04/09/2015

Un tissu d'âneries

 

Un tissu d'âneries. Comment qualifier autrement le denier communiqué du MCG ?
La plus spectaculaire, c’est sans doute que, selon le MCG, la France voisine n’a pas besoin de rétrocession fiscale pour payer ses routes, ses fonctionnaires et ses écoles, puisque les frontaliers y dépensent leurs revenus ! Selon ce principe, on peut donc supprimer les impôts un peu partout dans le monde, et à Genève en particulier. Les revenus des travailleurs dépensés dans l’économie genevoise devraient suffire à payer les salaires des flics et fonctionnaires du MCG par l’opération du Saint-Esprit. Précisons que dans bien des communes voisines, les frontaliers sont majoritaires et très souvent suisses...  

 

Mais au rayon des âneries, ça pousse fort derrière, pour une place sur le podium…
Ainsi, sous prétexte qu’un avocat conseil du MCG (Patrick Dimier si l’on en croit les déclarations du Président Golay lui-même) dit un truc, cela devrait être vrai ? Il n’arrive jamais aux avocats de se planter et de perdre un procès ? Aux conseils du MCG notamment ?

 

Se planter par exemple en prétendant que la Confédération n’est en rien concernée alors que c’est sa signature qui figure au pied du document et que c’est elle seule qui a compétence, par délégation de Genève depuis 1815, pour toutes les affaires internationales ? Sans compter que, comme nous le verrons, la Confédération risquerait d’y perdre directement plusieurs centaines de millions par an de rentrées fiscales en provenance de Genève, sans préjuger des retombées économiques et diplomatiques catastrophiques à prévoir…

 

Ou en prétendant qu’en dénonçant la convention de 1973, c’est la convention de 1966 qui s’applique automatiquement. Plutôt que celles de 1910, de 1935 ou de 1983 ??? Alors même que la convention de 1966 ne figure même pas dans la liste officielle des traités internationaux et accords transfrontaliers du Canton de Genève ?

 

Ou en supposant que si la Suisse dénonçait la convention en vigueur, la France ne serait pas en mesure de faire de même en dénonçant les conventions antérieures ou postérieures ?

 

Si d’aventure Genève dénonçait la convention de 1973, elle devrait évidemment tenir compte des conventions internationales qui reconnaissent qu’un travailleur coûte sur son lieu de travail comme sur son lieu de résidence. Conventions qui prônent le partage des coûts, en conseillant aux Etats de s’arranger entre eux. Le Luxembourg, cité en exemple par le MCG est avec Genève l’exception qui confirme la règle appliquée habituellement par la France, à savoir l’imposition au lieu de domicile. La prospérité de Genève comme du Luxembourg n’étant pas faite pour convaincre Paris de changer d’avis, car alors, ce serait tout son système de prélèvements sociaux qui serait à revoir. 

 

Qu’on le veuille ou non, c’est une partie à trois et même à quatre,  entre Genève, Paris, Berne et les départements et communes voisines. L’étude récemment rendue par Xavier Auberson et l’Uni de Genève aux cantons de Neuchâtel et du Jura recommande d’ailleurs aux-dits cantons de ne pas chercher à changer leur système actuel, car ils y perdraient, tandis que la Confédération serait gagnante. Pour autant que la France accepte d’en discuter, ce qui est loin d’être évident… En effet, dans le système en vigueur pour les cantons de VD, JU et NE, c’est la France qui encaisse, administre et reverse 4,5 % de la masse salariale aux cantons et communes concernées, sans passer par Berne, qui ne touche rien. Tandis que si les Cantons prélevaient, sur le mode Genevois, ça coûterait en frais administratifs et il faudrait rétrocéder à Berne. Dans le cas de Genève, c’est ainsi bien plus de 100 millions par année d’impôt « frontalier » qui partent à Berne au titre de l’IFD, en plus du surcoût induit sur la péréquation intercantonale par la présence des frontaliers, bien plus de 100 millions là-encore.

 

Genève actuellement encaisse environ 800 millions d’impôts frontaliers et en reverse en gros un quart à Berne (IFD + surcoût de péréquation intercantonale) et un quart aux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, ce dernier quart représentant 3,5% de la masse salariale frontalière. Le canton en garde en gros la moitié, soit environ 7% de la masse salariale brute. Si le canton adoptait le système des autres cantons romands, il n’en percevrait plus que 4,5%. Même sans avoir à gérer les coûts administratifs de la perception et du contrôle, ce serait une perte sèche.  Pire encore pour Berne... Et pour les communes frontalières, car Paris n’augmenterait pas leurs dotations et verserait la mane dans son budget global.
Il n’est pas dans l’intérêt de Genève d’avoir des communes pauvres à ses portes, ni d’y voir s’y développer un sentiment anti-suisse, qui pousseraient les Suisses à rentrer – y perdant bonne part de leurs investissements immobiliers au passage – et augmentant considérablement la pression sur les loyers genevois. A long terme, c’est un magnifique autogoal pour tout le monde, sauf pour Paris. De vrais champions du monde au MCG !

 

 A noter que les fonctionnaires suisses de nationalité suisse, mais résidents en France, un flic genevois membre du MCG et résidant à Saint-Julien par exemple, resteraient imposés en Suisse, en vertu d’accords internationaux, même si les employés du privé passaient eux sous le régime français… Ainsi donc, ils seraient à l’abri de tout changement. Une inégalité de traitement que s’est bien gardé de mettre en exergue le MCG…

02/09/2015

Impôt frontalier: il y en a qui osent tout, c'est à ça qu'on les reconnait...

Supprimer la rétrocession fiscale à la France, voilà la dernière lubie d'un MCG en perte de vitesse, qui du coup explose toutes les limites du grotesque ! Robert Ducret, au secours ! L'accord conclu avec vos homologues français est depuis bientôt 40 ans l'une des clefs de la prospérité genevoise ! Le remettre en cause serait le plus mauvais tour qu'on pourrait jouer à Genève et aux Genevois !
Les ténors du MCG et leurs piteux avocats n'ont pas compris que la convention qu'ils se proposent de dénoncer est un accord entre deux Etats. Que le cas Genevois y fait figure d'exception, au net profit de Genève et que Paris adorerait remanier le tout !
Cela entrainerait des complications et des surcoûts pour les 200 000 Suisse résidents officiellement en France (sans parler des 30 000 qui n'y sont officiellement qu'en résidence secondaire). Ce serait aussi la chasse ouverte aux riches Français en Suisse, dont la présence fait plutôt du bien à notre économie. Mais pour les frontaliers, comme pour Genève, ce serait une catastrophe absolue.
Si Berne acceptait de dénoncer les conventions fiscales qui nous lient à Paris, Paris sauterait sur l'occasion et
imposerait les frontaliers plein pot sur son sol, comme elle en aurait dès lors le droit. Parce qu'en l'absence de "convention de non double imposition", chacun fait ce qu'il lui plait, ce qui amène précisément à la double imposition: vous payez l'impôt complet des deux côtés.
Il n'existe absolument aucune règle internationale contraignante en la matière, mais seulement des recommandations de l'OCDE qui n'ont aucune valeur légale, contrairement à ce que prétend le fan N°1 de Betty Bossy... De plus, en Suisse et à Genève en particulier, l'habitus est plutôt d'imposer au lieu de domicile, comme le veut la tradition dans la majeure partie du monde...
Dès lors, soit : 
Cas N°1) Genève maintient son imposition unilatérale et la France fait de même... On peut alors s'attendre à ce que des dizaines de milliers d'emplois se retrouvent vacants dans le Canton (pendant que la demande en logement exploserait tous les records) et ce sont évidemment les plus mobiles, les plus demandés qui partiraient les premiers, entraînant à tout coup la délocalisation d'entreprises nombreuses qui sont ici parce que les conditions cadres sont attrayantes. Si elles deviennent exécrables, les entrepreneurs s'en iront et les emplois avec. Il ne restera aux fans de Betty Bossy que leurs yeux pour pleurer, eux qui prétendent oeuvrer pour lutter contre le Franc fort ! En écrasant la mouche avec deux tonnes de granit...
Cas N°2) Pour ne pas empirer les choses (et les relations avec nos voisins), Genève renonce à imposer de son côté et se contente d'une rétrocession, comme c'est le cas des autres cantons employant des frontaliers, comme Vaud et le Tessin. On aura perdu au bas mot 500 millions par an...

Sans oublier que le but d'un système démocratique est d'abord d'assurer la stabilité. Là le MCG s'amuse à créer de l'instabilité. Rappelons que sur les 200 000 suisses dûment enregistrés en France, plus de 80 000 résident tout à fait officiellement dans l'Ain et la Haute-Savoie. La plupart propriétaires de leur logement, dont la valeur pourrait être divisée par 2 ou 3 si le MCG réussissait son coup. Envisager de ruiner quelques dizaines de milliers de Suisse et toute l'économie du canton pour faire un coup politique il fallait oser ! Le MCG l'a fait !!!
J'ai peine à croire qu'il puisse exister des dirigeants politiques aussi crétins. Je crois qu'en réalité, ils prient tous les matins pour que leur initiative n'aboutisse pas, ou mieux soit refusée par Berne, ce qui leur permettrait de crier au déni de démocratie. Ces gens sont des dangers publics.
En fait, pour que la démocratie fonctionne réellement, on devrait pouvoir faire un procès à la bêtise humaine...

15/08/2015

Jacques a dit des bêtises

Cher Jacques, permets-moi de te tutoyer pour l’occasion. Cela fait plus de trente ans qu’on se connait, depuis le « Tel Quel » de la TSR que tu avais consacré aux rébellions de la jeunesse qui, au début des années 80, voulait faire bouger Lausanne, raser les Alpes pour voire la Mer et squatter la Rote Fabrik. Ce qui était tout de même moins radical que de partir faire le djihad. Alors jeune journaliste à la Tribune de Genève, tu m’avais mandaté pour t’éclairer sur ce milieu que je connaissais bien.
Depuis, nos routes se sont recroisées parfois et j’ai très souvent apprécié tes engagements, à commencer par ton credo européen, déclamé dans ton Hebdo. La dernière fois qu’on s’est vu, c’est à la soirée d’adieu de Mme l’Ambassadeur de Colombie à Berne, personnage hors du commun que je t’avais fait rencontrer. Tu y étais flanqué d’un magnifique trophée russe qui fut remarqué de tous et toutes. A qui, forcément, j'attribue l'étonnant paradoxe. Excuse le pléonasme, mais c’est décoiffant : comment toi, européen et démocrate convaincu, homme de respect des libertés et pourfendeur des tyrans, peux-tu relativiser le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sous prétexte qu'ils ont des liens historiques avec Moscou ? Transpose ça avec l'Algérie des années 60, pour voir, ou même le Sénégal, dont les liens avec la France étaient deux fois plus anciens que ceux existant entre la "Novo Rossia" et Moscou ? 
Comment peux-tu justifier la politique du chef des fachos de la planète, le roi des oligarques et le protecteur des corrompus? L’assassin de plusieurs centaines de journalistes, le Spectre qui tout en se prenant pour James Bond, mine méthodiquement toutes les institutions internationales ayant permis de mettre fin à la guerre froide ? Le Dr Folamour du Kremlin et surtout, le pire peut-être, le siloviki parvenu à faire que dans son propre pays, si l’on n'est pas en cheville avec les services secrets, on est sans défense, on n’est rien ???
Excuse-moi de te le dire, Jacques, mais tu te goures. Il ne s’agit pas d’un conflit entre deux pays, encore moins entre deux peuples (ou plusieurs)… Non c’est un conflit purement politique, idéologique, entre les tenants d’une social démocratie libérale (dont Obama, un peu malgré lui, se retrouve de fait le shérif), qui pensent qu’on peut améliorer le monde par la liberté et la transparence au prix de la mise en place de règles mondiales communes - notamment fiscales - et les dictateurs milliardaires de tous poils qui pour survivre, ont besoin d’un monde dans lequel ils puissent se réfugier en secret derrière des barrières nationales tout en faisant fructifier leur pognon sur la planète entière. Des dictateurs milliardaires dont Poutine a su devenir le capo mafioso, en s’appuyant sur le discret parrain des triades chinoises.
Tu te trompes aussi quand tu dénonces la participation suisse à l’agence de communication russophone que veulent mettre en place les Européens. Oui, ce sera une officine de propagande ou plutôt de contre-propagande. Mais c’est devenu nécessaire et d’ailleurs loin d’être gagné, parce que le capo mafioso a su cadenasser l’omerta. Le Kremlin dépense des millions dans une guerre des médias qu’il mène avec une énorme habileté et qu’il a pour l’heure en bonne partie remportée. A chaque grand média occidental (y compris nos journaux romands) est assigné sa poignée de trolls qui commentent les articles et les blogs. En partie basés en Russie, en partie recrutés dans les partis d’extrême-droite et agrémentés de quelques illuminés volontaires auto-proclamé(e)s, charmé(e)s par le torse poil du dompteur de tigres. En Russie (et dans les terres conquises sur les pays voisins) les émissions de télé non russes sont brouillées. Les médias sont contrôlés très étroitement. L’anonymat sur le net a été rendu illégal, celui-là mène dont ses trolls usent et abusent en occident.
En Russie, il n’y a tout simplement plus d’autre information que celle du régime, honteusement – mais souvent très habilement - mensongère et l’on se rapproche peu à peu des pires temps du stalinisme.
Pendant ce temps-là, le Kremlin agite ses marionnettes et sa propagande librement, en Suisse aussi. On ne va pas restreindre les libertés d’expression en Suisse et en Occident. Ce serait bien la dernière des choses à faire. Mais par contre on peut faire en sorte d’essayer d’en redonner un tout petit peu aux Russes, qui ne méritent pas ce qui leur arrive. Pense à eux, Jacques, aux Russes qui ne sont pas d’accord avec Poutine et qui la plupart du temps, n’osent même plus le dire dans leur propre famille. On en est là.

07/08/2015

Cuba Si

 La semaine prochaine, Didier Burkhalter sera à La Havane, pour fêter la reprise des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis. Un voyage un peu magique. Si vous en avez l’opportunité, dans les mois qui viennent, ne la ratez pas, car si les Tropiques sont devenues communes, on n’a pas si souvent la possibilité de voyager dans le temps.
Or c’est exactement de cela qu’il s’agit. Une impression, typique des pays de l’Est d’avant la chute du mur, que le temps s’est arrêté et que l’on vit encore «  comme avant »- Quand on avait le temps.  Et qu’on en perdait beaucoup pour un tas de choses aujourd’hui considérablement simplifiées. Un vrai voyage, pour le pire et le meilleur, donc.  
Un bon tiers du transport de biens et de personnes, dans toute l’ile, est assuré par des américaines – voitures et camionnettes – nées avant 1958. C’est extrêmement plaisant esthétiquement, mais assez moyen en termes de pollution. A l’exemple de ce camion de bananes qui tout au long de sa route déverse un nuage de noir derrière lequel pourrait se dissimuler un cuirassier sur le sentier de la guerre… Au final, chacune de ces monuments roulants pollue autant qu’une trentaine de nos autos modernes. Ce qui évidemment se ressent, physiquement. Un nuage de smog couvre l’île, que les alizés ont bien du mal à chasser, dans les zones urbaines. Centrales thermiques et raffineries de pétrole n’hésitent pas non plus à expulser, 24h sur 24, des nuages de fumée noire que l’on ne voit plus en Europe depuis fort longtemps.

 

Un autre tiers de ces mêmes transports est assuré par des charrettes à cheval, ou plus rarement à bœufs. C’est très pittoresque, y compris la seule pollution résiduelle étalée sur la chaussée, qui dispute le goudron aux crabes écrasés sur certains axes. On reste là dans le biodégradable, comme ce qui flotte parfois dans les « boca ». Fréquentées par les cubains, ces plages sont installés au débouché de rios qui charrient dans la mer les eaux des mangroves et… les eaux usées des villes ou des villages, rarement traitées… Le paysage sous-marin s’en ressent. Autant, dans les nombreuses réserves naturelles, on a l’impression de plonger dans un aquarium multicolore et foisonnant, autant l’eau des plages proches des  villes cubaines semble un bouillon de culture opaque et peu engageant. Exactement comme en Haïti et dans les capitales des pays les plus pauvres de la planète. C’est un problème de moyens économiques bien plus que de système politique, n’en déplaise aux déclarations écologistes des soutiens du régime… Vérification faite, les fonds marins en ces endroits sont davantage peuplés de canettes et de bouteilles cassées que de poiscaille frétillante. Parce que oui, comme ailleurs dans la Caraïbe - l’amitié soviétique n’ayant rien arrangé – Bien des Cubains adorent passer leurs week-end à picoler sur les plages, de l’eau jusqu’à la poitrine, une bouteille de rhum à la main…

 

Un autre problème dominant résulte de ces transports d’un autre âge: entre les pannes à répétition et la « vitesse commerciale » extrêmement moyenne des transports publics, il faut souvent attendre une heure, voire deux... En plein soleil ou sous un petit parasol en tôle ondulée qui pourrait faire office de poële à frire. Ce qui, de déplaisant mais pittoresque quand on est touriste, peut devenir franchement casse-pieds pour les « criollios » dont c’est le lot quotidien. De fait, les habitants vivent ces désagréments avec un agacement certain, mais ils en rejettent la faute sur « l’embargo injuste » et s’empressent d’ajouter qu’en revanche leurs systèmes d’éducation et de santé sont les meilleurs du monde. Ce qui dans un cas comme dans les autres, comporte un fonds de vérité et pas mal de broderies idéologiques.

 

Communisme oblige, la misère criante n’existe pas à Cuba, même si les fringues des enfants semblent parfois dater des années cinquante et avoir été portées – et reprisées - par bien des générations successives. Le problème, c’est que la concurrence n’existe pas non plus. Les restaurants d’Etat sont souvent installés dans d’anciens palais coloniaux admirablement retapés, les plus anciens centre villes, contemporains de la bataille de Marignan, fêtant leurs cinq cent ans… Seuls les touristes peuvent s’y sustenter, les prix y restant hors de portée des locaux. On pourrait s’attendre à y voir servir autre chose qu'une nourriture allant de l’à peine correct au carrément immonde. Je n’avais plus aussi mal mangé depuis la Pologne d’avant Solidarnosc, à la fin des années septante. En gros, tout est utilisé – sans prévenir - dans les bestioles qu’on vous sert à table, mais vraiment tout. Au prétexte que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, TOUT vous est servi découpé plus ou moins menu. Plutôt moins, et pas toujours très frais.

 

Chez l’habitant, dans les « casas particulares », formule recommandée pour découvrir l’île au plus près, la qualité est deux ou trois crans au-dessus, même s’il est encore difficile de parler de gastronomie. Le choix est systématiquement le même, du plus cher au moins cher : langouste (entière et délicieuse), crevettes, poisson, émincé de poulet ou tranches de porc. Accompagné de plantains, de riz blanc ou noir (délicieux) et précédé d’une salade et d’une soupe au chili. C’est toujours copieux et parfois très bon, mais jamais inventif. C’est mal vu de se différencier et c’est même interdit. Cet excellent restau local, mais clandestin, à 127 kilomètres de la Havane (1) n’est annoncé que par un chiffon blanc en haut d’un mât discret, au bord de l’autoroute. Aucun écriteau, rien. Juste le bouche à oreilles. De là, quittant « l’autoroute » par un sentier en terre on fait quelques dizaines de mètres dans la forêt pour tomber sur une file d’attente, bien qu’il soit 4 heures de l’après-midi. Prenant la queue comme tout le monde, on dégustera une vieja ropa à tomber. Littéralement « vieilles fringues », ou mieux, guenilles, en fait un effilé de bœuf ou de porc en sauce relevée. Le tout pour deux francs par personne, boisson comprise.  

 

La société cubaine n’est pas agressive. L’encadrement social ne le permet pas et les déviants sont vite mis hors circuit. Par contre, en tant que touriste, vous êtes, pour bien des cubains, un bœuf à traire. Oui, je sais, on ne trait pas les bœufs. Mais à Cuba, si, quand ils sont touristes. Quelque soit l’activité entamée, quel que soit le prix annoncé, voire négocié au départ, il y a trois chances sur quatre que vous payiez davantage à la sortie. Parce qu’on va vous proposer en cours de route une option (ou plusieurs) tellement gentiment, que vous aurez l’impression d’être un gougnafier, ou de rater quelque chose d’essentiel, si vous refusez… C’est souvent un système extrêmement bien rôdé qui s’infiltre dans toutes les mailles du système. Comme quoi l’esprit de lucre n’est clairement pas une création du capitalisme…

 

Mais alors, pourquoi aller à Cuba ? D’abord, mea culpa, c’est beaucoup plus facile d’être drôle en piquant qu’en tressant des couronnes. Mais en plus du voyage dans le temps, qui reste une occasion à ne pas rater – Perso, ayant pas mal voyagé dans les Caraïbes et les pays de l’Est dans les années 70-80, je me suis senti rajeunir d’une quarantaine d’années -  les paysages naturels et l’architecture des centres urbains sont magnifiques, la faune exceptionnelle, les couleurs resplendissantes et les gens, en dehors du fait que vous êtes un coffre-fort ambulant, extrêmement gentils et accueillants. Bref, c’est un pays attachant, dont vous reviendrez avec des souvenirs disparus partout ailleurs.

 (1) la distance est fausse, bien sûr. Pas la peine de leur attirer des ennuis.

18/06/2015

L’AIMANT du CEVA: Des motrices frontalières

C’est bien davantage le symbole de l’absurdité des frontières, qu’un véritable échec. Car le Réseau Express Régional va fonctionner. D’un côté comme de l’autre, on accepte de dépenser des centaines de millions pour sortir chaque jour des milliers de voitures des embouteillages. C’est ça  l’important, plus que de savoir si les trains seront fabriqués en Thurgovie ou à Belfort. Dans l’Est, de toute façon…

 

Il était parfaitement prévisible que la Région Rhône Alpes choisisse un fabricant de trains français (enfin étasunien, mais fabricant en France) après que les CFF aient choisi un fabricant suisse de manière unilatérale, plusieurs mois à l’avance, en coupant court aux concertations en cours. Non par mesure de rétorsion, mais parce que financièrement, le brutal renchérissement du Franc de cet hiver rendait le choix suisse irréaliste.

Bien sûr, ça va compliquer un peu l'exploitation, les rames n'étant pas interchangeables. Et puis en matière de formation, d'entretien, on s’attend en Suisse à un  surcoût de l'ordre de 5% à 10%. Certainement moins, affirme Jean-Jack Queyranne, le patron socialiste de la région Rhône-Alpes, qui note que l’entretien des rames françaises pourra se faire à Annemasse, au tarif horaire français. Par ailleurs, les rôles ne sont pas distribués de la même manière. En Suisse, les CFF achètent le matériel et l'exploitent, tandis qu'en France, la Région achète le matériel puis le confie  à la SNCF, qui l'exploite. Les intérêts ne sont pas les mêmes.

Vu de Lyon, le choix unilatéral des CFF pouvait avoir l’air d’une tentative de passer en force, d’autant que Peter Spuhler, le patron de StadlerRail, Conseiller National UDC, jouit d’un poids politique évident. Mais l’on a bien voulu n’y voir qu’une simple volonté de rationalisation: les CFF avaient besoin de rames rapidement, pour moderniser la ligne de Bellegarde, qui est déjà en service. Or chacun sait qu'en achetant groupé, on obtient de meilleurs prix et la perspective de n’avoir qu’un seule type de trains RER pouvait paraitre alléchante aux CFF.
La Région Rhone-Alpes a d’ailleurs mis ces préceptes en pratique en se greffant sur l'appel d'offres des régions françaises, qui acquièrent d'un coup 1000 rames de transport régional. Un marché considérable, qui tire sérieusement les prix vers le bas, dont les CFF avaient d'ailleurs un temps envisagé de profiter, en le rejoignant, avant de se retirer pour se fixer sur Stadler.

Le deuxième couac, imparable, fut l'abandon du taux plancher par la BNS, qui fit grimper brutalement l'addition de près de 20% pour la région Rhône-Alpes, les rames Stadler étant évidemment vendues en Francs suisses. Rhône-Alpes a alors demandé une garantie sur le taux de change, mais le fabricant suisse a répondu de manière très évasive. Et pour cause, Stadler est déjà très mal pris par une énorme commande en Russie, annulée alors que certaines rames étaient déjà fabriquées, suite à l'effet conjugué de la hausse du Franc et de la chute du Rouble. Ce qui au passage démontre très clairement les inconvénients du Franc fort pour l'industrie helvétique, n’en déplaise à... l’UDC.

Annemasse y gagne, au passage, un centre d'entretien flambant neuf qui assurera la maintenance des rames Alstom, sur le site de sa gare de triage, en plein coeur du dispositif, comme l’est déjà le centre des CFF de Cornavin. Pour acquérir ces rames, qui vont rouler jusqu’à Thonon, Annecy, Bellegarde et Saint-Gervais, Rhône Alpes met plus de 220 millions d'euros sur la table, ce qui représente 10% de son budget annuel. C'est considérable et c'est le signe que veulent retenir les élus français.

Alors certes on a raté le coche, comme on aurait pu choisir un nom plus amusant. Je pense à L’AIMANT…  qui rapproche les habitants du bassin lémanique de part et d’autre de la frontière : L’Axe International de Mobilité Améliorée par Navettes Transfrontalières… J

 

  

04/06/2015

Quand le patron du Club suisse de la presse dérape

Je sors de ma réserve, parce que les bras m'en tombent. Lire de pareilles inepties sous la plume du responsable du Club suisse de la Presse, hébergé par les services dédiés à la Genève internationale, c'est pour le moins problématique. je fais bien sûr allusion au papier de Guy Mettan nous vendant la superbe liberté de la presse au pays merveilleux de Poutine...

Franchement, Guy, vous rigolez en parlant de libre accès à la presse occidentale ? 

Au Donbass, les chaînes ukrainiennes sont simplement brouillées. Impossible de les capter. CNN a eu les pires ennuis et a du quitter le câble russe , pour y revenir à la seule condition d'inclure 75% de contenus russes dans ses programmes. Comme par ailleurs, les sociétés étrangères (y compris productrices de programme) et les ONG ont désormais l'obligation d'être majoritairement en mains russes, et qu'aucun russe n'ose plus s'opposer frontalement au pouvoir à moins d'être kamikaze (il y perdrait ses biens, voire son passeport - c'est dans la loi - et possiblement bien pire encore), c'est vite vu: TOUS les principaux médias russes, internet, radio, tv et presse écrite sont désormais entre les mains du pouvoir ou des proches de Poutine. TOUS. Et comme en Russie, ben les gens parlent russe et que seuls des jeunes et des intellectuels parlent une langue étrangère, c'est juste écrit "dommage" pour l'info occidentale... C'est ballot hein ? 

Certes, pour quelques temps encore, les journalistes étrangers ont le droit de se déplacer en Russie et même en Tchétchénie - où à priori, la situation est calme, rien à voir avec l'Afghanistan, tous les opposants ayant été éradiqués manu militari à la décennie précédente - mais cela n'a aucune importance puisque leurs sujets et reportages n'ont AUCUNE chance d'être vus par les masses russes. Au point qu'on peut se demander si la liberté (toute relative néanmoins) des correspondants occidentaux ne sert pas le pouvoir en accentuant encore la division entre la Russie et le monde occidental, qui est le but ultime de Poutine, dans sa stratégie pour conserver son pouvoir personnel et les milliards de dollars qu'il a volés à son propre pays. 

Poutine va très loin dans la restriction des libertés d'information: évoquer les pertes militaires en temps de paix en Russie (le fameux rapport que Nemtsov a payé de sa vie et que douze imprimeurs ont refusé de publier) est désormais un crime de haute trahison... Droit direct au bagne, ou assassiné sur un trottoir devant le Kremlin, ça calme !

Au fait combien de journalistes en activité ont-ils été tués en Europe ou aux Etats-Unis depuis quinze ans ? Parce que depuis l'arrivée de Poutine au pouvoir en 2000, on déplore le meurtre ou la disparition de plus de 200 journalistes généralement de l'opposition. Sans compter les morts par accident du fait d'un siloviki ivre qui passait là par hasard et ceux qui ont perdu leur job sans espoir d'en retrouver. Comme celui qui avait osé évoquer les amourettes illégitimes et néanmoins fécondes du bien aimé Petit Père des Peuples...

Qu'est-ce qui vous autorise, Guy, à affirmer que les journalistes dénonçant l'attitude du Kremlin sont stipendiés par des fondations conservatrices proches des lobbies militaires américains ? Vous déconnez grave, là, d'autant que les milieux américains les plus conservateurs sont désormais plutôt admirateurs de Poutine que l'inverse. Vous êtes en bonne compagnie avec les fachos, cher Guy, faut vous faire une raison. Mais ce degré de mauvaise foi, chez le responsable du Club Suisse de la Presse, c'est je dois dire décoiffant.

Perso, il m'est arrivé de travailler pour la com gouvernementale d'un pays étranger, à savoir la Colombie en lutte contre les FARC dont le centre de propagande pour l'Europe et le monde était benoitement établi à Lausanne. Mais je l'ai fait publiquement et officiellement et à aucun moment je n'ai publié d'information ou d'opinion que je n'avais pas vérifié et avec lesquelles j'aurais pu ne pas être d'accord, ou à l'évidence grossièrement mensongère. Par ailleurs, je ne représentais que moi-même et n'avait aucune fonction de direction dans des institutions quasi officielles. Mais moi, j'ai des principes et de l'honneur. 

29/04/2015

Grobet sénile ou Grobet habile ?

Les amateurs de politique genevoise savent que Pagani est l’héritier de Grobet. Ce dernier lui a mis le pied à l’étrier et l’a longtemps conseillé. Jusqu’à tout récemment même… Dès lors, quand Grobet s’affiche aux côtés du candidat MCG à la Mairie de Carouge, on est en droit de se demander s’il s’agit de sénilité, ou plutôt d’habileté ?

Grobet jouit encore d’un prestige monnayable aux yeux d’un électorat d’âge mûr. Sans doute pas de quoi faire pencher à coup sûr la balance en faveur du candidat d’extrême-droite, mais de quoi essayer… Ce ne serait pas la première fois que les extrêmes se trouveraient des terrains d’entente, emportés par leur détestation commune du « système », de l’Europe et, dans le cas de Grobet, des frontaliers.  On va zapper Godwin pour se contenter de rappeler Déat, Doriot et Laval, communistes et socialistes dévoyés au service d’un Pétain vieillissant, déjà !

Le deal si c’en est un, et cela en a la couleur l’odeur et l’aspect, c’est « je soutiens votre candidat à  Carouge, vous soutenez le mien en Ville de Genève… » Du même genre que ce que le PLR a refusé au Lancy : « si vous soutenez Golay, on ne présente pas de candidat en ville de Genève, ce qui ouvre un boulevard au vôtre... » 
Je pense même qu’il aurait fallu aller au-delà du simple refus et appeler à voter pour le PDC Lorenzini aux côtés de la gauche, pour faire barrage aux délires haineux du MCG. D'ailleurs, électoralement, le centre élargi est le plus fort, le seul majoritaire, comme on l’a vu à Vernier, où ses candidats sont passés au 1er tour et à Onex, où ils ont bien failli passer.
Cela n’a rien de « contre-nature », quoiqu’en couine le MCG. Ce n’est ni plus ni moins que ce fameux consensus helvétique qui quoiqu’on en dise, gouverne depuis quelques décennies, assurant à un petit pays sans ressources une prospérité inégalée dans le monde. Un centre élargi qui partage des valeurs communes, républicaines, d’ouverture sur le monde et de libéralisme contrôlé. Les dosages différent, certes, mais c’est bien là le but de la politique : affiner les réglages.

Du point de vue de Pagani, un tel apport de voix serait fort bienvenu, car tout le monde sait qu’une partie non négligeable de la gauche et des verts, contre l’avis des appareils, va biffer le candidat d’extrême-gauche, qui n’en fait qu’à sa tête. Des voix de centre-gauche vont même certainement se reporter sur un candidat PLR responsable, au même titre que sur le PDC. On ne va même pas lui poser la question, tellement c’est sûr que Pagani nie… Reste qu’on verra le résultat dans les urnes, au soir du deuxième tour. Combien de bulletins de la Nouvelle Farce en Ville de Genève comporteront les noms des candidats de l’UDMCG  et de Pagani, acoquinés pour l’occasion ?

Evidemment, à la gauche de la gauche, on refuse officiellement d'envisager l'éventualité d'un deal inavouable et l'on met tout cela sur le compte de la sénilité. Ce qui n'est pas invraisemblable... Ce ne serait qu’un exemple de plus de méthodes assez glauques. Après le recrutement d’un Philippe Joye franchement plus au mieux de sa forme, les tentatives d’Eric Stauffer, très très assidu auprès de Pierre Weiss, aux HUG, au moment de son opération du cerveau avaient fait jaser. Mon ami Pierre, dont c’est l’inhumation aujourd’hui, resté lucide, ne s’était heureusement pas laissé berner.

07/11/2014

Pas de régionalisme sans gouvernance globale

D’Alsace au Xinjiang, du Donbass au Kurdistan, le désir d’autonomie territoriale poursuit des buts honorables. Défendre sa langue, ses coutumes et ses ressources, refuser le joug étranger, c’est légitime et moral. Mais à condition de ne jamais oublier que nous sommes tous des êtres humains, que personne ne peut vivre en autarcie et qu’un minimum de solidarité comme de règles communes sont nécessaires.

Les dérapages conduisent à l’hystérie nationaliste, au pillage colonialiste des ressources et à la guerre. La haine surgit aussi vite à l’échelle locale que nationale. Nous en avons l’exemple à Genève entre « résidents genevois » et « frontaliers » qui habitent pourtant la même ville, dans laquelle passe une frontière. Banlieusards contre habitants du centre-ville, c’est devenu la principale ligne de faille de la politique locale !

La suite de ce post sur la très sérieuse "Revue d'Econonomie Régionale et Urbaine"

 

 

16/10/2014

Prise d’otages au bac à sable : une impunité coupable

En résumé :

En refusant de rejoindre sa place puis de quitter la salle du Grand Conseil pour permettre un vote, en s’y opposant physiquement, Eric Stauffer a pris le parlement en otage. Il a tenté d’empêcher l'entrée en vigueur d’une loi qu’il savait majoritaire mais qui le desservait lui personnellement. Elle risque en effet de lui coûter son job de conseiller administratif d’Onex aux prochaines élections. Il n’y est en effet pas majoritaire et ne risque pas de le devenir, au vu d’un bilan des plus maigres : rien des choses merveilleuses qu’il avait promis n’est arrivé. Parce qu'il a promis des choses irréalistes, comme d'hab et qu'en plus il était seul pour essayer de les mettre en oeuvre. En Suisse, on ne gouverne pas seul.

Justement, la loi qu’il voulait empêcher de passer permet aux partis de s’unir entre le 1er et le 2ème tour pour former des majorités susceptibles de gouverner. C’est l’essence même de la politique, dans tous les parlements du monde. Problème, il n’y a pas grand monde qui ait envie de s’unir avec les fauteurs de désordre du MCG, qui n’ont pour programme que de réduire les impôts tout en augmentant les prestations, ce qui est impossible à tenir.

Constituer des majorités pour gouverner, par-delà les divergences, sur la base de ce qui vous unit, c’est la base même de la démocratie. Tandis que l’inverse de la démocratie, jadis on appelait cela le fascisme, c’est imposer par la force les décisions d’une minorité. Ce qu’a tenté de faire Stauffer, qui avait déjà perdu le vote.

Le MCG qui se prétend ni de gauche ni de droite, mais qui est bel et bien d’extrême-droite, hurle à l’attentat lorsque la gauche et la droite démocratique, précisément, s’entendent pour faire avancer les choses, moderniser le canton et résoudre les crises.

Une partie de l’extrême-gauche partage au moins une chose avec le MCG, c’est l’envie qu’elle a de voir la situation empirer puisque, comme le MCG, elle rassemble les mécontents. Plus il y en a, mieux elle se porte et le blocage de la démocratie, c’est dans les gênes de certains nostalgiques de la Révolution. Après tout, qu’elle soit nationale ou communiste, c’est toujours une révolution.

L’extrême-gauche a donc voté avec l’extrême-droite – en compagnie d'Eric Stauffer lui-même, on n'est jamais mieux servi que par soi-même - au bureau du Grand Conseil pour empêcher que Stauffer et sa prise en otage du débat parlementaire ne soit sanctionnée comme elle l’aurait du. Aujourd'hui, on apprend en plus que l'extrême-gauche rejoint le MCG dans son opposition à la future loi sur la police. Même si c'est pour des raisons différentes, voire parfois opposées, ils se rejoignent sur l'essentiel: le rôle des syndicats dans la police et surtout le fait que les signatures recueillies s'additionneront. De même que les voix, dans les urnes. 

Les extrêmes réunies pour contrecarrer la mise en ordre de marche du bras régalien de l'Etat.   

 

On en est là.

02/09/2014

Traverser la rade n'améliorera pas d'un poil la circulation en ville. Contrairement à la grande traversée autoroutière...

Ce 28 septembre, les Genevois vont voter sur un projet bancal, qui ne résoudra pas grand-chose, proposé dans le désordre, ou plutôt le mauvais ordre. Le problème, c’est qu’ils sont tellement irrités, à raison, par des années d’errements en matière de politique des transports qu’ils pourraient fort bien l’accepter, ce qui coûterait fort cher pour un résultat très moyen, en envoyant la vraie solution aux calendes bernoises...

Si le projet de tunnel est accepté en votation et s'il est construit, les seuls gagnants seront les habitants des beaux quartiers de Frontenex à Hermance en passant par Cologny et Collonges-Bellerive, ainsi que leur arrière-pays français : d’Ambilly à  Thonon et Chens-sur-Léman en passant par Ville-la Grand et Saint-Cergues, ce qui au final, fait effectivement pas mal de monde, surtout côté français, et j’en fais partie. Que cela soit en taxi ou à bord de leurs propres véhicules, ceux-là vont gagner du temps lorsqu’ils devront se rendre à l’ONU, à l’aéroport, à Paléo ou à Lausanne.

 

Pour tout le reste du canton ou de la région, cela ne changera rien, car le gain de fluidité sur le Pont du Mont-Blanc et dans l’hypercentre (de Plainpalais aux Pâquis et des Eaux-Vives à Saint-Jean) sera intégralement compensé par l’augmentation des flux en provenance des dites communes franco-suisses de la Rive Gauche, dont les habitants n’éprouveront plus le besoin de faire le tour par l’autoroute de contournement. En fait, les études et la logique sont formelles, c’est à une augmentation des flots de circulation et des embouteillages que les quais et la petite ceinture devront faire face. Ce qui n’est pas le but.

La grande traversée autoroutière du lac, c’est tout autre chose, puisqu’elle détourne du centre et même de la ville en général, tout le trafic de transit. L'allègement des pressions de la circulation sur toute la ville et la petite ceinture sera sensible: il y aura dans Genève nettement moins de voitures qui n’ont rien à y faire, de l'ordre de 15 à 20%, soit dans des proportions analogues à celles que l’on constate durant les vacances scolaires. Ce qui suffit à rendre la circulation genevoise presque agréable…

Sur tout cela, les experts sont unanimes et en plus, une traversée autoroutière étant de compétence fédérale, c’est Berne qui devra en payer l’essentiel. Sans oublier la possibilité de solliciter les fonds européens Interreg, destinés à soutenir des projets utiles aux régions transfrontalières. Ce qui serait indéniablement le cas d’une telle traversée, reliée au réseau autoroutier français, partie intégrante du contournement genevois. En Suisse, on connait surtout Interreg pour des projets culturels, mais la Suisse y a accès et ailleurs en Europe, ce sont très souvent de gros ouvrages d’art qui en bénéficient, dès lors qu’ils ont un impact transfrontalier. Dans ce cas, Bruxelles met un montant égal à ce que versent les pouvoirs publics locaux, régionaux et/ou nationaux. La moitié de la somme totale, donc…

Reste à convaincre Berne, qui fait la fine bouche en estimant que la Rive gauche n’est pas assez dense pour justifier une autoroute. A ce discours, il faut opposer une réponse claire au Conseil Fédéral, comme aux Chambres fédérales. Une réponse en trois ou plutôt quatre points:

- Les communes bourgeoises de la Rive gauche sont relativement peu peuplées, certes mais derrière, il y a les communes de France voisine qui s’urbanisent très fortement et représentent, d’Annemasse à Thonon,  plus de 150 000 habitants directement concernés, dont une grande partie travaillent à Genève, y paient leurs impôts et surtout participent à l'encombrement routier. Raisonner en ne considérant que la partie suisse de l'agglomération, c'est déformer la réalité et nier la géographie.

- L’idée de conserver, au cœur de cette agglomération d'un million d'habitants, un Central Park colognote est loin d’être absurde. De toute manière, la densification de ces quartiers est en route et qu'on le veuille ou non, l'existence d'accès à une autoroute accélère l'urbanisation, partout et toujours. Mais c'est dans ce sens là que ça se passe: d'abord l'autoroute et ensuite la densification. Pourquoi Genève devrait-elle, par caprice bernois, faire les choses à l'envers ? 

- Un tour de Suisse par la route – comme je l’ai fait en août – convaincra immédiatement quiconque de ce que la densité n’est absolument pas un préalable à l’édification d’ouvrages d’art et de morceaux d’autoroute coûteux partout ailleurs dans le pays. Alors pourquoi seulement à Genève ?

- Genève trône systématiquement sur le podium des donateurs nets au budget de la Confédération, que cela soit en données brutes ou par habitant. Ce n’est pas nouveau, c’est ainsi depuis le Moyen âge, avant même l’entrée officielle dans la Confédération. Mais il existe un autre classement, qui n’est jamais établi, c’est ce que reçoivent en retours les différents cantons et agglomérations. Pas seulement au travers de la péréquation intercantonale, dont c’est précisément le but de réduire les inégalités, mais en général, en termes de contribution fédérales au développement, à la construction des routes, à l’éducation, aux frais engendrés par des infrastructures fédérales ou utiles à la Confédération, comme la Genève Internationale ou l’aéroport.  Si ce classement était établi, il est clair que Genève, par habitant, serait tout en queue de peloton, ayant pris l'habitude d'être le mouton noir qui se débrouille par elle-même. Il est plus que temps de rétablir l’équilibre, non pas en tendant la sébille à Berne, mais en exigeant d’être traités avec justice, tout simplement.

Après, si le recours à un financement privé peut accélérer les choses et faire en sorte que la Traversée soit inaugurée en 2025 ou 2030 au plus tard, pourquoi pas? Les choses doivent cependant rester claires : cela ne saurait être qu’un relais et il reviendra à la Confédération de financer sa part sur le long terme.
Un péage ? Pourquoi pas, mais à condition qu’il comporte des abonnements et soit suffisamment réduit pour n’être en aucun cas dissuasif, ce qui serait parfaitement contraire à l’objectif qui reste de réduire le trafic au centre-ville.
A noter qu’on pourrait d’ailleurs rembourser les éventuels investissements privés en instaurant un péage inversé: paieraient ceux qui n’emprunteraient pas l’ouvrage de contournement, mais au contraire, s’obstineraient à traverser au centre-ville, par les ponts du Mont-Blanc, de l’ìle ou Sous-Terre…   
La chose devrait être organisée de manière à ce que les livreurs et professionnels s’y retrouvent largement et que les pendulaires comme les habitants puissent bénéficier d’une amélioration sensible des transports publics et de la qualité de vie dans l’hypercentre. Cela revient à utiliser l'idée d'un péage urbain sur le mode londonien, chère aux écologistes. Une idée qui améliorerait vraiment les choses, mais nécessiterait un courage politique qui risque de manquer, au pays de la démocratie directe.

16/08/2014

J’ai piloté au 1er Grand Prix écolo de Suisse à Lignières ce week end

Vendredi 15 août s’est tenu à Lignières le 1er « Swiss Energy Grand Prix ». Qui pourrait être suivi de beaucoup d’autres tant la formule parait prometteuse. Certes, le bruit des moteurs à explosion manque à certains, mais le vacarme des échappements libres ayant marqué toute mon enfance, surtout les conflits de voisinage qu’il générait avec les habitants du village voisin, je ne le regretterai pas une seconde.

 

Le circuit de Lignières a en effet été créé par mon père en 1960-61, qui l’a géré jusqu’au début des années septante. Mon enfance fut rythmée par les courses de voitures, les visites de Jo Siffert ou du champion du monde de side-cars, Florian Camathias et des écuries et pilotes de toute la Suisse, dont de nombreux genevois comme Vetsch, Pouponnot ou Ramu-Caccia. Sans oublier les démêlés de mes parents avec les autorités civiles se plaignant du bruit, qui s’entendait parfois jusqu’en haut du Chasseral ou descendait jusqu’au Landeron ou à Saint-Blaise… Le pire, c’était un sport-prototype à moteur Wankel et échappement libre, pilotée par un jurassien, dont les crissements suraigus à 20 000 tours minute vous explosait les tympans.
Exit le bruit, donc avec les bolides électriques et c’est tant mieux.

Bolides électriques, oui, mais avant tout voitures de séries. Juste encore un peu expérimentales. Ce qui retourne aux sources du circuit, lorsqu’au début des années soixante, les constructeurs ne disposaient pas encore d’installations d’essais très sophistiquées. Beaucoup venaient donc peaufiner leurs essais dans les montagnes neuchâteloises : Mercédès, Simca, Abarth, Triumph et bien sûr Peugeot, qui venait en voisin. Michelin et surtout Kléber-Colombes n’étaient pas en reste, et le pneu V10GT, best-seller s’il en est, d'une technologie révolutionnaire, fut ainsi mis-au-point à Lignières.
De même, les premières caméras du monde tournant au 1/1000è de seconde, inventées par Longines, le voisin de Nods, furent développées sur le circuit pour étudier les déplacements de masse en virage et utilisées par la suite pour le chronométrage.  On les appelait les « Chronotypogines ». Un nom délicieusement suranné, qui fleure bon la SF des années 50-60, comme le nom du circuit d’alors, « l’Institut International de Psychodynamie ».
L’étude des déplacements de masse était en effet la marotte de mon père et l’optimisation de la tenue de route son idée fixe. Il la jugeait non sans raison plus importante que la puissance brute du véhicule, tant pour les performances, au travers de la consommation, que pour la sécurité. Il l’avait d’ailleurs prouvé en comparant trois véhicules étroitement dérivés l’un de l’autre : une VW coccinelle, une Porsche 911 et une Porsche 904, qui en était la variante sport-prototype. Les moteurs avaient été interchangés, sans riche modifier des freins ou des suspensions et les temps chronométrés, sur un circuit très sinueux comme Lignières, étaient extrêmement clairs : une 904 avec un moteur de coccinelle tournait plus vite qu’une coccinelle avec un moteur de 904… Les résultats auraient été probablement différents sur un anneau de vitesse, mais là…

Je songeais à cette expérience au moment de prendre le volant comme deuxième relayeur de la Smart Brabus électrique. Partis avec un handicap favorable, car doté de la moins bonne autonomie du plateau, comme deux autres Smart, nous étions en tête après 35 tours, grâce au talent de Freddy Amweg, multiple champion suisse de course de côtes. 25 tours plus tard, nous l’étions encore quand j’ai rendu le volant à Fred Yerly. Sauf que si j’avais pris le véhicule avec 50% d’énergie consommée, j’en avais à mon tour consommé 30% et que le pauvre Fred n’avait donc aucune chance de pouvoir terminer la course sans recharger. Ce qu’il fit dès le tour suivant.

Malheureusement, si un « pit stop » en F1 prend au plus quelques dizaines de secondes, là on parle de longues minutes… Dommage que le système Renault qui consiste à changer tout le rack de batteries d’un coup n’ait pas pu concourir, c’est sans doute une solution d’avenir. En attendant, nous avions conduit l’œil sur le manomètre de puissance, en prenant garde de ne pas dépasser la mise en action de 50% de l’énergie possible. Un peu frustrant, en compétition, mais qui veut voyager loin ménage sa monture…
L’un des exercices les plus amusants était de ne jamais freiner, ou en cas d’urgence, de freiner le moins possible, même pour passer l’épingle à cheveu, pour utiliser à fond le récupérateur d’énergie à la décélération, qui agit comme un frein moteur puissant. Récupérateur d’énergie dont on peut faire varier l’intensité, tout comme celle de la puissance disponible à l’accélération, par des palettes au volant. Plutôt mal placées d’ailleurs, dans un circuit aussi sinueux, si l’on veut être efficace en virage.

Or, c’est là tout le sel de l’histoire : si l’on dispose d’une petite auto dont on ne peut pas utiliser la puissance, la seule manière de faire des temps, c’est de passer le plus vite possible en virage. Ce que Freddy Amweg, l’as des courses de côte, qui a couru sa première compétition à Lignières encore adolescent fit à merveille, de même que Fred Yerly, son gendre, qui court en championnat allemand des voitures de Grand Tourisme, sur une Mercédès SLS. Pour ma part, je n’avais pas eu l’occasion de m’essayer le matin à ce pilotage si particulier, contrairement aux autres pilotes, mais en revanche je connaissais le circuit comme ma poche depuis l’âge de 7 ans, où j’y avais pris le volant seul, pour la première fois… Avec une vieille coccinelle au moteur lavé, qui plafonnait à 60 à l’heure. Tourner le plus vite possible en allant doucement, j’avais donc quelques idées sur la question.

Comparées aux autres véhicules du plateau, Renault Eon, Nissan Leaf, Mitsubishi I-miev ou Vw e-Golf, notre handicap était sans doute un peu trop favorable, puisque nous tournions au moins aussi vite qu’eux et que les trois Smart ont réussi un tir groupé dans le même tour, aux 3, 4 et 5 ème place. 4ème place en ce qui nous concerne, avec un arrêt recharge de 9 minutes… Avoir le pied plus léger aurait peut-être pu nous éviter quelques minutes de recharge et nous permettre de rester en tête… Du moins des non TESLA, car il faut bien le dire, les vraies gagnantes de la soirée, et haut la main, ce sont les deux Tesla. Les deux seules qui ont pu attaquer sur toute la durée, grâce à leur autonomie phénoménale pour une auto électrique. Sur le papier, 340 km pour le petit roadster et 400 pour la « S », grande routière sportive… Nettement moins tout de même « à fond, à fond, à fond », la roadster a fini poussée à la main, mais elles sont tout de même parvenues à grignoter leur énorme handicap, qui était de 20’ pour la « S ».

 

Ce week-end se poursuit en beauté au circuit de Lignières, aujourd’hui et demain, avec des compétitions de voitures de course historiques, dont la Griffon du Genevois Ramu-Caccia, un sport prototype construit dans les années 60 à l’école d’ingénieurs de Genève et pilotée aujourd’hui par le filleul de Ramu-Caccia, René Desbaillets, qui était l’un des étudiants constructeurs à l’époque. Il est aujourd’hui vigneron, député PLR et président de l’ACS.
On y verra encore des ventes aux enchères de véhicules d’époque, la projection en open air du film « Rush », un concours d’élégance automobile (ah non ça c’était hier) et dimanche à midi, un hommage à mon père. Que les organisateurs, le TCS, qui gère aujourd’hui le circuit et Nyou-sa, société d’événementiel biennoise en soient ici remerciés.

05/08/2014

Rester neutre, ce n’est pas permettre au Kremlin de contourner l’embargo

La neutralité helvétique n’a jamais été un long fleuve tranquille.  On en lira plus loin le résumé historique, riche d’évènements qui ont pu changer le sort des armes et parfois la face du monde. Dans le conflit économique qui s’installe entre l’occident et la Russie, le rôle de la Suisse pourrait être essentiel. En matière de bons offices, ce qui serait apprécié par tout le monde, mais aussi en transformant l’offensive occidentale en coup d’épée dans l’eau, ce qui le serait beaucoup moins.


Pour l’heure, hormis sur les confins ukrainiens et en Syrie, le conflit reste circonscrit à l’économie, ce qui fait tout de même moins de morts et reste plus aisément réparable qu’une vraie guerre. Dans ce domaine, la Suisse est en première ligne, en tant que place financière internationale. Genève en particulier, qui abrite une communauté russe de plus de 5000 personnes, fruit d’une longue tradition d’échanges remontant à Pierre le Grand, en passant par Lénine et Capo d’Istria.

L’offensive occidentale consiste à priver les banques russes de financement, particulièrement celles qui dépendent directement du Kremlin. Pour l’heure, derrière un discours revendicatif visant à remplacer le dollar par une monnaie issue des BRICS – Pourrait-elle être autre chose que le Reminbi ? – le développement de la Russie est largement financé par l’Occident. Ce que Vladimir Poutine tend un peu trop à oublier, plus enclin à décrypter les hiéroglyphes de la géopolitique que les rouages de l’économie. Le but de l’opération est de faire comprendre au peuple russe que la politique d’isolement agressif de ses dirigeants mène le pays à la régression économique et pourrait bien ramener la Russie 25 ans en arrière, aux temps des queues et des pénuries.

Dans cette guerre économique, remplacer les investissements euro-étasuniens par des investissements suisses, ou permettre aux premiers de passer discrètement par Genève ou Zürich ne serait pas rester neutre, mais au contraire prendre une part active au conflit. Un peu comme si, dans une vraie guerre, on envoyait des troupes fraîches à la citadelle encerclée Cela pourrait avoir des conséquences imprévisibles, allant de la prolongation de la guerre à la fermeture des marchés européens aux industries financières suisses.

L’exécutif dispose d’informations privilégiées nécessairement plus fiables que celles qui abreuvent l’opinion publique, surtout lorsque celle-ci est grossièrement influencée par une puissance étrangère, ici russe, qui dépense des sommes considérables pour sa propagande, sur internet et ailleurs. La dernière attaque à gros sabots explique la destruction du Boeing malaisien par une rafale de mitrailleuse d’un chasseur ukrainien sur le cockpit, qui aurait tué les pilotes. « On » aurait trouvé des traces de balles sur le cockpit.
Sauf que, si ces traces existent, il est plus facile de tirer une rafale sur les éléments de cockpit retrouvés au sol qu’en plein vol... Depuis quelques décennies, les combats aériens ne se déroulent plus vraiment à la mitrailleuse et surtout, des balles dans le cockpit ne font pas exploser un avion en vol. Or c’est ce qui est arrivé au Boeing, contrairement à l’appareil affrété par Air Algérie, qui lui s’est écrasé entier au sol…
L’hypothèse du missile pro-russe fourni par Moscou reste donc de loin la plus probable, mais cette regrettable affaire n’est pas en soi un casus belli. Plutôt une (énorme) bévue, du genre de celles que toutes les armées du monde peuvent commettre par inadvertance. Par contre, tenter de noyer le poisson en rejetant la faute sur l’adversaire est des plus incorrects. Comme de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays pour s’y tailler des dominions. Or c'est que fait Moscou en Crimée et en Ukraine de l'Est, après l'avoir fait en Géorgie, en Tchetchénie, en Moldavie...
La démocratie la plus aboutie du monde peut-elle couvrir le travail de sape d’autocrates qui réduisent à petit feu tous les concepts démocratiques ?

En résumé, rester neutre serait au plus maintenir un flux d’échanges financiers avec le Kremlin mais sans l’augmenter. Investir en Russie reste d’ailleurs un pari audacieux, à l’heure où les capitaux russes et étrangers fuient le pays. Au grand dam de Vladimir Poutine, qui a pris des mesures drastiques pour enrayer l’exfiltration de la richesse accumulée en Russie. Si les Etats-Unis ont pesé très lourd, avec leurs gros sabots, sur la Suisse et le reste du monde pour éradiquer l’évasion fiscale, ils n’ont jamais interdit l’exportation de capitaux, du moment qu’ils sont déclarés.

Le Kremlin, lui, va beaucoup plus loin, car dans l’entourage de Poutine, on considère l’étranger comme l’ennemi à abattre et l’on voit ressurgir les envolées sur le cosmopolitisme financier que l’on croyait disparues avec la guerre froide. S’ils veulent conserver leur citoyenneté russe et le droit de faire des affaires en Russie en tant que citoyen russe, les businessmen (ou women) de la Grande Russie doivent redomicilier leurs avoirs en Russie. C’est l’une des causes de la réduction drastique du volume d’échanges avec la Russie ces dernières semaines.

En tant que dépositaire des conventions de Genève, la Suisse n’est pas non plus censée rester muette lorsque des forces armées régulières ou irrégulières, ou supposées irrégulières, mais en fait régulières, torturent et exécutent leurs prisonniers. Ou prennent des civils en otage en se cachant derrière eux…
La Suisse doit-elle rester muette lorsqu’on craint la dissolution des accords de Genève, Reagan-Gorbachev qui mirent fin à la guerre froide et à « l’équilibre de la terreur » ? Que ces accords aient été vécus comme une tragédie personnelle par Vladimir Poutine ne devrait pas nous faire oublier que le sort de la planète en dépend.

 

L’histoire mouvementée de la neutralité

La neutralité suisse a été reconnue officiellement au Congrès de Vienne en 1815, à l’initiative du Genevois Pictet de Rochemont, avec l’appui du Tsar et de son maître espion Capo d’Istria. Elle n’a cependant jamais été absolue. En 1815 déjà, elle s’exerçait au détriment de la France des Cent Jours et de son alliée la Savoie, dont le peuple s’étaient rallié au petit caporal. Drôle de neutralité qui arrachait à la France et à la Savoie plus de 30 communes composant aujourd’hui la plus grande partie du territoire genevois.
La Suisse ne fut guère plus neutre, en nouant des liens privilégiés avec le dernier Empereur des Français, qui se trouvait posséder un passeport suisse et avoir été Capitaine d’artillerie des Régiments Bernois.  La Suisse fournit l’encadrement et l’essentiel des troupes de la Légion étrangère, fer de lance de la conquête coloniale française. L’annexion de la Savoie par la France reçoit même la bénédiction de Berne, en dépit des 15 000 pétitionnaires du Chablais, du Faucigny et du Genevois qui réclamaient le rattachement à la Suisse. Lors de la guerre de 1870, la Suisse offre à l’armée française de Bourbaki un abri sûr, permettant à 100 000 soldats en armes de rompre l’encerclement des troupes prussiennes pour éviter de finir prisonniers de guerre.
En 14-18, la neutralité est mise à mal par le Général Wille, chef des armées de la Confédération et familier du Kaiser, qui oeuvre ouvertement pour l’Allemagne, pendant que des dizaines de milliers de Romands meurent pour la France sous l’uniforme de la Légion, faisant de l’un de ses régiments le plus décoré de toute l’histoire de l’armée française. La Russie fait les frais des agissements de Wille à deux  reprises : lorsque deux officiers de son état-major fournissent aux services allemands les codes secrets de l’armée russe (écopant pour cela de quinze jours d’arrêts de rigueur seulement) et lorsque les services suisses facilitent le départ de Lénine et d’une vingtaine de révolutionnaires russes dans un wagon plombé traversant l’Allemagne. Ces révolutionnaires avaient promis de négocier une paix séparée qui devait permettre au Kaiser de gagner la guerre…     

En 1939, les accords militaires franco-suisses prévoyaient une défense commune en cas d’attaque du territoire helvétique. Ils furent découverts par la Wermacht à Lyon durant la débâcle. Berne offrit alors des gages substantiels aux nazis, tout en travaillant en sous-main, très efficacement, à la victoire des Alliés. Si la bataille de Stalingrad fut le tournant de la guerre et la défaite cinglante que l’on sait pour la Wermacht, qui y laissa un million d’hommes, c’est aussi parce que les services suisses ont transmis aux soviétiques, par l’intermédiaire du réseau Rado à Genève, les plans de la contre-attaque allemande, qui fut du coup brisée dans l’œuf…

Pendant la guerre froide, la neutralité n’empêchait nullement l’armée suisse d’avoir clairement identifié son ennemi comme venant de l’Est, ce qui était largement pris en compte par les plans de l’Otan. Ce qui n’empêchait pas davantage certaines banques de couvrir les montages financiers des mouvements de libération nationale ou même ceux des services secrets soviétiques ou est-allemands. Pendant que les services suisses – et parfois les organes de justice et police - travaillaient en étroite collaboration avec les services occidentaux, notamment français.
De même, dans la guerre contre le terrorisme et contre le narcotrafic, qui passent largement par des escarmouches financières, la Suisse a su offrir toute la coopération nécessaire aux fins d’identifier les flux des réseaux maffieux. La Suisse fait partie du monde occidental, elle en est même l’un des fleurons. Elle en partage toutes les valeurs, en matière d’équité et de démocratie, qu’elle porte particulièrement haut. Dès lors, elle ne peut rester sans réagir lorsque ces valeurs sont foulées aux pieds.
Bien sûr, il faut agir avec tact, pour préserver les possibilités de dialogue et de bons offices, mais lorsque quelqu’un détonne, dans le concert des nations, la Suisse neutre a le droit d’en penser ce qu’elle en pense et de l’exprimer. Cela fait partie de son rôle international. N’en déplaise aux partisans locaux du despote du Kremlin.

 

Pour mieux comprendre l’enjeu de ce qui se joue à Moscou et dans l’est de l’Ukraine, rien de tel que de se renseigner sur l’état d’esprit qui règne dans l’entourage de Poutine :

http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/01/f...

31/07/2014

Drapeau, panosse, trahison et casse-tête chinois

Généralement, de quelque pays qu’ils soient, les gens aiment leur drapeau. Peut-être parce que chacun peut y mettre ce qui lui plait. Pour les excités du PNOS, parti d’extrême-droite suisse auquel je serais volontiers tenté d’ajouter un a, le rouge du drapeau est celui du sang versé par leurs ancêtres et le blanc celui de la pureté de leurs âmes. Donc, les fachos ont une âme. C’est déjà ça. Ce que ces crétins qui se piquent d’Histoire ignorent, eux qui abhorrent pêle-mêle et très officiellement les mondialistes, les juifs et les francs-maçons, c’est que « leur » drapeau suisse a été dessiné et conçu par un franc-maçon ayant fait ses études à Paris, qui plus est capitaine de l’armée française avant de devenir général de l’armée suisse. Dufour était de plus fils d’un révolutionnaire genevois. Quant au drapeau suisse, avant d’être redessiné par Dufour, il était partagé avec… la Savoie ! Plus avant encore, c’était celui des premiers croisés et il servait de drapeau de guerre au Saint-Empire Romain Germanique… 

La guerre, c’est précisément la fonction essentielle du drapeau, symbole du clan, de la tribu ou de la patrie et point de ralliement au combat. La guerre, on en parle beaucoup ces temps. Les inénarrables crétins du P(A)NOS, la voient un peu comme un jeu vidéo. Leur grand leader charismatique pour la Suisse Romande, garde du corps dans le civil, et qui sait donc de quoi il parle, se moquait récemment de l’armée israélienne, qualifiée de ramassis de bras cassés et de slaves faux sémites encore inférieurs aux vrais sémites qui sont de bons arabes (à condition qu’ils restent chez eux, pour que les vaches soient bien gardées, si j’ai bien tout compris).   Il ajoutait que Tsahal « ne tiendrait pas trois jours face à notre armée de miliciens ».
En dehors du fait que cela montre qu’il faut éviter de s’emporter lorsque l’on débat sur Facebook ou ailleurs si l’on ne veut pas dire trop de bêtises, il me parait opportun de rappeler que les soldats israéliens sont sortis victorieux d’une douzaine de guerres en 67 ans (guerres justes ou injustes, là n’est pas la question, mais face à des adversaires déterminés et prêts à mourir en martyrs parfois), tandis que la glorieuse armée de milice suisse n’en a plus gagné une seule depuis… 499 ans. A vrai dire, à part la guerre civile du Sonderbund, fort habilement menée par Dufour pour faire le minimum de victimes, l’armée suisse n’a en réalité plus mené de guerre du tout depuis cinq siècles, sauf contre la France de Napoléon, qu’elle a évidemment perdu en quelques jours. Cinq siècles sans guerre, c’est probablement un record mondial. En plus d’avoir une âme, les fachos du P(A)NOS sont donc nuls en Histoire.

Attention, je ne suis pas en train de dire que l’homme suisse ne fait pas un bon soldat ou n’est pas courageux. L’histoire du mercenariat prouve le contraire. Mais le fait est qu’il s’agissait d’engagés au service étranger et certainement pas d’une armée de conscription nationale. Annoncer la victoire dans un match de foot lorsqu’on n’a plus joué à l’international depuis des siècles, sous prétexte que l’on s’est beaucoup entraîné, paraitrait un peu présomptueux. Sauf qu’une guerre, cela fait plus mal qu’un score de foot, si catastrophique fut-il.

La guerre, on y est presque. Mondiale pour le coup et possiblement nucléaire. La situation ressemble furieusement aux années 30, avec Poutine dans le rôle du teigneux ayant une revanche à prendre. Avec cependant une différence essentielle : l’Allemagne, l’Italie et le Japon partageaient à l’époque le même problème : une cruelle absence de ressources naturelles qui les condamnaient à une politique expansionniste. Cette fois, c’est l’inverse. Hormis les Etats-Unis et leur gaz de schiste difficilement exportable, les ressources naturelles sont principalement dans le camp du teigneux. Qui fait tout pour pousser cet avantage à fond, en s’alliant à la Sonatrach algérienne, tout en soutenant de plus en plus ouvertement les shiites en Irak, en Syrie et bien sûr en Iran, 2ème producteur mondial de gaz après la Russie.
Si guerre il devait y avoir, il faudrait donc commencer par réduire très sérieusement notre consommation énergétique. Les écolos vont bondir de joie… La suprématie de la technologie occidentale suffira-t-elle à nous épargner les pires ennuis en cas de conflit ? Pas sûr. Il est cependant impossible de prédire à l’avance les résultats d’une guerre, en dehors du fait qu’elle produira du sang, de la sueur et des larmes. Plus des radiations, des épidémies et d’autres joyeusetés.
Peut-on encore l’éviter cette guerre ? Probablement, heureusement. Cette guerre serait d’abord la victoire des forces du mal, les nationalismes qui s’acharnent à détruire la grande idée d’une planète pacifiée gérant ses problèmes par la concertation commune. Des forces du mal, il y en a partout et d’abord aux Etats-Unis, où dans l’euphorie de la victoire de 1989, certains se sont vus en maîtres du monde. Ils n’ont pas compris que le monde serait multilatéral ou ne serait pas. Ils se sont érigés en gendarmes du monde, suscitant une hostilité croissante et naturelle. Obama n’en fait pas partie, c’est d’ailleurs pourquoi il a été élu, mais il est en partie leur otage. Et si les démocrates perdent les élections de 2016, la situation sera pire encore, car les faucons républicains reviendront aux commandes. C’était d’ailleurs possiblement un choix de Poutine de pousser ses pions au maximum avant que la réaction en face ne se durcisse.

Le principal danger pour la stabilité du monde, le fou qui se balade en menaçant la planète d’une holocauste nucléaire si on ne lui accorde pas l’attention qu’il pense mériter, c’est Poutine, l’homme fort du Kremlin. Intelligent, calculateur, il ne recule devant rien. En Russie, tous ses adversaires ont mordu la poussière, ou le sont redevenus. Poussière, donc. Y compris lorsqu’ils avaient choisi la fuite à l’étranger. Trinita pardonne parfois, Poutine jamais… Veut-il pour autant la fin du monde, alors qu’il a commencé à redresser la Russie et s’est mis quelques milliards à l’abri ? Le « quelques » est assez flou, tant sa pratique des hommes de paille est habile, et varie selon les estimations entre 1 et 40. Ce qui le mettrait dans le quintette de tête des hommes les plus riches du monde. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il n’est pas un petit joueur et que contrairement à son homologue étasunien, il n’est pas réellement soumis aux échéances démocratiques.

La démocratie et les lois, en fait il s’assoit dessus, tout en affichant un formalisme juridique de pure façade. Ses espions dans le monde occidental sont plus nombreux et beaucoup plus actifs qu’aux temps de l’URSS et curieusement, en plus du renseignement militaire, sont essentiellement occupés à placer sa propagande et à abreuver les blogs des médias de commentaires favorables au Kremlin. Des milliers de vacataires sont occupés à cela, dans toutes les langues principales, depuis Moscou et Saint-Petersbourg, relayés par autant d’amis fidèles, dans chaque pays. Recrutés le plus souvent dans les rangs de l’extrême-droite, ils partagent avec les idéologues du Kremlin les valeurs conservatrices et la haine de l’islam, surtout sunnite. Paradoxe, ils traitent volontiers les partisans de l’UE et de la mondialisation de traîtres à la patrie, tandis qu’eux-mêmes oeuvrent ouvertement à la gloire d’un dirigeant politique étranger agressif…

Si l’attitude du gendarme du monde est en effet agaçante, elle demeure attaquable devant les instances internationales et devant ses propres tribunaux. Sans compter le jeu démocratique, qui permet d’espérer remettre en cause fondamentalement la politique étrangère des Etats-Unis. Dans la Russie de Poutine, on est loin de tout cela. Il n’y a aucun garde-fou aux décisions du tsar et le moins qu’on puisse écrire est qu’il interprète les règles du droit international de manière très personnelle. Ainsi en Ukraine de l’est, par exemple, la soi-disant révolte spontanée des habitants russophones (alimentée par des torrents de propagande télévisée haineuse des chaînes russes depuis des années) est dirigée par… trois citoyens russes, agents connus des services secrets russes, idéologues et militaires professionnels qui ont fait toute leur carrière dans les mauvais coups de Poutine, en Tchétchénie, en Géorgie, en Transnitrie et finalement en Crimée, avant de débarquer en Ukraine de l’Est pour y diriger le soulèvement. Comme dirigeants officiels, même pas dans l’ombre !

Sur le fond, l’Ukraine est un pays multiculturel, mais indépendant, aux frontières internationalement reconnues. Vouloir coûte que coûte  en rattacher des pans entiers à la Russie, comme cela fut fait en Tchétchénie, en Géorgie et en Moldavie (Transnitrie) et menace d’être fait dans les pays baltes, c’est comme si la France s’agitait pour s’emparer de la Romandie (dont ses anciens territoires de Versoix et du Jura) et de la Wallonie belge. Et pourquoi pas du Québec, tant qu’on y est. Voire même de l’Algérie, car après tout, la Crimée n’est pas restée russe bien plus longtemps que l’Algérie française et il s’agissait clairement, dans les deux cas, de conquête coloniale. Petit rappel historique qui vous envoie en prison pour plusieurs années aujourd’hui en Russie, au vu d’une loi condamnant spécifiquement la remise en cause du caractère intemporellement « russe » de la Crimée…

La condamnation de la Russie dans l’affaire Ioukos était attendue de longue date. En libérant Khodorovski, contre l’abandon des poursuites par ce dernier, Poutine espérait apaiser le conflit, mais cela n’a pas suffi. Or le tsar estime être maître chez lui et ne pas avoir à se plier aux décisions internationales. Surtout lorsqu’elles risquent de lui coûter 40 milliards…
Au-delà des discours, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Le débat est mondial et sur cette ligne de défense de la souveraineté nationale, Poutine trouvera des partisans dans toute l’extrême-droite européenne et même aux Etats-Unis. Qu’il soit nécessaire d’améliorer les processus mondiaux de décision est une évidence, mais le préalable est d’en reconnaître l’existence et la primauté. Ce que précisément Poutine refuse de faire en prétendant réunir le ban et l’arrière ban de la planète contre les Etats-Unis, pour en découdre physiquement et par l’occupation des territoires au lieu d’avancer ses pions démocratiquement et pacifiquement à l’ONU, à l’OCDE, à l’OMC, au G8/G20 et ailleurs. Comme l’avaient fait Chirac et Villepin en leur temps, ce qui n’avait pas empêché la Guerre du Golfe, mais qui avait largement contribué à remettre les pendules à l’heure à Washington.

 

Que faire, existe-t-il une solution ? L’idéal serait que Poutine soit remplacé à la tête de la Russie et rapidement. Dans le cas contraire, il n’est pas de bonne solution. La guerre est horrible et lorsqu’elle devient nucléaire, c’est encore pire. Même sans aller jusqu’au conflit armé, la confrontation va endommager toutes les économies, qui n’en ont pas besoin. Mais laisser se renforcer un ennemi déclaré en lui fournissant l’aide économique pour le faire ne parait pas une bonne idée. 
Dans un premier temps, Poutine va maintenir son taux de popularité record. Puis l’économie russe devrait souffrir davantage que la nôtre et peu à peu les russes devraient s’apercevoir que l’herbe est nettement plus verte en Occident. Quel rôle jouera la Chine, pour l’heure enchantée de se voir offrir du gaz russe à bon prix dans les années à venir?
Si  la Chine a besoin d’énergie, elle a davantage encore besoin de débouchés. Et les Etats-Unis comme l’UE représentent de très très loin ses premiers marchés d’exportation. Paradoxalement, c’est donc la Chine qui va se retrouver à la fois en position de force et d’arbitre dans cette histoire, ce qui n’était évidemment pas l’intention première de quiconque. 

08/07/2014

La révolte des Gens d'armes

Les mercenaires ou gens d’armes exigeant leur solde, c’est une histoire aussi vieille que la civilisation. Pour l’avoir réclamée de manière un peu trop véhémente, les allobroges, numides et baléares de Carthage furent massacrés par Hamilcar et les almogarves catalans exterminés par Constantinople. Sauf que Carthage, comme Constantinople, furent ensuite prises et détruites par leurs ennemis au cours du siècle suivant.

Si Genève n’a jamais massacré ses défenseurs au lieu de les rétribuer, son Histoire regorge de différents financiers avec ses hommes d’armes venus d’ailleurs. L’apparente destinée d’une cité riche, mais trop petite pour se défendre seule contre ses puissants voisins. Ce sont d’ailleurs ceux-ci, suisses ou français, qui fournissaient les troupes, contre le souverain savoyard. Mais dès que l’ennemi déclaré reculait, la bourgeoise genevoise se mettait à ratiociner, à ergoter… A sa décharge, le tarif exigé pour prix de la liberté et de la sécurité pouvait souvent paraitre excessif, voire franchement exorbitant.

Les relations avec la Suisse, dès le XVème siècle, sont une longue suite de négociations financières dans lesquelles Berne, la première, fait payer au prix fort la « protection » de ses troupes, qui frise parfois le racket. Entre 1589 et 1602, ce sont les protestants français venus défendre Genève qui sont jugés trop gourmands. Ils quittent la ville et le Duc de Savoie s’en rapproche aussitôt. On les rappelle en promettant cette fois de les payer ce qu’ils demandent…

A plusieurs reprises, les troupes alémaniques ou fribourgeoises accourues soutenir Genève s’y jugent mal reçues. En 1814, ce sont les régiments autrichiens de Bubna – levés en Ukraine occidentale – qui sont conspués, sitôt passée l’allégresse de la libération. Comme on n’est pas très sûr alors d’avoir obtenu le retour de l’Indépendance, leur présence dérange. Logés et nourris chez l’habitant, on les accuse d’avoir un appétit d’ogre. On en vient aux mains. Il y a même des morts, du côté de Genthod.

Aujourd’hui, ce sont les gendarmes, souvent nés en terre fribourgeoise ou valaisanne qui craignent la mise en cause de leurs avantages acquis. Leurs horaires sont rudes, mais ni plus ni moins que ceux d’autres professions devant être assurées 24h sur 24. Des infirmières, par exemple, nettement moins payées pour un niveau d’étude supérieur et tout autant de responsabilités humaines. En fait les revenus des gendarmes sont probablement supérieurs à ceux de n’importe quel autre job à formation équivalente.
Par contre, les infirmières risquent nettement moins de se faire tirer dessus. Idem de la plupart des jobs. De même, peu de métiers sont aussi décriés dans certaines couches de la population que « flics ». Jusqu’au jour où l’on a besoin d’eux. Tout cela a un prix, qui se doit d’être équitable. Car la définition d’éboueur social lue ici ou là me semble leur convenir assez bien. Or des éboueurs sociaux, on en a vraiment besoin.
Il semble qu’au fil du temps, beaucoup ait été fait. En cas de blessure ou pire, dans l’exercice de leurs fonctions, grâce à une loi de 1982, les gendarmes – ou leur famille - ont ainsi droit à des indemnités spéciales, ce qui parait on ne peut plus légitime.  Reste que statistiquement, et c’est heureux, les risques physiques encourus par les gendarmes restent mesurables et même mesurés.  De mémoire de journaliste, depuis 37 ans à Genève, je crois que les décès se comptent sur les doigts d’une main. Les blessures, coups de couteau ou autre, justifiant un article, doivent être de l’ordre d’un cas ou deux par année et encore pas tous les ans. 
C’est trop, les coupables doivent être sérieusement condamnés et les gendarmes doivent recevoir la meilleure formation et la meilleure protection pour y faire face efficacement. Mais à une époque où la République toute entière semble appelée à se serrer la ceinture, où la sécurité d’emploi devient une denrée rare, il ne semble pas que le risque soit tel qu’il appelle un traitement tellement particulier. NI ne justifie la rébellion des forces en uniforme.
Une amélioration substantielle des indemnités en cas de pépin serait d'ailleurs de ce point de vue bien plus économique pour le contribuable et plus efficace pour secourir le policier blessé dans l'exercice de ses fonctions.

15/06/2014

Pour consolider son pouvoir, Poutine prépare l'isolement de la Russie

Poutine est en train de mettre la Russie en ordre de marche. Pour une guerre, chaude ou froide, qui va faire de gros dégâts, en Russie comme en Occident. Il le sait, mais c’est le seul moyen pour lui de conserver le pouvoir et mener à bien son projet politique, celui qui lui promet d’être réélu et d’ancrer sa place dans l’Histoire : assurer le retour de Moscou au rang de grande puissance.

Si l’on continuait de jouer selon les règles du jeu économique et diplomatique imposées par l’occident, la Russie serait condamnée à l’échec. Les capitaux fuient le pays et les élites aussi : on émigre bien davantage de Russie que l’on cherche à s’y établir. Or l’immigration est la marque de toutes les civilisations gagnantes. Et la Russie reste une catastrophe économique, heureusement ou malheureusement assise sur un oreiller de paresse gonflé de gaz et de pétrole. Comme le Venezuela de Chavez ou l’Espagne de Philippe II, Moscou doit tout importer. Non seulement ses rames de trains de banlieue (suisses), mais aussi sa nourriture, alors que s’il y a bien quelque chose qui abonde en Russie, c’est l’espace vital et les terres agricoles…

On ne construit pas l’économie d’un pays en en laissant les clés à une poignée d’oligarques à la seule condition qu’ils vous jurent obéissance.  Poutine l’a compris. Comme il ne peut pas se permettre de perdre, sa seule chance est sur le terrain militaire. Sur le papier, ses forces sont là aussi inférieures, mais il est persuadé d’avoir la supériorité psychologique sur les Européens pacifistes, qui n’ont nulle envie de mourir pour Donietsk. Quant aux Etats-Unis, ils sont surrocupés et les services de Moscou veillent discrètement à ce qu’ils le restent,  en Irak notamment. Les Russes au contraire sont galvanisés chauds bouillants à l’idée de prendre leur revanche sur l’ouest…

Poutine multiplie les mesures visant à isoler son pays, à la manière de la guerre froide, pour le rendre moins dépendant de ses échanges avec l’occident, afin de réduire l’impact des mesures de rétorsions occidentales, présentes ou à venir. Car Poutine n’a nulle intention de laisser l’Ukraine en paix, tant qu’elle n’aura pas clairement rejoint le camp russe. C’est ce qu’il a promis, il ne peut pas se permettre de renoncer. En plus militairement, il gagne ainsi du temps, pour libérer comme promis le contingent qui termine cet été (qui feront d’excellents réservistes en cas de besoin) tout en formant le nouveau qui arrive dans les casernes.

Parmi les mesures déposées en rafale à la douma, on relève l’obligation de déclarer son 2ème passeport et la peine de prison prévue en cas d’oubli. Ceci concerne évidemment les Criméens qui sont ainsi clairement invités à abandonner leur passeport ukrainien mais aussi les millions d’expatriés russes (5000 rien qu’à Genève) qui bien souvent ont acquis une nouvelle nationalité à l’étranger et sont perçus par Moscou comme une 5ème colonne potentielle. Aussi bien pour transmettre des informations sur la Russie à l’extérieur que pour transmettre en Russie des informations venues d’ailleurs, qui taclent la propagande du Kremlin.

Dans la même veine, les fonctionnaires de la police et de l’armée se voient retirer leurs passeports et privés du droit de voyager à l’étranger. Le GRU et le FSB reprennent la main sur la population russe, comme au bon vieux temps. Ce qui suscite évidemment une certaine grogne, mais avec 80% d’opinion favorable au patriotisme grand russe, Poutine pense sans doute qu’il a de la marge…

Pour mettre au pas l’économie, Poutine prépare l'interdiction de toute forme de possession de comptes ou de placements à l’étranger pour les résidents russes. Cette mesure des plus radicales contre l’évasion fiscale s'appliquera-t-elle aux riches étrangers résidents en Russie ? Voire Depardieu tomber de Charybde en Scylla serait assez piquant… Le projet de loi russe va très loin et créée pour la première fois, sur le modèle suisse, la notion de bénéficiaire économique final, pour identifier les ayants-droits même au-travers de structures juridiques opaques. Sous peine de prison.

A noter qu’il y a 8 à 9 fois plus de prisonniers pour 1000 habitants en Russie qu’en France, et qu’un nombre significatif de détenu(e)s sont des prisonniers ou prisonnières politiques.  Même les oligarques ont le petit doigt sur la couture du pantalon et chacun sait que dire non au Kremlin équivaut à prendre un billet de transsibérien pour les camps de travail les plus isolés…

Du coup, la vague de départs officiels est sans précédent. Beaucoup de Russes résidents de fait à l’étranger restaient encore officiellement domiciliés en Russie, où ils conservent leurs affaires et leurs entreprises. Presque tous sont désormais en train de s’expatrier pour de bon. Ils ne rentreront plus en Russie que quelques jours par an, le strict nécessaire pour continuer à mener leur business. Tant qu’ils en conserveront le droit…
Seuls quelques-uns parmi les plus riches choisissent la Suisse, où le forfait fiscal est extrêmement coûteux et les conditions d’immigration sévères. Genève est de plus jugée nettement moins sexy que la toujours swinging London, grande bénéficiaire de cet afflux massif d’immigrants fortunés.

 

A terme, en dépit des considérations amicales à l’égard de la Suisse, c’est bien un rapatriement des valeurs russes en Russie que vise Poutine. Les résidents russes à l’étranger peuvent s’attendre à subir diverses formes de  chantage sur leurs biens en Russie, voire des contraintes par corps lorsqu’ils se rendront en Russie, même avec un passeport étranger. Il y aurait déjà eu quelques cas et c'est en tout cas le stade suivant logique, après la mise en place actuelle de l’arsenal juridique prévu pour 2015. Les contrevenants devenant de plus de mauvais patriotes voire carrément des traîtres à la patrie.

Pour combattre l’évasion fiscale, il y a deux solutions :

Parvenir à un accord fiscal mondial pour établir - de manière policée plutôt que policière - un filet universel aux mailles assez serrées pour contraindre tout un chacun à respecter les lois définies communément…

... Ou tenter la reprise en mains nationale, par un contrôle forcément plus brutal, voire même très brutal lorsqu’il oblige à exclure du champ national toute personne cherchant à contourner les règles. La deuxième méthode a de plus des retombées catastrophiques sur l’économie, puisqu’elle réduit les flux de capitaux transnationaux et les investissements. C’est là méthode choisie par Poutine, qui s’il est un grand joueur d’échecs, semble assez nul en économie.

C’est surtout la méthode antédiluvienne résultant d’un choix de repli sur les valeurs nationales au lieu d’oser la mondialisation et le multilatéralisme qui sont déjà de fait, les règles du jeu de l’économie mondiale. En allant contre le cours des choses, Poutine peut faire figure de héros pour toute l’extrême droite européenne et une partie de sa population. N’empêche que la stratégie de l’isolement national n’a jamais eu de succès en période de paix…

25/05/2014

63% de vote pro-européen en France

Historiquement, depuis trois siècles, Genève a très souvent mais vraiment très très souvent précédé la France dans ses soubresauts politiques. Bien plus souvent que l’inverse, à vrai dire. Cette fois encore c’est clair : au soir des européennes, seule votation nationale française à la proportionnelle, on retrouve à quelques décimales près la même répartition que lors des dernières élections cantonales.

Soit 32,7% à la gauche (si l’on y inclut les 3% de Nouvelle Donne, petit parti très pro-européen qui navigue entre centre et gauche), 30,2 % au centre droit et 25,1 % à l’extrême droite, 29% en lui rajoutant le petit parti des gaullistes souverainistes.
En soi, ce résultat n’est pas un gros problème, d’autant que ce qui compte c’est la composition du Parlement européen dans son ensemble et les souverainistes y restent largement minoritaires, comme ils le sont en France d’ailleurs : plus de 63% des Français qui ont voté l’ont fait pour des partis pro-européens, ce qui  constitue une majorité très claire. D’où le caractère sans doute un peu précipité des déclarations d’Alain Juppé sur Schengen. On lui avait connu davantage de self control…

En parlant de « Victoire », on accorde au FN nettement plus d’importance qu’il n’en a. Son avancée ne doit pas pour autant être traitée à la légère. Au contraire, elle doit servir de base à un redéploiement de l’idée européenne. Pour davantage de démocratie, pour rapprocher les décisions des gens dans tous les domaines ou c’est possible et pour renforcer l’Europe au contraire dans tous les domaines où cela fait sens. En matière de politique étrangère et militaire notamment.

 

Une autre élection tout aussi importante pour l’avenir de l’Europe se déroulait d’ailleurs à l’Est, remportée au premier tour semble-t-il par un oligarque milliardaire, pro-occidental mais susceptible de s’entendre avec Putin. Dommage que ce soit un oligarque, mais au moins, en matière d’économie, il sait de quoi il parle. Les idéalistes romantiques de Maidan ont fait seulement 5%, l’extrême-droite dépasse tout juste 1%. Et les Pro-Russe sont en-dessous de 10%, mais il est vrai que le vote de l’Est a été consciencieusement saboté. Les Ukrainiens veulent la paix et le progrès économique, comme tout le monde. C’est la voix de la raison.

Sera-t-elle entendue,  c’est toute la question. On se prend à rêver de politiques enfin désireux de progrès humain, avant d’être avides de pouvoir et soucieux de leur réélection. Le pape invite les leaders palestiniens et israéliens au Vatican, pour discuter de la paix. On se prend à rêver. La guerre et la haine ne sont à l’avantage de personne et au détriment de tous. Il est malheureusement toujours des petits malins qui pensent parvenir à tirer leur épingle du jeu. Le jour où l’humanité saura les reconnaître et les tenir hors d’état de nuire, elle aura fait un  immense progrès. 

23/05/2014

L'impôt des frontaliers et les erreurs nombreuses...

On dit ou on écrit énormément de bêtises sur tout ce qui concerne les frontaliers. Dernière en date, la grosse bévue d’un journaliste de la Tribune qui affirme sans rire que les frontaliers imposés à la source dans le Canton de Genève seraient taxés forfaitairement à 3,5%. C’est évidemment faux. 3,5%, c’est la part, effectivement fixe et forfaitaire qui est rétrocédée à la France. Les frontaliers sont imposés à la source selon un barème progressif analogue à celui de tous les Genevois, quoique plutôt plus coûteux pour les frontaliers. Du coup, s’ils font une vraie déclaration avec déduction des frais comme les Genevois, ils voient leur note fiscale baissée. Ce qui avait été évalué par les services de David Hiler à plusieurs dizaines de millions de différence sur l’ensemble de la masse salariale frontalière.

 

A noter également qu’au moment de son évaluation dans les années septante, la rétrocession de 3,5% concernait essentiellement des petits salaires : ouvriers, serveurs, infirmières etc… Elle représentait une part substantielle de l’impôt frontalier. Aujourd’hui les emplois frontaliers sont beaucoup plus diversifiés : les hauts cadres et même chefs d’entreprise, y compris dans la finance  sont nombreux et la moyenne des salaires est nettement plus élevée. Le taux d’imposition moyen a donc augmenté en conséquence et la masse fiscale générée. Sauf que la proportion rétrocédée à la France  est restée la même et que donc Genève y gagne, ainsi que la Confédération.

Car si les calculs de Xavier Oberson relativisent l’intérêt pour un canton de procéder à l’imposition des frontaliers selon le mode Genevois, c’est essentiellement parce que cela augmente sa contribution à l’effort fédéral. Pour Berne donc et pour la Suisse en général, ce mode d’imposition est clairement nettement favorable.  Ce qui n’empêche pas Berne de prévoir unilatéralement, du haut vers le bas, selon une méthode souvent reprochée à Paris, une augmentation considérable de l’imposition des frontaliers mariés en inventant un revenu fictif au conjoint, sur la base de près de 6000 francs suisses de revenu mensuel. Ce qui équivaut au salaire de deux profs de lycée en France…

Du côté de Paris, on a en même temps décidé d’entériner la décision, prise de longue date, de mettre fin à la possibilité d’assurances maladies privées, solution jusqu’alors très avantageuse. Il est amusant de constater que toute l’UMP de Haute-Savoie monte au créneau pour s’en plaindre, députés en tête, en oubliant un peu vite que la décision avait été prise du temps de Sarkozy, et qu’à cette époque tous les députés concernés l’avaient accepté sans broncher. Si la démocratie, c’est de dénoncer une mesure prise par son propre parti au seul prétexte que c’est un autre parti qui est chargé de la mettre en application, on est mal.

La méconnaissance profonde des structures de fonctionnement de la France par la Suisse, de la Suisse par la France et du cas spécifique des frontaliers au milieu est abysssale. Et affligeante. Une jeune députée française se plaignait ainsi l’autre jour de l’inéquité qu’il y avait à  prévoir une cotisation d’assurance maladie sur le salaire net des frontaliers, alors qu’en France elle est essentiellement payée par la part patronale… En réalité, si les salaires suisses sont plus élevés que les français, c’est notamment parce que l’essentiel de « la part patronale » des prélèvements sont en Suisse versés directement au travailleur, à charge pour lui de payer son assurance maladie de sa poche.

De ce point de vue, le combat des frontaliers pour préserver leur privilège d’assurance privée est un combat d’arrière-garde, qui  n’a aucune justification possible en termes de solidarité ni avec le pays de résidence, ni avec le pays de travail. 

En revanche, réouvrir le droit d'option serait juste. Mais tous calculs faits, il semblerait que pour 80% des frontaliers concernés (les 20% étant les hauts salaires), la formule française de la sécurité sociale reste meilleur marché que la Lamal. 

20/05/2014

L’avenir radieux du Grand Genève

Qu’on l’appelle Grand Genève, Région franco-valdo-genevoise ou Village de pêcheurs, l’agglomération genevoise pèse 900 000 habitants. Près de la moitié résident sur France et 500 000 fois par jour, on y passe la douane pour travailler, faire ses courses, étudier, s’amuser, faire du sport, se cultiver ou arroser ses champs... 

La logique veut qu’on coordonne ces échanges ensemble, plutôt que chacun pour soi. C’est le vœu de la Confédération et c’est sous son impulsion, pour répondre à son programme de projets d’agglomération – ainsi qu'à son homologue français - que les anciennes structures transfrontalières des années septante sont devenues « le Grand-Genève ». Qui rassemble élus Savoyards, Gessiens, Vaudois et Genevois.
A la clé, des milliards de subventions sur 20 ans, payés par Paris, Berne et Lyon pour le développement coordonné de l’agglomération, notamment en matière de transports.

Las, dimanche, le vote des citoyens genevois a jeté un gros pavé dans la mare lémanique. Une courte victoire populiste qui a plusieurs causes et d’abord son caractère inattendu:

a - Les partis de gouvernement ont cru la votation gagnée avant l’heure, vu leur unanimité. Du coup, ils n’ont pas fait campagne, au contraire du MCG, dont c’était la mère de toutes les batailles. Ces derniers ont pu répandre impunément les pires mensonges jusque dans les boîtes aux lettres et sur les marchés, au moyen d’un tous-ménages ordurier, mais efficace. Sans réponse des partis sérieux.

b - Dix années de « french-bashing » ininterrompu d’une partie des forces politiques genevoises, ont creusé la haine anti-frontaliers, accusés de tous les maux.

c - de manière plus anecdotique, des générations de « savoyards gare gare », repris avec conviction par les secundos catholiques italo-ibériques formant les gros bataillons du MCG. Tant pis si en 1602, les réfugiés français protestants, protégés par la France d’Henri IV étaient les vainqueurs, contre les assaillants catholiques hispano-sardes - et les anciens genevois catholiques chassés de Genève - du Duc… Il est vrai qu’un Lusitanien qui reproche sans rire à un Toulousain de venir de trop loin n’est plus à un détail près.

Je porte ma part de responsabilité. Je fais partie de ceux qui n'imaginaient pas la victoire du MCG, sous-estimant leur capacité à convaincre par le mensonge en dehors de leur camp, si aucune vérité n’est mise en avant pour les contrer. Je me suis contenté de quelques blogs repris sur Facebook, ne touchant ainsi que les convaincus, de part et d'autre.

Il est plus que temps que les frontaliers s’organisent et montent en puissance au niveau politique et se fassent entendre des partis traditionnels. Ils sont une part importante de la richesse de ce canton, par leur travail et par le faible impact qu’ils ont sur les finances cantonales en regard de la quantité d’impôts qu’ils y laissent. Si les partis traditionnels ne les prennent pas davantage en compte et laissent le MCG les insulter sans réagir, ils devront s’organiser par eux-mêmes.
Plus de 30 000 d’entre eux sont Suisses et plus de 20 000 Suisses de France votent régulièrement à Genève. C’est peu, car en plus des frontaliers, des dizaines de milliers de Suisse résident en France voisine sans travailler à Genève. Des retraités, le plus grand nombre, mais aussi des Suisses établis en France depuis plusieurs générations et d’autres qui y mènent leur carrière, comme le nouveau bâtonnier du barreau de Thonon, Jean-Luc Favre ou des ouvriers agricoles, des commerçants, des chefs d’entreprise…

20 000 inscrits, c’est peu, mais c’est beaucoup. C’est largement la deuxième commune du canton en nombre de votants, nettement plus que Vernier et autant que Carouge et Meyrin réunies…  Mais ce n’est pas encore assez. Les Suisses de France doivent se mobiliser davantage sur le plan politique, puisque dans la démocratie que nous connaissons actuellement, c’est la nationalité qui prime, sur le lieu de résidence ou de travail et que leurs droits légitimes sont traités par le mépris.

On peut rappeler que des questions aussi fondamentales que l’adhésion à la Suisse ou l’absorption brutale des ¾ des communes du Canton, il y a deux siècles, n’ont jamais fait l’objet d’un vote populaire, dont l’issue eut été incertaine. On n’a d’ailleurs pas davantage demandé l’avis des communiers concernés, qui globalement étaient contre. Tandis que Chablais et Faucigny auraient bien aimé pouvoir demander l’adhésion à la Suisse, en 1860, sans qu’on leur en laisse le droit.  Mais si la question du Grand Genève se pose depuis plusieurs siècles, elle appelle aujourd’hui une réponse démocratique.

Aucune des grandes décisions de société prises depuis un siècle et demi que le suffrage universel existe à Genève ne s’est imposée du premier coup. Pour toutes, il a fallu plusieurs votes, avec des majorités qui peu à peu se sont inversées. L’idée de gérer notre agglomération ensemble, y compris sur le plan financier, malgré la frontière, est une grande idée. Surtout à l’époque où partout dans le monde, c’est plutôt le repli sur son pré-carré qui gagne du terrain. Mais à 48,5% de votes favorables au premier essai, sans avoir fait campagne, c'est en fait très prometteur.

 

La prospérité genevoise est intimement liée au fait frontalier et si l’on y met le temps, l’énergie et les moyens, je peine à croire que les Genevois ne le comprennent pas. Les chiffres sont clairs. La participation des autorités françaises sur ces différents projets se montent en centaines de millions : 700 mis en échange des 300 millions genevois promis sur ce seul volet, mais il y en a d'autres avec Berne et Paris. Les P+R, lorsqu’ils sont bien situés, sont pleins. Seulement lorsque le MCG montre une photo de P+R vide prise aux petites heures du matin, il ne faut pas se contenter d’affirmer que c’est faux. Il faut montrer des photos de P+R pleins et même saturés.

Faire voter le peuple en toute connaissance de cause, sur le principe de la gestion commune de notre agglomération, pour le bien de tous et l’avenir de nos enfants, c'est à mon avis un objectif à mettre en place pour l'an prochain.

18/05/2014

Quand la démocratie fait rimer avarice avec égoïsme

Un commentateur qui chercherait à comprendre les résultats genevois de ce week-end à la lumière des critères politiques habituels aurait bien du mal à s’en sortir. Les Genevois n’ont pas voté à gauche, puisqu’ils ont refusé le salaire minimum. Ni à droite, puisqu’ils ont dit non au Gripen. Régionaliste encore moins, puisqu’ils ont refusé les P+R, même si c’est de justesse. Mais ce n’est pas non plus un vote patriotique ou nationaliste, puisque le Gripen, là encore a largement mordu la poussière. Cela dépasse aussi le réflexe de peur, car sinon, le Gripen qui doit protéger notre espace aérien aurait passé la rampe.

 

Bien sûr, comme toujours, les regroupements se font sur des bases qui ne recoupent pas les délimitations partisanes, mais à vrai dire, il y a pourtant un point commun entre tous ces résultats, c’est comme souvent l’avarice et l’égoïsme : moins je paie à la communauté et plus je conserve mon argent, mieux ça vaut. C’est une tendance lourde de ces dernières années, qui n’augure rien de bon pour l’avenir, car elle sent puissamment la décadence, lorsque les citoyens n’ont guère plus que leur intérêt quasi personnel pour œillères.

Le non au salaire minimum répond à la peur que cela soit nocif  à l’économie. Par ailleurs, l’immense majorité des travailleurs à Genève sont au-dessus, voire très au-dessus de ces 4000 Francs et ne se sentent donc absolument pas concernés.

Le non au P+R, c’est le refus de payer pour le voisin, même si le voisin entame des travaux dans votre intérêt. Encore que pour mieux comprendre, il faut descendre dans l’analyse des résultats quartier par quartier. Tous les P+R à financer étaient situés en Haute-Savoie et les communes et quartiers concernés – parce que traversés par les frontaliers savoyards - ont globalement accepté la loi. D’autant que sur la Rive gauche, les P+R existants sont saturés. Par contre, sur la rive droite, où aucun P+R n’était prévu, et pour cause,  ceux existant étant loin d’être remplis, le refus a été catégorique. 
En pratique, les frontaliers gessiens travaillent majoritairement dans les Organisations internationales ou dans la Zimeysa et n’ont donc guère besoin de P+R, parce qu’ils ne traversent pas la ville, disposent souvent de parkings au travail et manquent de transports publics ad hoc. Au-delà de l’égoïsme, cela démontre clairement le risque qu’il y a à vouloir faire passer devant le peuple de tout le canton une décision en fait locale.

Le non au Gripen est la conséquence de beaucoup de choses, mais d’abord le refus d’un budget de plus de 3 milliards qui n’apparaissait pas justifié par l’intérêt personnel de tout un chacun. A eux seuls, les horaires de bureau ou la direction de campagne confiée à l’UDC n’auraient pas suffi à faire pencher la balance. Les partisans du Gripen l’ont bien compris, qui insistaient beaucoup sur le fait que ces 3 milliards resteraient de toute manière dans le budget de l’armée et ne seraient pas reversés dans le pot commun fédéral… Mais là, pour une fois, c’est l’UDC qui se retrouvait contrainte à expliquer des considérations complexes et visiblement, elle n’y parvient pas mieux que les autres.

Le oui à l'initiative de l'Avivo sur les TPG est de la même veine, lorsqu'on sait que l'Avivo est le syndicat des personnes âgées et que celles-ci, malheureusement votent bien davantage que les jeunes actifs, dont beaucoup d'ailleurs, à Genève, n'ont pas le droit de vote...  L'initiative qui vient de passer la rampe privilégie le 3ème âge au détriment des jeunes et des frontaliers là-encore, puisqu'Unireso risque d'exploser, ce qui n'aura certainement pas pour conséquence de réduire le trafic en ville...  

Le problème de fond, c’est que pour pouvoir conserver un certain train de vie il faut investir. Dans les infrastructures notamment et celles-ci sont de plus en plus à l’échelle régionale. Si les citoyens refusent de le comprendre, ils se préparent des lendemains fort difficiles. Mais à vrai dire, là encore, l'âge moyen des votants explique peut-être que le corps électoral soit davantage préoccupé par son confort matériel à court terme que par l'avenir du canton et de ses populations jeunes. Après moi le déluge, aurait pu dire Harpagon...

10/05/2014

Voulez vous d'une Genève refermée sur ses frontières ?

A une semaine des votations, la décision du peuple sur le cofinancement de P+R en France reste incertaine.
Ces deux petits films de la série "Autour du CEVA" vous aideront à vous faire une opinion: on y voit la situation des-dits parkings et leur fonctionnalité dans le premier, l'explication du projet par les responsables politiques dans le second.

Ici

et

ici 

Quelques faits sont incontestables:
- construits aux emplacements choisis, ils seront plus efficaces et moins chers que s'ils étaient construits en Suisse.
- ils rendront principalement service à la Suisse, en réduisant bouchons et pollution et ne seront utiles à la France qu'indirectement

- Les P+R bien situés sont pleins, archi pleins.
- Séparer les parties françaises et suisses de l'agglomération genevoise serait aussi impossible que de séparer Carouge de Genève. Pourtant Carouge et Genève furent longtemps séparés par une frontière.

- Dans toutes les agglomérations du monde, les centre-villes, plus riches et mieux dotés en entreprises, gros contribuables, soutiennent la construction d'infrastructures en périphérie, qui sont utiles à tous.

- Genève et la Suisse sont plus favorables aux entreprises, qui sont de gros contribuables, tandis que la France est plus accueillante aux logements, dont les habitants coûtent cher en infrastructures. Genève profite de cette situation en pouvant ainsi loger en France les arrivants que son dynamisme attire, mais aussi les Genevois qui peuvent ainsi trouver des logements abordables. Si l'on ne veut pas que la périphérie se paupérise et au contraire que ses infrastructures s'améliorent, il est clair que le centre doit aider sa périphérie.

Après, libre à chacun de décider que non et non, pas question de financer quoi que ce soit en France, à deux kilomètres de chez nous, pour des gens qui contribuent à la prospérité de l'agglomération, quand bien même par la péréquation intercantonale, nous finançons des infrastructures à Obwald ou à Glaris pour des montants trente fois supérieurs. C'est un choix. Un peu borné, comme par des bornes frontières,mais c'est un choix, celui d'une Genève refermée sur ses frontières. Un vote contre la prospérité et contre l'Esprit de Genève. Chacun son truc.