08/06/2013

Les errances immobiles et immobilières du MCG

Dresser la liste des errements du MCG peut finir par sembler fastidieux. Ce n'est pas le choix qui manque et depuis le début, mais là, on atteint des sommets. A se demander si le leader maxi mots, après avoir ouvert sa boîte de nuit dans le quartier chaud, n'a pas décidé de mettre la pédale douce et de saborder un parti qui ne lui permettra jamais, à lui, c'est devenu évident, d'atteindre le Conseil d'Etat. Mais peut-être à d'autres... Jalousie quand tu nous tiens !

Le niveau d'incohérence est en effet monté d'un cran, ces derniers temps. Je ne parle pas des menaces de mort, ni des démissions en cascade, encore moins des ralliements de vingt-sixièmes couteaux annoncés en une de la Tribune comme autant de nouveaux veaux d'or à adorer... Non je parle juste de propositions politiques au Grand Conseil et devant le peuple. Ce à quoi sert un parti en principe, le coeur de sa raison d'être quant il n'est pas occupé à crier haro sur la Tour Baudet ou à invectiver l'ennemi héréditaire et néanmoins frontalier.

Donc dans son dernier programme, le MCG réclamait la construction urgente de barres d'immeubles. Mais depuis, on tente de resserrer les boulons avec l'UDC, alors on tourne casaque et l'on s'oppose à la densification prévue par le nouveau plan directeur cantonal. Cela doit faire mal à l'entrejambes, le grand écart, lorsqu'il s'agit de séduire jeunes et immigrés en mal de logements, en même temps que les résidents bourgeois des zones villas... Mais ce n'est pas faire de la politique pour le bien des citoyens que de refuser de choisir !

Plus cocasse encore, ce faisant, ils ont réussi à voter une loi au Grand Conseil avant de lancer ensuite un référendum contre elle. Ce n'est pas tout, au Grand Conseil toujours, ils ont aussi déposé deux textes: l'un pour supprimer le contrôle des prix dans les zones de développement... Et l'autre pour l'allonger durant 10 ans de plus... Le tout en trois semaines. C'est sûr, à force d'exiger chaque chose et son contraire, au bout du compte, mathématiquement, il devrait bien se dégager une solution... En attendant, c'est une bonne manière de faire du sur place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30/05/2013

Pour sauver sa prospérité, la Suisse doit rentrer dans l’UE. Rapidement.

 Le business model qui a fait la prospérité de la Suisse a vécu. Du moins, l’un de ses piliers les plus essentiels est en train de s’écrouler. La poussière n’est pas encore retombée, mais tenter de relever les morceaux épars n’aurait aucun sens. Mieux vaut réfléchir très vite à la suite. En matière financière, la suite, c’est intégrer ce qui reste encore pour de nombreuses années le plus grand marché du monde et y faire les étincelles que notre savoir- faire est en droit d’espérer. Légalement et à la loyale. Sans prétendre se retrancher derrière un protectionnisme de très mauvais goût lorsqu’en parallèle, on écrème la richesse des voisins sous prétexte de concurrence fiscale…

Récapitulons. La fin de la guerre froide et l’effondrement du mur de Berlin ont changé la donne. La Suisse n’était plus le petit neutre utile à tout le monde qu’on protège parce qu’il peut servir, en dépit de ses incartades. La plus grosse de ces incartades étant de servir de coffre-fort au monde entier. A l’époque l’argent de la drogue, des dictateurs, de l’espionnage ou du terrorisme y circulait aussi facilement que celui,  bien plus honorable, des luttes de libération nationale, de victimes potentielles d’enlèvement ou de personnes ou d’entreprises persécutées par ces mêmes dictateurs.

Depuis, les choses ont bien changé et les procédures de lutte anti-blanchiment de nos banques sont certainement les plus sourcilleuses et efficaces du monde, à condition bien sûr d’être appliquées. Dans le même temps, l’affaire des fonds en déshérence sonnait la charge de Washington contre nos banques et dès la fin du vingtième siècle, celles-ci signaient un accord avec les Etats-Unis, pour pouvoir y travailler. Selon cet accord, les clients citoyens ou résidents étasuniens devaient signaler leurs avoirs par un formulaire ad hoc. Dès cette époque, l’UBS clame qu’elle n’a plus besoin du secret bancaire. Mais en sous-main elle fait transférer l’argent sur des comptes de sociétés écrans dans les paradis exotiques pour ne pas avoir à l’annoncer, tout en continuant de le gérer. Elle va même recruter de nouveaux clients.

Idem pour la perception fiscale sur les intérêts de l’épargne des riches clients européens, censée – cela fait partie des bilatérales - être rétrocédée à leur pays d’origine. Cela rapportera bien moins que prévu, car là-encore les fonds sont délocalisés dans les Caraïbes… Lorsque les Européens, fâchés demandent des comptes, des voix – y compris de politiciens - expliquent en Suisse que c’est de la faute des européens, qu’ils n’avaient qu’à prévoir cela dans le texte des accords. Donc en gros, les Européens sont coupables de n’avoir pas prévu la duplicité de certains, en Suisse.  Le genre de choses que l’on ne se fait pas dire deux fois, mais tout à fait caractéristique de l’impudence – incroyablement naïve et bête – de certaines personnes dans ce pays. Persuadés que leur malignité leur permettra toujours de passer entre les gouttes.

A l’image du conseiller national MCG Poggia. Quelques jours après qu’un des élus de son parti ait proposé d’arborer des croix gammées – propos condamnés du bout des lèvres par Poggia, qui n’a cependant pas exigé la démission du bonhomme apparemment – l’avocat ose comparer les juifs refoulés à la frontière durant la seconde guerre mondiale avec les très riches étasuniens dont les noms seront livrés au fisc de leur pays. En voilà, un point Godwin saugrenu ! Non Me Poggia, les contribuables étasuniens ne risquent pas la vie. Ils ne risquent même pas leur liberté. Juste de grosses amendes. Exactement comme ce serait le cas en Suisse en cas de fraude fiscale. Et contrairement aux juifs qui n’avaient rien fait de mal, ils ont commis un acte délictueux.

Profitons-en pour tordre le cou à deux légendes helvétiques. L’enfer fiscal chez les autres, qui justifierait l’évasion fiscale. Le niveau de fiscalité en France ou aux Etats-Unis n’est pas si différent du nôtre. En France, l’imposition à 75% des très grosses fortunes n’est pas entré en vigueur, tandis qu’à Genève, comme le relève David Hiler, l’imposition peut atteindre 72% du revenu, si l’on cumule avec les impôts sur la fortune… 3%, c’est un purgatoire bien mince… En fait le problème de la France, ce sont les charges sociales, pas les impôts. Et les Etats-Unis ne sont de loin pas l’enfer fiscal sur Terre.

De même, l’argument des niches fiscales offertes ça et là par les Européens, ou les Etasuniens, certes nombreuses et souvent exotiques n’est pas recevable. Chaque Etat démocratique est en droit d’imposer comme il l’entend la richesse qui se crée dans son pays. Ou de ne pas l’imposer en prévoyant des exceptions, pour des cas particuliers. La Suisse le fait et impose copieusement ses ressortissants et ses entreprises, ce qui fait qu’elle n’est pas un paradis fiscal. Pour ses propres citoyens. Pour les riches et les entreprises venus d’ailleurs en revanche, clairement, elle offre tous les avantages du Paradis et c’est là où le bât blesse.

La Suisse a fourni à des générations de riches et d’entreprises du monde entier la possibilité d’échapper au fisc de leurs pays respectifs. Tout en défendant par ailleurs ses propres intérêts par un protectionnisme extrêmement sourcilleux, en particulier en matière de conditions salariales. C’est un fait, incontestable et les gouvernements du monde entier, à de rares exceptions près, ont estimé que cela suffisait comme cela. A commencer par les maîtres du monde, à Washington, immédiatement suivis de nos puissants voisins. L’aide de la Chine sera utile, certes, mais insuffisante, à moins d’avoir envie d’être abreuvé d’aspirine frelatée, d’aliments empoisonnés et de fauteuils qui occasionnent des brûlures… Entre autres joyeusetés culturelles et démocratiques à ingurgiter…

Oui, c’est une guerre commerciale, entre un petit pays isolé et enclavé et quasi le reste du monde qui en a plus qu’assez de se faire tondre. La sagesse commande de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard. Avant d’avoir réduit à néant toutes le recettes de nos succès économiques, basés, rappelons-le sur la qualité de nos échanges. Les pommes de terre du plan Wahlen, si c’est pour échapper au nazisme et à la guerre, d’accord, mais si c’est pour préserver un modèle d’affaires immoral et inéquitable, je ne vois franchement pas l’intérêt !

Entrer dans l’UE, c’est aujourd’hui notre meilleure porte de sortie pour sauver notre industrie financière et notre prospérité. L’exemple du Luxembourg et d’autres montrent bien que c’est possible. Nous savons gérer l’argent. Celui des autres et le nôtre. Très bien même, puisque plus de la moitié des fonds gérés à Genève sont des fonds institutionnels – tout ce qu’il y a de plus légal – accourus du monde entier. Gérer cet argent, ça rapporte et c’est le métier de beaucoup d’entre nous. Bien des pays veulent aujourd’hui rapatrier cet argent chez eux. Cela s’appelle le retour du protectionnisme et c’est une fort mauvaise nouvelle pour la stabilité du monde. Et plus encore pour l’économie suisse. Des signes clairs vont dans ce sens, provenant des Etats-Unis en particulier.

Toutefois, si l’argent des autres devient de plus en plus difficilement accessible, entrer dans l’UE permet de s’assurer l’accès à l’argent de l’UE comme s’il était le nôtre. Au sein de l’Union européenne, pas de protectionnisme qui tienne et il faut au contraire tout faire pour hâter l’intégration. Et faire pression, par nos alliances diverses et l’habileté de nos diplomates, au sein de l’OMC notamment, pour repousser les écueils du protectionnisme. Là, Genève a clairement une carte à jouer. En tant qu’entité autonome d’un vaste ensemble continental, autant que comme ville abritant la plupart des ministères du monde.

A armes égales, nous avons de nombreux atouts, à commencer par notre législation du travail et notre culture de la perfection, que rien ne nous empêche de préserver dans le cadre de l'autonomie dont jouissent les régions européennes, autonomie que nous devons contribuer à renforcer, de même que nous devons nous battre pour répandre l'usage des droits démocratiques.

Au lieu de cela, certains faux amis ou mauvais acteurs de la place financière pensent pouvoir continuer à jouer au même jeu. Parfois ce sont les mêmes qui, en 2008-2009, alors que le ciel s'était écroulé sur l'UBS, affolés par l'odeur de l'or accouraient pour tenter de récupérer les clients US ou tentaient de les faire héberger par des établissements sérieux qui, les uns après les autres, les refusaient. Ils étaient parfaitement conscients des risques encourrus, mais les niaient ou les relativisaient, comme des toxicomanes en manque. Ce sont là ceux qui  risquent d'être livrés aux autorités US, et donc de se voir privés du plaisir de fouler le sol de la très grande nation, voire condamnés à de lourdes amendes.
Il faut tourner la page, et le plus tôt sera le mieux sur ces pratiques dépassées. Même Singapour aujourd'hui propose à la Suisse de signer les accords de l'OCDE. Qu'attendons-nous pour repartir du bon pied ? 

Genève a bien des cartes en main et les moyens de son ambition. En tant que fils d’ingénieur automobile, je suis par exemple séduit par la nouvelle Tesla électrique, totalement hors de mes moyens malheureusement. Mais Genève fut, il y a un siècle, le siège de la première tentative de construction en série de voitures électriques au monde, produisant à l'époque déjà des locomotives électriques très performantes. Et nous restons au cœur d’une région réputée pour son excellence technologique. Cela ne vous donne pas des idées, MM les investisseurs ?

24/05/2013

Le jaune, le noir et la croix blanche

Alors que la Suisse signe avec la Chine un traité de libre-échange, je referme l’excellent ouvrage de l’écrivain sénégalais Tidiane N’Diaye : le Jaune et le Noir.  Auteur d’essais fondamentaux sur la traite arabo-musulmane ou les peuples d’Afrique du Sud, n’hésitant jamais à défendre la justice et l’amitié entre les peuples plutôt que la vengeance et le repli identitaire, il livre une analyse troublante de la pénétration chinoise en Afrique. Sans nier les avantages que l’Afrique en reçoit à court terme, c’est bel et bien d’une re-colonisation dont il parle et l’on n’est pas loin du transfert de souveraineté.

L’Afrique a plus que jamais besoin, et vite, d’une vraie introspection – puisqu’on parle chinois, osons le mot d’autocritique – pour interroger les causes endogènes d’un tel abandon de souveraineté. Il serait trop facile de rejeter l’entier de la faute, à nouveau, sur le méchant toubab, blanc devenu jaune, comme trop d’intellectuels africains tendent à le faire, au point de nier l’évidence. Il y a aussi des causes autochtones, découlant d’habitudes culturelles africaines, qui facilitent l’abandon des rênes de sa propre destinée… Les identifier est le premier stade permettant de les dépasser. Pourquoi les grossistes africains mais aussi afro-américains ou caribéens, se font-ils systématiquement doubler, par exemple, par des asiatiques qui s’approvisionnent aux mêmes sources, mais parviennent à vivre, au même endroit, en se satisfaisant de marges inférieures ? Il n’est pas ici question de se révolter sans autre but que de prendre la place du maître, mais de construire méthodiquement l’avenir. L’Afrique est championne du monde de l’improvisation. Mais patience et longueur de temps font plus que force ni que rage… Et là ce sont les Chinois qui sont champions du monde !

La Chine tisse sa toile et raisonne à long terme. Dans quinze ans, la Chine, l’Inde et l’Afrique représenteront ensemble 45% du PIB mondial et plus de la moitié de la population. Partis de rien, il y a dix ans, les Chinois forment aujourd’hui la deuxième communauté étrangère en Afrique derrière… Les Indiens ! Mais progressant beaucoup plus vite qu’eux et éjectant systématiquement les Européens de tous leurs bastions, systématiquement dans les zones les plus riches en matière première. Il n’y a aucune dimension humanitaire ou solidaire dans la politique de coopération chinoise : juste du business et rien que le besoin de s’assurer des ressources à long terme.

Tidiane N’Diaye décrit par le menu le processus d’intrusion dans l’ensemble africain d’une Chine qui ne rechigne ni à se salir les mains, ni à pratiquer le double langage. Amitié entre les peuples, respect de leur souveraineté, allusions lourdes – et malheureusement fondées – au lourd passif colonial des européens, c’est la base du discours officiel chinois. Qui arrange énormément les dictateurs africains, car le système chinois à parti unique ne veut rien savoir du processus politique interne d’un pays. Du moins officiellement, car lorsqu’un candidat d’opposition, en passe de l’emporter, promet de renégocier tous les contrats avec la Chine, Bei-Jin n’hésite pas à affirmer que s’il gagne les élections, elle cesse immédiatement le versement de l’aide et quitte le pays. Evidemment, le brillant candidat perd les élections, car l’aide chinoise se déverse par centaines de millions, voire par milliards et se crée son lots d’obligés, au détriment évident des intérêts vitaux du pays qu’elle contamine…

Selon Tidiane N’Diaye, les Chinois ne font pas mieux que les Européens ou les Américains (du Brésil, du Canada ou des Etats-Unis, gros intervenants en Afrique), ils font nettement pire. Ils ont amélioré les plus détestables pratiques de corruption politique, de monopolisation des marchés et d’accaparement des matières premières, voire des terres… Sans aucune des barrières morales qui tendaient tout de même à contenir les errements des politiques occidentales. Il devient évident que dans le grand jeu d’échecs mondial (ou de go), la Chine place ses pions et s’empare purement et simplement de l’Afrique, enjeu stratégique majeur des prochaines décennies, tant en termes de marché de consommation en pleine croissance que de ressources naturelles gigantesques. Et même, si les choses devaient tourner vraiment mal, réservoir de chair à canon…

Certes, il parait préférable de voir les jeunes africains désoeuvrés s’enrôler dans les plans de développement chinois plutôt que de finir kamikazes chez AQMI ou Boko Haram, mais le problème est que la Chine laisse en plan les populations autochtones et détourne ses propres programmes au profit exclusif de ses entreprises, qui importent même la main d’œuvre, ne laissant aux locaux que les pires tâches, dans les pires conditions.

Selon Tidiane, les Chinois pillent les réserves naturelles, fournissent en armes les rébellions, vendent à vil prix des produits toxiques, étranglent les producteurs locaux, s’emparent même du marché de la prostitution, tolèrent et encouragent la dictature et les méthodes les plus musclées en matière de conflits sociaux. Leurs contremaîtres n’hésitent pas à assassiner les meneurs. En plus, ils font montre d’un racisme affligeant dès qu’ils croient avoir verrouillé le pouvoir. Même les bons côtés de l’invasion chinoise – il y en a toujours – pourraient devenir franchement catastrophiques, si l’on n’y prend garde. Le boom du prix d’achat des matières premières, généré par l’intrusion chinoise sur le marché (excellente nouvelle pour l’Afrique), pourrait ainsi repartir à la baisse si la Chine parvient à mettre en place un monopole. Ce qu’elle organise par une politique d’exclusivité à très long terme (plusieurs décades) en échange de ses prêts généreux… Comme les européens du temps du néo-colonialisme, mais en pire. Un livre à lire absolument (éditions Gallimard).

En Suisse, l’attitude chinoise en Afrique doit nous interpeller. Certes, ce que la Chine dit venir chercher chez nous, la culture de l’excellence et de formations de haut niveau, c’est bien spécifique.  Et l’amélioration d’un partenariat avec la Chine, déjà de qualité, peut nous être d’un précieux secours dans les démêlés qui nous opposent à nos grands voisins, par la géographie et la culture, que sont l’UE et les Etats-Unis. Mais de ceux-là, nous partageons les valeurs, au contraire de la Chine, encore très loin d’une transition vers un régime démocratique. Comme le relève N’Diaye, la démocratie fut brièvement expérimentée, avec des conséquences catastrophiques, au début du XXème siècle. Depuis, elle reste un très mauvais souvenir dans l’inconscient chinois !

Il serait irresponsable de se fier sans précautions au discours lénifiant du gouvernement de Bei-jin. La Chine est l’antithèse de la démocratie semi-directe et de la prise de décision par le peuple. Les experts du parti communiste y ont remplacé les mandarins et les eunuques du confucianisme, mais c’est toujours le même système : une caste d’administrateurs ethnicistes et corrompus qui fait la pluie et le beau temps. Ceux qui sont attachés à la concorde entre les peuples le savent bien : elle ne peut s’établir qu’entre  populations partageant une certaine idée de fraternité de l’humanité. Ce qui ne semble pas pour l’heure être le cas de la Chine. Si les escarmouches larvées, encore strictement économiques, auxquelles on assiste de par le monde, dégénéraient en conflit ouvert, je vois mal la Suisse être le cheval de Troie de la Chine en Europe… Déjà l’accord de libre-échange avec la Chine n’a de sens que si la Chine en signe également avec l’UE, sous peine de servir de plate-forme de réexportation, comme pour les cigarettes de contrebande… Lors du récent exercice franco-suisse de grande ampleur à Epeisses, les attachés militaires à Berne étaient conviés. Il y avait là une demi-douzaine d’officiers européens : italien, allemand, polonais et bien sûr français, un fringant aviateur, expert en avions de chasse… Mais aussi un non-européen. Un chinois.

Les concepts de gouvernance mondiale devront forcément englober la Chine, pour l’heure sous-représentée dans les instances internationales. C’est la voie de l’avenir, pour l’humanité entière, que de bâtir sa concorde sur des bases saines et confiantes. Mais défions nous tout de même de ne pas tomber de Charybde en Scylla, pour embêter nos partenaires naturels. Nous jeter dans les bras de dictatures peu fréquentables n’est pas forcément anodin lorsqu’elles sont de taille à devenir maîtresses du monde. Même si c’est une vieille tradition genevoise que de faire alliance avec de lointaines puissances pour s’émanciper d’un voisinage trop pressant : Rome et César contre les Helvètes, Henri III et IV et la France contre la Savoie, sa très gracieuse majesté de Londres contre le petit caporal, le Tsar contre les Habsbourg et Talleyrand… Le jeu est habile, mais gardons-nous de mettre tous nos oeufs dans le même panier. D’autant que comme le rapporte N’Diaye, un vieux dicton chinois rapporte que si la membrane isolant le jaune est percée, c’est toujours le jaune qui l’emporte sur le blanc.

23/05/2013

Harmonisation fiscale ou démondialisation de la finance ?

Pas facile de résumer en une minute à la radio, comme j’ai dû le faire ce matin, des réflexions complexes sans sombrer dans le slogan réducteur.  Voici donc pourquoi, à mon avis, une harmonisation fiscale mondiale, notamment pour les multinationales, est nécessaire et urgente. C’est en grande partie à Genève que va se jouer cette partie fondamentale pour l’avenir de la planète.

1) La concurrence fiscale réduit l'indépendance nationale des pays qu'elle dessert.

2) Faute d'harmonisation fiscale, les Etats les plus puissants, acculés, auront recours au protectionnisme financier, soit le pire scénario pour l'économie suisse et nos banques. 

 

Une harmonisation fiscale mondiale réduirait certes l’indépendance nationale, mais dans des limites tout à fait acceptables, si les choses sont faites correctement. C’est-à-dire par la concertation plutôt qu’en dernière analyse, sous le coup d’un ukase rendu nécessaire par une politique de ralentissement suicidaire de l’inéluctable. En négociant entre partenaires, on obtient forcément mieux qu’en tant que vaincu contraint aux fourches caudines.  

En pratique, il s’agit juste de rajouter un étage à la subsidiarité, utilisable dans quelques domaines d’importance mondiale, tout en conservant une autonomie pleine et entière pour tout ce qui relève des étages du dessous. Par exemple, les multinationales pourraient être taxées à l’échelle mondiale et le fruit de cette taxe servir à financer les instances internationales et les projets qu’elles ont  à traiter : environnement, armes de destruction massive, migrations, développement, éradication de la pauvreté, etc… Par exemple concrètement, la mise en place d’un système social minimal dans les pays où il est inexistant, ce qui réduirait le gap entre les prestations sociales délivrées au Sud et au nord. Réduisant du même coup l’intérêt à émigrer au nord, mais aussi à délocaliser au sud. Tout en accroissant la consommation au sud, offrant du même coup un fantastique coup de fouet à l’économie mondiale

Quant à prétendre que le système actuel préserve l’indépendance nationale, c’est juste mensonger. Les pays d’Afrique victimes d’une évasion fiscale massive de la part des multinationales opérant dans le secteur des matières premières, par exemple, sont clairement maintenus dans la dépendance par la succion et l’expatriation de leurs ressources. Il rentre chaque année en Suisse nettement plus d’argent provenant de l’évasion fiscale des pays pauvres qu’il n’en ressort à travers l’aide et la coopération. Quant à prétendre que l’argent évadé repart souvent dans le sud, la place financière genevoise servant de plaque tournante aux investissements dans les pays en développement, c’est incontestablement vrai. Sauf que cet argent qui aurait dû rester dans son pays d’origine et y fructifier dans le cadre de programmes nationaux définis localement, est désormais dépendant de programmes internationaux, dont les intérêts sont clairement ailleurs.

 

La fin de la guerre froide, signée à Genève par Reagan et Gorbatchev, suivie par la création de l’OMC, toujours à Genève, ont permis la mondialisation de la finance et révolutionné l’ordre des choses. En une génération, les deux tiers de l’humanité ont émergé la tête haute des longues parenthèses coloniale puis néocoloniale. Grâce au fantastique essor des échanges économiques, le confort de milliards de gens s’est amélioré et la démocratie a progressé. Même s’il demeure  quelques zones d’ombre chinoise, qui cherchent à s’étendre jusqu’en Afrique…

En perdant leur suprématie politico-économique, les anciens pays dominants ont cependant perdu aussi les moyens de financer leurs généreux systèmes sociaux. D’autant qu’en l’absence de gouvernance mondiale (et donc d’un contrepouvoir de taille à limiter les excès de la finance), la concurrence fiscale a privé les Etats de ressources indispensables. Elle a facilité l’accroissement des écarts de richesse au lieu de les réduire et permis la constitution de fortunes insolentes, déstabilisantes pour la paix sociale et détentrices d’un pouvoir aussi immense qu’injustifié.

Les Etats, globalement, mériteraient de solides cures d’amaigrissement, mais la concurrence fiscale n’est certainement pas le bon moyen d’y parvenir. Car fondamentalement, elle vole aux pauvres pour donner aux riches. Même si la Suisse fait indéniablement partie des bénéficiaires du système, ce n’est pas viable à terme : nous sommes trop gros pour pouvoir n’être qu’un coffre-fort bardé de défenses, et pas assez costauds pour prétendre se défendre seuls de toute manière.

La crise de 2007 a accéléré les choses, en soulignant l’impasse globale. Finement, les responsables mondiaux sont parvenus à éviter, jusqu’à  présent, le spectre du protectionnisme. Ce n’était pas gagné d’avance. Dans les années trente, le renforcement des barrières douanières avait été le premier réflexe. Qui avait entraîné le repli, puis l’écroulement,  des principales économies, à la suite de la crise financière de 1929. En 2009, dans mon film « Le Secret des Dieux », DSK, qui lorsqu’il réfléchit avec sa tête, peut-être visionnaire, mettait encore en garde la communauté mondiale sur les risques d’un protectionnisme financier. Or le choix aveugle de la concurrence fiscale contre la mise en place d’une concertation nous entraîne dans la mauvaise direction.

Pour lutter contre les effets pervers de la mondialisation financière, la communauté internationale a convenu d’instaurer de nouvelles règles, qui visent en premier lieu les paradis fiscaux, mais pas que. C’était devenu nécessaire, et l’état des finances  autant que les opinions publiques et la morale le réclamait. Si l’on n’y parvient pas, nous aurons à la place le grand retour du protectionnisme financier. Le nouveau directeur général de l’OMC, le Brésilien Azevedo, l’a très bien compris. Il se donne quelques mois pour redresser la barre, en incluant concrètement les aspects financiers et la manipulation des taux de changes dans les négociations en cours. Faute de quoi l’échec de l’OMC à Genève pourrait être au 3ème conflit mondial ce que fut la déconfiture de la SDN au second.

Les choses sont bien plus graves que ce que craignent les milieux financiers suisses lorsqu’ils dénoncent la guerre économique menée envers notre place financière. Si encore il ne s’agissait que de se piquer des parts de marché dans la gestion de fortunes ! Washington s’en est pris aux organismes financiers de toute la planète (pas seulement les suisses), au travers de FATCA, pour inciter les avoirs étasuniens à se rapatrier aux Etats-Unis. Comme-ci Washington cherchait à réduire les investissements à l’extérieur pour favoriser les placements aux Etats-Unis même. Toute opération financière se déroulant à l’extérieur, même en Europe, est considérée « à risque » et déconseillée, suscitant la suspicion. Tandis qu’à l’intérieur n’importe qui peut faire n‘importe quoi, ou presque.

 

Sans doute effrayés par la montée en puissance de la Chine et des pays émergents, les Etats-Unis paraissent tentés par l’aventure du marché intérieur. Sauf que maintenir leur rôle de première puissance mondiale implique d’énormes besoins fiscaux, ne serait-ce que pour payer les colossales dépenses d’armements.  Les Etats-Unis, comme la Chine, l’Union Européenne et demain le Brésil ou l’Inde ont les moyens de contraindre les multinationales à payer ce que ces états considèrent être leur dû. Parce que la taille de leurs marchés justifie toutes les fourches caudines. Comme le prouvent déjà les amendes considérables infligées à certaines grandes multis par Washington et Bruxelles – par exemple pour entorse à la concurrence - et payées rubis sur l’ongle.

Jouer seule dans son coin cette partie de pachydermes, ce n’est pas viable pour la petite souris helvétique. Parce que dans ce jeu-là, les éléphants n’ont jamais eu peur des souris. La réduction forcée du mouvement des capitaux (et dans la foulée, des marchandises et des services), qui est en réalité la seule alternative à l’harmonisation fiscale, serait une catastrophe majeure pour la Suisse et son industrie financière. Pour mémoire, si nos banques contiennent encore quelques pourcentages épars d’argent non déclaré, plus de la moitié de leurs avoirs est constitué de fonds non seulement déclarés, mais souvent appartenant à des collectivités, publiques ou privés, tels que fonds souverains et plus encore, fonds de pension. Dont évidemment la plus grande part n’est pas d’origine suisse.  C’est un enjeu énorme et c’est cela, notre véritable trésor de guerre, que nous risquons de perdre, si nous nous laissons guider par les cocoricos nationalistes et à courte vue de quelques financiers orphelins du secret bancaire et des distorsions de concurrence accordées aux multinationales.

18/05/2013

La France n'est pas notre ennemie. Tâchons qu'elle ne le devienne pas!

Par la langue, la culture, l’histoire et la géographie, Genève et au-delà, toute la Romandie, sont intimement liées à la France. Je ne vais pas détailler ici ce qui fait l’objet de mon prochain ouvrage, à paraître en novembre « Cette Suisse qui a fait la France et réciproquement ». Je me contenterai de dire qu’il y en a suffisamment pour remplir un bouquin dense de 900 pages, soit 1 million 300 000 signes…

En même temps, si Genève est française, c’est à la manière du village des irréductibles gaulois, à la fois mouche du coche, matrice d’idées révolutionnaires, relais financier, refuge aux persécutés et rebelle à l’autorité centralisée. Une principauté autonome, par essence et par nature. En fait Genève forme avec la France un couple indissociable dans les faits, avec des hauts et des bas, tant leur symbiose est forte et nécessaire aux deux partenaires.

Vu de Paris, cela peut prêter à sourire, mais c’est par Genève que la France est devenue romaine, puis catholique (Sainte-Clotilde, épouse de Clovis était genevoise) et c’est à Genève, incontestablement qu’ont commencé les révolutions de 1789, 1848 et même la Commune, par la tenue, à Genève puis à Lausanne, des deux premiers congrès de l’Internationale ouvrière. Louis XI, François 1er, Henri IV, Louis XIV, Napoléon et plus encore Napoléon III, qui était suisse, ont tous entretenu des rapports essentiels, d’amour ou de haine pour notre ville.

On peut inverser le prisme sans problème, il marche aussi bien dans l’autre sens. La France et ses souverains ont certainement fait davantage, pour l’existence de la Suisse et l’originalité de ses institutions, volontairement ou involontairement, que Guillaume Tell et la prairie du Rütli.  Sans oublier qu’à côté des Rousseau, Voltaire, Calvin ou Dunant existent des centaines d’hommes et de femmes qui jouèrent des rôles considérables.

Cependant, à chaque fois que les querelles de famille ont débouché sur des guerres ouvertes, Genève (ou la Suisse) ont perdu contre la France, pour une raison évidente, qui tient à la disparité des forces en présence.  Dans la vraie vie, David gagne rarement contre Goliath lorsque Goliath est dix ou cinquante fois plus gros. En tout cas pas sans une puissante aide extérieure, comme l’a amplement démontré le Congrès de Vienne. La France de Talleyrand y a tout raflé jusqu’à ce que le retour du vindicatif petit caporal pour les Cent jours ligue contre lui l’Europe entière et sauve Genève. Faut-il rappeler cependant qu’aujourd’hui la Suisse est seule face à l’UE ?

Et l’Escalade ? Me rétorqueront quelques incultes… L’Escalade est la dernière escarmouche d’une guerre qui durait depuis 13 ans et fit des centaines de mort, dans laquelle la France et Genève étaient alliées, contre la Savoie. D’aucuns aujourd’hui, à l’instar du jeune et brillant politicien valaisan Philippe Nantermod se figurent que parce que la Suisse fait meilleure figure économique que l’Europe en crise, nous sommes invincibles, voire même inattaquables ! Rien n’est plus faux. D’abord parce que les pieds d’argile de notre prospérité sont largement enracinés en Europe. Ensuite parce que face à l’excitation d’un peuple ulcéré, il faut parfois mieux faire pitié qu’envie…

Il est clair qu’à tous points de vue et pour les deux parties, mieux vaut s’entendre et négocier que de casser les assiettes, ce qui ne rapporte que désolation et rancœur. Certains Français sont certes prétentieux et souffrent d’un désastreux complexe messianique de supériorité intellectuelle, mais à la vérité, bien des Suisses n’ont rien à leur envier sur ce point, planquant juste un peu mieux leur égo pour tirer leur épingle du jeu…

Tirer notre épingle du jeu, c’est à quoi nous devons nous efforcer, avec les alliés de fait que constituent les régions françaises qui nous entourent, Savoie et Franche Comté, qui n’ont aucun intérêt à voir s’effondrer nos échanges. De l’affrontement n’est jamais rien né de bon. Durant la période qui se termine, la Suisse et Genève ont bien profité d’une situation géo-politique qui est aujourd’hui bouleversée. La France et l’Europe réclament des changements qui vont nous causer du tort, mais dont ils pensent qu’ils vont améliorer des situations dont ils pâtissaient et dont nous profitions.

Résister, pousser des hauts-cris, insulter ou même tenter des démonstrations de force n’est pas une réponse adéquate, ni même intelligente. Quand on est rattrapé par la patrouille, on se la coince. Et l’on cherche des solutions pour s’en sortir au mieux, sans contester ce qui ne doit pas l’être. Ces solutions existent, nous avons d’innombrables atouts à faire valoir, y compris en matière fiscale, mais en respectant les règles du jeu. Par exemple imposer toutes les sociétés de manière uniforme, comme le propose David Hiler, soutenu au niveau fédéral par les élus PLR, sans privilégier les multinationales, mais à un taux suffisamment bas pour que les multinationales restent. Et utiliser la flexibilité de notre marché du travail, basée sur la souplesse de nos lois, pour être toujours  parmi les meilleurs et les plus efficaces.  A armes égales, grâce à notre réactivité.

L’affrontement ne doit pas être une option, car il coûterait bien plus cher, aux deux parties, que la négociation. En plus de nous conduire à coup sûr à la défaite, face à des grands voisins qui ont faim, ne serait-ce que de justice sociale, parmi lesquels les leaders populistes ne manquent ni à droite, ni à gauche. Ce qui implique que nous devons savoir lâcher du lest. Il se trouve que nous en avions accumulé pas mal, depuis quelques décennies. Au pire, une petite cure d’amaigrissement devrait nous aider à nous remettre en forme.

07/05/2013

Le Jaune et le Noir, en attendant le CEVA

Tidiane N'Diaye, statisticien de formation, est peut-être bien le plus rigoureux des historiens africains d'aujourd'hui. Parce qu'il fait un travail sans complaisance, cherchant l'objectivité avant tout, à cent lieues d'une attitude communautariste. Sans la moindre faiblesse à l'égard de l'ancien colon, il n'hésite jamais à dire les torts de chacun, là où ils sont, blancs, noirs ou jaunes... Ce qui le fait détester des idéologues monomaniaques.

Ses travaux sont multipes et font autorité. Sur la traite islamique,  souvent occultée en France parce qu'il serait politiquement incorrect d'en parler... Curieuse reconstruction de l'histoire qui prétend réserver l'exclusivité du rôle du méchant à l'occidental blanc...

Sur l'origine et l'histoire mystérieuse des falashas

Sur la conquête de l'espace sud-africain, à la même époque, par les bantous descendant du Nord et par les boers remontant du Sud, relèguant les peuples premiers boshimans à la portion congrue...


Son dernier ouvrage sort officiellement en librairie aujourd'hui. Il dresse l'historique des contacts entre la Chine et l'Afrique, depuis le très ancien royaume du Grand Zimbabwe, qui collectionnait déjà les bols chinois à l'époque de nos croisades, bâtissant en pierre des villes de plus de 20 000 habitants. Plus peuplée que Genève, capitale du deuxième royaume de Bourgogne à cette époque ! 

Tidiane N'Diaye examine à la loupe l'apport actuel de la Chine à l'Afrique et sa rivalité avec l'Occident: positif et négatif, évidemment un peu des deux, l'analyse de Tidiane est passionnante et l'on ne peut qu'en reccomander la lecture.

 

Plus près de nous, 

Léman Bleu assume désormais 5 heures de direct, d'actualité et d'émissions originales, chaque soir de semaine, laisant la place le week-end à des films de fiction et des documentaires. Un grand changement, pour la petite chaîne locale qui monte et se lance là un vrai défi.
Parmi les nouveautés de la grille, une série de petits reportages de six minutes qui seront diffusés au rythme d'un toutes les quatre semaines, le mardi à 19h48 et rediffusés ensuite: Le Journal du CEVA. L'idée c'est de dresser le portrait de ceux qui se démènent pour que dans 6 ans, nous puissions laisser voiture et scooter au parking, pour circuler dans notre RER souterrain: les perceurs de tunnels, les architectes, les ingénieurs de la circulation, les urbanistes. Ceux qui travaillent au CEVA proprement dit mais aussi à tous les réaménagements de la cité qu'il induit, autour des gares, à la Praille, etc.

Réalisé par Adavi productions avec le concours des équipes de tournage de Freestudio, c'est un petit morceau de télé du réel qui est proposé aux téléspectateurs du Grand-Genève, diffusé sur Léman Bleu et 8 Mont-Blanc ainsi que sur Internet. Nous suivrons les aventures, mésaventures, difficultés et succès de tous ces hommes et femmes qui ont entrepris de transformer notre ville. Une tâche de longue haleine, puisqu'ils en ont encore pour 5 années. Et nous avec !

 

 

29/04/2013

Cahuzac et l’enfer fiscal français : mythes et réalités

Cahuzac a menti à son parti, à son Président, à ses collègues ministres et députés et surtout à ses électeurs, mais finalement il s’est d’abord menti à lui-même. En tant que ministre du Budget son job était clairement de conforter un système qui à l’évidence ne marche pas : plus de la moitié des ressources publiques françaises proviennent de cotisations sociales, de taxes professionnelles et d’impôt sur les sociétés, qui toutes pénalisent le coût du travail en France. Tandis que l’impôt sur le revenu ne représente que 6% des ressources de l’Etat.  

Il existe en fait des centaines de types de prélèvement obligatoire différents dans l’Hexagone, dont personne à ce jour n’est paru capable de dresser la liste exhaustive. Surtout pas l’Etat. Au point que le détail des recettes, catégorie par catégorie, hésite entre Prévert, Kafka et Harpagon : taxe sur l’essence, le tabac, les jeux, l’alcool, la valeur ajoutée, l’électricité, le décès, le logement, les médicaments, etc…  La plus grosse, vaste zone d’ombre intitulée « divers » constituant de loin le plus gros poste : 40% de l’ensemble, à base de micro-taxes rapportant moins d’un milliard chacune, le plus souvent sur les salaires !

C’est le fruit de décennies de défiance et de mauvaise humeur des citoyens français à l’égard de leurs gouvernants, qui les poussent à l’évasion fiscale. Craignant leur juste courroux, les gouvernants ont pris l’habitude de taxer plutôt l’indolore « part patronale » de la fiche de paye. Ce qui n’est qu’un grossier mensonge, s’agissant de l’argent bel et bien payé par le patron sur le coût du travail mais non versé au salarié. 

En Suisse, le gros des recettes de l’Etat et des cantons proviennent bel et bien de l’impôt sur le revenu, nettement plus lourd qu’en France à catégorie sociale égale ; et pourtant ça marche. Il serait naïf de croire l’évasion fiscale inconnue chez nous, mais elle n’est certainement pas le sport national pratiqué de longue date en France.

Le citoyen helvétique doit payer lui-même des primes d’assurance maladies astronomiques et un impôt sur le revenu très consistant. La facture a beau être salée, elle se révèle beaucoup plus digeste grâce la démocratie directe, aux référendums d’initiative populaire et à la proximité administrative : les ¾ des dépenses publiques sont décidées à l’échelon local en Helvétie, contre moins du quart en France. Du coup, le citoyen helvète a le sentiment d’avoir pu s’exprimer par son vote sur la manière dont l’Etat dépensait le fruit de ses impôts. Et comme on dit au cinéma, « il en voit la couleur à l’écran ». Ce qui n’est de loin pas toujours le cas du citoyen français.

Maintenant, lorsque la gauche française prétend que 60 à 80 milliards d’euros par année échappent à l’impôt, il faut savoir de quoi on parle. Il ne s’agit en tout cas pas du montant qui devrait être payé au fisc, car ce serait l’équivalent de ce que rapportent ensemble l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les bénéfices des sociétés : 65 milliards cumulés en 2009, sans doute dans les 80 en 2013. Evaluer des données cachées est forcément grossier et hasardeux, mais là cela signifierait que la moitié de l’activité économique française, dans tous ses secteurs même les plus prestigieux et surveillés se déroule « au black ». Ce n’est pas réaliste. 

Il ne peut pas davantage s’agir du montant des revenus et des bénéfices qui échapperaient à l’imposition sur une année. Ce qui – en impôt sonnant et trébuchant - ne ferait déjà même plus le tiers des 80 milliards annoncés.  Car même dans ce cas, 80 milliards échappant à l’imposition (sachant que le PIB français est de 2000 milliards dont plus de la moitié incombe à l’Etat et aux services publics et n’est donc pas imposable), cela représenterait encore l’équivalent d’un bénéfice de 8% pour toutes les entreprises privées françaises qui, intégralement, ne serait pas déclaré… Alors même que par les temps de crise qui courent,  95% des patrons français vendraient père et mère pour arriver à de telles marges même déclarées…

Bref, si ce chiffre de 60 à 80 milliards n’est pas une pure vue de l’esprit, il ne peut être crédible que s’il désigne en fait l’ensemble des biens d’origine française qui dorment (ou fructifient) à l’étranger et ce, pour certains d’entre eux, depuis des décennies. Ce que se gardent bien de préciser politiciens et journaliste qui avancent ce chiffre spectaculaire.  Car du coup, l’affaire perd beaucoup de son sel et  le montant à en tirer en impôt effectif varie entre 1 à 2 milliards par année, sur les revenus des placements, ou si l’argent est confisqué, à l’équivalent de ce qui sera confisqué, mais par définition, une fois et une seule.

 Dans le premier cas, la France récupère chaque année 0,1% de son budget annuel  (et 2 à 3% du montant total de l’impôt sur le revenu). Dans le second, pour autant qu’elle parvienne à mettre la main sur tous les fonds évadés, ce qui parait très improbable, elle récupère l’équivalent de 6% de son budget annuel, mais une seule fois. C’est loin d’être négligeable, mais c’est nettement moins efficace que de tenter une vraie réforme de la fiscalité, pour mettre fin à un système qui ne marche pas…

Pour comprendre à quel point l’impôt sur le revenu est relativement peu important, dans l’ensemble de la fiscalité française, il suffit de savoir que mises ensembles, les taxes sur l’alcool, le tabac et l’essence rapportent davantage.  Ou que l’électricité, à elle seule, rapporte autant que l’ISF. Pour la simple et bonne raison que si les riches peuvent être très très riches, ils sont aussi extrêmement peu nombreux. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être imposés. Il est psychologiquement indispensable qu’ils participent largement à l’effort de solidarité exigé de tous en des temps difficiles. Mais ce n’est pas cela qui sauvera la France.

Les politiques vont donc devoir inventer de vrais remèdes et des solutions pérennes. L’exemple de la petite Suisse pourrait les y aider, s’ils voulaient bien se renseigner sérieusement sur comment ça marche ici, au lieu de rabâcher des clichés comme celui-ci , découvert sous la plume d’une journaliste de « La Tribune », hebdomadaire économique, pour expliquer le faible taux de chômage en Suisse :

« La Suisse a une prospérité liée à son rôle de place financière, explique Jacques Freyssinet (économiste au Centre d'études sur l'emploi) ; elle utilise très largement la régulation de l'immigration, qui est surtout sur des contrats courts", poursuit Jacques Freyssinet. Difficile de décrocher un CDI si l'on n'est pas suisse, la préférence nationale est effective. Il se murmure également que, de honte, certains Suisses au chômage ne s'inscriraient pas... » précise la journaliste.

Rien sur la durée du travail, sur la minceur du code du travail, sur le fait que la finance représente 5 % des emplois à tout casser et l’immigration 23% des actifs, voire davantage en incluant les frontaliers. L’économiste du centre d’études pour l’Emploi ignore apparemment l’inexistence de fait des CDI à la française et sa lecture de la régulation de l’immigration est juste l’inverse de celle du MCG. La vérité se situant probablement entre les deux.  

Bref si les études sur l’amélioration de l’emploi dans l’Hexagone dépendent d’experts aveugles et sourds, la France est mal barrée. Mais qui est ce Jacques Freyssinet ?  Un jeune débutant inexpérimenté ? Que nenni.  Né en 1937, professeur émérite d’Université, ancien dirigeant de l’UNEF aux sources du gauchisme, il a été Président du Conseil d’Administration de l’ANPE sous Mitterrand et se trouve à vrai dire en retraite  depuis 2002. Ne serait-il pas temps pour lui de laisser place aux jeunes, à des chercheurs sans œillères qui daigneront se renseigner et venir voir sur place comment ça marche, plutôt que de rester buté sur des théories franco-françaises qui poussent l’Hexagone à la faillite ?

27/04/2013

Suisse-UE : le symbiote qui refusait d’épouser la crémière…

 

Nous savons tous ce qu’est un parasite : un organisme qui se greffe sur un autre, dans lequel il puise sa substance vitale, au point de l’épuiser parfois, ce qui peut conduire à la mort des deux organismes.  La symbiose est un parasitisme un peu particulier, dans la mesure où le parasite apporte également des bienfaits à l’organisme hôte, ce qui les rend plus forts ensemble, plus efficients que séparément. Dans la nature, c’est toujours l’organisme le plus gros qui est qualifié d’hôte et quelques relations symbiotiques sont à l’origine des plus belles réalisations de la nature. A commencer par les lichens qui ont permis la colonisation de la Terre par la végétation.

En biologie, les deux organismes d’une symbiose sont dit symbiotiques,  ou symbiotes. En littérature, notamment de science-fiction, le symbiote est clairement l’organisme qui parasite, fournissant en échange à l’hôte des facultés, voire des pouvoirs, auxquels il n’accèderait pas sans lui. L’équilibre des échanges est bien sûr fondamental, si l’on veut éviter que la symbiose, bénéfique à chacun, ne redevienne du parasitisme pur et dur, qui risquerait d’être fatal à l’un des « partenaires » ou aux deux. Par étranglement de l’hôte ou par arrachage du parasite.

Par analogie, on peut clairement qualifier la Suisse de symbiote de l’Union européenne, les bilatérales ayant renforcé le phénomène. Au profit de la Suisse, qui du coup s’hypertrophie, grossit trop vite aux yeux de nombre de ses résidents/composants, attirant capitaux et travailleurs hautement formés particulièrement dynamiques… Loin de se réjouir de former un ilot de prospérité au beau milieu d’une crise mondiale, ces composants suisses ingrats – et inconscients – sont persuadés de pouvoir mieux réussir encore en s’éloignant de l’hôte, oubliant que si le lierre peut survivre sans arbre où s’accrocher, il végète au sol et croit au ralenti, tandis que la symbiose avec un arbre lui permet de s’élever dans les airs et de se développer à une vitesse spectaculaire !

Rappelons que l’économie suisse stagnait avant les bilatérales avec un taux de croissance inférieur à celui de l’Europe, ce qui s’est inversé après les bilatérales. Que par ailleurs plus des deux-tiers de nos échanges (importations et exportations), dont nous ne saurions nous passer, se font avec l’Union Européenne, dont nous représentons 5% des échanges. L’Union européenne est donc 13 fois plus importante pour nous que nous le sommes pour elle. Penser que l’on doit notre réussite à notre seul génie démocratique et à la minceur de notre code du travail est certes très agréable pour l’ego, mais c’est juste faux. La démocratie et le code du travail nous aident, mais ne suffisent pas.

Les Suisses aiment bien rappeler, par exemple, que la Suisse est le premier investisseur étranger dans l’Union Européenne. C’est vrai, mais pour l’essentiel, l’argent investi est de l’argent européen, déclaré ou non au fisc des pays européens dont il est issu, qui y retourne après avoir été placé à l’abri en Suisse. Des fortunes privées, autant que des bénéfices commerciaux de multinationales… Tant que le symbiote joue le jeu et offre un plus à l’hôte (ne serait-ce que le confort d’avoir une économie et une société stables en son cœur) tout va très bien dans le Meilleur des mondes, mais si l’échange devient par trop inégal, la tentation de court-circuiter le passage par le symbiote devient lancinant.

Les responsables ayant senti le danger, prônent de longue date la diversification des relations. Politique judicieuse, mais qui ne compensera jamais le fait que la Suisse est un symbiote INTERNE à l’Union Européenne, qui l’entoure entièrement. Même ses voies aériennes dépendent intégralement du bon vouloir de l’UE. Sans compter que la Suisse fait incontestablement partie du club occidental.  Tant que le monde vit en paix, la Suisse en profite, mais nos valeurs sont belles et bien occidentales, en plus de la géographie, qui nous place au cœur du continent.

En résumé, le symbiote suisse écrème le meilleur des produits de l’Union européenne : capitaux défiscalisés et jeunes diplômés formés à grands frais notamment. Il ne fait pas que cela, mais il fait aussi cela et c’est essentiel dans les rapports entre l’hôte et son symbiote. Dans les faits, l’intégration entre les deux organismes est tellement avancée, l’imbrication telle qu’une union de droit et non plus seulement de fait parait la solution la plus pertinente. Il s’agirait simplement de régulariser en épousant la crémière, depuis le temps qu’on vit à la colle… Le mariage est à la mode, ces temps.

Au lieu de quoi, la Suisse, du moins une forte partie d’entre elle, s’obstine à vivre dans le pêché. Pourquoi pas ? Après tout, les enfants sont grands. Bien sûr, la voix au chapitre dans les conseils de famille est réduite à la portion congrue : un murmure, depuis l’autre côté de la porte close. C’est embêtant, alors que le multilinguisme, la culture démocratique et l’expérience confédérale feraient à coup sûr merveille, dans les débats familiaux. Une chose est sûre cependant : couper les liens unissant le symbiote à son hôte serait suicidaire. Vivre à la colle, pourquoi pas, mais pas séparés : quel que soit l’état de santé du géant, son symbiote, privé des 2/3 de sa substance vitale,  ne s’en relèverait pas.

Se mêler des problèmes de la famille, les prendre à bras-le-corps et aider à les résoudre, c'est une attitude qui serait appréciée, au moment où le caractère un peu égoïste de la relation apparait au grand jour. C'est d'ailleurs ce que fait la Confédération discrêtement, par exemple en soutenant l'Euro. C'est autrement plus constructif et solidaire que l'attitude d'une certaine droite, qui se contente de dresser la liste des échecs, des demi-échecs ou des difficultés, en ressassant "on vous l'avait bien dit".  La Suisse ne s'est pas faite en un jour. L'UE n'a qu'une cinquantaine d'années. Au cours des siècles qui ont suivi 1291, les cantons n'ont cessé de se taper les uns sur les autres, manu militari, au moins autant qu'ils faisaient la guerre à l'extérieur. Alors la décence voudrait que l'on encourage les efforts de construction de l'Union européenne, qui nous assurent protection et stabilité, plutôt que d'applaudir à tous ses problèmes.

Et pour sourire: un dessin de videberg paru dans un blog du Monde

 

 

 

 

 

23/04/2013

Echange automatique d’informations : Pourquoi les banques n’ont pas le choix

La plus grosse erreur sur ce sujet serait de confondre l'intérêt national avec une fierté mal placée. Beaucoup sont tombés dans le piège. Résumons.

L’économie suisse a de nombreux atouts, la puissance de ses banques étant primordiale, qui se traduit par d'incroyables quantités d’argent géré. La majeure partie de cet argent est aujourd’hui parfaitement légal et déclaré: fonds de pension, assurances, fonds souverains, trusts et autres qui profitent ici de la stabilité législative, politique et monétaire, d’interconnections nombreuses et du savoir-faire de la place financière. Mais bien sûr pour que cet argent reste ici, il faut qu’il travaille et fasse des petits, donc qu’il puisse être investi partout où ça rapporte, y compris dans les pays d’origine des fonds.

Une autre partie des fonds, une grosse minorité, mais qui tend à se réduire, est constituée d’argent disons « gris ». De l’argent honnêtement gagné en principe, mais pas forcément déclaré. Plus quelques résidus, par ci par là, d’argent carrément délictueux dont presque tout le monde aimerait bien se débarrasser, même si quelques margoulins sont encore attirés par le caractère très rémunérateur de ces fonds pour ceux qui daignent prendre le risque de s’en occuper.

La Suisse a longtemps joué sur les deux tableaux, privilégiant peu à peu le premier, l’argent légal et elle a bien fait, mais aujourd’hui, mise au pied du mur,  il lui faut choisir.

Défendre le secret bancaire, c’est défendre cette partie d’argent gris et les quelques restes carrément sombres. Peu viable à terme, comme on l’a vu depuis bientôt une quinzaine d’années avec le Etats-Unis, qui mettent dans la balance l’accès à leur marché  boursier et financier : si vous voulez travailler chez nous, dit Washington, informez-nous sur nos ressortissants. Et la Suisse informe, parce que si l’accès au marché US est coupé, c’est non seulement un gros morceau de profit en moins pour les banques, mais c’est aussi, pour l’argent placé et donc pour la clientèle, de très importantes perspectives de rentabilité qui s’envolent.

Il en va de même pour l’Europe et bientôt pour les principaux marchés émergents, Brésil en tête, depuis qu’à Bruxelles on a compris la combine.  La Suisse peut choisir de se recroqueviller sur son secret bancaire et de défendre corps et âmes les personnes ayant placé de l’argent dissimulé, mais ce sera au détriment de ses profits et plus grave, de ceux de ses clients honnêtes et propres sur eux, qui sont aujourd’hui majoritaires. Accessoirement, l’économie classique helvétique paierait également les pots cassés, en risquant de voir se fermer des marchés essentiels, de proximité. Les Asiatiques étant globalement allergiques aux produits laitiers, ce n’est pas en Chine que l’on va vendre le Gruyère d’alpage. Sans compter (et c'est primordial) que  la Chine, le Brésil et les autres font aussi partie du G20  de l’OCDE et du GAFI, et qu’ils ont tout autant intérêt que Bruxelles ou Washington à voire se réduire la colossale évasion fiscale mondiale.

En vérité, les services juridiques des banques, compliance, aml et autres se préparent de longue date à cela, qui coûtera d’ailleurs moins cher que les machines à Tinguely que constitueraient des accords séparés et spécifiques avec chaque pays, impliquant d’entretenir des armées d’avocats spécialisés dans le droit de chaque pays. En plus de la coûteuse collecte d’informations rendue nécessaire sur la clientèle, ou de la valeur très relative d’un certificat de déclaration fiscale exigé du client. On l'a bien vu dans l'affaire Cahuzac.  

Reste l’épineuse question des fonds placés depuis longtemps dans un cadre légal en Suisse (parfois pour fuir des dictatures ou autres), mais qui se retrouvent aujourd’hui menacés par ces accords internationaux. Cela fait aujourd’hui cinq années au moins qui ont pu ou auraient du être mises à profit pour trouver une solution. Individuellement, les comptes ont pu être clôturés et collectivement, la plupart des banques suisses et l’ASB ont fait le maximum pour parvenir à des compromis honorables, comme les accords RUBIK. Plusieurs pays ont joué le jeu, proposant des solutions d’amnistie qui leur ont rapporté à chacun de jolis paquets de milliards.  

Certaines banques, UBS en tête (devenue en bonne partie arabo-singapourienne sous la houlette d’Ospel lorsqu’elle a été renflouée par les fonds souverains en 2007) ont préféré continuer à jouer un double-jeu qui ne lui ont valu que des ennuis, éclaboussant largement toute la profession et même la Suisse entière. On peut espérer que c'est aujourd’hui terminé. Aujourd’hui, la Suisse n’a plus d’autre choix que l’échange automatique. Il ne lui reste qu’à le vendre du mieux possible, en obtenant en échange le libre accès aux marchés, et la transparence des trusts. Ce qui est dans l’intérêt de tous et l'argent transféré ces dernières années à Singapour et ailleurs n'est qu'en sursis. A moins d'y avoir été transféré en cash, les traces électroniques existent et sont connues des autorités concernées. Dans les mois et les années qui viennent, les structures bancaires de ces eldorado insulaires de l'off-shore seront tous passés au grill. Et l'on a vu, avec Chypre, quelle était la fragilité de ces structures qui n'ont que la finance pour pilier. Si j'avais de l'argent, je préfèrerais qu'il soit en Suisse. 

19/04/2013

Le guru des populistes italiens et le jacuzzi des populistes genevois

Passionnant reportage d’Envoyé Spécial hier soir, sur France 2. Le mouvement populiste « Cinque Stelle » de Beppe Grillo y était ausculté de l’intérieur. Ce qui a permis de constater quelques points communs et aussi des différences fondamentales d’avec le MCG, mais aussi une analyse très particulière et extrêmement troublante de la mondialisation et des crises actuelles.

D’autant plus troublante que le mouvement a tout d’une secte, y compris le guru caché, mais une secte qui ferait 8 millions de voix et aurait 163 députés. Une secte aussi dont le leader officiel a déclaré hier à l’AFP vouloir exporter sa « révolution sans guillotine… pour l’instant » dans toute l’Europe. Tandis que son conseiller de l’ombre va plus loin : lui voit l’occident, grâce à sa refonte morale 5 étoiles, sortir vainqueur de la 3ème guerre mondiale, programmée pour 2020, afin d’instaurer le paradis sur Terre, à base de développement durable et de communautarisme virtuel.

La différence qui tue, pour le MCG, c’est que Grillo, au moins en apparence, met son parti en conformité avec son discours du « tous pourris » : pour être candidat 5 Etoiles, il faut n’avoir jamais fait de politique auparavant. Tandis que le MCG est principalement composé de politiciens blanchis sous le harnais, mais recalés par leurs anciens partis, qui ne jugeaient pas leurs aptitudes en corrélation avec leurs ambitions.

L’autre différence, qui contraste fortement avec le MCG, c’est que le Mouvement de Grillo a un vrai programme, comportant des éléments révolutionnaires, comme l’instauration d’un revenu minimum pour tous et le refus de bénéficier  des financements publics ou le fait de diviser le salaire des députés par trois. Là où Eric Stauffer, sitôt élu, cherche à augmenter le sien. Pour payer l'eau chaude de son jaccuzzi sur la terrasse de son penthouse d'Onex ?  Le Maire 5 étoiles de Parme, lui, roule en vélo et a revendu tous les véhicules de fonction… Bref, un agenda chargé pour Grillo et les grillistes, même s’il est en partie caché, tandis que le MCG n’est qu’un parti attrape-tout, sans ligne claire, soutenant chaque chose et son contraire, du moment que cela peut rapporter des voix. 

Le but de Grillo et de son guru Gianroberto Casaleggio est d’arriver au pouvoir pour changer l’Italie et le Monde, sans forcément nous demander notre avis, tandis que le but des cadors du MCG se limite à devenir calife à la place du calife.  On se demande ce qui est le pire, d’autant que les deux formations ont un gros point commun : la fabrication de boucs émissaires. Quoi de plus porteur qu’un ennemi responsable de tout, qu’il suffit de vaincre pour arranger les choses ? Les miracles étant rares en ce monde, c’est difficile à gérer sur le long terme,  une fois au pouvoir… Mais pour y arriver, c’est un coup de booster garanti sur les performances électorales.

Le frontalier du Mouvement 5 étoiles, c’est le politicien en place, responsable de tous les maux de l’Italie. Mais bien sûr. Les Italiens, eux, ne sont responsables de rien. Même pas d’avoir élu Berlusconi ou d’avoir érigé la combinazione en sport national. Pas davantage que les Genevois. Ou les Français. Ou les Etasuniens, les Chinois ou les Africains. C’est là le propre de toutes les démagogies de gauche, de droite, ou des étoiles, d’exonérer le peuple et les citoyens de toute responsabilité, au moins partagée. Pour mieux les berner. Dans le cas des Cinq étoiles, les citoyens (eux aussi adorent ce terme) sont invités à faire des propositions d'action, qui sont consignées et débattues non pas en public, mais uniquement sur Internet. Ce qui restreint le champ des intervenants. 

Or Internet, c'est précisément la spécialité du guru Casaleggio, qui a fait carrière - et fortune - dans le développement de sites et de blogs, y compris pour des multinationales, obtenant des performances de fréquentation exceptionnelles. Tous les sites internet du mouvement sont gérés et manipulés par l'entreprise du guru Casaleggio, Casaleggio Associatti. Et tout le parti est géré par l'intermédiaire d'Internet, sans aucune règle de démocratie formelle.  Or rien n'est plus facile que de manipuler des débats et des votes sur internet, qui se déroulent sur des sites dont on détient toutes les clefs. Toutes les attaques, douces ou dures, disparaissent immédiatement des sites du mouvement, tandis que des milliers d'internautes grillistes croisent le fer ardemment partout ailleurs... Ce qui n'est pas sans rappeler la pratique des militants MCG, sur la Tribune électronique et ailleurs.

Pour le reste, l’analyse du Guru Casaleggio sur l’avenir de la planète et de l’humanité dans les années à venir ressemble en bien des points à celle que j’exposais dans mon livre l’Utopie Urgente en 2007 (éd. Slatkine). A savoir que la montée en puissance des pays émergents, la stagnation de l’occident, les ressources limitée de la planète (même si l’on peut espérer trouver de nouvelles sources d’énergie) et l’excitation nationaliste ou religieuse en constante croissance forment un cocktail excessivement explosif. Avec l’augmentation des inégalités comme détonateur. 

A partir de là, nos analyses divergent. Pour éviter la 3ème guerre mondiale, ou en sortir si elle survient, je rêve d’une amélioration quantitative et surtout qualitative de la gouvernance mondiale, conjuguée à de fortes décentralisations démocratiques. Casaleggio, lui, parie sur ce qui pourrait bien être la fin de la démocratie classique, appuyée sur la maîtrise d’Internet (où comme il le dit lui-même, 10% des internautes produisent 100% des contenus) et la victoire de l’occident qu’il voit seul capable d’imposer la paix et la stabilité au monde. Une vision ethnocentrée qui traduit le caractère d’un homme apeuré et inquiet, ayant davantage voyagé dans les mondes virtuels épurés que dans la réalité complexe d’une petite planète multipolaire. 

13/04/2013

Danger: l'extrême-droite censure la vérité

Pour la première fois depuis bientôt huit ans que je tiens ce blog, suivi mensuellement par plusieurs milliers de lecteurs, même lorsque je n’écris plus qu’un texte par mois, j’ai été censuré par la Tribune de Genève. Le thème en était l’extrême droite et l’offshore. Plus spécialement la méthode consistant à obtenir un gros crédit, parfaitement légal, de banques habituellement très prudentes qui, à l’instar de la fourmi de la fable, sont peu prêteuses par nature. A moins de présenter de solides garanties.

Une garantie que les fourmis banquières adorent, c’est la mise en cautionnement, quelque part, d’une somme d’argent égale ou supérieure au prêt plus les intérêts. Pas nécessairement déclarée, la somme, sinon, à quoi bon payer des intérêts dessus ? La manip s’apparente donc à du blanchiment, en permettant d’utiliser des fonds de provenances diverses pour, par exemple, financer une campagne électorale.

Il n’y avait rien de faux ni de mensonger dans mon texte, qui ne citait que des faits publics et connus, disponibles sur Internet et pour l’essentiel même sur Wikipedia, et ce depuis des années. La seule valeur ajoutée de mon papier, en dehors d’une pointe de causticité, consistait au rapprochement de faits épars, qui prenaient ainsi un sens nouveau. J’y parlais d’une célèbre dynastie de l’extrême droite française, connue pour avoir obtenu un étonnant crédit de l’UBS pour sa toute petite PME active dans l’industrie du divertissement, un secteur habituellement fui comme la peste par cette institution bancaire qui connut jadis des jours meilleurs et des dirigeants d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon.

J’y évoquais également un habitué des prétoires, politicien genevois collectionneur de casseroles, qui a obtenu de la Tribune, donc, le retrait de mon texte sur mon propre blog. Sous la menace non pas d’une plainte en diffamation ou pour calomnie, mais pour atteinte à l’honneur. Le détail a son importance, car dans l’atteinte à l’honneur, le fait rapporté peut être vrai et prouvé, cela n’empêche pas la condamnation, si le fait de le mentionner a pour but essentiel de nuire au plaignant. Une disposition très chrétienne du droit helvétique, ayant entre autres pour ambition de faciliter la réinsertion des personnes condamnées, en empêchant de rappeler sans cesse leur condamnation.

La Tribune, en tant qu’hébergeur, ayant été récemment condamnée conjointement avec Eric Stauffer, pour atteinte à l’honneur, suite à des propos tenus par ce dernier sur son blog, ne souhaitait pas remettre la compresse, en dépit de la valeur exemplaire et particulière de la situation. Il y avait en effet un détail d’importance, qui m’aurait protégé ainsi que la Tribune, selon la jurisprudence. Mon intention n’était nullement de nuire au politicien incriminé en tant que personne, mais simplement d’alerter l’électeur genevois sur les antécédents d’un candidat à de hautes responsabilités. Le fait d’avoir, par le passé, trempé dans des affaires du type de celles qui sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité et conditionnent l’avenir du canton, en le contraignant à repenser des pans entiers de son économie, ce n’est pas anodin. La moindres des choses est que l’électeur en soit informé.

Que cette évocation soit censurée par crainte (heureusement discutable) d’une action judiciaire, c’est un fait plus grave qu’il n’y parait dans une République jusqu’ici réputée pour sa liberté de parole. Liberté de parole d’ailleurs largement usitée, jusqu’à fatiguer, par le politicien en question qui a conspué le ban et l’arrière-ban de la République à de réitérées reprises, sous couverture (transparente à force d’être élimée) de la défense du bien commun. C’est aussi la preuve éclatante de ce qui nous attend si par malheur nous commettons l’erreur d’élire de tels personnages, qui passent leur temps à insulter toute la République, mais ne tolèrent à leur égard que le lèche majesté, menaçant et censurant à la moindre égratignure d’un simple blogueur.

Un comportement totalitaire avant même d’être au pouvoir, il fallait oser.  Tant mieux, cela permet de le reconnaître plus facilement.

28/03/2013

Ces années sanglantes où la Suisse faillit éclater sous la menace du IIème Reich

Depuis quelques jours, on voit toute l’extrême droite de ce bout de pays courir à la rescousse d’un conseiller d’état valaisan pris la main dans le pot de miel. Quelques personnes naïves s’y laissent prendre et entonnent le refrain : « laissons-le faire ses preuves, pourquoi tant de haine, ce n’est qu’un drapeau anodin après tout ». Quelques petits malins enfoncent le clou en prétendant donner des leçons d’histoire pleines de morgue… Et enduites d’erreur : «  le IIème Reich n’était pas le IIIème, bandes d’incultes, faut pas tout confondre ».

Non, faut pas confondre. Ni tenter de berner le lecteur trop confiant. Parce que ce drapeau innocent a bel et  bien été aussi celui du IIIème Reich à ses débuts, durant deux ans. Puis il est resté celui de la Kriegsmarine, pendant toute la guerre. Or le Monsieur qui porte une queue de cheval dit lui-même l’avoir acheté en visitant un U-boot. Par ailleurs il est professeur d’Allemand. Censé être informé de l’histoire de ce pays et du sien. En principe.

C’est là que le bât rentre carrément dans la chair de l’âne. Parce que ce drapeau fut effectivement d’abord celui du IIème Reich, de l’unité allemande (contre la joyeuse pagaille décentralisée qui précédait), de Bismarck et de la guerre de 14-18. Durant laquelle la Suisse passa à deux doigts de l’éclatement. 7 000 Français de Genève sont morts dans les tranchées, mais aussi des milliers de Suisses. Après l’invasion de la Belgique neutre, plusieurs dizaines de milliers de Confédérés s’étaient engagés dans la Légion étrangère où ils se sont battus héroïquement contre l’hégémonie allemande, faisant du 1er Régiment Etranger le plus décoré de France. Parmi eux, un Neuchâtelois d’origine alémanique, Blaise Cendrars, qui y perdit un bras. Il n'est pas faux d'écrire que leur participation fut décisive et qu'en aidant la France, ils sauvèrent la Confédération d'une annexion pure et simple dans le IIème Reich.

Pendant ce temps en effet, un autre Neuchâtelois, Conrad Ulrich Wille, avait été élu général, commandant en chef de l’Armée Suisse, avec le soutien appuyé des 235 000 allemands résidant en Suisse orientale (dont l’ancêtre de Blocher), contre 68 000 français, presque tous à Genève. Né à Berlin dans une famille de collaborateurs du Roi de Prusse, Wille est marié à une comtesse von Bismarck, cousine du chancelier. Il va tout faire pour engager la Confédération aux côtés des Allemands, échouant de justesse à plusieurs reprises. Il masse ses troupes aux frontières françaises et italiennes et laisse le Rhin quasi sans défense, alors que les Prussiens ont envahi la France en violant la neutralité belge. Ses officiers supérieurs fournissent à leurs homologues allemands les codes de l’armée russe (et écopent gentiment de quinze jours d’arrêt…), il contribue au départ de Lénine, et surtout à au moins deux reprises, prépare des plans d’invasion de la France, stoppés in extremis par le Conseil Fédéral, qu’il insulte copieusement dans ses courriers privés. 

J’oubliais: le KronPrinz Guillaume est le parrain de son petit-fils. Conrad Ulrich est aussi le grand-père maternel d’Annemarie Schwarzenbach, écrivain morphinomane, amie d’Ella Maillart avec qui elle voyage en Afghanistan et surtout militante anti-nazie. Tandis que son oncle Ulrich Sigmund Wille (le père du filleur du Kronprinz) devenu à son tour Colonel commandant de corps, disputera sa fonction au Général Guisan, avec des intentions clairement pan-germanistes, voire pro-nazies vu les circonstances, au point qu’il sera finalement exclu de l’armée en 1942.

Bref, pour un partisan de l’indépendance jalouse du peuple des bergers contre l’emprise européenne, l’emblème semble mal choisi, qui fut celui du pan-germanisme ouvertement désireux d’avaler la Suisse, au moins dans sa partie alémanique.
Sauf bien sûr si c’est bel et bien son adoption comme signe de ralliement par l’extrême-droite nazillone européenne qui motive la présence de l’emblème dans la cave du Conseiller d’Etat valaisan. De même que son apparition à la télévision. L’ultime provoc à destination de ses nombreux fans dans les milieux racistes et identitaires : « Regardez, je suis au Gouvernement, avec ça chez moi. » Pure supputation bien sûr, mais peut—être bien la provoc de trop. A noter que même Marine le Pen ne tolère pas ce genre d’excès et exclut systématiquement tous ceux qui arborent des symboles d’une époque honnie.

On a donc ainsi officiellement en Suisse une UDC qui va plus loin que le Pen. Cela n’a rien d’anodin et les cris d’orfraie en défense du tribun à queue de cheval, réclamant le respect pour l’homme, sa fonction et ses électeurs, sont nuls et non avenus lorsqu’on voit la violence avec laquelle les mêmes milieux n’hésitent pas à conspuer les édiles en place, respectueuses du pacte républicain et du système confédéral. La condamnation en justice d’un rédacteur en chef valaisan qui avait laissé passer des rapprochements déplacés sur les origines communes entre le tribun à queue de cheval et le dernier chancelier du Reich prend soudain un goût amer.

Concrètement, cela n’est pas sans incidence sur nos prochaines élections cantonales. On sait que le nouveau Conseiller d’Etat valaisan a toujours été pour un rapprochement entre l’UDC et le MCG. Le soutien qu’il a reçu des membres de ces deux partis confirme au besoin qu’on est bien en présence de deux formations d’extrême-droite. Dans les blogs et sur Facebook, le débat est allé très loin, jusqu’à relativiser les crimes nazis, au prétexte de la colonisation, ou de la collaboration. Positions indéfendables. Qu’il existe des tueurs de vieilles dames, par exemple, ne réduit en rien l’ignominie d’un serial-killer violeur d’enfants… Ni la nécessité de mettre le mal hors d’état de nuire. Pour cela, le vote pour des formations démocratiques sans ambiguité apparait une impérieuse nécessité. 

26/03/2013

Traversée: le Conseil d'Etat ne lâche pas prise

La Traversée en 2030, c'est une excellente nouvelle, d'autant qu'elle serait gratuite, ou tout au moins payée par la Confédération. Elle a été annoncée en point presse par Michèle Künzler et François Longchamp dès la semaine dernière, confirmée ce matin par les responsables techniques de la question dans l'administration cantonale. L'élargissement de l'autoroute actuelle est prioritaire. Elle gagnera une, voire deux voies supplémentaires dans chaque sens,  pour des travaux qui devraient être achevés dans 7 à 12 ans... Le scoop, c'est que la traversée du Lac n'est pas morte et enterrée, tout au contraire.

Doris Leuthard et les responsables de l'OFROU (Office Fédéral des Routes) l'ont encore confirmé tout récemment. L'idée serait d'inclure le projet dans le plan de financement de l'achèvement des toutes nationales, en 2015. Pour une inuaguration, idéalement, en 2030. Je ne sais pas vous, mais moi je serai en retraite depuis déjà un paquet de temps. Mais pour l'économie lémanique et pour le quotidien des habitants du Grand Genève, c'est vital.

On a pu croire que le Conseil d'Etat  délaissait le projet, voire qu'il le faisait avec un certain plaisir, enfourchant avec délectation l'excuse "Berne n'en veut pas", pour éviter d'avoir à se coltiner une votation compliquée. Il n'en est rien.  Le Conseil d'Etat in corpore est bien décidé à aller de l'avant et nul doute que les trois élus PLR qui rempilent sauront faire passer le message dans le nouveau collège. Michèle Künzler, collégiale, s'est-elle in fine laissée convaincre par les arguments des techniciens ? C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter pour sa réelection et nous ne manquerons pas de le lui demander. 

 

On sait Pierre Maudet convaincu de longue date. François Longchamp, c'était moins évident. Mais depuis qu'il est responsable de l'urbanisme et des affaires régionales, il est appelé à se déplacer bien davantage et il nous confiait récemment combien il lui semblait urgent de désenclaver la rive gauche. Si Berne (et les chambres fédérales) se laissent convaincre, le contournement autoroutier de Genève serait bouclé avec de l'argent fédéral quasi exclusivement. Ce qui complique un peu la perspective d'y faire passer les transports publics. Les autobus où l'on circule debout ne sont pas admis sur les routes nationales, où la ceinture est obligatoire en tout cas. Rien n'empêche en revanche de prévoir suffisamment large dès le départ pour réserver des voies éventuelles aux  trasnsports publics.

Nul doute en tout cas qu'une telle traversée permettra de résoudre une bonne partie des problèmes de circulaton, de fluidité et de pollution du Centre ville. Vivement 2030...

 

 

22/03/2013

Budget & fiscalité: le consensus n'est pas mort, il est juste blessé

Sur son blog, puis dans Facebook, et finalement hier soir, devant l’assemblée des délégués du PLR, le sémillant Renaud Gautier a émis l’idée que nous étions en plein changement d’ère. Que le temps du consensus, qui a fait les beaux jours de la Suisse, était échu, et que celui des affrontements était venu. Quasiment classe contre classe. Il en a bien sûr rejeté la responsabilité sur la gauche, ce qui n’est pas entièrement faux. Mais force est de constater que ce discours, à l’extrême droite et notamment chez certain journaliste vedette de la Praille, il y a belle lurette qu’on le tient.

Plus piquant et plus évocateur, en bon gérant de fortunes, Renaud s’est placé sur le terrain du possédant, à qui la gauche entend faire les poches. Avec au besoin la complicité active du MCG, qui voit là un moyen commode de se placer auprès de son électorat populaire, tout en cognant comme un sourd sur la gauche bobo intello et internationaliste le reste du temps.

Renaud étant fort intelligent, son discours n’est pas faux. Il est juste partiel. Oui la gauche veut prendre aux riches pour donner à sa clientèle de pauvres et de fonctionnaires. Oui le MCG entend la concurrencer sur ce terrain, avec une clientèle différente, moins intellectuelle, plus petits entrepreneurs, lumpen prolétariat d’origine étrangère et agents de sécurité.

Ce sont là, des situations très classiques, déjà vécues en Europe et à Genève en particulier, il y a 80 ans. La principale différence étant le degré de violence, qui pour le moment reste anecdotique. Souhaitons qu’il continue à en être ainsi.  

Sur le fond, ce que semble oublier Renaud, c’est qu’en dehors de fortunes établies – et même pour celles-là – ce qui compte c’est moins le taux d’imposition que la possibilité de créer de la richesse, ou à l’inverse, la destruction de cette dernière, dans des conflits de toute nature, qui se traduisent -  toujours – par une forte aggravation de la pression fiscale et un rétrécissement considérable des écarts entre riches et pauvres. Sur ce plan d’ailleurs, si l’on se place d’un point de vue strictement égalitariste, on pourrait écrire que les guerres ont du bon. Ce qui serait oublier tout ce qu’elles ont de mauvais.

Pour être concret, voyons le budget comme le gâteau des dépenses publiques à partager, la fourniture des ingrédients étant à répartir entre les différentes catégories de contribuables. Il faut s’attendre à la diminution des réserves de fournitures, parce que l’économie occidentale péclote gravement, ce dont Genève ne pourra pas éternellement se tenir à l’écart. Pour maintenir coûte que coûte la taille du gâteau à répartir dans leur clientèle, la gauche et les populistes veulent augmenter la quote-part demandée aux fournisseurs, quand bien même ces derniers vont voir leurs réserves se réduire à cause de la crise. Ce qui risque de faire fuir certains fournisseurs et donc d’aggraver encore la pression sur ceux qui restent. De plus comme les frontaliers et les expatriés ont été désignés boucs émissaires, les socialistes et plus encore le MCG, veulent leur mettre des chicanes et des barrières. Ce qui immanquablement va nuire à l’économie, donc réduire encore les réserves de fournitures.

La pente naturelle, celle qu’incite à suivre le journaliste de la Praille et sur laquelle se laissent glisser plusieurs députés PLR, c’est de s’allier au populisme – de préférence l’UDC plutôt que le MCG - pour construire une majorité qui tienne debout et soit de taille à imposer ses choix au parlement. Et éventuellement ailleurs.
C’est une mauvaise idée. D’abord parce que le MCG et l’UDC, maintenant qu’ils sont à nouveau réunis (les fondateurs du MCG sont des transfuges de l’UDC), ne se laisseront pas séparer facilement. Le Conseiller d’Etat valaisan à queue de cheval a très concrètement briffé l’UDC genevoise sur ce point et comme il peut aujourd’hui faire figure de Guru à l’extrême-droite, ses conseils seront écoutés.
Ensuite parce qu’une majorité qui se construirait avec les populistes serait contrainte d’abonder dans leur sens. Soit en ponctionnant davantage d’impôts, soit plus probablement en concédant quelques barrières anti-frontalières qui vont nuire à l’économie, donc à la création de richesse et de fourniture, sans améliorer d’un iota la situation des Genevois. Au contraire, les Suisses de France – et les frontaliers, qui en ont le droit - vont avoir tendance à rentrer en Suisse, ce qui va augmenter la pression sur les loyers, et à grossir l’exode sur le Canton de Vaud, donc la baisse des recettes fiscales genevoises, sans améliorer le taux de chômage…

Dans tous les cas, les fournisseurs (= les contribuables) sont grugés : on tend à réduire leur nombre et l’état de leur fortune, tout en les ponctionnant davantage. Existe-t-il pour autant une alternative ? Pas sûr…

Si le PS s’entête dans son jusqu’auboutisme et si les verts refusent de se montrer lucides, le seul espoir des Genevois réside dans un score canon de l’Entente, susceptible de la rapprocher de la majorité au Grand Conseil et de la consolider au Conseil d’Etat. Ce n’est pas seulement l’intérêt des possédants, car les revenus de tout le monde dépendent de la bonne santé de l’économie globale, que les attitudes suicidaires du PS et du MCG menacent gravement. Sur ce point au moins, je suis entièrement d’accord avec Renaud Gautier. Le renfort des Verts Lib ou même des Pirates serait bienvenu, mais malheureusement, je crains fort que ni l’un ni l’autre n’atteignent le quorum et que donc les voix qui se portent sur ces deux petit partis soient des voix qui amoindrissent l’Entente et donc renforcent les populistes.

Maintenant, quel sera  dans les faits le niveau de la crise dans les deux, trois ou même cinq années qui viennent, nul ne peut le dire. Pas davantage que l’on ne peut chiffrer l’impact désastreux qu’auraient les mesures d’un populisme transversal, gauche-droite, victorieux, ou même simplement influent. Mais si la crise se révèle aussi grave que certains le craignent, les solutions d’économie et d’allègement de l’Etat ne suffiront pas (d’autant qu’elles sont elles-mêmes causes de baisse de croissance à terme) et il faudra aussi revoir l’assiette fiscale. C’est une question vitale pour la santé de l’équilibre social. Si l’on demande des sacrifices, il faut que ceux-ci soient répartis. Personnellement, je verrais assez dans les faits une sorte d’accord et d’engagement plus ou moins formel à se tenir prêts à gouverner sans dogme, ni d’un côté ni de l’autre, si ce n’est à maintenir un gâteau de qualité dans la mesure des ingrédients raisonnablement disponibles. Bref une gestion de bon père de famille, qui sait économiser quand les récoltes sont mauvaises, mais aussi se priver au besoin pour nourrir ses enfants. Sans en faire des enfants gâtés pour autant.

Un accord consensuel qui pourrait réunir l’Entente, les Verts et pourquoi pas les modérés au sein du PS et des populistes. François Longchamp l'a esquissé hier soir: "Si je devais choisir entre l'emploi et l'impôt, je choisirais l'impôt". Parce que les politiques anticycliques sont aussi de la responsabilité d'un gouvernement qui travaille à l'intérêt général.
Ce serait la logique bien helvétique du partenariat qui prévaudrait, plutôt que l’affrontement camp contre camp, à la française ou à la valaisanne…
Il n’est jamais trop tard pour entendre la voix de la raison.
Et pour mes amis du PLR qui ont peur que l’on vienne leur faire les poches, j’aimerais leur rappeler qu’il vaut mieux travailler à avoir de quoi les remplir ( = aux conditions cadre du fonctionnement économique et donc à lutter contre le protectionnisme) que de risquer d’oblitérer cette possibilité par crainte de perdre la monnaie qui y est déjà.  

05/02/2013

Métastases, Cancer et Genevoiseries

Le MCG n’a pas apprécié que je l’assimile, sur Facebook, à un cancer gangrénant la société genevoise. Une image, bien sûr, chacun sait qu’un cancer ne gangrène pas, il répand son fiel par métastases. La dernière en date est une plainte pénale à mon encontre, avant même que j’ai publié le présent texte dans mon blog. Une tumeur maligne qui prétend restreindre la liberté d’expression dans notre République, paralyser de terreur quiconque s’en prendrait, par la plume ou la parole, au sacro-saint parti. Un véritable rouleau compresseur : il y a quelques jours, un simple esclandre dans un bistrot a suscité, en quelques heures, des dizaines de prises de position indignées des membres dans tous les médias de la République et de la toile. Plus trois communiqués officiels de la direction du parti…

En vérité, mon analyse politique reste fort civile en regard des flots d’agressivité distillés par le MCG à l’égard de nos autorités, de la France et des frontaliers. J’ai conservé, dans un recoin de mes disques durs, les torrents de haine et d’injures déversés quotidiennement par les blogs d’Eric Stauffer il y a quelques années. Depuis, la tension n’a fait que monter. Le premier mégaphone du parti, Pascal Décaillet, n’hésite plus à parler de guerre. Il légitime de fait la détestation de son prochain. Comme si, à l’intérieur de la République, le respect était dû à quiconque, tandis qu’à l’inverse, il était normal de n’avoir que mépris, condescendance et peur à l’égard de ce qui vient d’outre-frontière.

A force de côtoyer d’autres politiciens, les semeurs de zizanie sont parvenus à répandre leurs métastases, partageant un ressentiment irrationnel à l’égard de notre grand voisin. Un réservoir de voix fanatisées, précieuses aux élections… Sans autre perspective qu’un conflit ouvert, qui nous ramènerait aux heures sombres de notre histoire, synonymes de blocus et de récession économique. Par notre faute, parce qu’un petit groupe irresponsable espère que cela renforce leur emprise sur la société genevoise.

Il y a certes des désaccords avec la France, qui réclame que son Etat de droit, sa fiscalité et ses lois soient respectées. Cela remet en cause certaines pratiques passées, dont la Suisse et Genève ont bien profité. Il y eut de part et d’autre des manquements graves, certains avérés comme la manière dont certaines banques travaillaient clandestinement et illégalement en France, d’autres suspectés, comme les tentatives d‘officines françaises d’ausculter les fichiers desdites banques. On reste néanmoins dans le dialogue à fleurets mouchetés entre Etats civilisés. Une partie d’échecs où l’on règle les désaccords financiers par des voies contractuelles ou diplomatiques, le cas échéant judiciaires. Il ne s’agit pas pour autant d’une guerre et heureusement pour nous, car la Suisse et Genève conservent tous leurs droits à s’exprimer et à justifier leur point de vue. Posément, sans l’agressivité jappante d’un chihuahua, même en manchon de fourrure, à l’égard du saint-bernard.

Cette posture anti-française est stupide. Nous traitons tous les jours, à chaque minute, des centaines, des milliers d’opérations diverses avec cet Hexagone dans lequel nous sommes si étroitement imbriqués. Que certains Français soient insupportables et prétentieux, ignorant des réalités genevoises et helvétiques, c’est indéniable. Toutefois, des abrutis, on en trouve tout autant à Genève. Les problèmes commencent lorsqu’on prend parti pour ou contre un abruti du seul fait de son passeport.

Voué à l’accession au pouvoir de ses dirigeants, comme tout parti, le MCG n’est ni altruiste, ni voué au bien de la population, ni préservé des copinages et des magouilles. J’ai déjà été approché par deux de ses élus, qui m’ont fait miroiter la même chose : « on est une vraie famille, on s’entraide, on ne se tire pas dans les pattes… » Ce qui effectivement change considérablement des habitudes libérales :-). C’est la même idée maffieuse de solidarité clanique qui leur sert de ligne politique : défendre les résidents contre l’ennemi non membre du gang, le frontalier. Et tant pis si les prises de position qui en résultent se contredisent entre elles : le but n’est pas de les mettre en œuvre, les contradictions deviendraient vite évidentes, mais juste de ramasser des voix. 

Ainsi, le MCG ne veut ni augmenter les impôts, ni réduire les prestations aux très nombreux fonctionnaires genevois. Pour payer, il prétend sacrifier la culture. Ce qui jetterait au chômage quelques milliers de résidents… Pas grave on leur trouvera du travail à la place des frontaliers… Le non-résident, voilà l’ennemi. Sauf que plusieurs dizaines de milliers de nouveaux non-résidents à passeport suisse votent désormais à Genève… Alors on se contorsionne pour différencier le méchant frontalier français sans droit de vote du gentil frontalier suisse qui vote... Pourtant ce que reproche le MCG aux frontaliers, c’est de bénéficier de conditions de vie nettement meilleur marché en France. Ce qui est autant le cas des frontaliers suisses que des frontaliers français… Sans oublier que les Vaudois ne paient pas un sou d’impôt à Genève, tout en résidant eux aussi dans des contrées moins chères. Mais non, le frontalier français, voilà l’ennemi !

Pour le MCG et son mentor Décaillet, les bilatérales et la libre circulation sont le diable… Drôle de diable, qui a permis à Genève de rester en croissance, tandis que la crise de 2007 terrassait le reste du monde et notre géant voisin. Bilatérales et libre circulation n’ont pas que des avantages, nobody’s perfect, mais sans elles, où en serions-nous ? Entre 1992 (rejet de l’EEE) et l’entrée en vigueur de la libre circulation, la Suisse a progressé moins vite que ses voisins. La récession menaçait et le chômage grimpait. Parce que nous vivons de notre commerce avec nos voisins. Jusqu’en 92, la Suisse avait caracolé en tête, sortie intacte de la guerre, puis profitant de ses échanges avec l’Europe à six en pleine croissance des Trente Glorieuses. Sauf que les règles et le contexte économique d’alors ont changé.

La Suisse ne peut pas décider seule des règles du jeu, surtout après avoir refusé de participer au comité d’élaboration des règles. Bien des observateurs se demandent pourquoi elle semble la cible numéro un, là où le Luxembourg et d’autres s’en sortent... C’est pourtant limpide : ces autres-là sont membres de l’UE. Ou, plus lointains, protégés par un des supergrands acteurs économiques du monde : USA, Chine, Ligue Arabe… pas la Suisse. Nous sommes seuls et sans ami, par notre seule et unique faute. Le prix de l’Alleingang et d’une certaine suffisance… Beaucoup plus grave, le gros du savoir-faire industriel occidental a été transféré dans des pays à moindre coût. Ce qui a permis à ces pays de booster leur développement et peu à peu de nous rejoindre. Genève, si elle veut maintenir son niveau de vie, donc ses coûts de personnel astronomiques en comparaison internationale, n’a qu’une seule issue: haut de gamme, forte valeur ajoutée et technologies de pointe.

Cela nécessite du personnel de haut niveau, que la main d’œuvre locale ne suffit pas à fournir. Des gens qu’il faut loger. Sans la libre circulation, qui permet à des européens de s’établir dans le Genevois français pour travailler en Suisse, la réussite économique de ces dernières années serait impossible. La situation de l’immobilier ne serait pas meilleure, car on n’aurait pas construit davantage. Par contre, quelques dizaines de milliers de Suisses n’auraient pas pu s’établir dans le Genevois français. Ils pèseraient bien davantage sur le marché genevois que les quelques milliers d’expatriés qui se sont logés à Genève dans le même laps de temps. Parce que même si la population indigène croit peu, la demande de logement augmente bien plus vite: des familles divorcent (et il faut deux grands apparts pour recevoir les enfants) ; des enfants quittent la maison (mais les parents restent dans le grand appartement loué au prix d’il y a 30 ans) ; même les veufs ou les veuves restent dans les grands appartements (pour ne pas payer plus cher pour plus petit…)

Pour les gens d’ici qui n’ont pas les capacités ou la formation nécessaire à cette course à la qualité, il faut développer des emplois adaptés. Mais cela coûte, et mieux vaut pour y faire face avoir une économie qui ne fonctionne pas au ralenti. Ce qui adviendrait avec le MCG : si l’on abandonne le terrain de l’excellence, ou si l’on se coupe de nos débouchés, qui restent principalement et d’abord les marchés voisins, on se replace dans la même catégorie que nos voisins, avec les mêmes résultats, peut-être même pires, car nos produits resteront plus chers. En fait depuis les années 30, on n’avait plus vraiment vu de parti en mesure d’accéder au gouvernement qui soit prêt à pratiquer la politique du pire pour asseoir son pouvoir, au détriment de l’intérêt général.

Même sur le plan de la sécurité, le MCG ment. Tout le monde connait les clefs d’une amélioration: aggraver les peines, créer des places de prison et augmenter la présence policière dans la rue. Le premier dépend de la justice, donc des lois, pour l’essentiel fédérales. Le poids du MCG en la matière est quasi nul. Les places de prison, le Gouvernement s’y emploie. Reste la présence policière. Genève sous-traite depuis des siècles sa sécurité à du personnel ne venant pas du Canton. La proportion de policiers valaisans ou fribourgeois reste considérable, mais ils ne sont plus assez nombreux. Des auxiliaires frontaliers permettraient de résoudre les problèmes de recrutement au meilleur prix. Mais le MCG ne veut pas en entendre parler, agissant en syndicat de gendarmes plutôt qu’en parti politique soucieux de l’intérêt collectif. En plus de la peur irrationnelle du géant voisin qu’il distille par tous les pores de la peau.

Pourtant, comme l’écrivait Denis de Rougemont, c’est dans l’Europe que pourront le mieux se construire et se préserver les autonomies régionales. On vient de découvrir les premières conséquences de cette animosité vindicative : des dents cassées à Argentières… Dans tous les aéroports du monde, les hôteliers utilisent des navettes pour amener leurs clients depuis l’aéroport et vice versa. Sauf à Genève, où l’on voudrait imposer aux hôteliers savoyards le recours, à prix d’or, à des taxis suisses. Ce grâce à l’intervention surmédiatisée d’Eric Stauffer, qui a obtenu la mise en place permanente d’un agent de sécurité à l’aéroport... Au lieu de régler le problème par une négociation régionale et par l’accès réservé à un parking d’attente pour des navettes dûment enregistrées. Car les navettes n’étant pas des taxis à la demande, ne doivent pas relever des mêmes lois. Par ailleurs, pour la jurisprudence fédérale, les sociétés de transport non-genevoises n’ont pas à payer de taxes dans le canton de Genève…

Il est illusoire de penser qu’un britannique lambda payera 400 CHF un taxi pour aller skier à Chamonix, plus cher que son vol depuis Londres ou Glasgow. La région et l’aéroport risquent juste de perdre un client. Qui en principe est Roi, sauf avec le MCG aux commandes.  Une concertation avec nos voisins aurait permis de lever les lièvres subsistant de part et d’autre (par exemple la tva en France pour les taxis genevois, prélevée à bien plaire…). Au lieu de cela, à cause du MCG, on saisit la lorgnette par le petit bout et l’on en fait une lunette de visée, pour tirer sur les voisins. Parmi lesquels  il y a aussi quelques excités, qui ne peuvent que riposter. Tout laisse à penser que c’est exactement ce que cherche le MCG : envenimer les choses !

Eric Stauffer a foncé tête baissée, sans regarder devant, derrière, ou sur les côtés, juste le bout de ses pieds. Comme lors de ce débat sur Facebook, à propos de la fusion des caisses de pension. Après soixante commentaires de divers politiciens, Eric Stauffer intervient pour prétendre que le MCG, en 2005 déjà, dénonçait le scandale… Et là surprise, les textes qu’il colle parlent tous de… l’assurance maladie !  Atteindre un tel degré de confusion mentale en public, il n’y a qu’au MCG qu’un leader politique peut se le permettre sans conséquence. La dernière « acquisition » du MCG confirme la règle. L’ancien N°2 de la police cantonale – et à ce titre au courant de tout, avant tout le monde – explique ainsi qu’il n’aime pas trop les radicaux qui soutiennent l’Etat… Mais dit entrer au MCG pour soutenir la fonction publique ! Il confesse aussi « ne pas aimer être commandé »… Après avoir choisi de servir dans un corps à la hiérarchie militaire !  

Il y a une catégorie de politiques dont il faut se méfier par-dessus tout, ce sont les politiques à vocation messianique. Eric Stauffer en est l’archétype, parfaitement contraire à la mentalité helvétique au demeurant, puisqu’il semble affligé d’une idée fixe : faire en sorte que sa tête dépasse… Ce qui lui vaut un certain succès parmi les déçus de la prospérité générale. Dès lors, il devient inutile de chercher à évaluer les véritables capacités du bonhomme, même si son passé dans le privé et ses nombreuses faillites les laisse supposer relatives… L’admiration que lui vouent ses fidèles repose sur un acte de foi, sur la crédulité qu’il parvient à engendrer chez eux. C’est dangereux. Très dangereux. A fortiori quand un parti populiste tel que le MCG cumule chef messianique et enracinement anormalement élevé au sein des corps armés en uniforme. Même en retraite.

 

 

 

PS: Pour ce qui concerne l'affaire des horions d'Argentières, j'ai depuis reçu le très intéressant éclairage ci-dessous, apporté par un taxi de mes amis, responsable syndical, que les intéressés reconnaitront :  

Je rebondis en quelques mots sur ton texte afin d'apporter quelques compléments qui te permettront de mieux cerner la problématique des transporteurs professionnels à l'aéroport.
Les taxis genevois n'ont jamais demandé ni bataillé pour la suppression ou la diminution d'une saine concurrence dans le domaine du transport de personnes.
Tout au plus demandons nous l'applications des règles élémentaires qui assurent la loyauté d'une telle concurrence.
Tu seras peut-être surpris d'apprendre que les taxis français se joignent à nos revendications pour dénoncer ces transporteurs sauvages qui sont pour la plupart des sous-traitants en provenance d'Angleterre, l'Italie, de Pologne et de Lituanie. Les chauffeurs n'ont pas de permis professionnel et seraient susceptibles d'être attaqués par les assurances en cas d'accident. Ils ne paient pas les émoluments prévus par les différentes lois et règlements nationaux puisqu'ils ne sont pas déclarés. Ce qui nous mène dans la situation absurde où les services en charge de l'application de la loi (Scom) ne sanctionne que les administrés enregistrés qui jouent le jeu et se prétend incompétent pour traiter les tricheurs. La coopération trans-frontalière avec l'URSAF est difficile, mais les contacts sont pris et les douanes semblent jouer le jeu.
Je suis en contact avec A. Vieillard pour essayer de trouver des solutions d'harmonisation qui permettraient de lisser les différences qui faussent la concurrence entre les divers acteurs. J'ai évoqué les conventions qui régissent la zone franche sans les connaitre, mais avec l'idée qu'elles pourraient être mises à jour et englober ces aspects.
Certes la légalité de l'encaissement d'un émolument pour la prise en charge de clients à l'aéroport est susceptible d'être remise en compte par des recours, notamment sur la base de ce qui s'est fait dans le cadre de la LMI. Le TF a donné raison aux confédérés contre le prélèvement d'une telle taxe.
Pourtant il est important de mettre en place des structures sur le site de l'aéroport qui permette le contrôle de l'activité ne serait-ce que pour garantir la sécurité des passagers qui font, en toute bonne foi, appel à un transporteur censé être légal, assuré et équipé. Ces structures et leur exploitation ont un coût qui doit être pris en charge par les prestataires. Les taxis genevois ont récemment fait des propositions pour participer à ce financement. Ils sont aussi concernés par des manquements à la LTaxis, notamment les refus de petites courses pour n'évoquer que le plus scandaleux.

Je partage tes inquiétudes sur la montée du MCG ainsi que la plupart de tes remarques à leur sujet.
Je suis aussi parfaitement conscient que Stauffer utilise les taxis pour avoir plus de visibilité.
Nous ne sommes pas dupes, comme j'ai eu l'occasion de le relever à Léman bleu. Cependant, nous avions besoin d'un relai politique au CA de l'aéroport pour dénoncer ces irrégularités avec un minimum de chance d'être écoutés, à défaut d'être entendus.
Je travaille sur ce dossier depuis plus de 4 ans en commission consultative. Nous avons noirci des tonnes de papier pour rien. Il a suffit du coup de gueule du troublion de la république pour qu'enfin les autorités bougent.
Je trouve ça parfaitement scandaleux. Et je passe pour un faible aux yeux de la profession parce que je n'ai pas voulu favoriser le rapport de force et les coups d'éclats.

24/01/2013

De Bamako à Tombouctou, touareg et islamistes

Il y a un problème targui. Ou touareg au pluriel. Ou tamashek, dans leur langue. Ou encore « hommes bleus » du nom de la teinture indigo qu’ils utilisent à grande échelle pour leurs habits traditionnels. Mieux que des habits blancs, elle préserve leur taux d’humidité corporelle face à l’implacable soleil de ce Sahara qu’ils sillonnent depuis toujours. Mais l’occident – et la France – auraient tort de se laisser embrigader sans trop réfléchir, comme en d’autres temps, derrière un discours de pure propagande, c’est-à-dire largement mensonger.  

Les leaders du MLNA, qui parcourent actuellement l’Europe ne sont pas des petits saints. Il existe une grande perméabilité de leurs militants et combattants avec les islamistes d’ Ansar Dine et s’il fallait classer ces deux groupes sur l’échiquier politique genevois, je dirais que l’un serait l’UDC et l’autre le MCG… Des nationalistes d’extrême-droite, très actifs mais minoritaires au sein même des populations touareg et qui n’en possèdent pas moins la déplorable habitude de se considérer comme « le peuple ».

La différence entre les deux, c’est leur degré d’islamisme. Les uns sont des fous de dieu, les autres plutôt des nationalistes classiques. Sauf que le peuple touareg est une ethnie, éventuellement un groupe de tribus nomades, mais en aucun cas une nation et encore moins un Etat, ce qu’il n’a jamais été. Contrairement aux empires songhaïs ou plus généralement mandingues qui sont les véritables maîtres du Nord Mali et de ses villes depuis l’époque romaine. Car le Mali est, en Afrique de l’Ouest le pays où l’on trouve les sources historiques – c’est-à-dire écrites – les plus anciennes.

D’abord, les touareg sont des blancs, à l’origine, cousins des Tamazighs et autres schleus d’Afrique du Nord. Le fait d’avoir conservé leur spécificité visible au fil des siècles et au sein de populations nettement plus colorées, en dit assez sur la vigueur de leurs attachements tribaux. Mais lorsque certains africains noirs les accusent d’être des suprémacistes, ils n’ont pas complètement tort. Même si le racisme est rarement à sens unique.

Grossièrement, les touareg sont des nomades, les maîtres des caravanes qui transportent l’or, le sel et les esclaves - généralement noirs – à travers le Sahara depuis plus de 2000 ans. Cela crée des liens, pas toujours amicaux, surtout lorsque les uns ont tendance à être les esclaves et les autres les esclavagistes. Mais les touareg n’ont pas vraiment de territoire à eux. Ou plutôt, ils nomadisent au sein d’un immense territoire s’étalant sur plusieurs pays, principalement le Mali, la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, le Niger, le Nigéria et le Burkina Faso. Mais on trouve des commerçants touareg jusqu’au bord de la mer à Lomé ou Abidjan.

Dans leur immense territoire, il y a des villes. Notamment au Mali, le long du fleuve Niger et près des mines d’or. Qui sont peuplées d’ethnies noires, non touareg, depuis plus de 2000 ans pour certaines. La population touareg représente environ 12% de la population du Nord Mali. 12% seulement. Même si cela se pratique encore malheureusement en certaines régions du monde, il est illusoire et réactionnaire de prétendre diriger un pays sur des bases ethniques, religieuses ou séparatistes culturelles, à fortiori lorsqu’on ne représente que 12% de sa population et qu’une toute petite partie de ses activités économiques : soit la guerre et le commerce. Tandis que les peuhls sont éleveurs, les songhaïs pêcheurs, cultivateurs, mineurs etc. Mais surtout urbanisés.

Les touareg sont incontestablement un peuple fier, doté de coutumes attachantes. Mon ancienne professeure de l’Ecole Pratique, Germaine Tillion, était intarissable sur les coutumes berbères. Leur connaissance du désert est infinie. Ils en ont bien profité des années durant, à l’époque du Paris-Dakar, servant de guides à toute l’organisation. Des fortunes s’y sont faites. Puis le Dakar a changé de cieux, non sans conserver le nom de Dakar d’ailleurs, alors qu’il ne met plus les pieds en Afrique, ce qui est clairement un scandale. Perte sèche pour les touareg, dont certains se sont radicalisés et ont pris les armes.

Leur chef historique était un ancien guide du Dakar, il était super-copain avec des floppées de journalistes et d’aventuriers français, tout est parti de là. Lorsqu’il a pris les armes contre le gouvernement malien - non sans raison d’ailleurs car les touareg étaient à l’époque ostracisés par Bamako – il a été soutenu. Depuis, le Mali a fait énormément pour le Nord, les nordistes et les touareg en particulier. Avec le soutien financier de l’Union européenne, plus de 170 millions d'euros ont été déversés sur le nord, en infrastructures, ce qui est considérable. Des centaines de touareg (sur une population de cent cinquante mille personnes, soit 1% de la population malienne totale) ont accédé à des postes d’officiers supérieurs, de présidents ou directeurs d’entreprise publique, etc…

La grande majorité des touareg sont aujourd’hui bien intégrés dans la société malienne et fiers de l’être. L’Islam qu’ils pratiquent reste empreint de pratiques traditionnelles préislamiques et leurs femmes demeurent bien plus libres que dans les strictes pratiques arabes. Exactement comme pour l’ensemble des communautés noires islamisées du Sahel et d’Afrique de l’Ouest. En ces contrées, l’islamisme n’est pas comme un poisson dans l’eau. Culturellement et malgré la pauvreté ambiante, l’Islam pacifique résiste.

Même si c’est difficile, si l’avenir semble bouché et malgré les milliards déversés par les wahhabites depuis bientôt cinquante ans. Ce qui a permis d’ouvrir des milliers de petites mosquées dans le moindre village, de Tombouctou à Lomé. Une tentative de colonisation des sols et des esprits auxquels participent fort activement certains frères genevois et musulmans, soit dit-en-passant.  Sous couvert d’un Islam moderniste et responsable bien sûr, restons civilisés, sauf que lorsque la question devient militaire, ils condamnent clairement l’attaque portée contre les fous de dieu. Comme leurs autres frères égyptiens.

D’une manière ou d’une autre, le Mali comme tous les Etats d’Afrique, a urgemment à se préoccuper de sa décentralisation. Une vraie régionalisation, sur un mode fédéral serait souvent LA bonne solution aux problèmes ethniques et c’est aussi indispensable que le panafricanisme. Le modèle centralisé français n’est pas le bon modèle au plan administratif, et l’Afrique met du temps à s’en apercevoir. Elle a quelques circonstances atténuantes puisque mes chers compatriotes français ne s’en sont toujours pas aperçu non plus. Ou plus exactement le centralisme jacobin a fonctionné au prix de près d’un siècle de massacres et de vexations, depuis les chouans jusqu’à l’interdiction des langues locales dans l’école laïque et obligatoire de Jules Ferry.

Le Mali doit achever de régler sa question touareg et le faire dans le respect et la mise en valeur de ses minorités. Même si le fait que les touareg partagent le territoire avec d’autres complique diablement les choses. Et même si les fachos laïcs du MLNA potes avec les islamistes d'Ansar Dine ont fusillé ou égorgé en une journée près de 200 soldats maliens qui s’était rendus, il y a un an à Tessalit. La vengeance est mauvaise conseillère, en plus de n’être ni islamique, ni chrétienne, ni humaniste.

21/12/2012

Depardieu et les Banques de Milan

Nous sommes gentiment en train de passer de "Tout va très bien Mme la Marquise, et donnons leur de la brioche" à "Tout ce qui a de l'argent et en gagne beaucoup est méchant, pourri et condamnable. Sauf moi!"

Le glissement est assez progressif et s'explique aisément. Trente années d'excès d'ostentation des riches, au milieu d'une classe moyenne qui galère ou même s'appauvrit, cela laisse forcément des traces et crée de l'animosité. A fortiori lorsque les magouilles nombreuses explosent à la surface.

Les banques sont ainsi devenues le Grand Satan, le mal absolu. L'histoire de Milan est significative. Parce que dans ce cas, au contraire de toutes les histoires nauséabondes sorties ces derniers temps, la malversation est quand même très relative. 

1) la restructuration de la dette conclue à l'époque l'a été entre personnes libres et consentantes et l'on peut supposer que la Mairie de Milan, ville la plus riche d'Italie, a les moyens de se payer un excellent conseiller financier quand elle négocie un prêt de plus d'un milliard et demi. Si elle ne le fait pas, elle est en tort.

2) le prêt restructuré en question présentait un meilleur taux, mais en échange une part de risque. Ce risque était connu et annoncé et il est impossible que la mairie de Milan n'ait pas pris sa décision en connaissance de cause. Par contre, ce que personne n'avait prévu en 2005, c'est l'effondrement catastrophique des valeurs en 2007 qui a déréglé le système.

Que les banques en aient tiré profit, cela prouve juste que leurs conseillers étaient meilleurs que ceux de Milan. Qu'elles aient accepté de rendre 455 millions car il est effectivement injuste que certains tirent profit d'un changement de paradigme imprévu (encore que pas imprévisible) c'est correct. Mais qu'elles soient encore poursuivies ensuite sous prétexte que les banquiers sont les méchants, là on sort d'un cadre équitable et ce que la justice italienne va juste arriver à faire, c'est renchérir le coût du crédit pour les collectivités publiques. Parce que les prêteurs vont devoir inclure des frais d'assurances juridiques supplémentaires. 

 

C'est la même chose pour Depardieu. Je n'aime pas les stars qui surjouent dans la vie, pire qu'au cinéma. Comme Depardieu ou Delon, autre exilé fiscal notoire, qui lui au moins avait le bon goût d'hésiter entre Genève et la Belgique. Au point de ne plus trop bien savoir où il immatriculait ses Porsche...  Mais Depardieu n'a rien fait d'illégal. Déménager ailleurs que dans on pays d'origine, qui plus est au sein de l'UE pour un citoyen européen, c'est un droit qui devrait être inaliénable. Que ce soit pour chercher fortune, ou pour protéger la sienne, c'est un choix personnel. Lorsque Omar Porras décide de s'établir à Genève pour faire vivre son art, parce qu'il estime qu'il trouvera là de meilleurs conditions pour y parvenir - notamment des conditions matérielles - il fait un choix que personne à gauche n'oserait contester. 

Que Torreton rentre dans le cadre du gros Gégé alors que lui-même a profité plus d'une année d'un revenu de plus de 4000 euros par mois en tant qu'élu parisien alors qu'il n'habitait plus Paris et n'a pas mis une seule fois les pieds au conseil où il était censé siéger, c'est très symbolique. Que le même ose prétendre que Depardieu finance ses films avec l'argent du contribuable, alors que c'est l'inverse, soit le succès des films de Depardieu qui participe au financement de plus de 300 films français déficitaires par année, cela devient grotesque. Mais ça marche. Lorsque l'hallali du lynch médiatique et populaire a sonné, n'importe quelle accusation fonctionne. 

Depardieu est riche parce qu'un paquet de gens ont choisi, sans aucun pistolet sur la tempe, d'aller voir ses films. Ce qui n'a rien que de très honorable, en dehors du fait que cela ne lui donne pas le droit de conduire bourré ou de faire pipi dans les avions.

Les délires socialo-patriotiques de certains élus de gauche dans ce contexte sont insupportables. Tout le monde aime l'argent et personne ne le partage de gaieté de coeur avec n'importe qui. Or un Etat, c'est vous et moi, mais aussi n'importe qui. Cela prend des mesures sympas et d'autres qui nous déplaisent. Mais c'est la démocratie. Qui doit rester la seule mesure et le vrai régulateur de la fiscalité. Pas la concurrence fiscale, qui génère un paquet d'effets pervers: les états bénéficiaires, généralement petits, peuvent alléger leurs charges, tandis que les perdants (les gros) doivent augmenter les leurs. C'est le contraire d'une régulation. En revanche ce qui est vrai, c'est que trop d'impôt tue l'impôt, étrangle l'économie. L'Etat doit réduire son train de vie d'Etat. Mais seule l'élection et la réélection peuvent être les juges de paix du taux d'imposition. En se souvenant tout de même que si les très riches paient davantage au cours de la vie, ou au moment de la transmission, les classes moyennes seront moins ponctionnées et l'économie globale ne s'en portera que mieux (au contraire de l'écologie d'ailleurs) par la croissance de la consommation. 

Pour y parvenir, il y a une solution très simple, qui se trouve d'ailleurs être la seule raisonnable dans la situation d'interdépendance étroite qui unit tous les Etats de la planète, à fortiori en Europe: davantage d'intégration, davantage d'Europe, davantage de gouvernance mondiale et d'harmonisation fiscale et moins de souveraineté nationale. Ce qui ne signifie pas moins d'autonomie locale dans la plupart des domaines. Le problème, c'est que pour d'obscures raisons, la majeure partie de la gauche comme de la droite sont aujourd'hui convaincues - contre toute logique - que l'alleingang national et patriotique est la meilleure solution. C'est la pire. Je souhaite juste tous les jours que nos enfants - et nous mêmes - n'aient pas trop à en pâtir. 

 

15/12/2012

Suisse-UE, banques: quand Nidegger se tire une rafale dans le pied

J'ai bien souri en découvrant la dernière bourde d'Yves Nidegger, qui démontre, dans la Tribune de Genève de vendredi, l'exact contraire de ce qu'il veut dire et ressasse depuis des lustres en matière d'Europe et d'évasion fiscale. J'ai ri jaune en revanche en constatant qu'une fois encore, à lire les commentaires, l'extrême-droite pouvait bien anoner les pires âneries, elle disposait d'un socle assez épais de convaincus qui criaient "rouge" quand c'était écrit "bleu" du moment que leurs leaders même pas charismatiques le leur demandait... Heureusement, c'est la même chose à l'extrême-gauche, alors ça équilibre :-)  

Résumons, Nidegger nous sort un extrait d'un rapport du sénat français sur le secret bancaire qui explique et là je cite Nidegger :

" Le plus choquant c'est le but avoué des Français, à savoir de nous attaquer pour atteindre d'autres pays membres de l'UE comme le Luxembourg et l'Autriche. Cela montre que le grand public, la classe politique et les médias ne vont pas assez loin dans leur analyse: ils continuent de croire que la croisade morale pour une fiscalité honnête serait le vrai motif de ce qui nous arrive."

Or précisément, le fait qu'un Etat membre de l'UE passe par la Suisse pour atteindre le secret bancaire et les membres de l'UE qui l'utilisent prouve deux choses. Les deux infirment les stupides théories de l'UDC:

 1) le but premier et ultime de la croisade est bel et bien le secret bancaire et l'évasion fiscale. Ce n'est pas la Suisse parce qu'on serait méchants ou riches qui est visée, mais un système qui dépouille les démocraties de leurs ressources. Du coup les démocraties en sont réduites à imposer davantage leurs classes moyennes qui n'ont ni les moyens ni l'opportunité de faire de l'évasion. Ce qui déstabilise toute la société occidentale, y compris la Suisse à terme.

2) la France manque de munitions à l'égard de membres de l'UE. Donc elle attaque le maillon faible d'une alliance de petits pays défendant le secret bancaire. Ce maillon faible, c'est évidemment celui qui n'est pas protégé par l'UE. CQFD. Si nous étions rentré dans l'UE, ou même dans l'EEE, nous aurions eu droit à davantage d'égards et nous aurions pu peser dans les décisions. De plus, l'UE n'aurait pas le sentiment de se faire piller par un pirate étranger. L'UDC devrait savoir que de se faire plumer par un étranger, pychologiquement, c'est bien pire que de voir un associé utiliser habilement les règles définies en commun.

 

Au passage, il est judicieux de rappeler que l'alliance des petits pays pratiquant le secret bancaire, y compris à l'intérieur de l'UE, à largement été suscitée par la Suisse et qu'elle a plutôt bien fonctionné, comme défense visant à retarder l'attaque. Le Conseil Fédéral et l'ASB sont loin de rester inactifs et comme le rappelait fort justement à la RTS David Hiler - par ailleurs opposant assumé du secret bancaire : il fallait trouver le temps d'aménager une solution pour ne pas laisser honteusement en rase campagne des gens à qui nous avions promis protection. Ce temps a été mis à contribution pour conclure honorablement des relations commerciales qui n'avaient plus lieu d'être. Même si Rubik ne devait avoir qu'un temps (car il est d'ores et déjà une réalité, même partielle), il aura au moins servi à cela. Dorénavant, place à l'avenir et à une place financière propre.

Tout cela démontre aussi que les cris d'orfraie d'une journaliste par ailleurs talentueuse qui s'époumone à rappeler sans cesse l'existence du Delaware et de Singapour sont largement dépassés. L'objectif des grandes économies de la planète et notamment de la France, mais pas que la France est de mettre fin à une concurrence fiscale échevelée qui cause davantage de dégâts qu'elle n'apporte de bienfaits. Avec l'appui éclairé des organisations internationales, et des sommets du G20 ou de l'OCDE, les choses se mettent en place peu à peu, comme je l'ai montré dans mon film "Le Secret des Dieux". Il ya belle lurette que tous les transferts de fonds qui ne s'effectuent pas en cash dans une mallette sont sous l'oeil de Big Brother. Et même les mallettes, lorsqu'il s'agit de les remplir, ça laisse des traces de nos jours. Ceux qui croient avoir déménagé clandestinement leurs avoirs à Dubai ou à Singapour, plutôt que de choisir de les régulariser, ne vont pas tarder à l'apprendre à leurs dépens.

Cela prend du temps, c'est compliqué, il y a des intérêts nationaux à ménager et de puissants intérêts privés qui jouent la montre. Mais in fine, on y vient et l'on s'en rapprochera toujours davantage. Même les trusts ne sont pas éternels. Parce que la concurrence et l'évasion fiscales mondiales présentent un inconvénient majeur: étendre démesurément l'échelle des revenus en constituant une classe d'hyperriches hors d'atteinte. Enfin presque hors d'atteinte, l'extradition aux Etats-Unis d'un milliardaire accusé de meurtre au Guatemala est un excellent signal: l'argent, même kolossal, ne peut plus tout acheter.  

Sans forcément croire en la main invisible, on décèle aisément dans l'Histoire - pas seulement économique - des mouvements de balancier qui tendent à réduire les trop grands déséquilibres. Celui de l'ascenseur pris par l'échelle des revenus dans le monde depuis trente ans en est un. Que l'UDC, le MCG, MMes Nidegger et Poggia le veuillent ou non, le secret bancaire et la concurrence fiscale exacerbée qu'on a connu sont condamnés par l'Histoire. Si l'extrême-droite veut mener son combat d'arrière-garde, c'est son droit. Mais elle doit être consciente qu'alors, elle nuit gravement aux intérêts du pays et de ses habitants, dans l'unique espoir de victoires électorales personnelles. Exploiter le sentiment patriotique naturel, la fierté brute et l'exaspération, ça rapporte au début, mais moi, à leur place, j'éviterais de parier trop longtemps sur la bêtise des gens. 

En revanche, j'ai trouvé habile la proposition de Nidegger d'offrir à l'UE le cautionnement par la Suisse de la dette grecque, dans le cadre d'un accord global à négocier. Pourquoi pas. Cela permettrait à la Grèce d'abaisser considérablement ses taux d'intérêts, avant même d'avoir eu à débourser le moindre centime. A voir bien sûr ce que l'on obtiendrait en échange. Mais quand elle le veut, l'UDC semble découvrir ce que négociation veut dire: donner et recevoir, dans le cadre de rapports de force et en fonction des monnaies d'échange à disposition. Pas juste faire le hérisson devant la roue du camion...

 

 

08/12/2012

Suisse, France, Europe : les fausses conclusions de l'AGEFI

Dans l’Agefi, que nous lisons à nouveau depuis que Grégoire y travaille, François Schaller s’est récemment fendu d’un édito indigne de sa fonction de rédacteur en chef d’une feuille économique. Il commence par le rappel bienvenu d’un constat oublié : les dix premières années qui ont suivi le rejet populaire de l’EEE ont été catastrophiques pour la Suisse. « Croissance anémique » rappelle-t-il au point qu’il a bien fallu conclure les bilatérales, qui ont renversé la tendance, plus que brillamment.

C’est là que Schaller joue à Mandrake le Magicien en escamotant les vraies causes du redressement spectaculaire qui a suivi, du selon lui à de sérieuses réformes qui auraient modifiées la société suisse en profondeur…  La bonne blague ? Quelles réformes ? Qui en a le souvenir ? Oui, la société suisse a su contenir ses dépenses plutôt que de faire tourner la planche à billets en s’endettant. En même temps, la principale force de la Suisse tient justement au fait que l’argent – des autres - y circule en abondance et s’y prête à des taux d’intérêts relatifs qui sont inférieurs à ce qu’ils sont ailleurs. Au point que même les pays de l’est venaient emprunter en Francs Suisses. Un loyer de l’argent moins cher, ça aide l’entrepreneur à investir et le consommateur à consommer. Sauf que c’était rendu possible par le secret bancaire et qu’il va maintenant falloir faire sans.

Oui la société suisse, une fois les bilatérales – et la libre circulation - acquises est parvenu à maintenir ses parts de marché à l’export et même à les développer. Oui nos entrepreneurs sont plutôt bons, et nos employés ne rechignent pas à bosser 42,5 heures par semaine (avec une productivité horaire nettement inférieure à celle de la France ceci dit), mais tout cela existait avant.  Les conventions collectives existaient avant. Le système social de charges sociales suisses, qui fait payer l’assurance maladie par l’assuré, à prime fixe une fois le salaire reçu, existait avant.  Tout ce fatras administratif français (ou italien) qui fait que 60% de ce que coûte un employé à son patron part en charges collectives alors que c’est 30% seulement en Suisse, cela existait avant. Le fait que l’on puisse virer très facilement un employé (ceux de l’ancienne AGEFI s’en souviennent), ce qui fait que du coup, on embauche plus facilement, cela existait avant. Les lois sur le travail qui tiennent dans une brochure en Suisse alors qu’elles occupent une étagère en France, cela existait avant. La TVA à 8% alors qu’elle est de 19.6% en France, cela existait avant.

En fait, même la tva suisse a légèrement augmenté durant ces dernières années, et la flexibilité à la Suisse tend à se restreindre, au lieu d’augmenter comme le laisserait entendre Schaller. Les statuts d’indépendants, par exemple, grande force de l’économie suisse par la flexibilité économique et libérale qu’elle favorise tendent à devenir de plus en plus étroitement contrôlés. Alors qu’en France, au contraire, Sarkozy a introduit le statut très proche d’auto-entrepreneur, qui pour l’heure n’est pas remis en cause par la gauche.  Bref, Schaller fait dans l’angélisme chauvin pour parvenir à hurler avec les loups et faire plaisir aux populistes qui voient dans la libre circulation l’épouvantail  à abattre.

La vérité, c’est que la structure légale et économique de la Suisse est favorable à l’entreprise et cela ne date pas d’hier. Comme ne date pas d’hier le fait qu’avec son gros salaire, découlant de ce qui précède, l’employé suisse doit faire face à des dépenses bien plus importantes que l’employé français. Ce dernier touche un salaire certes plus petit, mais avec lequel  il n’a pas d’assurance  maladie à payer, et peut au contraire devenir propriétaire de son logement très facilement, grâce à des aides nombreuses, des prix très inférieurs et des conditions d’accession au crédit plus favorables, bien que celui-ci soit globalement plus cher qu’en Suisse. Il n’y a pas que sur l’immobilier que les prix sont très inférieurs en France. Ou très supérieurs en Suisse. On me faisait remarquer hier soir que le prix du livre en Suisse est le prix le plus bas, en comparaison internationale, pour un produit manufacturé de grande consommation, mais malheureusement pour lui, c’est le seul dont le prix en euro en France est affiché sur la couverture… Du coup, les consommateurs-lecteurs ont le sentiment de se faire berner, mais en réalité, la différence de prix sur un médicament, un téléphone portable ou une voiture sont bien plus considérables. Sans parler d’un abonnement combiné tvHD/Internet haut débit/téléphone fixe, qui vaut 100CHF en Suisse et 25 € en France. Chaque mois.    

Au final,  l’employé suisse ne vit pas tellement mieux que le français, à profession égale. Sauf s’ils se mettent tous les deux à voyager ou à acquérir des biens sur le marché international payés en dollars. Ce qui fait aussi que la balance commerciale suisse à l’égard de la Chine est plus favorable que la française, car les Suisses ont les moyens d’acheter mieux que de la daube chinoise. L’avantage énorme de la Suisse, c’est qu’en favorisant l’entreprise, elle dope le jeu économique et l’emploi, là où la bureaucratie française le handicape lourdement. Mais cela était vrai avant les bilatérales, et l’ouverture à l’Europe n’a fait que nous permettre de pousser notre avantage à son maximum.  Si l’on se ferme à l’Europe, on se ferme à ces échanges qui nous donnent l’occasion d’être meilleurs. D’autant que la tendance n’est pas vraiment à l’amélioration de nos avantages. Tout au contraire, l’administration helvétique – puissamment soutenue par le PS et la gauche – tendent tous les jours à rogner ces avantages en corsetant davantage l’économie, rarement là où cela pourrait être justifié.

06/11/2012

CSG, TVA, COMPETITIVITE ET "TAXE DE SEJOUR"

Aujourd’hui, MM Hollande et Ayrault sont censés décider s’ils vont accorder à la France et à ses entreprises un choc de compétitivité. Il est affligeant de constater que nulle part je n’ai lu ou entendu d’analyse correcte. Même pas à « C dans l’air »… Oui, c’est possible d’abaisser les très lourdes charges qui pèsent en France sur les entreprises et pas seulement les charges sociales d’ailleurs : même le coût des transports publics est prélevé sur la masse salariale et plein d’autres petites choses, à coup de 1% là, 0,2% ici, qui tous additionnés finissent par peser pour plus de 60% de ce que coûte un employé à son patron. C’est unique au monde, à ce niveau. Du coup lorsque le chômage augmente, c’est toute l’économie qui tousse et les caisses publiques qui se vident. Il est tout à fait possible de transférer ces coûts sans que cela ait de conséquences néfastes sur les salariés. Ils devraient même y gagner du pouvoir d’achat, les salariés, si l’on contraint le patronat à leur reverser – sous forme d’augmentation de salaire - une part substantielle des prélèvements transférés ailleurs. Le transfert élargissant l’assiette jusqu’alors circonscrite aux seuls salariés.

En utilisant la CSG (qui sert à payer la sécurité sociale), on transfère sur l’ensemble des revenus, qu’ils soient du travail ou du capital. En utilisant la TVA, on transfère sur l’ensemble de la consommation, qu’elle soit le fait de salariés, de rentiers, ou d’assistés sociaux. C’est là où le bât blesse pour un gouvernement de gauche. Parce que si les salariés devraient s’y retrouver et même mieux qu’avant, les chômeurs, Rmistes et autres oisifs involontaires (ou parfois volontaires) vont eux voire leurs dépenses augmenter. Et qu’ils sont aussi des électeurs. C’est donc une décision difficile à prendre, mais c’est une décision nécessaire. Car autant on peut être, comme moi ennemi acharné du protectionnisme, autant l’avantage concédé volontairement à l’importateur parait une énorme absurdité. C’est pourtant ce qui se passe, en France, lorsqu’on fait peser autant de ressources publiques sur le seul travail des français, donc sur les entreprises locales. Cela étant, il est possible d’imaginer des mécanismes de redistribution aux assistés sociaux aussi, si nécessaire.

On voit combien les mécanismes qui régissent nos sociétés sont complexes. Il n’est pas de mesure miracle, ni même de mesure sans « dégâts collatéraux ». Ce qui fait toute la subtilité du jeu politique. On peut comprendre que les députés genevois soient déconcertés à l’idée de devoir passer au peigne fin plusieurs centaines de pages de lignes de budget, sans avoir vraiment de vue d’ensemble. De là à travailler à l’emporte-pièce, il y a une marge. Nous (= Genève, la Suisse, l’Europe, le Monde) sommes en crise, car nous sommes en train de changer de paradigmes et cela n’est jamais simple ni sans douleur. L’Etat Providence a du plomb dans l’aile, car nous n’en avons probablement plus les moyens et nous les aurons certainement moins encore à l’avenir. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer, mais au contraire innover.  Proposer une « flat tax » sur tous, certes minime pour les plus aisés, mais très importante pour les ménages dans le besoin – qu’ils travaillent ou non - ce n’est clairement pas une bonne idée. J’ose espérer qu’elle n’a été posée que pour pouvoir l’enlever prestement de la table des négociations afin de se concentrer sur l’essentiel et le raisonnable. Certains, au PLR, n’ont semble-t-il pas pris la mesure de l’animosité que peut susciter la richesse et l’ostentation, lorsqu’elles débordent sans vergogne et sans humilité. Un comble dans la cité de Calvin.

Après, que l’on réfléchisse aux moyens qui permettrait de faire participer l’ensemble de la société, y compris les oisifs volontaires ou involontaires à son développement, je suis pour. Mais en offrant aux gens la possibilité de donner un peu de ce qu’ils possèdent. Pas de ce dont ils manquent.