13/11/2013

L’Entente, stratégie gagnante

Dimanche, l’Entente a conservé ses quatre sièges au Gouvernement et ses quatre candidats terminent en tête, alors qu’elle ne représentait il y a un mois que 35% du corps électoral.

La gauche a perdu un siège.

L’extrême-droite en a gagné un, mais de justesse et grâce à un candidat qualifié d’anguille multicartes. Loin du facho caractéristique, il est le premier converti musulman à entrer dans le saint des saints d’un Gouvernement cantonal en Suisse.  Et le premier candidat aussi à avoir jugé bon, pour être élu, de s’excuser de ce qu’affiche son parti. Ce qui a fonctionné et démontre, au moins, un sens politique certain.

L’extrême droite, en vrai, elle plafonne. L’examen fin des résultats révèle même que là où elle a tâté de l’exécutif, elle recule, comme à Vernier ou Onex. Parce que boire des coups entre potes n’est pas la manière la plus efficace de gérer un exécutif, qu’il n’y a pas de solution miracle aux problèmes graves et que l’intérêt personnel, le copinage et l’esprit de clan, lorsqu’on vend l’image du chevalier propre, ça la fout mal...

Le MCG n’a pas encore fini de remporter des victoires, ici ou là, mais il semble être dans la situation de la Wermacht en février 43 : le tournant de la guerre. Le cuisant score personnel de Stauffer est son Stalingrad, même si lui aussi va mettre du temps à l’admettre. Probable même qu’il ait à déjouer quelques putschs internes visant à préparer un avenir orienté sur la collaboration plutôt que sur l’affrontement.  

Davantage qu’un parti de fachos, même s’il en compte quelques durs, le MCG est un parti d’opportunistes. De gens qui n’ayant pas percé ailleurs, ont sauté dans un express auquel ils ont accroché leur wagon personnel. Ce côté attrape tout, c’est leur force et leur limite, mais c’est surtout une excellente nouvelle pour Genève. Parce qu’avant d’être des idéologues, contrairement à un Blocher, qui avait déjà sa réussite derrière lui avant de se lancer en politique, ils ont surtout soif des ors et des signes extérieurs du pouvoir, peut-être même plus que du pouvoir lui-même.
Show off bling bling c’est un prénom commun au MCG. En espagnol péruvien, on dit « huachafo ». Cumulé avec un goût certain pour les soirées arrosées et même les journées, pour certains. Sauf évidemment pour Mauro Poggia, qui a décidément tout du mouton noir au sein des partis qui l’ont présenté…

Du coup, le fait d’avoir un des leurs ou supposé tel au Gouvernement compte davantage à leurs yeux que ce qu’il y fait ou n’y fait pas.  Ce qui laisse une marge de manoeuvre assez grande au Conseil d’Etat et à Poggia pour construire des majorités sur des projets qui en valent la peine. Ce que le Nouvel élu expliquait à sa manière en affirmant qu’il saurait faire admettre les choses à ses partisans. C’est ce qu’on lui souhaite, pour le bien de Genève, car évidemment, il est préférable que le gouvernement et le parlement avancent et prennent des mesures utiles, plutôt que de passer cinq ans à se chamailler en affrontements stériles.

La configuration n’est donc pas si mauvaise, pourtant, depuis dimanche soir, une campagne lancée par Pascal Décaillet agite le landernau politique, reprise et amplifiée par Cyril Aellen et Thomas Barth. Ils parlent de défaite du PLR, qui n’a plus que deux sièges au lieu de trois. Défaite surtout de son aile droitière – plus que libérale - qui n’en a plus aucun. A ce stade, il est bon de rappeler le rôle éminent joué par Thomas Barth dans l’éjection de Mark Muller, le premier des sièges libéraux envolés. Tandis que l’examen fin des résultats de dimanche montre que la majeure partie des biffages d’Isabel Rochat vient des fiefs de cette même aile droitière, qui a fait élire Poggia en le rajoutant massivement.

Pourquoi s’en prendre ainsi aux cousins PDC ou à l’aile centriste – plus que radicale, car anciens radicaux et anciens libéraux sont répartis dans les deux ailes – qui ont su présenter les meilleurs candidats, ceux susceptibles de se faire élire ?
 Le but de Décaillet, c’est d’obtenir un rassemblement élargi à l’UDC, sur le modèle de ce qui s’est fait à Fribourg, puisque contrairement au Valais et à Neuchâtel, les leaders locaux de l’UDC ne sont pas en mesure de l’emporter seuls à Genève. Un rassemblement qui aurait fait élire Amaudruz plutôt que Poggia. Pas sûr du tout que Genève y gagne, au niveau des compétences respectives et de la lucidité politique... Derrière Décaillet plane l’ombre de la pieuvre médiatique Blocher… Sans doute Aellen et Barth espèrent-ils tirer leur épingle du jeu, peut-être même sont-ils sincèrement convaincu d’œuvrer pour le bien du libéralisme, mais il se trompent. 

Quelles seraient les chances d’une telle alliance à Genève ? A chaque fois qu’elle a été tentée ici,  elle a échoué. Amputée du MCG, l’UDC n’est pas une force politique très importante. Pas plus importante que le PDC en tout cas et surtout beaucoup plus risquée en termes électoraux, car signer avec l’UDC, c’est perdre un paquet de voix au centre et au centre gauche. Des voix qui ont élu brillamment dimanche les quatre de l’Entente…

Au-delà de la qualité des candidats qu’elle présente puis flingue elle-même, l’aile droitière devrait aussi se préoccuper de la perte d’image des milieux financiers qu’elle représente. Comme ailleurs dans le monde et même dans les rangs de la bourgeoisie, la majorité des gens n’en peut plus des superprofits d’une infime minorité qui parvient à éviter l’impôt, en en laissant retomber tout le poids sur les classes moyennes. Il faut parfois céder du terrain pour mieux rebondir, ou simplement ne pas tout perdre et clairement à mon avis, le dogme libéral est à revoir en période de crise, pour ce qui concerne l’imposition des plus riches. Ne serait-ce qu’au niveau symbolique, pour ne pas laisser se développer l’idée que la société est injuste, trop injuste.
 Comment, pour ne pas les faire fuir, c’est une question à laquelle il faut réfléchir soigneusement, mais une taxe sur les propriétés de grand luxe, par exemple, pourrait être une piste. Il suffirait de réussir à la « vendre » comme un signe extérieur de prestige. Et convaincre Berne au passage.  

Pour le reste, la majorité du Conseil d’Etat devra apprendre à travailler avec la gauche pour lutter contre le dumping salarial. Et puis aussi faire du lobbying auprès de la BNS pour faire baisser encore la valeur du Franc fort. Le meilleur moyen de maintenir ou d’améliorer nos atouts tout en réduisant les effets indésirables de notre attractivité, c’est de revenir à des taux de change plus favorables à l’Euro. Enfin se tenir prêts à expliquer aux Genevois que la réalité des crises mondiales et européennes n'est pas incontournable et forcément nous impacte et nous impactera davantage encore dans les années qui viennent. Dans ce contexte, il est sain qu'un Conseil d'Etat rassemblé puisse expliquer les choses telles qu'elles sont aux différents partis du Parlement et à la population.

11/11/2013

Echec des extrêmes et victoire des orateurs

Comme le dirait un Renaud de ma connaissance, il y a plusieurs leçons à retenir des élections de ce dimanche. La première, c’est que le seuil des 50% pour être élu au 1er tour sera extrêmement difficile à atteindre. Au 2ème tour, seul Pierre Maudet (52%) le dépasse et François Longchamp (49%) le frôle. Dernier élu et seule vitrine présentable du MCG, Poggia n’atteint que 36% des voix, son Président d’honneur, Stauffer plafonnant à 28%, c’est-à-dire qu’il ne fait même pas le plein des voix cumulées de son bloc.

La 2ème leçon, plus importante politiquement, c’est l’échec des extrêmes et de la provocation érigée en système. L’électorat a voté au centre et choisi les candidats les plus  consensuels. Même Maudet dont le côté capitaine courageux séduit jusque dans les rangs de la police et de la droite dure, n’omet jamais de rappeler qu’il est pro-européen… Concrètement, le travail qu’il mène avec le Procureur Jornot, en collaboration étroite avec les forces de police française est un excellent moyen de faire baisser la criminalité, mais aussi les préjugés dans les rangs de la gendarmerie, même si ce n'est qu'un effet boomerang. 

Futur sexagénaire, je préférerais évidemment que la jeunesse laisse le pas à l’expérience et la Présidence à François Longchamp, mais l’impact psychologique est important. Il sera peut-être plus fort avec un Président fringant capitaine, pour emmener Genève à l’assaut de son futur. Si je regrette l’éjection brutale d’Isabel Rochat et l’entrée du MCG au Gouvernement, force est de constater que la configuration finale n’est pas si mauvaise. Seule manque à l’appelle l’aile libérale et c’est très regrettable, mais elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même : si l’on examine les résultats commune par commune, c’est dans les fiefs bourgeois qu’Isabel Rochat aurait pu refaire son retard et qu’elle n’y parvient pas assez, à cause du biffage. Quant aux bastions du MCG, là où on lit et regarde les médias et les journalistes populistes – Ceux-là même qui clament à longueur de journée qu’il faut une alliance à droite toute – Mme Rochat arrive bonne dernière.

Le nouveau Conseil d’Etat est en tout cas représentatif des forces électorales du canton, tout en donnant une majorité claire à quatre politiciens de grande valeur et complémentaires, les deux élus de l’Alternative n’étant pas en reste non plus en matière de qualités gouvernementales. Espérons que cela pourra être mis à profit pour susciter des réformes utiles. Pour autant que les clivages partisans du Grand Conseil n’annihilent pas tous les efforts. 

Les votes compacts se tiennent dans un mouchoir, sauf qu’ils sont inversement proportionnels au résultat final : 21 379 pour l’Entente, 21 765 pour l’Alternative et 22 756 pour le Nouveau Bloc populiste. Les voix grappillées hors du parti font les victoires… Et celles perdues au sein de son parti les défaites. L’élection de Poggia est ainsi clairement due à l’Entente, qui lui a apporté 5600 voix, la gauche lui en accordant tout de même plus de 1000… Ce mauvais signe pour le Grand Genève est largement relativisé par la claque qu’a reçue le bloc populiste dans son ensemble en regard de ses ambitions affichées. 

Espérons juste que, contrairement aux us et coutumes du MCG, les débats internes du collège ne soient pas transmis à qui de droit le Président d’honneur avec copie au porte-voix officieux de la Praille, avant même que la séance soit close. Sinon, le Gouvernement devra apprendre à travailler par fractions, synonyme de perte de temps et d’efficacité. D’un autre côté, si Poggia choisit de se montrer collégial et discret, c’est son inféodation au MCG qu’il remet en cause. Ce qui pourrait présager de lendemains houleux au sein de ce parti, la claque personnelle reçue par Eric Stauffer n’ayant aucune chance de l’inciter à se remettre en question, tant l’individu semblant imperméable à ce genre de considération.

L’échec d’Isabel Rochat n’est pas celui de sa politique. Elle n’a pas démérité et loin d’être incompétente sur le fond, elle paie très cher un léger manque d’aisance dans sa communication verbale. A l’affut de la moindre faiblesse permettant de faire briller ses poulains, Décaillet ne lui a rien laissé passer. Les bêtes politiques d’aujourd’hui doivent pouvoir s’exprimer sans note et avec aisance en toutes occasions pour aller chercher l’électeur... De s’être coltinée la police en hors d’œuvre et d’y avoir récolté la vindicte du syndicat de la grande maison n’a pas aidé : elle est clairement apparue comme le maillon faible et les populistes ont sauté sur l’occasion… A l’interne, elle a certes été biffée 7176 fois (contre 568 pour Maudet et 795 pour Longchamp), mais elle a aussi récolté trois fois moins de voix qu’eux, aussi bien à gauche (+ 4600 voix pour Longchamp, + 5600 pour Maudet) qu’auprès de la droite dure (+ 2500 pour Longchamp, + 3500 pour Maudet).

Hodgers récolte lui aussi plus de 6300 voix auprès de l’Entente, et plus de 600 chez les populistes. Contre respectivement 5000 et 700 pour Anne Emery-Torracinta.  Apothéloz n’en récolte que 3400 et 400. La gauche officielle rejette la responsabilité de son échec sur l’Entente, ce qui est un peu facile. Comme le faisait remarquer Pascal Holenweg, on peut se demander si un bulletin officiel « Ensemble à Gauche » n’aurait pas rapporté les 1300 voix qui ont manqué au 2ème socialiste.  Quant aux deux PDC, ils profitent à plein de la dynamique victorieuse de l’Entente au centre, pourtant décriée par certains députés PLR qui préféreraient s’ancrer à droite. Vieux débat, mais option suicidaire qui n’aboutirait qu’à renforcer la gauche ou au mieux, les nouveaux petits partis centristes.

Reste qu’il s’agit maintenant de laisser rapidement retomber les passions de la campagne et de se mettre au travail. Les nouveaux élus doivent se répartir les dicastères, écrire leur programme pour les cinq ans à venir et le plus important peut-être définir, leur modus vivendi autant qu’operandi. En essayant de faire en sorte que ce nouveau gouvernement ose entreprendre des réformes utiles à Genève et à sa région dans les années qui viennent d'une conjoncture qui ne va en principe pas vers le beau pour les sociétés occidentales.

09/11/2013

La Vraie Histoire des Romand-es

Couronnement de trois années de travail, mon livre « Ces Romands qui ont fait l’Histoire », sort en librairie cette semaine. Trois années plongées dans l’Histoire de Genève, de la Romandie et des régions voisines, de la Suisse, de la France, de l’Europe et du monde… Pour ce qui est de l’Univers, évitons le hors sujet, mais le fait est que j’ai cherché à replacer notre histoire locale dans le contexte global et c’est passionnant. Car bien sûr le contexte global explique ce qui se passe ici, mais les spécificités et les personnalités d’ici jouent souvent un rôle considérable ailleurs aussi !

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Pur hasard, cela tombe pile sur « Le mois des Suisses » à la RTS. L’occasion d’essayer de répondre, moi aussi, aux questions qui tuent : « Qu’est-ce que la Suisse, qu’est-ce qui crée la Suisse, qu’est-ce qui nous unit ?».

Ma réponse est claire : en tout cas pas le hérisson refermé sur lui-même que tentent de promouvoir l’UDC et consorts. Tout au contraire, c’est l’ouverture, les échanges et le métissage, qui créent ce pays depuis la nuit des temps.

Déjà, par nécessité, les premiers habitants viennent d’ailleurs, puisqu’il y a 20 000 ans, tout le pays est entièrement recouvert de glaces de plusieurs centaines de mètres d’épaisseurs. Peu à peu des immigrés chasseurs cueilleurs remontent du sud, suivis d’une vague de paysans venus de la dépression de la Mer Noire, à l’origine un lac d’eau douce qui se remplit d’eau de mer. Probablement l’origine du mythe du Déluge. On retrouve aujourd’hui encore leur gènes dans des populations européennes « de souche » et le bassin lémanique est leur implantation la plus au nord. Ils se mélangent avec des celtes spécialistes du fer, reçoivent des apports grecs et même phéniciens…

La conquête romaine, puis les invasions barbares passent par là. Rois du pays, les Burgondes sont un drôle de peuple, venus du Nord-Est, des bords de la Vistule, avec des cousinages jusqu’en Iran. Avec la Loi Gombette, ils offrent à la région la première loi connue établissant formellement des liens d’égalité juridique entre personnes d’origines ethniques différentes habitant le même territoire. Tandis que partout alentour, les conquérants sont les maîtres et les conquis leurs esclaves. Genève est alors la petite capitale d’un royaume englobant la Franche-Comté, la Suisse entière, la Bourgogne et la vallée du Rhône jusqu’à Vienne. Son Roi, Gondebaud, est Patrice des Romains, numéro 2 de l’Empire d’Occident. Uri Schwytz et Unterwald n’existent pas encore, improbables culs de sac alpins peu à peu défrichés par des paysans en quête de terres. Les principales villes alémaniques sont des villages servant de haltes sommaires sur les routes commerciales tandis que Genève, avec ses ponts sur le Rhône, est l’un des carrefours les plus importants et va même devenir « Le » plus important marché européen du Moyen Age. S’y croisent les marchands de soie, de coton et d’épices, mais aussi les pèlerins en route pour Rome, Jérusalem et bientôt Compostelle. Deux Papes, ou plutôt Antipapes en sont issus.

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Le passage des Alpes est la clé de la fortune et c’est l’ouverture du Gothard, au début du XIIIème siècle qui crée les conditions d’existence de la Suisse. Les paysans crevant de faim peuvent désormais prélever des taxes sur les marchandises de passage, comme le font Genevois et Valaisans depuis deux millénaires. Ils communiquent, échangent, reçoivent les voyageurs et voyagent eux-mêmes. Ils s’enrichissent matériellement et spirituellement. Ils sont aussi au contact des villes-principautés italiennes dont plusieurs, après la chute de l’Empire, vivent sous un régime de démocratie locale, clairement de filiation gréco-romaine. Sauf qu’à la suite d’une querelle de voisinage, les Habsbourg, seigneurs du lieu originaires d’Argovie bloquent le passage du Gothard. Les trois vallées se rebellent et flanquent la pâtée aux troupes venues essentiellement des villes du plateau pour les mater. Le gros de la bagarre oppose de futurs suisses des deux côtés et de toute manière, tout ce petit monde fait partie du Saint-Empire Romain germanique et ne songe aucunement à s’en séparer. Il faudra attendre la fin du Moyen-âge pour que cela soit le cas, en profitant d’une alliance avec la France. 

Durant deux siècles, cités du plateau et vallées alpestres ne vont pas cesser de s’entrétriper… La démocratie reste très relative, réservée aux hommes d’une poignée de familles dominantes dans chaque communauté. Les grands seigneurs des environs s’en mêlent, notamment la famille de Savoie, qui aide les Suisses contre les Habsbourg. Une fois ces derniers sortis du jeu, les Confédérés s’en prennent à la richissime Savoie, qui possède les deux principaux cols entre la France et l’Italie, soit le Grand et le Petit Saint-Bernard. L’alliance des Suisses et de la France prend la Savoie en tenaille, qui ne s’en relèvera pas. Genève en profite pour entériner son indépendance, grâce à des commerçants-aventuriers, comme Bezençon Hugues, qui n’hésitent pas à manier l’épée et à risquer leur fortune. Ville impériale de fort longue date, n’hésitant pas à en appeler au pape au besoin, Genève a toujours su utiliser ce lien fort à l’autorité « européenne » pour asseoir son autonomie face au pouvoir local.

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 Genevois, de souche genevoise, Bezençon a grandi à Zürich et la plupart des autres figures de l’indépendance genevoise sont des savoyards, petits gentilshommes de la région fâchés contre le Duc, qui aujourd’hui seraient des frontaliers. Les parpaillots qui débarquent ensuite viennent de plus loin, pendant que les fils de famille comme les garçons de ferme, d’un bout à l’autre de la Suisse, s’en vont au loin chercher fortune pendant des années. C’est ce brassage incessant entre l’air confiné des vallées et le foehn du Sud des alpes, la bise du Nord ou le Vent de Paris, voire de Londres ou de Washington, sans oublier le blizzard de Moscou, qui fait la Suisse, à la fois droit dans ses bottes et au service des puissants, pour autant qu’ils laissent la Suisse en paix…

Ce curieux mélange de diziplin toute militaire, de curiosité et de sentiment puissamment ancré de l’égalité des droits et des devoirs, c’est ce qui fait la Suisse. Mais si le service mercenaire n’existe plus, nos jeunes devraient se souvenir que l’expatriation dans un CV, cela vous pose son homme ou sa femme, d’ailleurs, et que celles et ceux qui peuvent brandir un engagement scolaire, puis professionnel à l’étranger trouveront plus facilement un job et serons mieux payés, y compris au retour au pays. La Suisse, centrée sur son nombril, n’est rien. Un morceau de terre coincé entre des montagnes. Ouverte sur le monde, elle devient un lieu de passage, de commerce et de réflexion. Un miracle économique et démocratique.

08/11/2013

Antonio Hodgers, tu dois traverser !

Tu le sais, Antonio, j’ai voté pour toi. Comme pour les 5 candidats de l’Entente et pour ta colistière socialiste. Voilà c’est dit. Parce que je te sais pragmatique et fin connaisseur des questions de mobilité. Assez ouvert d’esprit aussi pour admettre qu’une agglomération qui se développe en croissant doit pouvoir relier ses deux extrémités en direct, sans avoir à passer par le centre. Pour d’évidentes raisons écologiques : des trajets moins longs et moins d’embouteillages c’est moins de pollution et plus de qualité de vie.  

Sur le fond, nous en avons parlé, tu es d’accord, mais à condition que les riches communes de la rive gauche acceptent de densifier. Tu fais même du Golfe de Cologny un symbole. Tu as tort. C’est un poumon vert remarquablement placé à proximité du centre-ville et c’est une chance pour Genève, de même que les zones villas de Vandoeuvres ou Cologny, qu’il serait suicidaire de sacrifier sur l’autel de l’équité sociale. On peut discuter de l’imposition des superriches, si l’on arrive à des accords mondiaux en la matière, mais dilapider nos atouts « géographiques » serait idiot. La féroce concurrence internationale qui rêve de nous prendre nos organisations internationales et nos multis exploserait de joie. Des atouts que l’on peut résumer en quelques mots : une échelle humaine et une proximité immédiate des principaux pôles, bien reliés entre eux : aéroport, lieux de vie, de travail et de villégiature…

La rive gauche se densifie de toute façon et se densifiera encore, côté français. Une donnée mal prise en compte par Berne et par l’OFROU dont les considérations tendent à s’arrêter à la frontière. D’Annemasse à Thonon c’est plus de 150 000 habitants qui habitent derrière ces zones villas, mais aussi des zones d’activités intenses, entreprises et commerces, qui attendent tous d’être mieux reliés à la Suisse. Cela passera aussi par des transports publics efficaces (le RER Thonon-Annemasse complétant CEVA en est un) qui d’une manière ou d’une autre devront traverser. A minima en bus…  

Ton idée de densifier Cologny Vandoeuvres & Co n’est pas idiote, mais elle est moins pertinente que celle qui consiste au contraire à considérer cette zone comme un vaste tampon de verdure, mis en réserve pour les générations futures. Comme Central Park à New York, les bois de Vincennes et de Boulogne à Paris, quelque chose d’envergure qui dépasse la simple notion de parc public au centre-ville, dont Genève est déjà bien pourvue. J’entends déjà ton objection : ces zones sont libres d’accès au public, ce qui n’est pas le cas du golf de Cologny. Certes, mais laissons du temps au temps. En attendant, il reste zone verte tandis que si on construit dessus, il deviendra impossible de revenir en arrière. Peut-être qu’un jour on déplacera le golf à Jussy et qu’on fera de l'actuel un espace public, mais les environs resteront des quartiers chics, particulièrement bien situés, comme il y en a nécessairement dans toutes les grandes villes. Leur valeur ne sera que renforcée par une amélioration de l’accessibilité, surtout si celle-ci est bien conçue d’un point de vue environnemental. Je compte sur toi sur ce point. 

Tu es le mieux à même de parvenir à jeter les ponts politiques qu'il faut pour y arriver. Parce que cette traversée, il faut la financer. Berne rechigne, car on lui a mal expliqué le problème. Mais Zurich n’a jamais attendu sur Berne pour faire avancer les choses. Maman Helvetia fut mise devant le fait accompli et a payé. L’Union Européenne est concernée à travers la France voisine et les fonds Interreg destinés à l’amélioration des relations transfrontalières ont financé des dizaines d’ouvrages d’art prestigieux à cheval sur deux pays… Enfin, l’économie privée et les automobilistes peuvent et doivent être mis à contribution. C’est possible de différentes manières. L’idée d’une vignette permettant de circuler en certains lieux du canton est envisageable, autant qu’un impôt spécial ou un péage. L’idée étant quand même que ce soit aux utilisateurs de payer, y compris frontaliers, même si de fait, tout le monde bénéficiera d’un allègement des conditions au centre-ville.

Voilà, j’espère que tu seras élu dimanche et que tes collègues accepteront de te confier la mobilité. Parce que tu pourrais y exceller, si tu entreprends ta mission en entrepreneur, avec un objectif clair : améliorer le quotidien des gens, donc réduire le temps perdu en transports et faciliter la fluidité en mettant en place des solutions innovantes. Téléphériques, tunnels, P+R, métro léger aérien, rien ne doit être interdit à priori. Le coût et l’efficacité doivent primer, pour réduire les nuisances au service de tous. 

07/11/2013

Autour du CEVA, Genève se transforme

Dans quatre ans, Genève disposera enfin de sa colonne vertébrale: le CEVA.

Pour le construire, avec ses six gares et ses pôles urbains, comme le PAV ou le nouveau quartier des Eaux-Vives, des centaines de personnes s'affairent. Connues ou inconnues, conseiller(e) d'Etat ou perceur de tunnel, architecte ou camionneur. Des dizaines de milliers de Genevois pestent dans les embouteillages dus aux travaux. D'autres souffrent de la poussière ou du bruit des chantiers.
Cela fait deux ans que ça dure et il y en a encore pour 4 ans. En rendre compte, tenir un journal de bord en images, c'est le but de la série "Autour du CEVA", que vous pouvez découvrir sur Lémanbleu mais aussi depuis peu sur Internet.

Voici les liens vers quelques-uns des premiers numéros de ce feuilleton du réel, qui comptera si tout va bien, cinq saisons en tout...

le numéro 2 s'intéresse à la gestion des carrefours et des feux, durant les chantiers et aux tests de sécurité organisés à toute heure du jour et de la nuit

 le numéro 5 donne la parole aux habitants de Champel, dont beaucoup sont mécontents, mais commencent peu à peu à changer d'avis. 

le numéro 8 montre l'impact considérable du CEVA pour la Genève internationale et plus généralement pour les passages entre les deux rives aux Heures de pointe.

le numéro 13 nous raconte comment sont conçus et vérifiés les aménagements pour handicapés, durant les travaux mais aussi pour les futures gares.

 

Il y en a d'autres. Vous pouvez d'ores et déjà les consulter sur Youtube... 

06/11/2013

Chômage : histoire de chiffres et de cas personnels… + Islamophobie

L’article est poignant. C’est sûr que si l’on prend des cas individuels, le chômage et la détresse d’une mère, c’est forcément désolant. Mais faire des généralités de cas d’espèce, c’est typiquement la tactique du MCG et j’ai du mal à comprendre qu’un journaliste professionnel tombe dans le panneau. 

Les chiffres c’est très utile, à condition de les donner en entier: 3158 chômeurs âgés de 16 à 30 ans, cela fait beaucoup, dit comme ça... Et les trois enfants d'une famille qui semblent englués dans les problèmes, ça fait encore plus. A croire que tous nos jeunes sont concernés... Sauf que comme il y a environ 100 000 personnes de cet âge dans le canton, soit un peu plus du cinquième de la population, cela ne fait jamais que 3%... Très très en dessous des chiffres de n’importe quel autre pays européen en matière de chômage des jeunes, qui montent jusqu’à 30% en Espagne ou au Portugal. Dont sont originaires certains de ces jeunes chômeurs devenus résidents… 

Cela signifie aussi que 97 000 jeunes de 16 à 30 ans du canton font des études ou ont trouvé un job… Et que d'en avoir trois dans le lot, ben c'est vraiment pas de bol. Deux en fait, car le plus âgé, lui a travaillé et n'est pas au chômage puisqu'il entreprend une formation qualifiante d'adulte. Ce qui est une chance qui lui est offerte par la société, qu'il serait vraiment de mauvaise foi de reprocher au système. A noter aussi que 3000 jeunes sont au chômage en général, et majritairement pour une durée courte. Seule une petite minorité d'entre eux, fort heureusement, va se retrouver coincé dans du chômage de longue durée, comme les deux enfants cités dans l'article de la TG électronique. Moins d'un jeune sur cent à Genève, en fait. C'est trop, c'est beaucoup trop, mais cela relève au moins autant de cas personnels que d'un problème de société. 

Il n’est pas question de jeter la pierre à une maman qui a certainement fait de son mieux, mais n’avoir aucune qualification à 27 ans, cela devient très embêtant lorsqu’un accident vous coupe l’accès des métiers manuels sans qualification… Peut-être qu’au lieu de l’amener à des cours de sport ou de musique, il aurait mieux valu amener l’enfant puis l’ado à des cours de maths ou d’allemand, voire de français, pour l’aider à remonter sa moyenne? Un enfant « pas scolaire » cela arrive, mais si les parents baissent les bras, c’est le môme qui en pâtira plus tard. A tous les coups. Rejeter la faute sur le système est parfois un peu facile quand celui-ci offre gratuitement l’instruction publique, à condition de bosser…

La sœur fleuriste aux ongles impeccables qui ne travaille plus touche, si j’ai bien compris, 2190 francs par mois en étant logée chez papa maman. C’est plus que ce que touche 20% des salariés du pays voisin, en travaillant (certes 35h seulement) et avec un loyer à payer, eux…

Alors évidemment, on ne veut pas savoir ce qui se passe autour de nous et avant c’était mieux, etc… Mais le fait est qu’on ne peut pas vivre dans un aquarium, ni dans une tour d’ivoire. Il y aura toujours un problème de vases communicants. A cette maman qui se demande pourquoi sa fille n’est pas caissière à la Coop, ou à la Migros, à la place de la caissière en place, j’ai envie de dire : pourquoi vous ne le demandez pas à votre fille ? Comment ils font, les autres ? Les 97% qui ont trouvé un job ou qui bossent dur pour poursuivre des études ? Et qui éventuellement se cassent les ongles sur la machine enregistreuse, ou tout simplement se donnent suffisamment, lorsqu'ils décrochent un stage non payé, pour donner envie au patron de trouver qu'ils ont le bon profil...

Il est faux galement de dire que nos jeunes sont en concurrence avec l'Europe entière. Pas pour des jobs sans qualification. Le recrutement pour ce genre de jobs reste localisé au Grand Genève, soit moins d'un millions de personnes, dont environ 200 000 jeunes. C'est plus que si c'était réservé aux résidents, mais ce n'est pas l'Europe entière. C'est clair que de grossir démesurément le problème n'aide pas à l'affronter, quand on manque de confiance en soi et facilite le rejet de la responsabilité sur le système...  

Ce genre de discours semble écrit pour apporter de l'eau au moulin du MCG et avec les mêmes travers. Comme si la Tribune avait décidé de lui servir la soupe. Excuses par ci, excuses par là, Stauffer a fait ceci, et aussi comme ça... Sauf qu'en même temps que l'élu MCG Menoud s'excusait dans la Tribune pour ses propos xénophobes au Conseil municipal, il en remettait une couche sur Facebook, appelant à souiller avec des carcasses de porc le terrain promis par les autorités d'Annemasse-agglo à la construction d'une mosquée. Et se proposait même pour y participer.  La lutte contre l'émergence de cette mosquée, c'est le principal cheval de bataille du Front National dans la région. Et ces méthodes sont absolument indignes. Que dirait le MCG si des Français venaient en faire autant à Genève ?
Ci-dessous la photo de la page Facebook du triste sire, interceptée par Grégoire Barbey
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04/11/2013

Frontaliers, privilèges, jalousies et solutions

Je suis frontalier, donc un privilégié. C’est vrai. Comme me le faisait remarquer un ami vigneron genevois, je profite de revenus suisses et de prix français. C’est sans doute la cause principale du ressentiment qui s’exprime à l’égard des frontaliers en Suisse et des Suisses en France aussi d’ailleurs. Car l’immense majorité des résidents de Genève profitent aussi des prix français lorsqu’ils vont faire leurs courses, vont au restau ou skier le week-end de l’autre côté de la frontière.

Sans oublier les vacances en Thaïlande ou au Maroc où l’on peut se payer un 5 étoiles pour le prix d’un Ibis à Genève, les week-ends à Londres ou à Paris, la maison en Algarve ou en Provence… Et plus généralement le portable, les baskets et le jeans fabriqué en Chine, le pétrole extrait du Nigeria, les bananes d’Equateur ou le gaz de Russie. Et la voiture tchèque ou espagnole.

Tous, sans exception, nous profitons tous les jours des différences de prix et de niveaux de vie qui font le bon côté de la haute tenue du Franc Suisse. Les frontaliers un peu plus que les autres, puisqu’en plus ils sont souvent propriétaires, ce qui reste hors de portée de la classe moyenne à Genève. Mais, hormis un tout petit nombre de résidents genevois aux nationalités exotiques, tout un chacun pourrait devenir frontalier et propriétaire. C’est un libre choix, pour lequel nous avons voté, qui plus est à une confortable majorité.

En échange de ce privilège de devenir propriétaire, le frontalier assume quelques désavantages. Il est nettement moins bien protégé et indemnisé en cas de chômage. Il allonge souvent ses trajets domicile-travail (mais souvent moins que des pendulaires vaudois, voire valaisans ou neuchâtelois qui de plus ne paient pas d’impôts à Genève). Il est aussi à la merci de la fiscalité française qui peut être parfois versatile… Son privilège le plus exorbitant, le recours possible à une assurance maladie privée, non solidaire, est désormais aboli, ce qui est normal.

Enfin, vis-à-vis des travailleurs à salaires français, qui se plaignent non sans raison de ne pas pouvoir suivre la hausse de l’immobilier en zone frontière, le travailleur à salaire suisse bosse un jour de plus par semaine et cinq années de plus avant la retraite, ce qui au final fait tout de même l’équivalent de dix années de travail en plus. Le quart d’une vie professionnelle, ce n’est pas rien.

Cela dit, même si l’on relativise, le frontalier reste privilégié, et cela pose un problème psychologique. Nous sommes tous plus ou moins jaloux de quelqu’un qui vit mieux que nous. Mais bon, s’il est patron ou star ou médecin chef, cela fait partie de la marche normale des choses, et personne n’en fait une maladie chaque matin. Par contre s’il fait le même métier que vous, ça chiffonne davantage et c’est normal. C’est idiot, parce que cela ne vous enlève rien à vous, c’est donc de la pure jalousie, mais c’est humain.

D’un autre côté, la prospérité de Genève a besoin de la France voisine, à un point que l’on imagine mal. Redresser la frontière, d’une quelconque manière et c’est assurément quelques points de PIB qui s’évaporent et le niveau de vie cantonal qui s’étiole. Même les plus pauvres n’ont rien à y gagner car la baisse des revenus cantonaux se traduirait très vite par une pression accrue sur des prestations sociales qui sont les plus coûteuses du monde. Sans parler des subventions particulièrement généreuses à la culture et aux activités les plus variées.

Il existe cependant des moyens de réduire ce sentiment d’injustice qui nous pourrit la vie et envenime les rapports sociaux. J’en vois au moins deux. Supprimer la possibilité de déduire ses frais de trajets domicile travail des impôts. Pour tout le monde. Cela serait une vraie mesure écologique, qui favoriserait celles et ceux qui choisissent de vivre à proximité de leur emploi, souvent au prix fort, et désavantagerait les autres, les pendulaires. Il n’est en effet pas normal que l’impôt incite à s’éloigner de son lieu de travail, ce qui est fort coûteux en énergie. Il faudrait bien évidemment que la mesure soit fédérale et pour l’instant les chambres s’y refusent. Elles ont tort. Le surplus d’impôt pourrait être rendu aux citoyens d’une autre manière, notamment la réduction du prix des transports en communs urbains et la construction de P+R en Suisse (près des gares vaudoises notamment) et en France. Pour inciter  les pendulaires à abandonner leurs véhicules polluants et soulager le trafic urbain pour ceux qui doivent y circuler toute la journée.

L’autre mesure ne dépend pas des chambres, mais à priori uniquement de la BNS, puisqu’il s’agirait d’aller encore plus loin dans la baisse organisée du Franc suisse relativement aux autres monnaies, à l’euro en particulier. Passer à 1.40, comme le réclament d’ailleurs les syndicats, favoriserait nos exportations. Cela réduirait évidemment nos avantages « touristiques » et renchérirait les importations, mais cela faciliterait la tâche de nos entreprises et s’il est bien un secret ou une recette expliquant la prospérité helvétique, en plus des banques, c’est bien celui-là : la première place accordée à l’économie dans les arbitrages socio-politiques.

La dernière remarque relative aux frontaliers, c’est la morgue dont ils feraient preuve. Sur ce point, je ne peux que conseiller à tous, résidants et frontaliers, d’apprendre à observer la poutre que chacun porte en son regard… Le chauvinisme et la condescendance sont aussi universellement répartis que la connerie humaine, malheureusement.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que Genève a vécu sous atmosphère protégée durant la deuxième moitié du XXème siècle. Je me souviens parfaitement de mes réflexions lorsque j’ai choisi de m’établir ici, où mes parents louaient un appartement, comme ils en louaient un à Paris et une maison à Cannes. Je voulais être journaliste, et accéder à un grand journal français ressemblait à un parcours du combattant. Dans lequel il fallait non seulement être le meilleur, mais aussi piétiner les doigts de ceux qui tentaient de s’accrocher à vos côtés. La concurrence était féroce, tout simplement.  

A Genève, c’était beaucoup plus cool et de fait, au bout d’un mois de stage non rétribué, on me proposait un job à la Tribune… La concurrence était nettement moins relevée, ce qui est parfaitement normal, vu qu’il y avait quasi autant de journaux en Romandie qu’en France, pour 50 fois moins d’habitants. Quand à mon salaire, il était le double de celui d’un journaliste débutant à Paris, mais en fin de carrière, il serait nettement moins élevé à Genève (mais suffisant pour vivre bien) que pour une star de la profession parisienne. C’est à cette époque que je suis devenu frontalier, le directeur de la police des étrangers m’expliquant gentiment que oui, j’avais assez d’années de résidence et de scolarité en Suisse pour me faire naturaliser, mais que pour cela je devais être résident. Et que manque de chance, le quota de permis étant épuisé pour l’année et généralement insuffisant, il était préférable que je devienne frontalier, ce qui n’était soumis à aucun quota, juste au bon vouloir des commissions tripartites, que je passais haut la main.

37 ans plus tard, c’est toujours pareil : dans nombre de domaines, culturels mais aussi parfois techniques ou financiers, on peut vivre correctement ici en étant moyen, là où l’on vivoterait tout juste en France, tandis que les stars sont évidemment mieux payées dans un marché 50 fois plus important, où la concurrence est plus vive. Du coup, lorsque dans tous les domaines, des jeunes loups aux dents plus ou moins acérées débarquent de partout, parce que l’attrait du Franc suisse est un aimant puissant, les compétences moyennes deviennent insuffisantes face à la concurrence. Ce n’est pas que les Genevois sont moins compétents en général, très loin de là, c’est juste qu’ils sont moins nombreux.

Genève et les Genevois dans leur ensemble profitent de cette course à l’excellence, même si les talents moyens en pâtissent. L’économie va bien, la prospérité augmente et le seul souci devrait être de la répartir équitablement. Nous avons le choix cependant d’inverser le cours des choses. De revenir à un système fermé et protégé. Cependant il faut savoir que la donne internationale a changé et que cela signifiera forcément un recul sensible de notre niveau de vie. Probablement très sensible, parce que nos entreprises ne pourront plus être aussi performantes si on leur rogne les ailes, en les empêchant par exemple de recruter les meilleurs.
 

03/11/2013

Hold-up raté à Thonex = un bon point pour Maudet

Je le connais bien ce bureau de change, je passe devant pesque tous les jours et c'est là que je vais changer, car il offre les meilleurs taux de Genève. Respect et remerciements aux gendarmes du poste d'en face qui n'ont pas hésité à intervenir immédiatement, face à des gangsters armés. Evidemment, quelques voix s'élèvent du côté du MCG, pour affirmer que c'est la preuve que la criminalité baisserait moins qu'on le dit.

 Oui et non. Les malfrats sont repartis bredouilles. Ils se sont fait tirer dessus (même quand on est gangster, ça refroidit) et ils n'ont pas eu le temps d'emporter le moindre centime. Enfin, il n'y a pas eu de blessés et pour peu qu'ils aient laissé des traces identifiables, les malandrins devraient pouvoir être pistés. C'est donc un bilan plus que globalement positif pour les forces de l'ordre. Fatalement, cela va finir par se savoir qu'à Genève, on ne rentre plus pour se servir comme dans un supermarché. Que même à sept heures du mat, dans un poste apparemment fermé, il peut  y avoir des gendarmes qui veillent, prêts à intervenir. Que les passages à la frontière sont filmés et laissent des traces...

Une chose encore. On n'a pas trop entendu cette fois (contrairement aux àpisodes précédents) de remarques xénophobes sur le fait que les bandits venaient de France. Tant mieux, cela prouve que même le MCG se rend compte qu'il y a des limites à ne pas dépasser et que l'on ne peut incriminer tout un peuple pour quelques malfrats. A l'époque où j'étais jeune journaliste, il y a une bonne trentaine d'années, il y avait déjà des holds up violents et réguliers. Avec des morts parfois. Sauf qu'à l'époque, les gangsters étaient systématiquement italiens. Notamment le gang des Alfa-Roméo. Mais personne alors n'aurait imaginé faire un lien entre ces quelques voyous et la forte immigration italienne à Genève. Merci aux Genevois de ne plus en faire entre ces casseurs et les frontaliers.

 

 

01/11/2013

Le côté obscur de la Nouvelle Force révélé au grand jour !

C'est bien connu, le MCG aime les frontaliers. Il veut juste les empêcher de circuler ou de se garer sur le territoire du Canton de Genève, histoire de leur simplifier la vie. Qu'ils soient français, suisses, ou borduro-syldaves, du moment qu'ils habitent outre-frontière, qu'ils y restent...
C'est bien connu aussi, le MCG adore les étrangers résidents et les naturalisés. A condition qu'ils aiment la Suisse et soutiennent le MCG. C'est une condition sine qua non. Parce que s'ils critiquent les choix politiques du MCG, le conseiller municipal Menoud veut les reconduire à la frontière, après leur avoir enlevé le passeport. 
Quant aux Suisses "de souche" qui n'auraient pas assez de revenus pour payer d'impôt, ce sont des parasites, selon le MCG Menoud, si l'on en croit ses propos en plénière du Conseil Municipal de la vile de Genève. 

La dernière fois que l'on a enlevé leur nationalité à des naturalisés, c'était en France, et c'était sous le régime fasciste de Pétain. Il faut le dire. Les points Godwin sont devenus une forme de dictature de la pensée, pour empêcher de dire la réalité. Mais cette fois ça suffit. Les propos du Conseiller municipal Menoud (candidat MCG au Grand Conseil il y a un mois) sont inadmissibles et ils ne peuvent pas être isolés de son parti. 

 
Mais le mieux, c'est de lui laisser la parole:

"...je suis triste d’entendre les interventions de certaines personnes, des naturalisés, il faut le dire, vous êtes des… certaines personnes, des naturalisés, je vais vous donner quelques noms, qui sont des conseillers municipaux frustrés. Il a été dit si vous n’êtes pas contents vous pouvez toujours abdiquer votre nationalité et reprendre l’ancienne. Mesdames Maria Perez hier, Madame Vera Figurek, Madame Olga Baranova, Madame Vittoria Romano, Madame Virginie Studemann, Messieurs Velasco ou Ahmed Jama, vous qui venez nous faire des théories, vous êtes naturalisés, vous avez encore le bec, le bec dans le lait et vous venez nous faire des théories. C’est indigne et innacceptable.

Monsieur Menoud, quand, quand, quand, Monsieur Menoud, quand vous parlez aux gens, vous vous adressez à moi.

Oui mais


S’il-vous-plaît.

Je regarde mon ordinateur, Monsieur le président, je

Bon.

Non, je les regardais pas hein. Ils sont bien trop vilains. Hin hin hin hin hin hin. Je veux dire il faut savoir quel maître on sert, Monsieur le président, si on fait une démarche pour adhérer à une communauté, ce n’est pas pour demain…. Faites, faites faites taire ce grand gaillard

Hahahahahahahahahahahahahahaha

Ce ce ce traître à la, le social-traître

Monsieur Menoud, Monsieur Menoud

… dont j’ai parlé.

Monsieur Menoud… C’est valable pour Holenweg aussi

Monsieur le président, nous posons la question. Ces gens qui ont eu la chance d’être naturalisés alors que d’autres meurent à Lampedusa ! Et qui viennent cracher dans la soupe ! C’est inacceptable !

Oh. Arrêtez, arrêtez, arrêtez.

C’est inacceptable ! Vous devriez être fiers d’être suisses et nous entendons ce soir des insultes contre la Suisse et ça nous gnacepterons jamais !

Bon. Okay.

Qui servez-vous ! Qui servez-vous bande d’hypocrites !

Mo-Monsieur Menoud !

Oui, tu sers quoi ! Tu sers la NSA, tais-toi. Mais tais-toi.

Monsieur Menoud ?

Monsieur le président ! Monsieur le président ! Monsieur le président !

Veuillez, veuillez conclure, Monsieur Menoud.

Non non. J’ai mon temps comme tout le monde.

Oui, oui, vous avez votre temps de parole.

C’est une fierté, c’est une fierté d’être citoyen genevois, d’être la capitale, la capitale de la Croix-Rouge, Monsieur Dunant qui était… rappelez-vous de la ? de la guerre de Solferino, qui a protégé, vous rigolez vous Madame la naturalisée, taisez-vous ! Taisez-vous retournez à Belleville si vous êtes pas contente.

Non. Monsieur Menoud !

Retournez à Belleville !

Non. Non non non non non non.

Retournez dans votre quartier français ! Nous voulons pas de vous ! Et si vous êtes suisse pour nous cracher dessus c’est inacceptable.

Monsieur Menoud.

Monsieur le président, je vais en finir avec le sommet, le, le semeur, le, non pas la semeuse de de de de de de de du Larousse, le provocateur, le pro- Taisez-vous ! Rends ton passeport Vera Figurek ! Rends ton passeport ! Retournez-chez vous ! Allez ! Dégagez ! Bande de traîtres ! Traîtres à la nation ! Les traî-tres ! Les traî-tres !

Allez, c’est bon, c’est bon, c’est bon, on connaît le truc maintenant.

Monsieur le président,

On va conclure cette histoire maintenant, alors c’est bon.

Monsieur le président, comme on dit vulgairement aux Pâquis, le fouteur de merde.

Ha ha ha ha ha hahaha haha

Comme on dit chez nous, dans notre quartier, on dira pas, on dira pas la gauche intellectuelle Monsieur le président, … Monsieur Pataroni dont nous remercions l’intervention

Monsieur Menoud

frappée au coin du bon sens. Ce qui est anormal c’est ce provocateur. Monsieur Holenweg, Monsieur Holenweg. Est-ce que vous payez les impôts, est-ce que vous payez, vous ne payez rien du tout !

Monsieur Menoud !

Vous êtes un parasite social !

Monsieur Menoud, Monsieur Menoud, on va vous sortir hein. Voilà. Okay. Terminé. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Voilà. Nous sommes maintenant en procédure de vo-te. Nous sommes en procédure de vo-te."

Fin de citation. Ce dialogue n'est pas fictif. Il a réellement eu lieu, mercredi 30 octobre 2013 lors d'une séance plénière du Conseil municipal de la Ville de Genève. Merci à José Lilo pour la transcription fidèle.

31/10/2013

Le Côté Obscur de la Farce...

Cette fois c'est dit et redit, le MCG est contre tous les frontaliers, puisqu'il veut même leur interdire l'accès aux parkings en ville. Qu'ils soient suisses ou français et paient leurs impôts à Genève, rien à fiche, puisque de toute façon, ils ne votent pas MCG. Ou si peu. Dans la foulée, Eric Stauffer veut aussi fermer le réseau des routes genevoises secondaires... Pour fluidifier le trafic, sans doute... Et arrêter avec ce coûteux développement des transports publics. D'ailleurs, à choisir entre le CEVA et la culture, Eric Stauffer préfère les grands projets culturels. Il vient de le rappeler aux acteurs culturels genevois. Même qu'il rêve d'un Montmartre au PAV. Et des Stones aux Evaux, on avait compris. 
Eric Stauffer veut aussi davantage de multinationales à Genève, mais pas de leurs employés euro-frontaliers, ni de frontaliers tout court, bien sur. Les multis n'ont qu'à engager des chômeurs genevois, qui comme chacun sait sont tous bilingues, diplômés de HEC et prêts à travailler dans un environnement international. A condition qu'il n'y ait pas de frontalier... C'est la seule condition. Eradiquons l'épidémie frontalière, et tout ira mieux dans le meilleur des mondes possibles: Genève. Enfin, bon, il resterait toujours les institutions, qui sont pourries, comme le clame le MCG sur es affiches. Mais ce doit être aussi la faute des frontaliers, farcément... C'est sûr, ils ont du détourner la constituante: elle a rénové complètement nos institutions il y a moins d'un an et pourtant celles-ci sont déjà pourries...

27/10/2013

Les flingueurs flingués du MCG : Me Poggia

Me Poggia, à son blog accroché, se plaint de ce qu'on ne l'attaque pas sur son programme. Pour cela, il faudrait qu'il en ait un qui soit lisible. Même sur la cible principale de son parti, il n'est pas clair et suscite excuse, puis dénégations... 
Fluctuant, c'est le prénom. Le terme d'anguille paraitrait plus approprié à la ligne politique du personnage. Poggia a été tour à tour ou parfois en même temps Libéral, Démocrate Chrétien, Forza Italia (pour les Italiens résidant en Suisse), résidant en France (plusieurs années dans le pays de Gex), frontalier donc et MCG et aussi converti à l'Islam candidat sur une liste des ennemis des minarets... Une chatte n'y retrouverait pas ses petits, mais du moment que cela peut le faire élire... Il a au moins deux points communs avec son alter EGO Stauffer : une absence totale de sens de la mesure et l'illusion qu'on peut effacer le passé, comme dans un jeu vidéo. 
Lorsqu'il affirme crânement qu'il sait où il va, c'est sûr: là où le vent et le courant le poussent. Comme une coque de noix insubmersible, mais certainement pas prête à gouverner, c'est à dire à prendre des décisions claires. D'autant qu'il semble tout de même accumuler les erreurs et les écrans de fumée dans sa vie professionnelle.
Soi-disant défenseur du faible et de l'assuré opprimé, il est en fait surtout occupé à attaquer au pénal les journalistes critiquant le MCG, à s'opposer aux travaux du CEVA et à tenter de justifier, jusqu'au TF, les expulsions indues des locataires de l'immeuble de sa femme à Champel. Ce qui, lorsqu'on veut faire de la politique à Genève, capitale de l'Asloca, est tout de même une connerie politique majeure et montre où passe la séparation qu'il fait entre sa vie politique et son intérêt personnel !
Pour le peu que j'en sache, il se murmure que son exclusion de la liste PDC est surtout due à son opposition ferme au CEVA, ce qui me parait on ne peut plus normal et justifié. La seule erreur du PDC est de ne pas l'avoir dit en face : on ne se présente pas sur la liste d'un parti, lorsqu'on veut attaquer en justice la principale dépense du canton pour la législation à venir, votée par le parlement unanime et par ce parti en particulier qui en était l'un des moteurs !
De fait, cette dépense, il l'a augmentée de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de francs en menant son travail de sape jucidiaire pour retarder les travaux de plus d'un an. La fronde anti-CEVA était menée de Champel, pour de mauvaises raisons, qui ressemblent fort à des intérêts personnels. La crainte d'une dépréciation des immeubles de Champel, où son épouse est propriétaire, donc. C'était une crétinerie majeure: le monde entier sait qu'un bon raccordement à un réseau de transport public rapide en site propre revalorise considérablement les immeubles d'une grande ville. Même dans les quartiers chics. Aini avec le CEVA, Champel ne sera plus qu'à 5 minutes du quartier des organisations internationales, au lieu de 3/4 d'heure aux heures de pointe, c'est plus d'une heure par jour de gagnée ! Refuser cela parce qu'on craint que les cambrioleurs viennent et repartent en train, il faut le faire !

25/10/2013

Le MCG est-il un danger pour la liberté d'expression ?

Me voià donc "prévenu" dans une affaire pénale. C'est un peu comme inculpé, si j'ai bien compris. Sur plainte d'une candidate MCG au Conseil d'Etat qui s'est offusquée de ce que j'écrivais à son sujet. Je ne veux pas reproduire ici le texte incriminé, qui avait été retiré de mon blog de la Tribune par l'hébergeur lui-même, sous la pression d'un avocat du MCG. Cela pourrait en effet être interpreté comme une provocation. 
Néanmoins, je pense que les lecteurs et l'électeur doivent pouvoir juger en connaissance de cause, puisque nous sommes en démocratie, qui plus est en période électorale. Ces informations sont de nature à informer l'opinion sur un point crucial, à savoir la liberté d'opinion et d'expression, et la manière dont elle pourrait être mise en danger par le MCG. Un parti qui multiplie les "révélations" concernant les institutions, tout en attaquant systématiquement les médias qui tentent de révèler ce que ce parti préférerait cacher. 

En deux ou trois lignes humoristiques, j'affirmais que la candidate n'avait pas les capacités intellectuelles suffisantes pour un poste aussi essentiel. Je l'étayais en rappelant qu'elle avait jugé bon de se faire photographier, prise en sandwich entre deux hommes serrés contre elle, la jambe haut levée et la mini-jupe de même, brandissant une flûte de champagne comme un trophée, dans une ambiance de bar à champagne ou à Whisky. Qu'elle avait posé pour cette photo et qu'elle l'avait laissé circuler sur Facebook et ce à trois mois des élections où elle entendait se présenter au Gouvernement de notre République.
Ce qui ne me semble pas être très malin, à moins de penser que, comme un autre candidat de son parti qui s'en est vanté dans la presse, elle entendait ainsi séduire une catégorie d'électeurs à qui ce genre de  photo peut plaire. 

Il n'aura échappé à personne que le MCG ne fait pas dans la dentelle, lorsqu'il s'agit d'incriminer des personnalités politiques ou administratives. Pourtant ce parti n'hésite jamais à menacer ou à intenter des procès à quiconque rapporte certains faits, même si ceux-ci ont fait l'objet de décisions de justice. Un peu comme si la transparence devait être à sens unique, ce qui n'est pas admissible: l'Illustré, la Tribune de Genève et dernier en date le Matin ont tous été attaqués en justice par le MCG.

Bien que n'étant pas moi-même candidat, mais simple commentateur, j'ai eu droit à un titre d'un ancien élu du MCG, aujourd'hui décédé, par ailleurs également avocat, qui disait "Il n'y a que Souaille qui maille". Mailler en patois genevois étant clairement faire montre de déficit intellectuel grave. Un de mes collègues journalistes, réputé pour son soutien efficace aux idées du MCG, avait lui carrément suggéré que je devais être cocaïnomane ! Ces assertions, liées à mon nom sur Internet ressortent encore aujourd'hui lorsque l'on "googlise" mon nom...
Pour ma part, j'avais pris soin de ne pas publier le nom de cette femme, pour lui éviter ce genre de désagrément à long terme. J'imaginais en effet probable que sa carrière politique s'arrête assez tôt. Du coup, certains commentateurs de mon blog ont cru que je parlais d'une candidate UDC !

Le fait est que lorsqu'on est un personnage public, qui plus est un(e) politique en période électorale, on doit s'attendre à diverses attaques. Mettre en doute les capacités intellectuelles de quelqu'un à diriger la République, et potentiellement un budget de plusieurs centaines de millions de Francs, avec des centaines de collaborateurs, ne me parait pas injustifié, lorsqu'on constate, avant les élections un comportement disons particulier. 
De même, j'estime que l'on peut attendre, de la part de nos gouvernants, une certaine retenue dans les actes de la vie publique, et même de la vie privée, en tout cas quand ceux-ci deviennnent publics avec le soutien de la personne. Il ne s'agissait pas d'une photo volée !
Je l'ai dit au gendarme qui m'a convoqué, en lui expliquant que la jurisprudence helvétique élargissait clairement le champ du possible à l'égard des politiques, particulièrement en période électorale. Personne n'est obligé de se porter candidat, mais qui le fait devient un personnage public et la loi n'est plus appliquée tout à fait de la même façon. Je serais tenté d'ajouter que si l'on choisit un parti extrémiste dont le principal slogan est "y en a marre de ce système pourri", ou qui prétend éradiquer l'épidémie que représenterait le tiers des travailleurs du canton, il faut s'attendre à des réparties au ton un peu acerbe, ou à des mises en boîte...
Le gendarme m'a répondu que son job à lui s'arrêtait au contours du code pénal et que son interprétation par la jurisprudence n'était pas de son ressort. J'ai donc répondu à ses questions, y compris celles ressortant clairement de ma vie privée sur mes revenus, mon logement, mon conjoint etc... Je vais de plus devoir réunir et fournir les documents administratifs étayant mes affirmations afin de permettre le cas échéant de statuer sur le montant d'une amende ou de travaux d'intérêt général...
Une procédure bien plus chronophage et défavorable au prévenu qu'une plainte auprès des services du procureur, qui permet de s'exprimer plus librement, plus complètement et plus précisément qu'au travers d'un interrogatoire de police. C'est habituellement la procédure en pareil cas, mais cette fois la candidate a préféré déposer plainte directement à la police. C'est son droit. 
Comme c'est le mien, sans vouloir être parano, de m'inquiéter de ce que tous ces renseignements personnels et privés sont donc désormais dans l'ordinateur de la police. A disposition des policiers membres du MCG qui souhaiteraient les consulter. Ce ne sont pas là des écrits en l'air. Il semble que le cas se soit déjà produit. Que des consultations indues de dossiers "sensibles" aient été menées par des policiers du MCG qui n'auraient pas du.

Si le MCG tente ainsi de contrôler l'information et ce qui s'écrit à son sujet avant même d'être au pouvoir, qu'en serait-il, s'il y parvenait à ce pouvoir ? Perso, je préfère ne pas tenter le diable.

22/10/2013

P+R : les gros mensonges du MCG

J’adore le référendum du MCG contre la participation genevoise à la construction de P+R à la frontière, côté français. Enfin, les Genevois vont pouvoir voter et le MCG se retrouve pris à son propre piège: ses mensonges et son incapacité à gouverner éclatent au grand jour. D’abord c’est la preuve que le MCG est bien « contre » les frontaliers, contre TOUS les frontaliers. Qu’ils soient suisses, français ou polonais. Parce la logique du MCG est simple : pas question de payer quoi que ce soit pour ces gens là... c'est àd dire ceux qui habitent de l’autre côté de la frontière, quel que soit leur passeport, même s’ils laissent plus de 800 millions par année dans les caisses du canton et de Berne, en plus des 200 millions rétrocédés au  Genevois français.

En tout, c’est 10% du budget du canton que les frontaliers mettent dans la caisse, et 20% du total de l’impôt sur le revenu et la fortune. Un franc sur cinq de nos impôts en tant que citoyens est payé par un frontalier. C’est considérable, surtout si l’on songe qu’une bonne partie des « résidents » brandis en étendard par le MCG ne paient eux pas d’impôt et au contraire coûtent  très cher à la collectivité ! Alors que les frontaliers paient plein pot leur écot aux finances du canton, bien qu’ils n’y scolarisent pas leurs enfants, n’y profitent pas de l’aide publique et assez peu des infrastructures. Sans parler de l’assurance chômage, à laquelle ils cotisent également sans en bénéficier, ce qui fait qu’elle coûte moins cher à tous les cotisants résidents.

Pour obtenir leurs signatures, les militants du MCG ont raconté des craques plus grosses qu’eux. Parlant de couts de plusieurs centaines de millions, payés par la Suisse à 90 %. C’est faux. Les parkings sont payés à 50% par la France, l’argent français est déjà sur la table et dans certains cas, ils ont même avancé la part suisse, comme à Veigy, où le P+R est quasi terminé. Cela coûte à la Suisse, en tout et pour tout 3 millions de Francs. Pour ce prix à Genève, tu n’as même pas le terrain… Là nous aurons cinq parkings idéalement situés, moins chers à la construction, à l’entretien et en frais de personnel, bref c’est tout bénéf.

Cela va aussi économiser des terres agricoles en Suisse ou en libérer pour la construction. Cela va surtout réduire la pollution et le trafic sur les routes cantonales et au centre-ville, ce qui est le but premier. Parce que si les frontaliers parquent leurs bagnoles à la frontière et prennent les TPG ou les CFF, tout le monde y gagne : moins de bouchons, moins de pollution, plus de places de parc disponibles, bref une meilleure qualité de vie, pour un coût modique.

Franchement, le MCG pouvait difficilement choisir plus mauvais cheval de bataille. Alors pourquoi l’ont-ils fait ?  Trois hypothèses et je ne sais laquelle est la pire :

Ils détestent tellement les frontaliers qu’ils en sont aveuglés et ne parviennent plus à calculer. Ils sont réellement convaincus de devoir lutter contre tout ce qui peut leur faciliter la vie, même si cela facilite aussi la vie des résidents. C’est juste de la haine banale.

Ils ont bien compris que ces parkings seraient avantageux, mais ils s’en fichent et n’y voient que l’occasion d’une opération promotionnelle, partant du principe que le peuple se laissera aveugler par la haine du frouze, au lieu d’évaluer objectivement le rapport coût/bénéfice.  En clair, ils prennent leurs électeurs pour des crétins.

Ils ont compris que ces P+R, en réduisant les embouteillages, les norias matin et soir traversant les villages et en augmentant la disponibilité des parkings en ville, allaient leur coûter des voix. Donc ils font des pieds et des mains pour les retarder, comme ils l’ont fait déjà, par l’entremise de Me Poggia, pour le CEVA, ce qui a coûté des dizaines de millions en frais de retard et un an d’embouteillages supplémentaires à l’économie et à tous les Genevois. 20 fois plus que le prix des parkings en France, au bas mot. Et c’est ce même Poggia, qui travaille contre l’intérêt des Genevois, que certains veulent placer au Conseil d’Etat ???

Stauffer nous menace, sur Facebook: "Si nous ne rentrons pas au Conseil d'Etat, nous aurons 40% du parlement dans 5 ans et 4 conseillers d'Etat !" Dès lors, je ne comprends pas bien sa précipitation, s'il lui suffit d'attendre pour  en avoir plus ? Mais ce que je sais, en revanche, c'est que si les P+R sont refusés, par le peuple, ce que je ne crois pas un seul instant, il y a de fortes chances pour que dans cinq ans, ce ne soient pas quelques frontaliers éparpillées dans les partis qui se présentent à la députation, mais bel et un bien un parti des suisses frontaliers, en ordre de marche, passablement las de constater que bien qu'apportant 20% de l'impôt sur le revenu et la fortune cantonal (soit deux ou trois fois plus que tous les électeurs du MCG réunis !), ils soient considérés comme quantité négligeable et sans voix sur la manière d'utiliser "leurs" impôts. 

 

Philippe Cohen et l'affrontement frontal des fronts...

Philippe Cohen est décédé. Le journaliste de Paris, pas l'auteur de théâtre genevois. On ne doit pas dire de mal des morts, mais je le dis, et je le lui avais dit, je n'aimais pas ce qu'était devenu mon ancien camarade, depuis plusieurs années, notamment à Marianne: le porte-flambeau du nationalisme de gauche.
 Je n'aime pas le nationalisme, même de gauche et de la part d'un ancien internationaliste, j'ai du mal à lui pardonner. J'avais bien connu Philippe lorsque j'étais lycéen à Cannes et lui étudiant à Nice, membres de la Ligue communiste puis de la Ligue communiste révolutionnaire. Nous nous étions revus à Lyon, où je rédigeais mon mémoire de diplôme, bien qu'étudiant à Paris, parce que ma copine était en pharmacie à Lyon. Philippe était alors infirmier en psychiatrie au Vinatier. La psychiatrie était l'un des champs d'intervention favori des trotskistes, allez savoir pourquoi.
Nous avions même vécu en communauté assez déjantée quelques temps, dans le vieux Lyon, partageant un très vieil appart bourgeois de 7 pièces, que l'on n'avait pas besoin de chauffer, car il était sis juste au-dessus d'une pizzeria. Par contre, ça donnait faim.
L'autre champ d'intervention favori des trotskistes, mais après qu'ils aient cessé de l'être, c'est le journalisme. Sans que nous en ayons parlé le moins du monde à l'époque, Philippe est devenu journaliste, je suis devenu journaliste, Robert Marmoz, qui signait le bail de notre appart commun est devenu journaliste, grand reporter à Libé et au Nouvel Obs. Michel Field est devenu journaliste et Edwy Plenel aussi. Field était alors mon chef de cellule à Paris et Plenel le chef du service d'ordre, dont je faisais partie à l'occasion.

Bref si le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir le trotskisme est un bon moyen d'y entrer. Et ceux qui sont affligés d'une âme de leader, le restent qu'ils soient militants trotskistes ou journalistes. C'était le cas de Field et de Plenel, ce n'était pas celui de Cohen. 
Lui avait une âme torturée. A l'époque, il se tapait la tête contre un mur, dix fois chaque matin, en se demandant "Pourquoi je fais ça, pourquoi je fais ça ?" La folie peut-être fascinante parfois et surtout la solution, quand on n'en trouve pas. Philippe s'est ensuite violemment opposé à Plenel, il a même commis un livre démolissant sa gestion et sa déontologie en tant que réd en chef du Monde. Parce qu'il se voulait défenseur des idées du petit peuple, contre le discours dominant des intellectuels au pouvoir, qu'ils soient bourgeois de droite ou de gauche.


Une sale idée, que d'opposer le petit peuple aux intellectuels. Une idée qui fait le lit de tous les fascismes, de droite ou de gauche surtout lorsqu'elle conforte le nationalisme vitupérant des populistes. Philippe ne verra pas le résultat de la mayonnaise qu'il aura contribué à monter. Si elle prend cette mayonnaise, comme cela semble devoir être le cas - et je ne l'impute pas uniquement à Philippe, bien sûr, c'est un mouvement mondial, dont il n'a été que l'un des catalyseurs français - on peut, on doit se préparer au pire. Car au bout du nationalisme, forcément, il y a l'affrontement des nations. On ne peut sans cesse astiquer l'honneur national et le vindicatif qui sommeille en chacun sans que cela finisse par susciter des frottements, puis des explosions avec la nation d'à côté, soumises aux mêmes tensions.


C'est pourquoi le MCG est dangereux, comme le Front National en France. A force de vouloir la fin de l'Europe, le renforcement de l'idée nationale, la défense des intrérêts nationaux d'abord, ils conduisent fatalement à se heurter frontalement au nationalisme d'en face ou d'à côté, lui-même excité par ses propres populismes et soucieux de défendre ses propres intérêts. Un peu comme s'ils cherchaient l'affrontement. Les fronts, d'ailleurs désignent aussi bien les lignes d'attaques et de défenses à la guerre que les ligues politiques violentes, qu'elles soient rouges ou brunes... Ces fronts que l'on cogne contre les murs, lorsque l'on souffre de son ego.

21/10/2013

Assurances maladies transfrontalières: remettre l'hopital au milieu...

Le combat transfrontalier mené actuellement sur les assurances maladies me semble l’être sur de mauvaises bases.

Tout d’abord, même si je suis un fervent partisan de l’assurance privée, on ne peut pas s’offrir une assurance privée à bon marché lorsqu’on est jeune et en bonne santé pour ensuite passer sur les assurances publiques, lorsqu’on atteint l’âge de la retraite et des longues maladies. Cela n’est pas tenable pour la société.

Par ailleurs, la situation privilégiée des frontaliers, dont je suis, bénéficiant de revenus suisses et de dépenses françaises est une bénédiction pour la santé économique de la région. Cela s’applique également aux résidents genevois faisant leurs courses en France. C’est un gain de consommation et de pouvoir d’achat très conséquent, qui met de l’huile dans les rouages sociaux.  Qui suscite également des monceaux de jalousie, on le voit bien dans les blogs de la Tribune. Tant en France qu’en Suisse, les gens comprennent difficilement qu’à travail égal, on vive mieux, nettement mieux, si l’on passe la frontière. Cela heurte  à la fois les sentiments de justice et de nationalisme. Cocktail explosif. Cette jalousie, détestable comme toutes les jalousies, explique une large partie des votes MCG.

Les gens qui ont choisi l’assurance privée française connaissaient l’échéance, déjà deux fois retardée. Les assureurs auraient du les en prévenir et s’ils ne l’ont pas fait ils sont en tort, comme l’est le GTE, le syndicat des frontaliers, d’avoir pensé qu’il pourrait infléchir la position du Gouvernement. Maintenant, que faire. Maintenir l’assurance privée, il ne faut pas y compter, sauf si l’UE toute entière décide de rendre la concurrence réellement possible sur ce marché. Il faudrait alors trouver des pistes pour empêcher de changer de type d’assurance en fonction de son âge…

Reste que l’offre de soins laisse à désirer en France voisine, surtout dans le Pays de Gex et qu’il est souvent plus pratique de se faire soigner à Genève, sur son lieu de travail qu’en France. Surtout s’il faut aller à Grenoble ou Lyon. Demander à la sécu de payer des frais en Suisse en dehors des cas d’urgence, comme elle devrait le faire mais ne le fait pas, parait assez ardu : les coûts médicaux sont fréquemment 3 à 4 fois plus élevés en Suisse pour la même opération, voire parfois dix fois ! Une analyse standard sur une prise de sang par exemple… La sécu ne roulant pas sur l’or, elle va tout faire pour éviter de rembourser en Suisse, tant que le taux de change sera ce qu’il est… C'est cependant la piste ouverte par le récent rapport gouvernemental.

L’autre serait effectivement de rouvrir pour quelques temps le droit d’option, limité cette fois au seul choix : Lamal ou sécu. Pour la Suisse et les assurés suisses ce serait tout bénéfice : un arrivage de nouveaux arrivants plutôt jeunes et en bonne santé aurait une influence positive sur les tarifs et soutiendrait l’offre hospitalière genevoise. Au passage, les frontaliers déjà actuellement à la Lamal pourraient espérer voir baisser leurs primes actuellement plus chères que les primes suisses, quand bien même ces assurés se font de temps à autre soignés en France et coûtent donc objectivement moins chers…

Reste que la France n’y gagnerait rien. La sécu perdrait des assurés, les hôpitaux locaux perdraient des clients… Pire, il est probable qu’une fois la retraite arrivée et l’emploi en Suisse terminé, nombre d’assurés Lamal repasseraient sur la sécu, au moment où leurs revenus seraient moindres et leurs coûts de maladie plus élevés…  Difficile d’entamer une négociation lorsqu’on sait que la partie d’en face ne peut qu’y perdre, et Berne ne s’y est pas risqué…

A noter qu'on peut s'attendre à ce que certains frontaliers deviennent ou redeviennent résidents genevois pour quelques mois. Voire perdent leur emploi avant d'en retrouver un, juste le temps de pouvoir à nouveau opter pour la Lamal, puisque cette possibilité demeure à chaque fois qu'on change de statut. 

Un détail encore : les français devraient perdre l’habitude de considérer que « la part patronale » est payée par le patron. Stricto sensu, elle l’est, mais c’est bel et bien de l’argent pris sur la masse salariale et pour l’employé, cela revient exactement au même que si le patron lui versait ce montant, qui lui serait ensuite prélevé par les assurances sociales. De ce point de vue, le système suisse est plus transparent. Dans les faits, les salariés français paient donc une plus grosse part de leur salaire à la sécu que ne le feront les frontaliers, sur des salaires il est vrai beaucoup plus importants.

17/10/2013

Qui ne surtout pas élire au Conseil d’Etat…

Si vous me lisez, vous le savez déjà : le MCG ! Le désir démocratique de  tenir compte de toutes les sensibilités n’a aucun sens les concernant, puisque leur programme se résume à l’exclusion : le tiers des travailleurs du marché du travail et la gauche du Gouvernement. Une gauche qu’ils détestent, en parfaite formation d’extrême-droite qu’ils sont. « Durcir les fronts », disent-ils. Très bien, durcissons-les, mais au bon endroit : d’un côté les tenants d’un modus vivendi gauche-droite qui a fait ses preuves depuis des décennies à Genève… et de l’autre, les tenants d’un retour aux années trente par la virulente opposition gauche-droite que les populistes – comme la droite dure - veulent ressusciter.

Depuis ces funestes années trente et les sinistres événements qui ont suivi, le consensus a permis des avancées extrêmement spectaculaires en termes de qualité de vie et de lubrifiant social. La gestion de Genève est loi d'être parfaite, mais ses problèmes sont des problèmes de surchauffe et de trop bonne santé. Le monde entier nous envie et moi, je préfère faire envie que pitié. Pas vous ? Cette éclatante santé nous a soudainement fait grandir trop vite, mais elle n’est ni miraculeuse, ni éternelle : juste la conséquence de notre ouverture au monde. Ce dont les populistes voudraient pendre le contrepied, en appliquant des remèdes protectionnistes dont on sait bien qu’ils sont pires que le mal.

L’emploi, par exemple : Isabel Rochat s’est fait moquer par un gang de journalistes et de politiciens, pour avoir rappelé que le meilleur moyen de résorber le chômage était de créer des emplois. C’est une évidence, c’est même une lapalissade. Sauf qu'elle est niée par le MCG. Réclamer l’arrêt de l’invasion frontalière, c'est nier l'évidence. Le MCG ne veut pas créer d’emplois, il veut réduire l’accès à l’emploi pour une catégorie d’habitants de la région. Ce qui évidemment réduirait le nombre d’emplois disponibles. Toutes les études le confirment : l’afflux de frontaliers n’a pas de conséquence sur le chômage et la seule qu’il a sur l’emploi, c’est d’en créer !

Depuis dix ans, le nombre de frontaliers a doublé, passant de 40 à 80 000, pendant que dans le même temps, le nombre de chômeurs continuaient de tourner autour de 20 000… C’est dire s’il n’y a aucun lien de causalité. D’ailleurs, les racontars sur « la copine de mon cousin » ou « l’époux de la tante de mon oncle », mis à la porte pour être remplacé par un frontalier s’effondrent lorsqu’on les examine de près. On attend toujours les vrais cas, publiés avec les noms des entreprises et des personnes virées. Avec aussi les jugements des prudhommes, s’il n’y avait pas de bonnes raisons au licenciement ! Plus la preuve que le remplaçant indus était frontalier. Si l’on en croit la rumeur, ils doivent avoir des centaines, des milliers de cas au MCG, non ? Curieusement, on n’en a pas vu un seul… Leur communication est vraiment défaillante…

Pour les employeurs genevois, PME, multinationales ou organisations internationales, disposer d’un vaste réservoir de main d’œuvre qualifiée est une aubaine. Gage de bonne santé et de performances à l’international, donc d’emploi. Même pour les services publics, cela permet d’assurer le meilleur service possible. Au meilleur prix, puisqu’il n’est pas nécessaire de loger tout ce monde à l’intérieur du canton, d’éduquer leurs enfants, etc… Tout ceci génère de la prospérité, dont nous profitons tous et aussi des encombrements, dont nous pâtissons également. Il importe de réduire ces derniers au plus vite, par  la construction du CEVA (que le MCG a retardé plus d’un an !), la construction d’immeubles en zone villas proches du centre (que le MCG veut retarder), la construction de P+R en France voisine où ils sont moins chers et plus efficaces (que le MCG veut retarder),  etc. 

Problème, l’afflux de frontaliers ne crée pas forcément d’emplois pour les chômeurs résidents, qui n’ont pas toujours les qualifications requises. C’est là où l’on rejoint l’évidence mentionnée par Isabel Rochat : il faut créer des emplois, qui soient adaptés aux personnes qui en manquent. C’est probablement du ressort de l’Etat, car le privé se heurte à la réalité des faits : les emplois sans qualification (en dehors des services à la personne qu’on ne peut délocaliser), seront toujours infiniment moins chers ailleurs qu’à Genève. Il serait dès lors suicidaire de réimplanter des usines pour du personnel non qualifié.

Après on peut discuter des conditions des EDS ou inventer autre chose, mais le principe est connu depuis 1789 ! Il faisait l’essentiel du débat public genevois après la Révolution: comment employer les sans travail dont certains perturbent la tranquillité publique, mais surtout qui paie combien ? Un impôt spécial avait alors été créé…

Aujourd’hui nous avons le choix. Pour une Genève efficace, responsable et solidaire, il faut voter l’Entente en bloc, sans rien biffer. Si votre sensibilité porte à gauche, vous pouvez rajouter deux noms, dont au moins une femme à mon avis. Au contraire, si vous êtes vraiment de droite-droite, vous pouvez toujours rajouter la blonde de l’UDC. Je suis certain qu’en cas d’élection, ses petits camarades CE pourraient lui confier la mobilité, avec une mission claire : traverser ! Mais surtout, surtout, vous ne votez pas pour le duo de hâbleurs incompétents. Rien qu’à la vue, à l’ouïe et à l'odeur de leurs diverses casseroles, aucun autre parti n’aurait voulu les présenter, même pour la députation. C’est pourquoi ils ont tous deux changé plusieurs fois de casaque avant d’atterrir au MCG…

 

 

06/10/2013

Genève a perdu une bataille, heureusement pas la guerre

C’est clairement une défaite. Une bonne partie des Genevois s’est laissé appâter par les sirènes sans lendemain du populisme, des promesses miracles et du « c‘est la faute aux frontaliers ».

Les députés PLR se sont laissé enfermer dans des débats stériles et incompréhensibles, portant sur 2% du budget de l’Etat, contre leurs propres conseillers d’Etats, plus consensuels, qui eux s’en sortent haut la main, tandis que le PDC, également plus consensuel, progresse légèrement. Les PLR ont in extremis raboté un mois de prime aux fonctionnaires partant en retraite, ce qui est suicidaire quand on connait le poids électoral de ces derniers et de leurs familles. Le PLR a oublié qu’il était censé défendre la classe moyenne, dont les intérêts, par les temps qui courent, ne se confondent pas forcément avec ceux de la haute finance. Tout cela par pure idéologie. A noter que si la haute finance peut certes financer une campagne, sa force numérique, électorale, n’est guère extensible.

L’Entente en général, aurait du davantage expliquer aux électeurs que Genève n’est pas une île vivant en autarcie. Qu’elle est très très très loin de se suffire à elle-même et que toute sa prospérité dépend de son ouverture au reste du monde. Que cette ouverture a permis de nous conserver une économie en croissance, alors qu’elle régressait partout ailleurs, sauf en Allemagne (au prix dans ce derniers cas d'un appauvrissment notable des classes populaires). 
Refermer les frontières, comme le réclament les populistes – c’est l’un des rares points où ils différent radicalement de la droite classique  - cela ne peut avoir qu’une seule et unique conséquence : amener davantage de crise économique et de chômage à Genève.

C’est pourquoi Genève a aujourd’hui perdu une bataille, car le bloc qui se renforce au parlement, loin de lui être bénéfique, lui sera défavorable. Sauf à mener une politique à l’inverse de son discours et de ses affiches…

Les Verts sont les vrais grands perdants. Ils paient d’abord leur opposition à la bagnole et à la traversée de la rade, ou du lac. Sur deux points, ils ont pourtant raison : il faut désengorger le centre-ville et développer le réseau des transports en commun. Mais pour pouvoir désengorger le centre, il faut pouvoir le contourner, tous les urbanistes de la planète le savent et par pur dogmatisme, les Verts – et la gauche plus discrètement - l’ont refusé avec acharnement. La droite y a mis du sien, en se divisant et en présentant à Berne des dossiers absurdes, montés sur des chiffres bidonnés, ce qui a fait capoter l’hypothèse d’un financement fédéral. 

Qu’à cela ne tienne, il faut donc construire un évitement urbain, avec des fonds régionaux  - quitte à prendre même sur des fonds frontaliers si cela permet de réduire la durée des bouchons biquotidiens, tout le monde sera d’accord. Et réfléchir très sérieusement à la perspective d’un financement privé d’une traversée autoroutière du lac. Accompagnée de mesures ad hoc au centre ville et d'un transport à minima par bus efficaces sur là-dite traversée.  

Dans quatre ans le CEVA sera opérationnel, les P+R aux frontières aussi et le réseau de trams développé pourra montrer sa pleine efficacité. En prenant le CEVA au Bachet, les Carougeois seront à la Gare en 4 minutes… Le travail mené à bien par Mme Künzler portera ses fruits. Elle aura en plus servi de bouc émissaire à des Genevois incapables de comprendre que pour améliorer les choses, il faut construire et qu’un chantier, ben ça fait de la poussière…

Reste que la victoire de ce funeste dimanche soir,  c’est aussi celle de ceux qui veulent la mort du système de consensus qui a fait le succès de la Suisse. En creusant méthodiquement le fossé entre la gauche et la droite, ils sont en passe de parvenir à leurs fins. Personnellement, cela me révolte. Et les responsables politiques de gauche et de droite sont tout autant responsables de cet état de fait.

Pour ma part, je ne me sens plus lié à l’appareil d’un parti. Je l’ai dit, je reste proche du PLR, mais en tant qu’individu et en tant qu’électeur, je vais constituer ma propre liste pour le Conseil d’Etat et je vous conseille d’en faire autant. Ce que je sais, c’est que je veux en exclure ceux qui représentent un danger pour Genève, à savoir le MCG. Y compris Poggia. Certes, il est moins pire que Stauffer et, mis à la santé, il ne pourrait pas causer grand tort. Ce serait même assez drôle de le voir expliquer aux malades qu’il leur faudra payer plus chères leurs primes parce qu’il tient à engager des infirmières résidant en Suisse et que tout ce qui est rare est cher…

Pour le symbole cependant, je n’en veux pas. Et pour l’avenir de Genève encore moins, car un gouvernement dont la gauche serait exclue, ou presque, serait une catastrophe pour l’équilibre social du canton. De même qu’un Conseiller d’Etat qui passe son temps à menacer le ban et l’arrière ban de la République de procès au pénal à chaque fois qu’on lèse sa majesté.  La solution, tout le monde la connait, et elle est simple. D’autant que les candidats les mieux placés, dans tous les partis, sont ceux qui ont su se montrer les plus consensuels. A l’exception notable de Sandrine Salerno dont la consensualité tardive, saluée au PLR, a été vécue comme une trahison dans son propre parti, où elle est de loin la plus biffée, malgré d’indéniables compétences. Dommage.

 Résumons : pour faire barrage à l’extrême-droite populiste et dangereuse pour l’avenir de la République, si vous êtes de droite ou du centre, vous votez pour les cinq candidats de l’entente et pour deux candidats de gauche, parmi les mieux placés : Anne Emery-Torracinta, ce qui fera une femme de plus au gouvernement, et Thierry Apothéloz, ou Antonio Hodgers à la place d’Apothéloz si vous tenez à la présence d’un vert.

Si vous êtes de gauche, vous mettez quatre candidats de l’Entente et trois de gauche. En mettre quatre de gauche et trois de l’Entente serait un gaspillage inutile de voix. En effet, si l’on considère que Verts et PS ont déjà voté les uns pour les autres, il ne reste que les voix d’Ensemble à Gauche comme réservoir. Soit entre 5 et 6000 voix. Suffisant pour passer devant Stauffer et Poggia avec l’aide des voix de droite, mais pas pour atteindre Isabelle Rochat, qui sera soutenue par son camp et qui au contraire devrait bénéficier d’un surcroit de voix féminines au 2ème tour.

Stauffer et Poggia vont évidemment bénéficier de voix de droite, mais les voix du centre vont leur manquer. Et même à droite, des personnalités consensuelles et compétentes comme celles d’Emery-Torracinta ou Apothéloz, voire Hodgers (loin d'être intégriste en matière économique), sont à l’évidence préférable aux boutes-feu du MCG. Qui doivent comprendre, Mauro Poggia en particulier, qu’ils ont atteint leur plafond de verre et qu’ils ne pourront pas aller plus haut tant que leur parti persistera dans l’appel à la haine et à la stigmatisation d’un tiers des habitants de notre communauté de vie. Notre communauté naturelle.  

 

04/10/2013

L'arroseur arrosé

Selon le dogme de Saint-Pascal, Mauro Poggia vient de commettre une bourde de débutant: il a osé critiquer l'adversaire !
Enfantillages que tout ceci, il est évident que le débat politique est basé sur la critique de l'autre et d'ailleurs le MCG ne s'en est jamais privé. Il a même basé ses succés électoraux dessus. 
Quant au deus ex machina de la Praille il poursuit imperturbablement son rôle de semeur de zizanie, en poussant à chaque fois qu'il le peut les causes et les personnalités d'extrême gauche et d'extrême-droite, avec une nette préférence tout de même pour l'extrême-droite.

Quant à Mauro Poggia, comme à son habitude, il prend les gens et les électeurs pour des crétins, tout en leur cirant les pompes en déclarant croire en leur intelligence. Témoin son récent blog sur l'affaire de la Cour des Comptes.
Résumons:

François Longchamp reprend en main un département de l'Urbanisme sinistré en mars 2012, tout en gérant également son ancien département jusqu'à l'élection de Pierre Maudet en juin.
les dossiers en cours sont considérables et prioritaires : construction de logements pour les Genevois - construction du CEVA et de l'urbanisme lié - Mise en branle de l'élargissement de l'autoroute - Plan directeur cantonal à faire passer - la Praille, etc... Bref les problèmes N° 1 et 2 des Genevois à résoudre.

La Cour des Comptes constate que la gestion de l'encaissement de vieilles factures auprès des propriétaires de maisons individuelles laisse à désirer. Il y en a pour plusieurs millions d'accumulés, problème antérieur de plusieurs années à l'arrivée de Longchamp au DU.

La Cour des Comptes a décidé d'engager du monde pour faire face à des responsabilités accrues et veut des locaux plus grands. Ce qui n'avait pas été anticipé. Le DU peine à lui en trouver. Ben oui Allo quoi, il y a une crise du logement à Genève, mais aussi une crise de la dette et il n'entre pas dans les attributions de l'Etat de la creuser davantage en louant n'importe où dans le privé.

Le DU propose une solution, rejetée par la Cour des Comptes, qui ne veut pas travailler dans un immeuble rempli d'autres fonctionnaires. Selon M. Paychère, parce que cela pourrait porter atteinte à l'annonymat des personnes qui viendrait dénoncer des scandales dans la fonction publique. Parce que la Rue du Rhône, c'est sûr c'est vachement plus annonyme et discret, il n'y passe jamais personne, c'est bien connu.

Dans le même temps la Cour des Comptes vérifie que ses recommandations sur les arriérés d'encaissements ont bien été suivies. Patatras, cela n'est pas le cas. Comme dans quasi tous les raaports du même genre que j'ai lu de la CdC de vérifications à posteriori, l'inertie de la fonction publique est considérable et les réformes mettent du temps à se mettre en place.

Bien admettons. Le DU de M. Longchamp a mis du temps pour obtempérer. C'est pas bien, d'autant qu'il y en a donc, pour plusieurs millions de vieilles factures incombant à de petits propriétaires.  En même temps, il n'y a pas mort d'homme et cela n'empêchera pas Piogre de tourner... 

La Cour des Comptes de son côté décide de passer outre et déménage dans des nouveaux locaux, plus spacieux, plus prestigieux (Rue du Rhône, donc) et surtout beaucoup plus chers. Le DU se plaint au bureau du Grand Conseil et là... Le MCG et son prophète, Saint Pascal, s'emparent du phénomène. Mauro Poggia est invité à la télé pour en parler (pourquoi lui et pas Lüscher, ou tient Hodgers, candidat au CE et Conseiller national, tout pareil). Il en parle aussi dans son blog,

En gros, sur les réseaux sociaux, Longchamp est successivement accusé dans le vide d'avoir voulu empêcher un rapport de la CdC sur les activités délictueuses de son département, puis d'avoir actionné Eric Stauffer (!) et enfin de faire exprès de reléguer la CdC dans des vieux bureaux pour se venger.  Tout ceci ne tient pas debout. Serait-il si facile de trouver une surface pareille à un prix correct à Genève ? Longchamp a-t-il un quelqconque intérêt à embêter la cour des comptes qui est un moyen de pression à elle toute seule et de plus a déjà pondu son rapport ? Evidemment pas.

maintenant une question, on parle de 5 à 10 millions de vieilles dettes... 
Combien Me Poggia a-t-il coûté au contribuable genevois par ses manoeuvres dilatoires de retardement du CEVA ? N'est -ce pas nettement plus ? Et ce serait là de la saine gestion des deniers publics ? A d'autre

 

 

03/10/2013

Lorsque le Ni-Ni paralyse la République et aggrave les problèmes

Dans 80 heures, nous saurons si les petits derniers font risette au quorum. Si l’extrême-gauche est redevenue parlementaire. Si les Verts ont ployé sans rompre sous la tourmente... N’en déplaise à Saint-Pascal, le roi des Charles-à-Dents, le premier parti-marketing aura entamé, je l'espère, sa descente aux enfers auto-programmée: pas question qu’un maure quelconque devienne Khalife à la place du Khalife dans un parti d’extrême-droite...
Volontairement ou non, la direction de son parti lui envoie un missile éradiquant dans les gencives. Le maure passe pour un rigolo. A force de faire des procès partout, il n’a même plus le temps de lire la propagande destinée à le faire élire, qu’il qualifie de « pénalement répréhensible ».  Piogre se marre… C'est tout le parti-marketing, ça, d'essayer de jouer sur tous les tableaux à la fois: l'agressivité vulgaire des affiches et les mines de sainte-nitouche de candidats BCBG mais proche du peuple et gentils, mais tellement gentils...  La vieille histoire du méchant flic et du bon flic, pour mieux bouffer à tous les rateliers.

C'est amusant de lire Saint-Pascal clamer que dire du mal de l’adversaire serait bête et méchant. Lui et ses potes du mouvement des cancres genevois ne font que ça, à longueur d’années. Pendant ce temps, les autres bossent, gèrent le pays, assument leur bilan. Un bon bilan. Un bilan épatant même. A Piogre, on gagne plus d’argent que partout ailleurs, dans un monde en crise sévère depuis 6 ans... Que l’on travaille ou que l’on ne travaille pas, d’ailleurs, car les systèmes sociaux sont particulièrement généreux et maintenus à flot grâce à l’excellente santé de l’économie.

Le cadre de vie et les revenus attirent des gens du monde entier. Des bosseurs, des assistés et même des criminels. C’est la rançon du succès. En France éloignée, les départements où la sécurité est la meilleure sont les départements les plus pauvres. Genre le Cantal et la Lozère. Ceux où personne ne veut aller habiter. Surtout pas un chômeur genevois ayant épuisé ses droits, qui touche deux fois plus en assistance pure, sans charge, qu’un facteur ou qu’un ouvrier et même nettement plus qu’un instituteur. Pourtant, il aurait le droit d’aller y habiter notre assisté genevois. Les apparts libres lui seraient quasi offerts, la sécurité est idéale et la vie bien moins chère… Seulement, il toucherait moins. Quatre fois moins. Donc il reste. Et d’autres arrivent. 

Hélas à Piogre, les jobs de rêve où l’on peut boire un coup au bistrot matin, midi et soir en roupillant entre les pauses sont devenus rares. Normal, il y a pléthore de jeunes dynamiques venus d’ailleurs qui ne demandent qu’à bosser. Pour de vrai. Et puis les helvètes, dans leur immense majorité, sont des bosseurs consciencieux, c’est bien connu. Ce qui permet aux produits d’ici d’être d’excellent rapport qualité prix, malgré les salaires, et de se vendre partout dans ce monde en crise… Tandis que pour le bas de gamme, que n’importe quel cancre peut fabriquer en dilettante, il y a la Chine, qui produit bien moins cher…

Pour un cancre, le rythme est dur à suivre. Pour se protéger, les cancres veulent donc fermer les frontières. Les premiers de classe ont beau leur répéter que c’est idiot, que cet afflux permanent est consubstantiel à la prospérité (et qu’en plus on a signé des traités qui sous-tendent cette prospérité), les cancres n’en ont cure. Saint Pascal pourrait le comprendre, mais cela n’arrangerait pas sa boutique, sa petite entreprise qui ne connait pas la crise… Les râleurs professionnels qui assurent le spectacle sont la clé de son émission. 

Il n’y a rien de plus mortel pour l’audimat que des trains qui arrivent à l’heure. Ou des gouvernements qui font correctement leur travail. Alors on cherche à repeindre Piogre en noir et blanc. Sans nuance de gris. Gauche contre droite. Les cancres prétendent être ni l’un ni l’autre. C’est vrai. En réalité ils sont les deux à la fois. Malheureusement le pire des deux. La droite veut empêcher la gauche de voler trop d’argent aux riches pour le donner aux pauvres. Au milieu, le centre essaie de protéger les classes moyennes qui ne sont ni riches ni pauvres et paient pour les deux... 

Les cancres eux se croient malins, persuadés d’avoir inventé le fil à couper le beurre.  Dépourvus d’idéologie et nuls en économie, ils prétendent qu’on peut arrêter de voler les riches, tout en continuant de donner aux pauvres… Au Parlement, ils votent avec la droite pour défendre les riches et avec la gauche pour défendre les pauvres. Evidemment, ça rapporte en termes électoraux, mais dans les faits, n’importe quel ménage géré ainsi court à la faillite. Qui est une spécialité maison, la faillite, quand on n’a jamais su qu'il ne fallait pas dépenser sans compter. 

Pour les transports et l’aménagement, c’est l’inverse. Les cancres n’ont pas compris que pour obtenir des résultats, il fallait investir. Que l’on n’a rien sans rien. Ils ne peuvent pas le comprendre, ils vendent exactement le contraire à la population tous les jours : l’idée que tout serait possible sans effort. Qu’il suffirait juste de les mettre au pouvoir pour que les problèmes structurels d’une région grandie très vite s’effacent par miracle. Alors ils refusent de payer pour faire construire des P+R là où ils seront le plus utile, le plus économique et le plus rationnel : en France.

Ils refusent idem de payer pour construire un RER qui sera la colonne vertébrale d’un réseau performant. Pire, ils font de l’obstruction pour ralentir les travaux, ce qui renchérit considérablement la facture collective, parce qu’un de leurs kadors a ses immeubles de rapport sur le parcours et qu’il pense que leur rentabilité en sera diminuée. Ce qui est faux, de meilleurs transports en commun augmentent la valeur d’un bien, même dans des quartiers chics.  Mais si les cancres savaient compter et réfléchir, ce ne seraient plus des cancres…

Ils réclament durant des années de construire des « tours » - où ils font leurs meilleurs résultats électoraux – pour résoudre la crise du logement, puis du jour au lendemain, changent leur fusil d’épaule et se mettent à s’opposer aux déclassements en zones villas destinés à construire de l’habitat collectif. Parce qu’ils ne savent faire qu’une chose : dénigrer l’action gouvernementale. Et aussi parce qu’entre temps, ils se sont découvert un nouvel allié, bien implanté chez les propriétaires en zone villas. Pas de problème, on change de niche commerciale, on adapte le marketing… Pirouette et tour de passe passe. Combien de temps l’électeur va-t-il s’y laisser prendre ?

Le fait est qu'en rajoutant leur ni-ni au débat idéologique classique, les cancres rendent la République ingouvernable. Au lieu de faire des choix, de trancher et d'assumer, par exemple les travaux et les embarras de circulation consécutifs à la plus importante révolution urbaine qu'ait connue Genève depuis James Fazy (il y a plus de 160 ans !) ils prétendent satisfaire toutes les clientèles en même temps, sauf bien sûr celle qui n'en est pas une, parce qu'elle ne peut pas voter, les frontaliers. Qui pourtant vivent parmi nous, paient des impôts, contribuent à la richesse et au bien collectif.

Désigner un coupable, qui plus est collectif, ne résoudra rien. Ne rien résoudre aggrave les problèmes, mais lorsqu'on fait son fonds de commerce de leur existence, on ne peut que s'en réjouir...

19/09/2013

Cher Maître...

Cher Maître,

je crois savoir que Jean-François Mabut - en mon absence - a d'ores et déjà retiré ma dernière note de mon blog. C'est sa décision, comme il l'avait fait déjà d'une note précédente sur laquelle vous l'aviez alertée.

Je ne comprends pas pour ma part à quoi vous faites allusion et je m'étonne que vos clients puissent se sentir visés par les descriptions que je fais des personnages d'un film imaginaire ?
La note allégorique dont vous mentionnez un extrait ne cite aucun nom et comporte de nombreux éléments qui sont à l'évidence fictionnels. On n'a ainsi jamais vu, à ma connaissance, un orignal faire de la politique. C'est avant tout une fable humoristique parodiant le titre d'un film célèbre.

Plus avant, je m'en voudrais de paraitre vous délivrer une explication de texte, mais la phrase que vous citez n'implique nullement que la dame héroïne de l'histoire soit une femme lègère, tout au contraire. La-dite phrase part en effet du principe opposé, en regrettant que certaines photos que ce personnage féminin aurait pu laisser prendre, puis laisser trainer, puisse laisser penser qu'elle avait un comportement peu digne d'une femme politique.

Quant à M. Stauffer, je comprend d'autant plus mal son étonnante susceptibilité sur certains sujets que je me souviens l'avoir entendu qualifier devant des dizaines de milliers de téléspectateurs un peuple entier, les Libyens en l'ocurrence, de "macaques". Ce qui me semble non seulement insultant, mais violemment raciste.

Qu'il se sente visé par le terme de truand me surprend. Vu que je ne cite aucun nom, qu'est-ce qui pourait bien lui laisser penser qu'on pourrait le considérer en ces termes ? Serait-ce le fait d'utiliser des photos sur des affiches sans en avoir ni payé les droits, ni sollicité l'autorisation ? Ou l'appel au meurtre dont il s'est rendu coupable en d'autres occasions ? Ou encore le fait de conduire un scooter sous le coup d'un retrait de permis ? Ou de justifier son port d'arme au parlement par le fait qu'il avait maille à partir avec des truands marseillais ?

J'en profite pour vous signaler que concernant l'autre plainte pénale dont vous me menacez également, selon l'information que m'a transmise M. Mabut, il m'apparait singulier qu'un homme qui brigue le suffrage populaire prétende vouloir interdire la publication de faits le concernant, qui pourraient être de nature à éclairer l'électeur sur sa personnalité.

Si toute personne a droit à l'oubli et à l'annonymat, et je suis personnellement très attaché à ce principe, il n'en va évidemment pas de même d'un personage public qui se présente au suffrage universel. Je suis personnellement tout aussi attaché au droit à l'information et à la transparence que M. Stauffer revendique si volontiers pour les autres. La transparence, c'est bien à condition qu'elle ne soit pas à sens unique.

 Reste que bien sûr si les faits allégués étaient faux, il en irait tout autrement. Mais il ne semble pas que cela soit le cas et de nombreux Genevois, ainsi que moult documents officiels peuvent alléguer que ces faits se sont effectivement déroulés tels que le relatait en son temps l'article de Robert Habel dans l'Illustré, faits brièvement résumés par moi en début de semaine dans la Tribune, dans un blog qui a été censuré sur votre intervention.

Je me permets également de vous informer que j'entends publier ma réponse à ce que je considère comme des menaces visant à restreindre ma liberté d'expression et de parodie en période électorale, ainsi que le droit de l'électeur a être informé équitablement et complètement.

Avec mes meilleurs messages

Philippe Souaille