30/12/2013

Le ski, la F1, la taille du marché, l'eau minérale et la grenade dégoupillée

Il y a trois semaines, un pilote automobile est décédé, dans un accident de ski en Savoie. Philippe Favre était Genevois et avait 52 ans. Il avait couru au Mans, à plusieurs reprises, remporté un paquet de courses en Formule Ford et en Formule 3, au point d’être repéré en Formule 3000 par les écuries de F1. Problème, il manquait de sponsors. Car les places sont chères en F1. Au propre et au figuré.
De talent, il n’en manquait pas et en Formule 3000, il avait battu à la régulière tous les ténors de sa génération, comme Jean Alesi, Damon Hill ou Mark Blundell.  Manque de bol, l’écurie qui le recrute en F1 fait faillite dans l’année. Et lorsqu’on vient d’un tout petit marché  comme la Suisse romande, il est extrêmement difficile de motiver des sponsors de poids, partenaires indispensables de la F1.
 Même avec le soutien indéfectible d’un boulanger dont le slogan « Chez Pouly tout est cuit » est connu de tous les Genevois, mais malheureusement pas au-delà.

Grâce à un autre Genevois, Claude Sage, à qui l’on doit la Honda S2000, il est repéré par la marque japonaise, qui va lui confier des Honda NSX d’usine en endurance pendant plusieurs années, sur tous les continents. Le petit mécano de Sézegnin au coup de volant de champion a ainsi mené une belle carrière de pilote professionnel. Qu’un coup de pouce du destin aurait pu propulser dans la cour des superstars planétaires… Un pouce verni du genre de ceux qui font qu’un jeune allemand prometteur se retrouve poulain officiel de Mercédès, qui lui ouvre grand les portes de la F1 puis de Ferrari… 

C’est la vie, avec ses hauts, ses bas, ses coups de bol et ses accidents du destin.  Je lis ici ou là quelques commentaires s’indignant qu’une star fortunée soit mieux et plus rapidement traitée que d’autres, lorsqu’il s’agit de lui sauver la vie. C’est vrai, ce n’est pas très juste. Mais j’entends assez peu ces mêmes commentaires revanchards petits-bourgeois occidentaux s’indigner  de ce que des dizaines de milliers d’enfants meurent chaque année juste parce qu’ils n'ont ni eau courante, ni accès aux soins. Alors que pour simplement installer l’eau courante dans tous les villages du monde entier, il en coûterait l’équivalent de deux années de consommation mondiale d’eau minérale… 

Imaginons : on double le prix de toutes les bouteilles d’eau minérale vendues dans le monde et en deux ans, on sauve des dizaines de milliers d’enfants chaque année… Qu’est-ce que cela a à voir avec le décès d’un pilote automobile skieur ? Rien si ce n’est que les deux leaders du marché mondial de l’eau minérale ont leur siège sur les bords du Léman, l’un à Evian, l’autre à Vevey. Que ce genre de choses, nous serions à même de le décider, ici à Genève, au cœur des organisations internationales, si nous le voulions vraiment.

Accessoirement, si l’on n’agit pas davantage dans ce sens-là, et vite, le vieux monde va nous péter à la figure dans les années qui viennent.  Il semble bien que la goupille ait été enlevée. par exemple en Centrafrique, où soldats de la force d'interposition se sont tirés dessus parmi, chrétiens contre musulmans... Ce n'est pas la religion qui est fautive, au départ, c'est la misère. Et on ne va pas pouvoir continuer à se repasser la grenade d’une main à l’autre bien longtemps. A l’échelle de la planète, c’est une question d’années, tout au plus.

23/12/2013

Oui à la démocratie directe, à la liberté d'expression et d'information. Non à la Dictature du Peuple

Je croyais mon ami Stéphane Valente rangé des voitures et de la politique. Il n'en est rien visiblement puisqu'en vaillant soldat de l'UDC, il s'en prend vertement à l'Ambassadeur suisse auprès de l'Union européenne, Roberto Balzaretti. Celui-ci a répondu à la NZZ am Sontag, qui l'interrogeait sur les conséquences prévisibles d'une acceptation par le peuple de l'initiative UDC contre l'immigration. 

La traduction française de l'interview sur le site de Bluewin est ici 


Pour ma part, en tant que citoyen suisse, tout autant que mon ami Valente, qui vend par ailleurs d'excellents vins, je trouve au contraire tout à fait fondé - et même nécessaire - que l'une des personnes les plus au courant de toutes les subtilités du dossier puisse s'exprimer et nous informer de ses conclusions. 
Après il n'oblige ni ne contraint personne. C'est juste une information supplémentaire, son opinion d'expert sur les conséquences prévisibles de tel ou tel vote.
Mais chacun reste libre de voter en son âme et conscience.
Par contre, lui interdire de s'exprimer, alors qu'il est l'un des meilleurs connaisseurs du dossier, de nous informer sur les conséquences envisageables, nous demander donc de voter à l'aveugle, comme si la Suisse était une île détachée du monde et de ses contingences, nous priver de ces informations, ce serait rien moins qu'une atteinte dictatoriale à la liberté d'expression, doublée d'un détournement/captation du vote populaire.
Le peuple souverain ne doit pas devenir une dictature, fût-elle de l'UDC. Le populisme consistant à rejeter en bloc les opinions des experts, ça va un moment. Certes, ils ne sont pas infaillibles et peuvent se tromper. Mais si depuis la nuit des temps, nous n'avions fait qu'écouter la voix de nos tripes au lieu de celle de notre cerveau, nous serions encore dans des grottes.  La Suisse en particulier, qui sans ressources naturelles se doit d'être plus intelligente que les autres.
La démocratie directe est l'une des recettes de nos succès. L'une des. De loin pas la seule. L'intelligence et la qualité de l'information en sont des autres. Vouloir privilégier l'une et l'une seulement au détriment des autres serait une stupidité majeure.

12/12/2013

Désaccord fiscal: j'espère me tromper

Le Conseil National a repoussé la nouvelle convention fiscale franco-suisse sur les héritages. Je le déplore. Je reste persuadé que Mme Widmer-Schlumpf n'avait pas si mal négocié que cela et je pense que le Conseil National s'est mis un splendide auto-goal. Ayant le sentiment de prêcher dans le désert, j'ai fini par me taire, mais nous verrons ce que l'avenir nous réserve et j'espère sincèrement me tromper. 
Les médias - y compris la Tribune de Genève - et la propagande des milieux hostiles à l'accord ont systèmatiquement grossi le trait dans des proportions indécentes, pour protéger justement ces quelques grosses fortunes françaises qui les font vivre, ici. 
Compte tenu de la loi française en la matière, de sa progressivité, des franchises et des dégrèvements qu'elle prévoit, le nombre de Suisses réellement concernés est sans doute inféreur à 10% des Suisses résidant en France. Rappelons qu'en utilisant toutes les ficelles de la loi, il faut un héritage de plus de 350 000 Francs suisses par héritier et par défunt pour commencer à payer des droits de succession. Soit 1,4 million pour deux parents ayant deux enfants, transmissibles sans impôt...
 
Par ailleurs, il n'est pas du tout absurde que des gens soient traités différemment selon leur lieu de résidence. C'est même le cas dans presque toutes les autres formes de fiscalité, directes et indirectes. Alors pourquoi pas sur l'héritage? 

Personne n'est obligé d'aller résider en France, mais si c'est le choix qu'on fait, il me semble normal et basique de respecter les lois et les coutumes de votre pays d'accueil. On peut difficilement justifier des passes-droits devant le fisc sous prétexte qu'on possède sa fortune à l'étranger...

Il est piquant de constater que certains "fiscalistes" s'offusquent de voir fiscaliser en France un bien situé en Suisse, par un Suisse ayant travaillé en Suisse toute sa vie pour l'acquérir... Alors même qu'ils trouvent parfaitement normal de fiscaliser, en Suisse, les biens de Français ayant travaillé en France tout leur vie pour les acquérir...

Le plus embêtant avec ce vote du Conseil National, c'est qu'il existe un vrai risque que les Suisses domiciliés en France perdent le bénéfice des exemptions fiscales auxquelles ils ont droit avec la convention. Le surcoût pourrait se chiffrer en dizaines de milliers de Francs par tête. La loi qui le permettrait existe, il manque juste la volonté politique de l'appliquer. Tout cela pour maintenir un business d'optimisation fiscale en Suisse de quelques riches Français, qui est de toute manière condamné à court ou moyen terme.

 

19/11/2013

ATTAC vs RADICALISME : quel monde demain ?

J’ai assisté hier (au Club Suisse de la Presse de Guy Mettan) à un très intéressant débat entre deux brillants septuagénaires : Susan George, co-fondatrice et directrice d’Attac et Pascal Couchepin, que l’on ne présente plus. Comme parfois à ce niveau, les deux avaient raison, bien que leurs thèses soient l’exact contraire l’une de l’autre. Leur seul point de convergence était l’excellence de la démocratie suisse, mais encore pas pour les mêmes raisons : Susan George saluait la possibilité de contrer le pouvoir de la finance, tandis que Pascal Couchepin attachait la plus grande importance au fait de pouvoir voter l’impôt…

Susan George dressait la liste des injustices du système, et Pascal Couchepin de ses avantages et progrès. Chargé d’en faire la synthèse, le professeur Yves Flückiger déclarait forfait, se contentant d’apporter son éclairage d’observateur scientifique, en soulignant avec talent quelques points saillants. Mais si l’on veut  véritablement tenter un rapprochement entre deux discours parallèles, il ne faut pas hésiter à s’en emparer pour les mener là où ils s’incurvent, ce que leurs tenants originels évitent soigneusement de faire. Parce qu’ils font l’un et l’autre de la politique, c’est-à-dire qu’ils cherchent à se rallier des partisans en évitant les sujets qui fâchent.

Susan Georg explique ainsi qu’au cours des 50 dernières années, 10% de la richesse des pays de l’OCDE  a été transféré des salaires sur le profit. C’est-à-dire des classes laborieuses vers la rétribution du capital. Sur les 16 000 milliards de dollars du PIB européen en 2012 (et non pas 13 000 comme annoncé par Mme George), cela représente une somme colossale de 1600 milliards par année, apparemment volée aux pauvres pour être donnée aux riches… Répartie entre les 500 millions d’Européens, cela représente 267 dollars en moins, par mois, pour chacun de nous, retraités et enfants compris. Ce n’est pas rien.

Sauf qu’il faut introduire un bémol : dans la plupart des pays, il existe des systèmes de retraite par capitalisation et les caisses de retraite sont aujourd’hui, partout dans le monde – et particulièrement en Suisse – les plus gros investisseurs. Donc en fait, une part non négligeable de cet argent a en fait été volé à nous jeunes actifs pour être redonné à nous vieux retraités. Par ailleurs, les préoccupations de Mme George en matière d’écologie sont connues et légitimes. Mais si ce butin de 1300 milliards par année était rendu sans autre aux travailleurs, cela aurait un effet considérable sur la consommation. Très positif pour l’économie (qui cependant risquerait de manquer d’investissements et donc favoriserait la consommation d’importations) mais nettement moins pour l’écologie. Un pourcentage significatif de consommation en plus, c’est forcément l’environnement qui souffre. Et quoi qu’on en dise, l’empreinte écologique d’un milliardaire qui thésaurise une part importante de son magot (sinon il ne reste pas milliardaire longtemps) est nettement moins polluante que celle de dix mille travailleurs se répartissant son magot, car eux au contraire, vont immédiatement tout consommer.

Le danger et le coté nocif des hyper-riches est en fait moins dans la part de richesse qu’ils prélèvent (encore que si celle-ci devient trop importante, cela peut contribuer au déclenchement des crises, comme ce fut le cas en 1929 et en 2007), que dans le pouvoir abusif que leur fortune leur concède. Et ce quel que soit le système politique. Le pays du monde où les inégalités sont les plus fortes est aujourd’hui la Russie de Poutine et les plus grosses fortunes sont celles de Poutine et de son entourage, généralement d’anciens copains à lui du KGB. En France comme en Suisse, et sans doute plus en Suisse qu’en France, en l’absence de vraie législation sur le financement des partis politiques, l’économie et donc les plus riches dictent l’agenda. Le système de politiciens de milice n’arrange rien, au contraire, dans ce domaine.  

Autre point crucial, qui n’a été que superficiellement abordé lors du débat, le vieillissement  de la population et la part sans cesse croissante des frais de santé, dans les dépenses globales des individus comme de la société. Sauf accident, couvert et « lissé » grâce aux systèmes d’assurance et de mutualisation, l’essentiel de ces frais de santé sera dépensé en fin de vie, pour la faire durer le plus possible dans des conditions de plus en complexes – et au fond pas tellement agréables pour les principaux intéressés.

Même si la part des très très riches a effectivement notablement augmenté ces dernières années, ils sont très peu nombreux et leur impact global reste maitrisable, hormis donc la question de leur pouvoir personnel.  Le coût de la vieillesse et des maladies des vieux, lui en revanche croit de manière exponentielle et c’est l’un des deux principaux transferts de richesse de ces dernières décennies. L’autre étant la montée en puissance, on ne peut plus légitime, des pays du Sud. Tôt ou tard, il faudra mettre des limites. On ne peut pas passer sa vie à travailler juste pour payer les derniers mois de son existence où l’on va finir grabataire… Or c’est très précisément la société qui se prépare.

En fait elle a même déjà commencé : le différentiel de coût entre l’assurance privée des frontaliers et la LAMAL, du simple au double voire au triple tout de même, est essentiellement du à cela : les assurances privées tenaient compte plein pot des différences de coût induites par l’âge des personnes, alors que la LAMAL lisse en bonne partie les derniers mois ou années de vie en les répartissant sur toute l’existence, ce qui double le montant des primes durant toute une vie. C’est actuellement dans les 100 000 Francs par personne dont il est question. Ce qui ne peut aller qu’en augmentant si l’on ne fait rien. Malheureusement, « faire » impliquerait des remises en cause fondamentales de certains tabous de nos sociétés. Des tabous qui ne sont de loin pas universels. Dans certaines tribus esquimaudes, les personnes d’un certain âge quittaient le clan de leur propre chef pour s’en aller affronter seules leur dernier blizzard. Mais est-on prêt à ce genre de pratique, lorsqu’on voit les difficultés rencontrées par des organismes comme Exit ?

Peut-on justifier de dépenser 100 000 francs par tête d’occidental à le maintenir en vie quelques mois de plus à la fin de son existence, lorsqu’avec la même somme, on peut doubler le revenu de 1000 familles paysannes africaines pendant une année ? Doubler leur revenu signifiant la possibilité de soigner les enfants, de les envoyer à l’école, d’installer l’eau courante… 100 000 francs pour chacun des 500 millions d’européens, cela représente 50 000 milliards ou trois années de PIB européens. A l’échelle planétaire, on dépasse les 200 000 milliards. 45 fois la fortune cumulée de tous les milliardaires de la planète, qui certes devraient être mis à contribution également. Le jour où Attac aura le courage de réfléchir à ce genre de problématiques, elle deviendra vraiment crédible.

17/11/2013

Hasard et synthèse au service de l'Histoire

La vie est faite de hasard et de décisions, bonnes ou mauvaises. Mon dernier livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire" existe grâce aux blogs de la Tribune. Merci Jean-François. Il y a 4 ans, à l’issue d’une projection de mon avant-dernier film, un blogueur de la Julie, que je ne connaissais que par son pseudonyme et l’habituelle pertinence de ses commentaires, est venu me dire qu’il avait un projet. Il voulait faire un film avec moi.

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Ma réponse fut préventive : vous avez l’argent ? Généralement, cela refroidit les ardeurs immatures. Là le gars me répondit : « Non, mais je sais comment le trouver ». Le bougre m’avait fait dresser l’oreille et les vérifications sur Internet (on n’est jamais trop prudent), m’avait appris qu’il avait mené à bien une opération de promotion immobilière.

En fait, au bout de quelques mois, le gars disparut sans laisser de traces. Vraiment disparu : évaporé du jour au lendemain. Entretemps, un ami français bien renseigné m’avait conseillé de me méfier de lui. Depuis, plus aucun signe de vie, mais son idée m’avait lancé sur un projet parallèle, qui n’était plus le sien mais justifiait largement un film et même deux. « Comment l’Esprit vint à Genève » et « La Ville Frontière » ont été diffusés en télévision et vendus rassemblés en un seul DVD : « Genevois Pluriels ».

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Pourtant, j’étais resté sur ma faim : condenser 2500 ans d’une Histoire que je découvrais incroyablement riche en 52’, c’était comme de faire entrer tout un banc de sardines dans une seule boîte… D’où le livre, qui sur une typo classique ferait 900 pages et que nous avons pu ramener à 650 par des artifices typographiques.

Trois ans de recherches et d’écriture, puis quelques problèmes essentiels à régler avec l’éditeur et le diffuseur : Combien d’exemplaires imprimer. par exemple ? Faire un seul pavé ou trois tomes successifs, plus légers, moins chers et dotés chacun d’un public cible assez différent ? Sans négliger le titre. Tout comme la couverture, il doit résumer le contenu et donner envie d’acheter.

Comment résumer en trois mots une fresque de 900 pages peignant l’Histoire du monde vue de Genève ? L’histoire de Genève dans son environnement, proche et lointain. Qui raconte comment la puissance des comtes de Genève et des Ducs de Savoie, tous deux antipapes et phares de la chrétienté, interagit avec la ville, dont l’opulence est à son zénith au moyen âge. Qui dit pourquoi Genève est la capitale des révolutions européennes du XIXème siècle et même du XXème. Et rappelle qu’en plus d’Henri Dunant à Solférino, Florence Nightingale en Crimée et Clara Barton à la guerre de Sécession mènent le même combat. Qui coïncide avec des découvertes sanitaires fondamentales : la vaccination de Pasteur ou le besoin d’asepsie…  Il ne suffit pas d’avoir une idée, encore faut-il l’avoir au bon moment.

Scan couv suisse.jpg Le meilleur titre m’a été proposé par notre diffuseur, Luc Feugères, lui-même historien de formation : « Cette Suisse qui a fait la France ». Nulle ville française, hormis Paris, n’a eu autant d’influence sur l’Histoire de France que Genève. C’est l’une des choses que je montre dans ce livre. L’une des… Hélas, un ami, excellent communiquant politique, sans doute le meilleur, trouvait le titre «inutilement provocateur». J’ai commis l’erreur de l’écouter. Sauf que ce qui est vrai en politique ne l’est pas forcément en marketing.

Au vu du titre, le lecteur suisse s’attend à trouver une suite de portraits fouillés, ce que n’est pas le livre. La fresque reste une vue d’ensemble, égaillée d’anecdotes et de connexions ignorées des historiens habituels. Eux creusent leur sillon, tandis que je fais de la photo aérienne, avec quelques coups de zoom, un par chapitre, qui sont autant de scoops… Il est moins question de portraits héroïques que de replacer dans leur contexte ces gens qui, parfois malgré eux, ont endossé la cape du héros. Ou de l'héroïne. 

Nous en discuterons en public avec David Hiler,

Au Vieux Grenadier, rue de Carouge, dès 20h, le 30 novembre prochain. 

Au menu: les réécritures politiques de l’Histoire.

L’Histoire suisse en regorge, comme l’Histoire de France, souvent symboliques, parfois plus insidieuses. On n’en est pas encore sorti, trop d’historiens travaillant encore en fonction de leurs à priori idéologiques. Ce qui consiste généralement à ne tenir compte que de ce qui conforte votre thèse. Or on ne peut comprendre vraiment une situation qu’en restant ouvert à toutes les informations. C’est pareil en politique : le meilleur politicien sera celui qui sait recueillir le plus d’informations diverses et le mieux les synthétiser. 

14/11/2013

Le MCG raciste ? Et si Rappaz l'avait fait exprès, pour cadrer Poggia...

Rappaz l’a-t-il fait exprès ? Comme une grenade dégoupillée destinée en premier lieu à Poggia et à ceux qui verraient bien le MCG rentrer dans le rang… J’aurais adoré être une mouche, ou un mini-drône observateur, lors du happening qui a vu Rappaz, ancien Vice-Président et toujours député et membre fondateur du MCG, se faire juger par ses pairs, pour son dérapage raciste. Parce que contrairement à ce que laissent entendre ses excuses et son Président, l’intention raciste était on ne peut plus manifeste. D’autant que le gars a des antécédents. Membre fondateur et secrétaire général de l’UDC genevoise, chargé de s’occuper du local du parti, il en avait été exclu pour avoir déjà, collé des affiches racistes sur sa vitrine.  Par ailleurs, lors du vote sur les minarets où le MCG, sous la pression de Poggia, prescrivait le refus de l’initiative UDC, il s’était fendu d’un blog vengeur expliquant pourquoi lui, il allait soutenir l’initiative islamophobe… Autant dire que le sujet lui tenait à cœur.

Il n’est pas le seul dans ce cas au MCG. Un Menoud n’hésite pas, le jour où il publie ses excuses dans la Tribune, à appeler sur Facebook à souiller le terrain de la future mosquée d’Annemasse avec des quartiers de porc… Et la candidate au GC Marie-Laure Dupont rappelle que pour elle, l’islamophobie est une « légitime défiance »… En même temps, le MCG a élu Poggia, un musulman converti au Conseil d’Etat et ce très certainement avec les voix d’un grand nombre de musulmans d’autres partis.  Sans doute plus que les 1200 voix qui le séparent de son suivant Apothéloz. Sans oublier les chauffeurs de taxis arabes, fort nombreux au MCG. Pas facile à gérer pour Roger Golay, qui tout compte fait pourrait bien préférer partir à Berne apprendre l’allemand, pour ne plus avoir à assumer la douloureuse posture du grand écart…

La grenade dégoupillée, Rappaz est coutumier du fait. L’esclandre de trop, qui l’avait fait virer de son job de régisseur à la TSR (il n’avait jamais été jugé apte à devenir réalisateur) c’est lorsqu’il avait fait une allusion déplacée et imagée à la lune en plein direct d’une émission de Catherine Wahli. Un cas pathologique, comme j’ai pu m’en rendre compte lors des trois années durant lesquelles je l’ai côtoyé quotidiennement à la TSR. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi il m’en voulait. En fait j’étais à la fois frontalier et marié à une femme noire… Il se trouve qu’Eric Stauffer est dans le même cas. Son épouse étant de couleur, on peut imaginer qu’il n’apprécie guère les plaisanteries de Rappaz sur la question. Pourtant celui-ci s’en tire avec un simple blâme. Menoud n’a pas non plus été inquiété pour ses propos scandaleux sur la mosquée d’Annemasse.

A l’analyse des rapports de force et des apports électoraux de chacun, il semble que les musulmans et les islamophobes soient pour l’instant dos à dos au MCG, la direction refusant de trancher. Une situation explosive à terme, dont on pourrait naïvement s’étonner que Pascal Décaillet, si prompt à bondir sur les bisbilles internes des autres partis ne se saisisse pas de celle-là, pourtant spectaculaire…  D’autant que derrière l’affrontement musulmans-islamophobes se profile le duel Poggia-Stauffer pour la conduite d’un parti schizophrénique qui risque bien d’avoir à trancher tôt ou tard entre la posture populiste ou la rigueur gouvernementale. Les vrais racistes pourront alors servir Stauffer, ce qui explique qu’il n’ait même pas fait comme Marine Le Pen au Front National, à savoir viré le trublion. 
Après, on vient nous raconter que le MCG n’est pas un parti d’extrême-droite. En vérité, il est juste plus à droite que le Front National.

13/11/2013

L’Entente, stratégie gagnante

Dimanche, l’Entente a conservé ses quatre sièges au Gouvernement et ses quatre candidats terminent en tête, alors qu’elle ne représentait il y a un mois que 35% du corps électoral.

La gauche a perdu un siège.

L’extrême-droite en a gagné un, mais de justesse et grâce à un candidat qualifié d’anguille multicartes. Loin du facho caractéristique, il est le premier converti musulman à entrer dans le saint des saints d’un Gouvernement cantonal en Suisse.  Et le premier candidat aussi à avoir jugé bon, pour être élu, de s’excuser de ce qu’affiche son parti. Ce qui a fonctionné et démontre, au moins, un sens politique certain.

L’extrême droite, en vrai, elle plafonne. L’examen fin des résultats révèle même que là où elle a tâté de l’exécutif, elle recule, comme à Vernier ou Onex. Parce que boire des coups entre potes n’est pas la manière la plus efficace de gérer un exécutif, qu’il n’y a pas de solution miracle aux problèmes graves et que l’intérêt personnel, le copinage et l’esprit de clan, lorsqu’on vend l’image du chevalier propre, ça la fout mal...

Le MCG n’a pas encore fini de remporter des victoires, ici ou là, mais il semble être dans la situation de la Wermacht en février 43 : le tournant de la guerre. Le cuisant score personnel de Stauffer est son Stalingrad, même si lui aussi va mettre du temps à l’admettre. Probable même qu’il ait à déjouer quelques putschs internes visant à préparer un avenir orienté sur la collaboration plutôt que sur l’affrontement.  

Davantage qu’un parti de fachos, même s’il en compte quelques durs, le MCG est un parti d’opportunistes. De gens qui n’ayant pas percé ailleurs, ont sauté dans un express auquel ils ont accroché leur wagon personnel. Ce côté attrape tout, c’est leur force et leur limite, mais c’est surtout une excellente nouvelle pour Genève. Parce qu’avant d’être des idéologues, contrairement à un Blocher, qui avait déjà sa réussite derrière lui avant de se lancer en politique, ils ont surtout soif des ors et des signes extérieurs du pouvoir, peut-être même plus que du pouvoir lui-même.
Show off bling bling c’est un prénom commun au MCG. En espagnol péruvien, on dit « huachafo ». Cumulé avec un goût certain pour les soirées arrosées et même les journées, pour certains. Sauf évidemment pour Mauro Poggia, qui a décidément tout du mouton noir au sein des partis qui l’ont présenté…

Du coup, le fait d’avoir un des leurs ou supposé tel au Gouvernement compte davantage à leurs yeux que ce qu’il y fait ou n’y fait pas.  Ce qui laisse une marge de manoeuvre assez grande au Conseil d’Etat et à Poggia pour construire des majorités sur des projets qui en valent la peine. Ce que le Nouvel élu expliquait à sa manière en affirmant qu’il saurait faire admettre les choses à ses partisans. C’est ce qu’on lui souhaite, pour le bien de Genève, car évidemment, il est préférable que le gouvernement et le parlement avancent et prennent des mesures utiles, plutôt que de passer cinq ans à se chamailler en affrontements stériles.

La configuration n’est donc pas si mauvaise, pourtant, depuis dimanche soir, une campagne lancée par Pascal Décaillet agite le landernau politique, reprise et amplifiée par Cyril Aellen et Thomas Barth. Ils parlent de défaite du PLR, qui n’a plus que deux sièges au lieu de trois. Défaite surtout de son aile droitière – plus que libérale - qui n’en a plus aucun. A ce stade, il est bon de rappeler le rôle éminent joué par Thomas Barth dans l’éjection de Mark Muller, le premier des sièges libéraux envolés. Tandis que l’examen fin des résultats de dimanche montre que la majeure partie des biffages d’Isabel Rochat vient des fiefs de cette même aile droitière, qui a fait élire Poggia en le rajoutant massivement.

Pourquoi s’en prendre ainsi aux cousins PDC ou à l’aile centriste – plus que radicale, car anciens radicaux et anciens libéraux sont répartis dans les deux ailes – qui ont su présenter les meilleurs candidats, ceux susceptibles de se faire élire ?
 Le but de Décaillet, c’est d’obtenir un rassemblement élargi à l’UDC, sur le modèle de ce qui s’est fait à Fribourg, puisque contrairement au Valais et à Neuchâtel, les leaders locaux de l’UDC ne sont pas en mesure de l’emporter seuls à Genève. Un rassemblement qui aurait fait élire Amaudruz plutôt que Poggia. Pas sûr du tout que Genève y gagne, au niveau des compétences respectives et de la lucidité politique... Derrière Décaillet plane l’ombre de la pieuvre médiatique Blocher… Sans doute Aellen et Barth espèrent-ils tirer leur épingle du jeu, peut-être même sont-ils sincèrement convaincu d’œuvrer pour le bien du libéralisme, mais il se trompent. 

Quelles seraient les chances d’une telle alliance à Genève ? A chaque fois qu’elle a été tentée ici,  elle a échoué. Amputée du MCG, l’UDC n’est pas une force politique très importante. Pas plus importante que le PDC en tout cas et surtout beaucoup plus risquée en termes électoraux, car signer avec l’UDC, c’est perdre un paquet de voix au centre et au centre gauche. Des voix qui ont élu brillamment dimanche les quatre de l’Entente…

Au-delà de la qualité des candidats qu’elle présente puis flingue elle-même, l’aile droitière devrait aussi se préoccuper de la perte d’image des milieux financiers qu’elle représente. Comme ailleurs dans le monde et même dans les rangs de la bourgeoisie, la majorité des gens n’en peut plus des superprofits d’une infime minorité qui parvient à éviter l’impôt, en en laissant retomber tout le poids sur les classes moyennes. Il faut parfois céder du terrain pour mieux rebondir, ou simplement ne pas tout perdre et clairement à mon avis, le dogme libéral est à revoir en période de crise, pour ce qui concerne l’imposition des plus riches. Ne serait-ce qu’au niveau symbolique, pour ne pas laisser se développer l’idée que la société est injuste, trop injuste.
 Comment, pour ne pas les faire fuir, c’est une question à laquelle il faut réfléchir soigneusement, mais une taxe sur les propriétés de grand luxe, par exemple, pourrait être une piste. Il suffirait de réussir à la « vendre » comme un signe extérieur de prestige. Et convaincre Berne au passage.  

Pour le reste, la majorité du Conseil d’Etat devra apprendre à travailler avec la gauche pour lutter contre le dumping salarial. Et puis aussi faire du lobbying auprès de la BNS pour faire baisser encore la valeur du Franc fort. Le meilleur moyen de maintenir ou d’améliorer nos atouts tout en réduisant les effets indésirables de notre attractivité, c’est de revenir à des taux de change plus favorables à l’Euro. Enfin se tenir prêts à expliquer aux Genevois que la réalité des crises mondiales et européennes n'est pas incontournable et forcément nous impacte et nous impactera davantage encore dans les années qui viennent. Dans ce contexte, il est sain qu'un Conseil d'Etat rassemblé puisse expliquer les choses telles qu'elles sont aux différents partis du Parlement et à la population.

11/11/2013

Echec des extrêmes et victoire des orateurs

Comme le dirait un Renaud de ma connaissance, il y a plusieurs leçons à retenir des élections de ce dimanche. La première, c’est que le seuil des 50% pour être élu au 1er tour sera extrêmement difficile à atteindre. Au 2ème tour, seul Pierre Maudet (52%) le dépasse et François Longchamp (49%) le frôle. Dernier élu et seule vitrine présentable du MCG, Poggia n’atteint que 36% des voix, son Président d’honneur, Stauffer plafonnant à 28%, c’est-à-dire qu’il ne fait même pas le plein des voix cumulées de son bloc.

La 2ème leçon, plus importante politiquement, c’est l’échec des extrêmes et de la provocation érigée en système. L’électorat a voté au centre et choisi les candidats les plus  consensuels. Même Maudet dont le côté capitaine courageux séduit jusque dans les rangs de la police et de la droite dure, n’omet jamais de rappeler qu’il est pro-européen… Concrètement, le travail qu’il mène avec le Procureur Jornot, en collaboration étroite avec les forces de police française est un excellent moyen de faire baisser la criminalité, mais aussi les préjugés dans les rangs de la gendarmerie, même si ce n'est qu'un effet boomerang. 

Futur sexagénaire, je préférerais évidemment que la jeunesse laisse le pas à l’expérience et la Présidence à François Longchamp, mais l’impact psychologique est important. Il sera peut-être plus fort avec un Président fringant capitaine, pour emmener Genève à l’assaut de son futur. Si je regrette l’éjection brutale d’Isabel Rochat et l’entrée du MCG au Gouvernement, force est de constater que la configuration finale n’est pas si mauvaise. Seule manque à l’appelle l’aile libérale et c’est très regrettable, mais elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même : si l’on examine les résultats commune par commune, c’est dans les fiefs bourgeois qu’Isabel Rochat aurait pu refaire son retard et qu’elle n’y parvient pas assez, à cause du biffage. Quant aux bastions du MCG, là où on lit et regarde les médias et les journalistes populistes – Ceux-là même qui clament à longueur de journée qu’il faut une alliance à droite toute – Mme Rochat arrive bonne dernière.

Le nouveau Conseil d’Etat est en tout cas représentatif des forces électorales du canton, tout en donnant une majorité claire à quatre politiciens de grande valeur et complémentaires, les deux élus de l’Alternative n’étant pas en reste non plus en matière de qualités gouvernementales. Espérons que cela pourra être mis à profit pour susciter des réformes utiles. Pour autant que les clivages partisans du Grand Conseil n’annihilent pas tous les efforts. 

Les votes compacts se tiennent dans un mouchoir, sauf qu’ils sont inversement proportionnels au résultat final : 21 379 pour l’Entente, 21 765 pour l’Alternative et 22 756 pour le Nouveau Bloc populiste. Les voix grappillées hors du parti font les victoires… Et celles perdues au sein de son parti les défaites. L’élection de Poggia est ainsi clairement due à l’Entente, qui lui a apporté 5600 voix, la gauche lui en accordant tout de même plus de 1000… Ce mauvais signe pour le Grand Genève est largement relativisé par la claque qu’a reçue le bloc populiste dans son ensemble en regard de ses ambitions affichées. 

Espérons juste que, contrairement aux us et coutumes du MCG, les débats internes du collège ne soient pas transmis à qui de droit le Président d’honneur avec copie au porte-voix officieux de la Praille, avant même que la séance soit close. Sinon, le Gouvernement devra apprendre à travailler par fractions, synonyme de perte de temps et d’efficacité. D’un autre côté, si Poggia choisit de se montrer collégial et discret, c’est son inféodation au MCG qu’il remet en cause. Ce qui pourrait présager de lendemains houleux au sein de ce parti, la claque personnelle reçue par Eric Stauffer n’ayant aucune chance de l’inciter à se remettre en question, tant l’individu semblant imperméable à ce genre de considération.

L’échec d’Isabel Rochat n’est pas celui de sa politique. Elle n’a pas démérité et loin d’être incompétente sur le fond, elle paie très cher un léger manque d’aisance dans sa communication verbale. A l’affut de la moindre faiblesse permettant de faire briller ses poulains, Décaillet ne lui a rien laissé passer. Les bêtes politiques d’aujourd’hui doivent pouvoir s’exprimer sans note et avec aisance en toutes occasions pour aller chercher l’électeur... De s’être coltinée la police en hors d’œuvre et d’y avoir récolté la vindicte du syndicat de la grande maison n’a pas aidé : elle est clairement apparue comme le maillon faible et les populistes ont sauté sur l’occasion… A l’interne, elle a certes été biffée 7176 fois (contre 568 pour Maudet et 795 pour Longchamp), mais elle a aussi récolté trois fois moins de voix qu’eux, aussi bien à gauche (+ 4600 voix pour Longchamp, + 5600 pour Maudet) qu’auprès de la droite dure (+ 2500 pour Longchamp, + 3500 pour Maudet).

Hodgers récolte lui aussi plus de 6300 voix auprès de l’Entente, et plus de 600 chez les populistes. Contre respectivement 5000 et 700 pour Anne Emery-Torracinta.  Apothéloz n’en récolte que 3400 et 400. La gauche officielle rejette la responsabilité de son échec sur l’Entente, ce qui est un peu facile. Comme le faisait remarquer Pascal Holenweg, on peut se demander si un bulletin officiel « Ensemble à Gauche » n’aurait pas rapporté les 1300 voix qui ont manqué au 2ème socialiste.  Quant aux deux PDC, ils profitent à plein de la dynamique victorieuse de l’Entente au centre, pourtant décriée par certains députés PLR qui préféreraient s’ancrer à droite. Vieux débat, mais option suicidaire qui n’aboutirait qu’à renforcer la gauche ou au mieux, les nouveaux petits partis centristes.

Reste qu’il s’agit maintenant de laisser rapidement retomber les passions de la campagne et de se mettre au travail. Les nouveaux élus doivent se répartir les dicastères, écrire leur programme pour les cinq ans à venir et le plus important peut-être définir, leur modus vivendi autant qu’operandi. En essayant de faire en sorte que ce nouveau gouvernement ose entreprendre des réformes utiles à Genève et à sa région dans les années qui viennent d'une conjoncture qui ne va en principe pas vers le beau pour les sociétés occidentales.

09/11/2013

La Vraie Histoire des Romand-es

Couronnement de trois années de travail, mon livre « Ces Romands qui ont fait l’Histoire », sort en librairie cette semaine. Trois années plongées dans l’Histoire de Genève, de la Romandie et des régions voisines, de la Suisse, de la France, de l’Europe et du monde… Pour ce qui est de l’Univers, évitons le hors sujet, mais le fait est que j’ai cherché à replacer notre histoire locale dans le contexte global et c’est passionnant. Car bien sûr le contexte global explique ce qui se passe ici, mais les spécificités et les personnalités d’ici jouent souvent un rôle considérable ailleurs aussi !

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Pur hasard, cela tombe pile sur « Le mois des Suisses » à la RTS. L’occasion d’essayer de répondre, moi aussi, aux questions qui tuent : « Qu’est-ce que la Suisse, qu’est-ce qui crée la Suisse, qu’est-ce qui nous unit ?».

Ma réponse est claire : en tout cas pas le hérisson refermé sur lui-même que tentent de promouvoir l’UDC et consorts. Tout au contraire, c’est l’ouverture, les échanges et le métissage, qui créent ce pays depuis la nuit des temps.

Déjà, par nécessité, les premiers habitants viennent d’ailleurs, puisqu’il y a 20 000 ans, tout le pays est entièrement recouvert de glaces de plusieurs centaines de mètres d’épaisseurs. Peu à peu des immigrés chasseurs cueilleurs remontent du sud, suivis d’une vague de paysans venus de la dépression de la Mer Noire, à l’origine un lac d’eau douce qui se remplit d’eau de mer. Probablement l’origine du mythe du Déluge. On retrouve aujourd’hui encore leur gènes dans des populations européennes « de souche » et le bassin lémanique est leur implantation la plus au nord. Ils se mélangent avec des celtes spécialistes du fer, reçoivent des apports grecs et même phéniciens…

La conquête romaine, puis les invasions barbares passent par là. Rois du pays, les Burgondes sont un drôle de peuple, venus du Nord-Est, des bords de la Vistule, avec des cousinages jusqu’en Iran. Avec la Loi Gombette, ils offrent à la région la première loi connue établissant formellement des liens d’égalité juridique entre personnes d’origines ethniques différentes habitant le même territoire. Tandis que partout alentour, les conquérants sont les maîtres et les conquis leurs esclaves. Genève est alors la petite capitale d’un royaume englobant la Franche-Comté, la Suisse entière, la Bourgogne et la vallée du Rhône jusqu’à Vienne. Son Roi, Gondebaud, est Patrice des Romains, numéro 2 de l’Empire d’Occident. Uri Schwytz et Unterwald n’existent pas encore, improbables culs de sac alpins peu à peu défrichés par des paysans en quête de terres. Les principales villes alémaniques sont des villages servant de haltes sommaires sur les routes commerciales tandis que Genève, avec ses ponts sur le Rhône, est l’un des carrefours les plus importants et va même devenir « Le » plus important marché européen du Moyen Age. S’y croisent les marchands de soie, de coton et d’épices, mais aussi les pèlerins en route pour Rome, Jérusalem et bientôt Compostelle. Deux Papes, ou plutôt Antipapes en sont issus.

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Le passage des Alpes est la clé de la fortune et c’est l’ouverture du Gothard, au début du XIIIème siècle qui crée les conditions d’existence de la Suisse. Les paysans crevant de faim peuvent désormais prélever des taxes sur les marchandises de passage, comme le font Genevois et Valaisans depuis deux millénaires. Ils communiquent, échangent, reçoivent les voyageurs et voyagent eux-mêmes. Ils s’enrichissent matériellement et spirituellement. Ils sont aussi au contact des villes-principautés italiennes dont plusieurs, après la chute de l’Empire, vivent sous un régime de démocratie locale, clairement de filiation gréco-romaine. Sauf qu’à la suite d’une querelle de voisinage, les Habsbourg, seigneurs du lieu originaires d’Argovie bloquent le passage du Gothard. Les trois vallées se rebellent et flanquent la pâtée aux troupes venues essentiellement des villes du plateau pour les mater. Le gros de la bagarre oppose de futurs suisses des deux côtés et de toute manière, tout ce petit monde fait partie du Saint-Empire Romain germanique et ne songe aucunement à s’en séparer. Il faudra attendre la fin du Moyen-âge pour que cela soit le cas, en profitant d’une alliance avec la France. 

Durant deux siècles, cités du plateau et vallées alpestres ne vont pas cesser de s’entrétriper… La démocratie reste très relative, réservée aux hommes d’une poignée de familles dominantes dans chaque communauté. Les grands seigneurs des environs s’en mêlent, notamment la famille de Savoie, qui aide les Suisses contre les Habsbourg. Une fois ces derniers sortis du jeu, les Confédérés s’en prennent à la richissime Savoie, qui possède les deux principaux cols entre la France et l’Italie, soit le Grand et le Petit Saint-Bernard. L’alliance des Suisses et de la France prend la Savoie en tenaille, qui ne s’en relèvera pas. Genève en profite pour entériner son indépendance, grâce à des commerçants-aventuriers, comme Bezençon Hugues, qui n’hésitent pas à manier l’épée et à risquer leur fortune. Ville impériale de fort longue date, n’hésitant pas à en appeler au pape au besoin, Genève a toujours su utiliser ce lien fort à l’autorité « européenne » pour asseoir son autonomie face au pouvoir local.

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 Genevois, de souche genevoise, Bezençon a grandi à Zürich et la plupart des autres figures de l’indépendance genevoise sont des savoyards, petits gentilshommes de la région fâchés contre le Duc, qui aujourd’hui seraient des frontaliers. Les parpaillots qui débarquent ensuite viennent de plus loin, pendant que les fils de famille comme les garçons de ferme, d’un bout à l’autre de la Suisse, s’en vont au loin chercher fortune pendant des années. C’est ce brassage incessant entre l’air confiné des vallées et le foehn du Sud des alpes, la bise du Nord ou le Vent de Paris, voire de Londres ou de Washington, sans oublier le blizzard de Moscou, qui fait la Suisse, à la fois droit dans ses bottes et au service des puissants, pour autant qu’ils laissent la Suisse en paix…

Ce curieux mélange de diziplin toute militaire, de curiosité et de sentiment puissamment ancré de l’égalité des droits et des devoirs, c’est ce qui fait la Suisse. Mais si le service mercenaire n’existe plus, nos jeunes devraient se souvenir que l’expatriation dans un CV, cela vous pose son homme ou sa femme, d’ailleurs, et que celles et ceux qui peuvent brandir un engagement scolaire, puis professionnel à l’étranger trouveront plus facilement un job et serons mieux payés, y compris au retour au pays. La Suisse, centrée sur son nombril, n’est rien. Un morceau de terre coincé entre des montagnes. Ouverte sur le monde, elle devient un lieu de passage, de commerce et de réflexion. Un miracle économique et démocratique.

08/11/2013

Antonio Hodgers, tu dois traverser !

Tu le sais, Antonio, j’ai voté pour toi. Comme pour les 5 candidats de l’Entente et pour ta colistière socialiste. Voilà c’est dit. Parce que je te sais pragmatique et fin connaisseur des questions de mobilité. Assez ouvert d’esprit aussi pour admettre qu’une agglomération qui se développe en croissant doit pouvoir relier ses deux extrémités en direct, sans avoir à passer par le centre. Pour d’évidentes raisons écologiques : des trajets moins longs et moins d’embouteillages c’est moins de pollution et plus de qualité de vie.  

Sur le fond, nous en avons parlé, tu es d’accord, mais à condition que les riches communes de la rive gauche acceptent de densifier. Tu fais même du Golfe de Cologny un symbole. Tu as tort. C’est un poumon vert remarquablement placé à proximité du centre-ville et c’est une chance pour Genève, de même que les zones villas de Vandoeuvres ou Cologny, qu’il serait suicidaire de sacrifier sur l’autel de l’équité sociale. On peut discuter de l’imposition des superriches, si l’on arrive à des accords mondiaux en la matière, mais dilapider nos atouts « géographiques » serait idiot. La féroce concurrence internationale qui rêve de nous prendre nos organisations internationales et nos multis exploserait de joie. Des atouts que l’on peut résumer en quelques mots : une échelle humaine et une proximité immédiate des principaux pôles, bien reliés entre eux : aéroport, lieux de vie, de travail et de villégiature…

La rive gauche se densifie de toute façon et se densifiera encore, côté français. Une donnée mal prise en compte par Berne et par l’OFROU dont les considérations tendent à s’arrêter à la frontière. D’Annemasse à Thonon c’est plus de 150 000 habitants qui habitent derrière ces zones villas, mais aussi des zones d’activités intenses, entreprises et commerces, qui attendent tous d’être mieux reliés à la Suisse. Cela passera aussi par des transports publics efficaces (le RER Thonon-Annemasse complétant CEVA en est un) qui d’une manière ou d’une autre devront traverser. A minima en bus…  

Ton idée de densifier Cologny Vandoeuvres & Co n’est pas idiote, mais elle est moins pertinente que celle qui consiste au contraire à considérer cette zone comme un vaste tampon de verdure, mis en réserve pour les générations futures. Comme Central Park à New York, les bois de Vincennes et de Boulogne à Paris, quelque chose d’envergure qui dépasse la simple notion de parc public au centre-ville, dont Genève est déjà bien pourvue. J’entends déjà ton objection : ces zones sont libres d’accès au public, ce qui n’est pas le cas du golf de Cologny. Certes, mais laissons du temps au temps. En attendant, il reste zone verte tandis que si on construit dessus, il deviendra impossible de revenir en arrière. Peut-être qu’un jour on déplacera le golf à Jussy et qu’on fera de l'actuel un espace public, mais les environs resteront des quartiers chics, particulièrement bien situés, comme il y en a nécessairement dans toutes les grandes villes. Leur valeur ne sera que renforcée par une amélioration de l’accessibilité, surtout si celle-ci est bien conçue d’un point de vue environnemental. Je compte sur toi sur ce point. 

Tu es le mieux à même de parvenir à jeter les ponts politiques qu'il faut pour y arriver. Parce que cette traversée, il faut la financer. Berne rechigne, car on lui a mal expliqué le problème. Mais Zurich n’a jamais attendu sur Berne pour faire avancer les choses. Maman Helvetia fut mise devant le fait accompli et a payé. L’Union Européenne est concernée à travers la France voisine et les fonds Interreg destinés à l’amélioration des relations transfrontalières ont financé des dizaines d’ouvrages d’art prestigieux à cheval sur deux pays… Enfin, l’économie privée et les automobilistes peuvent et doivent être mis à contribution. C’est possible de différentes manières. L’idée d’une vignette permettant de circuler en certains lieux du canton est envisageable, autant qu’un impôt spécial ou un péage. L’idée étant quand même que ce soit aux utilisateurs de payer, y compris frontaliers, même si de fait, tout le monde bénéficiera d’un allègement des conditions au centre-ville.

Voilà, j’espère que tu seras élu dimanche et que tes collègues accepteront de te confier la mobilité. Parce que tu pourrais y exceller, si tu entreprends ta mission en entrepreneur, avec un objectif clair : améliorer le quotidien des gens, donc réduire le temps perdu en transports et faciliter la fluidité en mettant en place des solutions innovantes. Téléphériques, tunnels, P+R, métro léger aérien, rien ne doit être interdit à priori. Le coût et l’efficacité doivent primer, pour réduire les nuisances au service de tous. 

07/11/2013

Autour du CEVA, Genève se transforme

Dans quatre ans, Genève disposera enfin de sa colonne vertébrale: le CEVA.

Pour le construire, avec ses six gares et ses pôles urbains, comme le PAV ou le nouveau quartier des Eaux-Vives, des centaines de personnes s'affairent. Connues ou inconnues, conseiller(e) d'Etat ou perceur de tunnel, architecte ou camionneur. Des dizaines de milliers de Genevois pestent dans les embouteillages dus aux travaux. D'autres souffrent de la poussière ou du bruit des chantiers.
Cela fait deux ans que ça dure et il y en a encore pour 4 ans. En rendre compte, tenir un journal de bord en images, c'est le but de la série "Autour du CEVA", que vous pouvez découvrir sur Lémanbleu mais aussi depuis peu sur Internet.

Voici les liens vers quelques-uns des premiers numéros de ce feuilleton du réel, qui comptera si tout va bien, cinq saisons en tout...

le numéro 2 s'intéresse à la gestion des carrefours et des feux, durant les chantiers et aux tests de sécurité organisés à toute heure du jour et de la nuit

 le numéro 5 donne la parole aux habitants de Champel, dont beaucoup sont mécontents, mais commencent peu à peu à changer d'avis. 

le numéro 8 montre l'impact considérable du CEVA pour la Genève internationale et plus généralement pour les passages entre les deux rives aux Heures de pointe.

le numéro 13 nous raconte comment sont conçus et vérifiés les aménagements pour handicapés, durant les travaux mais aussi pour les futures gares.

 

Il y en a d'autres. Vous pouvez d'ores et déjà les consulter sur Youtube... 

06/11/2013

Chômage : histoire de chiffres et de cas personnels… + Islamophobie

L’article est poignant. C’est sûr que si l’on prend des cas individuels, le chômage et la détresse d’une mère, c’est forcément désolant. Mais faire des généralités de cas d’espèce, c’est typiquement la tactique du MCG et j’ai du mal à comprendre qu’un journaliste professionnel tombe dans le panneau. 

Les chiffres c’est très utile, à condition de les donner en entier: 3158 chômeurs âgés de 16 à 30 ans, cela fait beaucoup, dit comme ça... Et les trois enfants d'une famille qui semblent englués dans les problèmes, ça fait encore plus. A croire que tous nos jeunes sont concernés... Sauf que comme il y a environ 100 000 personnes de cet âge dans le canton, soit un peu plus du cinquième de la population, cela ne fait jamais que 3%... Très très en dessous des chiffres de n’importe quel autre pays européen en matière de chômage des jeunes, qui montent jusqu’à 30% en Espagne ou au Portugal. Dont sont originaires certains de ces jeunes chômeurs devenus résidents… 

Cela signifie aussi que 97 000 jeunes de 16 à 30 ans du canton font des études ou ont trouvé un job… Et que d'en avoir trois dans le lot, ben c'est vraiment pas de bol. Deux en fait, car le plus âgé, lui a travaillé et n'est pas au chômage puisqu'il entreprend une formation qualifiante d'adulte. Ce qui est une chance qui lui est offerte par la société, qu'il serait vraiment de mauvaise foi de reprocher au système. A noter aussi que 3000 jeunes sont au chômage en général, et majritairement pour une durée courte. Seule une petite minorité d'entre eux, fort heureusement, va se retrouver coincé dans du chômage de longue durée, comme les deux enfants cités dans l'article de la TG électronique. Moins d'un jeune sur cent à Genève, en fait. C'est trop, c'est beaucoup trop, mais cela relève au moins autant de cas personnels que d'un problème de société. 

Il n’est pas question de jeter la pierre à une maman qui a certainement fait de son mieux, mais n’avoir aucune qualification à 27 ans, cela devient très embêtant lorsqu’un accident vous coupe l’accès des métiers manuels sans qualification… Peut-être qu’au lieu de l’amener à des cours de sport ou de musique, il aurait mieux valu amener l’enfant puis l’ado à des cours de maths ou d’allemand, voire de français, pour l’aider à remonter sa moyenne? Un enfant « pas scolaire » cela arrive, mais si les parents baissent les bras, c’est le môme qui en pâtira plus tard. A tous les coups. Rejeter la faute sur le système est parfois un peu facile quand celui-ci offre gratuitement l’instruction publique, à condition de bosser…

La sœur fleuriste aux ongles impeccables qui ne travaille plus touche, si j’ai bien compris, 2190 francs par mois en étant logée chez papa maman. C’est plus que ce que touche 20% des salariés du pays voisin, en travaillant (certes 35h seulement) et avec un loyer à payer, eux…

Alors évidemment, on ne veut pas savoir ce qui se passe autour de nous et avant c’était mieux, etc… Mais le fait est qu’on ne peut pas vivre dans un aquarium, ni dans une tour d’ivoire. Il y aura toujours un problème de vases communicants. A cette maman qui se demande pourquoi sa fille n’est pas caissière à la Coop, ou à la Migros, à la place de la caissière en place, j’ai envie de dire : pourquoi vous ne le demandez pas à votre fille ? Comment ils font, les autres ? Les 97% qui ont trouvé un job ou qui bossent dur pour poursuivre des études ? Et qui éventuellement se cassent les ongles sur la machine enregistreuse, ou tout simplement se donnent suffisamment, lorsqu'ils décrochent un stage non payé, pour donner envie au patron de trouver qu'ils ont le bon profil...

Il est faux galement de dire que nos jeunes sont en concurrence avec l'Europe entière. Pas pour des jobs sans qualification. Le recrutement pour ce genre de jobs reste localisé au Grand Genève, soit moins d'un millions de personnes, dont environ 200 000 jeunes. C'est plus que si c'était réservé aux résidents, mais ce n'est pas l'Europe entière. C'est clair que de grossir démesurément le problème n'aide pas à l'affronter, quand on manque de confiance en soi et facilite le rejet de la responsabilité sur le système...  

Ce genre de discours semble écrit pour apporter de l'eau au moulin du MCG et avec les mêmes travers. Comme si la Tribune avait décidé de lui servir la soupe. Excuses par ci, excuses par là, Stauffer a fait ceci, et aussi comme ça... Sauf qu'en même temps que l'élu MCG Menoud s'excusait dans la Tribune pour ses propos xénophobes au Conseil municipal, il en remettait une couche sur Facebook, appelant à souiller avec des carcasses de porc le terrain promis par les autorités d'Annemasse-agglo à la construction d'une mosquée. Et se proposait même pour y participer.  La lutte contre l'émergence de cette mosquée, c'est le principal cheval de bataille du Front National dans la région. Et ces méthodes sont absolument indignes. Que dirait le MCG si des Français venaient en faire autant à Genève ?
Ci-dessous la photo de la page Facebook du triste sire, interceptée par Grégoire Barbey
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04/11/2013

Frontaliers, privilèges, jalousies et solutions

Je suis frontalier, donc un privilégié. C’est vrai. Comme me le faisait remarquer un ami vigneron genevois, je profite de revenus suisses et de prix français. C’est sans doute la cause principale du ressentiment qui s’exprime à l’égard des frontaliers en Suisse et des Suisses en France aussi d’ailleurs. Car l’immense majorité des résidents de Genève profitent aussi des prix français lorsqu’ils vont faire leurs courses, vont au restau ou skier le week-end de l’autre côté de la frontière.

Sans oublier les vacances en Thaïlande ou au Maroc où l’on peut se payer un 5 étoiles pour le prix d’un Ibis à Genève, les week-ends à Londres ou à Paris, la maison en Algarve ou en Provence… Et plus généralement le portable, les baskets et le jeans fabriqué en Chine, le pétrole extrait du Nigeria, les bananes d’Equateur ou le gaz de Russie. Et la voiture tchèque ou espagnole.

Tous, sans exception, nous profitons tous les jours des différences de prix et de niveaux de vie qui font le bon côté de la haute tenue du Franc Suisse. Les frontaliers un peu plus que les autres, puisqu’en plus ils sont souvent propriétaires, ce qui reste hors de portée de la classe moyenne à Genève. Mais, hormis un tout petit nombre de résidents genevois aux nationalités exotiques, tout un chacun pourrait devenir frontalier et propriétaire. C’est un libre choix, pour lequel nous avons voté, qui plus est à une confortable majorité.

En échange de ce privilège de devenir propriétaire, le frontalier assume quelques désavantages. Il est nettement moins bien protégé et indemnisé en cas de chômage. Il allonge souvent ses trajets domicile-travail (mais souvent moins que des pendulaires vaudois, voire valaisans ou neuchâtelois qui de plus ne paient pas d’impôts à Genève). Il est aussi à la merci de la fiscalité française qui peut être parfois versatile… Son privilège le plus exorbitant, le recours possible à une assurance maladie privée, non solidaire, est désormais aboli, ce qui est normal.

Enfin, vis-à-vis des travailleurs à salaires français, qui se plaignent non sans raison de ne pas pouvoir suivre la hausse de l’immobilier en zone frontière, le travailleur à salaire suisse bosse un jour de plus par semaine et cinq années de plus avant la retraite, ce qui au final fait tout de même l’équivalent de dix années de travail en plus. Le quart d’une vie professionnelle, ce n’est pas rien.

Cela dit, même si l’on relativise, le frontalier reste privilégié, et cela pose un problème psychologique. Nous sommes tous plus ou moins jaloux de quelqu’un qui vit mieux que nous. Mais bon, s’il est patron ou star ou médecin chef, cela fait partie de la marche normale des choses, et personne n’en fait une maladie chaque matin. Par contre s’il fait le même métier que vous, ça chiffonne davantage et c’est normal. C’est idiot, parce que cela ne vous enlève rien à vous, c’est donc de la pure jalousie, mais c’est humain.

D’un autre côté, la prospérité de Genève a besoin de la France voisine, à un point que l’on imagine mal. Redresser la frontière, d’une quelconque manière et c’est assurément quelques points de PIB qui s’évaporent et le niveau de vie cantonal qui s’étiole. Même les plus pauvres n’ont rien à y gagner car la baisse des revenus cantonaux se traduirait très vite par une pression accrue sur des prestations sociales qui sont les plus coûteuses du monde. Sans parler des subventions particulièrement généreuses à la culture et aux activités les plus variées.

Il existe cependant des moyens de réduire ce sentiment d’injustice qui nous pourrit la vie et envenime les rapports sociaux. J’en vois au moins deux. Supprimer la possibilité de déduire ses frais de trajets domicile travail des impôts. Pour tout le monde. Cela serait une vraie mesure écologique, qui favoriserait celles et ceux qui choisissent de vivre à proximité de leur emploi, souvent au prix fort, et désavantagerait les autres, les pendulaires. Il n’est en effet pas normal que l’impôt incite à s’éloigner de son lieu de travail, ce qui est fort coûteux en énergie. Il faudrait bien évidemment que la mesure soit fédérale et pour l’instant les chambres s’y refusent. Elles ont tort. Le surplus d’impôt pourrait être rendu aux citoyens d’une autre manière, notamment la réduction du prix des transports en communs urbains et la construction de P+R en Suisse (près des gares vaudoises notamment) et en France. Pour inciter  les pendulaires à abandonner leurs véhicules polluants et soulager le trafic urbain pour ceux qui doivent y circuler toute la journée.

L’autre mesure ne dépend pas des chambres, mais à priori uniquement de la BNS, puisqu’il s’agirait d’aller encore plus loin dans la baisse organisée du Franc suisse relativement aux autres monnaies, à l’euro en particulier. Passer à 1.40, comme le réclament d’ailleurs les syndicats, favoriserait nos exportations. Cela réduirait évidemment nos avantages « touristiques » et renchérirait les importations, mais cela faciliterait la tâche de nos entreprises et s’il est bien un secret ou une recette expliquant la prospérité helvétique, en plus des banques, c’est bien celui-là : la première place accordée à l’économie dans les arbitrages socio-politiques.

La dernière remarque relative aux frontaliers, c’est la morgue dont ils feraient preuve. Sur ce point, je ne peux que conseiller à tous, résidants et frontaliers, d’apprendre à observer la poutre que chacun porte en son regard… Le chauvinisme et la condescendance sont aussi universellement répartis que la connerie humaine, malheureusement.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que Genève a vécu sous atmosphère protégée durant la deuxième moitié du XXème siècle. Je me souviens parfaitement de mes réflexions lorsque j’ai choisi de m’établir ici, où mes parents louaient un appartement, comme ils en louaient un à Paris et une maison à Cannes. Je voulais être journaliste, et accéder à un grand journal français ressemblait à un parcours du combattant. Dans lequel il fallait non seulement être le meilleur, mais aussi piétiner les doigts de ceux qui tentaient de s’accrocher à vos côtés. La concurrence était féroce, tout simplement.  

A Genève, c’était beaucoup plus cool et de fait, au bout d’un mois de stage non rétribué, on me proposait un job à la Tribune… La concurrence était nettement moins relevée, ce qui est parfaitement normal, vu qu’il y avait quasi autant de journaux en Romandie qu’en France, pour 50 fois moins d’habitants. Quand à mon salaire, il était le double de celui d’un journaliste débutant à Paris, mais en fin de carrière, il serait nettement moins élevé à Genève (mais suffisant pour vivre bien) que pour une star de la profession parisienne. C’est à cette époque que je suis devenu frontalier, le directeur de la police des étrangers m’expliquant gentiment que oui, j’avais assez d’années de résidence et de scolarité en Suisse pour me faire naturaliser, mais que pour cela je devais être résident. Et que manque de chance, le quota de permis étant épuisé pour l’année et généralement insuffisant, il était préférable que je devienne frontalier, ce qui n’était soumis à aucun quota, juste au bon vouloir des commissions tripartites, que je passais haut la main.

37 ans plus tard, c’est toujours pareil : dans nombre de domaines, culturels mais aussi parfois techniques ou financiers, on peut vivre correctement ici en étant moyen, là où l’on vivoterait tout juste en France, tandis que les stars sont évidemment mieux payées dans un marché 50 fois plus important, où la concurrence est plus vive. Du coup, lorsque dans tous les domaines, des jeunes loups aux dents plus ou moins acérées débarquent de partout, parce que l’attrait du Franc suisse est un aimant puissant, les compétences moyennes deviennent insuffisantes face à la concurrence. Ce n’est pas que les Genevois sont moins compétents en général, très loin de là, c’est juste qu’ils sont moins nombreux.

Genève et les Genevois dans leur ensemble profitent de cette course à l’excellence, même si les talents moyens en pâtissent. L’économie va bien, la prospérité augmente et le seul souci devrait être de la répartir équitablement. Nous avons le choix cependant d’inverser le cours des choses. De revenir à un système fermé et protégé. Cependant il faut savoir que la donne internationale a changé et que cela signifiera forcément un recul sensible de notre niveau de vie. Probablement très sensible, parce que nos entreprises ne pourront plus être aussi performantes si on leur rogne les ailes, en les empêchant par exemple de recruter les meilleurs.
 

03/11/2013

Hold-up raté à Thonex = un bon point pour Maudet

Je le connais bien ce bureau de change, je passe devant pesque tous les jours et c'est là que je vais changer, car il offre les meilleurs taux de Genève. Respect et remerciements aux gendarmes du poste d'en face qui n'ont pas hésité à intervenir immédiatement, face à des gangsters armés. Evidemment, quelques voix s'élèvent du côté du MCG, pour affirmer que c'est la preuve que la criminalité baisserait moins qu'on le dit.

 Oui et non. Les malfrats sont repartis bredouilles. Ils se sont fait tirer dessus (même quand on est gangster, ça refroidit) et ils n'ont pas eu le temps d'emporter le moindre centime. Enfin, il n'y a pas eu de blessés et pour peu qu'ils aient laissé des traces identifiables, les malandrins devraient pouvoir être pistés. C'est donc un bilan plus que globalement positif pour les forces de l'ordre. Fatalement, cela va finir par se savoir qu'à Genève, on ne rentre plus pour se servir comme dans un supermarché. Que même à sept heures du mat, dans un poste apparemment fermé, il peut  y avoir des gendarmes qui veillent, prêts à intervenir. Que les passages à la frontière sont filmés et laissent des traces...

Une chose encore. On n'a pas trop entendu cette fois (contrairement aux àpisodes précédents) de remarques xénophobes sur le fait que les bandits venaient de France. Tant mieux, cela prouve que même le MCG se rend compte qu'il y a des limites à ne pas dépasser et que l'on ne peut incriminer tout un peuple pour quelques malfrats. A l'époque où j'étais jeune journaliste, il y a une bonne trentaine d'années, il y avait déjà des holds up violents et réguliers. Avec des morts parfois. Sauf qu'à l'époque, les gangsters étaient systématiquement italiens. Notamment le gang des Alfa-Roméo. Mais personne alors n'aurait imaginé faire un lien entre ces quelques voyous et la forte immigration italienne à Genève. Merci aux Genevois de ne plus en faire entre ces casseurs et les frontaliers.

 

 

01/11/2013

Le côté obscur de la Nouvelle Force révélé au grand jour !

C'est bien connu, le MCG aime les frontaliers. Il veut juste les empêcher de circuler ou de se garer sur le territoire du Canton de Genève, histoire de leur simplifier la vie. Qu'ils soient français, suisses, ou borduro-syldaves, du moment qu'ils habitent outre-frontière, qu'ils y restent...
C'est bien connu aussi, le MCG adore les étrangers résidents et les naturalisés. A condition qu'ils aiment la Suisse et soutiennent le MCG. C'est une condition sine qua non. Parce que s'ils critiquent les choix politiques du MCG, le conseiller municipal Menoud veut les reconduire à la frontière, après leur avoir enlevé le passeport. 
Quant aux Suisses "de souche" qui n'auraient pas assez de revenus pour payer d'impôt, ce sont des parasites, selon le MCG Menoud, si l'on en croit ses propos en plénière du Conseil Municipal de la vile de Genève. 

La dernière fois que l'on a enlevé leur nationalité à des naturalisés, c'était en France, et c'était sous le régime fasciste de Pétain. Il faut le dire. Les points Godwin sont devenus une forme de dictature de la pensée, pour empêcher de dire la réalité. Mais cette fois ça suffit. Les propos du Conseiller municipal Menoud (candidat MCG au Grand Conseil il y a un mois) sont inadmissibles et ils ne peuvent pas être isolés de son parti. 

 
Mais le mieux, c'est de lui laisser la parole:

"...je suis triste d’entendre les interventions de certaines personnes, des naturalisés, il faut le dire, vous êtes des… certaines personnes, des naturalisés, je vais vous donner quelques noms, qui sont des conseillers municipaux frustrés. Il a été dit si vous n’êtes pas contents vous pouvez toujours abdiquer votre nationalité et reprendre l’ancienne. Mesdames Maria Perez hier, Madame Vera Figurek, Madame Olga Baranova, Madame Vittoria Romano, Madame Virginie Studemann, Messieurs Velasco ou Ahmed Jama, vous qui venez nous faire des théories, vous êtes naturalisés, vous avez encore le bec, le bec dans le lait et vous venez nous faire des théories. C’est indigne et innacceptable.

Monsieur Menoud, quand, quand, quand, Monsieur Menoud, quand vous parlez aux gens, vous vous adressez à moi.

Oui mais


S’il-vous-plaît.

Je regarde mon ordinateur, Monsieur le président, je

Bon.

Non, je les regardais pas hein. Ils sont bien trop vilains. Hin hin hin hin hin hin. Je veux dire il faut savoir quel maître on sert, Monsieur le président, si on fait une démarche pour adhérer à une communauté, ce n’est pas pour demain…. Faites, faites faites taire ce grand gaillard

Hahahahahahahahahahahahahahaha

Ce ce ce traître à la, le social-traître

Monsieur Menoud, Monsieur Menoud

… dont j’ai parlé.

Monsieur Menoud… C’est valable pour Holenweg aussi

Monsieur le président, nous posons la question. Ces gens qui ont eu la chance d’être naturalisés alors que d’autres meurent à Lampedusa ! Et qui viennent cracher dans la soupe ! C’est inacceptable !

Oh. Arrêtez, arrêtez, arrêtez.

C’est inacceptable ! Vous devriez être fiers d’être suisses et nous entendons ce soir des insultes contre la Suisse et ça nous gnacepterons jamais !

Bon. Okay.

Qui servez-vous ! Qui servez-vous bande d’hypocrites !

Mo-Monsieur Menoud !

Oui, tu sers quoi ! Tu sers la NSA, tais-toi. Mais tais-toi.

Monsieur Menoud ?

Monsieur le président ! Monsieur le président ! Monsieur le président !

Veuillez, veuillez conclure, Monsieur Menoud.

Non non. J’ai mon temps comme tout le monde.

Oui, oui, vous avez votre temps de parole.

C’est une fierté, c’est une fierté d’être citoyen genevois, d’être la capitale, la capitale de la Croix-Rouge, Monsieur Dunant qui était… rappelez-vous de la ? de la guerre de Solferino, qui a protégé, vous rigolez vous Madame la naturalisée, taisez-vous ! Taisez-vous retournez à Belleville si vous êtes pas contente.

Non. Monsieur Menoud !

Retournez à Belleville !

Non. Non non non non non non.

Retournez dans votre quartier français ! Nous voulons pas de vous ! Et si vous êtes suisse pour nous cracher dessus c’est inacceptable.

Monsieur Menoud.

Monsieur le président, je vais en finir avec le sommet, le, le semeur, le, non pas la semeuse de de de de de de de du Larousse, le provocateur, le pro- Taisez-vous ! Rends ton passeport Vera Figurek ! Rends ton passeport ! Retournez-chez vous ! Allez ! Dégagez ! Bande de traîtres ! Traîtres à la nation ! Les traî-tres ! Les traî-tres !

Allez, c’est bon, c’est bon, c’est bon, on connaît le truc maintenant.

Monsieur le président,

On va conclure cette histoire maintenant, alors c’est bon.

Monsieur le président, comme on dit vulgairement aux Pâquis, le fouteur de merde.

Ha ha ha ha ha hahaha haha

Comme on dit chez nous, dans notre quartier, on dira pas, on dira pas la gauche intellectuelle Monsieur le président, … Monsieur Pataroni dont nous remercions l’intervention

Monsieur Menoud

frappée au coin du bon sens. Ce qui est anormal c’est ce provocateur. Monsieur Holenweg, Monsieur Holenweg. Est-ce que vous payez les impôts, est-ce que vous payez, vous ne payez rien du tout !

Monsieur Menoud !

Vous êtes un parasite social !

Monsieur Menoud, Monsieur Menoud, on va vous sortir hein. Voilà. Okay. Terminé. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Nous sommes maintenant en procédure de vo-te. Nous sommes en procédure de vo-te."

Fin de citation. Ce dialogue n'est pas fictif. Il a réellement eu lieu, mercredi 30 octobre 2013 lors d'une séance plénière du Conseil municipal de la Ville de Genève. Merci à José Lilo pour la transcription fidèle.

31/10/2013

Le Côté Obscur de la Farce...

Cette fois c'est dit et redit, le MCG est contre tous les frontaliers, puisqu'il veut même leur interdire l'accès aux parkings en ville. Qu'ils soient suisses ou français et paient leurs impôts à Genève, rien à fiche, puisque de toute façon, ils ne votent pas MCG. Ou si peu. Dans la foulée, Eric Stauffer veut aussi fermer le réseau des routes genevoises secondaires... Pour fluidifier le trafic, sans doute... Et arrêter avec ce coûteux développement des transports publics. D'ailleurs, à choisir entre le CEVA et la culture, Eric Stauffer préfère les grands projets culturels. Il vient de le rappeler aux acteurs culturels genevois. Même qu'il rêve d'un Montmartre au PAV. Et des Stones aux Evaux, on avait compris. 
Eric Stauffer veut aussi davantage de multinationales à Genève, mais pas de leurs employés euro-frontaliers, ni de frontaliers tout court, bien sur. Les multis n'ont qu'à engager des chômeurs genevois, qui comme chacun sait sont tous bilingues, diplômés de HEC et prêts à travailler dans un environnement international. A condition qu'il n'y ait pas de frontalier... C'est la seule condition. Eradiquons l'épidémie frontalière, et tout ira mieux dans le meilleur des mondes possibles: Genève. Enfin, bon, il resterait toujours les institutions, qui sont pourries, comme le clame le MCG sur es affiches. Mais ce doit être aussi la faute des frontaliers, farcément... C'est sûr, ils ont du détourner la constituante: elle a rénové complètement nos institutions il y a moins d'un an et pourtant celles-ci sont déjà pourries...

27/10/2013

Les flingueurs flingués du MCG : Me Poggia

Me Poggia, à son blog accroché, se plaint de ce qu'on ne l'attaque pas sur son programme. Pour cela, il faudrait qu'il en ait un qui soit lisible. Même sur la cible principale de son parti, il n'est pas clair et suscite excuse, puis dénégations... 
Fluctuant, c'est le prénom. Le terme d'anguille paraitrait plus approprié à la ligne politique du personnage. Poggia a été tour à tour ou parfois en même temps Libéral, Démocrate Chrétien, Forza Italia (pour les Italiens résidant en Suisse), résidant en France (plusieurs années dans le pays de Gex), frontalier donc et MCG et aussi converti à l'Islam candidat sur une liste des ennemis des minarets... Une chatte n'y retrouverait pas ses petits, mais du moment que cela peut le faire élire... Il a au moins deux points communs avec son alter EGO Stauffer : une absence totale de sens de la mesure et l'illusion qu'on peut effacer le passé, comme dans un jeu vidéo. 
Lorsqu'il affirme crânement qu'il sait où il va, c'est sûr: là où le vent et le courant le poussent. Comme une coque de noix insubmersible, mais certainement pas prête à gouverner, c'est à dire à prendre des décisions claires. D'autant qu'il semble tout de même accumuler les erreurs et les écrans de fumée dans sa vie professionnelle.
Soi-disant défenseur du faible et de l'assuré opprimé, il est en fait surtout occupé à attaquer au pénal les journalistes critiquant le MCG, à s'opposer aux travaux du CEVA et à tenter de justifier, jusqu'au TF, les expulsions indues des locataires de l'immeuble de sa femme à Champel. Ce qui, lorsqu'on veut faire de la politique à Genève, capitale de l'Asloca, est tout de même une connerie politique majeure et montre où passe la séparation qu'il fait entre sa vie politique et son intérêt personnel !
Pour le peu que j'en sache, il se murmure que son exclusion de la liste PDC est surtout due à son opposition ferme au CEVA, ce qui me parait on ne peut plus normal et justifié. La seule erreur du PDC est de ne pas l'avoir dit en face : on ne se présente pas sur la liste d'un parti, lorsqu'on veut attaquer en justice la principale dépense du canton pour la législation à venir, votée par le parlement unanime et par ce parti en particulier qui en était l'un des moteurs !
De fait, cette dépense, il l'a augmentée de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de francs en menant son travail de sape jucidiaire pour retarder les travaux de plus d'un an. La fronde anti-CEVA était menée de Champel, pour de mauvaises raisons, qui ressemblent fort à des intérêts personnels. La crainte d'une dépréciation des immeubles de Champel, où son épouse est propriétaire, donc. C'était une crétinerie majeure: le monde entier sait qu'un bon raccordement à un réseau de transport public rapide en site propre revalorise considérablement les immeubles d'une grande ville. Même dans les quartiers chics. Aini avec le CEVA, Champel ne sera plus qu'à 5 minutes du quartier des organisations internationales, au lieu de 3/4 d'heure aux heures de pointe, c'est plus d'une heure par jour de gagnée ! Refuser cela parce qu'on craint que les cambrioleurs viennent et repartent en train, il faut le faire !

25/10/2013

Le MCG est-il un danger pour la liberté d'expression ?

Me voià donc "prévenu" dans une affaire pénale. C'est un peu comme inculpé, si j'ai bien compris. Sur plainte d'une candidate MCG au Conseil d'Etat qui s'est offusquée de ce que j'écrivais à son sujet. Je ne veux pas reproduire ici le texte incriminé, qui avait été retiré de mon blog de la Tribune par l'hébergeur lui-même, sous la pression d'un avocat du MCG. Cela pourrait en effet être interpreté comme une provocation. 
Néanmoins, je pense que les lecteurs et l'électeur doivent pouvoir juger en connaissance de cause, puisque nous sommes en démocratie, qui plus est en période électorale. Ces informations sont de nature à informer l'opinion sur un point crucial, à savoir la liberté d'opinion et d'expression, et la manière dont elle pourrait être mise en danger par le MCG. Un parti qui multiplie les "révélations" concernant les institutions, tout en attaquant systématiquement les médias qui tentent de révèler ce que ce parti préférerait cacher. 

En deux ou trois lignes humoristiques, j'affirmais que la candidate n'avait pas les capacités intellectuelles suffisantes pour un poste aussi essentiel. Je l'étayais en rappelant qu'elle avait jugé bon de se faire photographier, prise en sandwich entre deux hommes serrés contre elle, la jambe haut levée et la mini-jupe de même, brandissant une flûte de champagne comme un trophée, dans une ambiance de bar à champagne ou à Whisky. Qu'elle avait posé pour cette photo et qu'elle l'avait laissé circuler sur Facebook et ce à trois mois des élections où elle entendait se présenter au Gouvernement de notre République.
Ce qui ne me semble pas être très malin, à moins de penser que, comme un autre candidat de son parti qui s'en est vanté dans la presse, elle entendait ainsi séduire une catégorie d'électeurs à qui ce genre de  photo peut plaire. 

Il n'aura échappé à personne que le MCG ne fait pas dans la dentelle, lorsqu'il s'agit d'incriminer des personnalités politiques ou administratives. Pourtant ce parti n'hésite jamais à menacer ou à intenter des procès à quiconque rapporte certains faits, même si ceux-ci ont fait l'objet de décisions de justice. Un peu comme si la transparence devait être à sens unique, ce qui n'est pas admissible: l'Illustré, la Tribune de Genève et dernier en date le Matin ont tous été attaqués en justice par le MCG.

Bien que n'étant pas moi-même candidat, mais simple commentateur, j'ai eu droit à un titre d'un ancien élu du MCG, aujourd'hui décédé, par ailleurs également avocat, qui disait "Il n'y a que Souaille qui maille". Mailler en patois genevois étant clairement faire montre de déficit intellectuel grave. Un de mes collègues journalistes, réputé pour son soutien efficace aux idées du MCG, avait lui carrément suggéré que je devais être cocaïnomane ! Ces assertions, liées à mon nom sur Internet ressortent encore aujourd'hui lorsque l'on "googlise" mon nom...
Pour ma part, j'avais pris soin de ne pas publier le nom de cette femme, pour lui éviter ce genre de désagrément à long terme. J'imaginais en effet probable que sa carrière politique s'arrête assez tôt. Du coup, certains commentateurs de mon blog ont cru que je parlais d'une candidate UDC !

Le fait est que lorsqu'on est un personnage public, qui plus est un(e) politique en période électorale, on doit s'attendre à diverses attaques. Mettre en doute les capacités intellectuelles de quelqu'un à diriger la République, et potentiellement un budget de plusieurs centaines de millions de Francs, avec des centaines de collaborateurs, ne me parait pas injustifié, lorsqu'on constate, avant les élections un comportement disons particulier. 
De même, j'estime que l'on peut attendre, de la part de nos gouvernants, une certaine retenue dans les actes de la vie publique, et même de la vie privée, en tout cas quand ceux-ci deviennnent publics avec le soutien de la personne. Il ne s'agissait pas d'une photo volée !
Je l'ai dit au gendarme qui m'a convoqué, en lui expliquant que la jurisprudence helvétique élargissait clairement le champ du possible à l'égard des politiques, particulièrement en période électorale. Personne n'est obligé de se porter candidat, mais qui le fait devient un personnage public et la loi n'est plus appliquée tout à fait de la même façon. Je serais tenté d'ajouter que si l'on choisit un parti extrémiste dont le principal slogan est "y en a marre de ce système pourri", ou qui prétend éradiquer l'épidémie que représenterait le tiers des travailleurs du canton, il faut s'attendre à des réparties au ton un peu acerbe, ou à des mises en boîte...
Le gendarme m'a répondu que son job à lui s'arrêtait au contours du code pénal et que son interprétation par la jurisprudence n'était pas de son ressort. J'ai donc répondu à ses questions, y compris celles ressortant clairement de ma vie privée sur mes revenus, mon logement, mon conjoint etc... Je vais de plus devoir réunir et fournir les documents administratifs étayant mes affirmations afin de permettre le cas échéant de statuer sur le montant d'une amende ou de travaux d'intérêt général...
Une procédure bien plus chronophage et défavorable au prévenu qu'une plainte auprès des services du procureur, qui permet de s'exprimer plus librement, plus complètement et plus précisément qu'au travers d'un interrogatoire de police. C'est habituellement la procédure en pareil cas, mais cette fois la candidate a préféré déposer plainte directement à la police. C'est son droit. 
Comme c'est le mien, sans vouloir être parano, de m'inquiéter de ce que tous ces renseignements personnels et privés sont donc désormais dans l'ordinateur de la police. A disposition des policiers membres du MCG qui souhaiteraient les consulter. Ce ne sont pas là des écrits en l'air. Il semble que le cas se soit déjà produit. Que des consultations indues de dossiers "sensibles" aient été menées par des policiers du MCG qui n'auraient pas du.

Si le MCG tente ainsi de contrôler l'information et ce qui s'écrit à son sujet avant même d'être au pouvoir, qu'en serait-il, s'il y parvenait à ce pouvoir ? Perso, je préfère ne pas tenter le diable.

22/10/2013

P+R : les gros mensonges du MCG

J’adore le référendum du MCG contre la participation genevoise à la construction de P+R à la frontière, côté français. Enfin, les Genevois vont pouvoir voter et le MCG se retrouve pris à son propre piège: ses mensonges et son incapacité à gouverner éclatent au grand jour. D’abord c’est la preuve que le MCG est bien « contre » les frontaliers, contre TOUS les frontaliers. Qu’ils soient suisses, français ou polonais. Parce la logique du MCG est simple : pas question de payer quoi que ce soit pour ces gens là... c'est àd dire ceux qui habitent de l’autre côté de la frontière, quel que soit leur passeport, même s’ils laissent plus de 800 millions par année dans les caisses du canton et de Berne, en plus des 200 millions rétrocédés au  Genevois français.

En tout, c’est 10% du budget du canton que les frontaliers mettent dans la caisse, et 20% du total de l’impôt sur le revenu et la fortune. Un franc sur cinq de nos impôts en tant que citoyens est payé par un frontalier. C’est considérable, surtout si l’on songe qu’une bonne partie des « résidents » brandis en étendard par le MCG ne paient eux pas d’impôt et au contraire coûtent  très cher à la collectivité ! Alors que les frontaliers paient plein pot leur écot aux finances du canton, bien qu’ils n’y scolarisent pas leurs enfants, n’y profitent pas de l’aide publique et assez peu des infrastructures. Sans parler de l’assurance chômage, à laquelle ils cotisent également sans en bénéficier, ce qui fait qu’elle coûte moins cher à tous les cotisants résidents.

Pour obtenir leurs signatures, les militants du MCG ont raconté des craques plus grosses qu’eux. Parlant de couts de plusieurs centaines de millions, payés par la Suisse à 90 %. C’est faux. Les parkings sont payés à 50% par la France, l’argent français est déjà sur la table et dans certains cas, ils ont même avancé la part suisse, comme à Veigy, où le P+R est quasi terminé. Cela coûte à la Suisse, en tout et pour tout 3 millions de Francs. Pour ce prix à Genève, tu n’as même pas le terrain… Là nous aurons cinq parkings idéalement situés, moins chers à la construction, à l’entretien et en frais de personnel, bref c’est tout bénéf.

Cela va aussi économiser des terres agricoles en Suisse ou en libérer pour la construction. Cela va surtout réduire la pollution et le trafic sur les routes cantonales et au centre-ville, ce qui est le but premier. Parce que si les frontaliers parquent leurs bagnoles à la frontière et prennent les TPG ou les CFF, tout le monde y gagne : moins de bouchons, moins de pollution, plus de places de parc disponibles, bref une meilleure qualité de vie, pour un coût modique.

Franchement, le MCG pouvait difficilement choisir plus mauvais cheval de bataille. Alors pourquoi l’ont-ils fait ?  Trois hypothèses et je ne sais laquelle est la pire :

Ils détestent tellement les frontaliers qu’ils en sont aveuglés et ne parviennent plus à calculer. Ils sont réellement convaincus de devoir lutter contre tout ce qui peut leur faciliter la vie, même si cela facilite aussi la vie des résidents. C’est juste de la haine banale.

Ils ont bien compris que ces parkings seraient avantageux, mais ils s’en fichent et n’y voient que l’occasion d’une opération promotionnelle, partant du principe que le peuple se laissera aveugler par la haine du frouze, au lieu d’évaluer objectivement le rapport coût/bénéfice.  En clair, ils prennent leurs électeurs pour des crétins.

Ils ont compris que ces P+R, en réduisant les embouteillages, les norias matin et soir traversant les villages et en augmentant la disponibilité des parkings en ville, allaient leur coûter des voix. Donc ils font des pieds et des mains pour les retarder, comme ils l’ont fait déjà, par l’entremise de Me Poggia, pour le CEVA, ce qui a coûté des dizaines de millions en frais de retard et un an d’embouteillages supplémentaires à l’économie et à tous les Genevois. 20 fois plus que le prix des parkings en France, au bas mot. Et c’est ce même Poggia, qui travaille contre l’intérêt des Genevois, que certains veulent placer au Conseil d’Etat ???

Stauffer nous menace, sur Facebook: "Si nous ne rentrons pas au Conseil d'Etat, nous aurons 40% du parlement dans 5 ans et 4 conseillers d'Etat !" Dès lors, je ne comprends pas bien sa précipitation, s'il lui suffit d'attendre pour  en avoir plus ? Mais ce que je sais, en revanche, c'est que si les P+R sont refusés, par le peuple, ce que je ne crois pas un seul instant, il y a de fortes chances pour que dans cinq ans, ce ne soient pas quelques frontaliers éparpillées dans les partis qui se présentent à la députation, mais bel et un bien un parti des suisses frontaliers, en ordre de marche, passablement las de constater que bien qu'apportant 20% de l'impôt sur le revenu et la fortune cantonal (soit deux ou trois fois plus que tous les électeurs du MCG réunis !), ils soient considérés comme quantité négligeable et sans voix sur la manière d'utiliser "leurs" impôts. 

 

Philippe Cohen et l'affrontement frontal des fronts...

Philippe Cohen est décédé. Le journaliste de Paris, pas l'auteur de théâtre genevois. On ne doit pas dire de mal des morts, mais je le dis, et je le lui avais dit, je n'aimais pas ce qu'était devenu mon ancien camarade, depuis plusieurs années, notamment à Marianne: le porte-flambeau du nationalisme de gauche.
 Je n'aime pas le nationalisme, même de gauche et de la part d'un ancien internationaliste, j'ai du mal à lui pardonner. J'avais bien connu Philippe lorsque j'étais lycéen à Cannes et lui étudiant à Nice, membres de la Ligue communiste puis de la Ligue communiste révolutionnaire. Nous nous étions revus à Lyon, où je rédigeais mon mémoire de diplôme, bien qu'étudiant à Paris, parce que ma copine était en pharmacie à Lyon. Philippe était alors infirmier en psychiatrie au Vinatier. La psychiatrie était l'un des champs d'intervention favori des trotskistes, allez savoir pourquoi.
Nous avions même vécu en communauté assez déjantée quelques temps, dans le vieux Lyon, partageant un très vieil appart bourgeois de 7 pièces, que l'on n'avait pas besoin de chauffer, car il était sis juste au-dessus d'une pizzeria. Par contre, ça donnait faim.
L'autre champ d'intervention favori des trotskistes, mais après qu'ils aient cessé de l'être, c'est le journalisme. Sans que nous en ayons parlé le moins du monde à l'époque, Philippe est devenu journaliste, je suis devenu journaliste, Robert Marmoz, qui signait le bail de notre appart commun est devenu journaliste, grand reporter à Libé et au Nouvel Obs. Michel Field est devenu journaliste et Edwy Plenel aussi. Field était alors mon chef de cellule à Paris et Plenel le chef du service d'ordre, dont je faisais partie à l'occasion.

Bref si le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir le trotskisme est un bon moyen d'y entrer. Et ceux qui sont affligés d'une âme de leader, le restent qu'ils soient militants trotskistes ou journalistes. C'était le cas de Field et de Plenel, ce n'était pas celui de Cohen. 
Lui avait une âme torturée. A l'époque, il se tapait la tête contre un mur, dix fois chaque matin, en se demandant "Pourquoi je fais ça, pourquoi je fais ça ?" La folie peut-être fascinante parfois et surtout la solution, quand on n'en trouve pas. Philippe s'est ensuite violemment opposé à Plenel, il a même commis un livre démolissant sa gestion et sa déontologie en tant que réd en chef du Monde. Parce qu'il se voulait défenseur des idées du petit peuple, contre le discours dominant des intellectuels au pouvoir, qu'ils soient bourgeois de droite ou de gauche.


Une sale idée, que d'opposer le petit peuple aux intellectuels. Une idée qui fait le lit de tous les fascismes, de droite ou de gauche surtout lorsqu'elle conforte le nationalisme vitupérant des populistes. Philippe ne verra pas le résultat de la mayonnaise qu'il aura contribué à monter. Si elle prend cette mayonnaise, comme cela semble devoir être le cas - et je ne l'impute pas uniquement à Philippe, bien sûr, c'est un mouvement mondial, dont il n'a été que l'un des catalyseurs français - on peut, on doit se préparer au pire. Car au bout du nationalisme, forcément, il y a l'affrontement des nations. On ne peut sans cesse astiquer l'honneur national et le vindicatif qui sommeille en chacun sans que cela finisse par susciter des frottements, puis des explosions avec la nation d'à côté, soumises aux mêmes tensions.


C'est pourquoi le MCG est dangereux, comme le Front National en France. A force de vouloir la fin de l'Europe, le renforcement de l'idée nationale, la défense des intrérêts nationaux d'abord, ils conduisent fatalement à se heurter frontalement au nationalisme d'en face ou d'à côté, lui-même excité par ses propres populismes et soucieux de défendre ses propres intérêts. Un peu comme s'ils cherchaient l'affrontement. Les fronts, d'ailleurs désignent aussi bien les lignes d'attaques et de défenses à la guerre que les ligues politiques violentes, qu'elles soient rouges ou brunes... Ces fronts que l'on cogne contre les murs, lorsque l'on souffre de son ego.