres humains, fondamentalement égaux.
Bien sûr, la Suisse montre que l’on peut être petit et tirer son épingle du jeu. C’est tout le bien que je souhaite à l’Europe en général. Mais pour y parvenir, il faut être ouvert au monde comme l’est notre pays, probablement le plus ouvert au monde et aux échanges de la planète, ce qui lui permet, sans ressources naturelles, de caracoler en tête de nombreux classements. Tout le contraire de ce que prône Blocher, bien qu’au niveau de ses affaires, il développe une vision parfaitement mondialiste…

Ce n'est pas un drame d'être la 10ème ou 12ème puissance mondiale plutôt que la 3ème ou la 25è... L'essentiel c'est de participer. En clair, de faire en sorte que sa population se sente bien dans sa peau, que les échanges avec les voisins proches ou lointains se développent harmonieusement, que l'on vive en paix et de manière prospère et toute cette sorte de choses. Avoir la belle vie ne se mesure pas en termes de puissance militaire et de loin pas non plus uniquement en termes de PNB. De PNB par habitant, à la rigueur, ce qui est bien différent, et implique précisément de se préoccuper de ses habitants, avant de s'enticher de la grandeur du pays...

23/04/2014

Tout ce sang sur les mains de Poutine...

Ils finiront bien par ouvrir les yeux. 

On a beau être remonté contre la mondialisation ou Washington, cela n'excuse en rien de tomber en pâmoison devant l'un des apprentis dictateurs les plus sanglants de ce début de XXIème siècle.
Putin a du sang sur les mains, beaucoup. De la Tchétchénie à la Géorgie en passant par la Syrie, il est directement responsable d'une demi-douzaine de guerres - dont certaines particulièrement sanglantes et sales - depuis 15 ans qu'il dirige la Russie d'une poigne de fer. 

La poigne d'un ancien agent du KGB chargé dans un premier temps de surveiller secrètement les opposants politiques, puis envoyé en RDA où il assistera désemparé à la chute du Mur de Berlin, dont il fait son grand drame personnel... Le fer d'un comploteur qui n'hésite apparemment pas, alors chef du FSB (le successeur du KGB) à susciter des attentats meurtriers en Russie même pour justifier la répression sanglante en Tchétchenie. Une accusation jamais prouvée, sauf que les deux seuls auteurs présumés de ces attentats jamais arrêtés - par la police locale - étaient... deux agents du FSB.

Provocation encore ? Le chef charismatique de Secteur Droit, groupuscule nazi ayant participé à Maidan était suspecté par les jeunes manifestants d'être un provocateur à la solde du pouvoir de Ianoukovich. Donc de Putin. Des accusations qu'il traîne depuis la Tchétchénie où il fut décoré par les islamistes tchétchènes et accusé d'avoir torturé à mort 15 soldats russes des troupes régulières... Mais aussi accusé, déjà à l'époque d'être un agent de Putin infiltré dans la rébellion. Toujours est-il qu'il ne parlera plus, ayant été abattu lors de son arrestation par le nouveau pouvoir ukrainien.

Putin s'est saisi de l'équivalent russe de Facebook, après en avoir fait virer le fondateur. Il mène une guerre des mots incandescente depuis le début de la révolte de Maiden au travers des médias russes, télévision en tête, dont les dirigeants sont tous à sa botte, qui diffusent sans discontinuer sur l'est de l'Ukraine des informations mensongères et des appels à la révolte contre le nouveau pouvoir, accusé d'être un ramassis de nazis assoiffés de sang russe. 

Glissons sur les montages grossiers, style carte de visite pro-nazie comme seule preuve de l'implication de l'actuelle gouvernement dans une fusillade nocturne à l'est, pour en venir aux choses sérieuses:

-  Deux hommes ont été torturés sauvagement et retrouvés morts dans l'est. L'un d'eux est le leader local d'un parti de la nouvelle coalition gouvernementale.

-  Le leader des tatars de Crimée a été mis dans un avion pour Kiev et interdit de séjour pour 5 ans en Russie, donc chez lui en Crimée...

-   Un journaliste étasunien d'origine russe, a été arrêté dans l'est avec d'autres journalistes. Les autres ont été relachés, lui a été retenu et l'on est sans nouvelle de lui depuis plus de 24h.

Le fait de parler russe lui avait permis de confondre des soldats russes, des professionnels des forces spéciales sans aucun insigne et portant des uniformes disparates sur leurs maillots de corps rayés bleu, typiques de l'armée Rouge... et des forces russes comme des forces ukrainiennes actuelles. Sauf que les maillots des soldats ukrainiens sont élimés et blanchis, tandis que ceux des forces spéciales russes sont flambants neufs. Qu'ils portent avec un grand professionalisme des armes (russes) de pointe et qu'ils désarment les jeunes troufions ukrainiens (ceci dit bien courageux et stoïques de se laisser désarmer en présence d'une foule pas si loin du lynchage) avec un sang froid et une expertise qui n'est à l'évidence pas celle de miliciens locaux hâtivement réunis.

En conséquence, les choses sont claires: contrairement à tous les mensonges contraires de Putin, l'armée russe a d'ores et déjà envahi l'est de l'Ukraine et manoeuvre pour pouvoir rattacher directement la Crimée à la Russie, par la terre ferme. Comme c'est probablement contre la volonté d'une courte majorité des populations locales, qui selon tous les sondages veut rester ukrainienne, Putin fera tout pour empêcher que l'élection du 25 mai puisse se tenir dans l'Est. 
A noter que Putin avait aussi promis solennellement l'immunité à Eltsine et sa famille pour que ce dernier lui cède le pouvoir. Ce qui ne les a pas empêchés de se retrouver rapidement en prison... 

Ici, le dernier dernier reportage du journaliste étasunien, juste avant son arrestation:
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/23/un-journa...

19/04/2014

Le coup d’avance permanent du Tsar Putin

Bien joué. Vraiment. Comme tous les commentateurs, et surtout comme tous les diplomates européens et étasuniens, je n’ai rien vu venir. Etonné, abasourdi même par la rapide conclusion de la rencontre de Genève, je me demandais quelle genre d’entourloupe elle pouvait bien cacher, mais avec cet infime espoir que cela soit pour de vrai le début de la désescalade… Après tout, Putin joue gros dans cette histoire et peut-être est-il revenu à la raison? Cela nous arrangerait bien...

Cette crainte viscérale de tout occidental de retomber dans les affres de la guerre froide, c’est la meilleure arme du tsar du Kremlin. Ses conseillers militaires ne cessent d’ailleurs de répéter que jamais depuis la seconde guerre mondiale, des troupes officielles russes n’ont été attaquées par l’OTAN. Même lorsqu’elles se sont opposées à des opérations armées de l’OTAN, comme dans l’ex-Yougoslavie.

De même, Washington évite de s’en prendre ouvertement à la Chine. Putin joue à fond de ce statut d’intouchable, pour tenter d’aller le plus loin possible dans la reconstitution d’un glacis russe puissant, déterminé et centralisé. Sans doute n’a-t-il pas l’intention d’une 3ème guerre mondiale, mais son histoire personnelle et surtout celle de la Russie depuis 25 ans fait qu’il en a moins peur que les Occidentaux. Et ce qu’il veut c’est un monde tripolaire dans lequel Moscou soit l’un des trois pôles, avec Washington et Bei-Jin. Exit l’UE, trop divisée et veule, selon ses propres termes. Pour cela, il a besoin d’industries qui ne soient pas que gazières et ces industries « russes » sont en bonne partie dans l’est de l’Ukraine…

Personne n’a su lire le coup d’avance que jouait le néo-tsar avec le talent de champion d’échecs qui le caractérise. Cependant, le suspens n’aura pas duré 24 heures. Les agitateurs du Donbass refusent de rendre les armes et les bâtiments et rétorquent un « NIET » ferme et définitif à la demande polie des instances internationales. Que la présence des petits hommes verts du FSB soit avérée parmi eux n’y change rien : le Kremlin n’est pas officiellement leur donneur d’ordres et l'entrevue genevoise n'était qu'un tour de chauffe, puisque Kiev et les occidentaux ne voulaient pas de représentants des dissidents pro-russes de l’est aux pourparlers de l’Intercontinental.
Les Russes ont accepté de venir, signé le premier accord venu et sont repartis en sachant que cet accord n’avait pas la moindre chance d’être accepté par les dissidents. Sachant que les petits hommes verts, l’argent et les médias russes alimentent la rébellion, la ficelle est un peu grosse, mais sur la forme elle est invisible et la propagande méthodique et largement relayée dans les blogs de la Voix de la Russie fera le reste: Papa Putin est le gentil, qui respecte les institutions même si toute l'histoire des services secrets dont il est imbibé jusqu'à l'os affirme le contraire.

Coincés, les Occidentaux demandent au Kremlin de mettre de l’ordre dans ses troupes et de les faire obéir, ce à quoi Putin a beau jeu de répliquer : ce ne sont pas mes troupes ! En revanche, mes troupes, les vraies, ne sont pas bien loin et si vous voulez, elles peuvent entrer en Ukraine, à notre corps défendant bien sûr, et dans le cadre d’une opération internationale. Dans laquelle nous aurons à cœur de protéger les populations. Notamment celles qui parlent russe…

Maintenant, ajoutent Putin et la propagande de la Voix de la Russie, "vous avez vu que nous agissions de bonne foi en faveur de la désescalade. Vous devez lever les sanctions à notre égard et vous ne pouvez en aucun cas les augmenter, parce que nous on joue le jeu! Ce sont les gens dans l’Est de l’Ukraine qui ne veulent pas nous écouter et qui veulent faire une révolution. Comme celle qui fut faite à Kiev pour amener au pouvoir un gouvernement dont nous ne reconnaissons pas la légitimité. Les gens qui réclament le rattachement à la Russie dans l’est non plus ne la reconnaissent pas et les élections prévues en mai sont illégales. Pas question qu’elles se tiennent…"

En bref, le Kremlin se voit déjà entrer en Ukraine et procéder à la partition du pays avec la bénédiction de l’opinion publique internationale…

Evidemment, les choses ne peuvent se passer ainsi. Les élections de mai doivent se tenir et montrer quels sont les vrais rapports de force, y compris dans l’est du pays.  Jusqu’à présent on voit beaucoup d’agitateurs et de militants déterminés, parsemés de petits hommes verts, des gens plutôt quinquagénaires, nostalgiques de l’URSS dans l’ensemble, mais on très loin des foules immenses de Maïdan et à vrai dire, les manifestions pro-ukrainiennes pacifiques dans l’est réunissent autant de monde que les démonstrations de force pro-russes. 

La garde nationale ukrainienne, qui a tiré pour se défendre à Marioupol, tué trois assaillants et fait plusieurs dizaines de prisonniers dont une dizaine de nationalité russe liés au FSB, est constitué de volontaires récemment enrôlés. Des jeunes souvent issus des régions de l’est, qui ont fait la révolution et ne veulent pas retomber sous la coupe moscovite (j’allais écrire soviétique…). Il faut éviter la guerre civile, toujours une horreur, mais si elle éclate, les troupes russes risquent de se retrouver confrontées à une guérilla meurtrière, d’Ukrainiens bien décidés à défendre chèrement leur liberté.
Ce n’est pas un hasard si c’est à Marioupol que les premiers vrais combats ont éclaté, tournant à l’avantage des Ukrainiens : cette ville au bord de la mer d’Azov est la clef de l’accès à la Crimée pour les Russes. Putin a beau avoir promis la construction d’un pont géant pour relier la Crimée à la Russie, l’économie du pays n’en a pas vraiment les moyens. Occuper les territoires ukrainiens qui séparent la Russie de la Crimée serait sans doute beaucoup plus rapide et économique. A condition que les Ukrainiens se laissent faire, ce qui ne semble pas devoir être le cas…

17/04/2014

Ukraine: le film des évènements

Reprise d'un texte paru mardi sur le site de politique en ligne Politeia.ch

Nous travaillons en ce moment sur la version française d’un film tourné par un collectif de cinéastes ukrainiens durant les événements de Maïdan.

Un collectif d’artistes modernistes plutôt gauchistes, voire carrément anars  et surtout ulcérés par la corruption générale du système russe qui de longue date étend son empreinte et son emprise sur les anciennes républiques de l’URSS.
Des trentenaires de toutes origines et de tous milieux, mais majoritairement issus des régions russophones de l’est ! L’histoire de la révolution de Maïdan, c’est aussi comme souvent celle d’un conflit de générations. Beaucoup de ces jeunes adultes sont en rupture avec la société de leurs parents, plus enclins à respecter la main qui nourrit, pour l’heure celle de Papa Putin à l’est du pays, dont l’économie dépend largement de Moscou.
Ils sont parfaitement représentatifs de la contestation qui s’est emparée de Maïdan le soir du 21 novembre, à cent lieues de l’image de fachos antisémites véhiculée par la propagande du Kremlin. Au départ, quelques dizaines de jeunes qui décident de faire un sit-in sur la Place Maïdan.  L’idée vient d’un étudiant en journalisme qui a grandi en Ukraine, né de parents afghans prosoviétiques, réfugiés à Kiev. Ils protestent contre la volte-face pro-russe du gouvernement corrompu de Ianoukovich, qui repousse aux calendes grecques leurs rêves d’ouverture au monde et d’accès à l’Europe. Partis à 200, mais vite relayés par les médias, ils arrivent au bout d’une semaine à se compter 10 000, russophones presqu’autant qu’ukrainiens, mais surtout avides de changement.

Les néo-nazis arrivent ensuite.  Les extrémistes de « Secteur Droit » sont à peine quelques dizaines, des agitateurs fanatiques menés par « Sachko Bily ». Ce « héros » de la guerre mené par les Tchétchènes contre les troupes de Putin, était suspecté dès cette époque d’être un agent provocateur, vieille spécialité des services russes, et ce bien qu’il ait été accusé d’avoir torturé à mort plus de vingt soldats russes prisonniers des Tchétchènes.
Le parti Svoboda sent moins fort le souffre. Il est juste allié officiellement au Front National français et très conservateur en matière de mœurs. Il a quelques élus (il aura même trois ministres dans l’actuel gouvernement de transition) mais représente au plus 10% des manifestants qui  seront plus de 800 000, venus de toute l’Ukraine, le soir du 1er décembre pour protester contre l’intervention des « borkut ». L’avant-veille, la section d’assaut de la police avait attaqué et violemment matraqué les premiers manifestants jusqu’alors parfaitement pacifiques.
Lorsque plus du quart de la population d’une capitale est prête à passer la nuit à manifester dehors par moins 10°C, on commence à comprendre que les règles constitutionnelles puissent être remises en cause…

Les néo-nazis de Secteur Droit restent en marge du mouvement, sans vraiment s’y intégrer. Ils mènent leurs actions à part et n’ont pas vraiment les mêmes valeurs que les artistes cosmopolites et les jeunes intellectuels qui tiennent le haut du pavé, amenant leurs pianos à queue sur la place ou offrant des happenings aux policiers en uniforme anti-émeute. Les jeunes se méfient de ces baroudeurs racistes dont on dit qu’ils pourraient être des « Titouchkos », des agents provocateurs à la solde de Putin. Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces néo-nazis n’a été tué pendant les manifestations et les combats de rue, alors que plus de 80 jeunes manifestants ont payé le prix du sang… Et quelques policiers de même.
Dans les archives des services de Ianoukovich, des documents découverts après sa fuite font état de la manipulation de tireurs d’élites par les services aux ordres du Kremlin. Auxquels feront écho la rumeur contraire, examinée lors d’une conversation entre officiels européens. Sachko Bily, lui, a été abattu par les forces de l’ordre ukrainiennes le 25 mars dernier, lors de son arrestation. L’accusation qui en faisait un agent provocateur de Putin repose sur une certaine habitude en la matière du maître du Kremlin. A commencer par le fait que les seuls coupables présumés des premiers attentats de Moscou jamais identifiés, lors de la guerre en Tchetchénie, étaient deux officiers du FSB, alors dirigé par Poutine, arrêtés en flagrant délit par des policiers locaux…

L’Ukraine vit une situation révolutionnaire, dans la confusion d’un gouvernement provisoire d’union nationale dont l’ennemi est massé aux frontières. Les troupes spéciales du FSB, le successeur du KGB, ont même déjà mis le pied dans la porte en Crimée, puis ces derniers jours dans l’Est. Selon des sondages de fin mars, une large majorité de la population ukrainienne soutient le changement de régime et refuse tout rattachement à la Russie. Une majorité qui est nettement moins conséquente, mais majoritaire quand même dans les provinces russophones de l’Est. C’est pourquoi le Kremlin tente de faire le forcing en obtenant la sécession par des coups de force AVANT la tenue des élections. Comme il l’a fait en Crimée, où le taux de participation dans la Ville de Simféropol a dépassé 120 % !!! Par ailleurs, les conseillers militaires de Putin semblent persuadés que l’OTAN, de toute manière, n’osera jamais intervenir militairement face à l’armée russe.

Lors des élections de mai, les différentes tendances pourront concourir. Le plus simple et le plus démocratique serait de laisser ces élections se tenir normalement, sous le contrôle d’observateurs internationaux, ce que Putin a soigneusement évité en Crimée. Le plus simple et le plus démocratique, mais si les sondages sont justes, ils signifient une défaite assurée pour Poutine et sa politique. Celui-ci n’en veut donc à aucun prix.  L’option retenue par Kiev d’une décentralisation mesurée, serait un compromis correct. Quelle différence avec l’idée d’une fédération, défendue par le Kremlin ? Le degré d’autonomie bien sûr, en matière culturelle et politique mais aussi économique. Hormis le blé, principale ressource de l’ouest, les richesses minières et industrielles du pays sont à l’est et les jeunes russophones qui ont fait la révolution à Kiev n’ont aucune envie de voir leurs régions d’origine tomber entre les mains de « Papa Putin » comme le surnomment aujourd’hui la majorité des Russes. S’ils ont tenu Maïdan toutes les nuits de l’hiver par un froid glacial, c’est précisément pour la raison inverse.

11/04/2014

Décentralisation jacobine : la valse ou le tango ?

La réforme du mille-feuilles administratif français est annoncé comme « LE » chantier de ce nouveau Gouvernement. C’est probablement le fruit des discussions qu’ont eues Pascal Lamy et François Hollande juste avant les municipales. Fan de Lamy dont c’est l’un des dadas, je ne peux que m’en réjouir, mais il ne faudrait surtout pas que le but se limite à faire des économies. Les enjeux sont autrement plus importants et appellent une refonte complète de la structure administrative, du bas en haut de l’échelle, des 36 000 communes françaises (1 pour  2000 habitants contre une pour 10 000 à Genève qui veut déjà en réduire le nombre!) au sommet de l’UE.

La France compte en effet une succession de couches administratives impressionnantes qui dissimulent mal une réalité bien différente : tout le pouvoir se concentre à Paris. La région Rhône-Alpes toute entière, 8 millions d’habitant et 2ème puissance économique française, avec les villes de Lyon et Grenoble, a un budget près de trois fois inférieur à celui du Canton de Genève, 17 fois moins peuplé. On est donc dans un rapport de 1 à 50. Et si l’on compare avec des régions européennes de même importance, comme la Catalogne, la Bavière ou la Lombardie, la différence saute aux yeux : c’est Paris qui tient les cordons de la bourse.

 

Au niveau communal, cela reste vrai, même si c’est moins flagrant : le budget de la ville de Genève est légèrement supérieur à celui de la ville de Lyon, pourtant cinq fois plus peuplée et quatre fois plus important que celui de Grenoble, presque aussi peuplée. C’est nettement plus que l’écart de niveau de vie et même de prix… Qui paie commande. Il est donc extrêmement clair que le pouvoir jacobin ne cède rien ou pas grand-chose aux échelons locaux, bien que ceux-ci soient particulièrement nombreux et enchevêtrés. Diviser pour régner en quelque sorte.

Valse ou Tango ?

La réforme, c'est bien, mais à condition qu'elle serve à la simplification, sans être un retour en arrière jacobin en matière de décentralisation. Or la tentation est grande.  Réduire les coûts du mille-feuille des collectivités territoriales est une bonne idée, mais pas en se contentant d’en réduire le nombre. Il faut aussi leur donner plus de pouvoir et donc aussi plus de budget. Pour responsabiliser davantage les élus locaux, permettre au dynamisme régional – et à la concurrence - de jouer son rôle et surtout rapprocher les procédures de décision des gens, partout où c’est possible. C’est le pendant obligé de la mondialisation et de la construction européenne.

 De même, il ne faut surtout pas s’arrêter à une vision technocratique et mécanique des choses (ou pire : dictée par des motifs de découpage électoral), en regroupant des régions ou des communes à l’emporte-pièce, sans tenir compte de la géographie, de l’Histoire et des cultures. Toutes ces choses ont du sens pour les gens et construire des ensembles cohérents auxquels les gens puissent s’identifier est d’une importance primordiale. 


Vu de Paris, tout cela peut sembler une hérésie ! Pourquoi se priver du pouvoir et des cordons de la bourse, et privilégier les particularismes régionaux, au risque de faire vaciller l’unité nationale ? Tout simplement parce que c’est ce dont les gens ont besoin pour se sentir bien, respectés et entendus de responsables politiques qu’ils puissent ressentir comme les leurs et sur lesquels ils peuvent peser. Parce que c’est aussi plus performant, même si pas toujours plus efficaces et même parfois carrément plus lent. Seulement, les décisions qui sont prises de près sont souvent mieux adaptées localement.
Après il est clair que certaines décisions, dans certains domaines, doivent se prendre à l’échelon supérieur, de plus en plus européen et mondial que national d’ailleurs. Mais elles sont au fond assez peu nombreuses, même si elles sont vitales pour notre sécurité globale.