09/05/2014

OK, dédiabolisons Putin...

Deux fois déjà, Putin a accepté des propositions de désescalade aussitôt rejetées par les sécessionnistes de Donetsk. Ce qui laisse deux possibilités :

 

Putin raconte des craques. Il continue de pousser ses pions et cherche surtout à gagner du temps et à éviter les sanctions, notamment les menaces de sanctions économiques  de 3ème niveau brandies par l’UE et l’Allemagne, qui pourraient faire très mal à une économie russe déjà exsangue. En jouant officiellement les pacificateurs, tout en continuant de soutenir en sous-main les sécessionnistes, il joue sur les deux tableaux. Et permet peut-être aux Européens d'arriver à une solution permettant à chacun de sauver la face...

Putin dit la vérité et il a perdu le contrôle sur des sécessionnistes dont le profil est celui d’aventuriers et même d’escrocs, Ponzi-Madoff aux petits pieds dans le cas du maire auto-proclamé de Donetsk. Des types dont l’accession au pouvoir régional n’aurait d’autre conséquence que de perpétuer l’enrichissement personnel et la corruption qui empoisonnent la vie politique ukrainienne, cible essentielle des révolutionnaires de Maïdan.

S’il dit la vérité, Putin doit donc cesser tout soutien à des sécessionnistes qui prétendent déclarer l’indépendance de leur ville ou de leur quartier par un coup de force, l’organisation d’un référendum équitable d'ici dimanche paraissant totalement impossible. Il doit leur faire comprendre qu’il n’y aura pas de salut venant de Russie…

Comme le faisait remarquer l’écrivain Vladimir Fedorovski, la Russie continuera d’exister après Putin et personne n’a intérêt à ostraciser ce grand pays, en dehors des risques de guerre que cela fait courir à la planète et à l’Europe en particulier. Personne ne l’ostracise d’ailleurs et si Washington a sans doute fait moins qu’il aurait fallu pour son intégration, c’est tout de même clairement Moscou qui freine des quatre fers depuis quelques années, en mettant beaucoup de mauvaise volonté à adapter son arsenal juridique aux normes occidentales. Ce qui a bien failli lui coûter son accession à l’OMC, sur la question des droits d’auteurs par exemple, mais aussi sur les critères de transparence en matière bancaire et de droits des sociétés, ou encore la liberté d’expression.

Même le soi-disant encerclement par l'OTAN n'en est un que si l'on considère l'OTAN comme un ennemi, alors qu'on y dispose d'un strapontin et de représentants et que l'adhésion au Traité de l'Atlantique Nord était dans les tuyaux. D'autant qu'elle semble inéluctable à moyen terme si l'on veut régler pacifiquement les questions d'exploitation des eaux et des sous-sols polaires.

Lea nationalistes répondront que c'est le droit d'un Etat de refuser de se plier aux règles de ses voisins. Sans doute, mais il s'agit de règles du jeu communes, conçues pour permettre un jeu équitable et pacifique. Si on les refuse, on refuse du même coup de prendre sa place à table pour jouer. C'est exactement la même situation que pour la Suisse en Europe, à cette différence que le pouvoir du Kremlin reste un pouvoir d’autocrate hypercentralisé, sans véritable opposition et sans réel bipartisme.
C’est vrai politiquement et économiquement. Comme en Chine ou au Vietnam, le succès économique et même la simple possibilité de faire de bonnes affaires repose essentiellement sur l’appartenance au bon parti, sans réelle alternative possible. Toute contestation se payant au prix fort. 

Dans ces conditions, prétendre ne pas avoir la main sur des sécessionnistes disposant d’armements russes dernier cri (et dont une bonne partie des troupes viennent de Russie), c’est soit mentir, soit courir le risque de laisser s’installer l’instabilité par un doute sérieux sur l’autorité réelle du chef suprême. Putin n'y a pas intérêt, pas plus qu'il n'a intérêt à se lancer dans une vraie guerre. Après avoir fait admirer sa musculature au monde entier, peut-être serait-il temps d'enfiler le costume de négociateur ? Pour de vrai cette fois. Pour le bien de la Russie, de l'Europe et du monde.

07/05/2014

De Katyn à Khatyn, les gros mensonges de la propagande du Kremlin

Les militants pro-russes qui volent en escadrille dans les blogs occidentaux semblent être passés en phase délirante. 

Chauffés à blanc par des photos de corps carbonisés et/ou asphyxiés, ils accusent les pro-ukrainiens d'avoir torturé des femmes et des enfants dans les sous-sols de la maison des syndicats. Alors qu'au même moment, elle servait de siège et de point de ralliement aux militants pro-russes, parmi lesquels la présence d'éléments provocateurs venus de Russie est aujourd'hui avérée. 

Les vidéos tournées sur place montrent clairement les combats entre pro-ukrainiens à l'extérieur du bâtiment et pro-russes à l'intérieur, mais peu importe, quand on a la foi... Cela permet aux blogueurs de Putin de rappeler le massacre de Khatyn, village biélorusse dont les 160 habitants furent brûlés par des SS allemands aidés d'un régiment de police militaire de la Wermacht comportant de nombreux ukrainiens. Ce en représailles après l'exécution de quatre de leurs officiers par des partisans.

Au delà du drame et de la bêtise qu'il peut y avoir à identifier des gentils et des méchants dans une bagarre de rues qui a dégénéré en accident meurtrier, la référence est éclairante, parce que le massacre de Khatyn est une construction médiatique du KGB des années Brejnev. Celui-là même dans lequel Poutine était un jeune officier prometteur...

Il y eut en effet plusieurs dizaines de villages biélorusses martyrs en 43, lorsque les choses commencèrent à mal tourner à l'est pour la Wermacht, grâce notamment au soulèvement des partisans russes, mais surtout biélorusses et ukrainiens. Oui, ukrainiens, l'Ukraine étant la région d'Europe où l'Allemagne nazie fit le plus de victimes. 

Il n'y avait cependant qu'un seul village qui s'appelait Khatyn, presque homonyme d'un autre massacre, celui de Katyn, commis en Pologne en 39, par le NKVD de Beria, l'ancêtre du KGB. A l'époque où Hitler et Staline s'étaient alliés pour se partager la pauvre Pologne, plus de 25 000 officiers, étudiants et médecins polonais prisonniers de guerre furent exécutés d'une balle dans la tête et jetés dans des fosses communes. Dont certaines en Ukraine, qui avaient déjà servi lors de l'exécution de dizaines de milliers d'Ukrainiens par le NKVD de Beria. 

Dans les années 80, alors que Solidarnosc et l'animosité des Polonais à l'égard du régime soviétique montait en puissance, l'évocation de Katyn devenait carrément gênante pour le Kremlin, qui tentait de prétendre, les fosses ayant été retrouvées, que les auteurs du massacre étaient nazis. Devant les preuves accablantes du contraire, le KGB décida d'organiser un contre-feu. Ce n'est donc pas par hasard si le pauvre village de Khatyn fut choisi à ce moment là pour devenir le symbole de l'horreur nazie. 

43 ans plus tard, en 86, l'officier ukrainien de police militaire qui avait participé au massacre est jugé et condamné à mort et un monument est érigé sur les lieux. L'idée était de créer la confusion dans l'esprit des gens, qui au moins dans l'empire soviétique allait désormais confondre Katyn, massacre soviétique avec Khatyn, massacre nazi...

C'est seulement en 1990, sous Gorbachev et après la chute du Mur que le Kremlin reconnut la responsabilité soviétique dans le massacre. C'est ainsi qu'on réécrivait l'Histoire au pays de Staline. Celui-là même dont le garde du corps et le goûteur attitré était le grand-père de Putin... 

06/05/2014

Des P+R en France : OUI et il en faudrait plus !

Qui trinquerait, si les Genevois écoutaient le MCG et refusaient le crédit à la construction de parkings en France ? Nos poumons, notre niveau de stress et puis nos portemonnaies. Parce que pollution et encombrements ne seront pas réduits. Il faudra donc construire les parkings quand même, mais en Suisse, ce qui coûtera de 2 à 20 fois plus cher et consommera inutilement l’espace qui nous manque.

 

L’argument du MCG ne tient pas : les Français n’ont qu’à financer eux-mêmes leurs infrastructures, répète en boucle le parti de Stauffer. Sauf que ce ne sont pas leurs infrastructures, mais les nôtres, situées en France. Les premiers bénéficiaires en seront les Genevois, ces parkings allégeant la circulation en ville et transformant des automobilistes pendulaires en usagers des transports publics.

Certes, à Annemasse et à Saint-Julien,  les parkings situés en amont détourneront les pendulaires des centres ville, asphyxiés matin et soir par les flux frontaliers. Mais pour les autres villages français de l’agglomération, notamment Valleiry et Veigy, les parkings ne changeront rien, car ils sont prévus en aval des villages, aux terminus des transports pour Genève. Par contre, pour les villages suisses, ce sera tout bénéfice et pour la France, c’est avant tout une commodité au service de Genève et des frontaliers incités à changer de mode de transport.

Le financement des transports publics dans l’Hexagone est assuré par un prélèvement sur le salaire des travailleurs employés en France. Les frontaliers n’y cotisent évidemment pas. S’il y avait un Stauffer français, nul doute qu’il crierait au scandale : on va utiliser les cotisations des travailleurs hexagonaux pour arranger les frontaliers travaillant pour l’économie suisse ! Alors même que les « hexagonaux » souffrent déjà de la vie chère frontalière !

En vérité, dans toutes les agglomérations du monde, des pots communs financent des infrastructures communes, avec des transferts du centre vers la périphérie, car le centre monopolise les rentrées fiscales des entreprises les plus juteuses et les plus prestigieuses… Et que sans sa banlieue, le centre serait incapable d’assumer ses  prestations aux entreprises comme aux particuliers. C’est donc donnant donnant, une symbiose réussie.

831 places sont prévues qui coûteront CHF 3'129'406.- à Genève. Soit CHF 3766.- la place alors qu’elle coûte à Genève entre 5’000.- et 80’000.- selon l’emplacement et la couverture ou les étages éventuels.  C’est un investissement optimal, car non seulement ces P+R seront moins chers en France, mais ils y seront plus efficaces, pour éviter aux pendulaires les embouteillages !

Le meilleur atout du transport public, c’est son gain de temps. Si vous avez déjà perdu une demi-heure dans les bouchons, rien que pour accéder au parking, vous resterez dans votre auto jusqu’au boulot ! Tandis qu’au Carrefour des Chasseurs, au-dessus de l’aérodrome d’Annemasse, les frontaliers déboulant de l’habitat dispersé des vallées environnantes et du plateau de Saint-Cergues auront immédiatement accès à un bus performant, en attendant une halte du futur RER régional.

 

Notons que les utilisateurs de ces parkings travaillent et paient leurs impôts à Genève. Le quart en est rétrocédé à la France et donc les trois quarts restent en Suisse. Le tiers des 70 000 frontaliers concernés est par ailleurs suisse.  En choisissant d’habiter en France, ils ont libéré des logements genevois et permis bien des économies à l’Etat. Leur ristourner 0,3% des 800 millions qu’ils laissent tous les ans dans les caisses cantonales parait équitable.

En votant « oui », on consolide le Grand Genève, tentative pragmatique d’harmoniser l’urbanisation de notre agglomération de 900 000 habitants, qui compte plus de 500 000 passages de frontières chaque jour pour le travail, les études, les courses, le tourisme… Ignorer ce que fait le voisin en termes d’aménagement serait écologiquement idiot et fort coûteux. Il faut au contraire œuvrer de concert, ce qui implique des choix et des financements communs. Les parkings transfrontaliers sont une première étape vers cette coordination de notre bassin de vie. Ne ratons pas le coche et montrons que Genève a foi en l’avenir, même après le vote du 11 février.

En fait, la seule vraie question, c'est de savoir si ces P+R seront suffisants: 831 places, c'est à peine quelques pour cents du nombre de véhicules pendulaires qui entrent chaque matin dans le canton. Il en faudrait dix fois plus, sauf qu'en attendant le CEVA et espérons-le demain, des télécabines rapides, les transports publics existant ne pourraient pas tout absorber. D'ici cinq ans, il faudra en construire davantage, peut-être à étages, si les emplacements désignés tiennent les promesses attendues. 

02/05/2014

Le Grand Bond en Arrière de Moscou. Direction le XIXè. Sans passer par le XXème ?

Avec Putin, la Russie a entrepris son Grand Bond en Arrière. Vers le passé glorieux… et arriéré des Tsars. Que peut faire l’UE ?

La Russie ne va pas envahir l’Ukraine militairement. Ce n’est pas le plan qui consiste simplement à refaire le coup de la Crimée, amplement rôdé depuis la chute du mur, en Géorgie, en Transnitrie et ailleurs : un soulèvement populaire de citoyens pro-russes qui réclament l’annexion ou la protection de la Grande Russie, suivi d’un référendum truqué, sans aucun contrôle local ou international impartial et le tour est joué.
Dans ce contexte, « l’invitation » à résidence forcée des observateurs de l’OSCE (présidée par Didier Burkhalter) prend tout son sens : en tant qu’observateurs, neutres ou pas, ils sont avant tout des empêcheurs de voter en rond. Tant pour le processus de votation lui-même que pour ses préparatifs armés, mêlant quelques bonnes âmes venues d’ailleurs aux activistes locaux. En Crimée, les Observateurs avaient été empêchés de pénétrer sur le territoire, mais dans le Donbass, ils y étaient déjà. Donc on les empêche de circuler. En tabassant copieusement au passage les officiers ukrainiens qui les accompagnaient.
Le Donbass tombé dans l’escarcelle, c’est la puissance industrielle ukrainienne qui change de camp (à commencer par les avions Antonov) et les communications avec la Crimée qui peuvent se passer de la coûteuse construction d’un pont. Je serai un ukrainien pro-européen ou proMaïdan, dans l’Est de l’Ukraine aujourd’hui, je songerai sérieusement à déménager vers l’Ouest, car Putin ne lâchera pas sa proie.
Son âme damnée, son éminence grise, père spirituel de CCCP 2.0 (le mouvement ultra-nationaliste qui veut reconstruire une URSS puissante et dominatrice, mais en remplaçant le parti communiste par l’église orthodoxe) a écrit et répété à plusieurs reprises que « partout où il y a des Russes, il y a la Russie ». Ce qui fait un paquet d’endroits dans le monde, des pays baltes aux îles Sakhaline.
Putin a commencé à mettre le slogan à exécution. Cela fait des années qu'il s'y prépare, au point de considérer cette tâche comme plus importante et prioritaire que la diversification de son économie, gravement toxicodépendante aux exportations de gaz. C'est une trahison en bonne et due forme des intérêts fondamentaux du peuple russe, représentative d’un populisme primaire, mais cela lui assure à court terme une popularité inégalée.
Non seulement il est devenu le Petit Père des Peuples russes, mais aussi l’idole de toute l’extrême-droite européenne, enthousiaste à l’idée de voir son ultra-nationalisme religieux et archi-conservateur damer le pion au cosmopolitisme  euro-atlantiste.
La question est de savoir où il s’arrêtera. Comme l’Allemagne du IIIème Reich, la Russie de Putin relève d’une humiliante décomposition, au sortir d’une guerre (froide ou de tranchées, ce n’est pas la question) perdue davantage par délabrement intérieur que par une défaite militaire.

L’UE et les Etats-Unis ne semblent pas prêts à interrompre le rêve de puissance du Kremlin par la voie des armes. La voie des sanctions et d’un isolement économique a montré son efficacité aux temps de la guerre froide, mais cela implique de trouver rapidement une alternative au gaz russe et cela peut prendre des années, voire des dizaines d’années avant que les Russes ne comprennent qu’ils vivraient mieux sans Putin qu’avec. D’ici là, il peut encore faire des dégâts et se renforce du sang et des âmes de chacun des territoires qu’il conquiert par la voie des urnes pleines…

Les Ukrainiens ont compris le danger et se risquent à passer à l’étape « action militaire » pour tenter d’enrayer un processus qui les prive d’une partie essentielle de leur territoire. En espérant que l’armée russe n’intervienne pas autrement qu’au travers des irréguliers déjà présents.

 

Que faire ? Trois options s’offrent à l’UE :

-          A)           Rien. En espérant que Putin se calme et que la marche des affaires reprenne comme avant. Pour que l’on puisse continuer à acheter du gaz russe, à vendre des voitures à Moscou et des villas à Cologny.  Problème, c’est renforcer Putin et les siens dans leur vision d’une Europe prête à s’offrir au plus macho, au moins jusqu’à Munich… Polonais, Baltes, Tchèques, Bulgares et autres ne sont pas du tout d’accord et ils ont d’excellentes raisons pour cela.

 

 

-          B)           Durcir les sanctions économiques, ce qui implique des sacrifices financiers pour nos économies, l’emploi et aussi à terme se passer du gaz russe ce qui forcément entraînera un renchérissement du prix de l’énergie. Mais c’est la solution la moins coûteuse en vies humaines et la plus respectueuse des intentions de chacun. Le message à Putin étant : « OK, vous ne voulez pas jouer le jeu de l’intégration et persistez à vous concevoir comme un élément étranger aux imbrications de l’économie mondialisée, c’est votre droit. Mais cela comporte des conséquences ! »

 

 

-          C)           Participer à l’escalade militaire, par ukrainiens de l’est et de l’ouest interposés, les pro-russes paraissant cependant mieux préparés. Une intervention directe de l’OTAN ou des Russes demeure improbable. Elle présenterait l’énorme risque d’une victoire militaire rapide des forces de l’OTAN, nécessairement fort coûteuse en vies humaines, qui risquerait d’inciter un Putin aux abois à réagir par tous les moyens. Y compris atomiques.

Perso, pour une fois, c’est le plan B, qui me parait le plus judicieux, mais très probablement, il offre le Donbass et ses populations à Putin, après lui avoir offert la Crimée. D’où la nécessité de mesures de rétorsion qui lui fasse sentir douloureusement le prix à payer, quoique cela puisse nous coûter. C'est cela où lui ouvrir la route de Munich.

25/04/2014

Un barbu, faux barbouze (?) mais vrai combattant russe...

J’ai bien ri à la lecture du texte de la Tribune, reprenant des articles anglo-saxons au sujet du barbu d’Ukraine…
D’abord, ce n’est pas parce qu’ils ont menti à l’époque des armes chimiques irakiennes que les étasuniens mentent à chaque fois. Et puis si l’une des missions des services secrets est d’essayer de nous faire avaler des couleuvres, c’est au moins aussi vrai pour les russes que pour les yankees.
Enfin, ces photos ont été ramenées par des observateurs de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui est censée être neutre et dont notre Didier Burkhalter est le Président en exercice.
Ce qui est drôle, c’est la naïveté du journaliste britannique repris tel quel par celle de la Tribune. Le barbu reconnait être un combattant russe, mais nie avoir été en Géorgie ou être membre des forces spéciales qui dépendent du FSB.
Depuis quand un membre des Forces spéciales, qu’il soit russe, français ou papou avoue comme ça, en opération qu’il est un agent ? Même sous la torture, ils sont entraînés pour ne pas le dire, alors à un simple journaliste… S’ils sont la plupart du temps cagoulés, ce n’est pas pour des prunes.

Par ailleurs, d’où sort-il ? Comment les journalistes ont-ils mis la main dessus ? Qui le leur a amené, parce que pour avoir été plus d’une fois sur le terrain avec mes confrères, je sais combien la soif du scoop mondial les rend manipulables. Quelle assurance ont-ils que ce type ne leur a pas été tout simplement envoyé dans les pattes par le FSB ?
Enfin, le plus cocasse, c’est que le gars crache quand même le morceau. Il est donc bien russe, de Russie, et ses potes avec lui : une bande de cosaques qui passent leur temps à guerroyer depuis la nuit des temps. Des supplétifs et des irréguliers, en temps normal, mais aussi des bêtes de guerre redoutées de tous et un vrai vivier de recrutement pour les bataillons d’élite de l’armée russe. Il est venu en Crimée à la demande de l’Etat. Tiens donc, quel Etat ? Sans doute pas l’Etat ukrainien en tout cas.  Et de là, ses potes et lui, avec tout leur arsenal militaire, ils ont décidé d’aller continuer leur petite guerre dans l’est de l’Ukraine. En rangs serrés, avec leurs munitions de guerre, donc…
Etonnant comme les bagarreurs russes peuvent franchir aisément des frontières que l’on imagine intensément gardées…
Ah oui et il est recherché en Russie, pour des faits de violence. L’engagement des bagarreurs condamnables dans des troupes de choc ou des actions commandos, c’est un grand classique des troupes d’assauts, là encore. Les étasuniens en ont fait des dizaines de films et en France, on appelle ça la Légion Etrangère. Cela existe au moins depuis les croisades en fait, puisque une bonne partie des chevaliers croisés partait en échange de la promesse d’absolution de leurs pêchés…
Reste que troupes de choc ou pas, la réalité est bien là : des russes avec un passé militaire chargé sont à la manœuvre sur le sol même de l’Ukraine et apparemment en service commandé. CQFD.
Dès lors le titre du papier de la Tribune me semble assez mal choisi…

Putin, Le Pen, Blocher, même combat

Ils ont pour points communs d’être très riches, politiciens, viscéralement nationalistes et moralement très conservateurs. La différence, c’est que l’un est au pouvoir, mais fondamentalement, ils partagent la même vision passéiste du monde et de la nation.


Ce que résume parfaitement cette répartie offusquée de Le Pen face à des étudiants pro-européens qui lui faisaient remarquer que la France était un petit pays : « Oh, la 5ème puissance mondiale tout de même ! ». Oui, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, mais pour combien de temps encore ?
Demain, le Brésil, l’Inde, la Russie et le Canada ont vocation à la dépasser. Et après-demain elle se retrouvera à batailler pour la 9ème place non plus seulement avec la Grande-Bretagne et l’Italie, mais aussi la Colombie, l’Afrique du Sud, le Canada, le Mexique, l’Argentine, le Chili, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, le Pakistan. Voire l’Ukraine. Et bien avant la fin du siècle, l’Egypte, le Nigeria, le Bengla Desh auront rejoint le club des puissances mondiales.
La Russie elle-même ne sera plus jamais ce pôle alternatif d’un monde bipolaire ou triphasé dont rêve Poutine. Avec 145 millions d’habitants, elle est une puissance importante, certes, comme le Japon et contrairement à lui riche de matières premières (comme le Congo) mais rien à voir avec la Chine, l’Inde, les Etats-Unis ou le Brésil… D’autant que son immensité est son talon d’Achille. Le jour où la Sibérie se peuple, ce que le réchauffement climatique pourrait faciliter, les pulsions centrifuges se développeront en parallèle, vu les distances à parcourir.
Les regroupements régionaux vont accentuer et pallier ce phénomène. Comme l’UE qui, contrairement à ce que prédisent les Cassandre, ne peut que se renforcer si ses peuples veulent continuer de peser d’un poids conséquent sur l’avenir de la planète. Or il est nécessaire que cela soit le cas, ne serait-ce que pour l’écologie et la survie de la planète comme de l’humanité.
Il est un moment où le nationalisme et le sentiment d’être différent des autres doit s’effacer derrière  un double constat : les Etats et les populations ont des dimensions et qu’on le veuille ou non, nous ne sommes tous que des êtres humains, fondamentalement égaux.
Bien sûr, la Suisse montre que l’on peut être petit et tirer son épingle du jeu. C’est tout le bien que je souhaite à l’Europe en général. Mais pour y parvenir, il faut être ouvert au monde comme l’est notre pays, probablement le plus ouvert au monde et aux échanges de la planète, ce qui lui permet, sans ressources naturelles, de caracoler en tête de nombreux classements. Tout le contraire de ce que prône Blocher, bien qu’au niveau de ses affaires, il développe une vision parfaitement mondialiste…

Ce n'est pas un drame d'être la 10ème ou 12ème puissance mondiale plutôt que la 3ème ou la 25è... L'essentiel c'est de participer. En clair, de faire en sorte que sa population se sente bien dans sa peau, que les échanges avec les voisins proches ou lointains se développent harmonieusement, que l'on vive en paix et de manière prospère et toute cette sorte de choses. Avoir la belle vie ne se mesure pas en termes de puissance militaire et de loin pas non plus uniquement en termes de PNB. De PNB par habitant, à la rigueur, ce qui est bien différent, et implique précisément de se préoccuper de ses habitants, avant de s'enticher de la grandeur du pays...

23/04/2014

Tout ce sang sur les mains de Poutine...

Ils finiront bien par ouvrir les yeux. 

On a beau être remonté contre la mondialisation ou Washington, cela n'excuse en rien de tomber en pâmoison devant l'un des apprentis dictateurs les plus sanglants de ce début de XXIème siècle.
Putin a du sang sur les mains, beaucoup. De la Tchétchénie à la Géorgie en passant par la Syrie, il est directement responsable d'une demi-douzaine de guerres - dont certaines particulièrement sanglantes et sales - depuis 15 ans qu'il dirige la Russie d'une poigne de fer. 

La poigne d'un ancien agent du KGB chargé dans un premier temps de surveiller secrètement les opposants politiques, puis envoyé en RDA où il assistera désemparé à la chute du Mur de Berlin, dont il fait son grand drame personnel... Le fer d'un comploteur qui n'hésite apparemment pas, alors chef du FSB (le successeur du KGB) à susciter des attentats meurtriers en Russie même pour justifier la répression sanglante en Tchétchenie. Une accusation jamais prouvée, sauf que les deux seuls auteurs présumés de ces attentats jamais arrêtés - par la police locale - étaient... deux agents du FSB.

Provocation encore ? Le chef charismatique de Secteur Droit, groupuscule nazi ayant participé à Maidan était suspecté par les jeunes manifestants d'être un provocateur à la solde du pouvoir de Ianoukovich. Donc de Putin. Des accusations qu'il traîne depuis la Tchétchénie où il fut décoré par les islamistes tchétchènes et accusé d'avoir torturé à mort 15 soldats russes des troupes régulières... Mais aussi accusé, déjà à l'époque d'être un agent de Putin infiltré dans la rébellion. Toujours est-il qu'il ne parlera plus, ayant été abattu lors de son arrestation par le nouveau pouvoir ukrainien.

Putin s'est saisi de l'équivalent russe de Facebook, après en avoir fait virer le fondateur. Il mène une guerre des mots incandescente depuis le début de la révolte de Maiden au travers des médias russes, télévision en tête, dont les dirigeants sont tous à sa botte, qui diffusent sans discontinuer sur l'est de l'Ukraine des informations mensongères et des appels à la révolte contre le nouveau pouvoir, accusé d'être un ramassis de nazis assoiffés de sang russe. 

Glissons sur les montages grossiers, style carte de visite pro-nazie comme seule preuve de l'implication de l'actuelle gouvernement dans une fusillade nocturne à l'est, pour en venir aux choses sérieuses:

-  Deux hommes ont été torturés sauvagement et retrouvés morts dans l'est. L'un d'eux est le leader local d'un parti de la nouvelle coalition gouvernementale.

-  Le leader des tatars de Crimée a été mis dans un avion pour Kiev et interdit de séjour pour 5 ans en Russie, donc chez lui en Crimée...

-   Un journaliste étasunien d'origine russe, a été arrêté dans l'est avec d'autres journalistes. Les autres ont été relachés, lui a été retenu et l'on est sans nouvelle de lui depuis plus de 24h.

Le fait de parler russe lui avait permis de confondre des soldats russes, des professionnels des forces spéciales sans aucun insigne et portant des uniformes disparates sur leurs maillots de corps rayés bleu, typiques de l'armée Rouge... et des forces russes comme des forces ukrainiennes actuelles. Sauf que les maillots des soldats ukrainiens sont élimés et blanchis, tandis que ceux des forces spéciales russes sont flambants neufs. Qu'ils portent avec un grand professionalisme des armes (russes) de pointe et qu'ils désarment les jeunes troufions ukrainiens (ceci dit bien courageux et stoïques de se laisser désarmer en présence d'une foule pas si loin du lynchage) avec un sang froid et une expertise qui n'est à l'évidence pas celle de miliciens locaux hâtivement réunis.

En conséquence, les choses sont claires: contrairement à tous les mensonges contraires de Putin, l'armée russe a d'ores et déjà envahi l'est de l'Ukraine et manoeuvre pour pouvoir rattacher directement la Crimée à la Russie, par la terre ferme. Comme c'est probablement contre la volonté d'une courte majorité des populations locales, qui selon tous les sondages veut rester ukrainienne, Putin fera tout pour empêcher que l'élection du 25 mai puisse se tenir dans l'Est. 
A noter que Putin avait aussi promis solennellement l'immunité à Eltsine et sa famille pour que ce dernier lui cède le pouvoir. Ce qui ne les a pas empêchés de se retrouver rapidement en prison... 

Ici, le dernier dernier reportage du journaliste étasunien, juste avant son arrestation:
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/23/un-journa...

19/04/2014

Le coup d’avance permanent du Tsar Putin

Bien joué. Vraiment. Comme tous les commentateurs, et surtout comme tous les diplomates européens et étasuniens, je n’ai rien vu venir. Etonné, abasourdi même par la rapide conclusion de la rencontre de Genève, je me demandais quelle genre d’entourloupe elle pouvait bien cacher, mais avec cet infime espoir que cela soit pour de vrai le début de la désescalade… Après tout, Putin joue gros dans cette histoire et peut-être est-il revenu à la raison? Cela nous arrangerait bien...

Cette crainte viscérale de tout occidental de retomber dans les affres de la guerre froide, c’est la meilleure arme du tsar du Kremlin. Ses conseillers militaires ne cessent d’ailleurs de répéter que jamais depuis la seconde guerre mondiale, des troupes officielles russes n’ont été attaquées par l’OTAN. Même lorsqu’elles se sont opposées à des opérations armées de l’OTAN, comme dans l’ex-Yougoslavie.

De même, Washington évite de s’en prendre ouvertement à la Chine. Putin joue à fond de ce statut d’intouchable, pour tenter d’aller le plus loin possible dans la reconstitution d’un glacis russe puissant, déterminé et centralisé. Sans doute n’a-t-il pas l’intention d’une 3ème guerre mondiale, mais son histoire personnelle et surtout celle de la Russie depuis 25 ans fait qu’il en a moins peur que les Occidentaux. Et ce qu’il veut c’est un monde tripolaire dans lequel Moscou soit l’un des trois pôles, avec Washington et Bei-Jin. Exit l’UE, trop divisée et veule, selon ses propres termes. Pour cela, il a besoin d’industries qui ne soient pas que gazières et ces industries « russes » sont en bonne partie dans l’est de l’Ukraine…

Personne n’a su lire le coup d’avance que jouait le néo-tsar avec le talent de champion d’échecs qui le caractérise. Cependant, le suspens n’aura pas duré 24 heures. Les agitateurs du Donbass refusent de rendre les armes et les bâtiments et rétorquent un « NIET » ferme et définitif à la demande polie des instances internationales. Que la présence des petits hommes verts du FSB soit avérée parmi eux n’y change rien : le Kremlin n’est pas officiellement leur donneur d’ordres et l'entrevue genevoise n'était qu'un tour de chauffe, puisque Kiev et les occidentaux ne voulaient pas de représentants des dissidents pro-russes de l’est aux pourparlers de l’Intercontinental.
Les Russes ont accepté de venir, signé le premier accord venu et sont repartis en sachant que cet accord n’avait pas la moindre chance d’être accepté par les dissidents. Sachant que les petits hommes verts, l’argent et les médias russes alimentent la rébellion, la ficelle est un peu grosse, mais sur la forme elle est invisible et la propagande méthodique et largement relayée dans les blogs de la Voix de la Russie fera le reste: Papa Putin est le gentil, qui respecte les institutions même si toute l'histoire des services secrets dont il est imbibé jusqu'à l'os affirme le contraire.

Coincés, les Occidentaux demandent au Kremlin de mettre de l’ordre dans ses troupes et de les faire obéir, ce à quoi Putin a beau jeu de répliquer : ce ne sont pas mes troupes ! En revanche, mes troupes, les vraies, ne sont pas bien loin et si vous voulez, elles peuvent entrer en Ukraine, à notre corps défendant bien sûr, et dans le cadre d’une opération internationale. Dans laquelle nous aurons à cœur de protéger les populations. Notamment celles qui parlent russe…

Maintenant, ajoutent Putin et la propagande de la Voix de la Russie, "vous avez vu que nous agissions de bonne foi en faveur de la désescalade. Vous devez lever les sanctions à notre égard et vous ne pouvez en aucun cas les augmenter, parce que nous on joue le jeu! Ce sont les gens dans l’Est de l’Ukraine qui ne veulent pas nous écouter et qui veulent faire une révolution. Comme celle qui fut faite à Kiev pour amener au pouvoir un gouvernement dont nous ne reconnaissons pas la légitimité. Les gens qui réclament le rattachement à la Russie dans l’est non plus ne la reconnaissent pas et les élections prévues en mai sont illégales. Pas question qu’elles se tiennent…"

En bref, le Kremlin se voit déjà entrer en Ukraine et procéder à la partition du pays avec la bénédiction de l’opinion publique internationale…

Evidemment, les choses ne peuvent se passer ainsi. Les élections de mai doivent se tenir et montrer quels sont les vrais rapports de force, y compris dans l’est du pays.  Jusqu’à présent on voit beaucoup d’agitateurs et de militants déterminés, parsemés de petits hommes verts, des gens plutôt quinquagénaires, nostalgiques de l’URSS dans l’ensemble, mais on très loin des foules immenses de Maïdan et à vrai dire, les manifestions pro-ukrainiennes pacifiques dans l’est réunissent autant de monde que les démonstrations de force pro-russes. 

La garde nationale ukrainienne, qui a tiré pour se défendre à Marioupol, tué trois assaillants et fait plusieurs dizaines de prisonniers dont une dizaine de nationalité russe liés au FSB, est constitué de volontaires récemment enrôlés. Des jeunes souvent issus des régions de l’est, qui ont fait la révolution et ne veulent pas retomber sous la coupe moscovite (j’allais écrire soviétique…). Il faut éviter la guerre civile, toujours une horreur, mais si elle éclate, les troupes russes risquent de se retrouver confrontées à une guérilla meurtrière, d’Ukrainiens bien décidés à défendre chèrement leur liberté.
Ce n’est pas un hasard si c’est à Marioupol que les premiers vrais combats ont éclaté, tournant à l’avantage des Ukrainiens : cette ville au bord de la mer d’Azov est la clef de l’accès à la Crimée pour les Russes. Putin a beau avoir promis la construction d’un pont géant pour relier la Crimée à la Russie, l’économie du pays n’en a pas vraiment les moyens. Occuper les territoires ukrainiens qui séparent la Russie de la Crimée serait sans doute beaucoup plus rapide et économique. A condition que les Ukrainiens se laissent faire, ce qui ne semble pas devoir être le cas…

17/04/2014

Ukraine: le film des évènements

Reprise d'un texte paru mardi sur le site de politique en ligne Politeia.ch

Nous travaillons en ce moment sur la version française d’un film tourné par un collectif de cinéastes ukrainiens durant les événements de Maïdan.

Un collectif d’artistes modernistes plutôt gauchistes, voire carrément anars  et surtout ulcérés par la corruption générale du système russe qui de longue date étend son empreinte et son emprise sur les anciennes républiques de l’URSS.
Des trentenaires de toutes origines et de tous milieux, mais majoritairement issus des régions russophones de l’est ! L’histoire de la révolution de Maïdan, c’est aussi comme souvent celle d’un conflit de générations. Beaucoup de ces jeunes adultes sont en rupture avec la société de leurs parents, plus enclins à respecter la main qui nourrit, pour l’heure celle de Papa Putin à l’est du pays, dont l’économie dépend largement de Moscou.
Ils sont parfaitement représentatifs de la contestation qui s’est emparée de Maïdan le soir du 21 novembre, à cent lieues de l’image de fachos antisémites véhiculée par la propagande du Kremlin. Au départ, quelques dizaines de jeunes qui décident de faire un sit-in sur la Place Maïdan.  L’idée vient d’un étudiant en journalisme qui a grandi en Ukraine, né de parents afghans prosoviétiques, réfugiés à Kiev. Ils protestent contre la volte-face pro-russe du gouvernement corrompu de Ianoukovich, qui repousse aux calendes grecques leurs rêves d’ouverture au monde et d’accès à l’Europe. Partis à 200, mais vite relayés par les médias, ils arrivent au bout d’une semaine à se compter 10 000, russophones presqu’autant qu’ukrainiens, mais surtout avides de changement.

Les néo-nazis arrivent ensuite.  Les extrémistes de « Secteur Droit » sont à peine quelques dizaines, des agitateurs fanatiques menés par « Sachko Bily ». Ce « héros » de la guerre mené par les Tchétchènes contre les troupes de Putin, était suspecté dès cette époque d’être un agent provocateur, vieille spécialité des services russes, et ce bien qu’il ait été accusé d’avoir torturé à mort plus de vingt soldats russes prisonniers des Tchétchènes.
Le parti Svoboda sent moins fort le souffre. Il est juste allié officiellement au Front National français et très conservateur en matière de mœurs. Il a quelques élus (il aura même trois ministres dans l’actuel gouvernement de transition) mais représente au plus 10% des manifestants qui  seront plus de 800 000, venus de toute l’Ukraine, le soir du 1er décembre pour protester contre l’intervention des « borkut ». L’avant-veille, la section d’assaut de la police avait attaqué et violemment matraqué les premiers manifestants jusqu’alors parfaitement pacifiques.
Lorsque plus du quart de la population d’une capitale est prête à passer la nuit à manifester dehors par moins 10°C, on commence à comprendre que les règles constitutionnelles puissent être remises en cause…

Les néo-nazis de Secteur Droit restent en marge du mouvement, sans vraiment s’y intégrer. Ils mènent leurs actions à part et n’ont pas vraiment les mêmes valeurs que les artistes cosmopolites et les jeunes intellectuels qui tiennent le haut du pavé, amenant leurs pianos à queue sur la place ou offrant des happenings aux policiers en uniforme anti-émeute. Les jeunes se méfient de ces baroudeurs racistes dont on dit qu’ils pourraient être des « Titouchkos », des agents provocateurs à la solde de Putin. Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces néo-nazis n’a été tué pendant les manifestations et les combats de rue, alors que plus de 80 jeunes manifestants ont payé le prix du sang… Et quelques policiers de même.
Dans les archives des services de Ianoukovich, des documents découverts après sa fuite font état de la manipulation de tireurs d’élites par les services aux ordres du Kremlin. Auxquels feront écho la rumeur contraire, examinée lors d’une conversation entre officiels européens. Sachko Bily, lui, a été abattu par les forces de l’ordre ukrainiennes le 25 mars dernier, lors de son arrestation. L’accusation qui en faisait un agent provocateur de Putin repose sur une certaine habitude en la matière du maître du Kremlin. A commencer par le fait que les seuls coupables présumés des premiers attentats de Moscou jamais identifiés, lors de la guerre en Tchetchénie, étaient deux officiers du FSB, alors dirigé par Poutine, arrêtés en flagrant délit par des policiers locaux…

L’Ukraine vit une situation révolutionnaire, dans la confusion d’un gouvernement provisoire d’union nationale dont l’ennemi est massé aux frontières. Les troupes spéciales du FSB, le successeur du KGB, ont même déjà mis le pied dans la porte en Crimée, puis ces derniers jours dans l’Est. Selon des sondages de fin mars, une large majorité de la population ukrainienne soutient le changement de régime et refuse tout rattachement à la Russie. Une majorité qui est nettement moins conséquente, mais majoritaire quand même dans les provinces russophones de l’Est. C’est pourquoi le Kremlin tente de faire le forcing en obtenant la sécession par des coups de force AVANT la tenue des élections. Comme il l’a fait en Crimée, où le taux de participation dans la Ville de Simféropol a dépassé 120 % !!! Par ailleurs, les conseillers militaires de Putin semblent persuadés que l’OTAN, de toute manière, n’osera jamais intervenir militairement face à l’armée russe.

Lors des élections de mai, les différentes tendances pourront concourir. Le plus simple et le plus démocratique serait de laisser ces élections se tenir normalement, sous le contrôle d’observateurs internationaux, ce que Putin a soigneusement évité en Crimée. Le plus simple et le plus démocratique, mais si les sondages sont justes, ils signifient une défaite assurée pour Poutine et sa politique. Celui-ci n’en veut donc à aucun prix.  L’option retenue par Kiev d’une décentralisation mesurée, serait un compromis correct. Quelle différence avec l’idée d’une fédération, défendue par le Kremlin ? Le degré d’autonomie bien sûr, en matière culturelle et politique mais aussi économique. Hormis le blé, principale ressource de l’ouest, les richesses minières et industrielles du pays sont à l’est et les jeunes russophones qui ont fait la révolution à Kiev n’ont aucune envie de voir leurs régions d’origine tomber entre les mains de « Papa Putin » comme le surnomment aujourd’hui la majorité des Russes. S’ils ont tenu Maïdan toutes les nuits de l’hiver par un froid glacial, c’est précisément pour la raison inverse.

11/04/2014

Décentralisation jacobine : la valse ou le tango ?

La réforme du mille-feuilles administratif français est annoncé comme « LE » chantier de ce nouveau Gouvernement. C’est probablement le fruit des discussions qu’ont eues Pascal Lamy et François Hollande juste avant les municipales. Fan de Lamy dont c’est l’un des dadas, je ne peux que m’en réjouir, mais il ne faudrait surtout pas que le but se limite à faire des économies. Les enjeux sont autrement plus importants et appellent une refonte complète de la structure administrative, du bas en haut de l’échelle, des 36 000 communes françaises (1 pour  2000 habitants contre une pour 10 000 à Genève qui veut déjà en réduire le nombre!) au sommet de l’UE.

La France compte en effet une succession de couches administratives impressionnantes qui dissimulent mal une réalité bien différente : tout le pouvoir se concentre à Paris. La région Rhône-Alpes toute entière, 8 millions d’habitant et 2ème puissance économique française, avec les villes de Lyon et Grenoble, a un budget près de trois fois inférieur à celui du Canton de Genève, 17 fois moins peuplé. On est donc dans un rapport de 1 à 50. Et si l’on compare avec des régions européennes de même importance, comme la Catalogne, la Bavière ou la Lombardie, la différence saute aux yeux : c’est Paris qui tient les cordons de la bourse.

 

Au niveau communal, cela reste vrai, même si c’est moins flagrant : le budget de la ville de Genève est légèrement supérieur à celui de la ville de Lyon, pourtant cinq fois plus peuplée et quatre fois plus important que celui de Grenoble, presque aussi peuplée. C’est nettement plus que l’écart de niveau de vie et même de prix… Qui paie commande. Il est donc extrêmement clair que le pouvoir jacobin ne cède rien ou pas grand-chose aux échelons locaux, bien que ceux-ci soient particulièrement nombreux et enchevêtrés. Diviser pour régner en quelque sorte.

Valse ou Tango ?

La réforme, c'est bien, mais à condition qu'elle serve à la simplification, sans être un retour en arrière jacobin en matière de décentralisation. Or la tentation est grande.  Réduire les coûts du mille-feuille des collectivités territoriales est une bonne idée, mais pas en se contentant d’en réduire le nombre. Il faut aussi leur donner plus de pouvoir et donc aussi plus de budget. Pour responsabiliser davantage les élus locaux, permettre au dynamisme régional – et à la concurrence - de jouer son rôle et surtout rapprocher les procédures de décision des gens, partout où c’est possible. C’est le pendant obligé de la mondialisation et de la construction européenne.

 De même, il ne faut surtout pas s’arrêter à une vision technocratique et mécanique des choses (ou pire : dictée par des motifs de découpage électoral), en regroupant des régions ou des communes à l’emporte-pièce, sans tenir compte de la géographie, de l’Histoire et des cultures. Toutes ces choses ont du sens pour les gens et construire des ensembles cohérents auxquels les gens puissent s’identifier est d’une importance primordiale. 


Vu de Paris, tout cela peut sembler une hérésie ! Pourquoi se priver du pouvoir et des cordons de la bourse, et privilégier les particularismes régionaux, au risque de faire vaciller l’unité nationale ? Tout simplement parce que c’est ce dont les gens ont besoin pour se sentir bien, respectés et entendus de responsables politiques qu’ils puissent ressentir comme les leurs et sur lesquels ils peuvent peser. Parce que c’est aussi plus performant, même si pas toujours plus efficaces et même parfois carrément plus lent. Seulement, les décisions qui sont prises de près sont souvent mieux adaptées localement.
Après il est clair que certaines décisions, dans certains domaines, doivent se prendre à l’échelon supérieur, de plus en plus européen et mondial que national d’ailleurs. Mais elles sont au fond assez peu nombreuses, même si elles sont vitales pour notre sécurité globale.

06/04/2014

"Papa" le surnom de Poutine, nouveau Petit Père des Peuples...

Réponse du berger à la bergère, les Ukrainiens ont entamé une procédure judiciaire après les tirs meurtriers de Maïdan. Ils incriminent les forces spéciales de Iakounovich et le FSB russe. Ce que les Russes évidemment démentent. Lire ici 
Qui croire ?
Pour ma part, j'ai un indice, fruit de mes échanges avec mes amis russes. Qui m'expliquent que Poutine a déclaré récemment que le stalinisme était le fruit d'une nécessité historique. Ce qui s'ajoute à sa vision du démembrement de l'URSS, vécu par lui comme un échec personnel.
Aussi, les opposants à sa politique, en particulier ceux qui ne sont pas d'accord avec l'annexion de la Crimée,  sont qualifiés de "traîtres à la Patrie" et régulièrement agressés dans les rues et tabassés par les jeunes nervis croyants orthodoxes qui sont le fer de lance de CCCP 2.0, le mouvement qui réunit les adorateurs de Poutine et du patriarche Cyrille, le chef de l'église russe. Lui-même ancien du KGB (comme Poutine) me disent mes amis russes, mais aussi inculpé jadis dans des affaires d'escroquerie...
Aujourd'hui, la majorité des Russes surnomment Poutine "Papa", tant il a su étendre son image de protecteur de la nation. Tout comme le Petit Père des Peuples, Josip Staline en personne.
Même à Sotchi, les années 50 étaient présentées comme une sorte d'âge d'or, négligeant discrètement les 20 millions de morts du Goulag et les carences gravissimes du système de distribution soviétique.
Un ami francophile me disait avoir été frappé l'autre jour, en découvrant la série sur la montée de Hitler, sur la quantité de parallèles entre les deux situations. Que c'en était effrayant. Il y a pourtant une différence essentielle: l'Allemagne de Hitler était un pays hautement industriel, doté des meilleures infrastructures de l'époque, à la pointe de la technologie, mais presque entièrement dépourvu de ressources naturelles, en dehors du charbon.
La Russie de Poutine, c'est l'inverse: un pays de gens certes fort bien éduqués, mais dont les infrastructures sont encore à l'abandon dès qu'on s'éloigne de Moscou ou du village olympique de Sotchi, dont la production industrielle et la technologie ne sont en pointe dans aucun domaine - sauf peut-être les virus informatiques - et dont la seule richesse sont les ressources naturelles, ce qui quelque part, est un piège mortel, car une forme d'oreiller de paresse. 
L'Allemagne avait intérêt, dans le contexte de l'époque, à tenter de s'agrandir pour assurer ses approvisionnements. Même si c'était suicidaire à long terme militairement. La Russie n'a aucun intérêt à s'agrandir et à guerroyer, mais tout au contraire à poursuivre son développement intérieur grâce aux ressources que lui procurent gaz et pétrole. Sauf que militairement, elle possède un énorme atout, qui est l'arme nucléaire. Une illusion mortelle de puissance, un jouet dangereux entre les mains du nouveau Tsar...

01/04/2014

Jacques Le Goff est entré dans l'Histoire

Il y a 40 ans, j’étais entré dans son bureau de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, un peu intimidé. Il en avait 50, moins 20. Il devait décider, à l’issue de l’entretien, d’accepter ou non mon inscription. Mais le Président de l’EPHE VIème section, la Mecque des sciences humaines, m’intimidait moins que le pape de la Nouvelle Histoire, auteur d’ouvrages qui réhabilitaient le quotidien des peuples, que je dévorais avec passion. Si j’avais su alors, que nous partagions la même vénération enfantine pour Quentin Durward et Ivanohé, de Walter Scott, j’eusse sans doute été moins impressionné.

Il m’avait finalement accepté, sur dossier et sur entretien, au sortir du bac, alors que la plupart de mes futurs condisciples avaient déjà une licence. Jacques le Goff est décédé ce matin, à 90 ans et bien sûr, lui qui était féru de traditions populaires, il a choisi le 1er avril.

Trois ans plus tard, après avoir transformé la VIème section en Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, il avait jugé mon mémoire d’un grand intérêt littéraire, mais sommaire dans l’approche humaine du sujet.
La partie historique, sur la fin de l’esclavage en Martinique n’était pas en cause, c’est le volet contemporain qu’il trouvait iconoclaste. Selon moi, les trios de « prêtres » du Bon Dieu Coolie qui écumaient l’Ile étaient des arnaqueurs. Des truqueurs qui gagnaient gros dans les cérémonies religieuses des communautés tamoules, implantées dans les ìles au XIXème siècle.
J’étais très fier de mes conclusions, fruits d’un « terrain » de plusieurs semaines et d’un heureux concours de circonstances  qui m’avait amené à démasquer plusieurs de leurs supercheries. Car supercheries, il y avait. Ce que Le Goff affirmait c’est qu’il ne pouvait pas y avoir que cela et que certes, j’avais décroché un scoop, mais que j’étais passé à côté de tout l’aspect mystique, de l’importance que pouvait avoir la foi pour ces gens humbles, longtemps stigmatisés dans le contexte antillais, qui était parvenus à maintenir tant bien que mal des lambeaux de la culture vernaculaire de leurs aïeux.

Il avait raison bien sûr et cela manquait dans mon ouvrage, qui ainsi lesté, de simple maîtrise, pouvait devenir thèse de doctorat. Sur le moment je ne l’ai pas compris. Athée de naissance, je trouvais bien plus intéressant d’avoir pris des « prêtres » en flagrant délit de mensonge que d’analyser le ressenti mystique des coupeurs de canes ou des chauffeurs de taxi « coolies »…  

Mon âge et l’impétuosité qui m’a parfois joué des tours étaient en cause. Et puis sans doute le fait que je me voyais mal travailler des années durant sur le même sujet. Je refusais de reprendre mon mémoire, mais je saisis la perche qu’il me tendait. Elle me ramenait à mon autre passion de toujours, l’écriture, pour laquelle il me reconnaissait un talent certain. C'étaient ses mots, dans cet ordre et c'est lui qui m'a conseillé le journalisme, dans un premier temps. Probablement pour son côté un peu superficiel, en attendant que la maturité m’entraîne vers des travaux plus profonds… 

J’ai suivi la piste qu’il me traçait, je lui en sais gré. Même si ces derniers temps, j’aurais aimé avoir l’occasion de lui dire qu’il avait raison. J’ai appris récemment que nous avions la même passion pour l’histoire des interactions entre les peuples et les nations. Cela fait plus de vingt ans que je cherche en vain à financer une série télé européenne qui s’intéresserait aux histoires communes de nos différents pays : guerres, mariages, occupations, brouilles, alliances, migrations… Pascal Lamy me disait qu’il avait pu contribuer, lorsqu’il était commissaire européen, à la mise en œuvre d’un tel ouvrage, entre la France et l’Allemagne, qui sert aujourd’hui de référence scolaire dans les deux pays. Cela n’a l’air de rien, mais notre futur est fait de ces petits riens, qui modulent les êtres et les consciences. Aujourd’hui, je le sais. 

Après Germaine Tillion, Claude Lévi-Strauss, Pierre Bourdieu, Jean Baudrillard et Roland Barthes, c'est l'un des dernier des grands de l'EHESS qu'il a dirigée qui s'en va aujourd'hui. Restent encore Pierre Nora, aujourd'hui remarié à Anne Sinclair, le sociologue Alain Touraine et l'écrivain Simone Schwarz-Bart. Un rare concentré d'intelligences dont Jacques Le Goff fut le brillant chef d'orchestre.

Valls doit gagner, les nationalistes ont tort et Poutine ne peut que perdre

Pour la gauche de la gauche, le basculement de la France à droite découle d’un manque de gauche. Une logique tortueuse... Et parfaitement odieuse. Car elle part du principe que les gens seraient des crétins, incapables de comprendre le fonctionnement du monde. Comme s’il suffisait de leur promettre monts et merveilles, pouvoir d’achat et 35 heures, pour résoudre tous les problèmes… Pour distribuer de la richesse, il faut commencer par la créer, or la France est en crise, l’occident se meurt, le Japon déflate depuis un quart de siècle et le monde est en profonde mutation. Augmenter les impôts et la redistribution sociale, méthode de gauche pour y faire face, ça ne suffit pas. La preuve est faite, si elle restait à faire.

Favoriser l’entreprise et la création d’emplois par le libre marché, réduire le mille-feuilles administratif, méthodes de la droite libérale et républicaine, pourrait (devrait ?) marcher un peu mieux. Pourquoi ne pas l’essayer ?  Coup de bol pour Hollande, le PS a aussi ce qu’il faut en magasin,  avec Manuel Valls et quelques économistes de talent. Des gens qui regardent aussi du côté de la décentralisation confédérale et de la subsidiarité helvétique, d’ailleurs… Des gens qui s’ils parviennent à enrôler la gauche dans leur campagne pourraient réussir leur pari de réformer la France, qui en a le plus urgent besoin.

En face curieusement, les médias s’échinent à parler de victoire du Front National. Pourtant, en dépit de ses efforts, Marine reste en deça des résultats du parti de son père il y a 19 ans ! En plus, les rares mairies acquises au 2ème tour (13 sur 36 000…) l’ont été grâce à la bêtise des forces républicaines, comme à Villers Cotteret, où quatre listes divers droites s’affrontaient au second tour, quand ce n’était pas deux concurrentes socialistes qui restaient en lice…

Il n’y a donc pas eu de vague bleu marine, en dépit d’une UMP vue à l’agonie et d’un PS aux soins intensifs.  Le discours nationaliste est resté minoritaire et confiné. Tant mieux, parce qu’il sent mauvais. En plus de reposer sur une méthode, le repli sur la nation, plus fausse et dangereuse que tous les discours de droite et de gauche réunis.
 L’économie et l’Histoire le révèlent : qu'elles que soient les civilisations, les périodes d’ouverture sont prospères. Tandis que celles de fermeture sont calamiteuses. Il n’est pas toujours aisé de déceler ce qui est la cause ou la conséquence, mais la corrélation est quasi parfaite.

Ce qui est vrai depuis l’Antiquité l’est plus encore aujourd’hui. La plupart des objets de notre quotidien contiennent des composants provenant d’une dizaine de pays. Nous ne pourrions plus faire autrement, à moins de régresser technologiquement. C’est la base de notre confort quotidien. Pourtant cette interdépendance est mal vécue par beaucoup, qui ont le sentiment de perdre du pouvoir sur leur vie, au contact du grand monde.
La Russie et la Suisse sont les pays les plus interconnectés d’Europe,  et bien que l’une soit pauvre et l’autre riche, toutes deux en tirent l’essentiel de leur sève économique. La Russie vend son gaz et son pétrole, et importe ce qu’elle ne produit pas, soit presque tout. La Suisse vend du luxe et du savoir- faire, transformant intensivement ce qu’elle reçoit de partout pour le revendre nettement plus cher…  Mais dans les deux cas, le volume d’import-export slalome entre 2/3 et ¾ de la richesse nationale, très au-dessus de la moyenne européenne ou mondiale. Pourtant, ces deux pays tentent d’échapper à la mondialisation qui les fait vivre…

Ces tentatives sont vouées à l’échec. On a vu ce que la simple fermeture d’Erasmus aux quelques centaines d’étudiants suisses qui en profitaient a occasionné de traumatisme dans l’opinion publique. Avant même de subir la moindre restriction économique! Du coup, le Conseil Fédéral a logiquement reçu mission de tout faire pour préserver la bonne santé des échanges et l’interopérabilité.  Economique, institutionnelle et légale.
Avec la Russie, les choses ont été nettement plus loin, déplacements de troupes à la clef. Poutine a récupéré la Crimée, rendant du coup les Russophones clairement minoritaires dans le jeu démocratique ukrainien. Mais il a commencé à retirer ses troupes massées à la frontière et dans les faits, recule. Même si jamais il ne le reconnaîtra devant son opinion. Parce que la dépendance de son pays aux exportations de gaz autant qu’aux importations de toutes sortes est juste vitale. Avec la facture de Sotchi en prime, le Kremlin ne peut se permettre de se brouiller avec le monde.

Le constat de l’impossibilité de sortir du jeu de l’économie mondiale est implacable. A tel point que pour punir un pays ou un régime, on l’isole, le transformant en ermite coincé dans sa grotte. Nous n’avons plus vraiment le choix de l’autarcie. Pour autant, cela ne signifie pas que l’économie ait forcément le dernier mot. La politique peut encore être davantage qu’un paravent.

Il faut commencer par adapter les structures politiques mondiales à la donne économique. Celle-ci est mondiale, la couche supérieure des juridictions politiques doit donc l’être aussi. Puisque nous faisons partie du même monde d’échanges, nous devons tous faire partie de la même entité politique au sein de laquelle la possibilité d’envoyer des bombes atomiques sur son voisin doit être éradiquée. Pour autant, l’autonomie locale doit être préservée et encouragée, pour la plus grande part des décisions concernant le quotidien des gens.

 En clair, la Suisse et la Russie doivent intégrer cette structure évolutive, qui serait un mixte d’OTAN et d’UE, étendu aux dimensions de l’ONU. Ce qui signifie que la Chine, l’Inde et le reste du monde devront être de la partie, sur un terrain où les groupes qui s’affrontent sont franco-russo-japonais, franco-chinois, sino-américains, indo-britanniques… Par contre les particularismes doivent être encouragés et soutenus. A l’échelle des gens, qui est locale ou régionale. Y compris les particularismes russophones de l’Est ukrainien, qui ont le droit le plus absolu d’exister, dans un cadre global et pacifié.

21/03/2014

Ukraine: les causes premières de la crise !

La propagande venue de Russie, abondamment relayée par les commentateurs conservateurs et anti-européens de ces blogs s'ingénient à rappeler "qui a commencé". Le but étant d'accuser les révolutionnaires de Maidan, parmi lesquels une frange d'extrême-droite. Sauf que:

La révolution fait suite à la volte-face de l'ancien Président Iakounovich , qui pour être élu avait promis un accord d'association avec l'UE. Mais parce que Poutine le payait au prix fort, il avait accepté brusquement de changer d'avis et d'annuler le rapprochement avec l'UE. Il est rare que des dirigeants élus soient renversés pour avoir contredit leurs promesses électorales, mais lorsque le cas est aussi flagrant, cela me semble pouvoir se justifier.

Iakounovch a accepté les 15 milliards d'aide de Poutine et vendu donc l'avenir à l'Ouest de son pays parce qu'il était aux abois. La situation économique de l'Ukraine était désespérée, à cause d'un système de corruption généralisée, qui grevait monstrueusement les dépenses énergétiques du pays. Un système intimement relié à celui qui se pratique sur le versant russe de ces échanges. Et dont Genève, au demeurant, est parfois un relais...

Avec des salaires équivalent au tiers de la moyenne française et une population égale à celle de la France et de l'Allemagne réunies, la Russie compte 111 milliardaires en dollars. Autant que les deux principaux pays de l'UE ensemble (116 à eux deux), malgré un PIB cumulé trois plus important que celui de la Russie. Et encore lorsque les cours du pétrole et du gaz sont au plus haut, car ils représentent l'essentiel du PIB russe. 

Tous ces milliardaires russes sont partis de zéro et ont bâti leurs fortunes colossales en 20 ans. Avec honnêteté, humanisme et constance, sûrement. Tous sont aussi des copains de Poutine et certains sont régulièrement suspectés de lui servir de prête-noms. A une ou deux exceptions près, ceux qui n'étaient pas ses potes ont perdu leur fortune et fini en prison. 

A noter que si l'Ukraine est le seul grand pays d'Europe à profiter d'un PIB/hab quasiment africain, elle compte tout de même 8 milliardaires en dollars, soit à elle seule autant que toute l'Afrique, pourtant 20 fois plus peuplée, en dépit de niveaux de pauvreté moyens équivalents... 

Cela souligne à quel point l'inégalité des revenus et l'exploitation de l'homme par l'homme est accablante en ce pays. Que l'extrême-droite européenne soutienne Poutine, le roi de l'inégalité sociale et du nationalisme religieux réactionnaire, je peux le comprendre. Que certains amis et fournisseurs helvétiques des oligarques milliardaires s'en accommodent en songeant à leurs intérêts, je peux le concevoir. L'attitude de Didier Burkhalter, ferme et digne, n'en est que plus appréciable. Mais que certaines personnes de gauche en fasse autant, sous prétexte de détestation de l'ami étasunien, là, j'ai du mal. 

Parce que la cause première de tout ce remue-ménage krypto-nucléaire, c'est simplement la misère insoutenable et la corruption endémique, qu'un soulèvement populaire a rêvé d'éliminer. Les agents néo-cons de Washington et les promesses bleu ciel de Bruxelles n'ont guère d'impact, dans un pays prospère. Dans un Etat correctement géré par des dirigeants qui sans être toujours des parangons de vertu, ne sont pas pour autant des bandits de grand chemin.     

19/03/2014

Crimée, un point partout, balle à l'Europe.

Quel bilan, après le rattachement de la Crimée à la Russie ?

 

Je dirais un point partout, ex aequo.
L’Ukraine (et donc l’Occident) a perdu la Crimée, ses deux millions d’habitants et sa base navale, mais la Russie a perdu l’Ukraine.
Un cadeau empoisonné, l’Ukraine ? Pas sûr. Aussi peuplé que l’Espagne, mais beaucoup moins riche, l’Ukraine est le seul des grands pays européens à traîner en queue de peloton mondial en matière de PIB/habitant, là où l’on ne trouve plus que des pays africains. Avec les taux de croissance de 5 et plus qui vont avec, mais sans l'explosion démographique.
Pauvre, mais pas sans ressources : du gaz, du charbon, de l’acier et des industries lourdes, à l’instar des avions Antonov, et surtout une population éduquée et instruite, dans le droit fil des anciens pays communistes. Une dette de même importance que celle de la Grèce, pour un PIB légèrement inférieur, mais répartie sur une population 4,5 fois plus nombreuse.
Partant quasiment de zéro, l’Ukraine ne peut que se développer rapidement si on lui en donne les moyens, en éliminant la corruption des oligarques. Qui pour l’heure vont devoir passer à la caisse, par la grâce d’un impôt spécial. Les salaires sont particulièrement bas (la moitié des salaires russes, le quart de la moyenne européenne et le dixième des salaires suisses) et les prix tout autant, ce qui laisse de la marge pour les entrepreneurs courageux.

 

Au chapitre collatéral, un joker pour l’UE, qui a senti l’importance d’une politique de défense commune et de processus décisionnaires raccourcis en cas d’urgence. Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, c’est aussi vrai pour les pays et le récent avis de la cour constitutionnelle allemande valide l’existence de souverainetés supranationales dans des secteurs cruciaux. Espérons que le message passe vraiment dans l’esprit des décideurs.


En rester là serait une bonne idée. Personne n’ayant perdu ni gagné, l’honneur est sauf de part et d’autre. Peu à peu, le fil des affaires reprendrait. Les rapports entre la Russie et l’Europe pourraient se normaliser, ce qui est l’intérêt commun. D’ici là, des sanctions s’imposent, mais mesurées, pour ne pas rompre le fil.
Cerise sur le gâteau, si la révolution ukrainienne réussit, c’est-à-dire si les oligarques sont mis à genoux et si l’économie repart sur des bases saines, qui tiennent compte de la population - contrairement au modèle russe où les copains coquins amassent des fortunes sans améliorer vraiment le pays – Poutine pourrait bien être le prochain sur la liste des despotes éteints. Les liens entre les deux populations sont suffisamment forts pour que l’une puisse servir d’exemple.

Malheureusement, dans les deux camps, des vindicatifs s’activent et réclament réparation. Poutine lui-même est sans conteste le problème numéro 1. Alors que les dirigeants européens ou étasuniens sont interchangeables, lui a concentré tout le pouvoir en sa personne et il incarne un genre de petit père des peuples new look, pour les russes comme pour les fachos européens. S’il acceptait d’être, lui et son pays, la simple partie autonome d’un ensemble plus vaste, eurasien ou mondial, tout irait pour le mieux, mais sa vocation messianique est tout au contraire impériale.
Tant qu’elle ne devient pas impérialiste, tout reste possible. Si les frontières en restent là, tout va bien. Mais si elles continuent de bouger, si Poutine s’entête à rassembler sous son giron les peuples russophones, il faudra sans nul doute faire la guerre. Parce qu’après l’Anschluss, Dantzig et les Sudètes, il y a eu la Pologne et qu’à chaque prise, le monstre se renforce du sang de ses victimes.  Alors que pour l’heure il n’est qu’un pays pauvre de 145 millions d’habitants, soit un gros quart de l’UE+l’Ukraine.

La guerre, oui, mais laquelle ?
La bonne nouvelle, c’est que Poutine perdrait une guerre conventionnelle. Pas question d’aller occuper Moscou, tout le monde sait à quoi ça mène. Par contre, l’armée russe n’est pas loin du tigre en papier et ses moyens modernes dépendent largement de sa rente pétrolifère. Ils pourraient assez aisément être anéantis à distance, même si des drônes n’y suffiraient probablement pas.
La très mauvaise nouvelle c’est que Poutine le sait et que si une vraie guerre éclate, dans la position de despote aux abois qui serait la sienne, le risque serait grand qu’il utilise l’arme atomique.

Dès lors, il vaudrait mieux cesser d’évoquer les points Godwin pour se remettre à étudier la guerre froide et l’équilibre de la terreur. Car c’est une telle guerre qu’il faudra mener. Une guerre économique sans pitié, isolant la Russie de ses principaux débouchés commerciaux et de ses fournisseurs de technologie de pointe, l’empêchant de se développer mais en évitant la confrontation armée frontale. Evitons de contraindre Poutine aux pires extrémités et laisser la Russie in fine, se désagréger de l’intérieur.
Pendant 40 ans, le monde a vécu dans la crainte et la course aux armements a coûté extrêmement cher, mais au final la Russie s’est auto-effondrée. Pas parce qu’elle était le mal, mais plutôt parce qu’en matière de technologie, depuis Pierre le Grand, elle court en vain après la modernisation de son appareil militaire. L'inefficacité du communisme a bien aidé aussi, mais de ce point de vue le système poutinien de mise en coupe réglée du pays par une poignée d’oligarques n’est guère plus efficace. Reste que cette Histoire, Poutine la connait aussi. L'issue lui a parait-il laissé un très mauvais souvenir et il est un peu dans la position de l'Homme à l'Harmonica: cela fait vingt-quatre ans qu'il rumine sa revanche. 

Acculé, il pourrait aller au clash, c'est le réflexe classique de tout despote populo-nationaliste. Mais il ferait alors reculer son pays de vingt ans.  Son grand dessein... Il sera d'autant plus disposé à la confrontation qu'il pense de manière un peu binaire que les Européens n'y sont pas prêts et qu'ils reculeront. Il faudra donc lui démontrer le contraire, immédiatement et de manière inflexible, mais en restant sur le terrain économico-financier, au moindre geste outrepassant les frontières de Crimée.

05/03/2014

Et le pays le plus inégalitaire du monde est… la Russie de Poutine!

Il y a 1647 milliardaires en dollars dans le monde selon le dernier classement Forbes. Sur ce nombre, 111 sont russes, sans compter Poutine lui-même.  La Russie est un immense pays, mais peu peuplé. 143,3 millions d’habitants, soit un peu moins que la France (66,6) et l’Allemagne (80,5) ensemble. Ce qui relativise tout de même son pouvoir de nuisance.

 

Pour la même population que la Russie, donc, la France et l’Allemagne ensemble n’ont que 116 milliardaires à elles deux. Malgré un PIB cumulé et une richesse par habitant trois fois plus élevés que ceux de la Russie (6500 milliards de dollars contre 2015 à la Russie).
Clairement, le pays de Poutine, que nous vante jusqu’à fatiguer l’extrême-droite européenne, est donc le plus inégalitaire du monde ! Basées essentiellement sur le détournement des revenus des matières premières, les fortunes des cent plus riches représentent près de 20% du PIB annuel.  Pendant ce temps la classe moyenne continue de tirer la langue. Dans les villes, les possibilités de consommation se sont nettement accrues depuis un quart de siècle, mais plus on s’éloigne vers l’est et plus les prix augmentent, coût de transports obligent, tandis que les salaires baissent. Quant aux campagnes, c’est la catastrophe intégrale : aucun progrès depuis la chute du mur, au contraire plus aucun investissement et aucun entretien des infrastructures. Les campagnes se vident et la consommation d’alcool augmente !

A noter qu’il y a 8 Ukrainiens dans ce classement où la Suisse est fort bien représentée, avec 22 milliardaires dont la fille de Christoph Blocher. Une surreprésentation qui s’explique dans son cas, contrairement à l'Ukraine et à la Russie par l’excellence de son PIB/hab.  

Sinon, sur le plan militaire, le budget militaire cumulé des 28 états de l’UE, à près de 300 millions de dollars, équivaut à plus de 4 fois celui de la Russie. Les effectifs sont d’un million et demi d’hommes (6 millions en comptant les réservistes) contre 1 million cent (3,5 millions en comptant les réservistes) pour la Russie. Sans compter les Etats-Unis…
On ne va pas s’amuser à dénombrer les têtes nucléaires puisque si l’on n’en vient là, il sera de toute manière trop tard pour tout le monde.

01/03/2014

Odessa, ville genevoise, sera-t-elle le Cuba d’Obama ? A moins que cela ne soit franchement pire...

La Crimée devient, pour Obama et le monde occidental, le miroir de ce que fut Cuba pour Kennedy.  A l’énorme différence près que cette fois, nous autres européens sommes en première ligne… A 500 km de Sotchi à vol d’oiseau et juste en face d'Odessa, l'autre port historique de la Russie sur la Mer Noire, Sébastopol est la principale base navale de Moscou. Son accès à la Méditerranée. « L’outil indispensable à l’expression de toute velléité de puissance russe » selon l’analyse des faucons du Département d’Etat étasunien. Nostalgiques de la Guerre froide, ils rêvent d’éjecter la marine de Poutine de Crimée. Mais Poutine étant lui-même un ancien du KGB, il a exactement l’idée inverse.

Genevois ou Vaudois, nous sommes doublement concernés par ce qui se déroule aux portes de l’Europe, Au sud de l'Ukraine, Odessa fut dans une large mesure une création genevoise, soutenue par des Vaudois ! Après François Lefort, qui modernisa la Russie de Pierre le Grand, les cousins de la Harpe furent les conseillers de Paul 1er qui organisa l’expansion de la « Nouvelle Russie » des Tsars au sud et à l’Est. Principalement au détriment de l’Empire Ottoman qui se vit ravir la Crimée

Copain d’école de Frédéric César de la Harpe, alors précepteur des enfants de Paul 1er, Charles Pictet de Rochemont profita de cette relation privilégiée pour obtenir du tsar 28 000 hectares à « Novoï Lancy », près d'Odessa, pour y développer l’élevage de mérinos, dont il était grand spécialiste.

La laine de ces moutons servait notamment aux uniformes militaires, industrie en plein essor grâce aux efforts de Napoléon et de tous les souverains d’Europe qui rangeaient en rangs serrés des quantités de soldats inconnues jusqu’alors. La conscription de masse avait été inventée par la Révolution française et elle est très vite devenue la norme obligée…  A noter qu’aux Etats-Unis, le responsable du Trésor, le Genevois Gallatin, lointain cousin de Rochemont, avait également fait fortune en vendant la laine de ses mérinos à l’armée, pour ses uniformes…  

Pour tondre ses moutons et gérer le domaine, Pictet de Rochemont avait délégué son fils Charles-René qui se retrouva bientôt bras-droit du Duc de Richelieu (arrière-arrière-arrière petit-neveu du meilleur ennemi de D’Artagnan), officier émigré au service du Tsar et Gouverneur de la Nouvelle Russie. C’est Charles-René qui développa et modernisa la ville et le port pour le compte de Richelieu, en traça le plan actuel et en assura la gestion, avec un courage certain, durant l’épidémie de peste qui dura deux ans.

Fin de l’épisode genevois et retour à l’ère d’Internet. Dans les médias alternatifs, informations et déformations dansent le tango en permanence. Mais lorsque services secrets et officines de propagande s’en mêlent, cela commence à ressembler au pogo d’un concert punk. On peut lire par exemple, que l’UE aurait soudoyé les manifestants ukrainiens, les aurait conduit à demander le rattachement à l’Europe. C’est une idiotie. L’UE n’est pas à la recherche de nouvelles adhésions coûteuses et souhaite d’abord se stabiliser.
Contrairement à la propagande anti-européenne, l’UE n’est pas dans une logique impérialiste et son but n’est clairement pas l’expansion territoriale. Preuve en est les obstacles assez élevés qu’elle met devant les pays qui souhaitent la rejoindre. La possession des richesses naturelles de l’est ukrainien n’est pas non plus une nécessité économique. Au contraire, l’UE aurait meilleur temps de continuer à acheter ces matières premières au meilleur prix plutôt que de prendre à sa charge tous les frais d’infrastructure nécessaires pour amener le pays aux standards européens.

Personne n’est hostile à l’idée d’une Ukraine européenne, mais pas forcément maintenant. D’autant que le voisin russe n’est pas commode et tient énormément à ses bases militaires en Crimée. L’UE n’a pas franchement besoin d’un conflit ouvert avec Moscou. C’est d’ailleurs pourquoi les responsables européens sont en retrait dans cette affaire et montrent la plus grande prudence, tentant de concilier la chèvre et le chou. Même Iakounovich appelait vendredi depuis son refuge russe à respecter les accords conclus sous la houlette de la troïka européenne, qui prévoyaient des élections, mais pas son départ immédiat… 

Départ soudain qui peut avoir été causé aussi bien par les menaces de certains manifestants armés (version officielle du Président déchu) que par un rappel de Poutine qui, les Jeux terminés, s’est décidé à agir et préférait voir son poulain en sécurité en Russie que jugé par un Tribunal en Ukraine…
Quant aux agitateurs d’ONG et autres gros bras européens repérés à plusieurs reprises parmi les manifestants ukrainiens, l’important est moins leur nationalité officielle que de savoir qui les paye. Or là, c’est visiblement Washington qui tient les cordons de la bourse.

Victoria Nuland, diplomate étasunienne au franc parler, aurait prétendu, aux Etats-Unis que le Département d'Etat aurait dépensé 5 milliards de dollars sur la situation politique en Ukraine ce qui parait tout de même astronomique. A moins que tout cet argent ne se soit évaporé… Mais il est vrai que quand on aime, on ne compte pas. A noter que Mme Nuland, responsable de ce dossier, est l'épouse de l'intellectuel néo-cons Robert Kagan qui est l'un des lumineux initiateurs de l'idée de punir l'Irak, dès 1998... Pourquoi donc ne pas réitérer, en Europe, une idée qui a si bien marché au Moyen-Orient ?

Aujourd’hui, comme l’a si élégamment résumé Nuland, "l’UE s’est fait baisée". Elle se retrouve obligée de gérer les affaires d’un nouveau pays en crise profonde, ce qui n’était pas son but. Avec en plus la Russie fâchée qui montre les dents et même davantage, puisque les forces russes ont de fait pris position de la presque île. Si l’affaire s’arrête là, ce serait moindre mal. La Russie conserve sa base navale principale, la grande majorité des Ukrainiens conservent l’espoir de devenir assez rapidement européens et l’Ukraine conserve ses mines de l’est.

Washington en revanche n’aurait pas atteint ses objectifs de priver Moscou de sa principale base navale. Mais est-ce bien grave ? L’intérêt des Européens n’est en tout cas pas d’aller au casse-pipe pour les beaux-yeux des Etats-Unis et tout au contraire de préserver un certain équilibre des forces entre grands ensembles du monde. 

24/02/2014

Pascal Lamy, futur Ministre des finances ? Ses options en images.

Lamy.jpgSelon plusieurs sites français, Pascal Lamy aurait de fortes chances d'être le prochain Ministre des Finances. Il aurait rencontrée le Président Hollande ce week end et posé ses conditions. En gros, avoir suffisament de marges de manoeuvre pour actionner de vraies réformes, en bonne intelligence avec le futur nouveau premier ministre.


Si vous souhaitez en savoir davantage sur ce qu'il pense sur les questions de souveraineté, de démocratie et de référendum, ou encore ses options en matière de gestion territoriale  (l'un des grands chantiers à prévoir serait l'accélération de la décentralisation), vous trouverez ci-dessous quelques liens sur les extraits filmés d'une discussion tenue en décembre à Paris, devant des journalistes, des élus français et des diplomates européens, à l'occasion de la sortie du livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire", dont il signe la préface.

  

Grand-Genève: relations croisées

Une expérience de démocratie directe

La décentralisation, une nécessité

Régions européennes et souveraineté

Neutralité, prise de décision et défense européenne

 

 

 

 

 

 

22/02/2014

La solution au 9/2: le fédéralisme !

Le 9/2, une très courte majorité du peuple suisse a voté pour une Suisse traditionnelle. Une carte postale que nous adorons tous, faite de sentiers valaisans, de ballades en chemises à carreaux armé d’un piolet, de röstis au chalet là-haut sur la montagne, murs blancs, toit de bardeaux, de lacs noirs paisibles au silence troublé par les sonnailles et l’écho lointain d’une youtze au vent du soir. C’est Jean l’armailli qui s’éclate… Un peu couvert par Van Halen qui crache ses décibels dans un after Carlsberg au pied du tire-fesses…

 

Cette Suisse-là est une partie de la Suisse, mais n’est pas toute la Suisse. Elle a le droit d’exister et de perdurer. C’est même une nécessité absolue et je suis près à payer pour ça. Plutôt deux fois qu’une.  Mais l’autre partie de la Suisse a sa logique à elle, fait d’innovation, d’ouverture au monde et de cosmopolitisme. Elle est la Suisse aussi, et même depuis plus longtemps que l’autre. Nos villes  carrefours, centres de commerce et de cultures existaient déjà quand les vallées alpines n’étaient couvertes que de forêts.

Cette Suisse-là parle toutes les langues, se régale de toutes les nourritures, écoute toutes les musiques et rend visite à la planète entière. Elle accueille les plus beaux esprits du monde, dans ses séminaires ministériels, ses laboratoires de recherche ou ses festivals d’art numérique. Cette Suisse-là, cosmopolite et folle, je l’aime et je l’adore. C’est ma Suisse, c’est aussi LA Suisse et tout autant que l’autre, elle a le droit de vivre.

Pour cela, elle a besoin d’Europe et d’ouverture. Dans les faits, rien ne s’oppose à la coexistence pacifique des deux Suisse, hormis le sale caractère d’un Blocher qui rêve d’imposer sa volonté à tous. La coexistence pacifique, depuis la Soupe de Kappel entre catholiques et protestants, c’est une tradition helvétique, qui a su s’épargner les guerres de religions. Elle repose sur le fédéralisme et l’idée que charbonnier est maître chez lui.

Eh bien justement, à Genève, comme à Lausanne (et dans une moindre mesure à Zurich ou à Bâle) on y tient à notre Suisse cosmopolite. Rien, absolument rien n’empêche les deux Suisse de continuer à vivre pacifiquement côte à côte, chacune à leur manière. D’autant que la Suisse traditionnelle vit assez largement des subsides de la Suisse ouverte.  Il faut juste mettre au point les modalités d’application, de telle manière que chacun (et l’UE, avec qui nous avons des accords vitaux) y trouve son compte. Ce sera notre soupe de Kappel à nous et peut-être bien qu’en poussant à davantage de décentralisation, le message pourra être entendu en Europe également.

 

Une Suisse du progrès et une Suisse de la tradition, côte à côte et main dans la main.

20/02/2014

Plutôt que le mensonge conservateur, accepter le progrès !

J’ai reçu des messages de personnes expliquant, sous pseudo, leurs cas personnels, qu’elles attribuent sans preuve ni indice à la libre circulation. Je ne passerai pas ces messages. Parce que je n’ai aucun contrôle sur leur véracité et parce que rien n’indique que la libre circulation soit en cause. Les cas de chômage de longue durée après 50 ans, n’ont rien de nouveau et l’on en parlait déjà quand j’avais 25 ans. Cette année je vais en avoir 60.

 

De même, attribuer l’existence de cas sociaux ou de personnes à l’AI à la Libre circulation ne tient pas debout. Par exemple, la Suisse et Genève produisent des toxicomanes depuis un demi-siècle, comme tous les pays du monde. Tous ne meurent pas. Année après année, ils ajoutent leurs dépendances aux statistiques. Idem des personnes en souffrance psychique.
Quant à l’alcool, sa consommation régulière à doses sérieuses entraîne toutes sortes de complications sociales et cela dure depuis des siècles… Sauf que la mode des botellons a largement augmenté le phénomène chez les jeunes.
De même, l’élévation de la quantité de THC dans le cannabis de production locale et la quantité de schyzophrénies que cela entraîne chez les jeunes est en augmentation constante. Tout cela, va-t-on l’imputer à la libre circulation des travailleurs ?

On peut multiplier les exemples. Le fait est que le taux de chômage en Suisse, avec ou sans Libre circulation est l’un des plus bas du monde. Vraiment nettement plus bas que presque partout ailleurs. Et comme partout ailleurs, il varie d’abord en fonction des grandes crises mondiales. Il est commode de trouver un bouc émissaire et l’Europe a bon dos. Mais on reste à côté de la plaque et surtout l’on ne solutionne rien en agissant ainsi.
Le fait que Genève ait voté contre la loi à 60% est significatif. Les premiers concernés n’ont pas cru aux histoires qu’on leur serine année après année. Comme la fable de méchants DRH français qui licencient exprès les Suisses ou les Italo-portugais…  Si ces légendes urbaines – toujours impossibles à vérifier – existent en vrai, elles ne peuvent être que des exceptions.
Cela étant, il y a bien un malaise tout de même. Celui de la peur et de la résistance au changement. Peur de la mondialisation, du cosmopolitisme, du changement des habitudes... Bref le constat vieux comme le monde que "plus rien n’est comme avant".
Peur de la perte de la qualité suisse, du « y en a point comme nous ». Peur des loyers qui montent, de la place de l’Europe dans le monde qui n’est plus ce qu’elle était, des Français, des Allemands, des musulmans. Peur.

Que cette peur soit ressentie davantage dans les couches populaires et rurales qu’en ville et dans les couches aisées, de plus en plus cosmopolites, particulièrement dans le bassin lémanique, n’a rien d’étonnant. Myret Zaki juge cette peur (et le repli sur ses valeurs qu’elle entraîne) de même nature que le repli sur les valeurs fondamentales de l’Islam que l’on constate au Sud de la Méditerranée. Elle a parfaitement raison, et d’ailleurs, les islamistes se comportent en sauveurs du peuple dans les quartiers pauvres du Caire ou de Tunis exactement comme les militants de l’UDMCG à Vernier ou Onex.

L’exigence de patriotisme qui semble s’imposer comme valeur cardinale pour rassurer le peuple est la première victoire de la droite populiste, blocherienne ou lepeniste, tapie derrière tous ces mensonges. Pour ma part, je récuse le patriotisme. Je ne me vois aucune raison d’être plus ou moins solidaire d’un être humain en fonction de sa couleur de cheveux, de celle de son passeport, ou de son lieu de domicile.

Je ne crois pas que toutes les cultures doivent se fondre dans un grand tout universel. Bien sûr que non. J’aime bien trop la diversité et la couleur locale, mais je ne crois pas qu’une culture soit supérieure à une autre. Juste différente, fruit d’une évolution et de millénaires d’adaptation à des environnements différents. C’est d’abord cela, une culture : un ensemble d’outils et de coutumes qu’un groupe humain s’est forgé et à reproduit pour survivre de la manière la plus efficace possible à son environnement.

J’ai un scoop, pour tous les conservateurs : le monde change et cela ne va pas s’arrêter. Il devient urgent d’adapter nos coutumes à cet environnement mouvant. Parce que le bunker vivant en autarcie, cela ne marche pas et ça n’a jamais marché. Les forces vives de la Suisse, depuis toujours, ont été des forces d’échanges et d’innovation. La Suisse, ce n’est pas Guillaume Tell, Schwytz et Unterwald. Pas que, en tout cas. C’est au moins autant et, à mon avis bien davantage Genève, Zurich, Bâle, Berne, Lausanne, Saint-Gall, Saint-Maurice ou Martigny. Des villes enracinées, certes, mais ouvertes sur le monde et le progrès. Sans ses villes, la Suisse n’existerait pas ou ne serait qu’une jolie réserve naturelle de montagne peuplée de villages fleuris. Tandis que les Villes pourraient sans trop de mal se passer de leur arrière-pays.

Zwingli, Calvin, Dufour, Dunant, Pestalozzi, pour ne citer qu’eux, furent des hommes de progrès et de changement, d’envergure européenne. Adélaïde, Impératrice régnante du Saint-Empire, romande de mère alémanique, fut sans doute la femme la plus progressiste du Moyen-âge. Même un Cardinal Schiner fut un grand européen, qui visait la papeauté. Sans parler de l’Anti-pape Clément VII, né Comte de Genève, qui fit octroyer à sa ville les franchises bourgeoises et plus important encore le droit de prêter à intérêt quand l’église entière l’interdisait.

 

Le progrès n’est pas le diable et n’a rien d’angoissant. C’est d’abord un moyen de répondre plus efficacement aux évolutions du monde. Alors certes, cela implique du changement, mais le changement, c’est la vie. A quoi sert d’avoir des bras noueux, si c’est pour qu’ils restent croisés ?