19/02/2014

Les qualités et les défauts du système suisse

Parmi les causes invoquées du vote du 9/2, il y a beaucoup de propagande. On accuse le chômage par exemple, alors même qu'il avait diminué à Genève et en Suisse depuis l'introduction de la libre circulation. L'impact sur le vote est donc essentiellement du à la mauvaise foi des vendeurs de bananes bleues. 

Il y a aussi des causes réelles, comme la pression sur le logement et les infrastructures. La plupart des pays du monde seraient enchantés d'avoir ce genre de problèmes. Ils en profiteraient pour se moderniser rapidement. Pas la Suisse. Pour trois raisons, qui paradoxalement sont aussi trois de ses principaux avantages.

1) La démocratie directe et les référendums, qui ralentissent la prise de décision, multiplient les oppositions à la construction et freinent la mise en place d'infrastructures.

2) La faible part des prélèvements publics (impots+charges sociales+tva) et le montant élevé des aides sociales en Suisse favorisent la consommation individuelle, mais laissent peu de marge aux pouvoirs publics pour le financement des investissements d'infrastructures nécessaires.

3) La décentralisation rapproche les décisions de l'individu, mais là encore ne favorise pas la prise de décisions d'envergures, même quand il y a urgence.

Ce constat n'est pas une critique, juste un constat. Il est habituel d'avoir les défauts de ses qualités. Le perfectionnisme, c'est d'y réfléchir et d'essayer de conserver les qualités, tout en gommant les défauts d'un système.

 

18/02/2014

Suisse UE : Les bananes sont jaunes et dans la vraie vie on meurt.

Nous pouvons décider que nous ne voulons plus de la libre circulation, ni de l’UE, ni des bilatérales. Ou que nous n’en voulons que ce qui nous arrange, nous sommes libres. Mais en face, ils sont libres de refuser nos demandes de privilèges et surtout, un deal est un deal. Casser un contrat a un coût. Prétendre que nous n’aurons pas à le payer, parce que nous serions plus forts et plus riches – ou que la partie d’en face traverse une mauvaise passe - n’a aucun sens. Plus les gens sont assis dans leur confort et plus ils ont à perdre en cas de conflit. Que celui-ci soit ouvert ou juste économique.

Déjà, nous sommes 8 millions, eux plus de 500.  Leur richesse cumulée équivaut à plus de 27 fois la nôtre. Nous absorbons un peu plus de 3,5% des exportations de l’UE, tandis que l’UE absorbe près de 70% de nos exportations. L’UE est 20 fois plus importante pour nous que nous ne le sommes pour elle. A ce niveau, c’est quasi de la monoculture et le fait que la balance commerciale enrichisse l’UE n’a aucune importance : dans son bilan global, c’est résiduel. Nous retourner prendrait des années et on ne nous en laissera pas le temps. Nous n’avons aucune fronde à notre disposition pour contrer Goliath. Toutes les soi-disant armes secrètes tant vantées par l’UDC ne sont que des boomerangs qui nous reviendraient en pleine figure si on les utilisait.

Le Gothard, par exemple, creusé au prix fort (20 milliards) pour les beaux yeux de l’UE nous dit l'UDC. C’est faux, le Gothard a été creusé pour tenter de capter une partie du trafic européen, ce qui depuis le XIIIème siècle est la base originelle de la prospérité suisse. Mais les européens n’en ont nul besoin. Ils ont le Brenner, le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Blanc, plus le Col de Tende et surtout les autoroutes marines, Marseille Naples etc… Par contre si l’on veut jouer à bloquer les axes de transports, nous sommes morts : tous nos approvisionnements de nourriture, d’énergie, de biens manufacturés et de matières premières empruntent des ports européens, des gazoducs européens, des autoroutes et des voies ferrées européennes et même l’espace aérien européen.

Le trésor de la BNS détient plusieurs centaines de milliards d’euros d’obligations européennes. C’est vrai, mais leur achat ne s’est pas fait pour soutenir l’euro, même si ce fut l'une des conséquences. Le but était de contrer la hausse démesurée du Franc, qui plombait notre économie. Vendre ces réserves tirerait certes l’Euro à la baisse, mais cela présente au moins autant d’avantages que d’inconvénients pour les européens. Au moment où leur économie redémarre, cela doperait leurs exportations et renchérirait leur facture de pétrole, mais aussi leurs importations, ce qui serait un ballon d’air frais pour leurs industries… Pour la Suisse, ce serait l’inverse, le Franc atteindrait des niveaux stratosphériques,  cassant nos industries d’exportations et dopant l’importation de produits divers, européens notamment, au détriment des produits suisses…

Détail d’importance, en cas de conflit avec l’UE, nous serions seuls, vraiment seuls. Même la Russie ne nous aiderait probablement pas et de toute manière serait dans l’incapacité de nous fournir du gaz. Parce que pas un pays, ni les Etats-Unis, ni la Chine ni aucun autre, ne va se fâcher avec le premier marché de consommation de la planète pour un territoire de 8 millions d’habitants.

Bref, nous sommes libres, oui, mais économiquement dépendants. Drogués à notre prospérité. Nous avons le droit de décider de nous en affranchir, de choisir la pauvreté et la difficulté. Un tel baroud d’honneur au nom de l’Indépendance nationale aurait du panache, même si je ne partage pas le moins du monde l’engouement pour le patriotisme. Les Spartiates aux Thermopyles, Winkelried à Sempach, Roland à Roncevaux, la Charge de la Brigade Légère à Sébastopol, Davy Crockett à Fort Alamo ou la résistance héroïque du sous-lieutenant Maudet à la tête de ses Légionnaires  (dont plusieurs suisses) à Camerone résonnent dans ma mémoire avec le panache du romantisme adolescent. Sauf qu’à la fin, à 8 contre 500, dans la vraie vie on meurt, il faut le savoir. Contrairement à ce que racontent Blocher et ses sbires, les Bananes ne sont pas bleues, et l’on n’est pas dans un jeu vidéo, ni dans les Trois Mousquetaires ou dans Rambo.

Il faut aussi cesser de dépeindre l’UE comme une grosse machine impérialiste, voire fasciste. Si elle était cela, il y a bien longtemps que nous nous serions fait croquer. L’UE n’a jamais conquis aucun peuple par les armes et c’est une démocratie parlementaire. L’UDC s’en souvient tout soudain, puisqu’elle compte sur une montée en puissance de l’extrême-droite aux prochaines élections européennes pour la tirer du guêpier dans lequel elle nous a fourrés.

L’UE comporte une forme d’initiative populaire au niveau européen, certes non contraignante, mais c’est un début. Surtout elle accepte les référendums et les initiatives locales et nationales contraignantes, comme en Italie ou en Espagne. L’acceptation de la plus grande majorité de nos référendums ne poserait aucun problème, si nous étions membres à part entière. La question deviendrait pointue en cas de référendum demandant la sortie de l’UE par exemple, ou sur un point impliquant la sortie de l’UE. Exactement comme maintenant en fait.
Avec exactement les mêmes conséquences : le droit de sortir, mais aussi d’assumer les conséquences désastreuses et les complications qui en découleraient. Exactement comme si Genève voulait quitter la Confédération: il y aurait des avantages et des inconvénients, mais dans tous les cas, ce serait très compliqué. A nous d’assumer.
 
 Sinon, sur le plan économique, cela ne changerait pas grand-chose d’être dans l’UE, maintenant que le secret bancaire à l’ancienne, de toute manière est mort. Des pays comme le Luxembourg ou le Liechtenstein font aussi bien nous, voire mieux en étant dans l’UE ou l’EEE. Face aux Etats-Unis, par exemple, nous serions mieux protégés. L’accès aux marchés serait facilité et les droits de douane résiduels seraient supprimés, bref, aucun vrai gros désavantage. Peut-être aurions-nous davantage de coûts de solidarité à assumer, mais en retour, nous aurions droit à toutes les aides de l’UE, pour construire une traversée du lac en tunnel, par exemple. Avec voie ferrée intégrée… Bref, que du bonheur.
Pour l'heure nous devons accepter les décisions de l'UE, sans avoir voix au chapitre. D'où sans doute cette impression de monstre froid, imperméable aux décisions populaires. De fait nous Suisses ne sommes jamais consultés. C'est peut-être cet état de fait déplorable qu'il faudrait commencer par changer. Pour cela, la solution est toute simple: rentrer dans l'UE, pour y faire entendre nos voix. Sans nul doute, nous y serions écoutés avec attention.

17/02/2014

L’Europe des Régions, vite.

L’Europe est en crise, et la Suisse y participe activement, manière comme une autre de rappeler qu’elle y est, en Europe. L’immigration cristallise une question bien plus fondamentale, celle de la souveraineté, qui n’a jamais été tranchée et qui de toute manière devrait être rediscutée à la lumière de ce qu’est le monde moderne : profondément interconnecté et interdépendant. Le contraire de la souveraineté, en fait, qu’on le veuille ou non.

 

De quelle souveraineté avons-nous besoin et quelle souveraineté voulons-nous ? Il faut en débattre.

La souveraineté, c’est rester libre de son destin et de ses choix. Tout le monde y aspire, mais chacun comprend que vivre ensemble implique des restrictions de souveraineté, pour ne pas empiéter sur celle des autres. Dans la nature comme en société, vivre implique d’accepter qu’il y ait des choses que l’on ne peut pas faire, pour toutes sortes de raisons. Je ne peux pas casser le nez de mon vis-à-vis, même si j’en ai envie et je ne peux pas non plus courir le 100 mètres en 8’’. Pas même en 10, d’ailleurs… C’est la vie, c’est ainsi. Il y a les limites physiques et naturelles et puis celles que nous nous fixons. Ou qui sont fixées par la loi des hommes.

En effet, les humains ont pris l’habitude de déléguer une partie de leur souveraineté au groupe dans lequel ils vivent : le clan, la tribu, la nation. Le groupe prend des décisions collectives ou individuelles, qui s’imposent à chacun des membres, restreignant la souveraineté individuelle. L’individu est généralement soumis au groupe dans lequel il est né, que cela lui plaise ou non. Il y a toujours moyen de changer de tribu, ou de chercher à vivre en ermite isolé, mais c’est compliqué.
Accepter cet abandon de souveraineté individuelle au profit du groupe présente un gros avantage en termes de sécurité : le groupe est plus fort que l’individu et le protège, par des pratiques de solidarité.

Le système n’est cependant pas parfait : les groupes souverains voisins entrent fréquemment en concurrence, ce qui peut engendrer des affrontements. Sauf si la souveraineté de ces groupes rivaux est à nouveau délégué à une structure supérieure, suzeraine, capable d’imposer un règlement pacifique aux conflits.  En l’absence de structure suzeraine, augmenter sa sécurité peu donc conduire en fait à la réduire de manière considérable. Car les violences de groupe peuvent être extrêmement meurtrières et entraîner contre leur gré des gens qui individuellement resteraient pacifiques ou prudents.

Dès l’époque des premiers agriculteurs, la protection s’est avérée un excellent business. Le protégé abandonnait sa souveraineté à son protecteur, qui devenait son seigneur et encaissait l’impôt. Une forme de racket, qui a motivé de nombreux mégalomanes, dans l’Histoire, à tenter d’étendre leur protection sur un maximum de protégés. L’avantage, pour les protégés d’un ensemble plus vaste, c’est que la paix et la tranquillité sont assurées loin à la ronde. Par contre, les risques d’insécurité sont considérablement accrus dans les phases d’extension de la souveraineté sur d’autres groupes, pas forcément d’accords au départ. Une phase d’expansion communément appelée : « guerre ».

Les grands ensembles s’avérant lourds à diriger et protéger, les humains ont développé des structures pyramidales, emboîtées les unes dans les autres. Du rez-de-chaussée au sommet, étage par étage, on trouve la famille, la commune, le canton, la nation et tout en haut l’ONU, pour ce qui concerne la Suisse. Chaque étage est responsable – souverain - à son niveau pour un certain nombre de décisions. Pour d’autres, en revanche, il faut passer à l’étage du dessus, ou redescendre à celui du dessous.
Evidemment, celui du dessus dirige ceux du dessous, qui lui font allégeance. Sauf l’étage du sommet, l’ONU, qui contrairement à toute logique, reste dépendants de l’avant dernier étage. Celui de « l’Etat-nation » souverain absolu en gros depuis le Traité de Westphalie, en 1648.

A l’époque, confier tous les pouvoirs à l’étage nation paraissait adapté aux problèmes de transport et d’administration, ainsi qu’au découpage géopolitique de l’Europe. Il avait d’ailleurs fallu deux guerres épouvantables, de trente et quatre-vingt ans pour en arriver là. La Suisse en profita pour s’affranchir définitivement d’un Saint-Empire moribond.

365 ans plus tard, les communications et la technologie ont passablement évolué, la géopolitique aussi et les besoins de sécurité ne sont plus les mêmes. De nouveaux étages ont donc été inventés, comme l’Etat supranational, en Europe l’Union Européenne. Le problème, c’est que les institutions et les personnels qui dépendent de l’étage nation, gouvernements et fonctionnaires, s’y attachent becs et ongles.
Les gens aussi s’y sentent attachés. Pas forcément plus qu’à leur ville ou à leur région, voire même au continent sur lequel ils sont nés, mais l’Etat délimite un ensemble de lois et de coutumes auxquelles on est habitué, ainsi qu’une langue commune. Sauf en Suisse, constituée d’une mosaïque de 26 petites entités aux particularismes nombreux, qui ont cependant accepté d’abandonner l’essentiel de leur souveraineté à l’étage « Confédération »

Dans un monde aussi interconnecté et interdépendant que le nôtre, la nécessité d’avoir des règles communes parait une évidence, même si cela ne signifie pas qu’elles doivent être les même, partout, dans tous les domaines. La région en particulier, ou l’agglomération, dans le cas des grandes villes, semble un échelon essentiel et relativement proche des gens. Idéalement, tout le monde est d’accord ou presque sur le schéma idéal : un ensemble supranational s’appuyant sur des territoires régionaux disposant d’une large autonomie et donc d’une souveraineté solide (mais pas absolue).

Entre des régions fortes et une Europe costaud, la place de l’étage nation devient congrue. Voire même incongrue. Les Européens le pressentent, mais depuis une vingtaine d’années, les milieux nationalistes sonnent la charge en toutes occasions pour défendre la prééminence de l’étage national. Un anachronisme, certes, mais les conservateurs lui sont attachés. A Bruxelles même, le lobby nationaliste est représenté par les gouvernements eux-mêmes, qui restent maîtres du jeu. Ce qui est bien dommage.

C’est ainsi que l’Ecosse, qui rêve d’Indépendance, va devoir repasser tous les examens d’entrée dans l’UE si elle l’obtient. Et que l’Espagne met les pieds au mur sur tout ce qui ressemble à l’idée de régions souveraines dans l’ensemble européen, de crainte de voir les siennes réclamer leur indépendance. Pourtant, au fil du temps, les hommes ont inventé des systèmes pour réduire l’abandon de souveraineté et conserver du pouvoir à l’individu. Cela s’appelle « la démocratie » et les résultats sont particulièrement efficaces au niveau local, ou régional.

La démocratie n’annule pas pour autant tous les conflits de souveraineté. L’intérêt d’un étage n’est pas forcément celui de l’étage du dessus, ou du dessous ou de l’appartement d’à côté. Les deux sources principales de conflit sont la répartition des ressources financières (dans quelle mesure vais-je me montrer solidaire et avec qui) et la responsabilité des décisions locales. Si par exemple je décide d’autoriser dans ma commune telle ou telle construction, suis-je le seul décideur, ou la décision appartient-elle à l’étage du canton, de la nation ou pourquoi pas, du supra-national ?

La tentation naturelle est de ramener le plus de pouvoir décisionnel possible à l’échelle locale, au plus près des gens. A condition de ne pas oublier que l’intérêt supérieur ou la notion d’intérêt général ne sont pas que des vues de l’esprit. La cause première d’une extension de souveraineté sur l’espace le plus large possible, c’est l’expansion de l’Etat de droit, de la paix et de la stabilité. Car la concurrence entre entités voisines dégénère toujours en rapports de force et en guerre, s’il n’y a pas une entité à l’étage supérieur, qui soit capable de calmer le jeu…

16/02/2014

Immigration: le Conseil Fédéral a choisi la voie dure et démocratique

Les autorités avaient deux manières possibles de réagir au vote du 9 février. La pragmatique et la démocratique, ou la douce et la dure.
La douce consistait à utiliser au maximum le flou juridique du texte pour « faire comme si » le vote n’avait pas vraiment eu lieu et changer le moins possible, le but étant de préserver la bonne marche de l’économie et des affaires. La voie privilégiée pour ceux qui sont aux commandes d’entreprise ou en relation directe avec l’étranger, histoire de faire le moins de vague possible dans le train train des affaires. J’avoue que je la trouve assez tentante, compte tenu du résultat quand même très serré du vote. Mais ce n’est pas très démocratique.

La dure est bien plus radicale et c’est celle qui semble avoir été choisie par le conseil fédéral. Simonetta Somaruga a, d’ores et déjà annoncé à la Croatie, nouveau membre de l’UE, que les conditions prévues pour son intégration à l’accord de libre circulation helvético-européen n’étaient plus réunies du point de vue de la Suisse. C’est ce que voulait l’UDC et c’est franchir l’une des bornes fixée par l’UE. Un casus belli, quasi une déclaration de guerre.

Parler de guerre est une imagem bien sûr, mais c’est l’esprit de l’initiative UDC dont le but caché (encore que Blocher ne s’en cache pas vraiment) soit de rendre impossible tout rapprochement avec l’UE. Quoi de mieux qu’un bon conflit pour ça, pour braquer les esprits ? Un jeu dangereux pour la Suisse, qui en cas de conflit ouvert,  toutes les chances de souffrir davantage.

Un jeu suicidaire alors ? Pas forcément, aux yeux des deux idéologies diamétralement opposées qui poussent à y jouer. L’UDC d’abord, persuadée que l’UE est un tigre en papier, trop englué dans la crise pour réagir vraiment. Selon ce schéma, la commission européenne irait de reculade en reculade. Pour préserver quelques bribes de croissance, Bruxelles se contenterait d’avaliser tous nos desiderata, ouvrant du même coup la porte à toutes ses forces centrifuges, à trois mois des élections européennes.
De ce point de vue le timing est parfait et ce qui est au bout, c’est la destruction de l’idée européenne (et probablement de l’Europe dans la foulée) sous les coups de l’extrême-droite. Avec la Suisse en pointe, qui redeviendrait ainsi le pivot central des luttes entre grands ensembles nationaux ouest-européens. Luttes entre nations européennes qui ne tarderaient pas à renaître...
Pour ma part, je ne crois pas une seconde que les Européens prendront le risque de se laisser enfermer dans ce jeu suicidaire pour l’Europe elle-même. Ils sont quasiment contraints de réagir s'ils ne veulent pas voir l'idée européenne se déliter à court terme.
 

 

C'est l'analyse que font les pro-européens, qui s’attendent à des mesures de rétorsion fortes de l’Europe. Ce qui, si les choses s'enveniment et que le jeu vire à l'escalade, pourrait mettre l’économie helvétique à genoux. Ce qui amènerait à constater que l’UDC nous a menti et que l’alleingang est bien la pire solution qui soit. Un vote d’adhésion à l’Union européenne pourrait alors apparaitre comme la seule solution réaliste. Sauf qu'avant d'en arriver là, la crise devrait atteindre des niveaux gravissimes, ce que personne ne souhaite.  
C’est pourquoi j’aurais préféré la solution pragmatique, celle que vont tenter de faire passer les villes et les cantons qui ont dit non… Combinée peut-être à quelques infusions de démocratie supplémentaire, qui ne feraient pas de mal à la construction européenne.
Las, les premières indications semblent laisser penser que l’on ne coupera pas à la guerre. Une guerre entre l’idée suisse et l’idée européenne, complètement absurde parce qu’à la vérité, les deux s’emboîtent exactement l’une dans l’autre, comme deux poupées russes.
Une guerre voulue par l’extrême droite nationale et souverainiste qui a entrepris méthodiquement de nous replonger dans les pires cauchemars du XXème siècle. Des cauchemars qui permettent aux milliardaires marchands d'armes de doper leur fortune... Et de la planquer dans les paradis fiscaux, au lieu des conventions internationales qui tôt ou tard, supprimeraient les refuges pour milliardaires et les ramèneraient à la situation fiscale de n'importe quel citoyen. 

15/02/2014

1ère victime collatérale du 9/2: la Traversée de la Rade

Je fais partie de ceux qui pensent que Genève a besoin d’une petite traversée, pour dédoubler le pont du Mont-Blanc et d’une grande autoroutière, pour contourner le centre. Sauf que dimanche dernier, Christoph Blocher et l’UDC fédérale ont tiré une balle dans le pied de leur section genevoise. Qui se bat depuis des années pour imposer l’idée d’une petite traversée. Le 8 février, elle était encore en mesure de réussir son pari pour Genève. Plus maintenant.

Un ouvrage d’art, pont ou tunnel, cela coûte beaucoup d’argent. De telles dépenses ne se justifient que si les prévisions promettent une croissance soutenue. Croissance économique pour rembourser les emprunts et croissance des déplacements, pour justifier l’investissement.

Or même si le Conseil d’Etat va faire tout son possible pour maintenir la croissance et obtenir de Berne le nombre de contingents nécessaires, ce qui domine pour l’heure, au Gouvernement comme dans les entreprises, genevoises ou multinationales, c’est une double inquiétude du lendemain.

Inquiétude quant à la possibilité de répondre efficacement et rapidement aux besoins de main d’œuvre des entreprises, publiques ou privées, y compris à ceux des multinationales et des organisations internationales.
Inquiétude quant à d’éventuelles mesures de rétorsion de l’Union Européenne qui auraient fatalement un impact sur la croissance. Tout le monde a compris que l’UE n’avait nulle envie de nous taper dessus pour le plaisir, mais qu’il y avait des limites à ne pas dépasser. Or Christoph Blocher et sa clique sont dans une toute autre logique.

Ce qu’ils prétendent obtenir par ce qu’ils appellent des négociations, c’est que l’UE accepte nos caprices sans broncher et en plus nous accorde des avantages supplémentaires, sur l’imposition des frontaliers tessinois, par exemple. Le beurre et l’argent du beurre, toujours. Sauf que dans une négociation équilibrée, toute chose a un prix et ce n’est pas parce que l’on veut quelque chose et qu’on crie le plus fort qu’on l’obtient. Bien qu’ayant reçu quelques claques retentissantes dans sa vie, il semble bien qu’à son âge, Christoph Blocher n’ait pas encore compris cela…

Les financiers chinois qui ont racheté Confédération Centre pour en faire un hôtel tablent sur un certain développement de la ville. Cela fait partie des plans de Blocher, de compenser le désamour européen par une présence chinoise accrue. Pas sûr d’ailleurs que nos compatriotes soucieux de préserver leur mode de vie en soient ravis, mais ce n’est pas ce qui compte, pour le vieux milliardaire. Sauf que pour soutenir cet accroissement de la présence chinoise, il faudra des contingents de travailleurs…

En résumé, selon les termes de la loi d’application qui sortira du parlement, le vote du 9/2 risque de briser les ailes de la croissance genevoise, ou juste de les rogner. Dans tous les cas, il parait urgent de ne pas se lancer dans de nouveaux investissements dispendieux à court terme. Et donc, la mort dans l’âme, je voterai non à la traversée de la rade. D’autant que la traversée autoroutière du lac conserve toutes ses chances à long terme. D’ici sa mise en œuvre, l’état de nos relations avec nos voisins européens devrait être éclairci. Espérons-le, pour l'avenir de ce canton.

 

 

14/02/2014

Revoter: un parcours obligé

Il faudra revoter et le plus tôt sera le mieux. L’imprécision du projet de loi en a fait une auberge espagnole, chacun le comprenant à sa manière. C’était le but et c’est ce qui a permis une (très faible) majorité. Sauf que cela engendre une insécurité juridique et politique majeure, véritable bombe à retardement pour l’économie. Christoph Blocher l’utilise pour déstabiliser le pays et casser nos rapports de bon voisinage avec l’Union Européenne. 

Revoter n’est pas grave, on n’arrête pas de le faire, à cause de l’UDC dont les initiatives remettent en cause les décisions du peuple. Là, sous prétexte que c’est une victoire de l’UDC qui repasserait à la moulinette, cela deviendrait anti-démocratique ? Qui va gober cela ? Seuls les chantres du « pays profond » essaient de nous le faire croire. Douce et habituelle tentative de prise de possession des esprits...

A cause de la droite dure, on vient de revoter sur l’avortement, accepté par le peuple en 2002. On va prochainement revoter, à Genève, sur une Traversée de la Rade. Après l’avoir acceptée en 88 par 68,5%... Puis avoir refusé ses crédits à 70% en 96.  Quant au vote de dimanche, il tente de remettre en cause la libre circulation, acceptée en mai 2000 par 67,2% des Suisses.  

Un exemple d’imprécision fatale ? La Croatie, vient d’intégrer l’UE et l’accord sur la Libre circulation doit lui être étendu. C’est prévu par les accords signés, mais L’UDC hurle que le vote de dimanche implique de refuser cette extension. Ce qui serait un casus belli pour l’UE.  Dans le texte de loi votée, il n’y a pas un mot sur la Croatie. Ni sur aucun pays étranger d’ailleurs et pas davantage sur l’UE… Il est juste dit que les contingents étrangers seront adaptés aux besoins globaux de l’économie. Et dans les appendices que si des accords internationaux contreviennent à la loi, ils devront être renégociés.

La question centrale, c’est donc qui évalue les besoins globaux de l’économie, selon quels critères cantonaux et/ou fédéraux ?  C’est la grande inconnue.  L’immense majorité des économistes, des patrons et des partenaires sociaux de ce pays estiment que l’économie suisse a besoin de rapports stables avec son principal client, ce qui implique l’extension de l’accord à la Croatie. Celle-ci est donc inscrite de fait dans la loi votée dimanche, même si l’UDC proclame le contraire. Il n’y a donc aucun accord à renégocier… CQFD

 

L’UDC va évidemment hurler au détournement de la volonté populaire, bien qu’il soit prévu ainsi par sa propre loi…  Tout s’explique lorsqu’on apprend qu’un conseiller d’Etat tessinois de la Lega a même déjà réclamé, pour le Tessin, un nombre de permis de travail accru, pour faire face aux besoins de l’économie de son canton…  Lorsqu’on sait que bien des firmes pratiquant le dumping salarial au Tessin sont dirigées par des léguistes alliés de l’UDC, on comprend mieux. Au final, l’initiative réduira les droits des travailleurs étrangers face à l’exploitation par des patrons véreux qui ont appuyé sa mise en place. Du grand art ! Ou comment utiliser les voix du peuple et du pays profond pour l'entourlouper.

13/02/2014

M. Blocher, cessez de raconter des histoires

Raconter des histoires, c’est sa seconde nature. Ses succès sont basés sur le travestissement de la vérité. Les djeuns ont un nom pour ça, ou plutôt deux : gros mytho !

Ainsi, les Romands auraient depuis toujours une conscience nationale amoindrie…  Sauf que sans Pictet de Rochemont, Frédéric de la Harpe et leurs précieuses relations internationales, la Suisse moderne n’aurait jamais émergé et aurait été laissée à l’Autriche au Congrès de Vienne…  D’autant que les Cantons primitifs et la campagne bernoise n’en voulaient pas de cette Suisse moderne, bataillant pour conserver leurs droits suzerains sur les cantons asservis du Tessin ou d’Argovie…

Que sans James Fazy et les Genevois, qui firent une révolution pour y parvenir, le rapport de forces de la guerre du Sonderbund aurait tourné en faveur des Cantons conservateurs (ce qui ne lui aurait pas déplu, au Christoph) et que sans Dufour, éduqué à l’X de Paris, le bilan eut été infiniment plus sanglant.

Que sans Guisan, la mob n’aurait peut-être pas connu la même issue. Tandis qu’à la première, le Général Ulrich Wille était pan-germaniste, (tout comme le grand-père de Blocher)  et qu’ils ont bien failli faire éclater la Suisse en tentant de la faire entrer en guerre aux côtés de l’Empire prussien. On pourrait multiplier les exemples.  Les grands hommes de ce pays étaient souvent Romands, c’est de l’Histoire. Tandis que le principal héros alémanique, Guillaume Tell, magnifié par Blocher, n’est qu’un mythe. Tout comme Winkelried, à ce qu'il parait. Des histoires…

Il est temps de remettre les pendules (romandes) à l’heure. De rappeler qu’une veuve éplorée des Grisons apprit chez le notaire que le jeune et fringant directeur qu’elle avait chargé de vendre son usine, en péril depuis la mort de son mari, était miraculeusement devenu l’acheteur de l’entreprise qu’il disait perdue : EMS Chemie…  Les descendants de la vieille dame vivent aujourd’hui en Romandie. 

Ce brillant nouveau jeune patron devint le président du lobby pro-apartheid en Suisse, justifiant avec aplomb la ségrégation raciale…  Ses entreprises y exportaient des détonateurs de mine anti-personnels sous le label douanier « pièces de rechange ». Aujourd’hui encore, ils sont vendus, devenus miraculeusement des déclencheurs d’airbag…  Sans oublier que l’UDC nous a sauvés de l’Europe. Sauf que le Liechstenstein est dans l’EEE, le Luxembourg est membre fondateur de l’UE et ils font mieux que nous… Ah, oui, j’oubliais, les bananes sont bleues et l’Initiative va résoudre les problèmes des gens…

12/02/2014

Réguler sans remettre en cause la libre circulation, c'est possible ?

Hormis les excès habituels des extrémistes, il semblerait que les Suisses commencent à comprendre qu’ils ont été trompés. A commencer par les habitants des campagnes à qui la propagande populiste a fait croire qu’en ville ou à la frontière, c’était devenu l’enfer. Or ils s’aperçoivent que les premiers concernés, habitants des villes et des zones frontières, à l’exception spécifique du Tessin, ont refusé l’initiative et donc approuvent la situation.

Ils réalisent aussi qu’il pourrait bien y avoir de vraies conséquences économiques et peut-être même que l’Europe pourrait avoir certains avantages, si l’on commence à écouter d’autres discours que celui du Chef Cristoph… Le Liechstenstein, par exemple qui n’est jamais qu’une sorte de canton suisse avec un Prince, avait accepté, lui l’EEE en 1992. Aujourd’hui, son niveau de vie est près du double de celui de la Suisse. Le Luxembourg, l’autre petit pays européen qui rivalise avec la Suisse sur le terrain de la finance et le devance en termes de niveau de vie, est lui carrément membre fondateur de l’UE. Tout en accueillant avec bonheur plus de 40% d’étrangers et autant de frontaliers…  

Cerise sur le gâteau, pour échapper aux sanctions de l’UE, l’UDC et ses partisans tablent sur un changement des rapports de force au parlement européen, à l’occasion des prochaines élections, où ils espèrent une forte progression de l’extrême-droite. Ils se souviennent ainsi tout soudain que le parlement européen a du pouvoir (il peut même, dans les faits renverser la commission) et qu’il est élu au suffrage universel à la proportionnelle intégrale. En plus du fait que le droit d’initiative à l’échelle européenne existe dans l’UE, à la disposition des citoyens qui voudraient l’utiliser…

L’EEE et l’UE ne sont donc pas les catastrophes économiques et les monstres dictatoriaux décrits par Blocher et sa clique.

A Bruxelles, on explique que la Suisse pourrait fort bien trouver des accommodements pour lutter contre le tourisme social, par exemple, sans remettre en cause la libre circulation. Les pratiques européennes le permettent. Au Tessin, par exemple, pour lutter contre le dumping salarial, sans même parler de salaire minimal absolu, il pourrait en être fixé, par branches, dans les secteurs les plus menacés. Comme il en existe à Genève, pour le personnel de maison, par exemple assorties de lourdes sanctions pour les contrevenants. La solution proposée par le PLR de modifier l'imposition pour la faire dépendre prioritairement de la Suisse, comme c'est le cas à Genève est également une piste intéressante. Le cumul des deux semblerait judicieux.

 Un nombre important de citoyens (nettement plus de 20 000 au total) ont également voté pour l’initiative en pensant qu’elle allait diminuer la criminalité des étrangers et les incivilités en général. Il n’en est rien. L’écrasante majorité des délinquants incarcérés à Champ-Dollon sont des illégaux, dépourvus de tout permis de séjour et non ressortissants de l’UE. Ces votants-là aussi ont été trompés, et l’initiative ne changera rien.  

Enfin les policiers, autre cas d’école, ont massivement voté pour l’initiative, semble-t-il. Or leur profession est l’une des rares qui reste intégralement réservée aux suisses, donc non concernée par l’initiative. L’un des leurs, ancien syndicaliste, expliquait leurs motivations hier,  affirmant ne pas vouloir remettre en cause la libre circulation, mais combattre le tourisme social. Ce qui peut être fait dans un cadre légal compatible avec les préceptes de l’UE.

Il parait clair que la majorité du peuple suisse, ainsi que l’UE, comme l’ont déclaré ses ministres, se satisferait d’une application de l’initiative qui ne remettrait pas en cause la libre circulation et se contenterait de mesures sans conséquences directes sur celle-ci. Quitte à faire revoter le peuple sur ces textes d’application, histoire de ne pas s’essuyer les pieds sur la démocratie comme l’on fait en pratique Blocher et son parti, en mentant effrontément au Souverain. Tout en continuant à jouer à dehors dedans, interprétant leur propre initiative à la carte, selon ce qui les arrange ou pas. Le premier test c’est demain, avec l’extension des accords de Libre Circulation à la Croatie. Il n’y aucune raison de traiter un pays membre de l’UE différemment des autres.  Ce n’est pas à la Suisse de décider cela, tant qu’elle-même n’est pas membre. Donc si nous voulons jouer réglo et pouvoir prendre des mesures pragmatiques contre les abus, il ne faut pas commencer par remettre en cause le fondamental. Acceptons l’intégration de la Croatie aux accords de libre-circulation.

11/02/2014

Enseigner l’Histoire, oui, sans aucun doute, mais laquelle ?

La Nouvelle Société Helvétique et Florence Kraft-Babel appuient la pétition d’un étudiant demandant que l’Histoire soit davantage enseignée à l’école et de manière chronologique. C’est une excellente chose.  Quand on a comme moi publié récemment le récit chronologique de nos milliers d’années d’histoire, on ne peut qu’approuver.  Une question se pose pourtant avec acuité : enseigner l’Histoire, certes, mais laquelle ?

Il y a quelques années, avec l’historien David Hiler, nous évoquions l’étonnante réécriture des Guerres de Bourgogne. Staline à la grande époque aurait adoré… David me confia alors : « L’Histoire n’est plus vraiment enseignée aux ados, parce qu’en fait, on ne sait plus laquelle leur enseigner ».

Au-delà des légendes – certes fondatrices, mais légendaires - comme Guillaume Tell que l’on s’accorde à démythifier, faut-il par exemple enseigner à Genève l’Histoire Suisse ou l’Histoire genevoise ? Parce que ce ne sont pas les mêmes. Idéalement  on peut imaginer une histoire suisse qui intègre les histoires locales, mais cela fait-il sens pour un Genevois d’entrer dans le détail de la constitution d’Argovie par exemple, en dehors des évènements d’ampleur nationale qui ont pu s’y dérouler ?

D’autant que toutes les histoires cantonales ne sont pas égales, très loin de là. Hormis quelques traits communs sur les hommes préhistoriques puis les celtes, l’Histoire de Schwytz et de bien des régions alémaniques commence véritablement au XIIIème siècle avec l’Ouverture du Gothard. Avant il se passe un truc tous les trois ou quatre siècles, et encore, dans la vie de ces vallées culs de sac. Alors que le Bassin lémanique et Genève en particulier, sont des carrefours  commerciaux et culturels depuis l’Antiquité.  Genève devenant même  la capitale de royaumes puissants, dès la chute de Rome.
Cette histoire incroyablement riche et méconnue a été occultée au XIXème puis surtout au XXème siècle, sacrifiée à l’unité nationale et aux mythes fondateurs de la Confédération. D’autant qu’à l’époque Genève s’appuyait sur un vaste arrière-pays, bien plus étendu que l’actuel Grand Genève, et largement situé sur la France actuelle. Elle était et reste durant tout le moyen âge et jusqu’à l’époque moderne, de loin la ville la plus peuplée et la plus riche du Plateau suisse. La capitale commerciale. Pas forcément la plus puissante : au Moyen Age, c’est clairement Berne qui est la plus forte militairement, bien davantage que Zürich, non par sa ville, mais par la possession de nombreux territoires vassaux, sur un mode féodal.
Il ne s’agit certainement pas de déconstruire la Suisse, mais juste d’éviter les absurdités mensongères: l’Histoire est quand même censée être une science et non un art politique. Or des générations d’élèves romands ont appris que « Les Suisses » avaient battu les « Bourguignons » à Grandson et qu’à Morat, ils en avaient massacré 10 000. Sans que personne ne leur révèle que « les Bourguignons » de l’époque étaient en fait Genevois, Vaudois, Gruyériens, Chablaisiens et plus généralement Savoyards ou  que « Les Suisses » étaient en fait la Ligue alémanique, formée de Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Bâle, Zurich et Berne sans plusieurs des cantons primitifs…

10/02/2014

Lorsque pour sauver le pays, il est question de s'asseoir sur la démocratie, avec la participation active de l'UDC

Quel paradoxe ! Alors que l’UE s’intéresse de plus en plus à la démocratie directe (voir mon entretien avec Pascal Lamy à ce sujet), la Suisse vient lui rappeler combien cette voie peut être périlleuse et contre-productive. Une décision prise pour de mauvaises raisons, sur la base de fausses informations, ne peut pas être juste. Même quand elle émane du peuple.

Mais le pire, c’est que pour s’en sortir, tout le monde, UDC compris, va essayer de s’asseoir sur ce qui a été voté, pour réduire le moins possible la prospérité helvétique. Avec la complicité de l’UE,  espérons-le, mais c’est loin d’être certain. Manuel Barroso (qui fut étudiant à Genève) et les grosses têtes de la commission nous sont plutôt favorables, parce que personne ne souhaite de crise économique supplémentaire. Surtout pas les grands pays voisins dont les économies frontalières n’ont pas intérêt à nous voir mordre la poussière.
A condition que les intérêts frontaliers soient préservés, ce qui ne sera clairement pas le cas au Tessin, par exemple. Et dépendra pour Genève des quotas qui nous seront attribués… Plus grave, les pays d’origine des migrants, derniers arrivants dans l’UE ou plus anciens, n’ont eux aucune raison de nous ménager. Et dans un processus de renégociation, ils devront donner leur accord individuel et le faire avaliser par leurs parlements respectifs. Un véritable droit de veto de chacun des membres, prévu comme tel par les traités, et dictés donc par les opinions publiques. Pas forcément bien disposées à l’égard du « paradis des riches »…

S’asseoir sur ce qui a été voté, en particulier l’UDC, ça a déjà commencé. En fait, cela avait commencé avant même la votation, en tablant sur le fait que les gens voteraient oui ou non sans lire le texte de l’initiative. Et c’est ce qui s’est passé. Elle introduit explicitement une loi de « préférence nationale ». Il ne s’agit de préserver l’emploi des résidents à la mode MCG, mais bel et bien des seuls Suisses d’abord… Combien de ceux qui ont voté oui et se défendent d’avoir agi par xénophobie l’ont compris ? Si la crise éclate et dure, même les permis C pourraient être visés.

De même l’initiative ne revient pas à la situation d’avant les bilatérales, elle va plus loin que ce qui n’avait jamais existé, en incluant les frontaliers (et les demandeurs d’asile) dans les quotas fédéraux, ce qui n’était pas le cas auparavant. Un frontalier qui voulait travailler à Genève passait devant une commission cantonale tripartite, mais n’impactait pas les quotas fédéraux, dont Genève était en manque chronique.  Ce qui va devenir extrêmement problématique pour la Genève internationale et toutes nos entreprises de pointe, sans parler de l’hôpital etc. A moins que les quotas soient très élevés, ce qui revient très précisément à s’asseoir sur le vote (très légèrement) majoritaire.

Faire dépendre le droit d’asile d’un contingentement économique est par ailleurs une forfaiture en termes de solidarité humaine, mais glissons. C’est un peu la même logique que celle consistant à voir tout l’avenir d’un pays hypothéqué par 0,24% de ses habitants. A pile ou face…

Respecter la démocratie, ce serait dénoncer au plus vite l’accord sur la libre circulation des personnes, puisque les Suisses ont voulu : « redevenir maître de leurs décisions en matière d’immigration ». Ce qui aurait pour conséquence fatale et contractuelle de faire tomber tous les autres accords sur Schengen et les bilatérales.
La crise économique qui en découlerait serait considérable, avec pour commencer une forte aggravation du chômage. Par contre, il y aurait de la place dans les trains et le prix des logements s’effondrerait, sauf qu’il n’y aurait plus grand monde pour les acheter. Les loyers baisseraient. Perte sèche en tous cas pour tous les propriétaires et ceux qui auraient encore de grosses hypothèques (l’énorme majorité en Suisse) se verraient contraint de vendre en dessous du prix de l’hypothèque restante… Au point que même les banques pourraient en être affectées.

 

Face à cela, la proposition de nommer Blocher responsable des négociations sonne comme un mauvais gag. Certes ce serait le mettre devant ses responsabilités. Il serait bien vite contraint de reconnaître que contrairement à ce qui a été rabâché tous les jours depuis trois ans, nos négociateurs ne sont pas si mauvais et ne cèdent pas à tous les caprices de l’Europe. C’est juste que nous n’avons pas vraiment de cartes en main ou plus exactement que lorsque l’UDC prétend que nous possédons des atouts, il ne s’agit en fait que de six ou de sept sans valeur.

C’est une proposition habile, de la part de la direction du PLR, puisqu’elle expose l’UDC. Mais à mon humble avis, elle fait courir un trop grand risque au pays. Blocher n’a eu de cesse depuis vingt ans de pourrir nos relations avec l’UE, pour des motifs qui lui appartiennent. Il n’y a aucune raison pour que ça change.

A noter, demain soir mardi 11, au ciinéma de Douvaine, à 20h une projection de mon film "Comment l'Esprit vint à Genève" suivi d'un débat qui devait porter sur l'Histoire de la région. Il est plus que probable qu'il déborde largement sur les préoccupations de tous les habitants du Grand-Genève, Français et Suisses, des suites à prévoir de ce vote historique...

05/02/2014

La démocratie helvétique est elle soluble dans l'UE ou vice versa ? L'avis d'un grand européen: Pascal Lamy

Avant d'être Directeur Général de l'OMC, Pascal Lamy fut longtemps chef de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles, puis Commissaire Européen. Aujourd'hui, il est entre autres Président d'Honneur de la Fondation Notre Europe.

Lamy.jpgEn Préface de mon dernier livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire", il s'exprime sur les joies et les devoirs de la démocratie directe et du référendum.

Propos qu'il a développé en décembre dernier, lors d'une conférence donnée à l'Ambassade suisse à Paris, devant un parterre de diplomates, de journalistes et de politiciens français et européens. En voici ici un extrait significatif. D'autres suivront.

Bien loin de "l'euro-fascisme" décrit par l'extrême-droite et l'extrême-gauche souverainiste, Pascal Lamy explique combien la démocratie et la gestion décentralisée sont des préoccupations essentielles de la construction européenne. 

 

 

 

 

 

 

03/02/2014

Le complot de Blocher

Après un premier billet hier (ici) sur le mensonge historique de l’UDC, certains semblent n’avoir pas compris. Mettons les points sur les i…  Mettre un robinet sur l’immigration, cela ne va pas aider à résorber le chômage. Cela va l’aggraver. Suivi d’une baisse du niveau de vie et des prestations sociales, que l’économie genevoise n’aura plus les moyens d’assumer. Parce que ce qui nous a sauvé de la crise gravissime qui a ravagé le monde occidental ces dernières années, c’est précisément notre croissance exceptionnelle, due à la vigueur de nos échanges avec l’UE.

Prétendre que l’on pourra obliger l’UE à renégocier des accords bilatéraux qui nous étaient extrêmement favorables, après lui avoir claqué la porte au nez, c’est d’une arrogance abyssale. C’est au contraire lui tendre la perche pour revenir à des conventions moins favorables pour nous. Par exemple, la situation des 25 000 suisses de France voisine deviendra très compliquée si la Suisse dénonce l’Accord sur la Libre Circulation des Personnes, ce qui serait la première conséquence obligée d’un vote favorable à l’initiative. 

Clandestins ou officiels, les Suisses de France devront obtenir un certificat de séjour renouvelable. Or non seulement ils ne rapportent pas grand-chose à la France, vu que l’essentiel de leurs impôts restent à Genève, mais ils lui coûtent bien davantage en infrastructures et poussent à la hausse de l’immobilier, ce qui nuit aux salariés en euros… Ils risquent donc d’avoir à vendre leur maison dans des conditions déplorables.

Ils y perdront au passage une partie de leur 2ème pilier, ce qui va augmenter la demande d’aide sociale au moment de la retraite et peser sur les finances cantonales. Qui devront aussi accuser le coup de leur retour en Suisse et les charges qui en découlent (école, services viabilisation des logements etc). Surtout, leur retour fera exploser les prix de l’immobilier Genevois… et pèsera sur l’ambiance politique, au détriment des étrangers résidents : 25 000 suisses d’un coup, en concurrence avec  les étrangers pour le logement, et pour l'emploi ! Car le chômage commencera à monter pour de vrai, la fin des accords avec l’UE nous posant à la fois des problèmes d’approvisionnements et de débouchés… 

D'aucuns se demandent à quel jeu joue l’UDC, qui ne manque pas d’hommes d’affaires compétents, capables d’analyser la situation économique ?  A commencer par Blocher. C’est pourtant limpide.

Vaille que vaille, l’organisation de la mondialisation progresse. Les paradis fiscaux sont mis au pas et la concurrence entre Etats souverains s’estompera toujours davantage. Or c’est elle et elle seulement qui permet aux milliardaires de se jouer des lois humaines et d'amasser des fortunes contre-productives. La coordination démocratique mondiale est en marche, aussi bien dans l’UE qu’à l’OCDE. Face à cette évolution inéluctable, quelques milliardaires d’extrême-droite adeptes de la théorie du bunker s’imaginent pouvoir échapper à l’Histoire en se calfeutrant derrière des miradors et des avions de chasse, dans des pays rebelles à leur espace environnant. Une logique d’affrontement et de haine…

Cela a été tenté en Afrique du Sud et a échoué grâce à deux visionnaires, de Klerck et Mandela. Israël d’une certaine manière, vit dans la même logique d’isolement fatal.  C’est ce concept de camp retranché sans issue que rêve d’appliquer Blocher à la Suisse.  D'ailleurs il était le principal soutien officiel du régime d'apartheid en Suisse. Mais pour avoir un minimum de crédibilité, Blocher doit pouvoir compter sur une large part de la population, qui n’aura d’autre fonction que de servir de chair à canon électorale, voire militaire si le temps se gâte. D’où l’incroyable quantité de mensonges sur la nature de l’UE ressassés en boucle depuis des années pour nourrir la xénophobie anti-européenne. Poutine et ses milliards, de Sotchi à Kiev, suit exactement la même logique. Sauf que son glacis à lui est nettement plus étendu et donc plus crédible… 

02/02/2014

Croissance et immigration : l’UDC vous ment. Depuis longtemps.

Depuis le Moyen âge, des Suisses ont  émigré. Comme mercenaires, en Europe et dans les guerres coloniales. Ou comme simples ouvriers agricoles, dans des conditions proches de l’esclavage en Amérique latine. La Suisse qu’ils quittaient n’était pas le paradis démocratique vanté par l’UDC, mais une terre pauvre et inégalitaire, dernier pays d’Europe de l’Ouest à abolir le servage, grâce à Napoléon…

Personne ne voulait venir habiter en Suisse, hormis les réfugiés politiques ou religieux, qui risquaient leur vie chez eux.  Quitter la Suisse, c’était souvent le début de la réussite…  Ce qui explique pourquoi  tant de Suisses ont acquis leur célébrité à l’étranger… Et pourquoi tant de « suisses » célèbres sont des étrangers : les natifs les plus ambitieux s’en allaient chercher fortune ailleurs…

Partant de Genève, bastion de la liberté de pensée protestante, aiguillonnées par la misère ambiante, les vagues révolutionnaires ont gagné toute l’Europe entre 1782 et 1933… Trois des quatre premières réunions mondiales de l’Internationale ouvrière (marxiste) se sont tenues entre Genève et Bâle et la première réunion mondiale anarchiste à Saint-Imier. La ligue pour la Paix et la Liberté fut fondée à Genève, par Bakounine, Garibaldi et Elysée Reclus.  Tous les révolutionnaires européens étaient réfugiés ici, ou s’y réunissaient régulièrement.

Ils y côtoyaient les aristocrates de la planète entière, familiers de nos lacs et montagnes où fleurissaient les palaces. La main d’œuvre y était abondante et bon marché. Comme au Maroc ou en Thaïlande aujourd’hui. La Suisse était le tiers-monde de l’époque…

La seconde guerre mondiale a inversé le phénomène. Les infrastructures et les usines suisses sortaient de la guerre intactes et tournaient à plein régime, profitant du boom économique du plan Marshall et participant à la reconstruction de l’Europe. Profitant de sa lancée et de ses avantages législatifs et financiers, la Suisse a su garder le tempo jusqu’au début des années nonante. Sauf que là, patatras !

En 92, le refus de l’EEE nous isole de nos principaux partenaires européens au moment où ils profitent du coup de fouet de l’élargissement européen.  La Suisse stagne, voire régresse et son taux de croissance devient lanterne rouge du continent, pour plusieurs années. Les Villes et les cantons s’endettent, notamment à Genève, pour assurer le financement d’un système social particulièrement généreux. La modernisation des infrastructures prend du retard…

Heureusement, les diplomates helvétiques parviennent à négocier les bilatérales, ce qui revient à faire comme si l’on était dans l’Europe, mais sans y être. Les frontières s’ouvrent pour les biens et les personnes, mais nous n’avons qu’une maigre voix consultative dans les décisions communautaires. Même pas un strapontin. Cela suffit pourtant à l’économie et la croissance repart, atteignant à Genève des taux de pays émergent, véritable miracle dans le camp occidental.

Revendre cher ce que l’on a achète bon marché, après l’avoir transformé un peu, beaucoup, ou passionnément, cela s’appelle « mettre de la valeur ajoutée ».  La Suisse est championne du monde en cet art difficile, clé de sa prospérité.  Sa première source d’approvisionnement, c’est l’UE, où elle achète énormément, pour revendre dans le monde entier.  De la valeur ajoutée, c’est aussi bien le logo swiss made, le design et le sertissage de métaux précieux d’une montre de luxe que des services financiers ou de l’expertise pour les organisations internationales.

Le génie suisse s’adapte et nous nous sommes spécialisés dans la très haute valeur ajoutée, grosse consommatrice de diplômes. Notre train de vie attire des cerveaux du monde entier. Ce qui nous permet de caracoler en tête des nations, alors que l’industrie lourde ou les transformations basiques sont désormais à la portée de n’importe quel pays dans le monde. Y compris ceux où la main d’œuvre est payée cinquante fois moins qu’en Suisse, qu’il serait idiot de chercher à concurrencer. Tous les autres pays d’Europe occidentale s’y cassent les dents.

Conséquence, le chômage est réel, parmi les personnes peu formées ou plus assez concurrentielles pour nos entreprises de pointe, mais il reste le plus faible du monde. Considéré ailleurs comme du plein emploi. Ce que l’on oublie trop souvent. Le second mensonge de l’UDC et du MCG c’est de prétendre que nous pourrions résorber ce chômage en fermant les frontières, ou en y plaçant un robinet pour ne laisser rentrer que ce qui nous intéresse. Ce n’est pas ainsi que ça marche.

L’Union Européenne construit depuis un demi-siècle un grand marché unique qui soit de taille à se mesurer aux géants d’Amérique et d’Asie et demain d’Afrique. Il n’est pas question de s’y servir à la carte. Ce n’est pas dans la logique de la chose. On est membre du club ou stagiaire associé, on peut négocier des privilèges ou des passe-droits avec nos partenaires et nous avons obtenu le maximum,  mais on ne peut pas décider tous seuls et les mettre devant le fait accompli sans les consulter.

Croire que nous pourrions, nous seule petite Suisse, imposer notre volonté et nos desiderata à 450 millions d’Européens et même aux 8 milliards de terriens, c’est absurde. Les lois de l’économie, de la concurrence et de la physique ne nous appartiennent pas. Pas davantage que celles de l’écologie. La planète Terre a des dimensions et des ressources limitées ! Nous en avons atteint les limites et devons en partager les richesses.  Ce qui implique malheureusement que ceux qui avaient beaucoup devront avoir un peu moins pour que ceux qui n’avaient rien reçoivent davantage.

La régulation de ce partage, par les organisations internationales et la gouvernance mondiale ou ce qui en tient lieu, c’est le principal enjeu de ce siècle. Maintenir la paix ou partir en quenouille et fatalement en guerre mondiale c’est le choix que nous avons. En Suisse et à Genève en particulier, nous avons encore la chance incroyable d’être l’endroit où ça se passe, ce qui devrait nous assurer quelques points de prospérité non négligeables. Par contre, seule dans ce maelström, la Suisse n’est qu’un fétu. Alors qu’à la pointe de l’Europe et protégée en son coeur, elle a toutes ses chances.

L’unique solution pour prendre en charge les laissés pour compte de cette croissance hautement concurrentielle, c’est de concevoir des programmes d’occupation adaptés à leurs cas. Mais en attendant, la dernière chose à faire serait de nous fâcher avec notre plus gros fournisseur et notre plus gros client, qui détient en plus les clés de notre enclavement…  Je le rappelle parce que les défenseurs de l’initiative UDC n’hésitent pas à menacer de bloquer le transit alpin… Comme si l’UE ne pouvait pas passer par l’Autriche, la France et l’Italie. Tandis que nous n’avons aucune alternative à l’utilisation de l’espace terrestre ou aérien européen pour TOUTES nos importations et exportations. Ce qui est tout à fait représentatif du rapport de forces dans tous les domaines… Et de la crétinerie des rodomontades de l’argumentaire UDC.

Les choses sont extrêmement simples : lorsque l’on n’est pas idiot et que l’on est ami avec un géant pacifique qui accepte de partager sa table, dont nous tirons le meilleur parti et les fruits les plus succulents, on ne renverse pas les plats, on ne lui tire pas les oreilles ni la langue, on ne change pas unilatéralement des règles longuement négociées.

13/01/2014

Pardonner à Dieudonné, chauffard de la liberté d’expression

Dans son dernier spectacle, Dieudonné affirmait « ne pas avoir à choisir entre juifs et nazis, encore, disait-il, qu’il avait sa petite idée sur qui a commencé, qui a volé l’autre… » Ce qui prouve 
 a) qu’il n’aime vraiment pas les juifs, pour sous-entendre qu’ils ont bien cherché ce qui leur est tombé dessus avec les nazis, qu’après tout, ils n’avaient qu’à être un peu moins grippe-sous... De la part d’un type qui place tout son pognon en douce à l’étranger, ça prête à sourire…
b) qu’il agit comme un chauffard qui freine avant le radar pour accélérer sitôt après, en tournant sa phrase de telle manière que tout le monde comprend ce qu’il veut dire, tout en laissant planer un doute qui pourrait lui permettre de s’en tirer devant les tribunaux. Parce que la haine raciale est un délit, en France comme en Suisse…
Comme Dieudonné est redoutablement intelligent et talentueux, Manuel Valls a raison d’annoncer que l’humoriste passé à la politique restera sous la loupe des autorités quelques temps encore et qu’aucun écart ne sera toléré dans son nouveau spectacle.
Il s’en tire bien. Si on lui appliquait la même rigueur qu’aux auteurs d’excès de vitesse, il serait en tôle. Présentement, un gros excès de vitesse sur autoroute, genre 200 km/h ou plus, vous mène en prison et à la saisie du véhicule. En France comme en Suisse. Même sans accident et encore plus sûrement s’il y a eu mort d’homme, même indirectement. Si deux véhicules se font la course et que le deuxième a un accident, même cinquante mètres derrière le premier véhicule, le conducteur du premier sera recherché, et inquiété. Même si en Allemagne, conduire à plus de 200 km/h sur une autoroute est légal et qu’ils n’ont pas davantage d’accident que nous, plutôt moins. La vitesse n’est donc au pire qu’une cause parmi d’autres.

Pour Dieudonné et le racisme c’est la même chose. La liberté d’expression est un trésor commun qui doit servir à tous, comme une route ou une autoroute, mais pour que tous puissent y circuler en sécurité, un minimum de règles sont nécessaires. Comme dans la vie quotidienne. Tu ne tueras point par exemple. Même par dol éventuel, c’est-à-dire si ta vitesse ou la dangerosité de tes propos mettent en danger la vie d’autrui.
Peut-on tuer par la parole aussi sûrement qu’avec un véhicule d’une tonne et demi ? Assurément.  Les prêches antisémites ont toujours commencé par des incantations et des rumeurs : ils nous volent, ils transmettent la peste, ils envoient nos filles au moyen-orient, ils nous réduisent en esclavage, ils dirigent le monde en sous-main, ils tuent des palestiniens et leur volent leurs terres…  
Comme le faisait remarquer Ekoué, le rappeur de « La Rumeur », toutes les pires vilenies humaines, de l’esclavage à la shoah, en passant par la colonisation, ont d’abord commencé par une stigmatisation en règle de la victime, par la parole.
Le fait qu’une partie des accusations puisse être partiellement vraie – par exemple qu’Israël opprime les Palestiniens, mais pas tout Israël et encore moins tous les juifs, ne signifie évidemment pas que les autres accusations le soient, mais cela les crédibilise. Or s’il n’y avait qu’Israël en question, personne ne tuerait des enfants juifs en France. Personne ne tue des chinois parce qu’ils massacrent des tibétains, des arabes parce que des terroristes arabes se font sauter sur des marchés bondés ou des bantous parce que les hutus ont massacré des tutsis…   

Si Merah a tué des enfants dans une école, ce n’est pas à cause de Dieudonné, ni de Soral. Pas directement. Ils ne sont pas les seuls  à tenir un discours antisémite, à réhabiliter l’indéfendable, à prétendre de plus en plus ouvertement qu’un complot juif dirige le monde. Mais Dieudonné est de très loin celui qui a la plus large audience. Et même si parmi son auditoire, beaucoup sont sincères lorsqu’ils affirment ne pas être dupes et savoir faire la part des choses, un certain nombre d’esprits plus faibles, plus jeunes ou moins acérés, ou juste plus instables, n’en sont pas capables. Près de 400 jeunes français convertis font en ce moment le jihad en Syrie. Il y a des Suisses aussi.  Demain, combien de Merah, prêts à se faire sauter devant des écoles juives, pour libérer le monde de la soi-disant oppression du lobby sioniste ? Comme si le lobby qatari n’était pas aujourd’hui un problème en France ?  

 Si Dieudonné a compris qu’il allait perdre, tout perdre, y compris la petite fortune qu’il espère laisser à ses enfants et qu’il se satisfait d’avoir fait bouger les choses, d’avoir ouvert les yeux des politiques sur la réalité des banlieues, il me semble juste de le laisser poursuivre sa carrière, avec un œil sur son compteur de vitesse. Parce que faire de l’humour, ce n’est pas répandre la haine. Qui aime bien se moque bien… Et se moquer avec empathie, cela n’a rien à voir avec la volonté de détruire une personne ou une communauté.  En revanche, s’il  persiste à vouloir mettre la vie des autres en danger, par des moyens détournés, la justice devra être sans pitié.

30/12/2013

Le ski, la F1, la taille du marché, l'eau minérale et la grenade dégoupillée

Il y a trois semaines, un pilote automobile est décédé, dans un accident de ski en Savoie. Philippe Favre était Genevois et avait 52 ans. Il avait couru au Mans, à plusieurs reprises, remporté un paquet de courses en Formule Ford et en Formule 3, au point d’être repéré en Formule 3000 par les écuries de F1. Problème, il manquait de sponsors. Car les places sont chères en F1. Au propre et au figuré.
De talent, il n’en manquait pas et en Formule 3000, il avait battu à la régulière tous les ténors de sa génération, comme Jean Alesi, Damon Hill ou Mark Blundell.  Manque de bol, l’écurie qui le recrute en F1 fait faillite dans l’année. Et lorsqu’on vient d’un tout petit marché  comme la Suisse romande, il est extrêmement difficile de motiver des sponsors de poids, partenaires indispensables de la F1.
 Même avec le soutien indéfectible d’un boulanger dont le slogan « Chez Pouly tout est cuit » est connu de tous les Genevois, mais malheureusement pas au-delà.

Grâce à un autre Genevois, Claude Sage, à qui l’on doit la Honda S2000, il est repéré par la marque japonaise, qui va lui confier des Honda NSX d’usine en endurance pendant plusieurs années, sur tous les continents. Le petit mécano de Sézegnin au coup de volant de champion a ainsi mené une belle carrière de pilote professionnel. Qu’un coup de pouce du destin aurait pu propulser dans la cour des superstars planétaires… Un pouce verni du genre de ceux qui font qu’un jeune allemand prometteur se retrouve poulain officiel de Mercédès, qui lui ouvre grand les portes de la F1 puis de Ferrari… 

C’est la vie, avec ses hauts, ses bas, ses coups de bol et ses accidents du destin.  Je lis ici ou là quelques commentaires s’indignant qu’une star fortunée soit mieux et plus rapidement traitée que d’autres, lorsqu’il s’agit de lui sauver la vie. C’est vrai, ce n’est pas très juste. Mais j’entends assez peu ces mêmes commentaires revanchards petits-bourgeois occidentaux s’indigner  de ce que des dizaines de milliers d’enfants meurent chaque année juste parce qu’ils n'ont ni eau courante, ni accès aux soins. Alors que pour simplement installer l’eau courante dans tous les villages du monde entier, il en coûterait l’équivalent de deux années de consommation mondiale d’eau minérale… 

Imaginons : on double le prix de toutes les bouteilles d’eau minérale vendues dans le monde et en deux ans, on sauve des dizaines de milliers d’enfants chaque année… Qu’est-ce que cela a à voir avec le décès d’un pilote automobile skieur ? Rien si ce n’est que les deux leaders du marché mondial de l’eau minérale ont leur siège sur les bords du Léman, l’un à Evian, l’autre à Vevey. Que ce genre de choses, nous serions à même de le décider, ici à Genève, au cœur des organisations internationales, si nous le voulions vraiment.

Accessoirement, si l’on n’agit pas davantage dans ce sens-là, et vite, le vieux monde va nous péter à la figure dans les années qui viennent.  Il semble bien que la goupille ait été enlevée. par exemple en Centrafrique, où soldats de la force d'interposition se sont tirés dessus parmi, chrétiens contre musulmans... Ce n'est pas la religion qui est fautive, au départ, c'est la misère. Et on ne va pas pouvoir continuer à se repasser la grenade d’une main à l’autre bien longtemps. A l’échelle de la planète, c’est une question d’années, tout au plus.

23/12/2013

Oui à la démocratie directe, à la liberté d'expression et d'information. Non à la Dictature du Peuple

Je croyais mon ami Stéphane Valente rangé des voitures et de la politique. Il n'en est rien visiblement puisqu'en vaillant soldat de l'UDC, il s'en prend vertement à l'Ambassadeur suisse auprès de l'Union européenne, Roberto Balzaretti. Celui-ci a répondu à la NZZ am Sontag, qui l'interrogeait sur les conséquences prévisibles d'une acceptation par le peuple de l'initiative UDC contre l'immigration. 

La traduction française de l'interview sur le site de Bluewin est ici 


Pour ma part, en tant que citoyen suisse, tout autant que mon ami Valente, qui vend par ailleurs d'excellents vins, je trouve au contraire tout à fait fondé - et même nécessaire - que l'une des personnes les plus au courant de toutes les subtilités du dossier puisse s'exprimer et nous informer de ses conclusions. 
Après il n'oblige ni ne contraint personne. C'est juste une information supplémentaire, son opinion d'expert sur les conséquences prévisibles de tel ou tel vote.
Mais chacun reste libre de voter en son âme et conscience.
Par contre, lui interdire de s'exprimer, alors qu'il est l'un des meilleurs connaisseurs du dossier, de nous informer sur les conséquences envisageables, nous demander donc de voter à l'aveugle, comme si la Suisse était une île détachée du monde et de ses contingences, nous priver de ces informations, ce serait rien moins qu'une atteinte dictatoriale à la liberté d'expression, doublée d'un détournement/captation du vote populaire.
Le peuple souverain ne doit pas devenir une dictature, fût-elle de l'UDC. Le populisme consistant à rejeter en bloc les opinions des experts, ça va un moment. Certes, ils ne sont pas infaillibles et peuvent se tromper. Mais si depuis la nuit des temps, nous n'avions fait qu'écouter la voix de nos tripes au lieu de celle de notre cerveau, nous serions encore dans des grottes.  La Suisse en particulier, qui sans ressources naturelles se doit d'être plus intelligente que les autres.
La démocratie directe est l'une des recettes de nos succès. L'une des. De loin pas la seule. L'intelligence et la qualité de l'information en sont des autres. Vouloir privilégier l'une et l'une seulement au détriment des autres serait une stupidité majeure.

12/12/2013

Désaccord fiscal: j'espère me tromper

Le Conseil National a repoussé la nouvelle convention fiscale franco-suisse sur les héritages. Je le déplore. Je reste persuadé que Mme Widmer-Schlumpf n'avait pas si mal négocié que cela et je pense que le Conseil National s'est mis un splendide auto-goal. Ayant le sentiment de prêcher dans le désert, j'ai fini par me taire, mais nous verrons ce que l'avenir nous réserve et j'espère sincèrement me tromper. 
Les médias - y compris la Tribune de Genève - et la propagande des milieux hostiles à l'accord ont systèmatiquement grossi le trait dans des proportions indécentes, pour protéger justement ces quelques grosses fortunes françaises qui les font vivre, ici. 
Compte tenu de la loi française en la matière, de sa progressivité, des franchises et des dégrèvements qu'elle prévoit, le nombre de Suisses réellement concernés est sans doute inféreur à 10% des Suisses résidant en France. Rappelons qu'en utilisant toutes les ficelles de la loi, il faut un héritage de plus de 350 000 Francs suisses par héritier et par défunt pour commencer à payer des droits de succession. Soit 1,4 million pour deux parents ayant deux enfants, transmissibles sans impôt...
 
Par ailleurs, il n'est pas du tout absurde que des gens soient traités différemment selon leur lieu de résidence. C'est même le cas dans presque toutes les autres formes de fiscalité, directes et indirectes. Alors pourquoi pas sur l'héritage? 

Personne n'est obligé d'aller résider en France, mais si c'est le choix qu'on fait, il me semble normal et basique de respecter les lois et les coutumes de votre pays d'accueil. On peut difficilement justifier des passes-droits devant le fisc sous prétexte qu'on possède sa fortune à l'étranger...

Il est piquant de constater que certains "fiscalistes" s'offusquent de voir fiscaliser en France un bien situé en Suisse, par un Suisse ayant travaillé en Suisse toute sa vie pour l'acquérir... Alors même qu'ils trouvent parfaitement normal de fiscaliser, en Suisse, les biens de Français ayant travaillé en France tout leur vie pour les acquérir...

Le plus embêtant avec ce vote du Conseil National, c'est qu'il existe un vrai risque que les Suisses domiciliés en France perdent le bénéfice des exemptions fiscales auxquelles ils ont droit avec la convention. Le surcoût pourrait se chiffrer en dizaines de milliers de Francs par tête. La loi qui le permettrait existe, il manque juste la volonté politique de l'appliquer. Tout cela pour maintenir un business d'optimisation fiscale en Suisse de quelques riches Français, qui est de toute manière condamné à court ou moyen terme.

 

19/11/2013

ATTAC vs RADICALISME : quel monde demain ?

J’ai assisté hier (au Club Suisse de la Presse de Guy Mettan) à un très intéressant débat entre deux brillants septuagénaires : Susan George, co-fondatrice et directrice d’Attac et Pascal Couchepin, que l’on ne présente plus. Comme parfois à ce niveau, les deux avaient raison, bien que leurs thèses soient l’exact contraire l’une de l’autre. Leur seul point de convergence était l’excellence de la démocratie suisse, mais encore pas pour les mêmes raisons : Susan George saluait la possibilité de contrer le pouvoir de la finance, tandis que Pascal Couchepin attachait la plus grande importance au fait de pouvoir voter l’impôt…

Susan George dressait la liste des injustices du système, et Pascal Couchepin de ses avantages et progrès. Chargé d’en faire la synthèse, le professeur Yves Flückiger déclarait forfait, se contentant d’apporter son éclairage d’observateur scientifique, en soulignant avec talent quelques points saillants. Mais si l’on veut  véritablement tenter un rapprochement entre deux discours parallèles, il ne faut pas hésiter à s’en emparer pour les mener là où ils s’incurvent, ce que leurs tenants originels évitent soigneusement de faire. Parce qu’ils font l’un et l’autre de la politique, c’est-à-dire qu’ils cherchent à se rallier des partisans en évitant les sujets qui fâchent.

Susan Georg explique ainsi qu’au cours des 50 dernières années, 10% de la richesse des pays de l’OCDE  a été transféré des salaires sur le profit. C’est-à-dire des classes laborieuses vers la rétribution du capital. Sur les 16 000 milliards de dollars du PIB européen en 2012 (et non pas 13 000 comme annoncé par Mme George), cela représente une somme colossale de 1600 milliards par année, apparemment volée aux pauvres pour être donnée aux riches… Répartie entre les 500 millions d’Européens, cela représente 267 dollars en moins, par mois, pour chacun de nous, retraités et enfants compris. Ce n’est pas rien.

Sauf qu’il faut introduire un bémol : dans la plupart des pays, il existe des systèmes de retraite par capitalisation et les caisses de retraite sont aujourd’hui, partout dans le monde – et particulièrement en Suisse – les plus gros investisseurs. Donc en fait, une part non négligeable de cet argent a en fait été volé à nous jeunes actifs pour être redonné à nous vieux retraités. Par ailleurs, les préoccupations de Mme George en matière d’écologie sont connues et légitimes. Mais si ce butin de 1300 milliards par année était rendu sans autre aux travailleurs, cela aurait un effet considérable sur la consommation. Très positif pour l’économie (qui cependant risquerait de manquer d’investissements et donc favoriserait la consommation d’importations) mais nettement moins pour l’écologie. Un pourcentage significatif de consommation en plus, c’est forcément l’environnement qui souffre. Et quoi qu’on en dise, l’empreinte écologique d’un milliardaire qui thésaurise une part importante de son magot (sinon il ne reste pas milliardaire longtemps) est nettement moins polluante que celle de dix mille travailleurs se répartissant son magot, car eux au contraire, vont immédiatement tout consommer.

Le danger et le coté nocif des hyper-riches est en fait moins dans la part de richesse qu’ils prélèvent (encore que si celle-ci devient trop importante, cela peut contribuer au déclenchement des crises, comme ce fut le cas en 1929 et en 2007), que dans le pouvoir abusif que leur fortune leur concède. Et ce quel que soit le système politique. Le pays du monde où les inégalités sont les plus fortes est aujourd’hui la Russie de Poutine et les plus grosses fortunes sont celles de Poutine et de son entourage, généralement d’anciens copains à lui du KGB. En France comme en Suisse, et sans doute plus en Suisse qu’en France, en l’absence de vraie législation sur le financement des partis politiques, l’économie et donc les plus riches dictent l’agenda. Le système de politiciens de milice n’arrange rien, au contraire, dans ce domaine.  

Autre point crucial, qui n’a été que superficiellement abordé lors du débat, le vieillissement  de la population et la part sans cesse croissante des frais de santé, dans les dépenses globales des individus comme de la société. Sauf accident, couvert et « lissé » grâce aux systèmes d’assurance et de mutualisation, l’essentiel de ces frais de santé sera dépensé en fin de vie, pour la faire durer le plus possible dans des conditions de plus en complexes – et au fond pas tellement agréables pour les principaux intéressés.

Même si la part des très très riches a effectivement notablement augmenté ces dernières années, ils sont très peu nombreux et leur impact global reste maitrisable, hormis donc la question de leur pouvoir personnel.  Le coût de la vieillesse et des maladies des vieux, lui en revanche croit de manière exponentielle et c’est l’un des deux principaux transferts de richesse de ces dernières décennies. L’autre étant la montée en puissance, on ne peut plus légitime, des pays du Sud. Tôt ou tard, il faudra mettre des limites. On ne peut pas passer sa vie à travailler juste pour payer les derniers mois de son existence où l’on va finir grabataire… Or c’est très précisément la société qui se prépare.

En fait elle a même déjà commencé : le différentiel de coût entre l’assurance privée des frontaliers et la LAMAL, du simple au double voire au triple tout de même, est essentiellement du à cela : les assurances privées tenaient compte plein pot des différences de coût induites par l’âge des personnes, alors que la LAMAL lisse en bonne partie les derniers mois ou années de vie en les répartissant sur toute l’existence, ce qui double le montant des primes durant toute une vie. C’est actuellement dans les 100 000 Francs par personne dont il est question. Ce qui ne peut aller qu’en augmentant si l’on ne fait rien. Malheureusement, « faire » impliquerait des remises en cause fondamentales de certains tabous de nos sociétés. Des tabous qui ne sont de loin pas universels. Dans certaines tribus esquimaudes, les personnes d’un certain âge quittaient le clan de leur propre chef pour s’en aller affronter seules leur dernier blizzard. Mais est-on prêt à ce genre de pratique, lorsqu’on voit les difficultés rencontrées par des organismes comme Exit ?

Peut-on justifier de dépenser 100 000 francs par tête d’occidental à le maintenir en vie quelques mois de plus à la fin de son existence, lorsqu’avec la même somme, on peut doubler le revenu de 1000 familles paysannes africaines pendant une année ? Doubler leur revenu signifiant la possibilité de soigner les enfants, de les envoyer à l’école, d’installer l’eau courante… 100 000 francs pour chacun des 500 millions d’européens, cela représente 50 000 milliards ou trois années de PIB européens. A l’échelle planétaire, on dépasse les 200 000 milliards. 45 fois la fortune cumulée de tous les milliardaires de la planète, qui certes devraient être mis à contribution également. Le jour où Attac aura le courage de réfléchir à ce genre de problématiques, elle deviendra vraiment crédible.

17/11/2013

Hasard et synthèse au service de l'Histoire

La vie est faite de hasard et de décisions, bonnes ou mauvaises. Mon dernier livre "Ces Romands qui ont fait l'Histoire" existe grâce aux blogs de la Tribune. Merci Jean-François. Il y a 4 ans, à l’issue d’une projection de mon avant-dernier film, un blogueur de la Julie, que je ne connaissais que par son pseudonyme et l’habituelle pertinence de ses commentaires, est venu me dire qu’il avait un projet. Il voulait faire un film avec moi.

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Ma réponse fut préventive : vous avez l’argent ? Généralement, cela refroidit les ardeurs immatures. Là le gars me répondit : « Non, mais je sais comment le trouver ». Le bougre m’avait fait dresser l’oreille et les vérifications sur Internet (on n’est jamais trop prudent), m’avait appris qu’il avait mené à bien une opération de promotion immobilière.

En fait, au bout de quelques mois, le gars disparut sans laisser de traces. Vraiment disparu : évaporé du jour au lendemain. Entretemps, un ami français bien renseigné m’avait conseillé de me méfier de lui. Depuis, plus aucun signe de vie, mais son idée m’avait lancé sur un projet parallèle, qui n’était plus le sien mais justifiait largement un film et même deux. « Comment l’Esprit vint à Genève » et « La Ville Frontière » ont été diffusés en télévision et vendus rassemblés en un seul DVD : « Genevois Pluriels ».

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Pourtant, j’étais resté sur ma faim : condenser 2500 ans d’une Histoire que je découvrais incroyablement riche en 52’, c’était comme de faire entrer tout un banc de sardines dans une seule boîte… D’où le livre, qui sur une typo classique ferait 900 pages et que nous avons pu ramener à 650 par des artifices typographiques.

Trois ans de recherches et d’écriture, puis quelques problèmes essentiels à régler avec l’éditeur et le diffuseur : Combien d’exemplaires imprimer. par exemple ? Faire un seul pavé ou trois tomes successifs, plus légers, moins chers et dotés chacun d’un public cible assez différent ? Sans négliger le titre. Tout comme la couverture, il doit résumer le contenu et donner envie d’acheter.

Comment résumer en trois mots une fresque de 900 pages peignant l’Histoire du monde vue de Genève ? L’histoire de Genève dans son environnement, proche et lointain. Qui raconte comment la puissance des comtes de Genève et des Ducs de Savoie, tous deux antipapes et phares de la chrétienté, interagit avec la ville, dont l’opulence est à son zénith au moyen âge. Qui dit pourquoi Genève est la capitale des révolutions européennes du XIXème siècle et même du XXème. Et rappelle qu’en plus d’Henri Dunant à Solférino, Florence Nightingale en Crimée et Clara Barton à la guerre de Sécession mènent le même combat. Qui coïncide avec des découvertes sanitaires fondamentales : la vaccination de Pasteur ou le besoin d’asepsie…  Il ne suffit pas d’avoir une idée, encore faut-il l’avoir au bon moment.

Scan couv suisse.jpg Le meilleur titre m’a été proposé par notre diffuseur, Luc Feugères, lui-même historien de formation : « Cette Suisse qui a fait la France ». Nulle ville française, hormis Paris, n’a eu autant d’influence sur l’Histoire de France que Genève. C’est l’une des choses que je montre dans ce livre. L’une des… Hélas, un ami, excellent communiquant politique, sans doute le meilleur, trouvait le titre «inutilement provocateur». J’ai commis l’erreur de l’écouter. Sauf que ce qui est vrai en politique ne l’est pas forcément en marketing.

Au vu du titre, le lecteur suisse s’attend à trouver une suite de portraits fouillés, ce que n’est pas le livre. La fresque reste une vue d’ensemble, égaillée d’anecdotes et de connexions ignorées des historiens habituels. Eux creusent leur sillon, tandis que je fais de la photo aérienne, avec quelques coups de zoom, un par chapitre, qui sont autant de scoops… Il est moins question de portraits héroïques que de replacer dans leur contexte ces gens qui, parfois malgré eux, ont endossé la cape du héros. Ou de l'héroïne. 

Nous en discuterons en public avec David Hiler,

Au Vieux Grenadier, rue de Carouge, dès 20h, le 30 novembre prochain. 

Au menu: les réécritures politiques de l’Histoire.

L’Histoire suisse en regorge, comme l’Histoire de France, souvent symboliques, parfois plus insidieuses. On n’en est pas encore sorti, trop d’historiens travaillant encore en fonction de leurs à priori idéologiques. Ce qui consiste généralement à ne tenir compte que de ce qui conforte votre thèse. Or on ne peut comprendre vraiment une situation qu’en restant ouvert à toutes les informations. C’est pareil en politique : le meilleur politicien sera celui qui sait recueillir le plus d’informations diverses et le mieux les synthétiser. 

14/11/2013

Le MCG raciste ? Et si Rappaz l'avait fait exprès, pour cadrer Poggia...

Rappaz l’a-t-il fait exprès ? Comme une grenade dégoupillée destinée en premier lieu à Poggia et à ceux qui verraient bien le MCG rentrer dans le rang… J’aurais adoré être une mouche, ou un mini-drône observateur, lors du happening qui a vu Rappaz, ancien Vice-Président et toujours député et membre fondateur du MCG, se faire juger par ses pairs, pour son dérapage raciste. Parce que contrairement à ce que laissent entendre ses excuses et son Président, l’intention raciste était on ne peut plus manifeste. D’autant que le gars a des antécédents. Membre fondateur et secrétaire général de l’UDC genevoise, chargé de s’occuper du local du parti, il en avait été exclu pour avoir déjà, collé des affiches racistes sur sa vitrine.  Par ailleurs, lors du vote sur les minarets où le MCG, sous la pression de Poggia, prescrivait le refus de l’initiative UDC, il s’était fendu d’un blog vengeur expliquant pourquoi lui, il allait soutenir l’initiative islamophobe… Autant dire que le sujet lui tenait à cœur.

Il n’est pas le seul dans ce cas au MCG. Un Menoud n’hésite pas, le jour où il publie ses excuses dans la Tribune, à appeler sur Facebook à souiller le terrain de la future mosquée d’Annemasse avec des quartiers de porc… Et la candidate au GC Marie-Laure Dupont rappelle que pour elle, l’islamophobie est une « légitime défiance »… En même temps, le MCG a élu Poggia, un musulman converti au Conseil d’Etat et ce très certainement avec les voix d’un grand nombre de musulmans d’autres partis.  Sans doute plus que les 1200 voix qui le séparent de son suivant Apothéloz. Sans oublier les chauffeurs de taxis arabes, fort nombreux au MCG. Pas facile à gérer pour Roger Golay, qui tout compte fait pourrait bien préférer partir à Berne apprendre l’allemand, pour ne plus avoir à assumer la douloureuse posture du grand écart…

La grenade dégoupillée, Rappaz est coutumier du fait. L’esclandre de trop, qui l’avait fait virer de son job de régisseur à la TSR (il n’avait jamais été jugé apte à devenir réalisateur) c’est lorsqu’il avait fait une allusion déplacée et imagée à la lune en plein direct d’une émission de Catherine Wahli. Un cas pathologique, comme j’ai pu m’en rendre compte lors des trois années durant lesquelles je l’ai côtoyé quotidiennement à la TSR. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi il m’en voulait. En fait j’étais à la fois frontalier et marié à une femme noire… Il se trouve qu’Eric Stauffer est dans le même cas. Son épouse étant de couleur, on peut imaginer qu’il n’apprécie guère les plaisanteries de Rappaz sur la question. Pourtant celui-ci s’en tire avec un simple blâme. Menoud n’a pas non plus été inquiété pour ses propos scandaleux sur la mosquée d’Annemasse.

A l’analyse des rapports de force et des apports électoraux de chacun, il semble que les musulmans et les islamophobes soient pour l’instant dos à dos au MCG, la direction refusant de trancher. Une situation explosive à terme, dont on pourrait naïvement s’étonner que Pascal Décaillet, si prompt à bondir sur les bisbilles internes des autres partis ne se saisisse pas de celle-là, pourtant spectaculaire…  D’autant que derrière l’affrontement musulmans-islamophobes se profile le duel Poggia-Stauffer pour la conduite d’un parti schizophrénique qui risque bien d’avoir à trancher tôt ou tard entre la posture populiste ou la rigueur gouvernementale. Les vrais racistes pourront alors servir Stauffer, ce qui explique qu’il n’ait même pas fait comme Marine Le Pen au Front National, à savoir viré le trublion. 
Après, on vient nous raconter que le MCG n’est pas un parti d’extrême-droite. En vérité, il est juste plus à droite que le Front National.