01/08/2013

Pour protéger les riches Français au forfait et leur business, faut-il faire payer les Suisses !

 

Je l’ai dit et redit, les opposants à la nouvelle convention fiscale sur les successions avec la France mentent comme ils respirent. Mais c’est encore pire que ce que je pensais. Depuis le début, ils omettent soigneusement de parler de la franchise de 100 000 euros à laquelle a droit tout héritier en France, à chaque héritage en ligne directe. Franchise qui exonère de toute taxation sur l’héritage 80% des héritiers français… Et qui exonérerait de même l’immense majorité des Suisses résidant en France, soumis à la loi commune, qui individuellement n’hériteront pas de montants nets (hors frais et hypothèques) supérieurs à 125 000 Francs. Du moins si la convention est renouvelée telle qu'elle a été négociée et préparée très professionnellement par les services fédéraux de Mme Widmer-Schlumpf et de M. Burckhalter avec leurs homologues français, essentiellement sous Sarkozy.  

Si au contraire, le parlement écoute les opposant  à la ratification de la nouvelle convention, la France n’aura pas d’autre choix que de dénoncer l’ancienne convention de 1953, qui lui est défavorable, car elle permet à de très riches français d’éviter la taxe sur les successions en acquérant des biens en Suisse. Du coup en l’absence de traités de réciprocité (souvent appelées conventions de non-double imposition - pour éviter que quelqu’un à cheval sur deux pays, ne soit imposé deux fois), le fisc français sera contraint d’appliquer l’article 783 de son Code des Impôts, qui concerne précisément les droits de succession et précise :

« Sous réserve de traités de réciprocité, les réductions d'impôts ou de taxes, les dégrèvements à la base, les déductions accordées par les lois en vigueur pour des raisons de charges de famille ne sont applicables qu'aux citoyens français et aux personnes originaires de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Mayotte, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, des îles Wallis et Futuna et des Terres australes et antarctiques françaises. »

En clair, s’il n’existe pas de traité de réciprocité avec leur pays, les étrangers résidant en France n’ont pas droit aux franchises fiscales, en particulier ces 100 000 euros. Et pas droit non plus à la défiscalisation des dons entre vifs, qui permettent, sur 30 ans d’éviter tout impôt sur la succession jusqu'à 180 000 euros par enfant… A rajouter aux 100 000 euros de franchise… 

Ce qui signifie qu’une succession suisse de 700 000 Francs, répartie habilement entre deux enfants Suisses résidant en France sur une trentaine d’années, ne devrait aucun droit de succession en France avec la nouvelle convention…

Au contraire, si les opposants parviennent à leur fin en faisant échouer la ratification, il leur faudrait
payer ensemble plus de 100 000 Francs !!!

C’est ce que l’on appelle un magnifique auto-goal.

Tout ça pour protéger les intérêts de quelques dizaines de très riches français ayant bâti leur fortune en France en exploitant les infrastructures et les ressources françaises, mais qui préfèrent venir en faire profiter certains cantons sous le régime du forfait.
Cela ne concerne pas le canton de Genève, qui lui taxe déjà fortement la succession des riches étrangers au forfait lorsqu’ils décèdent, ce qui du coup rend sans effet l’application de la nouvelle convention fiscale sur les forfaitisés français « genevois ». Par contre les Genevois résidant sur France, eux, auraient directement à pâtir du rejet de la convention, avec probablement une double peine :

a) Devoir payer des impôts sur la succession au premier franc, sans pouvoir bénéficier des franchises françaises

b) Souffrir de la très probable dégradation des rapports franco-suisses et de ses conséquences forcément néfastes sur le quotidien du Grand Genève transfrontalier. Avec à la clé une dégradation globale de l’économie genevoise et du marché de l’immobilier frontalier, etc…

A noter que les double-nationaux étant considérés comme Français par les autorités françaises, resteraient soumis au régime général et donc continueraient d’avoir droit aux franchises. Heureusement pour eux, ils représentent la moitié des Suisses de France, comme ils sont la moitié des Français de Suisse. Seuls donc les Suisses uniquement suisses seraient impactés. En ce jour de fête nationale, peut-être serait-il utile de réfléchir un peu, avant de se lancer (au nom des thèses ultra-libérales du Mont Pèlerin) dans un conflit où nos compatriotes seront les seuls perdants, pour préserver les privilèges de quelques étrangers au sens civique disons questionnable.

Ici le lien où est consultable l'article 783 du CGI français:


http://legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid...

 

 

 

 

 

30/07/2013

Erreurs de journalistes ou volonté politique ? Quand la Julie nous raconte des bobards...

J'ai parlé ici, ce dimanche, des mensonges des politiques et de la presse qui s'opposent à la nouvelle convention fiscale franco-suisse sur les successions. 
Des mensonges énormes. Le premier étant de prétendre que l'imposition de biens situés en Suisse par le pays étranger où résideraient les héritiers seraient une grande première inadmissible. C'est entièrement faux et l'Allemagne impose depuis longtemps ses ressortissants résidents lorsqu'ils héritent de biens immobiliers situés en Suisse.  
Le second, mais pas le dernier, c'est de prétendre que tous les héritages seront lourdement imposés. C'est ce mensonge qui est repris aujourd'hui par la Tribune de Genève en ces termes :

"Pour les héritages compris entre 16'000 et 550'000 euros (entre 21'200 et 729'400 francs), l'Etat français prélèvera 20%; mais ce taux grimpera à 45% pour les volumes supérieurs à 1,8 million de francs."

C'est faux, archi-faux et mensonger, parce que les montants cités sont ceux restant après un abattement de 100 000 euros par héritier et par défunt. Sans oublier la possibilité des dons entre vifs, de montant équivalents à intervalles réguliers.
Si vous avez deux enfants par exemple, il faut donc que la somme à leur transmettre soit supérieure à 200 000 euros, soit 250 000 Francs, pour qu'elle puisse commencer à être imposée, pour autant encore que vous n'ayez pas pris la précaution d'effectuer de donations de votre vivant. Par ailleurs, l'imposition se fait par tranches et reste par tranches: les 45% par exemple, vous ne les payez que sur la tranche surpérieure.

Pour prendre un cas concret, par exemple un legs de 1 million de Francs suisses à répartir entre trois enfants résidant en France, après le décès simultané de leurs deux parents résidant en Suisse. 1 million, c'est déjà une fort belle somme à transmettre, surtout si vous avez passé quelques années en EMS qui. la plupart du temps à Genève, conduisent vos enfants à devoir refuser l'héritage...
Cela fait 400 000 euros par défunt, à répartir en trois. Soit 133 000 euros chacun par défunt. Si les parents sont prévoyants, ils ont déjà fait un don entre vifs de 33 000 euros à chacun de leurs rejetons qui ne paieront donc rien, mais admettons que les parents soient imprévoyants:
Sur les 100 000 premiers euros, chaque enfant payera 0. Sur les 8000 suivants, 5%, soit 400 €, puis de 8 à 12, 10%, soit encore 400, puis de 12 à 16, 15%, soit 600 de plus et enfin de 16 à 30, 20%, soit 2800 €.
Au total, sur un héritage global de 1 million de francs ou 800 000 euros, chacun des frères et soeurs aura touché plus de 256 000 euros et payé moins de 10 000 euros. Soit moins de 4%... Un pourboire. C'est même moins que les 7% forfaitaires en vigueur dans certains cantons ! Mais cela sert le cliché abondamment servi ce part et d'autre, de la France enfer fiscal et de la Suisse paradis !
En réalité, l'imposition sur les successions ne concerne que les personnes vraiment riches, les seules susceptibles de se délocaliser et certainement pas les familles de Monsieur tout le monde.

Chacun pourra s'amuser à faire ses propres calculs sur le lien officiel suivant, qui expose clairement les barêmes et le détail des abattaements auxquels chacun a droit. 

 http://vosdroits.service-public.fr/F456.xhtml

Précisons encore, pour tous les petits malins des commentaires qui prétendent que tous les propriétaires d'appartements ou de maisons à Genève seraient concernés que là encore, rien n'est plus faux. L'imposition se fait évidemment sur la valeur nette des biens, déduction faite des emprunts, hypothèques et autres remboursements dus à la banque après une transmission.
Sachant d'une part que le taux de propriétaires à Genève est le plus bas d'Europe, et probablement l'un des plus bas du monde, inférieur à 20% de la population en tout cas et que sur ces heureux propriétaires, l'immense majorité rembourse toute sa vie des hypothèques qui sont calculées ici sur 50 ou même 100 ans, parce que c'est ce qui est ficalement le plus attractif, le nombre de Genevois dont les enfants résident en France depuis plus de 8 ans susceptibles de se trouver pris de manière significative dans les filets du fisc français doit être proche de zéro...

28/07/2013

Rapports franco-suisses : On respire et on revient à la raison

Depuis quelques mois, des petits malins, de part et d’autre, s’amusent à jeter de l’huile sur le feu des rapports franco-suisses. Leur intérêt est avant tout électoral et politique : ils sont persuadés que d’invectiver l’ennemi, même s’il est largement imaginaire, va leur apporter des voix et le soutien populaire. Le problème, c’est qu’ils ont probablement raison. Surtout que la majorité laisse faire et abandonne le monopole de la parole aux plus extrémistes. Pire même, certains tribuns connus pour avoir une vision plus raisonnable se rallient au discours de haine,  craignant peut-être sans cela d’être accusés de trahir la patrie en danger… Traîtres, d’un côté salaud de riche de l’autre, les noms d’oiseaux volent bas.

Côté français, les pourfendeurs de Suisses sont connus de longue date : Montebourg et Mélenchon mènent le bal. Côté suisse, il suffit de regarder qui sont les élus cantonaux ayant rejoint la campagne de Swiss-respect : l’UDC, le MCG, et quelques PLR et PDC motivés par le jeune Nantermod qui tend à confondre fâcheusement les intérêts sectoriels de son canton avec ceux de toute la Suisse romande. Si l’on laisse ceux-là et ceux-là seuls se parler et représenter nos intérêts, de part et d’autre, on court droit à la catastrophe. Nous courrons le risque de nous retrouver dans la situation de la majorité pacifique des musulmans qui par peur ou manque de conviction, laisse aux seuls intégristes la possibilité de les représenter. Le conflit est au bout, à n’en pas douter, d’autant que suffisance, aveuglement et refus des réalités semblent la règle, de part et d’autre, comme toujours chez les extrémistes.

 Les souverainistes ont tendance à considérer les internationalistes dont je suis comme des bisounours naïfs, incapables de concevoir la dureté des rapports de force en Etats. C’est fondamentalement faux et c’est précisément parce que nous ne la connaissons que trop bien que nous cherchons à la remplacer par la concertation et l’établissement de règles du jeu internationales. Il en va de l’intérêt premier de la Suisse, qui rappelons-le, est à l’état naturel, extrêmement petite et dépourvue de ressources.

Sans vouloir m’immiscer dans le débat du GSSA, il faut tout de même rappeler que depuis 1515, la Suisse n’a plus remporté de victoire militaire sur ses voisins, et pour cause, ceux-ci étant chacun, globalement, dix fois plus gros qu’elle. Le fait que nous ayons un meilleur niveau de vie n’est en rien gage de victoire en cas de conflit armé, au contraire. La prime de la motivation va généralement à celui qui a faim… Tout ce que possède la Suisse, à commencer par son existence et son indépendance, elle le doit à des conventions internationales passées entre ses puissants voisins, dont elle a su tirer habilement parti. Tant mieux pour elle, tant que cela ne dépasse pas les limites de l'indécence.

Si l'on en reste à un simple conflit de type économique, la Suisse a tout à y perdre. Les petits malins qui parlent de virer les frontaliers pour faire entendre raison à la France oublient juste une chose : cela augmenterait le chômage dans l’Hexagone d’un demi-point. Très embêtant, mais de loin pas ingérable, même au niveau régional. Tandis que toute l’économie du Canton serait durablement désorganisée, voire carrément paralysée. Idem des échanges avec l’UE : certes leur balance est favorable à l’UE qui n’aurait pas intérêt à leur interruption. Mais ils représentent entre 5 et 10% des échanges européens et entre 60 et 68% des nôtres.

Nous sommes le 4ème partenaire de l’UE, qui est notre premier partenaire et le plus gros marché mondial de consommation. Enfin et surtout, nos échanges avec l’UE représentent plus du tiers de notre PIB (et c’est encore plus important à l’échelle cantonale genevoise) alors que les échanges avec la Suisse représentent entre 1 et 2% du PIB européen. Nous sommes un nain, c’est ainsi et cela ne changera pas.  

Ce n’est certes pas une raison pour baisser son pantalon à la première injonction d’un géant, mais pour éviter d’avoir à le faire, mieux vaut savoir au préalable de quoi on parle :

1)      Savoir si le combat à mener en vaut la peine et pour qui on se bat ?

2)      Savoir de quel côté sont le droit et la morale ?

De part et d’autres circulent clichés et idioties. La France par exemple n’est pas davantage un enfer fiscal que la Suisse n’est un paradis. Du moins pour ses ressortissants. Si l’on tient compte de TOUTES les données, l’employé suisse soumis à l‘assurance maladie obligatoire n’est guère moins pressuré que son homologue français, et d'ailleurs guère moins entouré par l'Etat. En revanche, en privilégiant la flexibilité de l’entreprise et la liberté d'entreprendre, plutôt que de charger la fiche de paie, la Suisse joue gagnant et favorise l’emploi et la production locale.

Elle est par ailleurs aidée par la disponibilité des fonds étrangers entreposés dans ses coffres qui abaissent le loyer de l’argent et profitent à son économie. Bien malin qui pourrait calculer quelle est la part de ces deux avantages dans la prospérité helvétique, sans oublier le 3ème larron, mixte de stabilité politique, de droits populaires et de conventions du travail…

Dans cette affaire, les souverainistes helvétiques ont beaucoup menti et abusivement simplifié. Au moins autant que les Mélenchon et consorts, c’est dire. La nouvelle convention avec la France ne créerait aucun précédent puisque la moitié des Etats européens imposent déjà dans le pays de résidence de l’héritier, en particulier l’Allemagne, comme le prévoit expressément sa convention avec la Suisse… Les recommandations de l’OCDE prévoient d'ailleurs en leurs articles 9A et 9B, des exceptions permettant d’imposer par le pays de résidence de l’héritier, pour autant que les conventions excluent la double imposition. Ce qui est le cas de l’accord signé par Mme Widmer-Schlumpf.

Enfin l’immense majorité des près de 180 000 suisses résidant en France, dont la moitié sont double-nationaux ne seront jamais concernés par la nouvelle convention, tout simplement parce qu’ils ne vont jamais hériter de plus de 100 000 euros par tête de défunt et par tête d’héritier, seuil où commence la taxation, qui est ensuite très progressive.  

Pour les autres, personne ne les oblige à habiter en France, d’autant qu’il existe toutes sortes de moyens légaux, comme les donations entre vifs, qui permettent de passer entre les gouttes si le montant de la succession s’approche des limites. Mais si vous choisissez d’habiter dans un pays, le minimum de savoir-vivre consiste à en respecter les lois et les règles communes de taxation fiscale. C’est valable en France comme en Suisse et partout dans le monde.

En réalité, les vrais concernés sont les héritiers de grosses fortunes françaises réfugiées fiscalement en Suisse. Et encore à condition qu’ils n’habitent pas le Canton de Genève, car celui-ci prélève un lourd impôt sur les successions des personnes au forfait. Pris AVANT l’imposition par le pays de résidence de l’héritier, il effacerait de fait celle-ci. Autant dire que pour les français de Genève, cette nouvelle convtion ne changerait rien ou presque. Tout ce remue-ménage vise essentiellement à protéger les quelques centaines de Français ayant acquis des biens immobiliers dans les cantons qui, comme le Valais, n’imposent pas les successions.

Et les gabelous ?

Sur le plan de la morale et des dernières péripéties de la guéguerre douanière à laquelle se livrent, depuis des décennies, gabelous français et banquiers suisses, rappelons que le principe de base est le respect des lois nationales. Y compris de celles des pays dans lesquels on travaille.

Un banquier suisse a l’obligation – de par la loi suisse et les règles de la FINMA - de respecter les lois françaises s’il travaille en France. Manifestement, certains ne l’ont pas fait. Par ailleurs, la loi suisse impose une identification sure et certaine de l’ayant-droit économique (le vrai détenteur du compte) par les services de la banque et le cas échéant, les services publics. C’est une avancée très importante réalisée en primeur par la Suisse depuis plusieurs années, qui nous donne aujourd’hui un avantage de know how primordial dans la mise en place d’une transparence mondiale… A condition que ces lois soient respectées, ce qui n’a pas toujours été le cas.

Les enquêtes judiciaires françaises ont révélé que certains banquiers employés des banques incriminées avaient visiblement endossé sur leur nom des comptes appartenant en fait à des clients français résidant en France. De nombreux comptes, pour des centaines de millions. Ce qui est formellement interdit par les législations des deux pays. Il semble que dans l’affaire des Acacias, des soupçons de cet ordre aient été portés. L’avenir confirmera s’il s’agit d’accusations infondées ou non, mais cela ne justifie certainement pas une mission d’espionnage française sur sol suisse.

Jusqu’à preuve du contraire, si un employé de banque d’une banque suisse est soupçonné de commettre quelque chose d’illégal en Suisse ou à l’étranger, la justice genevoise va se saisir de son cas, pour autant qu’on l’en informe. Mais si au lieu de l’en informer, on cherche à faire justice soi-même sur le sol d’un état étranger, on cherche inutilement à se mettre dans les ennuis.

Ces attitudes idiotes et absurdes, de part et d’autre, ne peuvent qu’envenimer une situation déjà bien assez compliquée comme ça. Evitons de laisser le monopole du discours aux seuls excités à courte vue, et rétablissons un dialogue constructif. Le secret bancaire va laisser place à l’échange automatique d’informations. C’est devenu inéluctable et la Suisse est armée pour en tirer parti, comme elle a toujours su le faire. La période de transition en cours va évidemment laisser des intérêts et des individus sur le carreau. De ceux qui avaient bien profité par le passé. R.I. P. Mais si l’on pouvait faire l’économie d’une guerre, même simplement économique, ce serait tout bénéfice pour tout le monde.  Ne laissons pas se distendre les fils du dialogue et donnons toute sa place à la Raison, plutôt qu’aux émotions brutales.

07/07/2013

Lettre ouverte à un Souverainiste du temps passé...

Vous faites bien, Pascal, de ne pas trop brandir cette histoire de pacte de 1291... Parce que la Confédération s'est d'abord bâtie sur l'imposition - par la force brute - de juges étrangers à la majeure partie de la Suisse actuelle. Ce par une minorité de gens issus de Suisse primitive, puis de Berne et Zürich. Encore qu'au début, les gens de Berne, Zurich et Zoug formaient l'essentiel des troupes "autrichiennes" (les Habsbourg étant eux-mêmes argoviens) qui se sont fait écrabouiller à coups de rochers à Morgarten... Tandis que les gens de Suisse primitive étaient soutenus activement par... la Maison de Savoie, surnommés "Les Portiers des Alpes", tout ceci étant déjà à l'époque autant une question de gros sous et de répartition du montant des péages sur les cols, sur les routes du commerce et des pélerinages, que de justice locale. Il se passe d'ailleurs la même chose, au même moment dans les Pyrénées.
Deux siècles plus tard, le Tessin, l'Argovie, Vaud, le Chablais entre autres étaient des cantons sujets, où des étrangers venus de Berne imposaient la justice et Genève était proprement rançonnée.
Ces cantons et leurs habitants ne devinrent égaux que parce que Napoléon et la France envahirent la Suisse et imposèrent l'égalité. La Révolution française étant elle-même née à Genève, pas à Schwytz ni à Uri, encore moins à Berne, qui envoyèrent des troupes pour la mater, en 1783 encore...
Maintenant Pascal, c'est juste de l'Histoire et il faut se réveiller. Nous ne sommes plus en 1291, pas même en 1847. Le TPI vous semble-t-il une bonne chose ? Le fait qu'un tribunal pénal international puisse poursuivre des individus partout dans le monde, quels que soient leur passeport et leur rang dans la société ? Qu'une Tessinoise y figure parmi ses procureurs les plus éminents ? La Cour de Justice européenne, c'est pareil. Elle a été créée pour dire le droit et la justice au sujet des traités signés entre états membres ou avec des états tiers. Un jour, un juge suisse devrait pouvoir y être nommé.
En 1603, après l'Escalade, les Genevois parpaillots et le Duc de Savoie papiste ne parvenaient pas à s'entendre et l'on pouvait prévoir une petite guerre sans fin. Ce furent les Cantons, eux aussi divisés sur la question de la "vraie foi" qui imposèrent un traité et le recours à la justice pour traiter des différents de frontière ou autre, qui pouvaient découler de l'accord.
Faire passer les confits du champ de bataille à la cour de justice est un grand progrès de l'humanité. Cette cour existe et fonctionne, pourquoi faudrait-il en inventer une autre? Par contre, il faut que les Suisses puissent s'y sentir représentés. Et donc à terme, qu'un juge suisse puisse y siéger, quitte à prévoir de rajouter un juge supplémentaire, voire deux, aux 27 actuellement en poste à Luxembourg, qui devraient passer à 28 avec l'intégration de la Croatie...
J'en profite pour vous dire, Pascal, que vous comprenez mal l'Histoire, certes faite de batailles et de dates, mais aussi de longues périodes de gestation, durant lesquelles les gens vivent tout simplement, échangent, commercent, naissent et meurent dans leur lit, sans qu'ils en soient plus méprisables pour autant. Il n'y a pas que plaies et bosses dans l'existence. Il y a l'amour et la vie aussi.

27/06/2013

L’échange automatique d’informations : Un atout maître pour la place financière

Je participais l’autre soir, à l’un de ces dîners où l’on saute de l’anglais à l’espagnol, du genre qui donne des boutons aux nostalgiques du réduit national. Cadres bancaires, de multinationales et d’organisations internationales devisaient de l’avenir et du présent du monde en général et de Genève en particulier. Discours informés, lardés de pointes d’humour décapant. J’adore, même si mon anglais et mon espagnol laissent parfois à désirer :-(

Tout le monde est rapidement tombé d’accord pour estimer que le mouvement vers davantage de transparence financière était inéluctable et en plus plutôt positif pour la maîtrise de nos sociétés. Un soupçon de schadenfreude planait à l’égard des banquiers présents, obligés de revoir leur business model. Ce que l’un d’entre eux » balaya d’un revers de main :

« Nous avons fait notre deuil du secret et nos banques sont déjà en possession de la potion magique de demain. Grâce au renforcement pointilleux de notre législation anti-blanchiment depuis quinze ans, nous avons un coup d’avance sur le reste du monde. Nos banques sont déjà armées pour pratiquer l'échange automatique d'informations, l'identification de l'ayant droit ultime, la vérification de la provenance des fonds... Ce qui n’est pas le cas des places financières concurrentes, très loin de là.

Ailleurs dans le monde, ils commencent à peine à s'y coller ce qui leur met un petchi considérable. Dans les paradis fiscaux exotiques ou dans les grands centres économiques comme Londres ou New York, ils ont des années de travail et d'adaptation devant eux, alors que nous avons déjà franchi ces étapes et développé le savoir-faire ! En termes d'efficacité du service à la clientèle, notamment de la clientèle fortunée, cela nous donne un avantage considérable. A nous de l'utiliser et d'en profiter, et vite ! » 

Evidemment, pour ça, il faut accepter le mouvement en cours et même y participer comme moteur. Tirer un trait sur le discours de repli défensif et surtout timoré. La meilleure défense, c'est l'attaque et pour conquérir le Monde, il faut commencer par sortir de chez soi. Croire que la Suisse pourrait résister seule au reste du monde parait de toute façon aussi idiot qu’inutile ! Résister isolés, à quoi ça sert, à part mourir de faim ? Même le plan Wahlen serait inapplicable avec deux fois plus d’habitants et deux fois moins de surfaces cultivables  qu'en 1940... Par ailleurs, en face nous avons simplement nos partenaires de toujours, avec qui il s'agit juste de trouver le bon moyen de continuer à faire des affaires. Parce que c'est de cela que nous vivons tous.

18/06/2013

Pourquoi le PLR doit voter la Lex USA

Contrairement à ce qu’écrit la presse, l’avis des instances dirigeantes du PLR est beaucoup moins tranché qu’il n’y parait, sur la Lex USA. En fait ce que la direction du parti reproche et demande au Conseil Fédéral et à Mme Widmer-Schlumpf en particulier, c’est de n’avoir pas pris ses responsabilités et d’avoir voulu donner l’onction parlementaire à un texte qu’il était tout à fait dans ses prérogatives de décréter sans consulter personne. En gros d’avoir fait montre d’esprit démocratique sur un sujet éminemment émotionnel et qui plus est dans l’urgence, sans avoir le temps de préparer l’opinion. De n’avoir pas osé jouer le Winkelried jusqu’au bout, de ne pas avoir osé sacrifier sa carrière politique à l’intérêt général. 

Car sur le fond, l’intérêt général commande à l’évidence d’accepter la lex USA. Qui n’est pas un diktat des Etats-Unis, mais une demande suisse de transaction globale. Les Etats-Unis, et le Département de la Justice en particulier, n'étaient pas les demandeurs et se satisferont tout autant de procès interminables et médiatisés, instaurant un climat délétère d’insécurité juridique, ce que déteste particulièrement le monde des affaires. Au lieu d’un accord conclu rapidement, permettant de passer à autre chose. Les banques veulent majoritairement cet accord. Les banques suisses et les banques étrangères en Suisse, les privées et les autres, celles qui sont impliquées comme celles qui ne le sont pas.

Que le parti socialiste refuse de voter l’accord n’est pas étonnant. Sa fraction gauchiste est appâtée par l’idée que si l’économie financière dévisse, il pourrait être plus facile à la gauche de récolter les raisins de la colère sociale. Car c’est bien de cela qu’on parle. Le refus de l’accord va faire mal à l’économie, et à la place financière en particulier, en retardant et compliquant sa stratégie de reconversion vers la gestion exclusive de l’argent propre. Pas seulement dans le discours. Des banques sont menacées de faillite. Dont les banques cantonales de deux des trois plus importantes régions économiques du pays, ce qui contraindrait les contribuables à boucher les trous.

Cette suspension des règles du droit helvétique est momentanée. Les amendements introduits aux Etats améliorent la défense des employés. Qui ne sont pas forcément tous blancs dans l’affaire. Il est facile de crier haro sur les patrons, qui c’est vrai, demandent du chiffre, mais il est patent que les consignes dans certaines banques étaient de ne pas accepter de clients US, à fortiori non déclarés, et que ce sont parfois des employés eux-mêmes qui ont cherché à contourner les consignes pour justement « faire du chiffre » et gonfler démesurément leur bonus annuel.

En résumé, si j’étais conseiller national PLR, je voterai sans hésiter la Lex USA. Quitte à me le voir reprocher par la frange épidermique et nationaliste de mon électorat. Car l’intérêt du pays est d’abord d’avoir une économie qui fonctionne de manière optimale. Et derrière la cabale montée contre la loi, il y a les intermédiaires financiers privés, les petites officines et juristes affairistes qui craignent de se voir livrés en pâture aux enquêteurs étasuniens alors qu’ils sont à priori protégés par le maintien du secret bancaire. Ils étaient pourtant en première ligne au moment des faits, au moins autant que les banques, prêts à agiter les liasses de billets sous le nez des jeunes employés de banque pour les faire craquer et accepter, malgré les consignes, des fonds indésirables. Quitte à fournir de fausses informations, en complet désaccord avec la loi suisse. Il est temps que la vérité soit dite. 

Si la loi ne passe pas, les margoulins individuels resteront à l’abri ou pourront se retourner, en Suisse, contre les banques si celles-ci les dénoncent. Or les banques ont fait d’énormes et très coûteux efforts depuis plusieurs années, pour tenter d’éradiquer les pratiques à risque. Cela vaut-il la peine de sacrifier quelques points de PIB pour sauver la Cayenne et les vacances en Floride d’intermédiaires peu scrupuleux?  Je n’aime pas les mouchards et je resterai une tombe, à titre personnel. Mais si nous sommes en guerre, il faut savoir préserver l’essentiel, à savoir les forces vives et les infrastructures du pays. Les francs-tireurs, dans un tel cas de figure, doivent accepter de payer le prix de leurs attitudes aventureuses et peu morales.

08/06/2013

Les errances immobiles et immobilières du MCG

Dresser la liste des errements du MCG peut finir par sembler fastidieux. Ce n'est pas le choix qui manque et depuis le début, mais là, on atteint des sommets. A se demander si le leader maxi mots, après avoir ouvert sa boîte de nuit dans le quartier chaud, n'a pas décidé de mettre la pédale douce et de saborder un parti qui ne lui permettra jamais, à lui, c'est devenu évident, d'atteindre le Conseil d'Etat. Mais peut-être à d'autres... Jalousie quand tu nous tiens !

Le niveau d'incohérence est en effet monté d'un cran, ces derniers temps. Je ne parle pas des menaces de mort, ni des démissions en cascade, encore moins des ralliements de vingt-sixièmes couteaux annoncés en une de la Tribune comme autant de nouveaux veaux d'or à adorer... Non je parle juste de propositions politiques au Grand Conseil et devant le peuple. Ce à quoi sert un parti en principe, le coeur de sa raison d'être quant il n'est pas occupé à crier haro sur la Tour Baudet ou à invectiver l'ennemi héréditaire et néanmoins frontalier.

Donc dans son dernier programme, le MCG réclamait la construction urgente de barres d'immeubles. Mais depuis, on tente de resserrer les boulons avec l'UDC, alors on tourne casaque et l'on s'oppose à la densification prévue par le nouveau plan directeur cantonal. Cela doit faire mal à l'entrejambes, le grand écart, lorsqu'il s'agit de séduire jeunes et immigrés en mal de logements, en même temps que les résidents bourgeois des zones villas... Mais ce n'est pas faire de la politique pour le bien des citoyens que de refuser de choisir !

Plus cocasse encore, ce faisant, ils ont réussi à voter une loi au Grand Conseil avant de lancer ensuite un référendum contre elle. Ce n'est pas tout, au Grand Conseil toujours, ils ont aussi déposé deux textes: l'un pour supprimer le contrôle des prix dans les zones de développement... Et l'autre pour l'allonger durant 10 ans de plus... Le tout en trois semaines. C'est sûr, à force d'exiger chaque chose et son contraire, au bout du compte, mathématiquement, il devrait bien se dégager une solution... En attendant, c'est une bonne manière de faire du sur place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30/05/2013

Pour sauver sa prospérité, la Suisse doit rentrer dans l’UE. Rapidement.

 Le business model qui a fait la prospérité de la Suisse a vécu. Du moins, l’un de ses piliers les plus essentiels est en train de s’écrouler. La poussière n’est pas encore retombée, mais tenter de relever les morceaux épars n’aurait aucun sens. Mieux vaut réfléchir très vite à la suite. En matière financière, la suite, c’est intégrer ce qui reste encore pour de nombreuses années le plus grand marché du monde et y faire les étincelles que notre savoir- faire est en droit d’espérer. Légalement et à la loyale. Sans prétendre se retrancher derrière un protectionnisme de très mauvais goût lorsqu’en parallèle, on écrème la richesse des voisins sous prétexte de concurrence fiscale…

Récapitulons. La fin de la guerre froide et l’effondrement du mur de Berlin ont changé la donne. La Suisse n’était plus le petit neutre utile à tout le monde qu’on protège parce qu’il peut servir, en dépit de ses incartades. La plus grosse de ces incartades étant de servir de coffre-fort au monde entier. A l’époque l’argent de la drogue, des dictateurs, de l’espionnage ou du terrorisme y circulait aussi facilement que celui,  bien plus honorable, des luttes de libération nationale, de victimes potentielles d’enlèvement ou de personnes ou d’entreprises persécutées par ces mêmes dictateurs.

Depuis, les choses ont bien changé et les procédures de lutte anti-blanchiment de nos banques sont certainement les plus sourcilleuses et efficaces du monde, à condition bien sûr d’être appliquées. Dans le même temps, l’affaire des fonds en déshérence sonnait la charge de Washington contre nos banques et dès la fin du vingtième siècle, celles-ci signaient un accord avec les Etats-Unis, pour pouvoir y travailler. Selon cet accord, les clients citoyens ou résidents étasuniens devaient signaler leurs avoirs par un formulaire ad hoc. Dès cette époque, l’UBS clame qu’elle n’a plus besoin du secret bancaire. Mais en sous-main elle fait transférer l’argent sur des comptes de sociétés écrans dans les paradis exotiques pour ne pas avoir à l’annoncer, tout en continuant de le gérer. Elle va même recruter de nouveaux clients.

Idem pour la perception fiscale sur les intérêts de l’épargne des riches clients européens, censée – cela fait partie des bilatérales - être rétrocédée à leur pays d’origine. Cela rapportera bien moins que prévu, car là-encore les fonds sont délocalisés dans les Caraïbes… Lorsque les Européens, fâchés demandent des comptes, des voix – y compris de politiciens - expliquent en Suisse que c’est de la faute des européens, qu’ils n’avaient qu’à prévoir cela dans le texte des accords. Donc en gros, les Européens sont coupables de n’avoir pas prévu la duplicité de certains, en Suisse.  Le genre de choses que l’on ne se fait pas dire deux fois, mais tout à fait caractéristique de l’impudence – incroyablement naïve et bête – de certaines personnes dans ce pays. Persuadés que leur malignité leur permettra toujours de passer entre les gouttes.

A l’image du conseiller national MCG Poggia. Quelques jours après qu’un des élus de son parti ait proposé d’arborer des croix gammées – propos condamnés du bout des lèvres par Poggia, qui n’a cependant pas exigé la démission du bonhomme apparemment – l’avocat ose comparer les juifs refoulés à la frontière durant la seconde guerre mondiale avec les très riches étasuniens dont les noms seront livrés au fisc de leur pays. En voilà, un point Godwin saugrenu ! Non Me Poggia, les contribuables étasuniens ne risquent pas la vie. Ils ne risquent même pas leur liberté. Juste de grosses amendes. Exactement comme ce serait le cas en Suisse en cas de fraude fiscale. Et contrairement aux juifs qui n’avaient rien fait de mal, ils ont commis un acte délictueux.

Profitons-en pour tordre le cou à deux légendes helvétiques. L’enfer fiscal chez les autres, qui justifierait l’évasion fiscale. Le niveau de fiscalité en France ou aux Etats-Unis n’est pas si différent du nôtre. En France, l’imposition à 75% des très grosses fortunes n’est pas entré en vigueur, tandis qu’à Genève, comme le relève David Hiler, l’imposition peut atteindre 72% du revenu, si l’on cumule avec les impôts sur la fortune… 3%, c’est un purgatoire bien mince… En fait le problème de la France, ce sont les charges sociales, pas les impôts. Et les Etats-Unis ne sont de loin pas l’enfer fiscal sur Terre.

De même, l’argument des niches fiscales offertes ça et là par les Européens, ou les Etasuniens, certes nombreuses et souvent exotiques n’est pas recevable. Chaque Etat démocratique est en droit d’imposer comme il l’entend la richesse qui se crée dans son pays. Ou de ne pas l’imposer en prévoyant des exceptions, pour des cas particuliers. La Suisse le fait et impose copieusement ses ressortissants et ses entreprises, ce qui fait qu’elle n’est pas un paradis fiscal. Pour ses propres citoyens. Pour les riches et les entreprises venus d’ailleurs en revanche, clairement, elle offre tous les avantages du Paradis et c’est là où le bât blesse.

La Suisse a fourni à des générations de riches et d’entreprises du monde entier la possibilité d’échapper au fisc de leurs pays respectifs. Tout en défendant par ailleurs ses propres intérêts par un protectionnisme extrêmement sourcilleux, en particulier en matière de conditions salariales. C’est un fait, incontestable et les gouvernements du monde entier, à de rares exceptions près, ont estimé que cela suffisait comme cela. A commencer par les maîtres du monde, à Washington, immédiatement suivis de nos puissants voisins. L’aide de la Chine sera utile, certes, mais insuffisante, à moins d’avoir envie d’être abreuvé d’aspirine frelatée, d’aliments empoisonnés et de fauteuils qui occasionnent des brûlures… Entre autres joyeusetés culturelles et démocratiques à ingurgiter…

Oui, c’est une guerre commerciale, entre un petit pays isolé et enclavé et quasi le reste du monde qui en a plus qu’assez de se faire tondre. La sagesse commande de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard. Avant d’avoir réduit à néant toutes le recettes de nos succès économiques, basés, rappelons-le sur la qualité de nos échanges. Les pommes de terre du plan Wahlen, si c’est pour échapper au nazisme et à la guerre, d’accord, mais si c’est pour préserver un modèle d’affaires immoral et inéquitable, je ne vois franchement pas l’intérêt !

Entrer dans l’UE, c’est aujourd’hui notre meilleure porte de sortie pour sauver notre industrie financière et notre prospérité. L’exemple du Luxembourg et d’autres montrent bien que c’est possible. Nous savons gérer l’argent. Celui des autres et le nôtre. Très bien même, puisque plus de la moitié des fonds gérés à Genève sont des fonds institutionnels – tout ce qu’il y a de plus légal – accourus du monde entier. Gérer cet argent, ça rapporte et c’est le métier de beaucoup d’entre nous. Bien des pays veulent aujourd’hui rapatrier cet argent chez eux. Cela s’appelle le retour du protectionnisme et c’est une fort mauvaise nouvelle pour la stabilité du monde. Et plus encore pour l’économie suisse. Des signes clairs vont dans ce sens, provenant des Etats-Unis en particulier.

Toutefois, si l’argent des autres devient de plus en plus difficilement accessible, entrer dans l’UE permet de s’assurer l’accès à l’argent de l’UE comme s’il était le nôtre. Au sein de l’Union européenne, pas de protectionnisme qui tienne et il faut au contraire tout faire pour hâter l’intégration. Et faire pression, par nos alliances diverses et l’habileté de nos diplomates, au sein de l’OMC notamment, pour repousser les écueils du protectionnisme. Là, Genève a clairement une carte à jouer. En tant qu’entité autonome d’un vaste ensemble continental, autant que comme ville abritant la plupart des ministères du monde.

A armes égales, nous avons de nombreux atouts, à commencer par notre législation du travail et notre culture de la perfection, que rien ne nous empêche de préserver dans le cadre de l'autonomie dont jouissent les régions européennes, autonomie que nous devons contribuer à renforcer, de même que nous devons nous battre pour répandre l'usage des droits démocratiques.

Au lieu de cela, certains faux amis ou mauvais acteurs de la place financière pensent pouvoir continuer à jouer au même jeu. Parfois ce sont les mêmes qui, en 2008-2009, alors que le ciel s'était écroulé sur l'UBS, affolés par l'odeur de l'or accouraient pour tenter de récupérer les clients US ou tentaient de les faire héberger par des établissements sérieux qui, les uns après les autres, les refusaient. Ils étaient parfaitement conscients des risques encourrus, mais les niaient ou les relativisaient, comme des toxicomanes en manque. Ce sont là ceux qui  risquent d'être livrés aux autorités US, et donc de se voir privés du plaisir de fouler le sol de la très grande nation, voire condamnés à de lourdes amendes.
Il faut tourner la page, et le plus tôt sera le mieux sur ces pratiques dépassées. Même Singapour aujourd'hui propose à la Suisse de signer les accords de l'OCDE. Qu'attendons-nous pour repartir du bon pied ? 

Genève a bien des cartes en main et les moyens de son ambition. En tant que fils d’ingénieur automobile, je suis par exemple séduit par la nouvelle Tesla électrique, totalement hors de mes moyens malheureusement. Mais Genève fut, il y a un siècle, le siège de la première tentative de construction en série de voitures électriques au monde, produisant à l'époque déjà des locomotives électriques très performantes. Et nous restons au cœur d’une région réputée pour son excellence technologique. Cela ne vous donne pas des idées, MM les investisseurs ?

24/05/2013

Le jaune, le noir et la croix blanche

Alors que la Suisse signe avec la Chine un traité de libre-échange, je referme l’excellent ouvrage de l’écrivain sénégalais Tidiane N’Diaye : le Jaune et le Noir.  Auteur d’essais fondamentaux sur la traite arabo-musulmane ou les peuples d’Afrique du Sud, n’hésitant jamais à défendre la justice et l’amitié entre les peuples plutôt que la vengeance et le repli identitaire, il livre une analyse troublante de la pénétration chinoise en Afrique. Sans nier les avantages que l’Afrique en reçoit à court terme, c’est bel et bien d’une re-colonisation dont il parle et l’on n’est pas loin du transfert de souveraineté.

L’Afrique a plus que jamais besoin, et vite, d’une vraie introspection – puisqu’on parle chinois, osons le mot d’autocritique – pour interroger les causes endogènes d’un tel abandon de souveraineté. Il serait trop facile de rejeter l’entier de la faute, à nouveau, sur le méchant toubab, blanc devenu jaune, comme trop d’intellectuels africains tendent à le faire, au point de nier l’évidence. Il y a aussi des causes autochtones, découlant d’habitudes culturelles africaines, qui facilitent l’abandon des rênes de sa propre destinée… Les identifier est le premier stade permettant de les dépasser. Pourquoi les grossistes africains mais aussi afro-américains ou caribéens, se font-ils systématiquement doubler, par exemple, par des asiatiques qui s’approvisionnent aux mêmes sources, mais parviennent à vivre, au même endroit, en se satisfaisant de marges inférieures ? Il n’est pas ici question de se révolter sans autre but que de prendre la place du maître, mais de construire méthodiquement l’avenir. L’Afrique est championne du monde de l’improvisation. Mais patience et longueur de temps font plus que force ni que rage… Et là ce sont les Chinois qui sont champions du monde !

La Chine tisse sa toile et raisonne à long terme. Dans quinze ans, la Chine, l’Inde et l’Afrique représenteront ensemble 45% du PIB mondial et plus de la moitié de la population. Partis de rien, il y a dix ans, les Chinois forment aujourd’hui la deuxième communauté étrangère en Afrique derrière… Les Indiens ! Mais progressant beaucoup plus vite qu’eux et éjectant systématiquement les Européens de tous leurs bastions, systématiquement dans les zones les plus riches en matière première. Il n’y a aucune dimension humanitaire ou solidaire dans la politique de coopération chinoise : juste du business et rien que le besoin de s’assurer des ressources à long terme.

Tidiane N’Diaye décrit par le menu le processus d’intrusion dans l’ensemble africain d’une Chine qui ne rechigne ni à se salir les mains, ni à pratiquer le double langage. Amitié entre les peuples, respect de leur souveraineté, allusions lourdes – et malheureusement fondées – au lourd passif colonial des européens, c’est la base du discours officiel chinois. Qui arrange énormément les dictateurs africains, car le système chinois à parti unique ne veut rien savoir du processus politique interne d’un pays. Du moins officiellement, car lorsqu’un candidat d’opposition, en passe de l’emporter, promet de renégocier tous les contrats avec la Chine, Bei-Jin n’hésite pas à affirmer que s’il gagne les élections, elle cesse immédiatement le versement de l’aide et quitte le pays. Evidemment, le brillant candidat perd les élections, car l’aide chinoise se déverse par centaines de millions, voire par milliards et se crée son lots d’obligés, au détriment évident des intérêts vitaux du pays qu’elle contamine…

Selon Tidiane N’Diaye, les Chinois ne font pas mieux que les Européens ou les Américains (du Brésil, du Canada ou des Etats-Unis, gros intervenants en Afrique), ils font nettement pire. Ils ont amélioré les plus détestables pratiques de corruption politique, de monopolisation des marchés et d’accaparement des matières premières, voire des terres… Sans aucune des barrières morales qui tendaient tout de même à contenir les errements des politiques occidentales. Il devient évident que dans le grand jeu d’échecs mondial (ou de go), la Chine place ses pions et s’empare purement et simplement de l’Afrique, enjeu stratégique majeur des prochaines décennies, tant en termes de marché de consommation en pleine croissance que de ressources naturelles gigantesques. Et même, si les choses devaient tourner vraiment mal, réservoir de chair à canon…

Certes, il parait préférable de voir les jeunes africains désoeuvrés s’enrôler dans les plans de développement chinois plutôt que de finir kamikazes chez AQMI ou Boko Haram, mais le problème est que la Chine laisse en plan les populations autochtones et détourne ses propres programmes au profit exclusif de ses entreprises, qui importent même la main d’œuvre, ne laissant aux locaux que les pires tâches, dans les pires conditions.

Selon Tidiane, les Chinois pillent les réserves naturelles, fournissent en armes les rébellions, vendent à vil prix des produits toxiques, étranglent les producteurs locaux, s’emparent même du marché de la prostitution, tolèrent et encouragent la dictature et les méthodes les plus musclées en matière de conflits sociaux. Leurs contremaîtres n’hésitent pas à assassiner les meneurs. En plus, ils font montre d’un racisme affligeant dès qu’ils croient avoir verrouillé le pouvoir. Même les bons côtés de l’invasion chinoise – il y en a toujours – pourraient devenir franchement catastrophiques, si l’on n’y prend garde. Le boom du prix d’achat des matières premières, généré par l’intrusion chinoise sur le marché (excellente nouvelle pour l’Afrique), pourrait ainsi repartir à la baisse si la Chine parvient à mettre en place un monopole. Ce qu’elle organise par une politique d’exclusivité à très long terme (plusieurs décades) en échange de ses prêts généreux… Comme les européens du temps du néo-colonialisme, mais en pire. Un livre à lire absolument (éditions Gallimard).

En Suisse, l’attitude chinoise en Afrique doit nous interpeller. Certes, ce que la Chine dit venir chercher chez nous, la culture de l’excellence et de formations de haut niveau, c’est bien spécifique.  Et l’amélioration d’un partenariat avec la Chine, déjà de qualité, peut nous être d’un précieux secours dans les démêlés qui nous opposent à nos grands voisins, par la géographie et la culture, que sont l’UE et les Etats-Unis. Mais de ceux-là, nous partageons les valeurs, au contraire de la Chine, encore très loin d’une transition vers un régime démocratique. Comme le relève N’Diaye, la démocratie fut brièvement expérimentée, avec des conséquences catastrophiques, au début du XXème siècle. Depuis, elle reste un très mauvais souvenir dans l’inconscient chinois !

Il serait irresponsable de se fier sans précautions au discours lénifiant du gouvernement de Bei-jin. La Chine est l’antithèse de la démocratie semi-directe et de la prise de décision par le peuple. Les experts du parti communiste y ont remplacé les mandarins et les eunuques du confucianisme, mais c’est toujours le même système : une caste d’administrateurs ethnicistes et corrompus qui fait la pluie et le beau temps. Ceux qui sont attachés à la concorde entre les peuples le savent bien : elle ne peut s’établir qu’entre  populations partageant une certaine idée de fraternité de l’humanité. Ce qui ne semble pas pour l’heure être le cas de la Chine. Si les escarmouches larvées, encore strictement économiques, auxquelles on assiste de par le monde, dégénéraient en conflit ouvert, je vois mal la Suisse être le cheval de Troie de la Chine en Europe… Déjà l’accord de libre-échange avec la Chine n’a de sens que si la Chine en signe également avec l’UE, sous peine de servir de plate-forme de réexportation, comme pour les cigarettes de contrebande… Lors du récent exercice franco-suisse de grande ampleur à Epeisses, les attachés militaires à Berne étaient conviés. Il y avait là une demi-douzaine d’officiers européens : italien, allemand, polonais et bien sûr français, un fringant aviateur, expert en avions de chasse… Mais aussi un non-européen. Un chinois.

Les concepts de gouvernance mondiale devront forcément englober la Chine, pour l’heure sous-représentée dans les instances internationales. C’est la voie de l’avenir, pour l’humanité entière, que de bâtir sa concorde sur des bases saines et confiantes. Mais défions nous tout de même de ne pas tomber de Charybde en Scylla, pour embêter nos partenaires naturels. Nous jeter dans les bras de dictatures peu fréquentables n’est pas forcément anodin lorsqu’elles sont de taille à devenir maîtresses du monde. Même si c’est une vieille tradition genevoise que de faire alliance avec de lointaines puissances pour s’émanciper d’un voisinage trop pressant : Rome et César contre les Helvètes, Henri III et IV et la France contre la Savoie, sa très gracieuse majesté de Londres contre le petit caporal, le Tsar contre les Habsbourg et Talleyrand… Le jeu est habile, mais gardons-nous de mettre tous nos oeufs dans le même panier. D’autant que comme le rapporte N’Diaye, un vieux dicton chinois rapporte que si la membrane isolant le jaune est percée, c’est toujours le jaune qui l’emporte sur le blanc.

23/05/2013

Harmonisation fiscale ou démondialisation de la finance ?

Pas facile de résumer en une minute à la radio, comme j’ai dû le faire ce matin, des réflexions complexes sans sombrer dans le slogan réducteur.  Voici donc pourquoi, à mon avis, une harmonisation fiscale mondiale, notamment pour les multinationales, est nécessaire et urgente. C’est en grande partie à Genève que va se jouer cette partie fondamentale pour l’avenir de la planète.

1) La concurrence fiscale réduit l'indépendance nationale des pays qu'elle dessert.

2) Faute d'harmonisation fiscale, les Etats les plus puissants, acculés, auront recours au protectionnisme financier, soit le pire scénario pour l'économie suisse et nos banques. 

 

Une harmonisation fiscale mondiale réduirait certes l’indépendance nationale, mais dans des limites tout à fait acceptables, si les choses sont faites correctement. C’est-à-dire par la concertation plutôt qu’en dernière analyse, sous le coup d’un ukase rendu nécessaire par une politique de ralentissement suicidaire de l’inéluctable. En négociant entre partenaires, on obtient forcément mieux qu’en tant que vaincu contraint aux fourches caudines.  

En pratique, il s’agit juste de rajouter un étage à la subsidiarité, utilisable dans quelques domaines d’importance mondiale, tout en conservant une autonomie pleine et entière pour tout ce qui relève des étages du dessous. Par exemple, les multinationales pourraient être taxées à l’échelle mondiale et le fruit de cette taxe servir à financer les instances internationales et les projets qu’elles ont  à traiter : environnement, armes de destruction massive, migrations, développement, éradication de la pauvreté, etc… Par exemple concrètement, la mise en place d’un système social minimal dans les pays où il est inexistant, ce qui réduirait le gap entre les prestations sociales délivrées au Sud et au nord. Réduisant du même coup l’intérêt à émigrer au nord, mais aussi à délocaliser au sud. Tout en accroissant la consommation au sud, offrant du même coup un fantastique coup de fouet à l’économie mondiale

Quant à prétendre que le système actuel préserve l’indépendance nationale, c’est juste mensonger. Les pays d’Afrique victimes d’une évasion fiscale massive de la part des multinationales opérant dans le secteur des matières premières, par exemple, sont clairement maintenus dans la dépendance par la succion et l’expatriation de leurs ressources. Il rentre chaque année en Suisse nettement plus d’argent provenant de l’évasion fiscale des pays pauvres qu’il n’en ressort à travers l’aide et la coopération. Quant à prétendre que l’argent évadé repart souvent dans le sud, la place financière genevoise servant de plaque tournante aux investissements dans les pays en développement, c’est incontestablement vrai. Sauf que cet argent qui aurait dû rester dans son pays d’origine et y fructifier dans le cadre de programmes nationaux définis localement, est désormais dépendant de programmes internationaux, dont les intérêts sont clairement ailleurs.

 

La fin de la guerre froide, signée à Genève par Reagan et Gorbatchev, suivie par la création de l’OMC, toujours à Genève, ont permis la mondialisation de la finance et révolutionné l’ordre des choses. En une génération, les deux tiers de l’humanité ont émergé la tête haute des longues parenthèses coloniale puis néocoloniale. Grâce au fantastique essor des échanges économiques, le confort de milliards de gens s’est amélioré et la démocratie a progressé. Même s’il demeure  quelques zones d’ombre chinoise, qui cherchent à s’étendre jusqu’en Afrique…

En perdant leur suprématie politico-économique, les anciens pays dominants ont cependant perdu aussi les moyens de financer leurs généreux systèmes sociaux. D’autant qu’en l’absence de gouvernance mondiale (et donc d’un contrepouvoir de taille à limiter les excès de la finance), la concurrence fiscale a privé les Etats de ressources indispensables. Elle a facilité l’accroissement des écarts de richesse au lieu de les réduire et permis la constitution de fortunes insolentes, déstabilisantes pour la paix sociale et détentrices d’un pouvoir aussi immense qu’injustifié.

Les Etats, globalement, mériteraient de solides cures d’amaigrissement, mais la concurrence fiscale n’est certainement pas le bon moyen d’y parvenir. Car fondamentalement, elle vole aux pauvres pour donner aux riches. Même si la Suisse fait indéniablement partie des bénéficiaires du système, ce n’est pas viable à terme : nous sommes trop gros pour pouvoir n’être qu’un coffre-fort bardé de défenses, et pas assez costauds pour prétendre se défendre seuls de toute manière.

La crise de 2007 a accéléré les choses, en soulignant l’impasse globale. Finement, les responsables mondiaux sont parvenus à éviter, jusqu’à  présent, le spectre du protectionnisme. Ce n’était pas gagné d’avance. Dans les années trente, le renforcement des barrières douanières avait été le premier réflexe. Qui avait entraîné le repli, puis l’écroulement,  des principales économies, à la suite de la crise financière de 1929. En 2009, dans mon film « Le Secret des Dieux », DSK, qui lorsqu’il réfléchit avec sa tête, peut-être visionnaire, mettait encore en garde la communauté mondiale sur les risques d’un protectionnisme financier. Or le choix aveugle de la concurrence fiscale contre la mise en place d’une concertation nous entraîne dans la mauvaise direction.

Pour lutter contre les effets pervers de la mondialisation financière, la communauté internationale a convenu d’instaurer de nouvelles règles, qui visent en premier lieu les paradis fiscaux, mais pas que. C’était devenu nécessaire, et l’état des finances  autant que les opinions publiques et la morale le réclamait. Si l’on n’y parvient pas, nous aurons à la place le grand retour du protectionnisme financier. Le nouveau directeur général de l’OMC, le Brésilien Azevedo, l’a très bien compris. Il se donne quelques mois pour redresser la barre, en incluant concrètement les aspects financiers et la manipulation des taux de changes dans les négociations en cours. Faute de quoi l’échec de l’OMC à Genève pourrait être au 3ème conflit mondial ce que fut la déconfiture de la SDN au second.

Les choses sont bien plus graves que ce que craignent les milieux financiers suisses lorsqu’ils dénoncent la guerre économique menée envers notre place financière. Si encore il ne s’agissait que de se piquer des parts de marché dans la gestion de fortunes ! Washington s’en est pris aux organismes financiers de toute la planète (pas seulement les suisses), au travers de FATCA, pour inciter les avoirs étasuniens à se rapatrier aux Etats-Unis. Comme-ci Washington cherchait à réduire les investissements à l’extérieur pour favoriser les placements aux Etats-Unis même. Toute opération financière se déroulant à l’extérieur, même en Europe, est considérée « à risque » et déconseillée, suscitant la suspicion. Tandis qu’à l’intérieur n’importe qui peut faire n‘importe quoi, ou presque.

 

Sans doute effrayés par la montée en puissance de la Chine et des pays émergents, les Etats-Unis paraissent tentés par l’aventure du marché intérieur. Sauf que maintenir leur rôle de première puissance mondiale implique d’énormes besoins fiscaux, ne serait-ce que pour payer les colossales dépenses d’armements.  Les Etats-Unis, comme la Chine, l’Union Européenne et demain le Brésil ou l’Inde ont les moyens de contraindre les multinationales à payer ce que ces états considèrent être leur dû. Parce que la taille de leurs marchés justifie toutes les fourches caudines. Comme le prouvent déjà les amendes considérables infligées à certaines grandes multis par Washington et Bruxelles – par exemple pour entorse à la concurrence - et payées rubis sur l’ongle.

Jouer seule dans son coin cette partie de pachydermes, ce n’est pas viable pour la petite souris helvétique. Parce que dans ce jeu-là, les éléphants n’ont jamais eu peur des souris. La réduction forcée du mouvement des capitaux (et dans la foulée, des marchandises et des services), qui est en réalité la seule alternative à l’harmonisation fiscale, serait une catastrophe majeure pour la Suisse et son industrie financière. Pour mémoire, si nos banques contiennent encore quelques pourcentages épars d’argent non déclaré, plus de la moitié de leurs avoirs est constitué de fonds non seulement déclarés, mais souvent appartenant à des collectivités, publiques ou privés, tels que fonds souverains et plus encore, fonds de pension. Dont évidemment la plus grande part n’est pas d’origine suisse.  C’est un enjeu énorme et c’est cela, notre véritable trésor de guerre, que nous risquons de perdre, si nous nous laissons guider par les cocoricos nationalistes et à courte vue de quelques financiers orphelins du secret bancaire et des distorsions de concurrence accordées aux multinationales.

18/05/2013

La France n'est pas notre ennemie. Tâchons qu'elle ne le devienne pas!

Par la langue, la culture, l’histoire et la géographie, Genève et au-delà, toute la Romandie, sont intimement liées à la France. Je ne vais pas détailler ici ce qui fait l’objet de mon prochain ouvrage, à paraître en novembre « Cette Suisse qui a fait la France et réciproquement ». Je me contenterai de dire qu’il y en a suffisamment pour remplir un bouquin dense de 900 pages, soit 1 million 300 000 signes…

En même temps, si Genève est française, c’est à la manière du village des irréductibles gaulois, à la fois mouche du coche, matrice d’idées révolutionnaires, relais financier, refuge aux persécutés et rebelle à l’autorité centralisée. Une principauté autonome, par essence et par nature. En fait Genève forme avec la France un couple indissociable dans les faits, avec des hauts et des bas, tant leur symbiose est forte et nécessaire aux deux partenaires.

Vu de Paris, cela peut prêter à sourire, mais c’est par Genève que la France est devenue romaine, puis catholique (Sainte-Clotilde, épouse de Clovis était genevoise) et c’est à Genève, incontestablement qu’ont commencé les révolutions de 1789, 1848 et même la Commune, par la tenue, à Genève puis à Lausanne, des deux premiers congrès de l’Internationale ouvrière. Louis XI, François 1er, Henri IV, Louis XIV, Napoléon et plus encore Napoléon III, qui était suisse, ont tous entretenu des rapports essentiels, d’amour ou de haine pour notre ville.

On peut inverser le prisme sans problème, il marche aussi bien dans l’autre sens. La France et ses souverains ont certainement fait davantage, pour l’existence de la Suisse et l’originalité de ses institutions, volontairement ou involontairement, que Guillaume Tell et la prairie du Rütli.  Sans oublier qu’à côté des Rousseau, Voltaire, Calvin ou Dunant existent des centaines d’hommes et de femmes qui jouèrent des rôles considérables.

Cependant, à chaque fois que les querelles de famille ont débouché sur des guerres ouvertes, Genève (ou la Suisse) ont perdu contre la France, pour une raison évidente, qui tient à la disparité des forces en présence.  Dans la vraie vie, David gagne rarement contre Goliath lorsque Goliath est dix ou cinquante fois plus gros. En tout cas pas sans une puissante aide extérieure, comme l’a amplement démontré le Congrès de Vienne. La France de Talleyrand y a tout raflé jusqu’à ce que le retour du vindicatif petit caporal pour les Cent jours ligue contre lui l’Europe entière et sauve Genève. Faut-il rappeler cependant qu’aujourd’hui la Suisse est seule face à l’UE ?

Et l’Escalade ? Me rétorqueront quelques incultes… L’Escalade est la dernière escarmouche d’une guerre qui durait depuis 13 ans et fit des centaines de mort, dans laquelle la France et Genève étaient alliées, contre la Savoie. D’aucuns aujourd’hui, à l’instar du jeune et brillant politicien valaisan Philippe Nantermod se figurent que parce que la Suisse fait meilleure figure économique que l’Europe en crise, nous sommes invincibles, voire même inattaquables ! Rien n’est plus faux. D’abord parce que les pieds d’argile de notre prospérité sont largement enracinés en Europe. Ensuite parce que face à l’excitation d’un peuple ulcéré, il faut parfois mieux faire pitié qu’envie…

Il est clair qu’à tous points de vue et pour les deux parties, mieux vaut s’entendre et négocier que de casser les assiettes, ce qui ne rapporte que désolation et rancœur. Certains Français sont certes prétentieux et souffrent d’un désastreux complexe messianique de supériorité intellectuelle, mais à la vérité, bien des Suisses n’ont rien à leur envier sur ce point, planquant juste un peu mieux leur égo pour tirer leur épingle du jeu…

Tirer notre épingle du jeu, c’est à quoi nous devons nous efforcer, avec les alliés de fait que constituent les régions françaises qui nous entourent, Savoie et Franche Comté, qui n’ont aucun intérêt à voir s’effondrer nos échanges. De l’affrontement n’est jamais rien né de bon. Durant la période qui se termine, la Suisse et Genève ont bien profité d’une situation géo-politique qui est aujourd’hui bouleversée. La France et l’Europe réclament des changements qui vont nous causer du tort, mais dont ils pensent qu’ils vont améliorer des situations dont ils pâtissaient et dont nous profitions.

Résister, pousser des hauts-cris, insulter ou même tenter des démonstrations de force n’est pas une réponse adéquate, ni même intelligente. Quand on est rattrapé par la patrouille, on se la coince. Et l’on cherche des solutions pour s’en sortir au mieux, sans contester ce qui ne doit pas l’être. Ces solutions existent, nous avons d’innombrables atouts à faire valoir, y compris en matière fiscale, mais en respectant les règles du jeu. Par exemple imposer toutes les sociétés de manière uniforme, comme le propose David Hiler, soutenu au niveau fédéral par les élus PLR, sans privilégier les multinationales, mais à un taux suffisamment bas pour que les multinationales restent. Et utiliser la flexibilité de notre marché du travail, basée sur la souplesse de nos lois, pour être toujours  parmi les meilleurs et les plus efficaces.  A armes égales, grâce à notre réactivité.

L’affrontement ne doit pas être une option, car il coûterait bien plus cher, aux deux parties, que la négociation. En plus de nous conduire à coup sûr à la défaite, face à des grands voisins qui ont faim, ne serait-ce que de justice sociale, parmi lesquels les leaders populistes ne manquent ni à droite, ni à gauche. Ce qui implique que nous devons savoir lâcher du lest. Il se trouve que nous en avions accumulé pas mal, depuis quelques décennies. Au pire, une petite cure d’amaigrissement devrait nous aider à nous remettre en forme.

07/05/2013

Le Jaune et le Noir, en attendant le CEVA

Tidiane N'Diaye, statisticien de formation, est peut-être bien le plus rigoureux des historiens africains d'aujourd'hui. Parce qu'il fait un travail sans complaisance, cherchant l'objectivité avant tout, à cent lieues d'une attitude communautariste. Sans la moindre faiblesse à l'égard de l'ancien colon, il n'hésite jamais à dire les torts de chacun, là où ils sont, blancs, noirs ou jaunes... Ce qui le fait détester des idéologues monomaniaques.

Ses travaux sont multipes et font autorité. Sur la traite islamique,  souvent occultée en France parce qu'il serait politiquement incorrect d'en parler... Curieuse reconstruction de l'histoire qui prétend réserver l'exclusivité du rôle du méchant à l'occidental blanc...

Sur l'origine et l'histoire mystérieuse des falashas

Sur la conquête de l'espace sud-africain, à la même époque, par les bantous descendant du Nord et par les boers remontant du Sud, relèguant les peuples premiers boshimans à la portion congrue...


Son dernier ouvrage sort officiellement en librairie aujourd'hui. Il dresse l'historique des contacts entre la Chine et l'Afrique, depuis le très ancien royaume du Grand Zimbabwe, qui collectionnait déjà les bols chinois à l'époque de nos croisades, bâtissant en pierre des villes de plus de 20 000 habitants. Plus peuplée que Genève, capitale du deuxième royaume de Bourgogne à cette époque ! 

Tidiane N'Diaye examine à la loupe l'apport actuel de la Chine à l'Afrique et sa rivalité avec l'Occident: positif et négatif, évidemment un peu des deux, l'analyse de Tidiane est passionnante et l'on ne peut qu'en reccomander la lecture.

 

Plus près de nous, 

Léman Bleu assume désormais 5 heures de direct, d'actualité et d'émissions originales, chaque soir de semaine, laisant la place le week-end à des films de fiction et des documentaires. Un grand changement, pour la petite chaîne locale qui monte et se lance là un vrai défi.
Parmi les nouveautés de la grille, une série de petits reportages de six minutes qui seront diffusés au rythme d'un toutes les quatre semaines, le mardi à 19h48 et rediffusés ensuite: Le Journal du CEVA. L'idée c'est de dresser le portrait de ceux qui se démènent pour que dans 6 ans, nous puissions laisser voiture et scooter au parking, pour circuler dans notre RER souterrain: les perceurs de tunnels, les architectes, les ingénieurs de la circulation, les urbanistes. Ceux qui travaillent au CEVA proprement dit mais aussi à tous les réaménagements de la cité qu'il induit, autour des gares, à la Praille, etc.

Réalisé par Adavi productions avec le concours des équipes de tournage de Freestudio, c'est un petit morceau de télé du réel qui est proposé aux téléspectateurs du Grand-Genève, diffusé sur Léman Bleu et 8 Mont-Blanc ainsi que sur Internet. Nous suivrons les aventures, mésaventures, difficultés et succès de tous ces hommes et femmes qui ont entrepris de transformer notre ville. Une tâche de longue haleine, puisqu'ils en ont encore pour 5 années. Et nous avec !

 

 

29/04/2013

Cahuzac et l’enfer fiscal français : mythes et réalités

Cahuzac a menti à son parti, à son Président, à ses collègues ministres et députés et surtout à ses électeurs, mais finalement il s’est d’abord menti à lui-même. En tant que ministre du Budget son job était clairement de conforter un système qui à l’évidence ne marche pas : plus de la moitié des ressources publiques françaises proviennent de cotisations sociales, de taxes professionnelles et d’impôt sur les sociétés, qui toutes pénalisent le coût du travail en France. Tandis que l’impôt sur le revenu ne représente que 6% des ressources de l’Etat.  

Il existe en fait des centaines de types de prélèvement obligatoire différents dans l’Hexagone, dont personne à ce jour n’est paru capable de dresser la liste exhaustive. Surtout pas l’Etat. Au point que le détail des recettes, catégorie par catégorie, hésite entre Prévert, Kafka et Harpagon : taxe sur l’essence, le tabac, les jeux, l’alcool, la valeur ajoutée, l’électricité, le décès, le logement, les médicaments, etc…  La plus grosse, vaste zone d’ombre intitulée « divers » constituant de loin le plus gros poste : 40% de l’ensemble, à base de micro-taxes rapportant moins d’un milliard chacune, le plus souvent sur les salaires !

C’est le fruit de décennies de défiance et de mauvaise humeur des citoyens français à l’égard de leurs gouvernants, qui les poussent à l’évasion fiscale. Craignant leur juste courroux, les gouvernants ont pris l’habitude de taxer plutôt l’indolore « part patronale » de la fiche de paye. Ce qui n’est qu’un grossier mensonge, s’agissant de l’argent bel et bien payé par le patron sur le coût du travail mais non versé au salarié. 

En Suisse, le gros des recettes de l’Etat et des cantons proviennent bel et bien de l’impôt sur le revenu, nettement plus lourd qu’en France à catégorie sociale égale ; et pourtant ça marche. Il serait naïf de croire l’évasion fiscale inconnue chez nous, mais elle n’est certainement pas le sport national pratiqué de longue date en France.

Le citoyen helvétique doit payer lui-même des primes d’assurance maladies astronomiques et un impôt sur le revenu très consistant. La facture a beau être salée, elle se révèle beaucoup plus digeste grâce la démocratie directe, aux référendums d’initiative populaire et à la proximité administrative : les ¾ des dépenses publiques sont décidées à l’échelon local en Helvétie, contre moins du quart en France. Du coup, le citoyen helvète a le sentiment d’avoir pu s’exprimer par son vote sur la manière dont l’Etat dépensait le fruit de ses impôts. Et comme on dit au cinéma, « il en voit la couleur à l’écran ». Ce qui n’est de loin pas toujours le cas du citoyen français.

Maintenant, lorsque la gauche française prétend que 60 à 80 milliards d’euros par année échappent à l’impôt, il faut savoir de quoi on parle. Il ne s’agit en tout cas pas du montant qui devrait être payé au fisc, car ce serait l’équivalent de ce que rapportent ensemble l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les bénéfices des sociétés : 65 milliards cumulés en 2009, sans doute dans les 80 en 2013. Evaluer des données cachées est forcément grossier et hasardeux, mais là cela signifierait que la moitié de l’activité économique française, dans tous ses secteurs même les plus prestigieux et surveillés se déroule « au black ». Ce n’est pas réaliste. 

Il ne peut pas davantage s’agir du montant des revenus et des bénéfices qui échapperaient à l’imposition sur une année. Ce qui – en impôt sonnant et trébuchant - ne ferait déjà même plus le tiers des 80 milliards annoncés.  Car même dans ce cas, 80 milliards échappant à l’imposition (sachant que le PIB français est de 2000 milliards dont plus de la moitié incombe à l’Etat et aux services publics et n’est donc pas imposable), cela représenterait encore l’équivalent d’un bénéfice de 8% pour toutes les entreprises privées françaises qui, intégralement, ne serait pas déclaré… Alors même que par les temps de crise qui courent,  95% des patrons français vendraient père et mère pour arriver à de telles marges même déclarées…

Bref, si ce chiffre de 60 à 80 milliards n’est pas une pure vue de l’esprit, il ne peut être crédible que s’il désigne en fait l’ensemble des biens d’origine française qui dorment (ou fructifient) à l’étranger et ce, pour certains d’entre eux, depuis des décennies. Ce que se gardent bien de préciser politiciens et journaliste qui avancent ce chiffre spectaculaire.  Car du coup, l’affaire perd beaucoup de son sel et  le montant à en tirer en impôt effectif varie entre 1 à 2 milliards par année, sur les revenus des placements, ou si l’argent est confisqué, à l’équivalent de ce qui sera confisqué, mais par définition, une fois et une seule.

 Dans le premier cas, la France récupère chaque année 0,1% de son budget annuel  (et 2 à 3% du montant total de l’impôt sur le revenu). Dans le second, pour autant qu’elle parvienne à mettre la main sur tous les fonds évadés, ce qui parait très improbable, elle récupère l’équivalent de 6% de son budget annuel, mais une seule fois. C’est loin d’être négligeable, mais c’est nettement moins efficace que de tenter une vraie réforme de la fiscalité, pour mettre fin à un système qui ne marche pas…

Pour comprendre à quel point l’impôt sur le revenu est relativement peu important, dans l’ensemble de la fiscalité française, il suffit de savoir que mises ensembles, les taxes sur l’alcool, le tabac et l’essence rapportent davantage.  Ou que l’électricité, à elle seule, rapporte autant que l’ISF. Pour la simple et bonne raison que si les riches peuvent être très très riches, ils sont aussi extrêmement peu nombreux. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être imposés. Il est psychologiquement indispensable qu’ils participent largement à l’effort de solidarité exigé de tous en des temps difficiles. Mais ce n’est pas cela qui sauvera la France.

Les politiques vont donc devoir inventer de vrais remèdes et des solutions pérennes. L’exemple de la petite Suisse pourrait les y aider, s’ils voulaient bien se renseigner sérieusement sur comment ça marche ici, au lieu de rabâcher des clichés comme celui-ci , découvert sous la plume d’une journaliste de « La Tribune », hebdomadaire économique, pour expliquer le faible taux de chômage en Suisse :

« La Suisse a une prospérité liée à son rôle de place financière, explique Jacques Freyssinet (économiste au Centre d'études sur l'emploi) ; elle utilise très largement la régulation de l'immigration, qui est surtout sur des contrats courts", poursuit Jacques Freyssinet. Difficile de décrocher un CDI si l'on n'est pas suisse, la préférence nationale est effective. Il se murmure également que, de honte, certains Suisses au chômage ne s'inscriraient pas... » précise la journaliste.

Rien sur la durée du travail, sur la minceur du code du travail, sur le fait que la finance représente 5 % des emplois à tout casser et l’immigration 23% des actifs, voire davantage en incluant les frontaliers. L’économiste du centre d’études pour l’Emploi ignore apparemment l’inexistence de fait des CDI à la française et sa lecture de la régulation de l’immigration est juste l’inverse de celle du MCG. La vérité se situant probablement entre les deux.  

Bref si les études sur l’amélioration de l’emploi dans l’Hexagone dépendent d’experts aveugles et sourds, la France est mal barrée. Mais qui est ce Jacques Freyssinet ?  Un jeune débutant inexpérimenté ? Que nenni.  Né en 1937, professeur émérite d’Université, ancien dirigeant de l’UNEF aux sources du gauchisme, il a été Président du Conseil d’Administration de l’ANPE sous Mitterrand et se trouve à vrai dire en retraite  depuis 2002. Ne serait-il pas temps pour lui de laisser place aux jeunes, à des chercheurs sans œillères qui daigneront se renseigner et venir voir sur place comment ça marche, plutôt que de rester buté sur des théories franco-françaises qui poussent l’Hexagone à la faillite ?

27/04/2013

Suisse-UE : le symbiote qui refusait d’épouser la crémière…

 

Nous savons tous ce qu’est un parasite : un organisme qui se greffe sur un autre, dans lequel il puise sa substance vitale, au point de l’épuiser parfois, ce qui peut conduire à la mort des deux organismes.  La symbiose est un parasitisme un peu particulier, dans la mesure où le parasite apporte également des bienfaits à l’organisme hôte, ce qui les rend plus forts ensemble, plus efficients que séparément. Dans la nature, c’est toujours l’organisme le plus gros qui est qualifié d’hôte et quelques relations symbiotiques sont à l’origine des plus belles réalisations de la nature. A commencer par les lichens qui ont permis la colonisation de la Terre par la végétation.

En biologie, les deux organismes d’une symbiose sont dit symbiotiques,  ou symbiotes. En littérature, notamment de science-fiction, le symbiote est clairement l’organisme qui parasite, fournissant en échange à l’hôte des facultés, voire des pouvoirs, auxquels il n’accèderait pas sans lui. L’équilibre des échanges est bien sûr fondamental, si l’on veut éviter que la symbiose, bénéfique à chacun, ne redevienne du parasitisme pur et dur, qui risquerait d’être fatal à l’un des « partenaires » ou aux deux. Par étranglement de l’hôte ou par arrachage du parasite.

Par analogie, on peut clairement qualifier la Suisse de symbiote de l’Union européenne, les bilatérales ayant renforcé le phénomène. Au profit de la Suisse, qui du coup s’hypertrophie, grossit trop vite aux yeux de nombre de ses résidents/composants, attirant capitaux et travailleurs hautement formés particulièrement dynamiques… Loin de se réjouir de former un ilot de prospérité au beau milieu d’une crise mondiale, ces composants suisses ingrats – et inconscients – sont persuadés de pouvoir mieux réussir encore en s’éloignant de l’hôte, oubliant que si le lierre peut survivre sans arbre où s’accrocher, il végète au sol et croit au ralenti, tandis que la symbiose avec un arbre lui permet de s’élever dans les airs et de se développer à une vitesse spectaculaire !

Rappelons que l’économie suisse stagnait avant les bilatérales avec un taux de croissance inférieur à celui de l’Europe, ce qui s’est inversé après les bilatérales. Que par ailleurs plus des deux-tiers de nos échanges (importations et exportations), dont nous ne saurions nous passer, se font avec l’Union Européenne, dont nous représentons 5% des échanges. L’Union européenne est donc 13 fois plus importante pour nous que nous le sommes pour elle. Penser que l’on doit notre réussite à notre seul génie démocratique et à la minceur de notre code du travail est certes très agréable pour l’ego, mais c’est juste faux. La démocratie et le code du travail nous aident, mais ne suffisent pas.

Les Suisses aiment bien rappeler, par exemple, que la Suisse est le premier investisseur étranger dans l’Union Européenne. C’est vrai, mais pour l’essentiel, l’argent investi est de l’argent européen, déclaré ou non au fisc des pays européens dont il est issu, qui y retourne après avoir été placé à l’abri en Suisse. Des fortunes privées, autant que des bénéfices commerciaux de multinationales… Tant que le symbiote joue le jeu et offre un plus à l’hôte (ne serait-ce que le confort d’avoir une économie et une société stables en son cœur) tout va très bien dans le Meilleur des mondes, mais si l’échange devient par trop inégal, la tentation de court-circuiter le passage par le symbiote devient lancinant.

Les responsables ayant senti le danger, prônent de longue date la diversification des relations. Politique judicieuse, mais qui ne compensera jamais le fait que la Suisse est un symbiote INTERNE à l’Union Européenne, qui l’entoure entièrement. Même ses voies aériennes dépendent intégralement du bon vouloir de l’UE. Sans compter que la Suisse fait incontestablement partie du club occidental.  Tant que le monde vit en paix, la Suisse en profite, mais nos valeurs sont belles et bien occidentales, en plus de la géographie, qui nous place au cœur du continent.

En résumé, le symbiote suisse écrème le meilleur des produits de l’Union européenne : capitaux défiscalisés et jeunes diplômés formés à grands frais notamment. Il ne fait pas que cela, mais il fait aussi cela et c’est essentiel dans les rapports entre l’hôte et son symbiote. Dans les faits, l’intégration entre les deux organismes est tellement avancée, l’imbrication telle qu’une union de droit et non plus seulement de fait parait la solution la plus pertinente. Il s’agirait simplement de régulariser en épousant la crémière, depuis le temps qu’on vit à la colle… Le mariage est à la mode, ces temps.

Au lieu de quoi, la Suisse, du moins une forte partie d’entre elle, s’obstine à vivre dans le pêché. Pourquoi pas ? Après tout, les enfants sont grands. Bien sûr, la voix au chapitre dans les conseils de famille est réduite à la portion congrue : un murmure, depuis l’autre côté de la porte close. C’est embêtant, alors que le multilinguisme, la culture démocratique et l’expérience confédérale feraient à coup sûr merveille, dans les débats familiaux. Une chose est sûre cependant : couper les liens unissant le symbiote à son hôte serait suicidaire. Vivre à la colle, pourquoi pas, mais pas séparés : quel que soit l’état de santé du géant, son symbiote, privé des 2/3 de sa substance vitale,  ne s’en relèverait pas.

Se mêler des problèmes de la famille, les prendre à bras-le-corps et aider à les résoudre, c'est une attitude qui serait appréciée, au moment où le caractère un peu égoïste de la relation apparait au grand jour. C'est d'ailleurs ce que fait la Confédération discrêtement, par exemple en soutenant l'Euro. C'est autrement plus constructif et solidaire que l'attitude d'une certaine droite, qui se contente de dresser la liste des échecs, des demi-échecs ou des difficultés, en ressassant "on vous l'avait bien dit".  La Suisse ne s'est pas faite en un jour. L'UE n'a qu'une cinquantaine d'années. Au cours des siècles qui ont suivi 1291, les cantons n'ont cessé de se taper les uns sur les autres, manu militari, au moins autant qu'ils faisaient la guerre à l'extérieur. Alors la décence voudrait que l'on encourage les efforts de construction de l'Union européenne, qui nous assurent protection et stabilité, plutôt que d'applaudir à tous ses problèmes.

Et pour sourire: un dessin de videberg paru dans un blog du Monde

 

 

 

 

 

23/04/2013

Echange automatique d’informations : Pourquoi les banques n’ont pas le choix

La plus grosse erreur sur ce sujet serait de confondre l'intérêt national avec une fierté mal placée. Beaucoup sont tombés dans le piège. Résumons.

L’économie suisse a de nombreux atouts, la puissance de ses banques étant primordiale, qui se traduit par d'incroyables quantités d’argent géré. La majeure partie de cet argent est aujourd’hui parfaitement légal et déclaré: fonds de pension, assurances, fonds souverains, trusts et autres qui profitent ici de la stabilité législative, politique et monétaire, d’interconnections nombreuses et du savoir-faire de la place financière. Mais bien sûr pour que cet argent reste ici, il faut qu’il travaille et fasse des petits, donc qu’il puisse être investi partout où ça rapporte, y compris dans les pays d’origine des fonds.

Une autre partie des fonds, une grosse minorité, mais qui tend à se réduire, est constituée d’argent disons « gris ». De l’argent honnêtement gagné en principe, mais pas forcément déclaré. Plus quelques résidus, par ci par là, d’argent carrément délictueux dont presque tout le monde aimerait bien se débarrasser, même si quelques margoulins sont encore attirés par le caractère très rémunérateur de ces fonds pour ceux qui daignent prendre le risque de s’en occuper.

La Suisse a longtemps joué sur les deux tableaux, privilégiant peu à peu le premier, l’argent légal et elle a bien fait, mais aujourd’hui, mise au pied du mur,  il lui faut choisir.

Défendre le secret bancaire, c’est défendre cette partie d’argent gris et les quelques restes carrément sombres. Peu viable à terme, comme on l’a vu depuis bientôt une quinzaine d’années avec le Etats-Unis, qui mettent dans la balance l’accès à leur marché  boursier et financier : si vous voulez travailler chez nous, dit Washington, informez-nous sur nos ressortissants. Et la Suisse informe, parce que si l’accès au marché US est coupé, c’est non seulement un gros morceau de profit en moins pour les banques, mais c’est aussi, pour l’argent placé et donc pour la clientèle, de très importantes perspectives de rentabilité qui s’envolent.

Il en va de même pour l’Europe et bientôt pour les principaux marchés émergents, Brésil en tête, depuis qu’à Bruxelles on a compris la combine.  La Suisse peut choisir de se recroqueviller sur son secret bancaire et de défendre corps et âmes les personnes ayant placé de l’argent dissimulé, mais ce sera au détriment de ses profits et plus grave, de ceux de ses clients honnêtes et propres sur eux, qui sont aujourd’hui majoritaires. Accessoirement, l’économie classique helvétique paierait également les pots cassés, en risquant de voir se fermer des marchés essentiels, de proximité. Les Asiatiques étant globalement allergiques aux produits laitiers, ce n’est pas en Chine que l’on va vendre le Gruyère d’alpage. Sans compter (et c'est primordial) que  la Chine, le Brésil et les autres font aussi partie du G20  de l’OCDE et du GAFI, et qu’ils ont tout autant intérêt que Bruxelles ou Washington à voire se réduire la colossale évasion fiscale mondiale.

En vérité, les services juridiques des banques, compliance, aml et autres se préparent de longue date à cela, qui coûtera d’ailleurs moins cher que les machines à Tinguely que constitueraient des accords séparés et spécifiques avec chaque pays, impliquant d’entretenir des armées d’avocats spécialisés dans le droit de chaque pays. En plus de la coûteuse collecte d’informations rendue nécessaire sur la clientèle, ou de la valeur très relative d’un certificat de déclaration fiscale exigé du client. On l'a bien vu dans l'affaire Cahuzac.  

Reste l’épineuse question des fonds placés depuis longtemps dans un cadre légal en Suisse (parfois pour fuir des dictatures ou autres), mais qui se retrouvent aujourd’hui menacés par ces accords internationaux. Cela fait aujourd’hui cinq années au moins qui ont pu ou auraient du être mises à profit pour trouver une solution. Individuellement, les comptes ont pu être clôturés et collectivement, la plupart des banques suisses et l’ASB ont fait le maximum pour parvenir à des compromis honorables, comme les accords RUBIK. Plusieurs pays ont joué le jeu, proposant des solutions d’amnistie qui leur ont rapporté à chacun de jolis paquets de milliards.  

Certaines banques, UBS en tête (devenue en bonne partie arabo-singapourienne sous la houlette d’Ospel lorsqu’elle a été renflouée par les fonds souverains en 2007) ont préféré continuer à jouer un double-jeu qui ne lui ont valu que des ennuis, éclaboussant largement toute la profession et même la Suisse entière. On peut espérer que c'est aujourd’hui terminé. Aujourd’hui, la Suisse n’a plus d’autre choix que l’échange automatique. Il ne lui reste qu’à le vendre du mieux possible, en obtenant en échange le libre accès aux marchés, et la transparence des trusts. Ce qui est dans l’intérêt de tous et l'argent transféré ces dernières années à Singapour et ailleurs n'est qu'en sursis. A moins d'y avoir été transféré en cash, les traces électroniques existent et sont connues des autorités concernées. Dans les mois et les années qui viennent, les structures bancaires de ces eldorado insulaires de l'off-shore seront tous passés au grill. Et l'on a vu, avec Chypre, quelle était la fragilité de ces structures qui n'ont que la finance pour pilier. Si j'avais de l'argent, je préfèrerais qu'il soit en Suisse. 

19/04/2013

Le guru des populistes italiens et le jacuzzi des populistes genevois

Passionnant reportage d’Envoyé Spécial hier soir, sur France 2. Le mouvement populiste « Cinque Stelle » de Beppe Grillo y était ausculté de l’intérieur. Ce qui a permis de constater quelques points communs et aussi des différences fondamentales d’avec le MCG, mais aussi une analyse très particulière et extrêmement troublante de la mondialisation et des crises actuelles.

D’autant plus troublante que le mouvement a tout d’une secte, y compris le guru caché, mais une secte qui ferait 8 millions de voix et aurait 163 députés. Une secte aussi dont le leader officiel a déclaré hier à l’AFP vouloir exporter sa « révolution sans guillotine… pour l’instant » dans toute l’Europe. Tandis que son conseiller de l’ombre va plus loin : lui voit l’occident, grâce à sa refonte morale 5 étoiles, sortir vainqueur de la 3ème guerre mondiale, programmée pour 2020, afin d’instaurer le paradis sur Terre, à base de développement durable et de communautarisme virtuel.

La différence qui tue, pour le MCG, c’est que Grillo, au moins en apparence, met son parti en conformité avec son discours du « tous pourris » : pour être candidat 5 Etoiles, il faut n’avoir jamais fait de politique auparavant. Tandis que le MCG est principalement composé de politiciens blanchis sous le harnais, mais recalés par leurs anciens partis, qui ne jugeaient pas leurs aptitudes en corrélation avec leurs ambitions.

L’autre différence, qui contraste fortement avec le MCG, c’est que le Mouvement de Grillo a un vrai programme, comportant des éléments révolutionnaires, comme l’instauration d’un revenu minimum pour tous et le refus de bénéficier  des financements publics ou le fait de diviser le salaire des députés par trois. Là où Eric Stauffer, sitôt élu, cherche à augmenter le sien. Pour payer l'eau chaude de son jaccuzzi sur la terrasse de son penthouse d'Onex ?  Le Maire 5 étoiles de Parme, lui, roule en vélo et a revendu tous les véhicules de fonction… Bref, un agenda chargé pour Grillo et les grillistes, même s’il est en partie caché, tandis que le MCG n’est qu’un parti attrape-tout, sans ligne claire, soutenant chaque chose et son contraire, du moment que cela peut rapporter des voix. 

Le but de Grillo et de son guru Gianroberto Casaleggio est d’arriver au pouvoir pour changer l’Italie et le Monde, sans forcément nous demander notre avis, tandis que le but des cadors du MCG se limite à devenir calife à la place du calife.  On se demande ce qui est le pire, d’autant que les deux formations ont un gros point commun : la fabrication de boucs émissaires. Quoi de plus porteur qu’un ennemi responsable de tout, qu’il suffit de vaincre pour arranger les choses ? Les miracles étant rares en ce monde, c’est difficile à gérer sur le long terme,  une fois au pouvoir… Mais pour y arriver, c’est un coup de booster garanti sur les performances électorales.

Le frontalier du Mouvement 5 étoiles, c’est le politicien en place, responsable de tous les maux de l’Italie. Mais bien sûr. Les Italiens, eux, ne sont responsables de rien. Même pas d’avoir élu Berlusconi ou d’avoir érigé la combinazione en sport national. Pas davantage que les Genevois. Ou les Français. Ou les Etasuniens, les Chinois ou les Africains. C’est là le propre de toutes les démagogies de gauche, de droite, ou des étoiles, d’exonérer le peuple et les citoyens de toute responsabilité, au moins partagée. Pour mieux les berner. Dans le cas des Cinq étoiles, les citoyens (eux aussi adorent ce terme) sont invités à faire des propositions d'action, qui sont consignées et débattues non pas en public, mais uniquement sur Internet. Ce qui restreint le champ des intervenants. 

Or Internet, c'est précisément la spécialité du guru Casaleggio, qui a fait carrière - et fortune - dans le développement de sites et de blogs, y compris pour des multinationales, obtenant des performances de fréquentation exceptionnelles. Tous les sites internet du mouvement sont gérés et manipulés par l'entreprise du guru Casaleggio, Casaleggio Associatti. Et tout le parti est géré par l'intermédiaire d'Internet, sans aucune règle de démocratie formelle.  Or rien n'est plus facile que de manipuler des débats et des votes sur internet, qui se déroulent sur des sites dont on détient toutes les clefs. Toutes les attaques, douces ou dures, disparaissent immédiatement des sites du mouvement, tandis que des milliers d'internautes grillistes croisent le fer ardemment partout ailleurs... Ce qui n'est pas sans rappeler la pratique des militants MCG, sur la Tribune électronique et ailleurs.

Pour le reste, l’analyse du Guru Casaleggio sur l’avenir de la planète et de l’humanité dans les années à venir ressemble en bien des points à celle que j’exposais dans mon livre l’Utopie Urgente en 2007 (éd. Slatkine). A savoir que la montée en puissance des pays émergents, la stagnation de l’occident, les ressources limitée de la planète (même si l’on peut espérer trouver de nouvelles sources d’énergie) et l’excitation nationaliste ou religieuse en constante croissance forment un cocktail excessivement explosif. Avec l’augmentation des inégalités comme détonateur. 

A partir de là, nos analyses divergent. Pour éviter la 3ème guerre mondiale, ou en sortir si elle survient, je rêve d’une amélioration quantitative et surtout qualitative de la gouvernance mondiale, conjuguée à de fortes décentralisations démocratiques. Casaleggio, lui, parie sur ce qui pourrait bien être la fin de la démocratie classique, appuyée sur la maîtrise d’Internet (où comme il le dit lui-même, 10% des internautes produisent 100% des contenus) et la victoire de l’occident qu’il voit seul capable d’imposer la paix et la stabilité au monde. Une vision ethnocentrée qui traduit le caractère d’un homme apeuré et inquiet, ayant davantage voyagé dans les mondes virtuels épurés que dans la réalité complexe d’une petite planète multipolaire. 

13/04/2013

Danger: l'extrême-droite censure la vérité

Pour la première fois depuis bientôt huit ans que je tiens ce blog, suivi mensuellement par plusieurs milliers de lecteurs, même lorsque je n’écris plus qu’un texte par mois, j’ai été censuré par la Tribune de Genève. Le thème en était l’extrême droite et l’offshore. Plus spécialement la méthode consistant à obtenir un gros crédit, parfaitement légal, de banques habituellement très prudentes qui, à l’instar de la fourmi de la fable, sont peu prêteuses par nature. A moins de présenter de solides garanties.

Une garantie que les fourmis banquières adorent, c’est la mise en cautionnement, quelque part, d’une somme d’argent égale ou supérieure au prêt plus les intérêts. Pas nécessairement déclarée, la somme, sinon, à quoi bon payer des intérêts dessus ? La manip s’apparente donc à du blanchiment, en permettant d’utiliser des fonds de provenances diverses pour, par exemple, financer une campagne électorale.

Il n’y avait rien de faux ni de mensonger dans mon texte, qui ne citait que des faits publics et connus, disponibles sur Internet et pour l’essentiel même sur Wikipedia, et ce depuis des années. La seule valeur ajoutée de mon papier, en dehors d’une pointe de causticité, consistait au rapprochement de faits épars, qui prenaient ainsi un sens nouveau. J’y parlais d’une célèbre dynastie de l’extrême droite française, connue pour avoir obtenu un étonnant crédit de l’UBS pour sa toute petite PME active dans l’industrie du divertissement, un secteur habituellement fui comme la peste par cette institution bancaire qui connut jadis des jours meilleurs et des dirigeants d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon.

J’y évoquais également un habitué des prétoires, politicien genevois collectionneur de casseroles, qui a obtenu de la Tribune, donc, le retrait de mon texte sur mon propre blog. Sous la menace non pas d’une plainte en diffamation ou pour calomnie, mais pour atteinte à l’honneur. Le détail a son importance, car dans l’atteinte à l’honneur, le fait rapporté peut être vrai et prouvé, cela n’empêche pas la condamnation, si le fait de le mentionner a pour but essentiel de nuire au plaignant. Une disposition très chrétienne du droit helvétique, ayant entre autres pour ambition de faciliter la réinsertion des personnes condamnées, en empêchant de rappeler sans cesse leur condamnation.

La Tribune, en tant qu’hébergeur, ayant été récemment condamnée conjointement avec Eric Stauffer, pour atteinte à l’honneur, suite à des propos tenus par ce dernier sur son blog, ne souhaitait pas remettre la compresse, en dépit de la valeur exemplaire et particulière de la situation. Il y avait en effet un détail d’importance, qui m’aurait protégé ainsi que la Tribune, selon la jurisprudence. Mon intention n’était nullement de nuire au politicien incriminé en tant que personne, mais simplement d’alerter l’électeur genevois sur les antécédents d’un candidat à de hautes responsabilités. Le fait d’avoir, par le passé, trempé dans des affaires du type de celles qui sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité et conditionnent l’avenir du canton, en le contraignant à repenser des pans entiers de son économie, ce n’est pas anodin. La moindres des choses est que l’électeur en soit informé.

Que cette évocation soit censurée par crainte (heureusement discutable) d’une action judiciaire, c’est un fait plus grave qu’il n’y parait dans une République jusqu’ici réputée pour sa liberté de parole. Liberté de parole d’ailleurs largement usitée, jusqu’à fatiguer, par le politicien en question qui a conspué le ban et l’arrière-ban de la République à de réitérées reprises, sous couverture (transparente à force d’être élimée) de la défense du bien commun. C’est aussi la preuve éclatante de ce qui nous attend si par malheur nous commettons l’erreur d’élire de tels personnages, qui passent leur temps à insulter toute la République, mais ne tolèrent à leur égard que le lèche majesté, menaçant et censurant à la moindre égratignure d’un simple blogueur.

Un comportement totalitaire avant même d’être au pouvoir, il fallait oser.  Tant mieux, cela permet de le reconnaître plus facilement.

28/03/2013

Ces années sanglantes où la Suisse faillit éclater sous la menace du IIème Reich

Depuis quelques jours, on voit toute l’extrême droite de ce bout de pays courir à la rescousse d’un conseiller d’état valaisan pris la main dans le pot de miel. Quelques personnes naïves s’y laissent prendre et entonnent le refrain : « laissons-le faire ses preuves, pourquoi tant de haine, ce n’est qu’un drapeau anodin après tout ». Quelques petits malins enfoncent le clou en prétendant donner des leçons d’histoire pleines de morgue… Et enduites d’erreur : «  le IIème Reich n’était pas le IIIème, bandes d’incultes, faut pas tout confondre ».

Non, faut pas confondre. Ni tenter de berner le lecteur trop confiant. Parce que ce drapeau innocent a bel et  bien été aussi celui du IIIème Reich à ses débuts, durant deux ans. Puis il est resté celui de la Kriegsmarine, pendant toute la guerre. Or le Monsieur qui porte une queue de cheval dit lui-même l’avoir acheté en visitant un U-boot. Par ailleurs il est professeur d’Allemand. Censé être informé de l’histoire de ce pays et du sien. En principe.

C’est là que le bât rentre carrément dans la chair de l’âne. Parce que ce drapeau fut effectivement d’abord celui du IIème Reich, de l’unité allemande (contre la joyeuse pagaille décentralisée qui précédait), de Bismarck et de la guerre de 14-18. Durant laquelle la Suisse passa à deux doigts de l’éclatement. 7 000 Français de Genève sont morts dans les tranchées, mais aussi des milliers de Suisses. Après l’invasion de la Belgique neutre, plusieurs dizaines de milliers de Confédérés s’étaient engagés dans la Légion étrangère où ils se sont battus héroïquement contre l’hégémonie allemande, faisant du 1er Régiment Etranger le plus décoré de France. Parmi eux, un Neuchâtelois d’origine alémanique, Blaise Cendrars, qui y perdit un bras. Il n'est pas faux d'écrire que leur participation fut décisive et qu'en aidant la France, ils sauvèrent la Confédération d'une annexion pure et simple dans le IIème Reich.

Pendant ce temps en effet, un autre Neuchâtelois, Conrad Ulrich Wille, avait été élu général, commandant en chef de l’Armée Suisse, avec le soutien appuyé des 235 000 allemands résidant en Suisse orientale (dont l’ancêtre de Blocher), contre 68 000 français, presque tous à Genève. Né à Berlin dans une famille de collaborateurs du Roi de Prusse, Wille est marié à une comtesse von Bismarck, cousine du chancelier. Il va tout faire pour engager la Confédération aux côtés des Allemands, échouant de justesse à plusieurs reprises. Il masse ses troupes aux frontières françaises et italiennes et laisse le Rhin quasi sans défense, alors que les Prussiens ont envahi la France en violant la neutralité belge. Ses officiers supérieurs fournissent à leurs homologues allemands les codes de l’armée russe (et écopent gentiment de quinze jours d’arrêt…), il contribue au départ de Lénine, et surtout à au moins deux reprises, prépare des plans d’invasion de la France, stoppés in extremis par le Conseil Fédéral, qu’il insulte copieusement dans ses courriers privés. 

J’oubliais: le KronPrinz Guillaume est le parrain de son petit-fils. Conrad Ulrich est aussi le grand-père maternel d’Annemarie Schwarzenbach, écrivain morphinomane, amie d’Ella Maillart avec qui elle voyage en Afghanistan et surtout militante anti-nazie. Tandis que son oncle Ulrich Sigmund Wille (le père du filleur du Kronprinz) devenu à son tour Colonel commandant de corps, disputera sa fonction au Général Guisan, avec des intentions clairement pan-germanistes, voire pro-nazies vu les circonstances, au point qu’il sera finalement exclu de l’armée en 1942.

Bref, pour un partisan de l’indépendance jalouse du peuple des bergers contre l’emprise européenne, l’emblème semble mal choisi, qui fut celui du pan-germanisme ouvertement désireux d’avaler la Suisse, au moins dans sa partie alémanique.
Sauf bien sûr si c’est bel et bien son adoption comme signe de ralliement par l’extrême-droite nazillone européenne qui motive la présence de l’emblème dans la cave du Conseiller d’Etat valaisan. De même que son apparition à la télévision. L’ultime provoc à destination de ses nombreux fans dans les milieux racistes et identitaires : « Regardez, je suis au Gouvernement, avec ça chez moi. » Pure supputation bien sûr, mais peut—être bien la provoc de trop. A noter que même Marine le Pen ne tolère pas ce genre d’excès et exclut systématiquement tous ceux qui arborent des symboles d’une époque honnie.

On a donc ainsi officiellement en Suisse une UDC qui va plus loin que le Pen. Cela n’a rien d’anodin et les cris d’orfraie en défense du tribun à queue de cheval, réclamant le respect pour l’homme, sa fonction et ses électeurs, sont nuls et non avenus lorsqu’on voit la violence avec laquelle les mêmes milieux n’hésitent pas à conspuer les édiles en place, respectueuses du pacte républicain et du système confédéral. La condamnation en justice d’un rédacteur en chef valaisan qui avait laissé passer des rapprochements déplacés sur les origines communes entre le tribun à queue de cheval et le dernier chancelier du Reich prend soudain un goût amer.

Concrètement, cela n’est pas sans incidence sur nos prochaines élections cantonales. On sait que le nouveau Conseiller d’Etat valaisan a toujours été pour un rapprochement entre l’UDC et le MCG. Le soutien qu’il a reçu des membres de ces deux partis confirme au besoin qu’on est bien en présence de deux formations d’extrême-droite. Dans les blogs et sur Facebook, le débat est allé très loin, jusqu’à relativiser les crimes nazis, au prétexte de la colonisation, ou de la collaboration. Positions indéfendables. Qu’il existe des tueurs de vieilles dames, par exemple, ne réduit en rien l’ignominie d’un serial-killer violeur d’enfants… Ni la nécessité de mettre le mal hors d’état de nuire. Pour cela, le vote pour des formations démocratiques sans ambiguité apparait une impérieuse nécessité. 

26/03/2013

Traversée: le Conseil d'Etat ne lâche pas prise

La Traversée en 2030, c'est une excellente nouvelle, d'autant qu'elle serait gratuite, ou tout au moins payée par la Confédération. Elle a été annoncée en point presse par Michèle Künzler et François Longchamp dès la semaine dernière, confirmée ce matin par les responsables techniques de la question dans l'administration cantonale. L'élargissement de l'autoroute actuelle est prioritaire. Elle gagnera une, voire deux voies supplémentaires dans chaque sens,  pour des travaux qui devraient être achevés dans 7 à 12 ans... Le scoop, c'est que la traversée du Lac n'est pas morte et enterrée, tout au contraire.

Doris Leuthard et les responsables de l'OFROU (Office Fédéral des Routes) l'ont encore confirmé tout récemment. L'idée serait d'inclure le projet dans le plan de financement de l'achèvement des toutes nationales, en 2015. Pour une inuaguration, idéalement, en 2030. Je ne sais pas vous, mais moi je serai en retraite depuis déjà un paquet de temps. Mais pour l'économie lémanique et pour le quotidien des habitants du Grand Genève, c'est vital.

On a pu croire que le Conseil d'Etat  délaissait le projet, voire qu'il le faisait avec un certain plaisir, enfourchant avec délectation l'excuse "Berne n'en veut pas", pour éviter d'avoir à se coltiner une votation compliquée. Il n'en est rien.  Le Conseil d'Etat in corpore est bien décidé à aller de l'avant et nul doute que les trois élus PLR qui rempilent sauront faire passer le message dans le nouveau collège. Michèle Künzler, collégiale, s'est-elle in fine laissée convaincre par les arguments des techniciens ? C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter pour sa réelection et nous ne manquerons pas de le lui demander. 

 

On sait Pierre Maudet convaincu de longue date. François Longchamp, c'était moins évident. Mais depuis qu'il est responsable de l'urbanisme et des affaires régionales, il est appelé à se déplacer bien davantage et il nous confiait récemment combien il lui semblait urgent de désenclaver la rive gauche. Si Berne (et les chambres fédérales) se laissent convaincre, le contournement autoroutier de Genève serait bouclé avec de l'argent fédéral quasi exclusivement. Ce qui complique un peu la perspective d'y faire passer les transports publics. Les autobus où l'on circule debout ne sont pas admis sur les routes nationales, où la ceinture est obligatoire en tout cas. Rien n'empêche en revanche de prévoir suffisamment large dès le départ pour réserver des voies éventuelles aux  trasnsports publics.

Nul doute en tout cas qu'une telle traversée permettra de résoudre une bonne partie des problèmes de circulaton, de fluidité et de pollution du Centre ville. Vivement 2030...

 

 

22/03/2013

Budget & fiscalité: le consensus n'est pas mort, il est juste blessé

Sur son blog, puis dans Facebook, et finalement hier soir, devant l’assemblée des délégués du PLR, le sémillant Renaud Gautier a émis l’idée que nous étions en plein changement d’ère. Que le temps du consensus, qui a fait les beaux jours de la Suisse, était échu, et que celui des affrontements était venu. Quasiment classe contre classe. Il en a bien sûr rejeté la responsabilité sur la gauche, ce qui n’est pas entièrement faux. Mais force est de constater que ce discours, à l’extrême droite et notamment chez certain journaliste vedette de la Praille, il y a belle lurette qu’on le tient.

Plus piquant et plus évocateur, en bon gérant de fortunes, Renaud s’est placé sur le terrain du possédant, à qui la gauche entend faire les poches. Avec au besoin la complicité active du MCG, qui voit là un moyen commode de se placer auprès de son électorat populaire, tout en cognant comme un sourd sur la gauche bobo intello et internationaliste le reste du temps.

Renaud étant fort intelligent, son discours n’est pas faux. Il est juste partiel. Oui la gauche veut prendre aux riches pour donner à sa clientèle de pauvres et de fonctionnaires. Oui le MCG entend la concurrencer sur ce terrain, avec une clientèle différente, moins intellectuelle, plus petits entrepreneurs, lumpen prolétariat d’origine étrangère et agents de sécurité.

Ce sont là, des situations très classiques, déjà vécues en Europe et à Genève en particulier, il y a 80 ans. La principale différence étant le degré de violence, qui pour le moment reste anecdotique. Souhaitons qu’il continue à en être ainsi.  

Sur le fond, ce que semble oublier Renaud, c’est qu’en dehors de fortunes établies – et même pour celles-là – ce qui compte c’est moins le taux d’imposition que la possibilité de créer de la richesse, ou à l’inverse, la destruction de cette dernière, dans des conflits de toute nature, qui se traduisent -  toujours – par une forte aggravation de la pression fiscale et un rétrécissement considérable des écarts entre riches et pauvres. Sur ce plan d’ailleurs, si l’on se place d’un point de vue strictement égalitariste, on pourrait écrire que les guerres ont du bon. Ce qui serait oublier tout ce qu’elles ont de mauvais.

Pour être concret, voyons le budget comme le gâteau des dépenses publiques à partager, la fourniture des ingrédients étant à répartir entre les différentes catégories de contribuables. Il faut s’attendre à la diminution des réserves de fournitures, parce que l’économie occidentale péclote gravement, ce dont Genève ne pourra pas éternellement se tenir à l’écart. Pour maintenir coûte que coûte la taille du gâteau à répartir dans leur clientèle, la gauche et les populistes veulent augmenter la quote-part demandée aux fournisseurs, quand bien même ces derniers vont voir leurs réserves se réduire à cause de la crise. Ce qui risque de faire fuir certains fournisseurs et donc d’aggraver encore la pression sur ceux qui restent. De plus comme les frontaliers et les expatriés ont été désignés boucs émissaires, les socialistes et plus encore le MCG, veulent leur mettre des chicanes et des barrières. Ce qui immanquablement va nuire à l’économie, donc réduire encore les réserves de fournitures.

La pente naturelle, celle qu’incite à suivre le journaliste de la Praille et sur laquelle se laissent glisser plusieurs députés PLR, c’est de s’allier au populisme – de préférence l’UDC plutôt que le MCG - pour construire une majorité qui tienne debout et soit de taille à imposer ses choix au parlement. Et éventuellement ailleurs.
C’est une mauvaise idée. D’abord parce que le MCG et l’UDC, maintenant qu’ils sont à nouveau réunis (les fondateurs du MCG sont des transfuges de l’UDC), ne se laisseront pas séparer facilement. Le Conseiller d’Etat valaisan à queue de cheval a très concrètement briffé l’UDC genevoise sur ce point et comme il peut aujourd’hui faire figure de Guru à l’extrême-droite, ses conseils seront écoutés.
Ensuite parce qu’une majorité qui se construirait avec les populistes serait contrainte d’abonder dans leur sens. Soit en ponctionnant davantage d’impôts, soit plus probablement en concédant quelques barrières anti-frontalières qui vont nuire à l’économie, donc à la création de richesse et de fourniture, sans améliorer d’un iota la situation des Genevois. Au contraire, les Suisses de France – et les frontaliers, qui en ont le droit - vont avoir tendance à rentrer en Suisse, ce qui va augmenter la pression sur les loyers, et à grossir l’exode sur le Canton de Vaud, donc la baisse des recettes fiscales genevoises, sans améliorer le taux de chômage…

Dans tous les cas, les fournisseurs (= les contribuables) sont grugés : on tend à réduire leur nombre et l’état de leur fortune, tout en les ponctionnant davantage. Existe-t-il pour autant une alternative ? Pas sûr…

Si le PS s’entête dans son jusqu’auboutisme et si les verts refusent de se montrer lucides, le seul espoir des Genevois réside dans un score canon de l’Entente, susceptible de la rapprocher de la majorité au Grand Conseil et de la consolider au Conseil d’Etat. Ce n’est pas seulement l’intérêt des possédants, car les revenus de tout le monde dépendent de la bonne santé de l’économie globale, que les attitudes suicidaires du PS et du MCG menacent gravement. Sur ce point au moins, je suis entièrement d’accord avec Renaud Gautier. Le renfort des Verts Lib ou même des Pirates serait bienvenu, mais malheureusement, je crains fort que ni l’un ni l’autre n’atteignent le quorum et que donc les voix qui se portent sur ces deux petit partis soient des voix qui amoindrissent l’Entente et donc renforcent les populistes.

Maintenant, quel sera  dans les faits le niveau de la crise dans les deux, trois ou même cinq années qui viennent, nul ne peut le dire. Pas davantage que l’on ne peut chiffrer l’impact désastreux qu’auraient les mesures d’un populisme transversal, gauche-droite, victorieux, ou même simplement influent. Mais si la crise se révèle aussi grave que certains le craignent, les solutions d’économie et d’allègement de l’Etat ne suffiront pas (d’autant qu’elles sont elles-mêmes causes de baisse de croissance à terme) et il faudra aussi revoir l’assiette fiscale. C’est une question vitale pour la santé de l’équilibre social. Si l’on demande des sacrifices, il faut que ceux-ci soient répartis. Personnellement, je verrais assez dans les faits une sorte d’accord et d’engagement plus ou moins formel à se tenir prêts à gouverner sans dogme, ni d’un côté ni de l’autre, si ce n’est à maintenir un gâteau de qualité dans la mesure des ingrédients raisonnablement disponibles. Bref une gestion de bon père de famille, qui sait économiser quand les récoltes sont mauvaises, mais aussi se priver au besoin pour nourrir ses enfants. Sans en faire des enfants gâtés pour autant.

Un accord consensuel qui pourrait réunir l’Entente, les Verts et pourquoi pas les modérés au sein du PS et des populistes. François Longchamp l'a esquissé hier soir: "Si je devais choisir entre l'emploi et l'impôt, je choisirais l'impôt". Parce que les politiques anticycliques sont aussi de la responsabilité d'un gouvernement qui travaille à l'intérêt général.
Ce serait la logique bien helvétique du partenariat qui prévaudrait, plutôt que l’affrontement camp contre camp, à la française ou à la valaisanne…
Il n’est jamais trop tard pour entendre la voix de la raison.
Et pour mes amis du PLR qui ont peur que l’on vienne leur faire les poches, j’aimerais leur rappeler qu’il vaut mieux travailler à avoir de quoi les remplir ( = aux conditions cadre du fonctionnement économique et donc à lutter contre le protectionnisme) que de risquer d’oblitérer cette possibilité par crainte de perdre la monnaie qui y est déjà.